1ES/L - Thème 1 / Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXème siècle - Question 1 / Croissance économique et mondialisation

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Plan

I. LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE ET SES DIFFÉRENTES PHASES DEPUIS 1850
 A. « RÉVOLUTION INDUSTRIELLE » OU « PREMIÈRE INDUSTRIALISATION » ?
  1. En 1850, une première industrialisation inégalement avancée
   a. Expansion et diversification des marchés
   b. Innovations techniques et mutation des modes de production
  2. D’importantes variantes nationales
   a. Spécificité de la voie britannique
   b. Des adaptations aux caractéristiques nationales
 B. LE TEMPS DE LA « DEUXIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE »
  1. 1880-1914 : naissance des technologies du XXème siècle
   a. Les acteurs de l’innovation
   b. Du charbon-roi aux nouvelles technologies
  2. La civilisation de masse (1914-1973)
   a. 1914-1950 : incertitudes, recherche, innovation
   b. 1950-1973 : la croissance et le triomphe de la technologie
 C. APRÈS 1974, RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE ET « TROISIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE »
  1. Le ralentissement de la hausse de la productivité
  2. L’augmentation du chômage et la « troisième révolution industrielle »


II. MONDIALISATION : LES ÉCONOMIES-MONDE SUCCESSIVES
 A. AU XIXÈME SIÈCLE, « BRITANNIA RULES THE WAVES »
  1. Le Royaume-Uni : centre de l'économie mondiale au XIXème siècle
   a. au cœur des flux internationaux, à la tête d'un vaste Empire
   b. La première puissance commerciale
   c. La première puissance financière
  2. Le décrochage de l'économie britannique à partir des années 1870
   a. Grande dépression, érosion de l’avance technologique
   b. Déclin relatif de la puissance maritime
 B. L’ÉCONOMIE-MONDE ÉTATSUNIENNE
  1. Les fondements de l’économie-monde américaine
   a. Des hommes, des territoires
   b. Un « modèle »
  2. Après la Seconde Guerre mondiale : affirmation de la superpuissance étatsunienne
   a. Puissance financière
   b. Une puissance militaire et diplomatique au service de l’hégémonie économique
  3. Au cœur de l’économie-monde, une ville globale : New-York
 C. L’ÉCONOMIE-MONDE MULTIPOLAIRE
  1. Une nouvelle phase de la mondialisation
  2. Permanences : la puissance économique des États-Unis et de la Triade perdure
   a. États-Unis
   b. Triade
  3. Mutations : l’émergence de nouvelles puissances

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Manuel p.12-33

Introduction

Présentation p.12 à 15- Cette question traite des profondes mutations de l’économie mondiale depuis le milieu du XIXème siècle. Sur la longue durée s’impose un grand mouvement de fond caractérisé par la croissance, rythmé par les étapes d’une mondialisation marquée par des « économies-monde » successives.

I. La croissance économique et ses différentes phases depuis 1850

Définie comme l’accroissement durable de la production globale d’une économie, la croissance est un phénomène quantitatif aisément mesurable. Elle résulte de facteurs de nature extensive (l’augmentation du nombre de travailleurs, d’équipements, de matières premières…) et/ou de nature intensive (utilisation plus efficace des facteurs de production, favorisée notamment par des innovations technologiques…).

Comment la croissance économique mondiale évolue-t-elle de 1850 à nos jours ?

A. « Révolution industrielle » ou « première industrialisation » ?

La tradition veut que l’on nomme « révolution industrielle » les mutations des économies et des sociétés de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis entre 1750 et 1880 (l’expression était déjà banale dans la première moitié du XIXème siècle). L’expression « révolution industrielle » a le mérite de montrer qu’il se produit entre 1750 et 1880 quelque chose de nouveau qui transforme en profondeur les économies, l’organisation du travail, les modes et les cadres de vie des sociétés occidentales.

Texte 2 p.17 : L’initiative capitaliste, moteur de la croissance- Mais à la notion exclusive de « révolution industrielle » l’historiographie récente a substitué une approche plus systémique et on préfère évoquer une « première industrialisation » (1750-1880), en mettant l’accent sur un processus qui présente plus de continuités que de rupture.

1. En 1850, une première industrialisation inégalement avancée

a. Expansion et diversification des marchés

Une « révolution des consommateurs »

La Révolution industrielle ne consista pas seulement en l’application de nouvelles techniques : elle reposa aussi sur le lancement de nouveaux produits dont le succès s’appuyait sur un changement de comportement du consommateur[1].

En Grande-Bretagne, le phénomène est tellement marqué qu’il entraîne dans la seconde moitié du XVIIIème siècle une évolution des infrastructures commerciales. En lieur et place des colporteurs, un réseau de boutiques présentant les marchandises dans des devantures vitrées pour tenter le passant, couvre les villes. Autre signe des changements commerciaux, la publicité apparaît dans les journaux ou dans des feuilles spécialisées d’annonces[2].

Le processus d’imitation de modes vestimentaires éphémères, restées jusqu’alors limitées à une frange étroite de la haute société, s’infiltrait des classes supérieures aux classes moyennes, grâce à l’essor des cotonnades qui, moins coûteuses que les tissus de laine et que les toiles de lin, incitaient à diversifier et à renouveler plus fréquemment les garde-robes[3]. Ce processus touchait déjà au XVIIIème siècle en Grande-Bretagne les classes populaires des villes, et effleurait même une paysannerie aux habitudes immobiles. Ce processus est à l’origine de l’industrie moderne du coton. En plus des produits vestimentaires, la progression de la consommation portait sur nombre de modestes objets d’ameublement, d’équipement ménager, sur les miroirs, les rideaux, les faïences, le matériel culinaire...

