TS - Thème 1 / Clés de lecture d'un monde complexe - Question 1 / Des cartes pour comprendre le monde

Plan

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I. LECTURES GEOPOLITIQUES

 A. De nouveaux conflits internationaux

   1. Les transformations de la guerre

   2. Conflits et effondrement de l'État

   3. La communauté internationale impuissante

 B. Recompositions de la puissance

   1. Critères de puissance

   2. Puissance et système international

 C. Les proliférations

   1. Persistance de la menace nucléaire, tentatives de régulation

   2. Autres armes « de destruction massive »

   3. Omniprésence des armes conventionnelles

II. LECTURES GEOECONOMIQUES

 A. L’explosion des flux et le triomphe (provisoire ?) du libre-échange

   1. Explosion des flux

   2. Triomphe du libre-échange, tentation protectionniste

 B. Les échanges et la mise en réseau du monde : émergences, interdépendances asymétriques, complémentarités, concurrences.

   1. La mise en réseau du monde

   2. Une nouvelle géographie des échanges

   3. Nord et Sud

III. LECTURES GEOCULTURELLES

  A. L’entertainment à l'américaine, un « rouleau compresseur » culturel

  B. De la standardisation à la réappropriation des codes culturels américains

  C. Quand la mondialisation alimente la diversité

IV. LECTURES GEOENVIRONNEMENTALES : L'EXEMPLE DU CLIMAT

  A. L’urgence climatique

  B. Les efforts et les aléas de la diplomatie climatique depuis les années 1990

  C. De Copenhague à Paris, de laborieuses négociations

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Manuel p.18-53

Pour décrire et expliquer le monde actuel dans toute sa complexité, il est nécessaire de faire appel à des approches relevant de divers champs géographiques. Quatre grandes grilles de lectures du monde s’imposent :

  • une lecture géopolitique[1];
  • une lecture géoéconomique[2] ;
  • une lecture géoculturelle[3];
  • une lecture géoenvironnementale[4].

Les cartes sont un outil indispensable pour conduire une telle étude -qui sera aussi l’occasion d’une réflexion critique sur les modes de représentations cartographiques.

En fonction de quelles grilles de lecture peut-on comprendre le monde actuel ? Pourquoi les cartes sont-elles un outil essentiel de cette compréhension ?

I. Lecture(s) géopolitique(s)

Carte 1 p.30-31 La géopolitique du monde actuel entre permanences et mutations + Schéma p.30 - Les processus de mondialisation modifient en profondeur les rapports de force et les registres de puissance, et les conflictualités ne cessent de se complexifier.

A. De nouveaux conflits internationaux

  1. Les transformations de la guerre

Dans sa conception classique, la guerre est l'aboutissement paroxysmique des rivalités entre États. Dans cette logique, toute guerre autre qu'interétatique est considérée comme une guerre civile. Mais cette conception « classique » de la guerre ne permet pas de comprendre les formes multiples de la conflictualité contemporaine, car :

  • les guerres entre armées nationales ne constituent plus la forme dominante des conflits ;
  • les guerres « civiles » peuvent perdurer de manière larvée sur des décennies, s'internationaliser et s'imbriquer de façon complexe (Cf. Syrie et Irak).

Selon les critères retenus, les cartes de la guerre et de la paix prennent des formes différentes.

Mais contrairement à ce qu’affirmaient certains au début des années 1990, la fin de la guerre froide n'a pas signé la fin des situations conflictuelles dans le monde. Des conflits présents durant la guerre froide se sont poursuivis (Israël-Palestine), des revendications jusque-là gelées ont refait leur apparition (dans le Caucase ou la corne de l'Afrique), tandis que des zones de tension ont émergé à l'occasion de contentieux régionaux ou internationaux (Irak, Afghanistan, Côte d'Ivoire).

