TS - Thème 2 / Les dynamiques de la mondialisation - Question 1 / La mondialisation : fonctionnement et territoires

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Plan

I. ETUDE DE CAS : UN PRODUIT MONDIALISE

 A. La production

 B. Les acteurs

 C. Réseaux, territoires, circuits

II. ACTEURS, FLUX, DEBATS

 A. Acteurs

   1. Les acteurs que la mondialisation favorise

   2. Les acteurs censés réguler la mondialisation

 B. Mobilités, flux, nœuds et réseaux

   1. Mobilités humaines

   2. Un monde de flux, de nœuds et de réseaux

 C. Débats : une mondialisation sous le feu des critiques

   1. Zélateurs et contempteurs

   2. "Making globalization work" ?

III. DES TERRITOIRES INEGALEMENT INTEGRES A LA MONDIALISATION

 A. La mondialisation hiérarchise les lieux et les territoires : facteurs

   1. Accroissement et polarisation des flux de capitaux et géographie du pouvoir financier

   2. Accroissement et polarisation de la production et des échanges

 B. La mondialisation hiérarchise les lieux et les territoires : typologie

   1. « Triade », « limite Nord-Sud »… : une grille de lecture pertinente, mais désormais insuffisante

   2. Une inégale intégration à la mondialisation : proposition de typologie

IV. LES ESPACES MARITIMES : APPROCHE GEOSTRATEGIQUE

 A. La mondialisation a accru l’importance géostratégique des mers et océans

   1. Les espaces maritimes offrent d'importantes ressources

   2. Les espaces maritimes sont un espace de circulation primordial

 B. La géostratégie des espaces maritimes est aussi le reflet de la hiérarchie des puissances et de son évolution

   1. L’hégémonie de la « Triade » confortée

   2. Des enjeux de sécurité

 C. Velléités d’appropriation nationale, tensions géopolitiques

   1. Le droit international maritime et ses mutations

   2. Conflits frontaliers autour des ZEE

   3. En haute mer, les capacités de projection des grandes puissances

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Manuel p.54-119

Problématiques p.58-59 : Qu’est-ce que la mondialisation / Comment la mondialisation fonctionne-t-elle ? Quels sont les territoires de la mondialisation ? Pourquoi la mondialisation est-elle en débat ? « Fin de la préhistoire du monde » (Jacques Lévy), la mondialisation se caractérise dans l’espace mondial par une mise en relation et en interdépendance des différentes composantes du monde, qui s’articulent en système.

Ce processus de « mise en réseau du monde » (Laurent Carroué) s’est nourri de l’urbanisation, de l’essor des cités et nations marchandes et de l’extension des «économies-monde», de l’essor des transports, de la diffusion du système capitaliste à l’ensemble de l’espace planétaire.

La mondialisation renvoie à un ensemble de processus matériels et organisationnels qui renforcent l’interdépendance des lieux, des économies et des sociétés à l’échelle de la planète. Elle opère comme un système dynamique, résultante lisible de processus émanant de l’interaction de plusieurs champs :

  • le champ économique : le renforcement des échanges à l’échelle de la planète, sous le double l’effet de la généralisation de l’économie de marché fondée sur la financiarisation, et de la libre localisation des facteurs de production ;
  • le champ politique : constitution de grandes entités supranationales ; politiques de dérégulation des États ;
  • le champ technique : développement des réseaux et massification des flux de marchandises et d’information ;
  • le champ socio-culturel : diversification des migrations, mobilités, réseaux sociaux, diasporas, élites mondialisées.

En quoi les sociétés humaines sont-elles de plus en plus interdépendantes ? Comment la mondialisation hiérarchise-t-elle les territoires ?

I. Étude de cas : un produit mondialisé

Par quels processus, selon quelles formes de flux un produit est-il introduit dans les courants d’échanges mondialisés ?

On entend par « produit mondialisé » un produit élaboré massivement distribué dans le monde, dont les étapes de fabrication, d’assemblage, d’acheminement, de distribution et de consommation reflètent l’intégration des acteurs économiques mondiaux et révèlent la complexité des liens économiques qui unissent différentes parties du monde.

Manuel p.60-65, Un produit mondialisé, l’automobile- Travail personnel : dossier + questionnaire[1]

A. La production

Identification des étapes :

  • de pré-production
  • de production
  • de post-production

B. Les acteurs

Étude des acteurs mis en relation par la production et la circulation du produit à l’échelle mondiale (FTN, prestataires, autorités politiques, groupes sociaux…)

C. Réseaux, territoires, circuits

Analyse des réseaux à partir desquels le produit est mis en mouvement, des lieux que le produit met en interaction à l’échelle planétaire et des circuits qu’il emprunte pour parvenir à sa destination finale.

 II. Acteurs, flux, débats

Comment s’organisent les chaînes d’acteurs, les marchés et les systèmes territoriaux qui forment le cadre au sein duquel se conçoivent, se produisent et se consomment les biens et les services à l’échelle mondiale ? Quels débats et quelles contestations le processus de mondialisation suscite-t-il ?

Quel rôle jouent les mobilités, les flux, les systèmes de communication matériels et les réseaux numériques dans le fonctionnement de la mondialisation ?

A. Acteurs

Cours 1 p.70, Les acteurs de la mondialisation + Vocabulaire p.70, « Système-monde »

1. Les acteurs que la mondialisation favorise

a. Les FTN[2]

La firme et son organisation technique et géographique

Si les petites et moyennes entreprises (PME) regroupent en général sur un seul site toutes leurs fonctions, les grandes entreprises se déploient sur un territoire productif plus complexe, sur plusieurs sites. Parmi ces entreprises, certaines sont définies comme des firmes transnationales (FTN) -Vocabulaire p.70, c’est-à-dire des entreprises d'une certaine taille économique développant leur activité à l'échelle internationale en étant présentes, à travers des filiales productives ou commerciales, dans au moins cinq États différents.

Plus une firme est importante, plus elle spécialise fonctionnellement ses établissements[3]. Cette segmentation fonctionnelle du travail débouche sur une segmentation spatiale du travail, c'est-à-dire sur la spécialisation des territoires par types d'activités, d'emplois et de niveaux de salaires, dans le cadre d’une DIT-Carte 1 p.66, Une nouvelle carte de l’industrie se dessine.

Document 6 p.62, La stratégie mondiale d’un constructeur : Toyota + doc.3 p.71, Des délocalisations en cascade- L'organisation technique et spatiale d'une FTN dépend largement de son secteur d'activité[4]. Dans les produits de base (agriculture, agroalimentaire, mines ou énergie) les firmes déploient des stratégies d'approvisionnement pour contrôler les espaces de production. Dans les biens à haute valeur ajoutée, les entreprises peuvent préférer, à certaines conditions, une implantation locale aux importations dans le cadre de stratégies de marchés... À l'opposé, dans les branches à faible contenu technologique, ce sont généralement des stratégies de main-d’œuvre (recherche des faibles coûts salariaux -) qui se déploient.

FTN et IDE : pôles et marges délaissées

Carte 2 p.67 : Les firmes s’internationalisent : les investissements directs à l’étranger (IDE)- Les IDE déploient une logique sélective aux échelles mondiale, nationale et régionale qui témoigne de rapports de domination entre pôles de commandement et périphéries plus ou moins intégrées et interdépendantes.

Pendant longtemps, les pays développés à économie de marché (PDEM) ont quasiment monopolisé les IDE, mais des évolutions profondes sont à l’œuvre. En effet, les investissements dans les PDEM représentent en 2013 une part historiquement faible de l’IED mondial (39%). Les PED (pays en développement) comptent alors une avance de plus de 200 milliards de dollars sur les pays développés pour la seconde année d’affilée. 10 des 20 premiers destinataires des IDE sont des PED ou des pays en transition[5]. Les investissements des FTN de PED ont atteint un record, à 454 milliards de dollars. Conjointement, PED et pays en transition ont représenté 39% des sorties mondiales des IDE, contre seulement 12% au début des années 2000. 6 PED et pays en transition se sont classés parmi les 20 premiers investisseurs mondiaux. Les FTN des pays en développement rachètent de plus en plus des filiales étrangères de FTN de pays développés implantées dans le monde en développement.

Néanmoins, si les pays les moins avancés (PMA) attirent des quantités croissantes d’IDE (+14%), ils ne représentent toujours que 2% des IDE mondiaux en 2013.

Montée en puissance, limites, évolutions
Une large montée en puissance

Depuis les années 1960, les firmes transnationales connaissent un essor vigoureux : au nombre de 6000 en 1967, elles sont plus de 80 000 en 2010, et réalisent plus du quart du PIB mondial, contre 10% en 1980.

Doc.2 p.71, Les dix premières FTN en 2012 + Schéma p.78, Les FTN, acteurs majeurs de la mondialisation- La géographie des centres de commandement a longtemps été largement dominée par les pays développés à économie de marché (PDEM). Mais dans la dernière décennie, des FTN de pays émergents ont réalisé une percée spectaculaire.

Les FTN disposent d'une influence considérable à toutes les échelles.

  • Aux échelles nationales, à travers par exemple les liens étroits tissés avec le personnel politique et le financement des campagnes électorales (cf. présidents des États-Unis[6]).
  • Aux échelles régionales et continentales, où leurs pressions sont permanentes, par exemple sur les organes de direction de l'Union européenne ou de l'ALENA.
  • Aux échelles mondiales, où l'osmose avec les directions de l’OCDE, du FMI, de la Banque mondiale ou de l’OMC est parfois surprenante.

Ces leviers servent à créer des conditions réglementaires, idéologiques et politiques toujours plus favorables à leur déploiement international.

Les résistances des territoires

Contrairement au « mythe unificateur de la mondialisation », il n'existe pas d'économie mondiale totalement intégrée, mais un système emboîté d'économies nationales, régionales et continentales en plus ou moins grandes interactions.

De même, la résistance des cultures fait qu'il n'y a pas de « consommateur mondial ». En dépit des pressions unificatrices des modes de gestion anglo-saxons, les différents modèles nationaux de capitalisme résistent. Les catégories géographiques classiques de régions, nations, États ou continents, conservent toute leur pertinence. Les FTN s'adaptent aux valeurs culturelles et aux représentations géopolitiques des populations –Cf. difficultés d'implantation de certaines firmes occidentales en Chine, un marché en plein développement.

Les évolutions : vers une globalisation des firmes[7] ?

Jusqu'aux premières années du siècle, le concept de « firme globale » est encore une anticipation. La constitution de véritables firmes globales est un phénomène relativement récent et résulte d'un double mouvement. D'une part les firmes d'origine occidentale et japonaise ont commencé à développer dans certains pays émergents, essentiellement l'Inde et la Chine, les fonctions nobles évoquées ci-dessus, en particulier la recherche-développement et la fabrication d'éléments à très fort contenu technologique. D'autre part sont apparues des firmes émergentes particulièrement innovantes. L'heure est désormais à la constitution de réseaux de firmes véritablement globaux, grâce à des stratégies non plus seulement de sous-traitance et d'« outsourcing » mais de plus en plus d'alliances, de coopérations et de développements communs entre firmes issues du Nord et firmes issues des pays émergents.

