Tspé - Thème 2 / Faire la guerre, faire la paix. Formes de conflits et modes de résolution

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Sommaire

INTRODUCTION
A. PANORAMA ET TYPOLOGIE DES CONFLITS ARMÉS ACTUELS
B. MODES DE RÉSOLUTION DES CONFLITS ARMÉS
I. LA DIMENSION POLITIQUE DE LA GUERRE : DES CONFLITS INTERÉTATIQUES AUX ENJEUX TRANSNATIONAUX (AXE 1)
A. LA GUERRE, « CONTINUATION DE LA POLITIQUE PAR D’AUTRES MOYENS » (CLAUSEWITZ) : DE LA GUERRE DE 7 ANS AUX GUERRES NAPOLÉONIENNES
1. Clausewitz, officier prussien et théoricien de la guerre
2. La guerre de Sept Ans (1756-1763) : une guerre limitée ?
B. LE MODÈLE DE CLAUSEWITZ À L’ÉPREUVE DES « GUERRES IRRÉGULIÈRES » : D’AL QAÏDA À DAECH
1. Inscrire la « guerre absolue » dans des guerres irrégulières et transnationales
2. S’adapter et faire face au « brouillard de guerre »
II. LE DÉFI DE LA CONSTRUCTION DE LA PAIX (AXE 2)
A. FAIRE LA PAIX PAR LES TRAITÉS : LES TRAITÉS DE WESTPHALIE (1648)
1. Le contexte
2. Le temps des négociations
3. Un nouvel ordre international ?
B. FAIRE LA PAIX PAR LA SÉCURITÉ COLLECTIVE : LES ACTIONS DE L’ONU SOUS LES MANDATS DE KOFI ANNAN (1997-2006)
1. Une ONU ambitieuse comme instrument de la paix sous Kofi Annan…
2. …mais qui se heurte à la réalité des relations internationales et à la politique des États
III. LE MOYEN-ORIENT : CONFLITS RÉGIONAUX ET TENTATIVES DE PAIX IMPLIQUANT DES ACTEURS INTERNATIONAUX ÉTATIQUES ET NON ÉTATIQUES (OBJET DE TRAVAIL CONCLUSIF)
A. DU CONFLIT ISRAÉLO-ARABE AU CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN : LES TENTATIVES DE RÉSOLUTION, DE LA CRÉATION DE L’ÉTAT D’ISRAËL À NOS JOURS
1. Le conflit israélo-arabe
2. Le conflit israélo-palestinien
B. LES DEUX GUERRES DU GOLFE (1991 ET 2003) ET LEURS PROLONGEMENTS : D’UNE GUERRE INTERÉTATIQUE À UN CONFLIT ASYMÉTRIQUE
1. La première guerre du Golfe et ses retombées
2. La Seconde guerre du Golfe et ses prolongements : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique 

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Manuel p.100-175

Introduction

Repères p.106-107. Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuel- « Nous sommes en guerre. » Cette déclaration solennelle, combien de fois l'avons-nous entendue ? Depuis le 11 septembre 2001, chaque attentat est vu comme un « acte de guerre », et la « guerre contre le terrorisme » menée en retour semble interminable. Guerres informatiques, guerres chimiques ou bactériologiques, et même un renouveau de la prolifération nucléaire sont autant de menaces. Mais si nous sommes « en guerre », de quelle guerre s’agit-il ?

De nos jours, la plupart des citoyens des pays occidentaux n'ont connu ni conflit dans leur pays ni mobilisation générale[1]. Au contraire, ils ont connu la fin de la conscription, l’effacement des soldats en uniforme de l'espace public[2], et la disparition du risque de mourir au combat -y compris pour la plupart des militaires. Mais si la violence de la guerre s'est éloignée de nous[3], elle est omniprésente sur nos écrans, provoquant des réactions contradictoires de sidération et de banalisation. La guerre redistribue les hiérarchies de puissance entre pays, renforce les fonctions régaliennes des États, bouscule les rapports entre les sexes et accélère les transformations sociales. Elle détruit les paysages, marque les corps et les esprits, et lègue des traumatismes qui peuvent se transmettre sur plusieurs générations.

La guerre est un fait social total, ainsi qu’un acte culturel. Elle est l'affaire des chefs d'État et des militaires bien sûr, mais elle engage aussi au plus profond les sociétés et les individus. Dans ces conditions, étudier la guerre (et son pendant, la paix), c'est étudier un élément structurant de la vie des sociétés et l’expérience souvent la plus décisive dans une vie humaine. L’étude de ce thème aura ici un double objectif : 1/ comprendre les logiques des affrontements armés ; 2/ étudier les modalités de construction de la paix.

A.    Panorama et typologie des conflits armés actuels

Un conflit (du latin conflictus, « choc ») est une situation de désaccord, entre au moins deux acteurs (groupes sociaux, individus, etc.) ou deux États. Il existe une grande variété de conflits, pas obligatoirement violents, dont la guerre est la forme la plus grave (les termes « conflit » et « guerre » ne doivent pas être confondus). Pour le sociologue et philosophe allemand Georg Simmel (1858-1918), les conflits ne doivent pas être considérés comme fondamentalement nocifs[4]. Au contraire, ils sont le propre de toute vie en société et contribuent à la faire évoluer. Il ne faut donc pas tant lutter contre les conflits qu'apprendre à les gérer pour éviter qu'ils ne prennent une forme violente.

La guerre est le type de conflit le plus grave, car c'est un affrontement violent entre au moins deux entités organisées à travers des forces militaires (armées, milices...), dans lequel il y a un usage des armes et de la violence physique, dans le but de régler le différend par la force. Pour Clausewitz, c'est « un acte de violence dont l'objectif est de contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté » (De la guerre, 1832).

Il existe aujourd'hui une vingtaine de guerres à travers le monde. Plus de la moitié de ces conflits armés se localisent en Afrique subsaharienne, où l'on trouve les trois de types de guerres identifiés par l'ONU : des guerres entre États (Soudan/Soudan du Sud par exemple), des guerres civiles (RDC ou Centrafrique par exemple), des guerres « asymétriques » (Nigéria face aux islamistes de « Boko Haram »), sachant qu'un même territoire peut être touché en même temps par ces trois types de guerres ; c'est le cas de la Somalie, où par ailleurs l'État s'est complètement effondré. Vient ensuite le Moyen-Orient, qui concentre environ un quart des guerres planétaires, particulièrement aujourd'hui en Syrie (on y trouve les trois types de guerres), en Irak, en Afghanistan et au Yémen. Les autres conflits se répartissent entre l'Asie (rébellions ethniques aux Philippines par exemple), l'Amérique latine (guerre civile entre les cartels de la drogue et l'État au Mexique, par exemple) et les marges de l'Europe (Ukraine).

Pour définir précisément un conflit armé, il est nécessaire de croiser plusieurs critères et caractéristiques, ce qui permet d’esquisser une typologie. Concernant les guerres, il en existe plusieurs, car elles varient en fonction des critères de définition retenus[5] :

  • Le type de territoire, depuis les plus petits territoires (par exemple l'esplanade des mosquées à Jérusalem) jusqu'aux plus vastes (le Sahel, parcouru par de nombreuses organisations islamistes).
  • Les cibles, qui sont délibérément visées par les belligérants, qu'il s'agisse de lieux stratégiques (des villes par exemple) ou de populations (le cas extrême étant les génocides, qui ont toujours eu lieu durant des guerres).
  • La durée, de quelques jours (la guerre des Six Jours en 1967) voire quelques heures à plusieurs années (la guerre au Yémen depuis 2014) ou même décennies (le conflit israélo-palestinien depuis 1948).
  • Les facteurs explicatifs et les enjeux, qui sont à l'origine du déclenchement de la guerre. Au fil de l'Histoire et encore aujourd'hui, on retrouve souvent les mêmes : la prise de contrôle des ressources (naturelles et énergétiques) d'un territoire voisin, la remise en cause des frontières, la religion (guerres de religion en Europe au XVIe siècle, affrontements civils aujourd'hui dans le nord de l'Inde), la volonté séparatiste ou indépendantiste...
  • Les acteurs : États, armées, groupes terroristes[6], milices ou groupes paramilitaires, populations civiles, ONG, organisations internationales...

B.    Modes de résolution des conflits armés

De la grande diversité des types des conflits et de leurs acteurs découle une grande diversité dans les modes de résolution des conflits. On distingue synthétiquement la résolution des conflits par :

  • la victoire militaire d’un des belligérants (qui impose ses conditions à l’autre) ;
  • la négociation (les belligérants estiment le coût de la poursuite de la guerre trop élevé) ;
  • une intervention extérieure.

En fonction de ces paramètres complexes, on débouche, avec plus ou moins de facilité, sur des situations de paix tout aussi diverses[7]… et d’une solidité variable. La paix est à la fois un état, l'absence de guerre, et un idéal, l'aspiration à vivre dans un monde de concorde. Elle n'exclut pas la conflictualité, mais parvient à l'empêcher de prendre une forme violente. On parle de paix « négative » lorsque l'apaisement résulte de l'hégémonie exercée par une puissance (« Pax Romana » dans l'Antiquité) ou de l'équilibre entre plusieurs puissances (système westphalien, guerre froide). Dans ce cas, la paix découle simplement de la peur du prix à payer si on engage une guerre. On parle de paix « positive » pour désigner une situation dans laquelle l'apaisement résulte d'une coopération durable et institutionnalisée entre des États désireux de cohabiter pacifiquement.

I. La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux (Axe 1)

A.    La guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napoléoniennes

La guerre a fait l’objet d’étude de bien des stratèges puisque le plus ancien récit remonte à –500 avec Sun Tsu et son ouvrage « L’art de la guerre ». Les huit livres Vom Kriege (De la Guerre) écrits entre 1820 et 1831 par Carl von Clausewitz ont inspiré et continuent à inspirer les stratèges et ont influencé les doctrines militaires du monde entier au XXe et XXIe siècles (Foch, Lénine, Mao, le corps des Marines américain, Al-Qaida[8]. On retrouve des concepts clausewitziens dans la stratégie navale mais aussi spatiale ou nucléaire ou même dans la stratégie de l’information.

1.     Clausewitz, officier prussien et théoricien de la guerre

a.       Qui est Clausewitz ?

Carl von Clausewitz (1780-1831)[9]. Rejeton de hobereaux déclassés, il entre au régiment à 12 ans, et observe la campagne face aux Français -doc.5 p.118. La bataille de Valmy, début d’une nouvelle ère + doc.7 p.118. L’engagement des volontaires dans les armées révolutionnaires. Sa vraie naissance à la stratégie date de l’effondrement de la Prusse en 1806 : capturé par les Français, il est bouleversé par la débâcle de l’armée prussienne et de l’État des Hohenzollern face à Napoléon. Même s'il déteste Napoléon, Clausewitz le considère comme le « dieu la guerre », et considère que les guerres napoléoniennes se rapprochent de la « guerre absolue »[10] -Jalon p.118-119. Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Plus tard, il s’investit dans la commission de réorganisation de l’armée avec son mentor Scharnhorst qu’il a rencontré en 1801 à l’institut pour jeunes officiers de Berlin. Il rencontre aussi Gneisenau, le héros de la défense de Kolberg en 1806, admirateur de Napoléon et détestant les Français, croyant à la « guerre populaire » à l’espagnole. Ils forment tous les trois, suivis par d’autres militaires, une sorte de conjuration d’aristocrates souhaitant favoriser une prise de conscience de l’unité des peuples allemands bien au-delà de la Prusse. Clausewitz est à replacer dans cette œuvre collective qui ne se résume pas aux seuls aspects militaires, mais d’abord et avant tout politiques.

Clausewitz n’accepte pas le traité d’alliance avec Paris en 1812 et se met au service la Russie avec une petite dizaine d’officiers. Pour son roi, c’est quasiment une trahison ; mais pour Clausewitz, il s’agit d’agir pour sa patrie à long terme. La campagne de Russie modèle sa pensée. C’est d’abord un combattant et le courage physique est une des clés de son œuvre : il a une réelle expérience de la guerre. À son retour en Prusse, il défend l’idée de levée populaire, de levée en masse. En 1813 il pratique lui-même dans le Mecklembourg la guerre d’embuscades et de coup de main. À partir de 1818, Clausewitz dirige l’école de guerre et devient général d’état-major. Il rédige son œuvre de la Guerre (qui demeure inachevée) entre 1820 et 1831, date de sa mort.

b.      Ses idées

Repères p.110-111. Le modèle clausewitzien de la guerre- Qu’est-ce que la guerre ? Quels liens entre guerre et politique ?

La guerre est un « duel à plus vaste échelle », Elle ne relève pas d’une décision unilatérale, mais d’une interaction bilatérale. Le fait que ce duel se déroule « à une plus vaste échelle » signale simplement la dimension collective du phénomène guerrier, qui fait interagir de groupes organisés. Le parallélisme que dresse Clausewitz entre la guerre et le duel a deux conséquences : tout d’abord, il fait de la réciprocité de l’action entre les deux adversaires une condition sine qua non de l’existence d’une guerre ; ensuite, il fait de la défense, et non pas de l’attaque, le facteur déclencheur des guerres. C’est le choix politique de l’agressé de se défendre qui déclenche une guerre. La guerre est terminée quand un des acteurs cesse de recourir à la violence : on ne gagne pas vraiment une guerre, on peut seulement dominer temporairement un rapport de force. Si la guerre suppose la réciprocité d’action volontaire, alors l’absence de réciprocité dans l’emploi de la violence signale l’absence de guerre, c’est-à-dire la paix[11].

« La guerre n’est rien d’autre que la continuation des relations politiques, avec l’appui d’autres moyens ». Cette formule est passée à la postérité. La politique est une relation entre deux acteurs rendue possible par l’existence de différents moyens. La guerre n’est que l’une des formes de cette relation mais elle diffère des autres formes par le recours à la violence pour soumettre l’autre à sa volonté, par l’art militaire (la façon de se battre, d’utiliser la violence armée) et l’art de la guerre (savoir utiliser l’ensemble des moyens pour peser sur une relation). Il aboutit à l’idée de stratégie : utiliser intelligemment et de manière complémentaire les différents moyens pour « gagner la relation ». En effet, chacun cherche à anticiper les mouvements ennemis, à esquiver les coups, à contre-attaquer, etc. ; chacun planifie des actions et s’adapte aux circonstances : il oppose ainsi son intelligence à l’intelligence de l’autre. Cette formule comporte néanmoins une ambiguïté dans sa référence aux « autres moyens » : la violence est-elle l’unique moyen de la guerre ou simplement un moyen parmi d’autres ? La différence est notable. Dans le premier cas, la guerre se résumerait à la seule dimension violente des rivalités entre groupes organisés. Elle serait alors l’affrontement, géographiquement délimité, de deux armées rivales. Dans le second cas, la guerre devrait être appréhendée comme l’une des formes que prennent les relations entre groupes organisés. La guerre est un instrument politique, un moyen d’action pour des acteurs politiques : c’est une interaction violente et armée entre deux groupes qui s’ajoute aux interactions traditionnelles (diplomatie) entre ces acteurs.

« La guerre est un caméléon qui change de nature à chaque engagement ». Clausewitz établit une typologie des guerres : civiles ou petites guerres, guerres interétatiques ou grandes guerres. La guerre est aussi le miroir des sociétés belligérantes. La guerre est ainsi donc un phénomène complexe et surtout un fait social dépendant de la culture, des mœurs, de l’esprit du temps, de la technique…

2.     La guerre de Sept Ans (1756-1763) : une guerre limitée ?

Cours p.112 + Jalon p.116-117

a.       La guerre de Sept Ans et la naissance d’un nouvel ordre mondial[12]

Premier conflit planétaire, la « guerre de Sept Ans » oppose, sur plusieurs continents, les grandes puissances du XVIIIe siècle regroupées en deux grands ensembles d’alliances. Son issue consacre le leadership britannique des Amériques aux Indes, principalement au détriment de la France -doc.1 p.116. Les objectifs de l’Angleterre. Un monde s’est écroulé entre 1754, quand commencent les premiers affrontements en Amérique entre Français et Britanniques, et le 10 février 1763, date de la signature de la paix de Paris.

Une guerre mondiale qui éclate en Amérique du Nord

Guerre de Sept Ans pour les Français, French and Indian War pour les Étatsuniens, guerre de la Conquête pour les Canadiens, ce conflit aux multiples appellations possède une indéniable dimension planétaire -Carte 3 p.117. Une première guerre mondiale. C’est en Amérique du Nord qu’éclate la guerre de Sept Ans. Ce n’est que dans un second temps, sous l’effet du jeu des alliances, qu’elle se propage au Vieux Continent puis au reste du monde.

L’étincelle appelée à mettre le feu à la planète est partie d’une zone vitale pour les intérêts français : le pays de l’Ohio. En contrôlant la vallée de cet affluent du Mississippi, les colons français entendent réaliser la jonction du Canada avec la Louisiane. Londres regarde d’un mauvais œil ce projet d’une Nouvelle France d’un seul tenant qui prendrait en tenaille les treize colonies britanniques. Le 28 mai 1754, un détachement français commandé par le capitaine de Jumonville est massacré par une troupe de miliciens virginiens placée sous les ordres d’un jeune lieutenant-colonel nommé George Washington.

Les deux puissances coloniales se hâtent d’envoyer des renforts. En 1755, alors qu’officiellement la France et la Grande-Bretagne sont toujours en paix, l’ordre est donné à la Royal Navy de s’emparer des navires français convoyant les troupes en Amérique du Nord. Si l’opération tourne au fiasco, les Britanniques, qu’on compare partout aux pirates d’Alger, se sont déconsidérés auprès de l’opinion française et européenne[13].

En juillet 1755, fraîchement débarquée au Nouveau Monde, l’armée britannique du général Braddock se fait étriller par les alliés amérindiens des Français. L’année suivante, le 14 août 1756, les troupes du marquis de Montcalm, toujours épaulées par les précieux alliés autochtones, se saisissent du fort d’Oswego, point stratégique majeur sur le lac Ontario : les Français ne cessent de renforcer leurs positions.