Sur le continent européen, cette « révolution des consommateurs » est décelable dans les grandes villes à la fin du XVIIIème siècle, mais ne se diffuse vraiment que dans la seconde moitié du XIXème siècle.

Attention : ne pas confondre « révolution des consommateurs » (XVIIIème-XIXème siècles) avec « consommation de masse » (XXème siècle). Elle ne signifie pas que tout le monde consomme beaucoup, mais que la « consommation » est née. La consommation, c’est le désir d’acheter, de posséder des biens autres que ceux liés à la simple survie, et qui comportent une part de rêve et de symbolique sociale.

La structure sociale

La structure sociale a été un élément déterminant : la naissance d’un marché propice à la croissance a été rendue possible par l’accroissement du pouvoir d’achat des paysans[4] et par l’essor des classes moyennes des villes.

Les classes supérieures constituaient le marché des produits de luxe mais c’étaient les classes moyennes qui représentaient un marché pour les industries nouvelles fabriquant des produits bien faits, moins chers (et moins beaux) que l’artisanat traditionnel : l’industrie moderne se développa là où il y avait un marché de classes moyennes, comme en Angleterre dès le XVIIIème siècle, puis progressivement dans le reste du monde occidental.

Ce ne fut vraiment que dans les dernières années du XIXème siècle que les classes populaires devinrent un véritable marché, surtout aux États-Unis et en Grande-Bretagne, dessinant les prémices de la consommation de masse.

La proto-industrie et la croissance extensive

Ce développement de la consommation a été rendu possible par une croissance de la production industrielle supérieure à la croissance démographique. Au XVIIIème siècle et jusqu’au milieu du XIXème siècle, cette augmentation de la production s’est faite sans qu’il y ait de modification décisive des techniques de fabrication[5]. La productivité du travail industriel augmente peu et cette croissance a surtout résulté de la mise en œuvre de quantités croissantes de travail[6].

b. Innovations techniques et mutation des modes de production

Le changement qualitatif dont l’expression « révolution industrielle » cherche à rendre compte est habituellement décrit comme une double mutation : 1) l’utilisation des machines, 2) la concentration des travailleurs dans des usines.

Nouvelles techniques

Depuis le milieu du XVIIIème siècle s’est mis en marche un trend continu et accéléré de progrès technique. Les inventions les plus importantes concernent trois secteurs : le textile, la sidérurgie et la production de l’énergie mécanique.

En 1733, John Kay invente la navette volante[7], qui double la vitesse du tissage. En 1764, Hargreaves invente la spinning jenny, une machine permettant de filer plusieurs fils en même temps. Le water frame d’Arkwright reprend en 1769 le même principe, mais actionné par une force mécanique (moulin à eau, puis machine à vapeur[8]). Les métiers à tisser mécaniques apparaissent dans les années 1780.

Dans la sidérurgie, l’innovation majeure consiste à substituer le coke[9] au charbon de bois comme combustible pour fondre le minerai de fer. Abraham Darby y parvient en 1709, et sa découverte jouera un rôle décisif car elle permettra la fabrication de l’acier.

La machine à vapeur ne devient utilisable comme moteur industriel qu’avec les améliorations apportées dans les années 1780 par James Watt, qui augmentent le rendement énergétique et convertissent le mouvement alternatif en mouvement circulaire : son utilisation pour le transport devient désormais possible. Les premiers bateaux et les premières locomotives à vapeur apparaissent dans les années 1810.

Mais les inventions qui ne répondent pas un besoin économique ne deviennent pas des innovations[10]. Tant qu’il n’y a pas une motivation économique forte, les industriels n’ont pas intérêt à changer, c’est-à-dire à investir et à prendre des risques, d’autant que les nouvelles techniques sont souvent imparfaites au début. En effet, en dépit de ce que les premiers historiens de l’industrialisation ont pu penser, l’impulsion première n’est pas venue d’une vague d’inventions dont on ne pouvait expliquer la genèse : des solutions ont été trouvées parce qu’elles étaient recherchées avec acharnement, elles ne sont pas arrivées par hasard.

Les premières inventions accélèrent le progrès technique par contagion :

  • par des mécanismes de « goulot d’étranglement » : lorsqu’une opération est mécanisée, les autres bloquent la croissance de la production et il y a une forte incitation à trouver de nouvelles solutions[11] ;
  • par des mécanismes de diffusion latérale, c’est-à-dire par l’adaptation d’une technique à des secteurs où se retrouvent des opérations comparables[12].

Dans les secteurs touchés par la mécanisation, le « cercle vertueux de la croissance » se met en place au cours du XIXème siècle. La mécanisation, qui répond à une demande que le système proto-industriel peinait à satisfaire, augmente la productivité du travail et diminue le prix du produit. Cela élargit l’accès au produit à des catégories sociales nouvelles, jusqu’à ce que la consommation du produit atteigne sa saturation, même dans les classes populaires. Cette évolution, qui détermine le cycle de vie du produit, se retrouve pour tous les produits industriels : les tissus de coton fin XVIIIème-début XIXème, puis, à partir du milieu du XIXème siècle, les transports, avec l’essor des chemins de fer.