En conséquence, la véritable firme globale, sans nationalité assignable, dont les cadres supérieurs et les dirigeants sont d'origines très diverses, dont la langue de travail est l'anglais, qui localise ses centres de recherches aussi bien dans la Silicon Valley ou à Grenoble qu'à Bangalore ou à Shanghai, qui n'a aucune préférence a priori pour la localisation de son siège social, ce genre de firme est en train d'apparaître.

b. Nouveaux acteurs et acteurs de l’ombre

De nouveaux acteurs financiers
Investisseurs institutionnels

Les investisseurs institutionnels sont structurellement en capacité de financement car ils collectent l'épargne placée par les particuliers : fonds mutuels, compagnies d'assurances, fonds de pension[8], etc., auxquels s’ajoutent désormais les fonds souverains[9].

Les fonds spéculatifs, ou hedge funds[10], présentent des avoirs moindres mais pèsent fortement sur l'équilibre des marchés.

Les agences de notation

C’est pour réduire les prises de risques que l’action d’agences indépendantes chargées de l'évaluation de la qualité de la dette des entreprises ou des État s’est généralisée aux États-Unis puis à l'échelle mondiale.

La note qui est donnée à une entreprise ou à un État lui permet de lever des capitaux à un coût inversement proportionnel (meilleure est la note, plus faible est le risque et donc le coût).

Parmi ces agences, trois constituent un véritable oligopole : deux américaines, Moody's, Standard and Poor's, et une française, Ficht. L’indépendance théorique de ces agences suscite néanmoins des réserves[11].

Les ONG

Les organisations non gouvernementales (ONG) se caractérisent par leur origine privée, la nature bénévole de leurs activités et le caractère international de leurs objectifs ; protection des individus, aide au développement, recherche et protection de l'environnement sont leurs terrains de prédilection. Certaines ONG comme Amnesty International, Greenpeace, WWF, Max Havelaar sont devenues de véritables puissances, exerçant leur ascendant sur des territoires laissés pour compte et influençant les opinions publiques des pays donateurs au moyen de campagnes de presse efficacement médiatisées.

Les acteurs de l’ombre
Les mafias

L’univers criminel contrôlerait jusqu’à 20% du PIB mondial[12].

Les mafias contrôlent un territoire donné sur lequel elles prélèvent un racket, en contrepartie d’une « protection ». De cette base, elles étendent leur contrôle sur divers marchés, du plus illégal (narcotrafic, contrebande, contrefaçon, délinquance informatique, commerce d’êtres humains à des fins de prostitution, de travail illégal ou de trafics d’organes...) au licite. Favorisées par les dynamiques de la mondialisation actuelle, les organisations prospèrent à toutes les échelles.

Les paradis fiscaux

La gestion de portefeuilles complexes (monnaies, placements de divers produits dérivés) implique des circuits compliqués branchés sur ces îlots de confiance que sont ces OFC (Offshore Financial Center) ou Centres financiers extraterritoriaux (CFE). Ce sont des États ou des territoires rattachés, de petite taille, généralement localisés à proximité d'une grande place internationale bénéficiant de juridictions d'exception, spécialisés dans la fourniture de prestations financières opaques[13], souvent spécialisés[14]. Rouages essentiels de la mondialisation financière, ces paradis fiscaux recelaient en 2013 entre 20.000 et 30.000 milliards de dollars[15].

Ils accueillent les produits des évasions fiscales des pays développés, de la corruption de certains dirigeants et une partie de l'argent des trafics internationaux (drogues, armes, contrefaçon, réseaux d'immigration, de prostitution, etc.). D’où certaines initiatives, notamment de l’OCDE, pour dresser et actualiser des listes de « territoires non coopératifs »[16].

Mais ces initiatives ont un impact très limité sur les activités des paradis fiscaux[17], ce qui pose la question des limites de la volonté d’intervention des pays développés, alors que leurs institutions bancaires, leurs FTN, voire leurs classes dirigeantes sont les premières à utiliser ces structures non transparentes…

2. Les acteurs censés réguler la mondialisation

a. L’OCDE, le FMI, Banque mondiale, le G20…

L’OCDE

L’OCDE[18], qui succède en 1961 à l’OECE[19], est une institution où les 34 États les plus riches du monde discutent, à travers plus de 200 comités et groupes de travail, de sujets aussi divers que l’énergie, l’environnement, l’éducation, etc., pour faire émerger des convergences entre pays membres et adopter des normes communes (les « bonnes pratiques »[20]) : c’est un haut lieu de la diplomatie économique internationale, mais en aucun cas une instance décisionnaire.

La Banque mondiale

Créée en 1945 sous le nom de Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) après signature de l'accord de Bretton Woods (juillet 1944), son siège est à Washington. Elle fait partie des institutions spécialisées du système de l'Organisation des Nations unies (ONU).

Initialement chargée d’aider l’Europe et le Japon dans leur reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, son action est aujourd'hui orientée vers les pays en développement (PED), et en particulier les pays les moins avancés (PMA)[21]. Elle accorde des prêts à ses pays membres en difficulté en échange de certains engagements politiques.

En outre, elle finance (directement ou indirectement) des projets d'ONG et dresse dans ses rapports annuels[22] un tableau général du développement économique et humain[23] à l’échelle planétaire.

Le FMI

Créé en 1944 à la suite des accords de Bretton Woods, le FMI[24] a pour mission de régler les déséquilibres temporaires des balances des paiements des États. Pour ses interventions, il dispose notamment des ressources fournies par la cotisation des États membres[25]. À partir des années 1970, le FMI développe son rôle de surveillance et formule des recommandations.

Du G7 au G20

Le Groupe des huit (G8) est un groupe de discussion et de partenariat économique de huit pays parmi les plus puissants économiquement du monde : les États-Unis, le Japon, l’Italie, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, et la Russie. D’abord G6 à sa création en 1975, puis G7 (intégration du Canada en 1976), le groupe s’est élargi à la Russie en 1998 pour devenir le G8.

L’évolution du paysage économique international appelle une restructuration radicale de la gouvernance internationale, et un élargissement du G8 aux puissances émergentes a dû être engagé : on a envisagé un G13[26], un G16[27]… Le G20[28] est finalement fondé en 1999, puis institutionnalisé en 2009 (à Pittsburgh).

Face à ces « clubs de riches », les PED tentent depuis les années 1960 de constituer des coalitions, comme le G77[29].

b. L’Organisation mondiale du commerce (OMC)

L’ancêtre de l’OMC, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), né en 1947, organisait des négociations commerciales multilatérales afin de réduire les barrières douanières, dans le cadre d’un processus de libéralisation progressive des échanges. L’intensification des flux et les bouleversements géopolitiques (fin de la guerre froide) ont conduit à la fondation de l’OMC (1994)[30].

Basée à Genève, L’OMC compte 160 États membres. Son objectif est de libéraliser tous les échanges. Elle ne produit pas de règles : elle gère les accords négociés par les États. Au sein de l’OMC, l’ORD (Organe de règlement des différends) fonctionne comme un tribunal tranchant les litiges commerciaux[31]. Les premières plaintes étaient pour la plupart déposées par les États-Unis (Cf. préférence commerciale de l’UE à certains États exportateurs de bananes) ; mais en 2000, les États-Unis ont eux aussi été condamnés pour leur système de subventions déguisées (multinationales autorisées à localiser leurs revenus dans les paradis fiscaux).

Aux débuts de l’OMC, les discussions étaient plus ou moins le monopole des pays développés à économie de marché (PDEM). Peu à peu, les pays en développement (PED) s’efforcent d’y faire entendre leur voix. Depuis la Conférence de Doha (2001), qui a ouvert le cycle de Doha[32], l’objectif prioritaire porte sur l’agriculture et les services. Initialement prévu pour une durée de trois ans, le cycle de Doha n'a pas pu être conclu du fait de divergences entre États membres de l'OMC, notamment au sujet des subventions accordées par les PDEM à leurs agriculteurs, accusées de fausser la concurrence et d'empêcher l'accès au marché par les PED.

c. Vers un « retour des États » ?

Paragraphes 2, La mondialisation entraîne-t-elle une perte d’influence des États ? + 3, Augmentation et renforcement des frontières p.148- Depuis la Seconde Guerre mondiale, on a assisté à un rapide développement des échanges internationaux, à l’initiative des États qui ont ouvert leurs marchés nationaux. À partir des années 1960, leur rôle a décliné, tandis que les FTN se développaient et que les IDE enregistraient un essor spectaculaire. Au tournant des années 1990, l’État semble devenir une structure aux pouvoirs limités.

La mondialisation pose la question de la mise en place d’une « gouvernance mondiale » à partir d’organisations régionales (UE, ALENA, MERCOSUR…) ou d’institutions internationales existantes (FMI, OMC, BIT...) -Carte 1 p.146, Gouvernance mondiale et organisations régionales, qui semblent remettre en cause les notions d’« économies nationales » et d’« économie internationale ». Pour autant, l’image d’États se diluant dans une mondialisation destructrice des frontières relève de la caricature. L’économie-monde est à mi-chemin entre deux modèles ou deux ordres : l’ordre international et l’ordre mondial ; en effet, nous sommes encore loin d’une « économie mondiale intégrée » [33] :

  • les politiques économiques nationales présentent encore de fortes différences, qui se traduisent par des différences de réglementation, des relations sociales, etc.
  • si la globalisation financière a facilité la circulation des capitaux, celle des marchandises et plus encore des hommes se heurte largement aux frontières nationales et l’idée d’un marché mondial unifié reste théorique.

En outre, l’efficacité de l’État demeure un facteur déterminant pour expliquer l’inégal développement[34].

Paradoxe apparent : la mondialisation pourrait conduire à une réhabilitation du rôle des États…

B. Mobilités, flux, nœuds et réseaux

Cours 2 p.72, L’explosion des flux mondiaux

L’intégration croissante des économies et des flux de marchandises à l’échelle mondiale s’accompagne de l’intégration des territoires à un ensemble de réseaux physiques et de flux d’informations –Schéma p.79, La mondialisation en fonctionnement. La croissance des mobilités (migratoires et touristiques) en est un corollaire parmi d’autres.

1. Mobilités humaines

a. Les flux migratoires

Fiche bac p.83, Les grands flux de migration de population (carte)- Si les migrations internationales sont une question d’actualité, un support de discours politiques voire un objet de fantasmes et de peurs, elles sont aussi vieilles que l'humanité et elles sont une des composantes essentielles des mondialisations successives[35].