Renversement d’alliances en Europe

Quand éclate la guerre dans le Nouveau Monde, le système européen s’articule toujours sur la vieille inimitié franco-autrichienne dont les origines remontent au XVIe siècle. La montée en puissance de la Prusse, alliée de la France, est la cause première du Renversement des Alliances. Dans le but de reprendre la Silésie aux Prussiens, Marie-Thérèse d’Autriche engage en 1755 des pourparlers pour s’assurer l’appui de la France, et Louis XV se montre d’emblée enthousiaste.

L’Angleterre est elle aussi à la recherche de nouveaux appuis en Europe. La montée des tensions en Amérique du Nord lui fait craindre une offensive française contre ses possessions continentales (Principauté de Hanovre). Pour les sécuriser, George II tente de se rapprocher du roi de Prusse, alors allié de la France... et Frédéric II répond favorablement à ses avances.

Le pyromane de l’Europe n’est autre que Frédéric II. Le rapprochement franco-autrichien, de même que des rumeurs faisant état de velléités belliqueuses de la Russie et de la Saxe poussent en effet le roi de Prusse, qui se croit encerclé, à lancer une guerre préventive. Le 29 août 1756, sans prendre la peine de déclarer la guerre, Frédéric II envahit la Saxe et fonce sur la Bohême. Louis XV envoie combattre en Westphalie une armée de plus de 100 000 hommes. Mais le 5 novembre 1757, le Prince de Soubise subit devant l’armée de Frédéric une défaite cuisante à Rossbach -doc.2 p.116. La bataille de Rossbach. La guerre de Sept Ans est parvenue à son tournant.

Naufrage français, triomphe britannique

Louis XV a cru un peu naïvement que la formidable coalition unissant les forces françaises, autrichiennes, russes et suédoises n’allait faire qu’une bouchée du petit roi de Prusse. Mais contre toute attente, la guerre d’Allemagne se prolonge jusqu’en 1763, et se solde par une indéniable victoire pour Frédéric II[14].

La guerre d’Allemagne sonne le glas du premier empire colonial français. Au mois de janvier 1758, le choix a été fait[15] de tourner le dos au Nouveau Monde, tandis que le ministre de la Guerre britannique, William Pitt, met au contraire les bouchées doubles en Amérique… et étend même le conflit à l’Afrique (conquête de Saint Louis du Sénégal en mai et de Gorée en décembre 1758) puis aux Antilles (prise de la Guadeloupe en mai 1759). Le 19 août, au large du Portugal, puis le 20 novembre, près de Quiberon, la Royal Navy met en pièces la marine de guerre de Louis XV. En empêchant l’envoi de renforts français au Nouveau Monde, ces deux défaites ont scellé le sort du Canada. Le 8 septembre 1760, c’en est fini. Parvenus à Montréal, les Britanniques contrôlent la totalité du Canada.

Ni l’avènement en (1760) de George III, prince moins belliqueux que son prédécesseur, ni l’alliance de l’Espagne (1761), ne parviennent à renverser le rapport de forces militaire. Volant de victoire en victoire, l’Angleterre est en train de s’imposer sur le globe tout entier. Dans les Indes orientales, où s’affrontent les deux compagnies de commerce, les possessions françaises tombent les unes après les autres. La chute de Pondichéry, le 17 janvier 1761, marque la faillite du projet de domination française sur le sous-continent indien. Fraîchement entrée en guerre aux côtés de la France, l’Espagne enchaîne les revers humiliants : perte de Cuba et des Philippines (1762).

Un ordre mondial appelé à durer

Les négociations sont engagées. Signés respectivement le 10 février 1760 et le 15 février 1763, les traités de Paris et d’Hubertsbourg bouleversent l’équilibre des puissances qui prévalait depuis la fin des guerres de Louis XIV :

  • La paix de Paris, règle la partie coloniale et maritime du conflit : la Nouvelle-France est rayée de la carte. Louis XV cède la totalité du Canada, et cède à Charles III d’Espagne, la Louisiane, en compensation de la Floride espagnole devenue britannique. En Inde, la France ne conserve que cinq comptoirs, laissant la voie libre aux Britanniques. Les îles des Antilles, sont conservées comme un lot de consolation, qui ne doit pas faire illusion : la France se voit dégradée dans l’échelle des puissances.
  • À l’échelle européenne, la prépondérance française n’est plus assurée : le traité d’Hubertsbourg sanctionne en effet l’avènement d’une pentarchie composée de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Autriche, de la Prusse et de la Russie. L’ordre international qui a vu le jour pendant la guerre est appelé à se maintenir bon an mal an jusqu’en 1914. Chateaubriand a tristement pris la mesure des conséquences du premier conflit planétaire de l’Histoire, qui ne sont pas uniquement diplomatiques et militaires, mais aussi culturelles : le XIXe siècle ne sera pas français, mais anglo-saxon.

b.      La guerre de Sept Ans, une guerre limitée ?

Selon le modèle clausewitzien, le spectre des formes de guerre concrètes s’étendrait entre deux bornes : l’une, inférieure, marquée par la guerre limitée à l’affrontement des forces armées, et qui se dénouerait diplomatiquement ; l’autre borne, supérieure, marquée par la guerre quasi-absolue dite d’anéantissement telle que, selon Clausewitz, l’a pratiquée « le dieu de la guerre », Bonaparte.

En dépit de l’importance sa durée et de son champ géographique, la guerre de Sept Ans reste donc une guerre limitée au sens clausewitzien du terme : l’affrontement militaire, quelle qu’en soit la violence, n’est qu’un moyen au service d’une fin politique (enjeu territorial et géopolitique) ; cet affrontement s’achève une fois les objectifs atteints, par des traités. Elle n’en présente pas moins certains aspects (certains prémices ?) de la guerre absolue -doc.4 p.117. Une nouvelle guerre « à outrance ».

B.    Le modèle de Clausewitz à l’épreuve des « guerres irrégulières » : d’Al Qaïda à Daech

Le début du XXIème siècle a été profondément marqué par l’émergence de deux groupes djihadistes -Chronologie p.121 :

  • Al Qaïda (« la base ») fondé en 1987 par le cheikh Abdullah Yusuf Azzam et Oussama Ben Laden, qui s’appuie sur le régime des Talibans en Afghanistan et qui s’est fait connaitre par l’organisation des attentats du 11 septembre 2001.
  • Daech, État Islamique du levant (EIL) -Vocabulaire p.114, organisation djihadiste ayant proclamé le 29 juin 2014, l’instauration du califat sur les territoires qu’il contrôlait en Syrie et en Irak et née d’une scission de la branche d’al-Qaïda en Irak avec pour chef Abou Bakr al-Baghdadi (tué en octobre 2019).

Ces deux mouvements mènent diverses actions armées et surtout inscrivent le terrorisme au centre de leur stratégie de la guerre. Ce type de conflit armé, qui relève de la guerre irrégulière (ou guerre asymétrique -Repère p.115), peut-il être éclairé par la pensée de Clausewitz, ou bien lui échappe-t-il ?

Carl von Clausewitz envisageait la guerre « comme un duel à grande échelle » et le plus souvent comme le fait de corps d’armée institués, tout en soulignant l’importance des « petites guerres » (ou guérilla) qu’il décrit comme « un brasier qui s’étend, dévore le sol où se tient l’armée ennemie ». Aujourd’hui, la « petite guerre » est qualifiée de « guerre irrégulière » en opposition à la guerre régulière, catégorie théorisée par le lieutenant-colonel David Galula, dans son ouvrage « Contre Insurrection » [16] (1963) et dont s’inspirent notamment les responsables militaires américains[17].

1.     Inscrire la « guerre absolue » dans des guerres irrégulières et transnationales

Au tournant du XXIe siècle, les conflits interétatiques s’effacent au profit des guerres irrégulières aux enjeux transnationaux. C’est dans ce cadre que s’inscrit la résurgence du djihad après les attentats du 11 septembre 2001. Le monde découvre alors la nébuleuse al-Qaïda et le visage d’Oussama Ben Laden, alors que les guerres en Irak et en Syrie engendrent à leur tour une autre organisation djihadiste, Daech -Chronologie p.121.

Les deux organisations ont un socle idéologique commun : le salafisme djihadiste, et s’accordent sur trois concepts fondamentaux : le salafisme, le djihad et le takfir[18]. Le salafisme ramène à un islam des al-salafs, les compagnons du prophète et donne la primauté aux textes juridiques de la première communauté de Médine (622-661) et s’appuie sur une lecture rigoriste du Coran et de la Sunna (corpus des actes et paroles du prophète) ; le djihad consiste en une guerre sainte, offensive ou défensive, dans le cadre d’un « duel à grande échelle » à savoir ici, le duel entre les partisans d’une conception restrictive de l’islam et leurs ennemis, à une échelle planétaire tant pour le terrain de la lutte que pour le recrutement des combattants -Jihadisme. Vocabulaire p.114 ; Le takfirisme distingue les « bons » musulmans des autres groupes de l’islam dans une logique exclusive et totalitaire (forme d’excommunication des « mauvais » musulmans, les apostats[19]).

En revanche, si les deux groupes ont une même base idéologique, leurs conception du djihad divergent :

  • Al Qaïda : le djihad est surtout défensif, conceptualisé sous forme d’obligation individuelle pour tous les musulmans. Il s’agit avant tout de protéger la terre d’islam contre les agressions extérieures.
  • Daech : il s’agit d’engager l’offensive contre l’ensemble des ennemis désignés, infidèles, idolâtres, mais aussi apostats (vision extensive de l’ennemi : chiites, mais aussi une partie des sunnites), afin d’imposer le califat aux populations. Vision extensive dans la lutte contre les apostats.

Les deux mouvements rejettent le modèle de l’État-nation, car il repose sur un système d’inspiration non divine. Le salafisme djihadiste d’Al-Qaïda et de Daech appelle à un retour à la communauté originelle de l’islam (leur cadre de référence est l’oumma, la communauté des croyants) et à l’instauration du califat[20], qu’il s’agit de reconstruire bien au-delà des frontières des États : cela ne peut se faire que dans le cadre d’une lutte transnationale. Al-Qaïda et Daech s’inscrivent donc dans le cadre de guerres asymétriques, car les

djihadistes ne fonctionnent pas comme une armée classique et disposent d’une mobilité qui ne s’arrête pas aux frontières[21]. Néanmoins, le choix de Daech de proclamer le califat aboutit à la mise en place d’un proto-État en Syrie et en Irak (« territorialisation »), ce qui a permis à leurs ennemis de leur faire une guerre plus classique : batailles, sièges de villes…

Le fondamentalisme religieux ne peut concevoir qu’une « guerre absolue » au sens de Clausewitz : nul compromis n’est possible avec l’ennemi (Cf. les exécutions de prisonniers, comme celle du pilote jordanien Maaz Al-Kassasbeh brûlé vif dans une cage en 2015). Sans limite temporelle, spatiale -et encore moins morale, les conflits prennent une dimension idéologique justifiant l’éradication de l’ennemi[22]. Mais ces guerres ne peuvent pas être considérées comme des guerres « nouvelles » ou « post-modernes », car les actions d’Al-Qaïda et de Daech s’inscrivent dans une stratégie au long cours, caractéristique des conflits asymétriques, et les forces militaires des islamistes sont majoritairement des acteurs non étatiques qui utilisent régulièrement des armes non conventionnelles[23]. Que ce soit par l’idéologie qui fonde leurs actions ou par les réseaux d’allégeances qu’ils ont suscités à travers le monde, Al-Qaïda et Daech confirment que leur guerre est d’abord un fait politique.

Quant au recours systématique au terrorisme -doc.2 p.120. La stratégie d’Al-Qaïda + doc.5 p.121. La guerre de DAECH contre les « mécréants » + doc.4 p.121. Les attentats d’Al-Qaïda et de DAECH dans le monde, il n’a rien de nouveau mais il doit être analysé comme une exploitation de la sensibilité des sociétés occidentales et de leurs opinions : pour Marc Hecker, il peut se définir comme la création délibérée de la peur par la violence pour atteindre un objectif politique -doc.1 p.120. Définir le terrorisme contemporain. Bien plus qu’une arme ou un moyen, le terrorisme doit être pensé comme une stratégie de communication à l’égard de la scène internationale, à des fins de déstabilisation : le plus important n’est pas le nombre de victimes mais davantage encore l’image et le ressenti que se font les sociétés, notamment occidentales, du conflit et de ces belligérants[24].

2.     S’adapter et faire face au « brouillard de guerre »

Les Occidentaux doivent donc apprendre à faire face à cette menace complexe que l’on pourrait rapprocher du « brouillard de guerre » de Clausewitz[25]. La réponse des États-Unis aux attentats du 11 septembre 2001 consiste en une « guerre globale contre le terrorisme » sous l’égide de l’ONU, aux contours parfois mal définis, et dont certains aspects (« croisade du Bien contre le mal » du président des États-Unis G. W. Bush, bombardements des populations civiles, actes de torture, emprisonnements arbitraires, assassinats ciblés[26]…) a parfois prêté le flanc aux critiques[27] et servi la propagande des organisations terroristes.

Tous les alliés des États-Unis, dont la France, ne s’accordent pas sur l’opportunité d’employer le mot « guerre ». Si les soldats français se battent en Afghanistan, ils n’y font pas officiellement la guerre. De même, à Washington on parle de « contre-terrorisme » ou de « contre-terrorisme plus ». Or, « apprécier correctement le genre de guerre que l’on entreprend est pourtant « le plus décisif acte de jugement » rappelle Clausewitz »[28].

Face à ce type de guerre, les démocraties occidentales et leurs alliés apportent des réponses parfois en contradiction avec leurs valeurs et qui peuvent choquer les sociétés. Par exemple, la prison d'Abou Ghraïb, à 20 km à l'ouest de Bagdad, est devenue en 2004 le symbole honni de l'occupation américaine après la révélation des sévices infligés aux prisonniers par des soldats américains -Points de vue « Grand oral » p.122-123. Peut-on encore penser la guerre juste ?

Les armées dites conventionnelles ont modifié leur perception de la guerre mais aussi la façon de la mener, la faisant « évoluer selon le contexte ». Adeptes de la contre-insurrection, les généraux américains comme David Petraeus ou Stanley Mac Chrystal expliquent adoptent une stratégie consistant à penser comme les insurgés, à s’emparer de leur espace à s’appuyer sur les forces spéciales pour des actions « coups de poing »[29], notamment en profitant de la supériorité de leur puissance aérienne. Ils ont pu utiliser les drones (États-Unis, 800 drones opérationnels) à la fois pour des opérations de surveillance et pour des opérations ciblées qui ont trouvé toute leur place à partir des conflits en Afghanistan et en Irak, faisant entrer la guerre dans le concept de « guerre de quatrième génération ».

Par ailleurs, les armées occidentales, particulièrement les États-Unis, avec l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak recourent de plus en plus à des sociétés militaires privées (SMP) comme Blackwater et limitent leur présence au sol à des forces spéciales. Certains dénoncent le recours aux SMP, mais l’historien Walter Bruyère-Ostells affirme que se passer de ces entreprises est impossible « parce que les États ont réduit le format de leurs armées. (Elles) se professionnalisent, leurs budgets sont sous pression et on estime que les tâches simples peuvent être externalisées. Et puis l’opinion publique ne supporte plus de voir ses soldats mourir au combat »[30].

Le « brouillard de la guerre » à l’heure de la mondialisation et des communications nouvelles modifie profondément la façon de conduire la guerre et sa perception parmi les armées et surtout les sociétés. Les groupes terroristes sont pleinement intégrés dans la mondialisation et ont su s’appuyer sur les nouvelles technologies dans leur stratégie. Les nouvelles technologies (souvent d’origine militaire) sont utilisées comme moyens de lutte et de propagande. Daech en particulier a pleinement su appuyer sa propagande sur Internet (le darknet, Telegram) et les réseaux sociaux. Il a ainsi pu séduire de jeunes occidentaux en vendant un califat idéalisé ou « fantasmé ». Pour convaincre, ils ont misé sur des agents de communication performants, s’adaptant aux sociétés visées et « dépoussiérant » le message d’Al-Qaïda jugé trop élitiste. Marc Hecker a ainsi parlé du « cyberdjihadisme » et des forums djihadistes qui ont pu compter jusqu’à 50 000 utilisateurs « réguliers » et environ 100 000 « sympathisants », et des sites diffusant des vidéos de propagande[31] ou des exécutions filmées.

Pour relever les défis de la radicalisation de certains ressortissants et empêcher l’installation d’États islamiques dans des zones contrôlées par Al-Qaïda ou Daech, la réponse est donc aussi politique. Comme dans la contre-insurrection, les populations sont un enjeu majeur. Conduire et s’engager dans une guerre est donc véritablement une action éminemment politique.

Ainsi, plus qu’une véritable remise en cause du modèle de Clausewitz, il est possible de considérer que l’action d’Al-qaïda et de Daech s’inscrit dans l’actuelle mondialisation qui suscite une évolution des guerres irrégulières, vers un modèle de « guerre de quatrième génération ».

Clausewitz offrirait donc toujours une clé de lecture de la radicalisation du phénomène guerrier donnant à voir la « montée des extrêmes » métamorphosant la « guerre limitée » en « guerre absolue ». Le terrorisme aujourd’hui que René Girard présente comme une « métastase de la violence » et qu’il inscrit dans une « vision apocalyptique » confirmerait le fait que « la guerre est un acte de violence à l’emploi de laquelle il n’existe pas de limites » mais montrant aussi la difficulté de faire la paix à un moment de radicalité des intervenants.

Conclusion (Axe 1)

Révisions p.124-125.

Sujets bac p.126-127.