La mise en place progressive du factory system (« système usinier »)

La seconde grande innovation fut de passer du travail dispersé au travail groupé en usine, avec des horaires et une discipline du travail, difficile à imposer à une main-d’œuvre venue du travail à domicile, jusqu’alors maîtresse de son temps et de son travail. Des raisons techniques ont pu pousser à adopter le factory system, mais le plus souvent, la concentration en fabriques n’était pas une nécessité technique : elle résultait du désir de contrôler la main-d’œuvre et la qualité du produit.

Ces évolutions vers la grande usine du XXème siècle se firent à des vitesses différentes selon les secteurs, selon les régions, selon les pays.

1. D’importantes variantes nationales

Globalement, à long terme, le phénomène d’industrialisation s’est accompagné d’une convergence des sociétés industrielles qui se ressemblent de plus en plus au cours du XIXème puis du XXème siècle. On en a hâtivement conclu que le processus d’industrialisation et de modernisation a été identique partout, démarrant en Grande-Bretagne, se répétant ensuite à l’identique dans d’autres pays avec simplement des décalages dans le temps.

Mais si les processus techniques sont, en effet, l’élément le plus convergent, cela n’empêche pas les spécificités des développements nationaux : les pays n’ont pas tous emprunté les mêmes sentiers pour accéder à la modernité.

a. Spécificité de la voie britannique

Elle est unique parce qu’elle est la première. À la fin du XVIIIème siècle, la Grande-Bretagne avait déjà une avance économique, commerciale, bancaire et technologique par rapport au continent. Elle a été le seul pays à s’industrialiser dans un monde non encore industrialisé.

Il y avait en effet au XIXème siècle des différences profondes entre la Grande-Bretagne et les autres pays, parce qu’elle était plus polarisée sur quelques secteurs modernes[13] très concentrés spatialement[14]. Par ailleurs, l’organisation proto-industrielle se défait assez vite en Angleterre : dès les années 1830, les campagnes se vident car il n’y a plus de travail d’appoint pour les plus démunis. Les paysans sans terre et le surplus démographique, auxquels s’ajoutent les immigrés irlandais, migrent alors vers les villes industrielles et vers Londres, espérant trouver du travail.

En Angleterre, les villes industrielles, comme Manchester ou Birmingham ont poussé comme des champignons, avec une croissance sauvage, sans plan d’urbanisme et sans infrastructure sociale. Elles étaient insalubres, malsaines et la population s’y entassait, y compris un sous-prolétariat misérable dépourvu de travail. Le pays le plus riche du monde était aussi caractérisé par l’ampleur de la pauvreté.

b. Des adaptations aux caractéristiques nationales

Dans les autres pays, les modalités de l’industrialisation sont différentes. Ainsi, en France, aux États-Unis, l’usage des machines à vapeur était limité : l’industrialisation s’est faite avec le moulin à eau[15]. En France, dans les pays germaniques, la structure industrielle était peu polarisée spatialement[16] et sectoriellement[17].

Les États-Unis ont comme particularités l’absence de proto-industrie et la rareté de la main-d’œuvre. Du fait de la rareté de la main-d’œuvre, la mécanisation fut poussée à l’extrême et, dès le milieu du XIXème siècle, elle était en avance sur celle de la Grande-Bretagne. Même l’agriculture était mécanisée, car il n’y avait pas d’ouvriers agricoles. Une autre réponse a été le recours au travail féminin bon marché dans les secteurs demandant beaucoup de main-d’œuvre à faible qualification –Cf. les usines textiles de Nouvelle Angleterre.

B. Le temps de la « deuxième révolution industrielle »

1. 1880-1914 : naissance des technologies du XXème siècle

Chronologie p.13 + Graphique 1 p.17 : les phases de croissance depuis 1850- Après la forte expansion de l’économie de 1830 à 1860, puis un ralentissement de 1873 à 1896[18], on assiste à un nouvel essor, marqué par la diffusion de l’industrialisation dans le reste de l’Europe et par un approfondissement technologique : électricité, turbine à vapeur, chimie, moteur à explosion…

a. Les acteurs de l’innovation

L’univers des connaissances et des métiers : les détenteurs du savoir
  • Ouvriers et artisans : dès le début du XIXème siècle, à l’ouvrier professionnel, assimilable à l’artisan venait s’adjoindre l’ouvrier qualifié (exemple-type : le mécanicien), détenteur non seulement d’une expérience, mais aussi d’un savoir. Le monde ouvrier a activement contribué au changement technique[19], même si la créativité ouvrière a longtemps été ignorée par l’historiographie.
  • La connaissance scientifique et technologique : la recherche a connu au fil du XIXème siècle une transformation radicale, elle s’est professionnalisée et institutionnalisée, essentiellement par le développement des universités scientifiques. L’enseignement des sciences et techniques se développe, et une différenciation croissante s’opère entre enseignement scientifique et enseignement technologique supérieur[20].
Les entreprises

Les initiatives prises par les entreprises furent à l’origine des bouleversements de la civilisation matérielle au seuil du XXème siècle. On distingue deux modèles :

  • le réseau serré d’entreprises de taille moyenne sous le contrôle direct de leurs propriétaires, animé par le dynamisme d’inventeurs indépendants : Bell et Edison aux États-Unis, les frères Philips et les frères Michelin en Europe ;
  • les très grandes entreprises, dirigées par des managers salariés, et dotées d’une fonction de recherche intégrée[21].
Les consommateurs et le marketing

Le succès commercial seul légitime l’innovation. Les inventeurs de nouveaux produits prospectent la frontière la plus avancée des désirs humains ; ils s’adressent à des consommateurs pionniers à hauts revenus qui sont des cobayes volontaires[22], développant ainsi un type de marketing fondé sur le dialogue avec la clientèle. Dans un second temps, le perfectionnement des procédés permet la consommation de masse (Cf. automobile, électroménager…) et un marketing de masse, piloté par des entreprises ayant très tôt intégré ses fonctions commerciales, aux États-Unis d’abord (Remington, Singer), puis en Europe (Cadbury).