Migrations du travail : croissance des flux, complexification des mobilités

C'est ainsi que malgré leur importance croissante[36], les flux migratoires actuels restent relatifs par rapport aux volumes de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle : le taux mondial d'émigration s’élevait fin 2014 à 3,1%, contre 5% en 1914.

Les migrations du travail dessinent un système migratoire international qui s’est fragmenté et complexifié ces dernières années :

  • Par une véritable internationalisation des flux au détriment des relations post-coloniales classiques, traditionnellement orientées Nord-Sud. Ainsi, en 2013, les flux Sud-Sud représentaient 57% du total[37] tandis que la géographie des pays émetteurs et récepteurs se complexifiait ;
  • Par l’évolution du profil des migrants : 1/ la grande majorité des migrants est désormais majoritairement composée de jeunes adultes dotés d'une certaine formation et d'un minimum de disponibilité monétaire ; 2/ par ailleurs très masculines autrefois, les migrations se féminisent désormais : 48% des migrants sont des femmes (source HCR, 2015) ; 3/ de même, les nouvelles mobilités internationales basées sur la circulation des élites professionnelles s’accroissent, sous l’effet de l’augmentation du nombre de personnels dirigeants ou d'encadrement[38] des FTN et du phénomène de la « fuite des cerveaux »[39], qui reflète très directement les inégalités socio-économiques mondiales et induit pour les pays d'origine un handicap financier, économique et intellectuel parfois irréparable.
La crise des réfugiés dessine une géographie des conflits et interpelle le monde développé

La dernière décennie a été marquée par l’explosion du nombre de réfugiés[40] : ils n’ont jamais été aussi nombreux dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, et la géographie de leurs flux épouse les contours des conflits actuels.

Seuls 10% d’entre eux trouvent accueil dans des pays développés comme demandeurs d'asile ; les 90% restant sont « déplacés » dans leur propre pays ou réfugiés dans les États voisins[41].

Les politiques d'accueil des États récepteurs sont devenues très restrictives[42]. Face à la généralisation de la fermeture des frontières des pôles attractifs[43], on assiste à la complexification des trajectoires migratoires et à la multiplication des entrées clandestines.

À la faveur de la « crise » actuelle des réfugiés, les voix qui s’élèvent pour en finir avec la « forteresse Europe » sont devenues plus audibles, et les opinions publiques des pays développés sont traversées par un débat souvent très vif.

Le rôle des diasporas

La diffusion des diasporas auxquelles ces flux donnent naissance se traduit par des effets d'entraînement d’ordre économique et culturel :

  • Selon la Banque mondiale, les envois de fonds vers les pays en développement ont atteint 431,6 milliards de dollars en 2015[44]. À titre de comparaison, l’aide publique au développement s’élevait en 2012 à 125 milliards de dollars[45]. Pour certains États, ils sont souvent la première source de revenus[46].
  • Au niveau culturel, les diasporas favorisent les circulations de pratiques sociales, d’idées, de valeurs (notion de « corridors culturels ») et suscitent l’émergence d’identités culturelles hybrides.

b. Les flux touristiques

Les flux touristiques mondiaux, qui ont connu une croissance vertigineuse en quelques décennies, doivent être lus comme mondialisants et mondialisés.

Une croissance spectaculaire

Les flux de touristes internationaux sont passés de 25 millions de personnes en 1950, à 166 millions en 1970, 278 millions en 1980, 700 millions en 2000, puis 1,184 milliard en 2015[47] (prévision pour 2030 : 1,8 milliard). Même si elle tend à se généraliser à l’échelle planétaire, la mobilité touristique demeure encore largement un privilège des pays et des groupes sociaux les plus riches, alimentant des flux essentiellement orientés « Nord-Nord » et « Nord-Sud ».

Le tourisme international est devenu un secteur économique à part entière. Ses recettes annuelles s’élevaient à 1500 milliards de dollars en 2012 (contre 473 en 2002 et 1000 en 2012), soit 10% du PIB mondial. Il emploie 9% de la population active mondiale (hors emplois induits). Le tourisme est la première source de devises pour 49 PED, même si les économies locales ne récupèrent le plus souvent qu'une part minime des recettes touristiques.

Compétition mondiale entre lieux touristiques mondiaux

La compétition entre lieux touristiques est désormais mondiale. Un système touristique mondial s’est développé. Il se caractérise par la concurrence entre un grand nombre de lieux et un choix à l'échelle mondiale[48]. Les lieux touristiques sont pleinement « mondiaux », qu’il s’agisse 1/ des stations touristiques mondiales[49] ; 2/ des global tourist spots[50] ; des « villes mondiales »[51].

2. Un monde de flux, de nœuds et de réseaux

a. L’explosion des flux

La phase actuelle de la mondialisation se caractérise par l’explosion des flux.

Flux commerciaux

Doc.5 p.73, L’explosion du commerce mondial- Malgré des fluctuations conjoncturelles, la tendance des soixante dernières années est à une croissance soutenue : depuis 1950, les échanges mondiaux ont été multipliés par plus de 20[52].

Développée par des économistes libéraux classiques[53], la théorie du libre-échange prône la levée des obstacles (droits de douanes, barrières non tarifaires) au commerce de marchandises. Après la Seconde Guerre mondiale, cette doctrine s'impose peu à peu : le processus de libéralisation des échanges commerciaux a été porté par le GATT dès 1947, puis par I'OMC à partir de 1995[54]. Depuis 1950, les barrières douanières tarifaires sont passées en moyenne de 40% de la valeur des marchandises à 2,2%.

Attention néanmoins : si les droits de douane diminuent, les mesures non tarifaires prennent aujourd'hui une importance déterminante[55] générant de nouvelles difficultés de reconnaissance mutuelle des normes, entre émergents et pays du Nord par exemple, mais aussi dans le cadre du TAFTA et du CETA[56].

Flux financiers

Dans les années 1970, la fin de la convertibilité or-dollar met un terme au système de Bretton Woods de contrôle des capitaux à l'échelle mondiale. Par la suite, la libéralisation des marchés financiers a facilité la circulation planétaire du capital[57].

On assiste en effet depuis la fin du XXème siècle à une explosion de la capitalisation boursière[58], favorisée par la déréglementation[59] des marchés et par la croissance des échanges électroniques. Ces innovations technologiques reliant en temps réel toutes les places financières ont également pour effet une interconnexion et une interdépendance accrues entre elles[60]. Grâce à la rapidité des flux de monnaie électronique, les opérations financières mondiales sont passées de 1.100.000 milliards de dollars américains en 2002 à 2.200.000 milliards en 2008.

La globalisation financière est le domaine le plus avancé de la mondialisation, beaucoup plus poussée et beaucoup plus brutale que la mondialisation des échanges de biens et de services et la création d'un marché financier planétaire[61].

b. Essor des transports maritimes et aériens

Portée par la mondialisation de la production et des échanges, la révolution des transports accélère la mise en réseau du monde : l’essor des moyens de transport et de communication est un facteur essentiel et permanent des trois mondialisations, des Grandes Découvertes aux colonisations, grâce à l'augmentation des capacités (navires ou avions géants, débits d’informations), à l'accélération de la vitesse, à la normalisation (conteneurs[62]), à l'automatisation (manutention, transroulage[63]) et à l’abaissement des coûts.

La phase actuelle de la mondialisation se caractérise par une couverture géographique totale de la surface du globe par des réseaux de plus en plus efficients –Vocabulaire p.72, Réseau logistique multimodal.

Transports maritimes

Le succès du transport maritime[64] s'explique par les nombreux avantages qu’il procure : grandes capacités, faible coût... Cet essor s’accompagne d’une profonde mutation de la flotte marchande mondiale :

  • des navires plus nombreux et plus gros[65] ;
  • un développement spectaculaire des navires spécialisés[66] et particulièrement des porte-conteneurs, impulsé par quelques puissants armateurs[67] ;
  • un trafic dérèglementé : en quelques décennies, un vaste processus de dérégulation profité aux pavillons de complaisance[68] qui permettent à la fois une baisse des coûts d'exploitation (au détriment du social[69]), et une large impunité en cas d'accidents (marées noires, pollutions…) ou d'infractions.

Le système maritime mondial est polarisé et inégal, opposant les grandes façades maritimes de la Triade et ses annexes et les PED. Les principaux flux se concentrent sur quelques très grands ports par façades maritimes (main ports) à partir desquels sont redistribués des flux secondaires par des systèmes de cabotage (feedering).

Transports aériens

Né au début du XXème siècle à des fins militaires, le transport aérien se « civilise » mais demeure réservé jusque dans les années 1960 à une élite avant de se démocratiser pour devenir aujourd'hui un moyen de transport de masse[70]. Cette croissance s'appuie sur un développement technologique continu : accélération de la vitesse de vol, augmentation de l’autonomie et des capacités[71].

Afin de réduire et de rentabiliser leurs immobilisations, les compagnies passent de réseaux maillés moins rentables, à des réseaux étoilés centrés sur des hubs[72] vers lesquels convergent tous les flux avant redistribution[73].

c. Les flux immatériels : un essor récent et spectaculaire

L'essor des télécommunications, lié aux progrès de la numérisation est un vecteur essentiel de l'explosion de la mobilité des informations (sons, images, données). On distingue trois grands types de réseaux de télécommunications : les câbles, les satellites et les antennes.

Internet joue un rôle particulier, puisque ce n'est pas un réseau en lui-même, mais à la fois un protocole qui permet l'échange de données, une interface qui permet l'accès aux données, et une architecture qui permet l'utilisation de plusieurs réseaux existants. Même si son utilisation continue d’obéir à une géographie sélective –doc.7 p.73, Les enjeux de l’intégration au réseau numérique mondial, l’Internet est rapidement devenu un média de masse[74] -doc.6 p.73, L’explosion d’Internet, qui contribue à faire émerger et à structurer l'espace mondial -ce qui pose de redoutables questions de gestion, de régulation et de contrôle[75].

La maîtrise des réseaux constitue un enjeu géopolitique, géoéconomique, social et diplomatique central de la phase actuelle de la mondialisation.

Croquis p.104-105 : pôles et flux de la mondialisation

C. Débats

Cours 3 p.74, La mondialisation en débat.

1. Zélateurs et contempteurs de la mondialisation

a. Les libéraux et la mondialisation heureuse

Pour les libéraux, la mondialisation accroît la compétition entre les acteurs économiques et contraint les États à se replier strictement sur leurs fonctions régaliennes indispensables[76]. C'est excellent pour l'efficacité économique, et donc pour tous : il est possible que la mondialisation fasse quelques perdants en même temps qu'une grande majorité de gagnants. Mais ce n'est que temporaire et ceux qui sont initialement affectés finissent par être emportés avec les autres dans la croissance générale que la mondialisation engendre. L’enrichissement de ceux qui bénéficient de la globalisation finit en effet toujours par « ruisseler » jusqu'aux plus profond des sociétés et des territoires. S'il reste aujourd'hui une part importante de l’humanité plongée dans la misère la plus abjecte, ce n'est pas à cause de la mondialisation, c'est parce qu'ils n'en bénéficient pas. Et s'ils n'en bénéficient pas, c'est à cause de gouvernements incapables et/ou corrompus.