II. Le défi de la construction de la paix

A. Faire la paix par les traités : les traités de Westphalie (1648)

Cours p.130-131. Faire la paix par l’équilibre des puissances + Jalon p.138-139- Construire la paix est un acte politique qui doit relever plusieurs défis : trouver d’abord un accord acceptable entre plusieurs parties (ce qui suppose une négociation préalable dont le traité est l’aboutissement) puis définir des garanties pour cet accord afin d’éviter tout retour à la violence. Construire la paix, c’est donc établir de nouvelles relations entre les États.

Les traités de Westphalie mettent fin à la guerre de Trente Ans (1618-1648). Les négociations débutent en 1643, alors que les armées continuent à se battre, et durent donc cinq ans. Les belligérants se rassemblent à Münster et Osnabrück, villes distantes de 45 km en Westphalie.

Les traités de Westphalie, une paix multilatérale[32] ?

1.     Le contexte

La Guerre de Trente Ans (1618-1648), nommée en Allemagne jusqu’en 1914 « la grande guerre », est considérée comme une catastrophe européenne et allemande par l’historiographie allemande. Centrée sur le Saint-Empire[33] -Repère p.130 (mais la France, le Danemark, la Suède, l’Espagne... interviennent également), La guerre commence à Prague par la défenestration le 23 mai 1618 des représentants catholiques de l’Empereur Matthias Ier par les représentants des états de Bohème protestants, et s’achève par les traités de Westphalie.

La guerre de Trente Ans a souvent été présentée comme une guerre de religion mais cela est réducteur. Du reste, la pratique de la guerre n’est pas religieuse[34]. La guerre a souvent été aussi présentée comme une révolte contre l’absolutisme des Habsbourg mais l’empereur ne concentre pas le pouvoir exécutif et législatif[35]. En fait, la guerre est liée à une imbrication du politique et du confessionnel (liberté religieuse concédée aux États mais pas aux individus depuis la paix d’Augsbourg de 1555 -Repère p.130[36]).

Cette guerre n’est pas une guerre d’anéantissement, mais elle est longue et dévastatrice[37] : elle a vraisemblablement coûté la vie à un tiers de la population du Saint-Empire. La mémoire de la violence de la guerre est nourrie par la production de gravures qui circulent ; par exemple, les Grandes Misères de la guerre de Jacques Callot (1633)[38] sont des documents difficiles à interpréter, mais qui montrent et dénoncent la violence.

2.     Le temps des négociations

La paix est négociée à partir de 1643 alors que les armées continuent à se battre. Les belligérants se rassemblent à Münster et Osnabrück en Westphalie, villes distantes de 45 km et transformées en zone neutre. S’y retrouvent les représentants de 194 principautés, les représentants catholiques (dont la France) à Munster, les représentants protestants (dont la Suède) à Osnabrück.

À Münster, tout se passe par écrit et passe par des médiateurs : l’ambassadeur vénitien Alvise Contarini et le nonce pontifical Fabio Chigi ; à Osnabrück la négociation est directe et orale. Le roi de France envoie trois représentants à Munster : Claude de Mesme, comte d’Avaux, humaniste, polyglotte, dévot, ambitieux qui incarne un ancien type d’ambassadeur, Abel Servin, issu de la noblesse de robe provinciale, pragmatique, serviteur très efficace, et Henri II d’Orléans envoyé après une dispute entre les deux précédents et finalement remercié par Mazarin.

3.     Un nouvel ordre international ?

Carte 1 p.138. Les recompositions territoriales en Europe- Les traités de Westphalie créent-t-ils un nouvel ordre international, « l’ordre westphalien » décrit par Leo Gross depuis 1948 ? Ce n’est pas si simple.

Doc.2 p.138. La dimension allemande des traités- Ces traités mettent aussi en place un nouvel équilibre politique entre l’Empire et les États allemands qui obtiennent une autonomie. Les États d’Empire obtiennent le droit de conclure des traités mais pour autant, s’ils ont leur propre diplomatie -Vocabulaire p.130, ils ne deviennent pas souverains et ne doivent pas en user contre l’empereur et l’Empire ni contre la paix publique. Il s’agit pour les négociateurs d’encourager les États d’Empire à maintenir la paix. Pour cela les traités imposent une forme d’équilibre au sein de la Diète où chaque voix devient égale et la Diète est davantage associée aux décisions politiques.

Par ailleurs, les traités de Westphalie peuvent être perçus comme une paix de religion : ils confirment la paix d’Augsbourg, qui accordait aux princes des États allemands la liberté religieuse, mais ils l’étendent à leurs sujets et incluent désormais le calvinisme. Dans les faits la confession du prince est détachée de celle du territoire ce qui crée la mixité religieuse (sauf en Bavière). La paix est proclamée « chrétienne ».

Les traités prévoient peu de recompositions territoriales. Pour les États allemands, les changements sont déterminés selon les principes du retour à la situation de 1618 et de la réparation des dommages. La Suède et la France, souvent désignées comme vainqueurs, réalisent des gains territoriaux sont limités. Les traités mettent cependant en place un nouvel équilibre en Europe, car ils mettent fin à la domination des Habsbourg qui prétendaient à une hégémonie sur l’Europe depuis le XVIe siècle. De son côté, l’Espagne reconnaît enfin l’indépendance des Provinces-Unies et met un terme à sa longue guerre des Pays-Bas.

Doc.4 p.139. Un nouveau système international- Les traités de Westphalie posent les bases d’une diplomatie désormais fondée sur le droit. En effet, tous les États en guerre ont participé à égalité aux négociations de paix commencées avant même la fin de la guerre. Elles constituent en cela un modèle pour les congrès de paix multilatéraux. Outre l’idée d’équilibre des puissances -Vocabulaire p.130, les traités établissent l’inviolabilité de la souveraineté des États et la non-intervention dans les affaires d’autrui. La guerre est considérée par les États comme un recours possible, mais limité et régulé pour maintenir l’équilibre entre les puissances et prévenir toute menace impériale.

 Dans ces conditions, la paix issue des traités de Westphalie est une paix organisée et durable qui codifie les relations diplomatiques et les équilibres géopolitiques par une entente entre grandes puissances. Cette paix est durable et les traités seront considérés à partir du XVIIIe siècle un idéal en matière de relations internationales… jusqu’à ce que les guerres révolutionnaires et impériales viennent rompre cet équilibre. C’est justement cet équilibre que le Congrès de Vienne s’efforce de rétablir en 1815 en instaurant le « Concert européen ».

B. Faire la paix par la sécurité collective : les actions de l’ONU sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006)

Cours p.134-137 + Jalon p.140-141

Doc1 p.140. Le rôle de l’ONU- La Charte des Nations Unies, adoptée à San Francisco le 26 juin 1945, prévoyait la construction du nouvel ordre mondial et avait pour ambition de maintenir la paix[39]. Il s’agissait dès lors pour les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale d’organiser le monde d’après-guerre autour de la nouvelle organisation basée à New York. Adoptée par 51 États, la Charte des Nations Unies est fondée sur l’objectif de « paix et sécurité internationale », dénonçant « le fléau de la guerre », notamment dans le préambule, le chapitre I et le chapitre VII. Son concept associe donc paix et sécurité[40] -Sécurité collective. Vocabulaire p.132. Il s’agit d’un système visant à assurer la paix sur des bases durables et de solidarité internationale. Pour ce faire, l’organisation se dote d’un organe exécutif, le

Conseil de Sécurité composé de 15 membres dont 5 permanents avec droit de veto et de moyens d’action -Les institutions de l’ONU, p.135.

Qui est Kofi Annan ? Biographie p.141- Né au Ghana, il est le septième Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (le premier sorti des rangs du personnel). Il a entamé son premier mandat le 1er janvier 1997 et le 29 juin 2001, sur recommandation du Conseil de sécurité, l’Assemblée générale l’a réélu par acclamation pour un second mandat, commençant le 1er janvier 2002 et s’achevant au 31 décembre 2006. Une fois élu Secrétaire général, il s’est donné comme tâches prioritaires de revitaliser les Nations Unies par un programme complet de réformes, de renforcer l’action traditionnelle de l’ONU dans les domaines du développement et du maintien de la paix et de la sécurité internationales, de défendre les droits de l’homme et de propager le respect de la légalité et des valeurs universelles d’égalité, de tolérance et de dignité humaine qui figurent déjà dans la Charte des Nations Unies, et de rétablir la confiance de l’opinion publique dans l’Organisation en l’ouvrant à de nouveaux partenaires et, selon ses propres termes, en « rapprochant les Nations Unies des peuples »[41]. Son activité lui vaudra de recevoir le prix Nobel de la Paix en 2001. Recevant ce prix, cet homme d’abord considéré comme « l’homme des États-Unis » notamment par les Français, va au contraire proclamer que « le seul chemin praticable vers la paix et la coopération mondiales passait par l’ONU ».[42] Il meurt en 2018 à Genève après avoir consacré sa vie à la paix, à un renforcement du rôle de l’ONU malgré des difficultés évidentes et des échecs.

Comment l’ONU s’engage-t-elle pour la paix sous Kofi Annan de 1997 à 2006, entre ambition et réalités ?

1.     Une ONU ambitieuse comme instrument de la paix sous Kofi Annan…

Doc.2 p.140. Des objectifs pour l’ONU

a.       Œuvrer pour la paix dans la sécurité collective et le multilatéralisme

« La paix par le droit », par l’action collective...[43]

Créé dans un objectif de paix et de sécurité internationale autour des principes des Droits de l’Homme, l’ONU tire sa légitimité de l’adhésion de 193 États-membres et de l’implication des grandes puissances.

Les articles 2 et 3 et le chapitre VI de la Charte prescrivent le règlement pacifique des différends : « par voie de négociation, d’enquête, de médiation, de conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix » (art 3.3). Ainsi, la Charte a été pensée pour substituer le règne du droit à celui de la force, grâce à la proclamation de règles et la mise en place d’institutions comme l’Assemblée générale, le Conseil de Sécurité, la Cour Internationale de justice.

Dans l’esprit de ses concepteurs et en particulier de Roosevelt le choix est celui de l’action collective. Ainsi, la réponse à la menace ou à l’emploi de la force résultera, hors le cas de la légitime défense, non d’une initiative individuelle mais d’une action « collective » engageant l’organisation entière des Nations Unies. C’est le rôle du Conseil de Sécurité : « les membres de l’organisation confèrent la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale, et reconnaissant qu’en s’acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de Sécurité agit en leur nom ». Les opérations de maintien de l’ordre dépendent donc des quinze membres du Conseil de Sécurité dont la réalité du pouvoir est entre les mains des cinq membres permanents avec droit de véto.

Le bon fonctionnement de l’ONU repose donc sur la volonté d’une action collective dans le cadre du multilatéralisme -Vocabulaire p.130. C’est-à-dire l’effacement des ambitions des États dans le cadre d’opérations internationales (comme le souhaitait Kofi Annan, Cf. ci-après). Or, la réalité des relations internationales et l’ambition des États ont souvent été un obstacle majeur à cette ambition. Ainsi, depuis sa création, le scénario de réaction « collective et efficace » de l’Organisation n’est entré en jeu qu’à 4 reprises (1950 guerre de Corée en l’absence de l’URSS ; 1956 envoie de la première force d’interposition de l’ONU : les casques Bleus ;1990 après l’invasion du Koweït et 2011 action armée en Libye) ; à l’opposé, d’autres interventions ont eu lieu dans le déni absolu des règles et procédures établies par la Charte (bombardement de la Serbie en 1999 ; invasion de l’Irak 2003).

… et par les opérations de maintien de l’ordre :

Depuis 1948, l’ONU a déployé 70 opérations de maintien de la paix[44] (57 depuis 1988) -Nombre d’opérations… p.136. Ces opérations sont impulsées par le Conseil de Sécurité, budgétisées par l’Assemblé Générale, gérées par le Secrétariat et conduites par un représentant spécial de Secrétaire général sur le terrain[45]. « Le maintien de la paix est une technique conçue pour préserver la paix, aussi fragile soit-elle, une fois que les combats ont cessé et pour appuyer la mise en œuvre des accords facilités par ceux qui sont chargés du rétablissement de la paix. » Cette philosophie repose sur l’idée que la paix ne peut pas être rétablie que par l’usage de la force mais dans une approche plus globale bénéficiant du savoir-faire militaire, policier, civil, politique et humanitaire. Pour l’ONU, la paix doit se construire avec et non contre les gouvernants nationaux et les populations civiles qui doivent adhérer à un projet commun. Au fil des ans, des centaines de milliers de militaires ainsi que des dizaines de milliers de policiers de l’ONU et de civils de plus de 120 pays ont participé à ces opérations[46]

Le Conseil de sécurité a tendance depuis les années 1990, et en particulier sous Kofi Annan à assimiler l’action de ses opérations avec les éléments constitutifs d’une « paix durable » ou « pérenne » (sustainable peace). Doctrine développée, particulièrement, par l’ONU en 2008 pour arriver à une paix durable et des progrès dans au moins 4 domaines essentiels : la capacité de l’État à assurer la sécurité et l’ordre public, le respect des droits de l’Homme, la création d’institution politique permettant la participation, le redressement et le développement économique et social.

Peu à peu, l’idée du droit d’ingérence, défendu dès les années 60, par des ONG dont Médecins sans frontières, créé par le philosophe Jean-François Revel en 1979 et théorisé par des responsables comme Bernard Kouchner ou Mario Bettati fait son chemin à l’ONU. En considérant les génocides, crimes de guerre, purification ethnique et autres crimes contre l’Humanité comme autant de menaces explicites à la paix mondiale, l’ONU a fait de la protection des populations un enjeu majeur de la paix au même titre que le respect du droit international.

b.      Une ambition portée par Kofi Annan

Dès son arrivée à la tête de l’ONU, Kofi Annan marque une réelle volonté de redynamiser l’Organisation. Très marqué, par les échecs de l’ONU face aux nettoyages ethniques au Rwanda puis en ex-Yougoslavie[47]. Tout au long de ses deux mandats, il essaie de redonner du sens et de l’ambition à l’ONU :

  • Face à l’échec de mesures coercitives dans des conflits asymétriques ou des guerres civiles, Kofi Annan multiplie les processus de médiations et des mesures de consolidations de la paix par des moyens non exclusivement militaires. Pour cela, l’ONU s’ouvre à une série de partenaires régionaux (UE ; Alliance africaine…), mondiaux (actions privés, ONG…). Les missions de médiations montent ainsi en puissance et entraînent la diversification de ses médiateurs : personnalités (Jimmy Carter), États neutres (Suisse ; Suède) placés sous l’autorité du secrétaire général en tant que représentant spécial. En 2005, Kofi Annan obtient la création de la « commission de consolidation de la paix » (Peacebuilding commission), chargée d'aider les pays sortant d'un conflit à gérer leur transition, car au-delà de la paix il s’agit d’accompagner sur le long terme le pays[48].
  • Dès 1997, il soutient l’établissement de la cour pénale internationale (CPI), juridiction universelle permanente chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre. La CPI est créée en 1998 et entre en vigueur en 2002, malgré les réticences des États-Unis[49].
  • Juin 1998, Kofi Annan affirme que l’ONU est légitime à intervenir dans un État si ce dernier est incapable de protéger sa population, soutenant le principe du droit d’ingérence[50]. C’est en 2005, à l’occasion du Sommet mondial organisé par l’ONU, que Kofi Annan fait reconnaître le principe de la « responsabilité de protéger »: si un État manque à assurer la protection de ses citoyens, il revient à la communauté internationale de la faire, donc à l’ONU.

L’envie de réformer l’ONU est une idée ancienne pour Kofi Annan, premier secrétaire général sorti des rangs de l’organisation, et ses initiatives sont multiples :

  • En 2002, il fait publier[51]: « Renforcer l’ONU : un programme pour aller plus loin dans le changement»
  • En 2004, il publie le rapport « Nous, les peuples : la société civile, les Nations unies et la gouvernance mondiale », qui se concentre sur l’élargissement de la démocratie, la capacité croissante d’influence des acteurs non-étatiques, le pouvoir croissant de l’opinion publique mondiale.
  • Toujours en 2004, il charge des personnalités de dresser un inventaire des menaces, défis et changements liés à la mondialisation, « Un monde plus sûr : notre affaire à tous », rapport important qui préconise des changements au niveau de chacun des organes principaux de l’ONU, à commencer par le Conseil de sécurité, issu du monde d’après-guerre mais plus représentatif de celui du XXIème siècle et notamment de la montée en puissance du Sud.

Kofi Annan a donc été un secrétaire général ambitieux pour son organisation, inscrivant la paix dans un cadre plus large d’un développement harmonieux et dans le respect des peuples. Mais la réalité du monde plus complexe et les ambitions et la realpolitik des États n’ont pas permis au secrétaire général d’aller jusqu’au bout de son ambition. Il sera de même affaibli par le scandale « Pétrole contre nourriture » qui touchera directement son fils Kojo Annan et par les conclusions du rapport montrant que le programme a occasionné des dizaines de millions de dollars de perte à l’ONU.[52]

2.     …mais qui se heurte à la réalité des relations internationales et à la politique des États

Mais que fait l’ONU ? Cette question revient souvent pour dénoncer le fait que les conflits font rage et l’organisation mondiale semble incapable d’y faire face, et se cantonne dans un rôle d’observateur impuissant. Malgré les ambitions affichées par Kofi Annan, l’ONU n’est pas parvenue à changer clairement de posture.

a.       Quels moyens matériels ?