Conclusion

Les années 1880-1914 ont fondé le XXème siècle. L’ensemble du système technique a basculé vers un nouveau modèle d’organisation de la recherche et des entreprises. À un processus de recherche discontinu s’est substitué un processus continu. La recherche s’est institutionnalisée, massifiée et internalisée au sein de grandes entreprises[23] qui l’ont mise au service de la conquête des marchés et de la création de positions dominantes.

b. Du charbon-roi aux nouvelles technologies

En 1913, le charbon représente encore les trois quarts de la consommation mondiale d’énergie (le tiers en 1870). Le moteur à explosion n’a pas encore triomphé de la vapeur et du moteur électrique dans la traction automobile, le moteur électrique n’a pas encore bouleversé l’économie domestique. Mais l’introduction de l’électricité dans le processus de mécanisation créa une rupture en faisant fonctionner des machines-outils plus précises, plus puissantes, plus aptes à la production de masse. La manifestation la plus spectaculaire de cette rupture est la conception aux usines Ford de Detroit de la première chaîne de fabrication d’automobiles (1913) –photo 1 p.12 : Une chaîne de montage de la Ford T ; biographie p.18 : Henry Ford ; texte 2 p.18 : le fordisme : tout repose sur la décomposition du travail ouvrier en une série d’étapes successives, selon les principes de la division du travail[24].

L’économie domestique

Au cours du XIXème siècle, avec la concentration des hommes dans les villes et l’amélioration des niveaux de vie, sont nés des genres de vie nouveaux. On assiste au glissement des pratiques des classes aristocratique et bourgeoise par les classes populaires : la glace dans les logements, les produits textiles, le sucre, le chocolat, le journal, puis les produits liés aux nouvelles technologies, au fur et à mesure de la mise au point des procédés de production de masse. Les modèles de consommation évoluent :

  • Tâches ménagères : les réchauds et cuisinières à gaz étaient d’un usage courant début XXème siècle, l’électricité avait favorisé le développement de l’industrie du froid[25], et les premières machines à laver évoluées ainsi que les premiers aspirateurs se répandent après 1880[26]. Mais le premier appareil de consommation ménagère de large diffusion est la machine à coudre[27].
  • Éclairage : des progrès considérables sont enregistrés dans les procédés d’éclairage au cours du XIXème siècle : à l’éclairage au gaz succède l’éclairage électrique dans les années 1880[28].
  • Automobile : née autour de 1890, l’automobile à moteur à explosion fut à l’origine à peine plus qu’un jouet, avant de rencontrer un marché, ce qui lui permit d’accomplir des progrès dans la fiabilité et la maniabilité. Le pas décisif fut franchi aux États-Unis : Cf. Ford T, la « voiture pour les masses », vendue à 15 millions d’exemplaires entre 1908 et 1927[29] -Dossier p.18-19 : Une industrie en mutation, l’automobile.
Chimie et matériaux

Pendant les quelques décennies précédant 1914, la chimie, essentiellement en Allemagne, s’étend à l’ensemble des activités humaines : teintures synthétiques, engrais azoté, aluminium, premiers essais de matières plastiques et de tissus synthétiques (bakélite), produits d’hygiène et d’alimentation (Cf. firme US Lever, qui commercialise dans le monde entier une marque de savon et une margarine, Cf. lessive Persil en Allemagne en 1907).

Transports, technologies de l’information et de la communication

La puissance des machines à piston progresse tout au long du XIXème siècle (2200 chevaux en 1912), puis plafonne début XXème. D’où les recherches[30] sur les turbines à vapeur (supériorité du mouvement rotatif sur le mouvement alternatif), qui trouvent leurs principales applications dans la propulsion des navires[31]. Au total, avant la Première Guerre mondiale, les transports de masse ont fait leur apparition : plus sûrs, plus confortables, plus rapides, moins coûteux.

  • Transport maritime : le tonnage de la flotte mondiale a augmenté de 25% de 1900 à 1913. Parallèlement, on assiste à la multiplication des lignes régulières et des tramps[32], ainsi qu’à une spécialisation accrue des navires –Publicité p.10 : Compagnie transatlantique Cunard Line.
  • Transport ferroviaire : les voies de chemin de fer dans le monde s’étalent sur 356000 km en 1880, 750000 en 1900, 1086000 km en 1920. Dans le même temps, le tramway électrique, puis le métropolitain se développent.