Toute l'argumentation est évidemment fondée sur la croyance fondamentale du libéralisme depuis Adam Smith jusqu’au « consensus de Washington » : les marchés sont les meilleurs outils de coordination imaginables entre des individus poursuivant légitimement leur intérêt personnel.

b. Une nébuleuse contestataire

L’altermondialisme : « un autre monde est possible ! »

L'altermondialisme propose une critique de la mondialisation économique. Il regroupe des partis politiques de gauche, des syndicats, des ONG et des associations, bénéficie du soutien d'universitaires prestigieux, d’intellectuels, de journalistes, et organise des sommets planétaires comme le Forum social mondial (FSM)[77].

L'altermondialisme est, à partir des années 1990 dans le monde post-guerre froide, une des nouvelles formes de la gauche anti-capitaliste, qui s’écarte du projet marxiste (révolution, dictature du prolétariat…) au profit d'autres types d’actions : interpellation de l’opinion mondiale, manifestations en tous genres[78], pour exprimer non un rejet en bloc de la mondialisation, mais une critique de certains de ses aspects : dégradation de l’environnement, méfaits de la spéculation, creusement des inégalités sociales, dérives anti-démocratiques, rapacité des FTN, néo-impérialisme de la Triade et de certains émergents…

Le souverainisme : l’État-nation comme forme suprême de gouvernement

L'État-nation (à la fois territoire et institution juridique), envisagé comme l'échelon pertinent pour organiser un groupe humain de manière efficace et légitime, est au cœur de la pensée souverainiste. Souvent classé à droite de l'échiquier politique, le souverainisme, qui appréhende le monde en termes de nations distinctes qui doivent toutes jouir de leur souveraineté, est aussi défendu par les nationalistes de gauche. C’est à la fois un altermondialisme de tendance étatiste et un rejet du mondialisme.

  • Un altermondialisme à tendance étatique : les souverainistes s'opposent au néolibéralisme ; ils sont dirigistes (notion d'État-stratège), protectionnistes quant aux flux de marchandises, hostiles aux flux migratoires et conservateurs sur le plan moral et politique (attachement aux valeurs traditionnelles, vision hiérarchisée et personnifiée du pouvoir) [79]
  • Un rejet du mondialisme[80] : le souverainisme rejette tout transfert de souveraineté à des instances régionales ou mondiales, et s’oppose donc aux projets « européiste » et « mondialiste ». La gouvernance mondiale, telle qu'envisagée par les souverainistes, devrait être un concert de nations souveraines, liées par de multiples accords bilatéraux.
« Démondialisateurs »

La démondialisation est un programme économique qui s’oppose au libre-échange mondialisé. Elle prône le protectionnisme et la relocalisation des activités, dans une vision re-territorialisée de l'économie : fabriquer et consommer localement, construire une économie enracinée en compartimentant l'espace mondial pour contrer l'avènement d'un marché planétaire dérégulé et sans frontières.

2. « Making globalization work »[81] ?

Aujourd’hui, un courant dit « réformiste »[82] s’accorde à considérer la libéralisation des flux de marchandises, d'information et de capitaux comme potentiellement porteuse de progrès économique pour tous, à condition cependant qu'elle soit maîtrisée par des gouvernements bien coordonnés dans le cadre d'institutions de gouvernance mondiale à renforcer significativement, et qu'elle se conforme aux principes du « développement durable » -défini comme un équilibre entre l'efficacité économique, l'équité sociale et la préservation d'une planète que nous devons laisser aux générations futures dans un état qui n'entrave pas leur propre développement.

a. La légitimité des organisations internationales en question

Beaucoup considèrent la Banque mondiale et le FMI comme étant sous l'influence politique d’un trop petit nombre de décideurs (avant tout les États-Unis[83]). Dans un monde désormais multipolaire, les hiérarchies héritées de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide ne peuvent être reconduites sempiternellement.

Par ailleurs, par la conditionnalité de leurs interventions, FMI et Banque mondiale imposent des mesures d'ajustement structurel conformes à la norme libérale[84], qui n’aboutissent au mieux à des sauvetages financiers qu’au prix d'échecs socio-économiques (dégâts des capitaux spéculatifs, destruction du tissu économique local par la concurrence…).

Quant à l’OMC, l’impasse dans laquelle elle se trouve depuis plusieurs années a conduit une bonne part des principaux acteurs du commerce international à négocier des accords bilatéraux[85] : TAFTA, CETA, TPP[86]

D’où une crise de légitimité de ces institutions, qui appelle d’une part une demande de transparence et de démocratie interne[87], et d’autre part une remise en cause des finalités et de leurs modes d’intervention.

b. La rapacité des FTN : des « patrons-voyous »[88] ?

Du fait non seulement de la sélectivité de leurs IDE, mais de ce que cette sélectivité implique en termes de pressions sur les pays susceptibles de les accueillir, de retombées sociales, économiques, environnementales négatives, les FTN sont elles aussi l’objet de vives critiques.

c. La finance : une économie « virtuelle » et amorale ?

Aujourd'hui, la finance est indispensable au financement des entreprises et des marchés par le drainage de l'épargne. D’où l'extension de la logique financière aux activités productives : les investisseurs internationaux imposent désormais leurs critères de gestion et leurs normes de rentabilité aux firmes -et aux États.

Cette « financiarisation » de l’économie est dénoncée en raison des menaces qu’elle fait peser sur les équilibres socio-économiques et territoriaux[89] :

  • en permettant les attaques spéculatives contre des monnaies, les nouveaux champs de spéculations ouverts par la crise des dettes privées ou publiques sont autant de nouvelles sources d'instabilité ;
  • en suscitant, par le gonflement des transactions sur les marchés financiers sans rapport direct avec le financement de la production et des échanges internationaux, l’émergence d’une « économie virtuelle » déconnectée du système productif (« économie réelle »).

Les capitaux sont devenus fluides, volatiles, ils se déplacent en permanence, et les actions ne sont plus détenues que quelques mois, semaines ou jours[90]. Ce système, structurellement très instable[91], pose de plus en plus de questions quant aux capacités de contrôle et de gestion du risque systémique par les acteurs publics et privés concernés, ce qui pose avec acuité la question de sa régulation.

III. Des territoires inégalement intégrés à la mondialisation

Quelle typologie des territoires peut-on établir en fonction de leur inégale participation à la mondialisation ? Quelles sont les caractéristiques des pôles et espaces majeurs de la mondialisation et des territoires restés en marge ?

A. La mondialisation hiérarchise les lieux et les territoires : facteurs

La maîtrise de l'espace-temps implique des enjeux géopolitiques et géoéconomiques majeurs car elle est facteur de puissance, de compétitivité et de rentabilité dans un cadre de plus en plus ouvert et concurrentiel.

D’où un creusement des inégalités territoriales et un renforcement des phénomènes de surintégration[92] et de surexclusion[93].

1. Géographie du pouvoir financier et villes mondiales

La géographie du pouvoir financier est essentiellement concentrée entre les mains d’une vingtaine de places financières, connectées à une cinquantaine de paradis fiscaux[94]. Leur géographie reflète les grands rapports de force internationaux dans un cadre concurrentiel renforcé :

  • puissance des villes mondiales[95] -doc.3 p.93, Les villes mondiales + Vocabulaire p.92, « Métropolisation » + Dossier p.98-99, Shanghai, nouvelle plaque tournante… + Manuel p.100, Les pôles de la mondialisation, au premier chef New York, Londres et Tokyo à la tête de leurs mégalopoles –Vocabulaire p.92 respectives, toutes dotées de puissantes façades maritimes ;
  • émergence de nouveaux pôles jouant un rôle moteur dans la mondialisation (Mexique, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Corée du Sud, Taiwan, Israël, Turquie...) –doc.4 p.93, Richesse des villes du Nord, émergence des villes du Sud

2. Accroissement et polarisation de la production et des échanges

Doc.1 p.93, La production de la richesse mondiale depuis 1980- Nous l’avons vu, les pays développés ont connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une intensification des échanges, dans le cadre d’accords commerciaux entre puissances capitalistes ou au sein d’entités régionales (UE, ALENA, etc.)

À une économie internationale connectant des espaces nationaux encore bien distincts, est en train de se substituer une économie mondialisée structurée par des réseaux d'échanges et des complémentarités fonctionnelles, obéissant à une nouvelle DIT[96] conditionnée par une logique :

  • d’évitement des territoires déjà à l’écart des circuits économiques,
  • de confinement de la plupart des États exportateurs de matières premières dans des spécialisations non porteuses de développement ;
  • de diffusion quantitative des productions de masse banalisées, sous l'effet l'internationalisation de l'appareil productif des FTN (localisations, délocalisations),
  • de polarisation qualitative des segments et fonctions les plus innovantes et les plus stratégiques[97] : la domination de la Triade et particulièrement des métropoles[98] est encore préservée mais en recul -Carte-enjeu 2 p.89, La redistribution de la recherche (2010).

B. La mondialisation hiérarchise les lieux et les territoires : typologie

1. « Triade », « limite Nord-Sud »… : une grille de lecture pertinente, mais désormais insuffisante

En 1985, l’économiste japonais Kenichi Ohmae a utilisé et popularisé le terme de Triade[99] pour désigner les trois pôles dominants de l’économie mondiale : l'Amérique du Nord (États-Unis et Canada), l'Europe occidentale (Union européenne + Norvège + Suisse) et l'Asie-Pacifique (Japon et Corée du Sud). Par la suite, l’opposition entre la Triade et ses annexes d’une part et « les » Tiers-monde d’autre part (entre « des » Nord et « des » Sud, dit-on encore parfois), a longtemps fourni une grille d’analyse pertinente de la hiérarchisation des lieux à l’échelle mondiale.