La violence n’a donc pas faibli mais elle a pris des formes nouvelles :

  • elle s'est disséminée ;
  • les armements se sont multipliés, diversifiés et perfectionnés, surtout aux mains des grandes puissances[5], si bien que sur le terrain, les techniciens prennent le pas sur les armées traditionnelles dans des guerres fondées sur la doctrine du « zéro mort » et l'utilisation d’armes « intelligentes »[6] ;
  • des sociétés de mercenariat[7] se sont développées et tendent à « privatiser la guerre » comme une activité marchande hors traités internationaux définissant les obligations des combattants.

Ainsi, le fossé se creuse entre un Nord riche, surarmé et préservant sa population, et un Sud, terrain de guerre incessante et de dissémination de la violence où la vie des individus serait moins précieuse.

2. Conflits et effondrement de l'État

Plus complexes à déchiffrer, les conflits contemporains affectent principalement des États effondrés (ou « faillis »), incapables d'assurer un contrôle effectif de leur territoire et d'exercer le monopole de la violence légitime. Ces territoires sont livrés à des « seigneurs de guerre », qui tissent un système d'allégeance alternatif aux identités nationales décomposées.

Les nouveaux conflits, en apparence internes aux États mais présentant souvent des ramifications internationales, frappent d'abord les populations civiles, enrôlées de force, victimes de famines organisées, de massacres, d'exactions sexuelles, de déplacements forcés, etc. L’embrigadement des enfants soldats[8] se développe, ainsi que le recours aux mercenaires dont certains se rétribuent par des pillages et le racket des populations. Dans ce contexte, la violence guerrière tend à se confondre avec le banditisme, permettant aux trafiquants de tous ordres de prospérer.

Forces gouvernementales plus ou moins organisées, groupes rebelles parfois constitués sur des bases ethniques ou religieuses, mercenaires étrangers, combattants venus de pays voisins, forces d'intervention multilatérales et acteurs humanitaires s'entrecroisent sur le terrain. Ces conflits génèrent des flux massifs de déplacés et de réfugiés qui contribuent à déstabiliser des régions entières[9].

3. La communauté internationale impuissante

La communauté internationale tente d'intervenir mais ses remèdes traditionnels (embargos, interventions, CPI, etc.) se révèlent souvent inadaptés à la nature même des nouveaux conflits. Carte 2 p.32, L’ONU, une présence sur presque tous les fronts de conflits (2011)- Abondamment sollicitée pour rétablir la paix, l'ONU met en place des opérations militaires et civiles, combinant imposition et consolidation de la paix pour stabiliser des États fragilisés, voire effondrés. Dans un espace ruiné et désinstitutionnalisé, où la violence a laminé tous les systèmes de référence et fait voler en éclat le contrat social, faire la paix est une tâche ardue. Cela impose de retisser du lien social et de reconstruire l'État, c'est-à-dire de réinventer une capacité à vivre ensemble, ce qui ne peut se faire que sur le temps long.

L’ONU utilise ses organes spécialisés dans le développement (HCR, PNUD, etc.) et coopère avec des ONG pour construire ou restaurer les administrations et les infrastructures, superviser les élections, développer l'appareil judiciaire, protéger les droits humains, rapatrier les réfugiés, veiller à l'état sanitaire des populations, conduire des processus de réconciliation nationale, etc.

Les interventions onusiennes dépendent du bon vouloir du Conseil de sécurité et notamment du non-usage du droit de veto par un membre permanent. L’ONU n'est pas dotée d'une armée propre mais de forces multinationales détachées pour chaque mission par des gouvernements volontaires[10].

Outre l’ONU, d’autres acteurs sont à l’œuvre : des organisations régionales (OTAN, UE, OSCE, UA, CEDEAO, etc.) ou des coalitions d'États montent des missions de paix, parfois sous mandat et en coopération avec l’ONU, parfois indépendamment, voire en concurrence –Carte 3 p.32, Les principales organisations politico-militaires.