Les technologies de l’information et de la communication décollent après 1850 :

  • les techniques de l’imprimerie et la photographie ont permis une première esquisse de la culture de masse : livre populaire, presse[33] ;
  • le cinéma avait déjà en 1914 acquis ses lettres de noblesse[34] ;
  • le phonographe, conçu en 1877 par Edison, enregistre quelques progrès, même si la reproduction du son reste rudimentaire ;
  • les techniques de télécommunication connaissent un fort développement : 1/ l’extension mondiale des réseaux de télégraphie[35] accompagne l’essor du grand commerce maritime et des empires coloniaux ; 2/ le téléphone se déploie aux États-Unis puis en Europe[36] ;
  • apparue dans les années 1890, la TSF (télégraphie sans fil) connaît d’importantes améliorations par Marconi, permettant à partir de 1906 de transmettre la voix : la radio était née ;
  • la maîtrise de l’écrit et le traitement de l’information sont devenus cruciaux pour le fonctionnement des grandes organisations (États, banques, assurances…). D’où la mécanisation de l’écriture et du calcul[37].

2. La civilisation de masse (1914-1973)

Malgré les heurts et les à-coups de l’histoire, la période des années 1900 aux années 1960 doit donc être considérée comme un tout. Marquée par deux guerres mondiales, par une crise économique qui déboucha dans les années 1930 sur un chômage industriel massif –Dossier p.20-21 : Une crise mondiale, 1929, cette période s’achève dans les années 1960 par la sublimation de la consommation de masse. Cet accomplissement fut l’aboutissement naturel des évolutions techniques antérieures. Quant aux deux guerres, elles ont permis un approfondissement des méthodes de production de masse et des techniques de contrôle et d’encadrement de la société : la guerre de masse a été une étape essentielle vers la formation de la société de masse.

La société de masse multiplie les biens et les services mis à la disposition des individus qui la composent. Les élites qui l’encadrent avaient eu pour ambition, au XIXème siècle, de construire un système social qui devait assurer au plus grand nombre le bien-être et la jouissance des fruits du « progrès » -sous la forme de produits nouveaux, instruments concrets du bien-être.

a. 1914-1950 : incertitudes, recherche, innovation

La croissance mondiale a sérieusement ralenti entre 1913 et 1950 (deux guerres mondiales, une crise), mais c’est la hausse de la productivité qui constitue le fait marquant de la période, grâce à la poursuite des innovations initiées dans les vingt années précédant la Première Guerre mondiale.

b. 1950-1973 : la croissance et le triomphe de la technologie

Les performances élevées des économies des pays industrialisés dans les années 1950 et 1960, marquées par une très forte croissance de la production et un taux de chômage très faible, s’expliquent par la conjonction des hausses sans précédent de la productivité et des revenus.

Une économie de la recherche-développement s’est créée, dans une société marquée par l’essor de la consommation de masse : on assiste au triomphe de la gestion volontariste du changement technique par les États et les entreprises, qui s’efforcent de maîtriser le développement des technologies. Les États ont développé la recherche publique, tandis que les entreprises commençaient à adopter au début des années 1970 un nouveau modèle de recherche-développement privilégiant la coopération avec l’université aux dépens de l’internalisation.

Parmi les produits qui fondent la nouvelle économie domestique, figurent les produits électrodomestiques et l’automobile -Dossier p.18-19 : Une industrie en mutation, l’automobile + Photo 4 p.17 : Le pétrole et l’automobile, symboles des Trente Glorieuses. Le matériel audiovisuel occupe une place de plus en plus grande dans le budget et la vie des ménages : les technologies de l’information[38] sont peu à peu devenues une composante essentielle de la production de masse.

C. Après 1974, ralentissement de la croissance et « troisième révolution industrielle »

La crise économique de 1974, marquée par un net fléchissement de la croissance, a longtemps été interprétée comme un accident conjoncturel lié au choc pétrolier. On s’accorde aujourd’hui à considérer que ses causes sont davantage structurelles.

1. Le ralentissement de la hausse de la productivité

Un cercle vertueux avait porté l’économie de 1947 à 1974 : la hausse de la productivité, qui entraîne l’accroissement des revenus réels et une augmentation de la demande, qui permet à des activités nouvelles, telles que les services, de se développer. En 1974, ce cercle vertueux est brisé[39].

Dès la fin des années 1960, ce modèle de croissance rencontrait des limites. L’ancien cercle vertueux semble avoir été remplacé par un cercle vicieux dans lequel une hausse insuffisante de la productivité ne permet pas aux revenus réels et à la demande de s’accroître assez rapidement pour offrir du travail à tous les demandeurs d’emploi. On assiste alors à l’explosion du chômage. Pour résoudre ces difficultés, il fallait approfondir et développer les technologies de l’électronique.

2. L’augmentation du chômage[40] et la « troisième révolution industrielle »

Dans les pays de l’OCDE, l’emploi dans les secteurs manufacturiers de haute technologie, à haut salaire et à forte intensité de R&D (informatique, aéronautique, pharmacie, électronique…) s’est accru. Il s’est par contre réduit dans les industries à bas salaire et à forte intensité de main-d’œuvre (textile, alimentation, bois, industrie électrique…), principalement du fait de l’introduction de nouvelles méthodes de production.

Ces évolutions correspondent à une recomposition du système technique[41], que certains qualifient de « troisième révolution industrielle ». Cette recomposition a entraîné une radicale modification des réseaux d’interdépendance entre les secteurs d’activité, et s’est accompagnée de dysfonctionnements au coût économique et social important[42].

II. Mondialisation : les économies-Monde successives

Mondialisation : vocabulaire p.24, citation p.24- La mondialisation est un processus géohistorique multiséculaire (Laurent Carroué[43]), nourri par l’urbanisation, l’essor des transports, l’essor des « économies-monde », la diffusion du système capitaliste à tout l'espace planétaire. « Fin de la préhistoire du monde » (Jacques Lévy[44]), la mondialisation se traduit dans l’espace mondial par une mise en relation et en interdépendance des différentes parties du monde, qui s’articulent en système.