Les échecs rwandais et yougoslave ont profondément marqué le secrétaire général qui a eu la volonté de multiplier -doc.4 p.141. Une multiplication des actions de l’ONU et transformer les interventions de l’ONU et des casques bleus pour les rendre plus efficace. D’où l’affirmation qu’ « il est tragique que la diplomatie ait échoué. Mais il y a des moments où le recours à la force peut être légitime pour poursuivre la paix ». Or :

  • toutes les opérations envisagées sont de plus en plus coûteuses en moyens humains comme financiers (voir diaporama). Certaines missions d’observations et de maintien de la paix tendent à s’éterniser[53].
  • L’autre problème est l’absence d’une armée permanente (envisagée un temps par Kofi Annan) et la nécessité de reposer sur la bonne volonté des États membres. Chaque pays met à disposition le nombre d’hommes de son choix et les rémunère selon leur bon vouloir.
  • Le bon fonctionnement de l’ONU repose pour beaucoup sur la bonne volonté des États membres, et en particulier sur celles des cinq permanents au premier rang desquels les États-Unis. Les ambitions affichées sont souvent en décalage avec les moyens mis en œuvre (budgets et moyens humains insuffisants). Tous les États Membres de l’Organisation sont juridiquement tenus de s’acquitter de leur part des dépenses des opérations de maintien de la paix (article 17 de la Charte[54]). L’Assemblée générale répartit les coûts selon un barème de contributions complexe établi par les États Membres. Cette formule tient compte, entre autres, de la richesse relative des États Membres, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité étant tenus de verser une quote-part plus élevée en raison de la responsabilité particulière qui leur incombe. Mais certains États, au premier rang desquels les États-Unis, cherchent à faire baisser leur contribution au budget de l’ONU, rendant encore plus difficile l’efficacité des opérations de maintien de la paix.

b.      Quelle légitimité ?

Le droit d’ingérence au nom de la protection des droits de l’Homme et des populations peut interpeller voire paraître illicite aux yeux de certains -Points de vue « Grand oral » p.142-143. Plutôt que d’être considérée comme un progrès dans l’histoire des relations internationales, la référence à la sécurité humaine est parfois vue comme une rhétorique, une méthode occidentale pour manipuler l’émotion des opinions mondiales et justifier des interventions[55]. Cet interventionnisme a suscité des critiques de la part de ceux qui observaient que les cibles de ces actions étaient les opposants du monde occidentale, entraînant la résistance d’une partie des populations locales, qui y voient une nouvelle forme de tutelle des grandes puissances.

c.       Une organisation figée dans son immobilisme, impossible à réformer ?

La conception du Conseil de sécurité de l’ONU porte en elle les germes de l’immobilisme avec notamment l’usage du droit de véto qui font que ces 5 pays dominent les 188 autres. L’application des résolutions dépend donc de l’attitude et des alliances, pour ne pas dire intérêt, des grandes puissances, les résolutions sanctionnant l’État d’Israël sont le plus souvent bloquées par les États-Unis, alors que Russie et Chine s’entêtent à protéger des régimes autoritaires comme la Syrie.

Pour débloquer la situation une réforme du Conseil de Sécurité devrait être envisagée et ainsi Hubert Védrine en 2003 envisageait un élargissement à « six nouveaux permanents : Allemagne, Japon, Inde, un pays latino-américain, un africain et un arabe » et envisagerait l’encadrement et l’autolimitation du droit de véto. Mais, beaucoup de diplomates en conviennent « Aucun pays membre permanent n’acceptera de se voir amputer de ce droit » et qu’« il y a peu de chance d’assister à une réforme de l’intérieur de l’ONU » selon Rony Bauman (ex président de médecins sans frontières).

d.      L’ONU, impuissante face aux puissances ?

L’ONU se trouve en état de vulnérabilité face à l’hégémonie des grandes puissances mondiales. À aucun moment ces pays ne semblent désireux de s’effacer totalement derrière l’ONU. Les États n’oublient jamais que leurs actions sont guidées par la défense de leurs propres intérêts[56], et cherchent à se soustraire aux contraintes supranationales -Supranationalité. Vocabulaire p.137. Pourtant, certains diplomates ou hommes politiques, s’interrogent sur le droit de certains États à se mettre au-dessus des règles de l’ONU[57]. Ainsi, Paul Quilès pour lequel, « Ce n’est pas à des chefs d’État, quelle que soit la puissance de leur pays, de dire quel doit être le droit de se substituer aux Nations Unies ou aux autorités d’un pays qu’ils ont eux-mêmes reconnu comme souverain ».

L’exemple le plus frappant de cet unilatéralisme -Vocabulaire p.137 reste l’intervention en Irak des États-Unis en 2003, sans autorisation du Conseil de sécurité et face surtout à l’opposition d’autres membres permanents menés par Dominique de Villepin -doc.3 p.140. Une action diplomatique de l’ONU… + doc.5 p.141. L’impuissance de l’ONU. Pour beaucoup, cette intervention marque la mort des Nations Unies face à l’hégémonie américaine. Kofi Annan, après avoir cherché désespérément d’empêcher la guerre en Irak sans l’aval de l’ONU, n’hésite pas à qualifier la guerre des États-Unis en Irak d’« illégal » lors d’une interview à la BBC en septembre 2004. Prise de position courageuse qui lui a valu l’estime de nombreux pays dont il était devenu le porte-parole. Le fiasco irakien, comme l’avait d’ailleurs prédit Dominique de Villepin, amène au chaos et à l’émergence de Daech, car la paix ne fut jamais ni pensée ni anticipée. Situation qui fit dire à certains, « La guerre en Irak : une guerre gagnée, une paix perdue »[58]

Conclusion

Issu des rangs de l’ONU, élu difficilement pour son premier mandat mais par acclamations pour le second, Kofi Annan n’a eu de cesse de rendre à l’Organisation des Nations Unies son ambition et sa force. Il a œuvré toute sa vie pour rendre l’ONU plus forte et plus efficace en lançant des tentatives de réformes ambitieuses. Au-delà d’un simple retour à la paix et à une sécurité collective, il ne concevait pas l’action de son organisation comme un acteur passif de simple rétablissement des cessez-le-feu mais au contraire comme un instrument de la paix derrière lequel se rangeraient tous les États du monde, grandes puissances comprises car pour lui « le seul chemin praticable vers la paix et la coopération mondiales passait par l’ONU »

Mais la réalité des relations internationales et l’intérêt des grandes puissances, en premier lieu les États-Unis, n’auront pas permis au secrétaire général de voir ses grandes réformes votées et mises en application, pas plus qu’elles n’auront empêché la guerre en Irak et le fiasco qui a suivi. Kofi Annan fut un diplomate, un homme de paix mais un homme traumatisé par les échecs de l’ONU. Pour lui, « si l’ONU n’est pas aussi unie qu’elle devrait l’être, c’est parce qu’elle reflète le monde dans lequel nous vivons ».[59]

Conclusion (Axe 2)

Révisions p.144-145

Sujets bac p.146-147

III. Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix impliquant des acteurs internationaux étatiques et non étatiques (objet de travail conclusif)

Le thème 2 visait à comprendre les logiques des affrontements armés et d'étudier les modalités de construction de la paix.

Le premier axe a montré la dimension politique de la guerre, en abordant en premier lieu la question des guerres inter-étatiques dans une approche clausewitzienne où l'État a le monopole de la guerre. Cette approche a ensuite été discutée dans le contexte contemporain des guerres irrégulières menées par des mouvances islamistes à partir du Moyen Orient, et des conflits asymétriques qu’elles ont suscités. Ces deux notions de guerre interétatique et de conflit asymétrique vont être réinvesties dans cet objet de travail conclusif consacré au conflit israélo-arabe et israélo-palestinien, puis aux guerres du Golfe.

Le second axe a montré comment la guerre, paradoxalement, se fixait comme objectif premier la paix. La paix n'est pas conçue comme le retour à un ordre ancien, mais plutôt comme l'imposition d'un nouvel ordre dont les fondements, pour être stables, doivent être partagés par les vainqueurs et les vaincus du conflit -comme avec les traités de Westphalie en 1648. À partir de 1945, ce sont les Nations Unies qui ont pour mission d'assurer la sécurité collective internationale. L'objet de travail conclusif doit donc réinvestir à la fois la notion de traité de paix international, et celle de sécurité collective.

Cartes p.150-151. Les lignes de fracture au Moyen-Orient- Le Moyen Orient est un lieu éminemment stratégique, à la fois par sa position géographique, ses ressources naturelles et ses lieux symboliques. Cet espace riche en hydrocarbures et abritant une mosaïque de peuples et de religions, a été marqué par la domination ottomane puis franco-britannique, avant de connaître l'émergence d'États indépendants, dont certains ont pu aspirer ou accéder au rôle de puissances régionales, sous le pouvoir de dirigeants nationalistes autoritaires ou de monarques à poigne, dans un contexte de guerre froide (monde bipolaire), puis post-guerre froide (monde multipolaire ou « apolaire »). Cours p.152-153. Les multiples facteurs de conflictualité au Moyen-Orient- Le Moyen-Orient a donc été le théâtre de multiples conflits régionaux, impliquant des acteurs internationaux étatiques et non-étatiques agissant à différentes échelles pour prendre parti ou œuvrer à la solution du conflit.

Comment expliquer la densité de conflits qui caractérise cette région et la difficulté à les résorber ?

A.    Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinien : les tentatives de résolution, de la création de l’État d’Israël à nos jours

Cours p.154. I. Deux peuples pour une terre : la question palestinienne + Jalon p.158-159. A. La difficile résolution du conflit israélo-arabe

1. Le conflit israélo-arabe

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la question de la Palestine se pose avec une acuité nouvelle. À la suite du génocide des Juifs d'Europe, une solution palestinienne est de plus en plus souhaitée par les États-Unis pour envisager l’avenir des rescapés des camps, au moment où la Grande-Bretagne vit une fin de mandat SDN difficile.

En effet, la Grande-Bretagne maintient sur la Palestine une domination de type colonial[60] sans parvenir à trouver un accord entre Juifs et Arabes. Dans ces conditions, les uns comme les autres se radicalisent :

  • Côté arabe, la répression du soulèvement des années 1930 a disloqué la classe politique, laissant le terrain à des groupes plus radicaux[61].
  • Côté sioniste -Vocabulaire p.155, le mouvement est de plus en plus dominé par l'action des groupes armés, comme l'Irgoun et le groupe Stern.

Dans l’impasse, les Britanniques maintiennent les mesures de contingentement de l'immigration juive. Or, en ce lendemain de Seconde Guerre mondiale, les communautés juives comme les mouvements sionistes insistent sur la solution palestinienne. Londres ne veut pas céder, mais n’a plus les moyens de mener une politique indépendante et ses orientations sont désormais tributaires des États-Unis. Or, aux États-Unis, le nouveau président, Harry Truman[62], multiplie les déclarations publiques en faveur de la cause sioniste. Comme il n'est pas question d'ouvrir le territoire américain à l'émigration des Juifs d'Europe, et comme Truman compte sur le soutien de l'électorat juif lors des élections de 1948, il prend parti pour un État juif en Palestine, malgré la résistance d’une partie de son administration[63].

En Palestine, les organisations sionistes extrémistes intensifient leur action. Le 22 juillet 1946, l’Irgoun fait sauter une partie du quartier général de l'armée britannique à l'hôtel King David de Jérusalem, faisant 92 morts. La violence s'installe entre les Britanniques et la population juive : arrestations et condamnations à mort des combattants juifs, prises d’otage et exécutions de soldats britanniques…

Londres décide de transmettre la gestion du dossier palestinien aux Nations unies (18 février 1947). Le 28 avril 1947, une assemblée générale extraordinaire de l'ONU décide de la création d'une commission d'enquête, l'UNSCOP, chargée d'élaborer un rapport en vue d’un vote des États-membres. Remis le 31 août, le rapport propose l’abolition du Mandat et un partage de la Palestine en trois États : un État arabe et un État juif, qui accéderaient à l'indépendance dans un délai de deux ans, et un État de Jérusalem sous tutelle internationale -doc.2a p.158. Le plan de partage de 1947. Un traité d'union économique serait conclu entre les États juif et arabe, qui inscriraient également dans leur constitution des dispositions en faveur des droits de leurs minorités. L’URSS comme les États-Unis cautionnent le plan[64].

La Grande-Bretagne, estimant qu'elle n'a plus les moyens de maintenir sa présence[65], décide (20 septembre 1947) d'évacuer unilatéralement la Palestine, sans procédure de transfert de pouvoirs. Le retrait définitif est prévu au 15 mai 1948. L'Agence juive fait savoir qu'elle accepte le plan de partage, tandis que les Arabes palestiniens le refusent avec le soutien de la Ligue des État arabes.

Le plan est finalement approuvé le 29 novembre 1947 par la recommandation n°181 de l'Assemblée générale des Nations unies[66]. Les Arabes ressentent le partage comme une injustice et une violation du droit à l'autodétermination. Dès l'annonce du plan de partage, des violences éclatent, notamment dans la région de Jérusalem (grève générale décrétée par les Arabes, attaque des quartiers juifs, représailles des groupes sionistes radicaux). Les autorités britanniques refusent de maintenir l'ordre et laissent le pays s'enfoncer dans la guerre civile.

a.       La première guerre israélo-arabe (1948-1949)[67]

La guerre civile palestinienne

Les forces arabes palestiniennes comptent environ 8 000 combattants mal coordonnés, formés au terrorisme urbain et à des actions de guérilla paysanne. Les forces sionistes sont deux à trois fois plus nombreuses, mieux équipées et mieux organisées. Outre l’Irgoun et le groupe Stern, rompus aux actions de guérilla, les sionistes peuvent compter sur la légion juive, formée durant la guerre, et sur la Haganah, force régulière juive en Palestine.

Le plan Dalet préconise l'élimination des forces hostiles présentes dans la partie juive ainsi que dans les zones qui pourraient être annexées. Cela implique la destruction de nombreux villages arabes et l'expulsion de leurs populations, voire leur élimination[68]. Les opérations débutent en avril 1948, au fur et à mesure des départs des forces britanniques. La fin de l'ordre public mandataire et la fuite des populations arabes rendent l’intervention des États arabes voisins inévitable.

Le conflit

Doc.1 p.158. La proclamation de l’État d’Israël- Le 14 mai 1948, l'État d'Israël est officiellement proclamé par Ben Gourion, sans limite territoriale précise. Le lendemain, l'Égypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban et l'Irak lui déclarent la guerre. Les forces arabes comptent 24 000 hommes, contre 30 000 Israéliens. Leur faiblesse vient de leur absence totale de coordination et des méfiances profondes envers les intentions des uns et des autres[69].

L'ONU envoie un médiateur suédois chargé de rétablir la paix, le comte Bernadotte. Il obtient un cessez-le-feu effectif le 11 juin 1948, et propose un plan de paix[70], puis un autre[71], tous deux refusés par les deux parties. Les belligérants ont profité de la trêve pour se renforcer, mais la supériorité matérielle de Tsahal est désormais écrasante, notamment avec l'apparition de l'aviation. Quand le 8 juillet, les armées arabes rompent la trêve, les Irakiens, les Syriens puis les Égyptiens sont tour à tour repoussés.

Une paix impossible : les armistices de Rhodes et la commission de conciliation (1948-1949)

Les négociations d'armistice débutent à Rhodes durant l'automne 1948. Les entretiens bilatéraux (Israël-Égypte, Israël-Syrie, etc.) aboutissent à quatre armistices distincts.

La commission de conciliation de l'ONU décide, en marge de ces négociations, de réunir les différentes parties à Lausanne, pour traiter essentiellement de la question des réfugiés arabes palestiniens (la mise en œuvre du plan Dalet et la guerre ont mis sur les chemins de l’exil 800 000 Arabes palestiniens[72], pour lesquels l’ONU crée l’UNRWA -Vocabulaire p.156), mais aussi des modifications territoriales. Doc.2b p.158. Après la guerre de 1948- Israël déclare que son territoire est désormais celui du plan de partage, plus les conquêtes de la guerre, et que les lignes d'armistice doivent être considérées comme des frontières internationales. Dans ces conditions, la conférence de Lausanne s'achève sur un échec.

Les lignes d'armistice sont immédiatement le théâtre d’affrontements[73]. La question de Jérusalem n'ayant pas été réglée, la commission de conciliation propose, en août 1949, la division de la ville en deux zones démilitarisées et un contrôle international sur les affaires communes. Le projet est immédiatement refusé par Israël et la Jordanie, qui annexe la Cisjordanie et Jérusalem-Est[74].

b.      L’évolution du conflit israélo-arabe (1949-1967)

La poursuite des tensions

Refusant tout compromis, Israël s'est isolé dans une logique de faits accomplis[75], entraînant la multiplication des raids de représailles sur les lignes d'armistice. Contrairement aux effets recherchés, cette politique de la force contribue à radicaliser les pays arabes contre Israël, à commencer par l’Égypte.

Un contentieux oppose Israël et l’Égypte sur le golfe d’Akaba et sur le canal de Suez, où l’Égypte impose un embargo sur la navigation commerciale israélienne[76]. La bande de Gaza est également un secteur sensible, et des incidents s’y multiplient. Cette « guerre des frontières » oppose également Israël à la Syrie et à la Jordanie :

  • La Syrie : l'enjeu principal de l'affrontement permanent entre Israël et la Syrie est la possession des eaux de la région, essentiellement celles du Jourdain[77].
  • La Jordanie : la tension est permanente entre les deux pays après la guerre de 1948-1949. Elle se cristallise sur les zones de démarcation, au sujet des nombreuses tentatives palestiniennes d'infiltration, durement réprimées par Israël.
La crise de Suez (1956)[78]

Nasser, soucieux de l'indépendance économique de l’Égypte, souhaite construire un immense barrage sur le Nil, à Assouan. Il se tourne vers les puissances occidentales pour obtenir un financement. Si la France et la Grande-Bretagne refusent, les Etats-Unis conditionnent leur aide à un accord avec Israël. Contre toute attente, Nasser accepte, mais le 19 juillet 1956, le secrétaire d’État des États-Unis, John F. Dulles, déclare que les États-Unis s'opposent à la construction du barrage. En réponse, Nasser nationalise la compagnie du canal de Suez, afin que les revenus du canal financent le barrage d'Assouan[79].