Aujourd’hui, alors que la phase actuelle de la mondialisation a accouché d’une économie-monde multipolaire, si la prédominance de la Triade persiste, la hiérarchie mondiale s’est singulièrement complexifiée, du fait de l’intégration de l’ancien bloc socialiste dans la sphère de la mondialisation capitaliste, mais surtout de l’évolution de l’insertion dans l’économie-monde des PED –doc.5 p.95, La divergence croissante des Suds depuis 1980 :

  • Jusqu’aux années 1970, dans le contexte de la guerre froide, l'aide publique au développement contribuait à masquer les difficultés structurelles des pays dits du tiers-monde à s'insérer dans l'économie internationale ;
  • mais durant les années 1975-1985, ces économies non industrialisées, fortement endettées[100] et spécialisées dans la vente des produits agricoles et miniers ont subi de plein fouet la hausse brutale des taux d'intérêts[101] et la dégradation des termes de l'échange[102] ;
  • dès lors, l'insertion des pays du Sud dans l'économie mondialisée revêt de nouvelles formes : de petits pays de l'Asie de l'Est[103] parviennent à mettre sur pied des économies manufacturières exportatrices dès les années 1970, sous l'impulsion du Japon et des entreprises occidentales.
  • Plus récemment encore, les puissances émergentes (BRIC, BASIC, etc.)[104] sont venues contester l’hégémonie de la Triade.

2. Une inégale intégration à la mondialisation : proposition de typologie

Pour beaucoup d’observateurs[105], les notions de Tiers-Monde ou de pays en développement qui avaient cours autrefois ne sont plus opérationnelles aujourd'hui.

La dichotomie Nord-Sud doit être remplacée par l'image de cercles concentriques qui mesurent l'intégration plus ou moins forte des économies nationales dans la globalisation. Dans cette construction,

  • les économies industrialisées de la Triade sont au centre ;
  • les économies émergentes (une quinzaine de pays d'Asie et d'Amérique latine et du Sud), viennent graviter autour ;
  • un troisième cercle est composé d'un ensemble mouvant et instable formé d'économies situées aux marges du groupe précédent et qui ont plus ou moins vocation à s'y intégrer un jour en fonction du climat des affaires ;
  • enfin, il y a le cercle des PMA –Vocabulaire p.94 + Paragraphe A p.94, L’urgence du développement : les PMA.

Une grande partie du monde reste exclue des bénéfices d’une mondialisation qui se caractérise avant tout par sa sélectivité : la mondialisation doit être vue comme un processus à la fois d’intégration et d’exclusion.

NB : on gardera présent à l’esprit le fait que ces logiques d’intégration et d’exclusion opèrent à toutes les échelles, à savoir à l’échelle mondiale (Cf. ci-dessus) mais aussi à des échelles plus locales : celles des États, des villes, etc. –Paragraphe 1 p.94, Des inégalités à toutes les échelles, au Nord comme au Sud –doc.6 p.95, Les milliardaires du Brésil émergent + doc.7 p. 95, Des inégalités accrues dans les PED + doc.8 p.95, The Airfood Project.

Conclusion

Croquis p.106-107 : L’inégale intégration des territoires dans la mondialisation

IV. Les espaces maritimes : approche géostratégique[106]

Cours 3 p.96, « Les espaces maritimes, approche géostratégique » + cartes p.90, Des enjeux géoéconomiques majeurs, et p.91, Des enjeux de puissance et de sécurisation des espaces maritimes.

Les espaces maritimes occupent 361 millions de km² (71% de la surface de la Terre) et représentent 97% de l’eau présente sur terre. Immenses espaces naturels et monde du silence, les mers et les océans n'ont jamais connu une activité aussi intense, bruyante et visible.

En quoi la mondialisation influe-t-elle sur la géostratégie des espaces maritimes ? Pourquoi leur contrôle est-il essentiel ? En quoi la géostratégie des espaces maritimes est-elle révélatrice de la hiérarchie des puissances dans la mondialisation ?

A. la mondialisation a accru l’importance géostratégique des mers et océans

Le transport maritime est vital pour l’économie mondiale (approvisionnement en énergie, en denrées agricoles, en matières premières ; échanges de produits manufacturés…)

1. Les espaces maritimes offrent d'importantes ressources

  • Ressources halieutiques : aujourd'hui, la pêche nourrit plus d'un milliard d'êtres humains. 17% de l'apport mondial en protéines animales seraient assurés par le poisson (source : FAO, 2014), dont l’exploitation atteint un niveau jamais égalé dans l’histoire[107].
  • Ressources énergétiques : 1/ L'offshore représenterait aujourd'hui près de 30% de l'offre mondiale de pétrole et 27% de celle de gaz. Pétrole et gaz offshore sont au cœur de la quête actuelle pour permettre encore pendant quelques décennies l'approvisionnement en énergies fossiles, en relais de celles qui ont été exploitées sur terre. L'essentiel des réserves mondiales se situerait sous la mer à des profondeurs de plus en plus importantes, piégé dans les bassins sédimentaires[108]. Alors que les premiers champs pétroliers et gaziers de la mer du Nord entrent dans une phase de déclin, les découvertes au large du Brésil, dans le golfe du Mexique ou dans le golfe de Guinée mettent en jeu l'offshore profond qui ne représente encore qu'une part marginale dans la production mondiale. 2/ L'éolien offshore joue un rôle croissant dans le développement des énergies renouvelables, dont la part dans le mix énergétique, encore modeste, est appelée à se développer[109].
  • De sérieux espoirs sont placés dans le développement de techniques prometteuses : 1/ l'énergie houlomotrice qui s'appuie sur la force des vagues, 2/ l'énergie marémotrice[110], 3/ ou l'énergie thermique par l'utilisation des différences de température entre eaux de surface et eaux de profondeur.
  • Ressources minières : nodules polymétalliques riches en métaux non ferreux, encroûtements rocheux renfermant du cobalt et des terres rares…

2. Les espaces maritimes sont un espace de circulation primordial

a. Pour les marchandises

Les espaces maritimes sont parcourus par de nombreux navires[111], qui assurent 80% des échanges de marchandises. À l'échelle mondiale en effet, les systèmes de production et de distribution sont dépendants des transports maritimes. Dans ces conditions, en quarante ans, la flotte a été multipliée par quatre et les volumes transportés par trois –doc.9 p.97, Explosion du trafic maritime et de la flotte commerciale mondiale.

Les faibles coûts, la régularité et la fiabilité offerts par le transport maritime permettent aux industriels et aux distributeurs (Wall Mart, Carrefour, etc.) de concevoir des chaînes de valeur à l'échelle internationale, depuis la production jusqu'à la distribution des marchandises. L’importance du transport maritime accroît le rôle des façades maritimes partout dans le Monde, et donc le phénomène de littoralisation, concomitant à celui de métropolisation.

Dès les Trente Glorieuses, on a assisté dans les pays industriels à la littoralisation des industries lourdes regroupées dans les zones industrialo-portuaires (ZIP) abritant de puissants complexes pour le raffinage, la pétrochimie (Rotterdam, par exemple) ou la sidérurgie (Amsterdam, par exemple). Or, le concept d'usine sur l'eau est né de la puissance des transports maritimes, et il se déploie à présent dans les pays émergents, notamment en Chine comme à Ningbo[112]. Par ailleurs, le trajet porte à porte des marchandises conteneurisées nécessite des chaînes de transport qui s'organisent sur des plates-formes logistiques situées à proximité des ports et des marchés intérieurs métropolitains. Souvent couplées à des dessertes terrestres massifiées par l'autoroute, le rail ou la voie d'eau comme sur le Rhin, ces plates-formes sont parfois qualifiées de « ports avancés »[113].

Les flux empruntent des routes et des points de passage obligés (caps, canaux et détroits). En passant par des canaux ou détroits stratégiques, les voies maritimes relient les grandes façades équipées de puissants ports. Des canaux pharaoniques, Suez et Panama, ont été construits à la fin du XIXème siècle pour raccourcir les distances d'un océan à l'autre. De nouvelles écluses, plus larges, sont actuellement en construction pour Panama, alors que l'Égypte envisage d'augmenter les capacités de Suez, en élargissant en partie le chenal existant et en créant une portion de canal parallèle à l'original.

b. Pour les informations

Aux flux marchands qui transitent par la mer grâce au transport maritime répondent les flux d'informations qui utilisent les câbles sous-marins. Les plus puissants assurent des dizaines de millions de connexions simultanées avec une plus grande instantanéité que les satellites.

Près de 99% des trafics internationaux de télécommunication, Internet et téléphonie, passeraient par les 263 câbles sous-marins en service en 2014, pour près de 800.000 kilomètres déployés. Ainsi, le backbone (colonne vertébrale) de l'Internet se situe au fond des mers. Les grandes villes littorales forment autant de points privilégiés de raccordement de ces câbles sous-marins avec les espaces terrestres.

B. la géostratégie des espaces maritimes est aussi le reflet de la hiérarchie des puissances et de son évolution.

Ce sont les États les plus impliqués dans la mondialisation qui s’efforcent de contrôler et de sécuriser les routes maritimes, particulièrement les points nodaux ;

1. L’hégémonie de la « Triade » confortée

La mer, parce qu'elle nécessite des moyens considérables, conforte les puissances établies et les trois pôles dominants de l'Amérique du Nord, de l'Europe et de l'Asie orientale.

Le système maritime mondial est très concentré :

  • 21 États contrôlent 80% de la flotte mondiale, 25 ports polarisent 50% des flux mondiaux. Onze des trente plus grandes puissances de pêche sont des pays asiatiques qui concentrent 50% des captures mondiales avec en tête la Chine, l'Indonésie, le Japon et l'Inde.
  • Quatre pays, la Grèce, le Japon, la Chine et l'Allemagne, détiennent près de 50% du tonnage de la flotte mondiale de commerce. Quatre armateurs européens contrôlent plus de 40% de la capacité de la flotte des porte-conteneurs et deux compagnies américaines près de 70% de celle de la croisière.
  • Près de 90% des navires marchands sont construits par des chantiers chinois, coréens ou japonais, alors que les paquebots de croisière restent à ce jour l'exclusivité d'un nombre limité de chantiers européens.
  • L'offshore pétrolier mobilise des dizaines de milliards de capitaux, tant pour l'exploitation que pour la prospection. Par leur maîtrise des technologies acquises dans le golfe du Mexique ou en mer du Nord, les grandes compagnies pétrolières américaines et européennes, qui cherchent à compenser le déclin de leur production, s'imposent comme des acteurs incontournables pour la prospection et le développement des gisements au large du Brésil ou du Mexique, de l'Afrique ou en Asie orientale par le truchement d'alliances avec les compagnies nationales. L'offshore éolien est pour l'instant une spécialité européenne.

2. Des enjeux de sécurité

La surveillance et la maîtrise des mers et des détroits constituent un enjeu géopolitique majeur : le canal de Suez est fermé de 1967 à 1975 à la suite de la guerre des Six Jours. Les trafics d'armes, de drogue, de migrants et la piraterie maritime explosent depuis quinze ans. Pour y faire face, les opérations internationales se multiplient dans la Caraïbe, la Méditerranée et l'océan Indien.

Les zones sous tension font l'objet de toute l'attention des grandes puissances. Ainsi, la Vème flotte américaine est basée à Bahreïn, ce qui lui permet d'exercer une surveillance permanente sur le détroit d'Ormuz, plus largement sur l’ensemble du golfe Arabo-Persique, par lequel transite 30% du pétrole mondial.