B. Recompositions de la puissance

1. Critères de puissance

S’inspirant de Raymond Aron, Serge Sur écrit : « On définira la puissance comme une capacité - capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire. »[11]

La puissance peut s'exprimer par des critères géopolitiques classiques : maîtrise d'un territoire[12], ressources naturelles ou démographie. D'autres éléments peuvent être retenus : dynamisme économique, rayonnement culturel, scientifique et technique (R&D), ressources politiques et diplomatiques… La puissance d'un acteur correspond aussi à sa capacité à fixer l'agenda international et à influencer les normes[13].

2. Puissance et système international

La notion de puissance renvoie aussi à une réflexion sur le système international. Après la fin de la guerre froide, l'hyperpuissance des États-Unis a semblé un temps en mesure de structurer de façon unipolaire le système international mais son hégémonie a provoqué des contestations déstabilisatrices.

Pour certains, c’est à un « basculement du monde » que nous assistons aujourd’hui : après avoir dominé le monde pendant près de quatre siècles, l'« Occident » voit son hégémonie remise en question. Tout en demeurant des pôles de prospérité et d'influence, les États-Unis et l'Europe observent avec étonnement l'émergence d’une économie-monde multipolaire, dans laquelle la puissance a changé de forme et de géographie –Notion clé p.33, La mondialisation signifie-t-elle la fin des États ?

C. Les proliférations

1. Persistance de la menace nucléaire, tentatives de régulation

On compte à ce jour neuf puissances nucléaires[14], d’importance évidemment inégale. Des mesures de non-prolifération avaient été prises durant la guerre froide[15], mais la fin de la bipolarité a modifié la menace nucléaire. Des traités de réduction des armes nucléaires sont signés (Start 1 en 1991, Start 2 en 1993), le TNP est prorogé indéfiniment en 1995 et un Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) est ouvert à la signature en 1996.

La lutte contre la prolifération se heurte à la dissémination de matériaux provenant d'ex-URSS, aux tentatives de certains États de se doter de l'arme nucléaire, au refus persistant de certains États de signer le TNP, aux intérêts des industriels de l'armement et à la porosité technologique entre nucléaire civil et militaire.

2. Autres armes « de destruction massive »

On distingue les armes biologiques, les armes chimiques et les armes radiologiques.

  • Employées dès l'Antiquité, les armes biologiques (ou bactériologiques) sont fabriquées à partir de germes pathogènes.
  • Inventées à la fin du XIXème siècle, les armes chimiques utilisent des produits toxiques (incapacitants, neutralisants, asphyxiants, neurotoxiques, etc.).
  • Les armes radiologiques enfin sont constituées de bombes classiques entourées de matériaux radioactifs disséminés lors de l'explosion.

La réglementation de ces armes dites de destruction massive (ADM) se heurte à plusieurs obstacles : outre le fait que certains États rechignent à déclarer et à détruire leurs stocks, ces armes, moins coûteuses et complexes à fabriquer que les armes nucléaires, sont accessibles à de nombreux acteurs, étatiques ou non.

3. Omniprésence des armes conventionnelles

Les armes dites conventionnelles prolifèrent : lourdes (chars, avions de combat, missiles, etc.) ou légères (pistolets, mitrailleuses, lance-grenades, mines, etc.), elles sont responsables de la grande majorité des victimes civiles et militaires.

Les freins aux tentatives de régulation sont multiples : traçabilité difficile (trafics), mauvaise volonté des États utilisateurs et producteurs, banalisation des armes dans les zones de conflit armé ou de non-droit. Les négociations depuis 2005 autour du futur traité sur le commerce des armes peinent à aboutir[16].

II. Lecture(s) géoéconomique(s)

Carte 1 p.26-27, La richesse mondiale (2013) + Schéma p.26.