Une conférence des usagers du canal, réunie à Londres le 16 août 1956[80], adopte un projet d'internationalisation du canal sous l’autorité d’un conseil dépendant des Nations unies. Nasser ayant rejeté le projet, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte le 13 octobre une résolution imposant à l’Égypte un organe permanent de consultation entre les usagers et une procédure d'arbitrage international en cas de litige. Mais les Britanniques préparent avec la France une opération militaire contre l'Égypte, prélude à une reprise en main de l'Orient arabe. Le plan « mousquetaire » implique un débarquement puis une marche sur Le Caire pour renverser le régime égyptien et réoccuper le canal. Sollicité par la France, Ben Gourion accepte de participer : il est convenu que les forces israéliennes attaqueront les premières l'Égypte, et que Français et Britanniques débarqueront pour imposer un cessez-le-feu (opération « mousquetaire ») et renverser Nasser.

L'attaque israélienne commence le 29 octobre 1956. Le lendemain, Français et Britanniques envoient leur ultimatum aux belligérants. Nasser retire son armée du Sinaï, met son aviation hors de portée et fait couler dans le canal des bateaux pour le rendre impraticable. Le 2 novembre, l’Assemblée générale de l'ONU vote une résolution exigeant l'arrêt des combats et le retrait des forces israéliennes du Sinaï. Ben Gourion accepte le cessez-le-feu mais refuse toute restitution du Sinaï. Le 4 novembre, l'Assemblée générale ayant décidé la constitution d'une force internationale d'interposition, l'intervention franco-britannique est sans objet... Mais des troupes sont parachutées le 5 novembre, s'emparent de Port-Saïd et marchent vers le canal.

La pression exercée par les États-Unis (menaces sur l’accès au pétrole du golfe et sur la livre sterling) et l’Union soviétique (menace de recourir à l'arme nucléaire) entraînent la reculade franco-britannique (6 novembre). C'est une victoire politique pour Nasser, qui récupère non seulement le Sinaï, mais aussi Gaza. Des forces de l'ONU sont déployées pour faire respecter la liberté de circulation maritime. La crise de Suez représente surtout le chant du cygne de la présence franco-britannique dans l'Orient arabe. L’échec diplomatique des deux puissances européennes consacre la montée en force de la politique américaine dans la région, mais aussi des Soviétiques. La confrontation directe entre les deux grands commence alors dans l'Orient arabe, qui a tourné la page des dominations coloniales et entre en guerre froide.

c.       La guerre des Six jours (5-10 juin 1967) et ses conséquences

Vers le conflit

À la veille de la guerre des Six jours, le fait le plus marquant est la division politique de l'Orient arabe[81], qui suscite des alliances politiques fluctuantes, tant avec l'URSS qu'avec les États-Unis. Israël profite de cette instabilité et obtient le soutien militaire américain. En effet, à l'automne 1962, pour la première fois, les États-Unis livrent des armes à Israël… ce qui a pour conséquence de rendre Nasser plus dépendant de l'aide du Kremlin, accordée en échange de facilités navales à la flotte soviétique[82].

Pour la Syrie baasiste, le combat contre Israël est associé à celui contre l'impérialisme occidental et contre les régimes arabes conservateurs. Le thème principal du Néo-Baas est celui de la guerre populaire, conforté par l'exemple de l'Algérie ou du Vietnam. Elle veut armer la population pour libérer la Palestine, mais aussi renverser les régimes « réactionnaires » (Jordanie, Arabie saoudite…). La radicalisation des positions syriennes inquiète Israël, qui multiplie les opérations de représailles, auxquelles la Syrie réplique en bombardant les implantations israéliennes près de la frontière (avril 1967). Le 15 mai, Nasser déploie l'armée égyptienne dans le Sinaï, puis obtient le lendemain le retrait des forces onusiennes de Gaza et de la région du golfe d'Akaba. Le 18 mai, Israël mobilise.

Le 1er juin, la Jordanie signe un pacte de défense commune avec l'Égypte[83]. Le 4 juin, l'Irak se joint au pacte de défense. Le 5 juin 1967, la guerre des Six jours commence.

Les opérations militaires

Le 5 juin 1967, l'aviation israélienne détruit en quelques minutes l’aviation égyptienne. Simultanément, l'armée israélienne envahit le Sinaï les forces égyptiennes se replient. Le 8 juin, l'armée israélienne atteint le canal. À la suite de ce désastre[84], Nasser annonce sa démission (9 juin), avant d’accepter de revenir au pouvoir[85].

La Jordanie tente dès le premier jour de porter secours à l'Égypte, mais l'essentiel du potentiel aérien est aussitôt détruit par l'aviation israélienne (5 juin). L'offensive israélienne se concentre sur Jérusalem et le nord de la Cisjordanie, avec un appui aérien décisif. Le 6 juin au soir, Hussein ordonne le repli de son armée à l'est du Jourdain. Les forces israéliennes occupent Jérusalem-est et l'ensemble de la Cisjordanie le lendemain[86].

Dès le 5 juin, l'aviation israélienne attaque les installations aériennes syriennes, puis les aéroports irakiens le lendemain. La conquête du plateau du Golan commence le 9 juin. 120 000 Syriens fuient ou sont expulsés du Golan dans les six mois qui suivent.

Les conséquences du conflit

Doc.2c p.158. Après la guerre des Six-jours- Le 27 juin 1967, la partie est de Jérusalem est annexée à l'État hébreu[87]. Israël refuse toute souveraineté jordanienne sur la Cisjordanie, et considère que Jérusalem-est, la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Golan sont définitivement acquis. Pour de nombreux responsables israéliens, le Sinaï doit être également intégré à Israël. Une partie de la population de Cisjordanie fuit vers la Transjordanie : ce sont les « personnes déplacées » de 1967.

Les États-Unis sont disposés à provoquer un retrait israélien des territoires occupés mais dans le cadre d'un règlement global, reposant sur cinq principes : droit de reconnaissance de l'existence de toutes les nations, justice pour les réfugiés, libre circulation sur les voies maritimes internationales, limitation de la course aux armements, indépendance et intégrité nationale de toutes les parties. Israël favorise de son côté la constitution d'un lobby électoral américain prosioniste, en mesure d'influer sur les décisions du Congrès concernant Israël.

La question est portée devant les Nations unies. Le 22 novembre 1967, les membres du Conseil parviennent à se mettre d'accord et adoptent la résolution 242. Celle-ci demande le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés » -Vocabulaire p.156, la cessation de l'état de belligérance entre Israël et les Arabes, le respect et la reconnaissance de l'intégrité territoriale de tous les États de la région. Elle rappelle la liberté de navigation sur les voies d'eau internationales, demande le règlement de la question des réfugiés, la création de zones démilitarisées. L'Égypte, le Liban et la Jordanie acceptent la résolution. La Syrie refuse ainsi que les Palestiniens, opposés à voir leur sort réduit à la question des réfugiés. Israël opte en revanche pour une certaine interprétation du texte, et soutient que la résolution 242 demande le retrait israélien « de territoires occupés » et non « des territoires occupés » -doc.4 p.159. Une situation bloquée.

d.      La guerre d’octobre 1973

Dès 1968, l'Égypte entreprend son réarmement avec du matériel soviétique. Tandis qu’Israël consolide sa ligne de position devant le canal (ligne « Bar Lev »), Nasser met en place le plan « granit » (1969), destiné à neutraliser l'aviation israélienne pour reconquérir le Sinaï après une phase de guerre d'usure. À partir de 1970, Israël déclenche une campagne de bombardements stratégiques à l'intérieur du territoire égyptien, à laquelle seule l’apparition d'avions pilotés par des Soviétiques mettra un terme. Cette guerre d'usure a fait autant de victimes que la guerre de 1967.

En avril 1973, A. Sadate[88] et H. el Assad se rencontrent pour préparer un plan contre Israël. La date retenue pour l'offensive arabe est finalement celle du 6 octobre 1973[89]. À cette date, l’armée égyptienne franchit le canal, attaque la ligne Bar Lev et s'empare de plusieurs postes fortifiés. Elle parachute des commandos derrière les lignes israéliennes pour couper les voies de communication. L'intervention de l'aviation israélienne est repoussée par les batteries anti-aériennes égyptiennes.

Sur le Golan, l'armée syrienne lance une offensive en force, combinée à des actions de commandos sur les principales bases militaires ennemies du plateau. L'aviation israélienne essuie de lourdes pertes. La ligne de défense israélienne est au bord de l'effondrement, puis se rétablit avec l'envoi par Israël d'une nouvelle flotte d'avions de guerre (8 octobre). Le 13 octobre 1973, les Syriens sont revenus à leurs lignes de départ.

Israël obtient des États-Unis de nouvelles fournitures de matériel (pont aérien établi le 14 octobre), qui lui permettent de repousser une nouvelle offensive égyptienne. L'armée égyptienne se replie sur le canal, et Ariel Sharon, commandant des forces israéliennes, tente alors d’encercler l'armée égyptienne. L'URSS organise à son tour des ponts aériens avec la Syrie et l'Égypte, et se prépare à intervenir directement.

Les négociations soviéto-américaines qui s'ouvrent le 20 octobre à Moscou aboutissent à la résolution 338 du Conseil de sécurité des Nations unies, votée le 22. Le texte demande un cessez-le-feu immédiat, l'application de la résolution 242, l'ouverture de négociations entre les parties. L’Égypte et la Syrie s’y plient, mais pas Israël, qui poursuit sa manœuvre d'encerclement de l'armée égyptienne. Le 24 octobre, la résolution 339 exige le retrait des Israéliens, et les Soviétiques se déclarent prêts à agir unilatéralement. La résolution 340 réitère l'ordre de cessez-le-feu et crée une Force d'urgence des Nations unies (FUNU). Devant la tension internationale, Israël accepte le cessez-le-feu.

e.      Camp David

Les négociations d'après-guerre

Pour mettre fin au conflit, une négociation générale s'ouvre en décembre 1973 à Genève, sous une coprésidence américano-soviétique. Kissinger, le secrétaire d’État du président Nixon (1969-1974), parvient à établir entre Israël et les États arabes une médiation se passant des Soviétiques. Il renonce à un accord global, privilégiant un rapprochement progressif des positions par la politique des « petits pas » :

  • En janvier 1974 un accord israélo-égyptien[90] décide du retrait des forces israéliennes sur une ligne parallèle au canal, distante de ce dernier d'environ vingt kilomètres. Entre les deux armées, une zone tampon est occupée par la FUNU.
  • La question du Golan est plus délicate, car Israël y a multiplié les colonies et entend annexer une grande partie de ce territoire. Fin mai néanmoins, un accord syro-israélien est signé.
  • Refusant toute représentativité aux Palestiniens, Kissinger se montre favorable à un retrait israélien de la Cisjordanie au profit de la Jordanie, mais l'État hébreu s'y oppose. Tout au plus concède-t-il une sorte de cogestion jordano-israélienne[91].
Les accords de Camp David

Les responsables israéliens sont disposés à se retirer du Sinaï, en échange d'une déclaration de non-belligérance de l'Égypte. De son côté, Sadate se dit prêt à négocier un accord séparé avec Israël. Le 4 septembre 1975, l'accord de désengagement, dit « Sinaï II », est signé entre Israël et l'Égypte. Les deux parties s'engagent à régler leurs différends par des moyens pacifiques.

La nouvelle administration Carter, arrivée au pouvoir en 1976, relance la conférence de Genève en février 1977. Sa démarche, à l’opposé des « petits pas » de Kissinger, se veut globale. Israël refuse toutefois tout échange avec l'OLP, bien que celle-ci considère désormais possible une coexistence avec Israël. Pour Carter, les négociations doivent porter sur trois points : la paix, les frontières et le sort des réfugiés. Il parvient à convaincre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie de venir à la table des négociations. Le 19 novembre, Sadate se rend à Jérusalem et s’exprime devant le Parlement israélien -Sujet bac p.170-171, où il réaffirme son désir de paix et le droit des Palestiniens.

Les accords conclus dans la foulée à Camp David (5-17 septembre 1978) -doc.3 p.159. L’Égypte fait la paix avec Israël en 1978 conservent la résolution 242 comme cadre de référence des négociations et comportent deux parties : 1) Le « cadre pour la paix au Moyen-Orient » concerne la Cisjordanie et la Bande de Gaza ; 2) le « cadre pour un traité de paix israélo-égyptien ». Israël, officiellement reconnu par l'Égypte, se retire du Sinaï et obtient la liberté de navigation dans le canal de Suez. Pour la Cisjordanie et Gaza, Israël accepte l'instauration d'une « autorité autonome » arabe élue dans les territoires, associant la Jordanie... Mais en même temps, M. Begin[92] relance la politique de colonisation juive à Gaza et en Cisjordanie. L’application de l'accord se recentre donc sur les aspects strictement israélo-égyptiens, au détriment de la question des territoires occupés. Le 26 mars 1979, le traité de paix israélo-égyptien est signé à Washington. Quant aux pourparlers sur l'autonomie palestinienne, ils reprennent le 29 mai 1979, mais s’interrompent définitivement le 30 juillet 1980, quand le Parlement israélien vote l'annexion de Jérusalem-Est.

Conclusion : entre tensions et normalisation

Dans le monde arabe, la condamnation de l'Égypte est unanime. Le IXe sommet arabe (à Bagdad, en l'absence de l'Égypte), rejette à l’unanimité les accords de Camp David et les participants étudient le transfert du siège de la LEA du Caire à Tunis. Dès lors, la normalisation des relations israélo-arabes se fera très progressivement, essentiellement après la première guerre du Golfe (1990-1991) et les accords d’Oslo (1992).

Le Maroc, puis la Tunisie décident en 1994 d'établir des relations diplomatiques avec Israël, tandis que les pays du Golfe lèvent partiellement le boycott économique sur l'État hébreu et que la Jordanie signe à son tour un accord de paix avec Israël (1994). L’Irak, sous embargo, ne représente plus une menace militaire depuis la première guerre du Golfe (août 1990-février 1991). Quant à la Syrie, très isolée, ses dirigeants respectent les lignes rouges définies tacitement avec Israël depuis la fin des années 1970. Depuis le début des années 1990, Israël ne craint plus d’offensives militaires de la part de ses voisins. En 2018, alors qu’une nouvelle guerre froide oppose Israël et l’Arabie saoudite à l’Iran, certaines monarchies du Golfe paraissent tentées de normaliser leurs relations avec Jérusalem pour renforcer leur alliance tacite contre Téhéran[93].

La guerre civile syrienne a également brouillé les cartes, provoquant l’intervention directe de l’Iran, de la Russie, de la Turquie et des États-Unis en Syrie. À bien des égards, le conflit israélo-arabe s’est transformé en un affrontement israélo-iranien et un grand jeu régional impliquant Arabes, Israéliens, Turcs, Iraniens, Kurdes et Occidentaux, sous l’œil intéressé des Chinois. Les Palestiniens font figure de grands perdants de cette recomposition géopolitique.

2.     Le conflit israélo-palestinien

Jalon p.160-161. Le processus de paix israélo-palestinien

a.       Le conflit israélo-palestinien avant Camp David

L'émergence politique des Palestiniens après la première guerre israélo-arabe

Lassée des rivalités entre États arabes désireux d’instrumentaliser la question de Palestine à leur profit, la génération palestinienne des camps de réfugiés a de plus en plus tendance à se détacher du panarabisme et du nassérisme pour revendiquer un horizon politique plus proprement palestinien. C'est le cas de Yasser Arafat, ancien étudiant en Égypte où il fut responsable de l'Organisation des étudiants palestiniens. Il fonde en 1959, à Koweït, le Mouvement de libération de la Palestine, le Fatah (ouverture). Le slogan du Fatah est : « l'unité arabe passe par la libération de la Palestine », slogan exactement inverse de celui du baasisme et du nasserisme.

Nasser a de plus en plus de difficultés à canaliser l'affirmation de la personnalité palestinienne. Il réunit donc le 23 décembre 1963 au Caire un sommet de tous les chefs d'État arabes, qui décide la création d'une Organisation de libération de la Palestine (OLP -Vocabulaire p.156) sous la direction d’Ahmad Shuqayri. En 1964, Shuqayri inaugure le premier Congrès national palestinien (CNP) et crée l'Armée de libération de la Palestine (ALP). Le Congrès de Jérusalem adopte la première charte palestinienne. L'article 1 de la charte affirme que « la Palestine est une terre arabe unie par des liens nationaux étroits aux autres pays arabes. Ensemble, ils forment la grande nation arabe ». Si Nasser accepte l'affirmation d'une identité politique palestinienne ne souscrivant pas nécessairement à ses projets d'unité arabe, l’orientation de l'OLP n’en est pas moins panarabiste et proche de Nasser.

Yasser Arafat affiche son opposition en se rendant à Alger et obtient l'aide de Ben Bella pour mener des actions de guérilla contre Israël[94]. Une organisation est créée à Beyrouth, al-Asifa (la tempête), branche militaire du Fatah, qui mène des opérations armées contre Israël dès la fin 1964[95].

Les conséquences de la guerre des six jours

Peuplés d'un peu plus d'un million d'Arabes dont la moitié sont des réfugiés de 1948, les territoires occupés (Cisjordanie, Jérusalem Est et Gaza) -Vocabulaire p.156 après la guerre des six jours sont conçus, sur le plan militaire, comme des zones tampons. Israël accepte la circulation des personnes et des marchandises de part et d'autre du Jourdain, et favorise l'intégration économique des territoires occupés ; la main-d'œuvre arabe est autorisée à venir travailler en Israël.

Les mouvements de résistance recrutent essentiellement dans les camps des pays voisins, mais la résistance palestinienne cherche à s'implanter dans les territoires occupés pour mener une guerre populaire sur le modèle vietnamien ou algérien. Israël réplique par des arrestations, des couvre-feux, des destructions d'habitations et vient à bout de la résistance palestinienne en Cisjordanie (1968)[96] et à Gaza (1971).