Depuis le milieu des années 2000, la piraterie a pris des dimensions importantes au large de la Somalie, alors qu'elle était cantonnée jusque-là dans le Sud-Est asiatique, le golfe de Guinée et la mer des Caraïbes. Les pirates somaliens ont renouvelé l'art en la matière en s'attaquant non pas à des navires dans les ports ou au mouillage, mais à des navires en circulation, souvent des v:raquiers lents et bas sur l'eau. Cela facilite l'abordage et permet de prendre en otage les équipages pour en tirer une rançon auprès de l'armateur.

Grâce à des navires-mères, le champ d'action des pirates se déploie sur de vastes étendues maritimes, depuis le détroit de Bab el-Mandeb jusqu'aux Seychelles, voire l'Inde.

Mais la coopération internationale porte ses fruits en la matière : grâce à des patrouilles organisées entre États riverains, la situation s'est fortement améliorée depuis 2005 dans les détroits indonésiens, notamment dans celui de Malacca qui est vital pour le transport maritime. Doc.12 p. 97, La Corne de l'Afrique, mobilisation internationale contre la piraterie maritime- Au large de la Somalie, les forces navales européennes Atalante et Ocean Shield de l'OTAN permettent de contrôler en partie le golfe d'Aden grâce à la formation de convois marchands surveillés militairement. Les pirates somaliens peuvent aussi être déférés devant la justice des États du pavillon qui les ont capturés.

En outre, face aux immensités à surveiller, les États sont de plus en plus nombreux à autoriser le recours par les armateurs à des forces armées privées sur les navires afin de dissuader les attaques.

En 2014, les actes de piraterie sont en net recul, et ils ne perturbent le transport maritime qu'à la marge.

Le transport maritime est peu affecté par le terrorisme car les attentats sont plus difficiles à mettre en œuvre que sur terre. Mais quand les attaques réussissent, elles sont spectaculaires, comme celles contre l'USS Cole en 2000 ou contre le pétrolier français Limburg en 2002[114], au large du Yémen. Mais les dégâts sont finalement limités par comparaison avec les attentats terrestres.

C. Velléités d’appropriation nationale, tensions géopolitiques

On observe une volonté d’appropriation des espaces maritimes, et les conflits ont tendance à se multiplier entre les convoitises nationales et les intérêts de la communauté internationale, entre recherche de profit et durabilité.

1. Le droit international maritime et ses mutations

Alors qu’autrefois, le droit international distinguait les espaces maritimes dits de mare clausum des espaces de mare liberum ouverte à tous, la Convention de Montego Bay (Jamaïque), ouverte en 1982 et en vigueur depuis, 1994 (ratifiée par 166 pays en 2014) a été adoptée pour réduire les risques de conflits et protéger les milieux marins.

À cet effet, elle définit un nouveau droit maritime international qui distingue différents espaces –doc.11 p.97, Le droit de la mer :

  • en bordure du littoral, la mer territoriale, large de 12 milles marins[115] sur laquelle l'État exerce ses droits souverains ;
  • au-delà, la zone contiguë (24 milles marins) et la zone économique exclusive (ZEE : « La ZEE est une bande maritime s'étendant jusqu'à 200 milles marins, soit 370 km, dans laquelle l'État côtier bénéficie d'un droit exclusif d'exploration et d'usage des ressources » –Vocabulaire p.96) sur 200 milles marins à partir de la côte ; chaque État y exerce des droits souverains en matière d'exploration et d'usage des ressources mais ne peut y empêcher la circulation ou le survol.

Quant aux espaces maritimes internationaux, on distingue :

  • la haute mer (64% des océans, présentant une grande liberté d'usages),
  • de la zone internationale des grands fonds marins, relevant du « patrimoine commun de l'humanité » (« Ce qui appartient à tout le monde (ou à personne), au présent et au futur dans la perspective du développement durable » -Vocabulaire p.96).

2. Conflits frontaliers autour des ZEE

Les États riverains se sont lancés dans une véritable « course à la mer » afin de s'approprier l'espace maritime.

La multiplication des conflits frontaliers, littoraux ou maritimes, s'explique par des revendications souvent liées à la présence de gaz ou de pétrole : on compte aujourd'hui environ 70 conflits. Si certains sont réglés dans le cadre de négociations internationales (Russie/Norvège, Brunei/Malaisie, Grèce/Turquie...), d’autres prennent des proportions mondiales.

En Asie orientale par exemple, cette rivalité est exacerbée par l'affirmation de la puissance chinoise et par ses prétentions sur la mer de Chine. Pour la Chine, l'accès sans contrainte de voisinage à la haute mer, la maîtrise de routes maritimes qui mènent à ses ports et ses visées territoriales sur Taïwan sont des facteurs aussi déterminants que celui de disposer de ressources maritimes supplémentaires. Des confrontations navales autour d'un îlot ou d'un atoll opposent désormais régulièrement Chinois et Vietnamiens dans les îles inhabitées des Spratleys ou des Paracels, ou Chinois et Japonais dans les îles Senkaku (Diaoyu en chinois).

3. En haute mer, les capacités de projection des grandes puissances

Au-delà de la ZEE débute la haute mer et les eaux internationales. Pour les États, il s'agit d'un espace de projection vers l'extérieur, non seulement pour les échanges commerciaux mais aussi, quand ils en ont les moyens, pour assurer leur sécurité, préserver leurs intérêts et donc exercer leur souveraineté au-delà de leurs simples frontières terrestres. Les porte-avions ou les sous-marins dotés de missiles nucléaires, par la capacité qu'ils offrent d'aller frapper, depuis la mer, des objectifs extérieurs et lointains par rapport au territoire national, sont aujourd'hui dans les flottes militaires les deux outils stratégiques au service de cette volonté des États de garantir cette projection vers l'extérieur..

Quarante États disposent de 98% de la flotte militaire mondiale (2.000 navires), dix États de 84%. La construction et l'entretien d'une marine de guerre sont un vecteur majeur d'affirmation de la puissance, en particulier avec les sous-marins nucléaires dotés de missiles stratégiques (SNS). Face à la domination des États-Unis (avec 40% du tonnage total, seuls les États-Unis ont une flotte suffisamment puissante pour être présents sur l'ensemble des mers et océans du globe[116]) s’affirment les grands pays émergents (Chine et Brésil principalement) et d’autres acteurs (Taiwan, Turquie, Corée du Sud, Pakistan).

 


[1] Cf. http://prezi.com/pcujgwq4-a3i/?utm_campaign=share&utm_medium=copy

[2] On distingue en effet firmes « transnationales » (FTN) et « multinationales » (FMN), un terme très employé dans la littérature économique mais largement abusif. En effet, la multinationale, c'est-à-dire une firme concevant et organisant son activité et son espace d'action en termes totalement mondialisés, demeure rarissime, voire mythique. C'est pourquoi, il est préférable d'utiliser le terme de transnationale, c’est-à-dire des entreprises très internationalisées qui gardent cependant de fortes caractéristiques nationales et un fort ancrage national de nature économique, industrielle, technologique, culturelle ou géopolitique.

[3] Une FTN déploie cinq fonctions principales : les fonctions de commandement, de gestion et de coordination (management, comptabilité, trésorerie, planification...) sont assurées par le siège social, l'innovation par un centre de recherche, la production concrète des produits par l'usine ; la logistique, la manutention et le transport sont réalisés dans les entrepôts ; enfin, les fonctions commerciales (marketing, publicité, vente, maintenance...) sont prises en charge par des bureaux spécialisés.

[4] Cinq grands types d'activité peuvent être identifiés : les industries extractives (directement liées aux gisements à exploiter) ; industries de haute technologie (aéronautique, pharmacie, informatique) ; industries qualifiées (biens d'équipement industriel, mécanique-robotique, matériel de précision, industrie électrique, ferroviaire...) ; industries spécialisées (fonderie, caoutchouc, ameublement, plastiques, textile, agroalimentaire, électronique grand public).

[5] La Chine, dont les entrées d’IED ont atteint des montants sans précédent, pointe à la deuxième place derrière les États-Unis.

[6] À ce sujet, lire cet article sur Slate.fr.

[7] Cf. Pierre-Noël GIRAUD, La mondialisation, émergences et fragmentations, 2012

[8] Les fonds de pension assurent une gestion collective d'une épargne de longue durée en vue de la retraite par capitalisation. Très développés dans les pays anglo-saxons, ils se diffusent en Europe (Allemagne, Italie, Espagne), mais plus lentement en France. Leur poids est considérable : ils contrôlent un tiers de la capitalisation de Wall Street et 50% de celle de Londres.

[9] Fonds souverain : fonds d'investissement contrôlés par un État, le plus souvent alimentés par des recettes provenant de revenus de matières premières (pétrole, ...), investis dans une logique normalement financière à fin de procurer des ressources à cet État une fois que la matière première en question aura été épuisée. Le caractère opaque de certains de ces fonds fait parfois craindre qu'ils n'aient pas des objectifs purement financiers mais qu'ils soient le bras armé d'États souvent peu démocratiques pour contrôler directement ou indirectement des entreprises du monde occidental. On peut ainsi citer Temasek de Singapour ou Adia (Abu-Dhabi Investment Autority). Source : LesEchos.fr

[10] Les hedge funds sont des fonds d'investissement non cotés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées et qui utilisent abondamment les produits dérivés. Ils utilisent l'effet de levier, c'est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux qui soit supérieur à leurs capitaux propres. Les hedge funds présentent l'intérêt d'offrir une diversification supplémentaire aux portefeuilles « classiques » car leurs résultats sont en théorie déconnectés des performances des marchés d'actions et d'obligations. D’après LesEchos.fr

[11] Cf. « Par qui et comment sont rémunérées les agences de notation »? », (Les « économistes atterrés »).

[12] 600 milliards de dollars pour les seuls revenus de la drogue, soit 8% du commerce mondial…

[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradis_fiscal, ainsi que C. Chavagneux, « À quoi servent les paradis fiscaux ? », Le journal de l'école de paris du management 6/2011 (n°92), URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2011-6-page-26.htm.

[14] Le Luxembourg accueille des holdings et des fonds de placement mutuel ; les Bermudes, les compagnies d'assurance (40% du total mondial) les Caïmans et les Bahamas, des fonds d'investissements et des fonds spéculatifs et les Barbades les Foreign Sales Corporations des firmes transnationales américaines qui sont des sociétés écrans destinées à faire transiter des exportations américaines en évitant la fiscalité des États-Unis.

[15] Cf. "Entre 20 et 30.000 milliards de dollars cachés dans les paradis fiscaux", latribune.fr, 04/04/2013.