A. L’explosion des flux et le triomphe (provisoire ?) du libre-échange

1. Explosion des flux

La phase actuelle de la mondialisation se caractérise par l’explosion des flux :

  • commerciaux : malgré des fluctuations conjoncturelles, la tendance des soixante dernières années est à une croissance soutenue : depuis 1950, les échanges mondiaux ont été multipliés par plus de 20[17] ;
  • financiers : dans les années 1970, la fin de la convertibilité or-dollar met un terme au système de Bretton Woods de contrôle des capitaux à l'échelle mondiale. Par la suite, la libéralisation des marchés financiers a facilité la circulation planétaire du capital[18].

2. Triomphe du libre-échange, tentation protectionniste

Développée par des économistes libéraux classiques[19], la théorie du libre-échange prône le démantèlement des obstacles (droits de douanes, barrières non tarifaires) à la circulation internationale des marchandises.

Après la Seconde Guerre mondiale, cette doctrine s'impose peu à peu : cette politique de libéralisation des échanges commerciaux a été soutenue par le GATT dès 1947, puis par I'OMC à partir de 1995[20]. Depuis 1950, les barrières douanières tarifaires sont passées en moyenne de 40% de la valeur des marchandises à 2,2%.

Si le libre-échange est désormais au cœur du commerce mondial, avec la crise financière et économique de 2008 et la concurrence accrue des pays émergents ou en développement, le protectionnisme fait à nouveau débat[21].

B. Les échanges et la mise en réseau du monde : émergences, interdépendances asymétriques, complémentarités, concurrences

1. La mise en réseau du monde

Par voie terrestre, maritime ou aérienne, les flux de commerce dessinent une véritable toile à la surface de la planète[22].

Depuis les années 1950, les containers standardisés et l'équipement des ports ont permis de fluidifier l'embarquement et le débarquement des marchandises, favorisant l'essor du commerce des produits manufacturés et la transformation de la géographie mondiale des échanges.

2. Une nouvelle géographie des échanges

Le réseau des routes maritimes et les grands ports sont devenus de véritables outils d'intégration dans l'économie mondiale[23]. Aujourd'hui, la géographie du commerce mondial se concentre autour de quelques grands pôles régionaux : Europe, Amérique du Nord, Asie orientale, tandis que l'Amérique latine ou l'Asie du Sud s'insèrent progressivement dans les circuits commerciaux internationaux.

3. Nord et Sud

Cette évolution a accru les interdépendances et permis l’intégration de nouveaux territoires à la division internationale du travail (une NDIT succède à la DIT de la phase précédente de la mondialisation)[24], mais continue de tenir à l’écart des cercles vertueux du développement une partie des « Sud ».

La géographie de la richesse et de la pauvreté s’est en effet complexifiée, et les grilles de lecture de ces phénomènes évoluent pour en mesurer toutes les nuances, mobilisant de nouveaux outils en plus de la traditionnelle mesure du PIB (seuil de pauvreté absolue, IDH, IPH, coefficient de Gini…), et distinguant plusieurs catégories de pays « du Sud » -Notion-clé p.29, Nord-Sud, une lecture du monde toujours pertinente ?. Certains observateurs lisent dans ces évolutions un « basculement de la richesse ». Plus largement, c’est la géographie de la puissance qui a évolué.

III. Lecture(s) géoculturelle(s)

Carte 3 p.36, Les produits culturels, une circulation mondiale- Selon une idée reçue très répandue, la mondialisation provoquerait une uniformisation culturelle tendant vers une américanisation. La réalité est beaucoup plus complexe, révélant la concomitance de dynamiques contradictoires, entre uniformisation et diversité.

Films, séries télévisées, musique, livres, de plus en plus de produits culturels quittent le territoire où ils ont été conçus pour être consommés aux quatre coins du monde. La démocratisation du tourisme rend accessibles d'autres cultures et la révolution technologique en cours depuis les années 1980, en bouleversant les moyens de communication à l'échelle mondiale, a multiplié les possibilités d'échanges et de diffusion des produits et des pratiques culturels.