En 1968, les organisations de résistance entrent dans l'OLP et s'emparent de la majorité au CNP (Conseil national palestinien) [97]. Le IVe CNP, en juillet 1968, durcit les termes de la charte de 1964[98] -doc.5 p.160. La Charte de l’OLP (1968). Sous l’impulsion de Yasser Arafat, devenu président de I'OLP en février 1969, l'organisation développe un ensemble de services civils (santé, enseignement, finances), verse des pensions aux familles des « martyrs ». Financée par les Palestiniens de la diaspora et par les pétromonarchies -Vocabulaire p.155, l’OLP tend à se rapprocher de la forme d’un État et se met en quête d’une internationalisation de la question palestinienne, cherchant à impliquer la communauté internationale dans le règlement du conflit[99].

b.      Le conflit israélo-palestinien après Camp David

À la fin des années 1970, la question israélo-arabe, facteur d'unité du monde arabe, est devenue un élément de division. Après Camp David, avec la remise en cause du mythe de l'unité arabe, c'est le panarabisme qui sombre. C’est également un tournant pour la question de Palestine, puisque le conflit autour de l’existence de l’État d’Israël, principalement israélo-arabe jusqu’alors, devient plus strictement israélo-palestinien.

De Camp David au processus de paix

Le refus jordanien des accords de Camp David a entraîné un rapprochement entre le roi Hussein et l'OLP, et l'idée d'une confédération jordano-palestinienne pour négocier avec Israël est approuvée. L’accord jordano-palestinien signé le 11 février 1985 souligne également la nouvelle modération de l'OLP : l'OLP reconnaît toutes les résolutions de l'ONU et propose la « terre contre la paix ». Enfin, le texte appelle à une conférence internationale composée des cinq membres du Conseil de sécurité et de toutes les parties prenantes au conflit, y compris l'OLP. Une série d'attentats palestiniens[100] et de représailles israéliennes met fin au processus. L’OLP continue néanmoins d’évoluer vers plus de modération. En dépit de fortes oppositions, Arafat se montre favorable à la création d'un État palestinien dans les seuls territoires occupés, et l’emporte sur la ligne dure.

Le fait majeur de l'histoire palestinienne dans les années 1980 est l'essor des Palestiniens « de l'intérieur », c'est-à-dire des territoire occupés :

  • L’autonomie des territoires, envisagée dans les différents plans, repose en effet sur l'action des élus. Les élections municipales de 1976 consacrent l'ascension d'une nouvelle élite au détriment des notables traditionnels proches de la Jordanie. Les nouveaux élus appartiennent aux classes moyennes éduquées ou sont parfois liés aux familles de notables. Leur programme politique et leur vision nationaliste sont proches de l'OLP.
  • Par ailleurs, de nouveaux acteurs plus radicaux émergent au début des années 1980 : les organisations islamistes[101]. Leur essor est encouragé au début par Israël qui y voit un moyen de remettre en cause l'autorité de l'OLP dans les Territoires.
  • Enfin, en décembre 1987, des émeutes populaires éclatent à Gaza et se propagent à la Cisjordanie. C'est le début de l’Intifada (soulèvement) pour l'édification d'un État palestinien indépendant. En plus de la « guerre des pierres », affrontement qui symbolise le caractère asymétrique du conflit israélo-palestinien -doc.6 p.160. L’intifada + Vocabulaire p.154, l'Intifada s'organise autour de comités populaires, chargés de mettre en œuvre les consignes de la Direction unifiée : grèves, boycott des marchandises israéliennes, refus de payer les taxes israéliennes, barrages, etc. Une partie des islamistes se rallie tandis que les plus radicaux forment le Mouvement de la résistance islamique (Hamas en arabe), dont l’objectif est la disparition totale de l'État d'Israël. Le soulèvement fait en moyenne un mort palestinien par jour. Environ 15 000 Arabes sont emprisonnés.

Alors que l'image d'Israël est ternie par le soulèvement palestinien[102], l’Intifada permet à l'OLP de déclencher une formidable offensive diplomatique au moment où les États-Unis proposent un nouveau plan de paix. Le plan Schultz, secrétaire d'État de Reagan, est présenté en février 1988. Il appelle à la tenue rapide de négociations entre Israël et une délégation jordano-palestinienne, en vue d’un accord d'échange « territoires-paix ». Le rejet d’une délégation commune avec les Palestiniens par la Jordanie offre à l’OLP l'occasion de demander un dialogue direct israélo-palestinien dans le cadre d'une conférence internationale. Yasser Arafat décide alors de mettre en œuvre sa politique de modération. Le 14 septembre 1988, devant le Parlement européen, il réitère son engagement à ne pas avoir recours au terrorisme, son acceptation de la légalité internationale, et affirme être prêt à une coexistence avec Israël. À la conférence des Nations unies de Genève, du 13 au 16 décembre 1988, Yasser Arafat reconnaît l'existence d'Israël, admet les résolutions 242 et 338 et dénonce l'action terroriste.

Dans ces conditions, Washington accepte d'ouvrir le dialogue avec l'OLP. Cette décision coïncide avec l'arrivée de l'administration Bush, qui souhaite favoriser l'émergence d'une autorité politique palestinienne acceptant la coexistence avec Israël et déboucher sur un statut autonome pour les territoires[103]. Le gouvernement israélien annonce qu'il accepte l'ouverture de négociations avec les Palestiniens sur la question d'une autonomie des territoires[104]… mais ajoute qu'il poursuivra l’implantation de colonies. C'est l'impasse.

Le processus de paix israélo-arabe

Mais le président américain, dont la popularité est au sommet au lendemain de la première guerre du Golfe, charge son secrétaire d'État, James Baker, de relancer le processus. En avril 1991, Israël accepte l'idée d'une conférence régionale impliquant des rencontres bilatérales avec des Palestiniens mais ne veut rencontrer aucun représentant de l'OLP. Yasser Arafat déclare que l'OLP ne permettra jamais ni à Israël, ni aux États-Unis, de désigner une délégation palestinienne. Finalement, des « experts » désignés par l'OLP encadreront la délégation. La conférence de la paix s'ouvre à Madrid le 30 octobre 1991. Les négociations bilatérales commencent le 3 novembre, mais les tensions entre les délégations demeurent fortes, et la conférence de Madrid est levée. Les négociations reprennent à Washington, grâce à l’élection de nouveaux dirigeants israéliens[105]. Ceux-ci acceptent le principe de l'autonomie palestinienne, avec élections, mais esquivent la question de la souveraineté des Palestiniens : l’autonomie est conçue comme une simple délégation de pouvoir des autorités israéliennes.

Une négociation parallèle réunit des proches de Shimon Pérès et des responsables de haut niveau de l'OLP. Les rencontres ont lieu à Oslo, où le gouvernement norvégien assure une confidentialité totale aux discussions et intervient pour favoriser un accord. Durant l'été, les négociateurs rédigent ensemble une Déclaration de principes. Les États-Unis apportent leur soutien au texte et proposent sa signature officielle à Washington. Doc.7 p.160. Les accords d’Oslo- Signée le 13 septembre 1993 à la Maison blanche, la « Déclaration de principes sur les arrangements intérimaires d'autogouvernement » fait souffler un vent d’espoir sur la région, mais s’avère un document complexe qui prête à différentes interprétations possibles.

L'application difficile des accords israélo-palestiniens

Dès le mois d'octobre, le comité de liaison chargé de la préparation de l'accord intérimaire est le théâtre de fortes oppositions entre Israéliens et Palestiniens. Dans les territoires occupés, le Hamas -Vocabulaire p.156 mène l'opposition aux accords de paix et poursuit l'Intifada. Les colons, soutenus par le Likoud (la droite israélienne) et son nouveau chef, Benjamin Netanyahu, appellent à une Intifada juive. De fait, la violence dans les territoires occupés ne s'est jamais interrompue, qu’il s’agisse de celle des mouvements islamistes ou de la répression israélienne[106]. Les attentats du Hamas se multiplient contre les colons israéliens. En retour, ces derniers s'en prennent à la population arabe, comme ce colon juif d'Hébron qui ouvre le feu sur des fidèles musulmans priant dans le caveau des Patriarches 25 février 1994[107].

La période intérimaire de cinq ans commence le 4 mai 1994 (Date de la signature des accords dits « Oslo I ») et doit donc s'achever le 4 mai 1999. Après ces accords, il incombe à Arafat de maintenir l'ordre dans les territoires autonomes en empêchant la poursuite des attentats islamistes. À cet effet, une force de police palestinienne est créée, chargée du maintien de l'ordre en coopération avec l'armée israélienne. En août 1994, à la suite d’un attentat contre des colons israéliens, la première épreuve de force éclate entre l'autorité palestinienne -Vocabulaire p.154 et le Hamas, dont plusieurs responsables sont arrêtés[108].

Fin 1994, le processus de paix est suspendu, et les négociations qui reprennent début 1995 s'ouvrent dans un climat tendu. En effet, Israël a donné aux colonies le droit de s'étendre, ce qui entraîne de nouvelles manifestations et de nouveaux attentats. Les négociations règlent la question des élections[109] et aboutissent à la définition de trois zones :

  • Une zone A comprend toutes les agglomérations palestiniennes, sauf Hébron, qui seront sous la responsabilité directe de l'autorité palestinienne.
  • Une zone B regroupe les villages administrés conjointement.
  • Une zone C rassemble les régions peu peuplées et les colonies, sous contrôle israélien exclusif.

Finalement, les « accords Oslo II » sont signés à la Maison blanche le 28 septembre 1995. Le 5 octobre 1995, les partisans du Grand Israël manifestent lors du vote de la ratification de l'accord par le Parlement. Les oppositions israéliennes prennent une tournure de plus en plus violente. Des personnalités religieuses appellent au meurtre de Rabin. Le gouvernement réplique par une grande manifestation pour la paix, organisée à Tel-Aviv le 4 novembre 1995. Ce soir-là, Y. Rabin est assassiné en public par un extrémiste israélien. Cet évènement marque la fin des espoirs du processus de paix.

Conclusion : la paix impossible ?

La droite israélienne revient au pouvoir en 1996 avec un nouveau premier ministre, Benyamin Netanyahou[110], hostile aux négociations. Une dernière tentative du président Clinton pour relancer le processus de paix échoue en 2000, et une seconde Intifada éclate. Elle se poursuit jusqu’en 2006.

Malgré le démantèlement des colonies juives de Gaza (2005), la colonisation se poursuit en Cisjordanie (1993 : 110 000 colons juifs, 2010 : 280 000), et l'Autorité palestinienne ne contrôle que 40% du territoire sous forme de zones éparses -Repère p.161. Les colonies israéliennes + doc.9 p.161. Israël et les territoires palestiniens en 2019. Pire, les Palestiniens des territoires occupés se divisent quand le Hamas prend le pouvoir à Gaza (2006) -doc.8 p.161. L’évolution du Hamas, tandis que la Cisjordanie demeure sous l'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, le successeur de Yasser Arafat. Le blocage reste total. Les Palestiniens voient leur territoire diminuer sous la pression de la colonisation et des murs « de sécurité » autour de la Cisjordanie et de Gaza -les tensions entre la bande de Gaza et Israël sont récurrentes, et meurtrières[111]. Israël occupe la zone C (62% de la Cisjordanie) de manière unilatérale. La souveraineté de l’Autorité palestinienne sur les zones A et B est très limitée : Oslo est définitivement enterré.

Pour l’Autorité palestinienne, il s’agit de ramener le dossier au sein de l’ONU[112]. En 2011, l’Autorité palestinienne demande à l’ONU d’enregistrer l’État palestinien comme membre à part entière, mais la démarche échoue du fait des pressions exercées par les États-Unis sur le vote. Finalement, en 2012, l’Autorité palestinienne obtient la reconnaissance de la Palestine comme État observateur non-membre[113]. L’Onu a exprimé à maintes reprises sa préoccupation au sujet de la question palestinienne :

  • Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité vote une résolution (abstention des États-Unis) et exigeant qu’Israël arrête « immédiatement et complètement » toutes ses activités de peuplement dans le territoire palestinien, y compris Jérusalem-Est. Il souligne qu’il ne reconnaîtra « aucune modification aux frontières du 4 juin 1967 », y compris en ce qui concerne Jérusalem, et exige qu’Israël arrête « immédiatement et complètement » toutes ses entreprises expansionnistes.
  • La conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient, organisée le 15 janvier 2017, réitère les termes de de la résolution 2334 (2016)[114]. Cependant, elle reste lettre morte. D’une manière générale, Israël semble avoir choisi définitivement de tourner le dos à un ONU réduite à l’impuissance[115], pour se contenter du seul soutien des États-Unis[116]: c’est dans cette logique qu’il faut analyser l’évolution du statut de Jérusalem, ou encore les projets d’annexion pure et simple du Golan et de la Cisjordanie[117].

Dans ces conditions, pour bien des observateurs, le conflit israélo-palestinien, par sa complexité et par la multiplicité de ses acteurs[118], pourrait bien être « un conflit sans fin » -Cours p.156-157. Une paix impossible ?

B.Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) et leurs prolongements : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique

L'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein en 1990 suscite une vaste réprobation mondiale. Les États-Unis dirigent une coalition internationale pour y mettre un terme en 1991. En 2003, le président américain George Bush junior lance une nouvelle campagne contre l'Irak. Malgré l'opposition de l'ONU, il y déclenche une guerre dont les conséquences restent toujours sensibles.

Pourquoi l'Irak est-il devenu depuis les années 1990 l'épicentre des conflits moyen-orientaux ?

1.     La première guerre du Golfe et ses retombées

Jalon p.162-163. La première guerre du Golfe

a.          Irak vs reste du monde

L’Irak de Saddam Hussein sort de la guerre avec l'Iran (1980-1988) à la fois surendetté et surarmé. Il exige de son autre voisin, le très riche Koweït, une remise de dettes et une correction de frontières qui renforcerait sa position militaire face à l'Iran, ainsi que l'arrêt des pompages pétroliers excessifs dans le champ de Roumeila, situé à cheval sur la frontière irako-koweïtienne. En vain.

Doc.1 p.162. L’Irak justifie l’invasion du Koweït- Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït. La riposte occidentale, à l'initiative des États-Unis, favorisée par la disparition définitive de la puissance soviétique au Moyen-Orient (sur laquelle le président irakien avait compté à tort), marque le spectaculaire lâchage d'un régime dictatorial pourtant soutenu sans scrupule depuis ses débuts en 1979[119]. Doc.2 p.162. George Bush senior justifie l’intervention des États-Unis- L'intervention de l'armée américaine et des troupes alliées[120] est légitimée par une série de résolutions de l’ONU autorisant le recours à la force. Doc.3 p.163. Les forces en présence- Elle aboutit au débarquement de 500 000 hommes en Arabie Saoudite, puis à une campagne éclair en janvier-février 1991[121], qui chasse l'armée irakienne du Koweït, en lui infligeant de très lourdes pertes.

Encouragée par les Occidentaux, la révolte kurde au Nord de l'Irak aboutit à des représailles sanglantes et à une extension des désordres et de la répression dans le Kurdistan turc. Il en est de même des rébellions chiites au Sud. Mais si, pour les Kurdes, les pays occidentaux installent alors au Nord de l'Irak une zone où il est interdit à l'armée irakienne de pénétrer (ce qui permettra d'y créer l'embryon d'un État kurde), il n'en est pas de même pour la rébellion au sud : l'armée américaine l'abandonne à son sort, à la demande des pays arabes membres de l'alliance, effrayés par la perspective de l'émergence d'un État chiite irakien qui serait sous la coupe de l'Iran. L'armée de Saddam Hussein déchaîne alors une répression impitoyable sur les habitants majoritairement chiites du Sud de l'Irak -doc.4 p.163. L’encombrant Saddam Hussein.

b.       Le Moyen-Orient dans les années 1990 : une poudrière

Rapidement, les espoirs nés au début des années 1990 à la faveur de la victoire de la coalition et de la disparition de l’Union soviétique de la région, s'évaporent. Le président George Bush, à la suite de la guerre du Golfe et de la libération du Koweït, avait pourtant promis un ordre international nouveau où le droit international ne serait plus bafoué[122]. Loin de là :

  • Sur le conflit israélo-palestinien, les États-Unis, forts de leur victoire dans la campagne éclair pour libérer le Koweït, organisent des pourparlers solennels entre pays arabes et gouvernement israélien à Madrid. Un processus de paix lourd et complexe est mis en route et aboutit aux accords d’Oslo, signés en grande pompe à la Maison-Blanche en 1993… mais la paix ne sera pas au rendez-vous pas plus que l’émergence d’un État palestinien[123].
  • Au Liban :
    • Si la guerre civile qui ensanglante le pays depuis 1975 s'arrête en octobre 1990, c'est au prix d'une mise sous tutelle du pays par la Syrie[124]. La nouvelle conjoncture issue permet ensuite la conclusion d'un accord entre les factions combattantes libanaises qui se traduit par l'approbation de réformes constitutionnelles majeures après une entente entre députés libanais, réunis en Arabie Saoudite dans la ville de Taëf[125]. C’est pendant cette période qu'une corruption d'une ampleur inégalée se développe au Liban et que s’accumule une dette colossale dont le pays est encore tributaire aujourd’hui.
    • Israël continue d'occuper le Sud du Liban jusqu’à son retrait en mai 2000, sous la pression du Hezbollah[126]. Fort de ce succès, le Hezbollah devient un élément dé de la politique intérieure libanaise, et intègre pour la première fois un gouvernement en 2005, avec deux ministres.
  • L'irruption de l'armée américaine en Arabie Saoudite, à proximité des Lieux saints musulmans, a en effet provoqué de profonds remous, (d'autant plus que, après leur victoire, ces troupes ne se sont pas retirées) suscitant l'indignation dans les milieux rigoristes islamiques. Un retournement lourd de conséquences se produit : les groupes terroristes se réclamant d'Oussama Ben Laden[127], héros saoudien de la guerre de libération de l'Afghanistan qui a formé, avec l'appui des États-Unis, de l'Arabie Saoudite et du Pakistan, des milliers de jeunes recrues arabes pour aller se battre contre l'armée soviétique, deviennent de plus en plus actifs une fois l'Afghanistan libéré[128]: dans les Balkans (en Bosnie et au Kosovo), mais aussi en Russie (Tchétchénie), ils sont alors encore dans le sillage des politiques occidentales de l'après-guerre froide. Mais, à partir de la moitié des années 1990, ils retournent leurs armes contre les États-Unis, dont les ambassades au Kenya et en Tanzanie sont l'objet d'attentats sanglants en 1998. Après les spectaculaires et dramatiques attentats de New York et de Washington du 11 septembre 2001, Ben Laden devient l'homme le plus recherché de la planète.