Économie-monde : vocabulaire p.24- La notion d'économie-monde éclaire la genèse de l'économie mondialisée dans laquelle nous vivons. Une économie-monde est définie par Fernand Braudel[45] comme un espace économiquement autonome, constitué d’espaces politiques et culturels différenciés et hiérarchisés, qu’elle englobe sous la domination d’un « centre » constitué par une ville ou un État. Malgré cette hétérogénéité, elle possède un système propre qui la démarque de l’extérieur.

Appliquée au processus de mondialisation, la notion d'économie-monde renvoie à la capacité que possède un pays, à un moment donné, d'exercer une domination commerciale et financière à l'échelle du système-monde. Depuis les années 1850, plusieurs puissances ont été le centre de gravité de l'espace mondial : le Royaume-Uni au XIXème siècle, puis les États-Unis au XXème siècle. L'affirmation récente de puissances émergentes indique l'entrée dans une économie-monde multipolaire.

Comment le centre de gravité du monde se déplace-t-il depuis 1850 ?

A. Au XIXème siècle, « Britannia rules the waves »[46]

1. Le Royaume-Uni : centre de l'économie mondiale au XIXème siècle

a. au cœur des flux internationaux, à la tête d'un vaste Empire

À l'époque victorienne[47], le Royaume-Uni est le centre d'impulsion d'une grande partie des flux qui irriguent le monde : population (vers les colonies de peuplement ou les « pays neufs »), marchandises (produits primaires importés des colonies, produits manufacturés exportés dans le monde entier) et capitaux.

Doc.1 p.25, « La domination britannique » (Carte, 1886) + Dossier p.26-27 : « L’Empire britannique, une économie-monde »- Le Royaume-Uni possède un vaste Empire colonial réparti sur tous les continents (un quart de la superficie terrestre et 450 millions d’habitants en 1914, soit 20% de l’humanité). Grâce au Commonwealth, cet empire offre aux Britanniques des partenaires économiques de toute première importance : entre 1850 et 1910, les colonies représentent le quart des importations et le tiers des exportations britanniques.

b. La première puissance commerciale

Berceau de la première révolution industrielle, zélateur du libre-échange[48], le Royaume-Uni concentre en 1860 53% de la production mondiale de fer et 25% des exportations alors qu’il ne représente que 2% de la population mondiale[49] ; les industries de la première révolution industrielle (charbon, fer, coton) en font la première puissance industrielle mondiale.

Le Royaume-Uni dispose pour relier ses colonies et les autres territoires de la première marine marchande du monde (60% du trafic mondial), et de ports situés sur les principaux axes maritimes (Alexandrie à proximité du Canal de Suez percé en 1869, Le Cap, Bombay…) : il fait figure de « thalassocratie ». La Merchant navy est tout particulièrement présente dans l'Atlantique du nord[50] et sur les routes d'Extrême-Orient[51], tandis que la Lloyd’s règne sur le marché de l’assurance maritime. Seule la marine marchande américaine peut prétendre la concurrencer[52].

c. La première puissance financière

Londres, capitale mondiale sans rivale, incarnation de l’âge industriel[53], est la capitale financière internationale (Cf. la City) : en 1913, près de la moitié des capitaux investis dans le monde sont britanniques. La livre sterling est la monnaie internationale de référence : en 1913, la moitié des transactions internationales s’effectuent en livre sterling, indexé sur l’or[54] -Étalon-or : vocabulaire p.24.

2. Le décrochage de l'économie britannique à partir des années 1870

a. Grande dépression, érosion de l’avance technologique

La « Grande Dépression » des années 1873-1896 ébranle la suprématie britannique. Les Britanniques ont perdu le monopole de l'innovation : la deuxième révolution industrielle est largement impulsée par des innovations américaines ou allemandes. Fin XIXème siècle, la domination commerciale du Royaume-Uni est de plus en plus contestée par les États-Unis et l’Allemagne.

b. Déclin relatif de la puissance maritime

La période est marquée par une profonde transformation du trafic maritime mondial. Les voiliers cèdent la place aux vapeurs[55]. La Merchant Navy garde son premier rang mondial[56], tout en régressant de 60% du trafic à la moitié.

La marine marchande allemande, soutenue par des subventions publiques, passe de 2 millions de tonnes en 1895 à 6 en 1914. Pour relever ce défi économique, mais aussi politique et potentiellement militaire, le gouvernement britannique subventionne en 1903 la construction par la Cunard du Lusitania[57], à cette date le plus grand paquebot du monde.

B. L’économie-monde étatsunienne

Les travaux d’Angus Maddison[58] ont récemment montré la forte croissance du PIB et la position singulière des États-Unis tout au long du XXème siècle. En effet, l’essor de la puissance étatsunienne, sensible dès la fin du XIXème siècle, s’accentue après la Première Guerre mondiale du fait du déclin des puissances européennes[59], et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, avec l’accession au rang de superpuissance dans le contexte spécifique de la guerre froide.

L’économie-monde étatsunienne est, conformément à la définition braudélienne, constituée d’un centre dominant (les États-Unis), de périphéries plus ou moins intégrées (ses alliés), face au monde communiste.