A. L’entertainment à l'américaine, un « rouleau compresseur » culturel

Le modèle culturel étatsunien suscite, à l’échelle planétaire, à la fois séduction et répulsion. Ces produits culturels sont élaborés dans le cadre d'un modèle marketing formaté pour toucher le plus grand nombre et rapporter le plus possible[25].

Les moyens mobilisés (technologiques, commerciaux, symboliques[26]…) assurent aux produits américains une diffusion sans égale[27].

B. De la standardisation à la réappropriation des codes culturels américains

La diffusion planétaire des produits culturels américains a cependant moins conduit à une uniformisation par l'américanisation qu'à une standardisation culturelle autour du modèle économique et marketing nord-américain par de nombreux pays du monde, notamment les pays émergents, comme la Chine, le Brésil ou encore l'Inde.

L'américanisation culturelle du monde tant redoutée n'a pas eu lieu. Au contraire, en s’exportant, le modèle états-unien a suscité des concurrences, voire des résistances, qui ont elles-mêmes favorisé la diversité.

C. Quand la mondialisation alimente la diversité

Ce qui vaut pour les États-Unis en termes de circulation culturelle vaut aujourd'hui pour d'autres régions de la planète : produits culturels européens, mangas japonais, films coréens ou indiens, musiques et danses latino-américaines, etc. Les échanges culturels qui circulaient autrefois selon des flux principalement Nord-Nord ou Nord-Sud évoluent : les productions culturelles des pays du Sud se multiplient, trouvant un public local mais, également, de plus en plus international.

Par ailleurs, la marchandisation mondiale d'une certaine forme de culture s'est accompagnée de revendications en faveur de la diversité culturelle. C'est ce qu'ont entériné, à leur façon, l'exclusion des biens culturels du champ de I'OMC ou encore l'adoption par l'Unesco, le 20 octobre 2005, de la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Malgré la concentration de l'industrie culturelle dans quelques régions du monde, on assiste à une diversification de l'offre et de la diffusion de produits culturels qui contribue, ainsi, à construire un monde hybride où productions culturelles nationales, voire locales, cohabitent avec des produits du monde entier.

Toutefois, ces multiples identités réaffirmées, invoquant parfois des origines fantasmées ou des traditions inventées, ne sont pas sans risques. Elles peuvent produire un repli communautaire et engendrer un protectionnisme identitaire entraînant un mouvement de fermeture à l'autre.

IV. Lectures géo-environnementales : l’exemple du climat

D’une manière générale, l’ensemble des défis environnementaux dans leur grande diversité sont un des enjeux majeurs pour le développement d’une population mondiale en forte croissance.

Parmi les défis environnementaux pour un développement durable, la question de l’inégal accès aux ressources de la planète se pose de manière particulièrement aigüe –Carte 1 p.38-39, Les populations privées d'accès à l'eau potable dans le monde : un problème majeur de développement durable + Schéma p.38. Mais depuis deux décennies, la question du réchauffement climatique est devenue particulièrement sensible –Notion-clé p.41, Le réchauffement climatique, un risque majeur pour la planète ?

A. L’urgence climatique

Grâce aux travaux du GIEC[28], organisme créé en 1988 dans le cadre de l'ONU, la question du changement climatique s'est imposée à partir des années 1990. Les recherches scientifiques (notamment celles des océanographes et des glaciologues) ont en effet montré que depuis le milieu du XIXème siècle, la température de la planète a lentement progressé : +0,85° depuis 1880 (nette accélération depuis la fin du XXème siècle), du fait des activités humaines émettrices de GES[29].

Selon le dernier rapport du GIEC (janvier 2014), les trois dernières décennies ont été les plus chaudes depuis au moins 1400 ans. Pour le XXIème siècle, leurs modèles climatiques prévoient une élévation de température entre 0,3˚C et 4,8˚C pour 2100, par rapport à 2005. Or les experts estiment qu’une élévation supérieure à 2°C engagerait des évolutions incontrôlables et irréversibles, aux conséquences graves : élévation du niveau des mers, multiplication des évènements climatiques extrêmes, etc. D’où les efforts de la diplomatie climatique...