[16] Il s’agissait en réalité de trois listes distinctes : une liste noire, une liste grise et une liste blanche correspondant au degré de coopération en matière fiscale. Cf. Wikipédia.

[17] Cf. http://www.lesechos.fr/05/04/2013/LesEchos/21411-015-ECH_eric-vernier-----la-liste-des-paradis-fiscaux-etablie-par-l-ocde-est-une-vaste-mascarade--.htm

[18] OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques. Cf. site officiel : http://www.oecd.org/fr/apropos/

[19] Fondée le 16 avril 1948, dans le cadre de la guerre froide, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) était initialement chargée de répartir les crédits du Plan Marshall entre pays de l'Europe occidentale.

[20] Cf. slogan sur la page d’accueil du site officiel de l’OCDE : « des politiques meilleures pour une vie meilleure ».

[21]Cf. Site officiel de la Banque mondiale : http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/EXTABTUSFRENCH/0,,contentMDK:20146544~pagePK:64093409~piPK:64093441~theSitePK:328614,00.html

[22] Cf. Site officiel de la Banque mondiale : http://www.banquemondiale.org/fr/about/annual-report/overview

[23] Ainsi, c'est la Banque mondiale qui mesure l'Indicateur de développement humain (IDH).

[24] FMI : Fonds monétaire international (http://www.imf.org/external/french/index.htm)

[25] Le montant des cotisations de chaque pays détermine le nombre de voix dont il dispose au FMI.

[26] Avec la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud.

[27] Avec, en plus, l’Indonésie, la Corée du Sud et l’Australie.

[28] Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne (représentée par le Président de la BCE).

[29] NB : il existe aussi depuis 2004 un G90, qui rassemble les PMA (pays les moins avancés), les pays de l’Union africaine et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

[30] Cf. présentation de l’OMC par l’OMC, sur le site officiel de l’OMC : http://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/whatis_f.htm

[31] Cf. site de l’OMC : http://www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/dispu_f.htm

[32] Le cycle de Doha est une ronde de négociations effectuée sous l'égide de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Elles portent surtout sur la « libéralisation du commerce international », comme instrument de développement des PED (« cycle du développement »). En effet, l'essentiel des négociations de Doha portaient sur l'agriculture et sur l'amélioration de l'accès aux marchés des pays riches pour les produits agricoles des pays en développement (PED).

[33] …et l’histoire récente (Cf. les politiques protectionnistes des années 30) enseigne que le processus d’intégration n’est pas irréversible : il est donc prématuré de proclamer le règne d’une économie mondialisée.

[34] Cf. notion d’« État défaillant ».

[35] Cf. à l'époque moderne, où des dizaines de millions d'esclaves furent arrachés à l'Afrique à destination des Amériques par les traites négrières occidentales, ou encore, au tournant du XXème siècle, où l'Europe occidentale accomplit la colonisation des trois quarts de la planète et peupla les Nouveaux Mondes (entre 1800 et 1930, 40 millions d'Européens s'installent en Amérique du Nord).

[36] 75 millions de migrants en 1965, 175 millions en 2003, 230 millions en 2014.

[37] En effet, les pays pétroliers sous-peuplés font largement appel à une main-d’œuvre africaine, arabe ou asiatique, alors que l'Afrique du Sud mobilise, essentiellement dans ses mines, la main-d’œuvre de ses voisins immédiats

[38] Cf. les expatriés français, par exemple.

[39] « Fuite des cerveaux » : départ définitif de leurs pays d'origine des cadres administratifs, scientifiques, techniques, médiaux, des enseignants ou des personnels bénéficiant d'une qualification professionnelle spécifique vers un autre État plus attractif pour des raisons fondamentalement économiques et financières

[40] 19,4 millions en 2005, 52,9 millions en 2015 (Cf. site officiel du HCR). NB : Le débat actuel a fait redécouvrir des phénomènes anciens mais dont le XXème siècle fut coutumier. Les deux guerres mondiales ont produit les exodes les plus massifs de l'histoire de l'humanité. À ceci s'ajoutent les millions d'exilés fuyant les pogroms et épurations ethniques, les révolutions et guerres civiles (Russie de 1917 : 2 millions) ou les régimes fascistes (Espagne, Italie, Allemagne) et le génocide nazi.

[41] Ainsi, le Proche et le Moyen-Orient concentrent à eux seuls le tiers des réfugiés du monde. Les chiffres des flux de réfugiés imputables au récent conflit syrien obéissent aux mêmes équilibres : d’après le HCR, en octobre 2015, sur 8 millions de réfugiés, moins de 700.000 avaient gagné l’UE.

[42] Après le vaste appel des Trente Glorieuses, le nombre d'États adoptant des politiques restrictives passe de 6% à 40% entre 1976 et 2001. Aujourd'hui, 44% des pays développés et 39% des pays en développement cherchent à limiter ces flux. Quand certains maintiennent des politiques d'accueil volontaristes (Canada, États-Unis), celles-ci sont qualitativement de plus en plus sélectives.

[43] Cf. la création d'un mur par les États-Unis sur leur frontière mexicaine, ou de Frontex par l’UE.

[44] Source : site officiel de la Banque mondiale.

[45] Source : site officiel de l’OCDE.

[46] Ils représentent la moitié du PIB du Tadjikistan. Les principaux bénéficiaires des envois de fonds officiellement comptabilisés en 2013 sont l’Inde (71 milliards de dollars, soit le triple des IDE dont elle a bénéficié en 2012), la Chine (60 milliards de dollars), les Philippines (26 milliards de dollars), le Mexique (22 milliards de dollars), le Nigeria (21 milliards de dollars) et l'Égypte (20 milliards de dollars).

[47] Cf. Rapport annuel 2015, site officiel de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme)

[48] Passer des vacances balnéaires à Bali, en Thaïlande, aux Antilles ou en Méditerranée ? Partir skier en hiver dans les Alpes, dans les montagnes Rocheuses ou dans le Caucase ? Partir pour les vacances d'été vers la mer Méditerranée, skier en Argentine ou en Nouvelle-Zélande, faire un trekking au Népal, visiter les villes espagnoles, allemandes ou françaises, etc. ?

[49] Il n'existe pas d'études scientifiques sur cet aspect, mais on peut pointer les lieux suivants comme investis de touristes mondiaux : Saint-Moritz, Chamonix, Cannes, Bali, Saint-Tropez, Davos. On les appelle des global tourist resorts pour marquer leur mondialité.

[50] Spot : type de lieu touristique dont le fonctionnement réside dans la mise en valeur d'une seule qualité de l'endroit, sans fixation localisée prononcée de capital ou de bâti. Il s'agit de lieux touristiques connus de communautés d'intérêt spécifiques, qui se réunissent autour d'une pratique pointue, comme le surf, dont les spots les plus connus sont Hawaii, Tahiti, Tarifa, Biarritz, etc.

[51] Paris, New York, Londres, Rome, etc.

[52] La part des produits manufacturés continue d'augmenter rapidement, tandis que celle de l'agriculture ne cesse de diminuer. Le commerce des services occupe une place croissante et devient un enjeu important des négociations multilatérales.

[53] Adam Smith, David Ricardo

[54] Réunissant 23 États en 1947, le GATT comptait 128 États signataires en 1994. L'OMC a poursuivi cet élargissement, pour compter en 2015 161 membres et une vingtaine d’observateurs.

[55] Protectionnisme déguisé ou appui à des politiques publiques nationales de préservation de la santé ou de l'environnement ?

[56] Cf. « Qu’est-ce que le Tafta, dont la France demande l’arrêt des négociations ? », lemonde.fr, 13 octobre 2015, et « Tout comprendre au CETA, le ‘petit-cousin’ du traité transatlantique, lemonde.fr, 18 octobre 2016

[57] Cf. la fameuse « théorie des 3D » (désintermédiation, dérégulation, décloisonnement) Avec deux conséquences principales : 1/ cela a permis d'abaisser les coûts de financement de pays émergents qui, comme la Chine, ont su en profiter pour attirer les IDE et développer leur économie. Mais elle a aussi accru les possibilités de spéculation, de fraude et de défaillance générale du système.

[58] Capitalisation boursière : valeur, à un instant « T », de toutes les actions d’une place financière.

[59] Les autorités monétaires des PDEM ont aboli les réglementations des changes (c’est-à-dire l’abandon des règles qui, depuis 1945, assuraient le contrôle des mouvements de capitaux) de manière à faciliter la circulation internationale du capital. Ce processus s'inscrit dans le cadre d'une vague de libéralisation des mouvements de capitaux, initiée aux États-Unis à la fin des années 1970 et qui s'est ensuite répandue dans le monde.

[60] Ainsi, la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication et le Chicago Mercantile Exchange mettent en place dans les années 1980 un système de communication qui relie des milliers d'institutions financières 24 heures sur 24 dans plus de 100 pays. Par ailleurs, c’est dans le même ordre d’idée que les heures de cotation des bourses ont été adaptées pour s'ajuster aux principaux marchés : quand les bourses de New York et de Chicago ferment, celle de Tokyo prend le relais ; Hong Kong puis Bahreïn ouvrent successivement, puis Londres, Paris et Francfort, et de nouveau New York et Chicago.

[61] La « finance » désigne les méthodes et les institutions qui permettent d'obtenir les capitaux nécessaires dont on ne dispose pas et de placer ceux dont on dispose sans emploi immédiat. Les acteurs de la finance sont tous les agents économiques qui recherchent des capitaux ou qui souhaitent en placer. Les marchés financiers représentent des environnements spécifiques pour la finance. Ils sont distingués en fonction de la nature du besoin à couvrir : marché monétaire, marché des changes, marché d’actions, marché obligataire, marché de l'assurance… Source Wikipédia.

[62] Cf. Note de synthèse ISEMAR (Institut supérieur d’économie maritime) : « La révolution du conteneur ».

[63] Plus couramment appelé Ro-Ro (de l'anglais Roll-On-Roll-Off), cette technique permet à un véhicule routier d'entrer/de sortir par ses propres moyens d'un navire ou d'un train.

[64] On estime que 90% des biens matériels produits dans le Monde sont, à un moment ou un autre, transportés par mer.

[65] Le tonnage global a été multiplié par 22 depuis 1975.

[66] Cargos, vraquiers (céréaliers, minéraliers…), navires citernes…

[67] Les 10 premiers concentrent plus de 50% du trafic mondial –NB : les 5 premiers en 2012 (source : Wikipédia) : 1. Maersk (Danemark) ; 2. MSC (Suisse) ; 3. CMA-CGM (France) ; 4. Evergreen Marine (Taïwan) ; 5. Cosco (Chine)

[68] 60% de la flotte mondiale navigue sous les pavillons de complaisance d'une quinzaine de micro-États ne représentant que 0,4% de la population mondiale (Panama, Liberia, Malte, Bahamas...). Grâce à un véritable dumping réglementaire (absence de contrôles techniques), fiscal (faibles impositions) et social (bas salaires, précarité, dangerosité), ce système offre des coûts de transport de 50 à 75% inférieurs aux tarifs internationaux moyens.