2.     La Seconde guerre du Golfe et ses prolongements : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique

Jalon p.164-165. La deuxième guerre du Golfe et ses conséquences

La démocratisation par la force ?

En réalité, c'est autant la personnalité du nouveau président américain élu en 2000, George W. Bush, que la gravité des attentats du 11 septembre qui vont entraîner des regains de violence et de tension au Moyen-Orient. L'équipe de « faucons » néoconservateurs autour du nouveau président rêve en effet de remodeler le Moyen-Orient, région du monde qui apparaît rebelle à la vague de démocratisation ayant suivi, peu ou prou, la fin de la guerre froide sur tous les continents. G. W. Bush et ses « faucons » sont sensibles à la thèse de l'universitaire Samuel Huntington sur un possible conflit de civilisation opposant l'Occident à l'islam et, éventuellement, au confucianisme asiatique[129].

Dès son arrivée au pouvoir, le président américain annonce qu'il ne s'intéressera pas au conflit israélo-palestinien, les vrais problèmes de la région étant à ses yeux le terrorisme, l'Iran et les armes de destruction massive de l'Irak, pourtant sous le régime draconien d'embargo et d'inspection des Nations unies. Les attentats du 11 septembre seront perçus comme une claire confirmation de cette vision du monde : ils ouvriront pour la nouvelle administration américaine le chemin des guerres préventives et de l'invasion successive de l'Afghanistan (2001), où s’abritait Oussama Ben Laden et son organisation terroriste, puis de l'Irak (2003), qui semble continuer l'œuvre inachevée de la première guerre du Golfe en 1991. Au-delà du prétexte de la présence d'armes de destruction massives en Irak[130], le président George W. Bush affirme vouloir reconstruire le Moyen-Orient sur des bases démocratiques et stables[131].

d.      Une guerre interétatique… préventive

Le 22 janvier 2003, la France et l'Allemagne affichent leur opposition résolue au projet d'invasion de l'Irak, bientôt rejointes par la Russie de Vladimir Poutine. Le secrétaire d’État américain, Colin Powell, tente de rallier le Conseil de sécurité aux vues de Washington, mais il se heurte à l'opposition déterminée de la France, représentée par son ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin -doc.5 p.164. L’opposition de la France à la guerre[132].

Qu'à cela ne tienne. Le 16 mars 2003, le président George W. Bush rencontre les Premiers ministres britannique (Tony Blair), espagnol (José Maria Aznar) et portugais (José Manuel Barroso). À l'issue de la réunion, les quatre dirigeants décident de lancer une opération militaire conjointe contre l'Irak de Saddam Hussein en se passant de l'accord des Nations Unies et de celui de leurs principaux alliés -Doc.7 p.165. Britanniques et américains justifient le recours à la force + Repère p.164. L’Europe fracturée.

Le président américain envoie un ultimatum à Saddam Hussein et le 20 mars 2003, lui déclare formellement la guerre. Après une courte campagne, les Américains s'attendent à être accueillis à Bagdad en libérateurs et se disposent à construire une démocratie modèle, comme ils l'avaient fait au Japon en 1945. Mais l'Irak n'est pas le Japon et l'Amérique de Bush n'est pas celle de Roosevelt et Truman. L'arrestation de Saddam Hussein dans une cave de sa ville natale de Tikrit le 13 décembre 2003 et sa pendaison après un procès expéditif le 30 décembre suivant clot l’épisode de la guerre interétatique.

e.      L’heure de la guerre asymétrique

Quel qu'ait été le motif de l'invasion, le résultat, lui, ne fait pas de doute : un nouveau et grave traumatisme dans la psychologie déjà tourmentée et fatiguée des peuples de la région, ainsi qu'une série de nouvelles violences et de souffrances.

L’invasion étatsunienne a achevé l'œuvre de déstructuration de la société irakienne entamée par treize années d'embargo économique, le délabrement des infrastructures et l’appauvrissement généralisé de la population venant se surajouter aux exactions de la dictature de Saddam Hussein. Pour l’historien Georges Corm[133], la façon dont les États-Unis ont envahi et laissé piller les administrations d'État et le patrimoine archéologique et culturel du pays, puis dissous l'armée, la police et tous les services de sécurité ne peut être attribuée qu'à une légèreté criminelle ou, beaucoup plus probablement, à la volonté d'empêcher que l'Irak puisse un jour redevenir vraiment indépendant. Encore plus accablant est selon lui le fait que l’envahisseur ait joué des divisions communautaires, ethniques et régionales pour asseoir sa domination. Une victime expiatoire a été désignée comme source unique de tous les malheurs : la minorité sunnite, dont Saddam Hussein et son clan sont issus.

Même si une grande partie de la communauté sunnite était également opprimée par la dictature baasiste, les chiites et les Kurdes sont considérés comme les seules victimes, et la minorité sunnite dans son ensemble comme l’ennemi des États-Unis. Majoritairement hostiles à l’intervention américaine, contrairement aux chiites et aux Kurdes, les sunnites sont victimes de la politique de « débaasification » initiée à partir de mai 2003 : de nombreux responsables sunnites sont destitués de leurs fonctions dans l’armée et l’administration sans discernement quant à leur rôle dans la dictature de Saddam Hussein. Dès la formation du Conseil de gouvernement irakien en juillet 2003, les sunnites ont été exclus au bénéfice des Kurdes et des chiites, seuls jugés capable de bâtir la démocratie.

Sur le plan militaire, une région majoritairement sunnite au Nord-Ouest de Bagdad, nommée « triangle sunnite » par les militaires américains, est le lieu des opérations les plus violentes[134]. Les affrontements continuent sous la forme d’un conflit asymétrique dans cette région après le renversement du régime de Saddam Hussein : des insurgés sunnites luttent contre l’occupation états-unienne. Du 6 au 29 novembre 2004, la deuxième bataille de Fallouja[135] permet la prise d’un bastion du soulèvement antiaméricain.

Le boycott des élections législatives de 2005 et le retrait du parti islamique irakien en protestation contre la prise de Fallouja écartent durablement les représentants sunnites du processus de transition. La formation d’un gouvernement chiite soutenu par les États-Unis ramène brutalement les sunnites à leur statut de minorité et ouvre la voie à la radicalisation d’une partie d’entre eux : des courants salafistes apparaissent, qui se distinguent des courants sunnites traditionnellement plutôt nationalistes et opposés au communautarisme. Ils affirment une identité sunnite opposée à l’État irakien et au pouvoir chiite jugé

illégitime, voire mécréant. Les violences confessionnelles entre sunnites et chiites se déchaînent. Nouri Al-Maliki arrive au pouvoir en mai 2006, à la tête d’un gouvernement composé essentiellement de partis chiites, mais promettant la réconciliation nationale. Il n’en sera rien : au printemps 2006, après un attentat contre le mausolée chiite de Samarra revendiqué par Al-Qaida -doc.8 p.165. La guerre civile, la marginalisation des sunnites, collectivement accusés de soutenir Al-Qaida par le gouvernement Maliki, s’aggrave encore.

Le 15 octobre 2006, des djihadistes sunnites, en partie issus des rangs d’Al-Qaïda, proclament l’État islamique d’Irak, qui devient État islamique en juin 2014 sous la direction d’Abou Bakr Al-Baghdadi. L’objectif de l’organisation est de rétablir le califat sur toute la communauté des croyants, sur le modèle du califat abbasside tel qu’il existait au IXème siècle[136]. Son emprise s’étend désormais sur une grande partie des provinces sunnites d’Irak et sur la Syrie voisine, à la faveur du chaos de la guerre civile syrienne. La capture d’infrastructures pétrolières et les pillages lui assurent des revenus bien supérieurs à toutes les organisations armées non-étatiques qui lui permettent de se procurer des armes et de mener des opérations de propagande[137].

Maliki est finalement lâché par les alliés internationaux de l’Irak appelés à l’aide face à l’État islamique à partir de 2014. La politique de plus en plus autoritaire et communautaire du Premier ministre est devenue incompatible avec la nouvelle position de Washington et de la coalition occidentale, qui fait désormais de l’inclusion des sunnites une condition de son intervention. Début septembre 2014, Haïder Al-Abadi lui succède au poste de Premier ministre[138] et affirme alors sa volonté d’offrir une meilleure représentativité aux minorités sunnite et kurde. Bagdad espère désormais pouvoir s’appuyer sur les tribus sunnites pour contrer la progression de l’État islamique. Cela est-il possible ? Le doute est permis : le déchainement de violence qui accompagne la progression de l’État islamique témoigne de l’existence de plaies non refermées. Pour une partie de la communauté sunnite, il s’agit d’une opportunité historique, une revanche contre le pouvoir chiite oppresseur et un idéal rassemblant les sunnites au-delà des frontières irakiennes. D’autres sont effrayés par la contagion djihadiste, la radicalisation d’une contestation au départ légitime et le recours à une violence insupportable.

La « chute » de l’État islamique, sous les assauts conjoints des régimes de Damas et de Bagdad, de l’Armée syrienne libre, des milices kurdes, de la coalition occidentale, de la Turquie, de la Russie, etc., semble devoir mettre un terme provisoire à la guerre. Néanmoins, les conditions d’une stabilité retrouvée au Moyen-Orient sont encore loin d’être remplies et l’avenir demeure lourd d’incertitudes et de menaces.

Conclusion (objet de travail conclusif)

Révisions p.168-169

Sujets bac p.170-171

Conclusion du thème

Révisions du thème p.172

Exemples de sujets et approfondissements p.173

Grand oral p. 174-175


[1] En France, la dernière déclaration de guerre remonte au 3 septembre 1939. Pourtant, l'armée française s'est battue ensuite en Indochine, et toute une génération a été appelée à combattre en Algérie -la « guerre d'Algérie », euphémisée par l'expression « événements d'Algérie », a longtemps fait l'objet d'un déni officiel. Depuis les années 1960, la France a participé à une trentaine d'opérations militaires dans ses anciennes colonies africaines. Plus de 11 000 soldats français sont actuellement déployés de l'Afrique au Moyen-Orient.

[2] …d'où l'étonnement de voir en France des hommes armés de fusils d'assaut patrouiller dans les rues pour protéger la population contre des attentats terroristes.

[3] NB : à l'exception des attentats terroristes.

[4] Georg Simmel, Le Conflit, 1908. Pour Simmel, le rôle du conflit n'est pas unilatéralement pernicieux ou désastreux, mais polyvalent. S'il peut être un facteur de désolation pour les sociétés, il peut être également un facteur de leur épanouissement. Facteur de désunion, il est aussi une forme essentielle de toute socialisation. Simmel aura été sans doute l'initiateur de cette façon de penser pour avoir mis en évidence les éléments proprement socialisateurs du conflit.

[5] D'après l'ONU, il existe trois types de guerres : 1/ Les guerres entre États (inter-étatiques) ; 2/ les guerres intra-étatiques (« guerres civiles ») ; 3/ Les guerres dites « asymétriques », « non conventionnelles » ou encore « irrégulières », qui opposent un État à des groupes non étatiques. La distinction entre ces types de guerre est toutefois difficile à établir dans la mesure où les guerres contemporaines mélangent souvent les acteurs de différentes natures.

[6] La question de savoir comment considérer les violences terroristes (un attentat est-il un acte de guerre ?) est plus complexe qu’il n’y paraît…

[7] Paix d’hégémonie, d’équilibre, de directoire, de droit international.

[8] Un journaliste en 2001 a trouvé dans une cache d’Al Qaida en Afghanistan un exemplaire en anglais annoté de l’édition De la guerre

[9] La dernière biographie parue de Clausewitz est écrite par un historien, Bruno Colson (université de Namur) chez Perrin (2016). Une analyse de cet ouvrage est consultable en ligne : Olivier Zajec, « Carl von Clausewitz en son temps : ‘die Natur des Mannes’ », Stratégie, 25 mars 2018 https://www.diploweb.com/Strategie-Carl-von-Clausewitz-en-son-temps-die-Natur-des-Mannes.html

[10] …qui s’oppose à la « guerre limitée ».

[11] Chez Clausewitz, la paix se définit donc par le critère de la non-réciprocité dans l’emploi de la violence. Elle recouvre à ce titre à la fois l’absence totale de la violence, mais également l’emploi unilatéral de la violence : quand seul l’un des deux acteurs aux prises a fait le choix des armes, il n’y a pas guerre, mais paix.

[12] Cf. cet article d’Edmond Dziembowski Article paru dans la revue Diplomatie n°93, « Guerres de religion : mythe ou réalité ? », juillet-août 2018 et disponible en ligne ici.

[13] D’autant plus que les Britanniques ont également recours aux services de corsaires, ajoutant au conflit « régulier » des caractéristiques de conflit « irrégulier ».

[14] Cette victoire laisse néanmoins un goût amer. C’est au prix d’un effort de guerre monstrueusement cruel. Tordons le cou à un mythe : s’il est bien un conflit qui dément avec éclat la légende de « la guerre en dentelles » au XVIIIe siècle, c’est bien cette guerre de Sept Ans qui fit, selon les estimations, près d’un million de victimes à travers le monde.

[15] Le secrétaire d’État des Affaires étrangères, l’abbé de Bernis, écrit ceci : « Si nous voulons suivre notre affaire de terre, il faut renoncer à celle de mer ; nous ne pourrons encore deux ans soutenir le fardeau de l’une et de l’autre. »

[16] Le lieutenant-colonel français David Galula a contribué à modéliser la théorie des conflits asymétriques après avoir servi en tant qu’officier de liaison à la section française en Extrême-Orient envoyé dans le contexte des troubles indochinois en 1945. Ses travaux préconisent la mise en œuvre d’une contre-insurrection, doctrine militaire qui vise à obtenir le soutien de la population dans le cadre d'un conflit opposant un mouvement insurgé à une force armée gouvernementale. Elle se fonde sur des actions civilo-militaires, le renseignement, la guerre psychologique et le quadrillage du territoire.

[17] …comme le général américain David H. Petraeus : « L’œuvre et la carrière de Galula sont d’autant plus actuelles et importantes que cette forme de conflit a de sérieuses chances de dominer l’actualité du XXIe siècle ». Il présente le concept d’asymétrie comme « le combat entre la mouche et le lion, la mouche ne peut pas mettre le lion KO et le lion ne peut pas voler. Le cadre espace-temps est le même pour les deux, mais on assiste bien à deux combats différents ».

[18] Les « mauvais musulmans » sont excommuniés.

[19] Étymologiquement, l’apostat est celui qui « tourne le dos ». L’apostasie peut être déclarée dès lors que le musulman manifeste un doute sur une croyance qui a fait l’objet d’un consensus au sein de la communauté.

[20] NB : Al-Qaïda n’a pas adhéré à la proclamation unilatérale du califat en juin 2014 par DAECH. Cf. D. Thomas, « État islamique vs Al-Qaïda : autopsie d’une lutte fratricide », Politique étrangère, 2016/1

[21] Patrick PORTER, « Surprenante souplesse tactique des Talibans en Afghanistan », Le monde diplomatique, novembre 2009.

[22] Ainsi, la Jordanie avertit : « Tout membre de Daech est une cible pour nous. Nous les pourchasserons et nous les éradiquerons » (Déclaration du ministre jordanien Nasser Joudeh, chef de la diplomatie, à la chaîne de télévision américaine CNN février 2015).

[23] D’ailleurs, lorsqu’il déclare la guerre aux États-Unis, Oussama ben Laden justifie sa stratégie de guérilla « non seulement comme une manifestation de la violence sacrée, mais comme une méthode indispensable face aux déséquilibre des forces » (BAUD Jacques, La Guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur, 2003)

[24] La « mort spectacle » se trouve effectivement et malheureusement adaptée à nos sociétés de l’information où le recours aux images est constant surtout à l’heure des chaines d’informations en continu -doc.3 p.120. Les attentats du 11 septembre 2001.

[25] Le brouillard de guerre est un terme utilisé pour décrire l'absence ou le flou des informations pour des participants à des opérations militaires. Le terme se rapporte à l'incertitude des protagonistes quant à leurs propres capacités, les capacités des adversaires, la position des forces et ses objectifs. L'expression a été créée par Carl von Clausewitz dans son ouvrage De la Guerre : « La grande incertitude [liée au manque] d'informations en période de guerre est d'une difficulté particulière parce que toutes les actions doivent dans une certaine mesure être planifiées avec une légère zone d'ombre qui […] comme l'effet d'un brouillard ou d'un clair de lune, donne aux choses des dimensions exagérées ou non naturelles. »

[26] Cf. Oussama Ben Laden (2011), Abou Bakr al-Baghdadi (2019)…

[27] Cf. le président syrien Bachar al-Assad en 2015, qui critique cette approche occidentale du terrorisme : « il s’agit de terrorisme quand il les frappe, mais de révolution, de liberté, de démocratie et de droits humains quand il nous frappe. Ses auteurs sont des terroristes chez eux, mais des révolutionnaires et des opposants modérés chez nous » (Discours du 26 juillet 2015).

[28] HECKER Marc, « Al Qaïda et le brouillard de la guerre contre le terrorisme », article publié le 12 septembre 2011.

[29] ALAM Kamal (spécialiste de l’histoire militaire contemporaine du monde arabe et du Pakistan et intervenant dans plusieurs académies militaires au Moyen-Orient et au Royaume-Uni), « La stratégie russe en Syrie montre comment gagner une guerre au Moyen-Orient », 11 juillet 2018.