B. Les efforts et les aléas de la diplomatie climatique depuis les années 1990

Depuis la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (Rio, 1992), les grandes rencontres internationales sur la défense de l'environnement se sont multipliées. Les négociations internationales sur le climat ont permis de renforcer la prise de conscience des citoyens et d'initier une diplomatie environnementale très complexe.

En effet, tous les États ne contribuent pas de la même manière aux émissions de GES et les pays industrialisés ont une responsabilité particulière : ils seraient collectivement responsables de plus de 70% du CO2 d'origine fossile émis depuis le début de l'ère industrielle. C’est pourquoi le protocole de Kyoto (ratifié par 184 États à partir de 1997) opère une distinction entre pays développés[30] et pays en développement, et fixe à 38 de ces pays industrialisés des objectifs chiffrés et contraignants en matière de réduction de leurs émissions de GES[31].

Doc.3 p.40, Le Nord, gros émetteurs de GES- Or cette division du monde, pertinente dans les années 1990, a cessé d'être opérante. En effet, désormais, les émissions de GES des pays émergents approchent, voire dépassent pour certains, celles des pays développés. La Chine, par exemple, est devenue en 2010, avec 22% des émissions mondiales de CO2, le premier émetteur de GES devant les États-Unis (19% des émissions mondiales de CO2). Néanmoins, les émissions de CO2 /hab. des émergents sont encore largement inférieures à celles des pays développés.

Il conviendrait donc de réajuster en conséquence les objectifs de réduction des émissions de GES et la participation de chacun, émergents compris, au financement des coûts de la lutte contre le changement climatique.

C. De Copenhague à Paris, de laborieuses négociations

Mais lors du sommet de Copenhague[32], les États émergents se sont opposé aux contraintes nouvelles que cela impliquerait pour eux. Aucun engagement juridique contraignant n'ayant pu être signé, Copenhague fut considéré comme un échec –doc.6 p.35, « L’échec de Copenhague ». La communauté internationale est certes parvenue à valider l'objectif global de limiter le réchauffement climatique à 2° par rapport aux températures de l'ère p

réindustrielle, et à créer un « fonds vert » pour aider les pays du Sud à réduire leurs émissions de CO2 et à s'adapter au changement climatique. Mais les négociations n'ont toujours pas abouti à l'établissement de nouveaux objectifs chiffrés de réduction des émissions de GES pour l'après-Kyoto. Cette question, ainsi que celle du financement du fonds vert, continue à se poser après les conférences de Cancun (2010), Durban (2011) et Rio (2012). Elle sera au cœur des discussions de la COP21 qui se tiendra à Paris en décembre 2015.


[1] Cela concerne les relations entre États (conflits, alliances, rapports d’influence…) mais aussi la question même du rôle des États, de leur éventuel effacement, de l’émergence d’autres formes d’organisation politique…

[2] Le monde d’aujourd’hui tout en présentant d’importantes inégalités de développement, connaît une massification des échanges qui conditionne le fonctionnement actuel des territoires mondiaux et contribue à l’émergence de certains pays.

[3] Dans le cadre de la phase actuelle de la mondialisation, le monde semble connaître des dynamiques contradictoires, entre uniformisation et diversité culturelles.

[4] Il s’agira de poser la question de la durabilité du développement des territoires mondiaux (dégradations environnementales causées par certaines activités humaines, lien entre ressources naturelles et croissance démographique…)

[5] Avant tout aux mains des États-Unis –doc.2 p.22, Les 10 budgets militaires les plus élevés (2011).

[6] Cf. les drones d'attaque.

[7] Cf. Academi, anciennement Blackwater Worlwide.

[8] Ils seraient environ 250 000 dans le monde en 2013.

[9] Afrique des Grands Lacs, Balkans, Darfour, Corne de l'Afrique, Caucase, et plus récemment Syrie...