1. Les fondements de l’économie-monde américaine

a. Des hommes, des territoires

Les États-Unis bénéficient d’un dynamisme démographique permanent : 25 millions d’habitants en 1850, 100 millions en 1915, 200 en 1960, 300 en 2006.

L’achèvement de la conquête d’un territoire immense permet sa mise en valeur, l’exploitation de vastes ressources agricoles, minières et énergétiques. Fin XIXème siècle, l’essor industriel, favorisé par l’unification d’un vaste marché intérieur, est spectaculaire. Ce sont les États-Unis qui, à l'origine d'innovations majeures[60], impulsent avec l’Allemagne la deuxième révolution industrielle. Cette capacité d'innovation permet aux États-Unis de jouer un rôle pionnier dans les industries de pointe comme la construction automobile.

Dès 1913, ils deviennent la première puissance économique mondiale.

b. Un « modèle »

L’esprit pionnier[61], la foi dans la libre entreprise et la réussite individuelle déterminent un contexte propice à l’innovation, y compris dans les modes et techniques de production (Cf. fordisme). Dès l’entre-deux-guerres, le mode de vie étatsunien[62] exerce une attraction et une fascination à l’échelle mondiale : il est appelé à une diffusion planétaire après la Seconde Guerre mondiale.

2. Après la Seconde Guerre mondiale : affirmation de la superpuissance étatsunienne

Dossier p.28-29 : « Les États-Unis, superpuissance d’une économie-monde »

a. Puissance financière

Au lendemain du conflit, les États-Unis sont les premiers créanciers du monde[63], et les grandes conférences économiques consacrent leur domination financière sur l’économie-monde :

  • Les accords de Bretton Woods (juillet 1944), font du dollar la monnaie de référence du système monétaire international, seule monnaie convertible-or[64] jusqu’en 1971. Au FMI[65], fondé à la même occasion, les États-Unis détiennent à eux seuls une part déterminante des suffrages.
  • La bourse de Wall Street à New York (NYSE[66]) prend l’ascendant sur Londres.
  • Fondé en 1947, le GATT[67] (qui devient l’OMC[68] en 1995) a pour objectif de favoriser la libéralisation et le développement du commerce international.

b. Une puissance militaire et diplomatique au service de l’hégémonie économique

Pendant la Guerre froide (1947-1989), la puissance militaire et diplomatique est mise au service de l'hégémonie économique. En 1948, le plan Marshall finance la reconstruction en Europe occidentale et permet aux entreprises américaines de s’y implanter, d’y diffuser les produits américains, le mode de vie et de consommation ainsi que les « valeurs du modèle », qui s’opposent à celles de l’Union soviétique. En 1950, 51% des produits manufacturés de la planète sont produits par les États-Unis et encore 44% en 1960. Dès l’après-guerre, Les FMN (ou FTN[69]) étatsuniennes connaissent un essor spectaculaire et partent à la conquête des marchés mondiaux –Doc.2 p.25 : « Coca-Cola, symbole de la puissance américaine ».

La course aux armements dans le contexte de la guerre froide stimule les innovations technologiques et renforce (encore !) le complexe militaro-industriel : nucléaire, conquête spatiale, informatique –Une véritable révolution informatique naît dans les années 1970 en Californie, au cœur de la Silicon Valley, le premier technopôle de l'histoire.

Dans les années 1980, les États-Unis représentent 20% de la production mondiale des biens et des services pour 5% de la population mondiale : si l’avance s’est naturellement réduite depuis 1945, le leadership étatsunien demeure incontestable.

3. Au cœur de l’économie-monde, une ville globale : New-York

Après Londres, c’est New York qui s’affirme comme la ville mondiale par excellence. Une ville mondiale (ou ville globale[70]) est une ville qui exerce des fonctions stratégiques à l'échelle mondiale, un centre qui organise des flux et s'inscrit dans des réseaux, un pôle de commandement dans la mondialisation. Au cœur de la mégalopole nord-américaine, New York fait figure de centre d’impulsion de l’économie-monde et de pôle de diffusion du modèle de société de consommation.

La verticalisation de l’architecture urbaine est une des traductions spatiales les plus spectaculaires de ces mutations. Les centres-villes des métropoles étatsuniennes (à commencer par New York) se couvrent de gratte-ciel (skyscraper) et prennent progressivement leur physionomie actuelle (CBD : Central Business District) : Cf. le Chrysler Building, symbolique de la puissance américaine et emblématique des mutations économiques et architecturales contemporaines).

B. L’économie-Monde multipolaire

Dossier p.30-31 : « Un monde multipolaire au début du XXIème siècle »

À la fin du XXème siècle, la fin de la guerre froide (1989-1991) semble couronner le « siècle américain » (et une mondialisation synonyme d’américanisation ?)… Mais la réalité est plus complexe, car c’est précisément le moment où un processus amorcé dans les années 1970 achève de dessiner un monde multipolaire, caractérisé par l’émergence de nouveaux acteurs, à la fois partenaires et concurrents des États-Unis.

1. Une nouvelle phase de la mondialisation

Le processus de mondialisation est entré dans une phase nouvelle, marquée par une circulation accélérée des marchandises, des capitaux et des informations :

  • Sous l’effet du recul des barrières douanières, des progrès dans les transports (conteneurisation, réduction des coûts…), les flux de biens et de services ont pris une ampleur inédite ;
  • Idem pour les flux financiers : le flux annuel des IDE[71] passe ainsi de 25 milliards de dollars (années 1970) à 200 milliards (1990), puis 1 700 (2009).