[30] Émission de RFI du 9 février 2016, « Le boom des sociétés privées ».

[31] …comme celles d’Omar Omsen, propagandiste français du cyberdjihad.

[32] Multilatéralisme -Vocabulaire p.130.

[33] Le Saint-Empire est créé en 962 lorsque Otton Ier est couronné empereur d'un espace qui va de l’Italie à la Baltique. La couronne impériale n'est pas héréditaire, l'empereur est élu par des princes-électeurs (sept depuis la Bulle d'or de 1356 : les archevêques de Trèves, de Cologne et de Mayence, le comte palatin, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg et le roi de Bohème). Il est composé de territoires aux statuts variés, et il est régi par des Institutions spécifiques : la Diète, le Conseil impérial aulique, le Tribunal de la Chambre Impériale et les Cercles.

[34] L’historien Michael Kaiser a montré qu’il y a peu de signes religieux sur les bannières, et peu de clercs. Les armées ne sont pas confessionnelles.

[35] On peut mettre en avant l’importance du la Chambre Impériale, tribunal formé de juges nommés par les états d’empire paritairement catholiques et protestants qui a des compétences dans les affaires de paix et les conflits entre états immédiats et du conseil aulique qui est constitué d’une trentaine de juges compétent sur les fiefs d’empire et sur les privilèges impériaux.

[36] Selon cette paix signée en 1555, les sujets doivent adopter la confession de leur prince ou émigrer ; la liberté religieuse est accordée aux États impériaux, non aux individus. L’expression cujus regio, ejus religio, « tel prince, telle religion », est utilisée pour résumer la paix d’Augsbourg ; mais il s’agit d’une formule de propagande protestante qui ne correspond pas à la réalité : la mixité religieuse existe partout sauf dans la Bavière catholique.

[37] La ville de Magdebourg perd la moitié de sa population lors de son siège par les armées impériales en 1631, ville luthérienne qui s’est associée à la Suède, elle ne compte plus que 20 000 habitants. Ce sac marque les contemporains.

[38] Cf. également Les aventures de Simplicius Simplicissimus (1669) de Grimmelshausen.

[39] Il prolongeait la « Déclaration des Nations Unies » (1942), par laquelle les représentants de 26 États en lutte contre l'Axe proclamaient leur appui à la Charte de l'Atlantique (1941). Ce document marque la première utilisation officielle de l'expression « Nations Unies », suggérée par le Président Roosevelt.

[40] NB : le besoin de sécurité est peut-être plus puissant que celui de paix, Cf. le principe de légitime défense et le droit de s’armer et de se défendre des États (SUR Serge, « Dossier : 50 nuances de paix », QI100, « La paix : illusion et réalités », 2019).

[41] Site officiel des Nations Unies

[42] Discours de Kofi ANNAN lors de la remise de son Prix Nobel de la Paix en 2001.

[43] CORTEN O., « La paix par le droit », QI, n°100, Sept-Déc 2019.

[44] Site officiel de l’ONU.

[45] CORTEN O., op. cit.

[46] Site officiel de l’ONU.

[47] Cf. le massacre de Srebrenica (juillet 1995)

[48] Cf. Site officiel de l’ONU.

[49] Trente-deux États, dont la Russie et les États-Unis, ont signé le Statut de Rome mais ne l'ont pas ratifié. La CPI compte à ce jour 123 signataires.

[50] Devant l’Assemblée Générale de l’ONU en 1999 : « Si l’intervention humanitaire constitue effectivement une atteinte inadmissible à la souveraineté, comment devons-nous réagir face à des situations dont nous avons été témoins au Rwanda ou à Srebrenica, devant des violations flagrantes, massives et systématiques des droits de l’homme, qui vont à l’encontre de tous les principes sur lesquels est fondée notre condition d’êtres humains ? »

[51] Cf. site officiel de l’ONU.

[52] L’essentiel des éléments proviennent de l’article de MAUREL Chloé, « Kofi Annan, une vie au service de l’ONU », 2018.

[53] Par exemple, la mission Inde Pakistan en place depuis 60 ans.

[54] Cf. Site officiel de l’ONU.

[55] CHAVILLON Fréd., « Paix et sécurité humaine : défis à venir », QI, n°100, Sept-Déc 2019

[56] Cf. l’action de la Russie en Syrie, soutien indéfectible du régime de Bachar el-Assad qui lui offre l’accès à une « mer chaude » (cet objectif a guidé la diplomatie russe depuis les Tsars).

[57] BONA Morgane, « Pourquoi l’ONU ne fonctionne pas ? », MARIANNE, 20 août 2014.

[58]BONODOT Cécile, « La Guerre d’Irak (2003-2011) : une guerre gagnée, une paix perdue », École de guerre.

[59] Pour poursuivre la réflexion, vous lirez avec intérêt l’article de Chloé Maurel sur le site de l’IRIS : « L’ONU, un mécanisme imparfait mais indispensable ».

[60] …alors que les autres pays arabes sous sa tutelle accèdent à l'indépendance : Irak, Transjordanie…

[61] En 1946, le mufti de Jérusalem revient en Orient et s'installe au Caire.

[62] Vice-président de F. D. Roosevelt, il lui succède à son décès en avril 1945.

[63] La diplomatie américaine y est hostile car elle veut ménager les pays arabes en raison de l’enjeu pétrolier.

[64] En plein déclenchement de la guerre froide (doctrine Truman, plan Marshall), l'accord des Etats-Unis et de l'URSS sur la question de Palestine constitue un événement unique.

[65] Alors qu'elle accorde l'indépendance à l'Inde, elle doit laisser 80 000 hommes stationner dans ce Mandat grand comme un département français. Elle vient de transférer la gestion des dossiers turc et grec aux États- Unis. L'opinion britannique ne supporte plus les pertes humaines causées par les attentats sionistes. De plus, cette question détériore les relations anglo-américaines à un moment où l'aide économique de Washington est vitale.

[66] Pour s’assurer de la majorité des deux tiers des voix à l’Assemblée générale de l’ONU, les États-Unis exercent des pressions économiques sur les États d'Amérique latine, ainsi que sur les Européens, dans la dépendance américaine pour leur reconstruction.

[67] À lire pour approfondir sur le site Les clés du Moyen-Orient.

[68] Cf. massacre du village de Deir Yassin, 9 avril 1948

[69] Sous la pression américaine, un embargo sur les ventes d'armes est immédiatement mis en œuvre pour l'ensemble de la région, mais l'URSS envoie des armes à Israël via la Tchécoslovaquie. La supériorité israélienne est très vite écrasante.

[70] La Cisjordanie serait annexée à la Jordanie, une union économique établie entre Israël et la Jordanie, Jérusalem resterait arabe et Haïfa deviendrait un port franc.

[71] En août, le médiateur des Nations unies propose un nouveau plan qui prévoit l’internationalisation de Jérusalem, le retour des réfugiés et des échanges de territoires entre Israéliens et Arabes favorisant la formation de blocs géographiques plus homogènes.

[72] De ces exils naît la notion de Nakba, encore très sensible aujourd’hui, et un ensemble de litiges autour du droit au retour des réfugiés. À découvrir sur le site de France-Culture et dans cet article du journal Le Monde.

[73] Les réfugiés palestiniens tentent de les franchir pour revenir sur leurs terres, et les Israéliens répliquent par des opérations de représailles.

[74] C’est à cette occasion que la Transjordanie devient la Jordanie.

[75] Pour Israël, ces faits accomplis doivent ensuite acquérir une valeur juridique internationale reconnue.

[76] En septembre 1954, Israël envoie un de ses navires commerciaux vers le canal de Suez. Le navire est confisqué par l'Égypte et l'équipage arrêté.

[77] …particulièrement la zone du lac de Tibériade, sous contrôle israélien mais menacée par l’artillerie syrienne postée sur les hauteurs du Golan. Le 10 décembre 1955, un raid israélien contre des villages syriens fait 56 morts et 30 disparus.

[78] À approfondir sur le site Les clés du Moyen-Orient.

[79] Nasser annonce sa décision le 26 juillet 1956 au cours d'un célèbre discours à Alexandrie, devant une foule surchauffée. La liesse populaire est à son comble, et Nasser devient en quelques heures le héros de la nation égyptienne, et plus encore.

[80] L’Égypte refuse d'y assister et se fait représenter par l'URSS et l'Inde.

[81] La tentation hégémonique de Nasser est d'abord combattue par les régimes monarchiques d'Irak et de Jordanie, puis par l'Arabie saoudite, chef de file des pays conservateurs proches de l'Occident. La tension avec l'Égypte culmine lors de la guerre du Yémen. Le nassérisme progresse en revanche dans les opinions publiques arabes et devient une force politique en Irak, en Syrie, en Jordanie, ainsi que chez les Palestiniens. La division des Arabes s'accentue avec l'échec de la RAU et la désunion du baasisme et du nassérisme.

[82] En février 1966, l'Égypte signe un accord avec l'URSS qui permet la visite de navires soviétiques dans les ports de Salloum et de Port-Saïd.

[83] …sous la pression populaire des Palestiniens du royaume qui n'accepteraient pas une abstention jordanienne en cas de conflit.

[84] Les opérations ont causé la mort de 10 000 Égyptiens et la destruction de la plus grande partie du matériel militaire.

[85] De gigantesques manifestations se déroulent alors dans tout le pays afin qu'il revienne sur sa décision.

[86] La Jordanie compte 6 000 morts et 30 000 blessés sur une armée de 50 000 hommes, contre 300 morts et 1 400 blessés du côté israélien.

[87] Pour Israël, les conventions de Rhodes de 1949 ne créent pas de droits territoriaux aux États arabes et peuvent être remises en cause par la force. À Jérusalem, les maisons proches du mur des Lamentations sont détruites et leurs habitants sont expulsés. L'ancien quartier juif de la ville est l'objet d'un plan de modernisation immédiat afin d'y installer des Israéliens. Plusieurs villages arabes sont rasés autour de la ville et des mesures d'expropriation de terrains sont adoptées dans plusieurs agglomérations afin de préparer l'installation de colons.

[88] Anouar el-Sadate a succédé à Gamal Abdel Nasser en 1970.

[89] Jour de la fête de la victoire du Prophète Mahomet sur les Mecquois, c’est également le jour de la fête juive du Yom Kippour.

[90] L’accord dit du « kilomètre 101 ».

[91] Les fonctionnaires arabes de Cisjordanie sont salariés par Amman, et la nationalité jordanienne est accordée aux Arabes de Cisjordanie et de Gaza.

[92] Menahem Begin est au pouvoir depuis les élections de 1977.

[93] Cf. l’accord signé par Israël avec les Émirats arabes unis en août 2020, et avec Bahreïn en septembre 2020.

[94] Mais le développement de la guérilla palestinienne est surtout le fruit de mouvements révolutionnaires, comme le MNA de Georges Habache, qui devient le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) après la guerre des six jours.

[95] Al-Asifa, composée de 300 jeunes combattants issus des camps, revendique plus de 300 opérations jusqu'en juin 1967.

[96] Fuite des dirigeants de l’OLP en Jordanie.

[97] Shuqayri démissionne en décembre 1967.

[98] Priorité est donnée à la lutte armée révolutionnaire pour la libération de la Palestine. Pour ses membres, le sionisme -Vocabulaire p.154 est un mouvement « fanatique et raciste ». Ses buts sont expansionnistes et coloniaux. Ses méthodes sont « fascistes et nazies ».

[99] Cf. le célèbre discours de Yasser Arafat devant l’Assemblée générale de l’ONU le 13 novembre 1974.

[100] Dont la spectaculaire prise d’otages de l’Achille Lauro (1985) par un commando du FPLP.

[101] L'organisation la plus célèbre est alors le Jihad islamique.

[102] Le 22 décembre 1987, la résolution 605 du Conseil de sécurité des Nations unies déplore « les politiques et pratiques d'Israël qui violent les droits du peuple palestinien dans les territoires occupés »

[103] Le 14 mars 1989, le nouveau secrétaire d'État, James Baker, déclare qu'Israël devrait ouvrir le dialogue avec l'OLP.

[104] Par Y. Shamir, premier ministre depuis le 11 mars 1990.

[105] Le 23 juin 1992, le parti travailliste emmené par ltshak Rabin remporte les élections législatives. Il annonce le gel de la politique d'implantation des colonies mais ne remet pas en cause celles déjà existantes.

[106] Les maisons des suspects d'attentats sont détruites aux missiles antichars. En décembre 1992, le gouvernement Rabin déporte hors des territoires occupés plus de 400 Palestiniens accusés d'être des activistes islamistes. Ils sont envoyés au Liban mais ce dernier refuse de les accueillir et les déportés se retrouvent dans un no man's land entre les zones des deux armées. En avril 1993, les territoires occupés sont bouclés par Israël.

[107]. Des manifestations populaires éclatent immédiatement et sont durement réprimées par la police israélienne. Il y a plusieurs dizaines de victimes. Rabin adresse des excuses officielles à Arafat, condamne deux organisations extrémistes juives mais il refuse toute évacuation de colons, en particulier de la ville d'Hébron.

[108] Des affrontements entre islamistes et la police palestinienne font une quinzaine de morts le 18 novembre 1994.

[109] Israël accepte la formation d'un conseil législatif de 88 membres qui désignera un conseil exécutif.

[110] Ce dirigeant controversé exerce le pouvoir de 1996 à 1999, puis sans interruption depuis 2009. Depuis 2020, il dirige un gouvernement d’union nationale une alliance avec son rival centriste, Benny Ganz.

[111] Cf. « Plomb durci » (hiver 2008-2009), « Pilier de défense » en novembre 2012 et « Barrière protectrice » pendant l’été 2014, ainsi que les affrontements occasionnés par exemple la « marche du retour » en 2018.

[112] Depuis Oslo, les Américains ont largement montré qu’ils n’étaient pas des intermédiaires neutres et que leur intervention visait essentiellement à soutenir le projet israélien.

[113] Le 29 novembre 2012, soit 65 ans après le vote du plan de partage, la Palestine est admise comme État observateur non-membre de l’ONU par le vote de l’Assemblée générale n°67/19, avec 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions.

[114] À consulter, ce podcast de France-Culture.

[115] La liste des résolutions de l’ONU non respectées par Israël est longue, comme le montre cet article du Monde diplomatique.

[116] Cf. « Proche-Orient : Trump présente un « plan de paix » favorable à Israël », Le Monde, 28 janvier 2020.

[117] Pour approfondir, un article à lire sur le site de France info et un autre sur le site de France Culture.

[118] États, ONU, combattants irréguliers, ONG…

[119] L’Irak « laïc » de Saddam Hussein était présenté en Occident comme un rempart contre l’extrémisme iranien, et bénéficiait de livraisons d’armes soviétiques comme occidentales.

[120] France, Royaume-Uni, Canada, Pays-Bas, mais aussi une bonne partie des États du Moyen-Orient, dont l'Arabie Saoudite, la Turquie, l'Égypte et la Syrie

[121] Opération « Tempête du désert » pour l’état-major étatsunien

[122] De même, en 1992, dans un ouvrage intitulé The New Middle East, l’Israélien Shimon Peres avait esquissé de grands espoirs, appuyés par l'administration américaine, de créer une zone de libre-échange et de prospérité au Moyen-Orient. L'ouvrage a été traduit en français sous le titre Le Temps de la paix, Odile jacob, Paris, 1993.

[123] Cf. III.A.2. Le conflit israélo-palestinien

[124] Pour l’historien George Corm, la Syrie est ainsi récompensée de son soutien à la coalition contre l’Irak.

[125] Le nouveau régime politique du Liban tombe alors sous la domination de Rafic Hariri, milliardaire saoudo-libanais, proche de la Syrie et du roi d'Arabie Saoudite (mais aussi du futur président français Jacques Chirac). Rafic Hariri est Premier ministre du Liban de 1992 à 1998 puis de 2000 à 2004 -il est assassiné en 2005 par un attentat suicide attribué au Hezbollah.

[126] Entre-temps, Israël a à deux reprises (1993, 1996) bombardé le Sud-Liban durant plusieurs jours, entraînant de lourdes pertes civiles.

[127] Cf. I.B. D’Al-Qaïda à Daesh.

[128] Il avait été jusque-là de bon ton de considérer que la main de l'Union soviétique était derrière les gouvernements arabes dits « radicaux », soutenant le terrorisme et refusant d'accepter l'existence d'Israël. Depuis la révolution iranienne, la subversion khomeyniste était venue s'ajouter, aux yeux des dirigeants occidentaux, à celle des Soviétiques.

[129] Cette thèse, lancée d'abord dans un article de la revue américaine Foreign Affairs en 1992, puis reprise et développée l'année suivante dans un ouvrage devenu célèbre, acquiert une notoriété mondiale.

[130] …en fait inexistantes, comme le montrera un rapport officiel américain neuf mois après l'invasion.

[131] Le 6 novembre 2003, en effet, soit six mois environ après l'invasion et l'occupation de l'Irak, il annonce officiellement une initiative pour promouvoir la liberté et la démocratie au Moyen-Orient (« Greater Middle East »). Cette initiative deviendra en juin 2004 « Broader Middle East and North Africa Initiative ».

[132] Cf. II.B.2. L’ONU, impuissante face aux puissances ?

[133] Georges Corm, Histoire du Moyen-Orient, La Découverte, 2012.

[134] Saddam Hussein et la plupart des dirigeants de l’époque baasiste sont issus de cette région, notamment de Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein où il est capturé en décembre 2003.

[135] Opération « Phantom Fury » pour les forces armées des États-Unis.

[136] Cf. I.B. D’Al-Qaïda à Daesh

[137] Cf. I.B. D’Al-Qaïda à Daesh

[138] Jusqu’en 2018, date de son remplacement par Adel Abdel Mehdi. Moustafa al-Kazimi est l’actuel premier ministre irakien depuis mai 2020.