[69] Jusqu'au début des années 1970, les États développés dominaient ce mode de transport en assurant la construction des bâtiments, leur exploitation sous pavillons nationaux avec des équipages bénéficiant de bonnes garanties salariales et sociales du fait de la pénibilité et des risques du métier.

[70] Le trafic passagers passe de 500 milliards de passagers-kilomètres en 1975 à 3 000 milliards en 2003 (prévision : 14 000 milliards en 2030). Le fret aérien, qui assure le transport rapide de produits périssables ou manufacturés à haute valeur ajoutée, passe de 0,4 milliards de tonnes-kilomètres en 1950 à 117 en 2002, et la flotte d’avions cargos ne cesse d’augmenter : les prévisions publiées en octobre 2013 par Airbus misent sur une croissance annuelle de 4,8% du transport de fret aérien mondial et sur un doublement de la flotte d’ici 2032, avec plus de 2700 nouveaux avions (http://www.air-journal.fr/2013-10-11-airbus-3000-avions-cargo-dans-vingt-ans-586712.html)

[71] Le très gros porteur Airbus 380 offre 800 places et un rayon d'action de 16 000 km.

[72] En anglais, le mot hub désigne littéralement le centre d'une roue (il donc se traduire par « moyeu »). En géographie, il est utilisé pour désigner un point central, un nœud, d'un réseau de transport, qui assure des correspondances vers des destinations secondaires (spokes : « rayons »).

[73] 6% seulement des 9000 routes aériennes potentielles qui sillonnent le globe supportent 50% du trafic mondial, et 25 aéroports polarisent 83% du trafic passager mondial.

[74] 16 millions de connectés en 1991, 665 millions en 2003, 2,27 milliards en 2012.

[75] Cf. l’ICANN : Internet Corporation of Assigned Names and Numbers (fondée en 1998). Le ministère américain du Commerce extérieur y dispose statutairement d'un droit de contrôle final sur toutes les décisions stratégiques.

[76] L’État est certes indispensable au fonctionnement des marchés, en particulier il doit définir et faire respecter les droits de propriété et les contrats librement consentis entre les acteurs économiques. Il doit également fournir un certain nombre de « bien publics ». Mais il doit strictement se cantonner à ces rôles.

[77] Organisé en réaction au FEM de Davos, le FSM est la grande réunion annuelle des altermondialistes, souvent organisée dans une ville du sud (notamment Porto Alegre au Brésil), où s'expriment les diverses revendications, mais aussi les profondes divisions du mouvement altermondialiste.

[78] Cf. le mouvement des « Indignés », « Occupy Wall Street », « Nuit debout »…

[79] Les références au général de Gaulle sont récurrentes.

[80] La pensée souverainiste produit également des avatars « identitaires » : les mouvements identitaires ne s'intéressent qu’indirectement aux questions géoéconomiques, et se focalisent sur les questions géoculturelles. Leurs discours défensifs et radicalisés s'opposent à l'américanisation, au multiculturalisme et aux migrations internationales, et leur contestation prend des formes très variées : en Europe, elle s'exprime par l’ultranationalisme (Cf. « Régionales 2015 : pour Marine Le Pen, le clivage politique sépare désormais mondialistes et patriotes », Le Monde, 13 décembre 2015) -parfois teinté de régionalisme. Ailleurs dans le monde, elle peut s’adosser à la religion, aux mouvement indigénistes, voire au tribalisme…

[81] Inspiré du titre du livre de l’économiste néo-keynésien Joseph Stiglitz, Making Globalization Work, 2006

[82] Cf. P. N. Giraud, La mondialisation. Émergences et fragmentations, Ed. Sciences humaines, 2012, p.44-45.

[83] Cf. la règle tacite qui confie depuis sa naissance la présidence de la Banque mondiale à un américain.

[84] Essentiellement : privatisations, ouverture extérieure et assainissement draconien des finances publiques.

[85] Cf. « Quel avenir pour l'OMC ? », latribune.fr, 16 février 2016.

[86] TPP : Trans-Pacific Partnership -Cf. Wikipedia.

[87] Cf. notamment le problème de la représentation des pays émergents au FMI.

[88] L’expression « patron voyou » s’est diffusée à partir de 2003, à la suite de « l’affaire Metaleurop ». C’est le président de la République, Jacques Chirac, qui avait dénoncé en 2003 des « méthodes de patron voyou » lors de la fermeture de Metaleurop Nord, fonderie de zinc et de plomb basée à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) depuis 1894 –entraînant licenciement de 830 personnes.

[89] Il est frappant que le marché des « produits dérivés » soit le marché qui a connu la croissance la plus spectaculaire. Ces produits dérivés sont nés pour couvrir les risques liés à l'instabilité dans les années 1980. Ils ont très vite donné prise aux comportements spéculatifs, notamment à travers l'activité de fonds spéculatifs, ou hedge funds -Ces fonds (200 en 1990, plus de 5 000 en 2001), interviennent sur l'ensemble des marchés financiers et proposent des rentabilités dépassant 30% pour les plus efficaces.

[90] Voire moins. Cette volatilité boursière peut être illustrée par les bourses des matières premières qui jouent un rôle majeur dans la fixation des cours mondiaux ; à Londres, au London Metal Exchange, qui traite 90% des transactions sur les non-ferreux (aluminium, cuivre, nickel, zinc...), les courtiers (brokers) vendent plus de mille fois la production mondiale par jour.

[91] …d’autant plus que la contagion d'une place financière à une autre est facilitée par l'interconnexion des places mondiales et la volatilité des capitaux. Cf. l’article de C. Minoiu sur le site officiel du FMI : http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2012/09/pdf/minoiu.pdf

[92] La multimodalité valorise les lieux de convergence des moyens de transport et de communication, qui deviennent les nœuds centraux de l’espace mondial, tels les grandes métropoles mondiales ou les grands pôles industrialo-portuaires des principales façades maritimes.

[93] L’accessibilité demeure un facteur de qualification ou de déqualification territoriales. Malheur à ceux qui en restent à l'immobilité : il faut quand même rappeler qu'une proportion d’un tiers à la moitié de l'humanité continue de marcher à pied ou d'utiliser des systèmes de transports terrestres obsolètes, surchargés, lents et parfois dangereux.

[94] NB : les télécommunications jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement interconnecté des marchés financiers.

[95] Le terme de ville globale, proposé par la sociologue Saskia Sassen (The Global City : New York, London, Tokyo (1991)), désigne les métropoles qui sont les centres de commandement de l'économie mondiale. Les villes globale, et New York en particulier, organisent le marché mondial des capitaux et reçoit les activités de services les plus spécialisées, performantes et rares.

[96] DIT : division internationale du travail. La division internationale du travail, ou DIT, est une extension de la division du travail appliquée au commerce international. Elle désigne le fait que les pays se sont spécialisés pour produire certains biens économiques : ils ne travaillent pas tous sur les mêmes produits et, de ce fait, échangent entre eux leur production. Cette spécialisation de pays ou zones repose initialement sur les simples avantages comparatifs des différents pays, pour évoluer vers une décomposition plus poussée de la chaîne de valeur, ou décomposition internationale du processus productif (DIPP) –source Wikipédia.

[97] Informatique, télécommunications, électronique, pharmacie, logiciels, aéronautique, spatial...

[98] Activité stratégique exigeant une mobilisation de personnels hautement qualifiés, des infrastructures lourdes et des réseaux organisationnels très denses, la recherche et l'innovation demeurent polarisées sur les grands espaces métropolitains.

[99] K. OHMAE, Triade Power : The Coming Shape of Global Competition, 1985

[100] L’endettement passe de 7,5 milliards de dollars en 1960 à 650 milliards en 1980.

[101] En 1985, le niveau global de l'endettement du tiers-monde est de 1 000 milliards de dollars, il dépasse le seuil des 2 000 milliards en 1995 pour atteindre 2 500 milliards en 2000.

[102] La dégradation des termes de l'échange est une thèse géopolitique employée pour exprimer des situations de baisse inéluctable du prix des produits des pays du Sud face à ceux des pays du Nord, ou plus objectivement et précisément entre produits des pays industrialisés et les produits des pays du Tiers monde1 ou pays les moins avancés. Au XXème siècle, cette dégradation était devenue de plus en plus défavorable pour les pays « du Sud » (source : Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9gradation_des_termes_de_l%27%C3%A9change).

[103] Les « dragons » (ou NPIA : Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), puis les « tigres » (Malaisie, Thaïlande, Indonésie, Philippines), suivis par la Chine depuis la fin des années 1970

[104] Cf. Thème 1, Question 1, II. Lectures géoéconomiques.

[105] Charles-Albert Michalet (2002), Laurent Carroué (2006), etc.

[106] http://prezi.com/g-mvq1ce_-yh/?utm_campaign=share&utm_medium=copy

[107] Les captures des pêches maritimes ont été multipliées par cinq depuis 1950 pour atteindre 90 millions de tonnes en 2011, avec la surexploitation des principales espèces

[108] Les bassins sédimentaires sous-marins restent encore largement inexplorés, une bonne partie d'entre eux se situant dans l'Arctique qui abriterait près d'un quart des réserves non prouvées d'hydrocarbures.

[109] Double avantage par rapport aux installations terrestres : l'absence d'habitant confronté à des nuisances; la force et la régularité des vents marins.

[110] Cf. les hydroliennes.

[111] De plus en plus spécialisés : spécialisés : vraquiers, porte-conteneurs, tankers, cargos, ferries… Au total, 105000 navires, dont 11200 pétroliers et méthaniers (gaz liquide) et 5000 porte-conteneurs.

[112] Au +Chine/@29.879381,120.4778536,252365m/data=!3m1!1e3!4m2!3m1!1s0x344d6354630858f7:0x948723f846ccf173!6m1!1e1">Sud de Shanghai.

[113] Ainsi, Rotterdam s'appuie sur un réseau de terminaux intérieurs : Venlo, à la frontière allemande, ou Duisburg sont des portes d'entrée pour drainer le marché allemand.

[114] À lire sur le site du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.

[115] 1 mille marin = 1,852 km

[116] Leurs capacités de projection dans l'espace mondial reposent sur 11 porte-avions embarquant 4000 aéronefs, 12 porte-hélicoptères d'assaut et le corps des Marines spécialisé dans les interventions extérieures. L'espace maritime mondial est partagé en sept grandes zones et quadrillé par 45 bases dans les territoires dépendant des États-Unis et 154 bases à l'étranger (Japon, Italie, Australie, Islande. Espagne...)