[10] Les pays du Nord rechignant à envoyer leurs troupes dans des opérations ingrates et onéreuses, elles proviennent principalement de pays du Sud.

[11] Questions Internationales, 2000. Sur le concept de puissance, vous lirez avec intérêt la mise au point complète proposée par le site diploweb.

[12] Superficie, contrôle d'un fleuve, d'un détroit stratégique…

[13] Contrairement à la puissance militaire « brute » (hard power), cette « puissance douce » (soft power selon Joseph Nye) s'exerce sans coercition mais par la persuasion (culturelle, idéologique ou normative).

[14] États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord.

[15] Création de l’AIEA (1957), interdiction des essais nucléaires non souterrains (1963), Traité de non-prolifération (TNP, 1968), création de zones exemptes d'armes nucléaires (ZEAN), négociations de limitation de ces armes (Salt 1, 1972 ; Salt II, 1979).

[16] En 1998, l'Union européenne a pourtant adopté un code de conduite en matière d'exportation d'armements (conventions interdisant les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions).

[17] La part des produits manufacturés continue d'augmenter rapidement, tandis que celle de l'agriculture ne cesse de diminuer. Le commerce des services occupe une place croissante et devient un enjeu important des négociations multilatérales.

[18] Avec deux conséquences principales : 1/ cela a permis d'abaisser les coûts de financement de pays émergents qui, comme la Chine, ont su en profiter pour attirer les IDE et développer leur économie. Mais elle a aussi accru les possibilités de spéculation, de fraude et de défaillance générale du système.

[19] Adam Smith, David Ricardo

[20] Réunissant 23 États en 1947, le GATT comptait 128 États signataires en 1994. L'OMC a poursuivi cet élargissement, pour compter en 2015 161 membres et une vingtaine d’observateurs.

[21] Si les droits de douane diminuent, les mesures non tarifaires prennent aujourd'hui une importance déterminante (protectionnisme déguisé ou appui à des politiques publiques nationales de préservation de la santé ou de l'environnement ?) générant de nouvelles difficultés de reconnaissance mutuelle des normes, notamment entre pays du Sud, émergents et pays du Nord.

[22] Attention néanmoins : ces échanges de marchandises sont mondiaux, mais se font avant tout à l’échelle régionale : en 2009, les échanges intrarégionaux comptaient pour 54% du volume total de marchandises échangé à l'échelle mondiale.

[23] Cf. la Chine, premier exportateur mondial de produits manufacturés depuis 2010.

[24] La plupart des pays émergents, Chine en tête, ont bâti leur développement sur la promotion des exportations.

[25] Les exemples ne manquent pas : Cf. le best-seller de Dan Brown, le Da Vinci code, traduit dans une quarantaine de langues et vendu à plus de 40 millions d'exemplaires dans le monde trois ans seulement après sa parution en 2003.

[26] Cf. Soft power et American dream.

[27] Au cinéma, en 2008, dans l’UE, les films français ont représenté 12% du total des entrées, les films italiens et allemands, 3,5% chacun. De leur côté, les films américains dépassaient 63%.

[28] GIEC : Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat. Cf. notice Wikipédia, et site officiel. Cf. également l’article du Monde du 28 septembre 2013.

[29] GES : gaz à effet de serre.

[30] Les « pays de l'annexe 1 » rassemblent l'ensemble des États membres de l'OCDE en 1992, ainsi que les pays dits en transition vers l'économie de marché, principalement les pays de l'ex-bloc soviétique.

[31] L'objectif global, fixé pour 2012, était de réduire en moyenne de 5,2% les émissions de GES par rapport au niveau d'émissions de 1990.

[32] La conférence des Nations unies sur le climat de Copenhague (« COP XV »), 2009) devait redéfinir les objectifs de réduction des émissions de GES jusqu'en 2020, les engagements Kyoto prenant fin en 2012…