La révolution à l'œuvre dans les technologies de l'information (internet –Carte 1 p.30 : « Équipement numérique et flux Internet », téléphonie mobile, etc.) joue un rôle déterminant dans ces évolutions. Cette phase nouvelle de la mondialisation se caractérise également par une interdépendance accrue entre les différentes composantes de l’économie-monde. Initiée par les pays du Nord dès le XIXème siècle, remodelée en permanence par les FTN en fonction de stratégies planétaires, la nouvelle DIT[72] et la « nouvelle économie » sont au cœur du processus de mondialisation.

2. Permanences : la puissance économique des États-Unis et de la Triade perdure

a. États-Unis

Les États-Unis demeurent une puissance économique majeure au début du XXIème siècle. Le PIB américain occupe toujours le premier rang mondial, ainsi que les FTN étatsuniennes. Le dollar reste la monnaie de référence pour les échanges internationaux, et un instrument de l’hégémonie financière des États-Unis. L’organisation de l’espace économique des États-Unis s’adapte à la nouvelle donne mondiale : Cf. reconversion de la « manufacturing belt », essor de la « Sunbelt », évolution des espaces agricoles[73]

Cependant, les États-Unis ne sont plus que le troisième exportateur mondial de marchandises. Le déficit commercial et la dette publique américaine ont atteint un niveau alarmant, dans un contexte de crise financière persistant depuis 2007.

b. Triade

L'Union européenne et le Japon restent des pôles de puissance et de prospérité[74], mais semblent en perte de vitesse : pays vieillissants (en 2010, 22,6% de la population japonaise est âgée de plus de 65 ans), leur capacité d'innovation semble par ailleurs s'émousser face à la concurrence des États-Unis[75] ou même de certains pays émergents.

La crise mondiale (crise bancaire dans un premier temps, crise de la dette par la suite) qui a débuté en 2007 les a durement frappés.

3. Mutations : l’émergence de nouvelles puissances

Doc.3 p.31 : « Une nouvelle compétition mondiale »- Si les pays du Nord, en particulier les trois pôles qui constituent la Triade, continuent aujourd'hui de jouer les premiers rôles, de nouvelles puissances industrielles et commerciales émergent. Un monde multipolaire se dessine en effet au début du XXIème siècle.

Doc.5 p.31 : Les atouts des nouvelles puissances »- Après l’émergence des NPIA[76] dans les années 1960-1970, c’est autour des BRIC (Chine[77], Inde, Brésil, Russie) de bénéficier d’une forte croissance depuis le début du XXIème siècle et de bousculer la hiérarchie des puissances –Doc.4 p.31 : « Le G20 ». Leur poids économique ne cesse de croître : leur PIB cumulé représentait 23,8% du total mondial en 2009. Des firmes originaires des BRIC investissent non seulement dans les pays du Sud, mais aussi dans les pôles de la Triade –du reste, le premier créancier des États-Unis n’est autre que… la Chine ! Ces pays émergents apparaissent comme les nouveaux moteurs de l’économie mondiale.

De nouvelles villes globales ont émergé aux côtés de New York, Londres et Tokyo et constituent autant de centres d’impulsion de la mondialisation : Hong Kong, Singapour, Shanghaï, Sidney, Bombay, Seoul, Kuala Lumpur…

Mais de nombreux pays restent mal intégrés au processus de mondialisation. C'est le cas des pays en retard de développement (Cf. les PMA[78], particulièrement nombreux en Afrique subsaharienne), des pays en proie à une instabilité politique chronique (Haïti) ou des dictatures (Corée du Nord). C'est aussi le cas des pays ou des régions qui se trouvent éloignés des littoraux ou des grandes métropoles (Chine intérieure, etc.).

 


[1] À la fin du XVIIème siècle, les inventaires après décès indiquent que la majorité de la population ne possédait presque rien, quelques vêtements et du linge usagés, des meubles rudimentaires, une marmite, des écuelles en bois, un pot pour faire bouillir la soupe. Dans les ménages populaires de la fin du XVIIIème siècle en Grande-Bretagne, les inventaires révèlent désormais un ensemble de meubles, des vêtements diversifiés, en bon état, souvent à la mode, qui impose des couleurs et des motifs différents chaque année. Ils mentionnent aussi des rideaux, indispensables pour garantir du froid, des miroirs, de la vaisselle, une théière, des tasses, parfois quelques couverts en argent, une montre ou une pendule.

[2] Cf. fin XVIIIème siècle, le fabricant de faïences et de porcelaines Wedgwood envoyait des catalogues de ses produits et les vendait par correspondance. Il avait compris qu'il fallait s’appuyer sur le désir d'imitation des classes supérieures par les classes moyennes, en offrant à ces dernières à des prix moins élevés, des produits de série qui ressemblaient aux objets d’art que possédaient les riches.

[3] Les indiennes aux couleurs chatoyantes, importées d'Asie, lancèrent la mode exotique : « Pour la première fois dans l'histoire européenne, le goût des consommateurs était presque uniforme [...]. Un tel marché homogène, sans précédent par sa taille, sa richesse, son extension, a stimulé la naissance d'organisations de production et de commercialisation à une échelle très grande » (S.D. Chapman, S. Chassagne).

[4] Dû à l’accroissement et plus large commercialisation de la production agricole, dans un contexte d’augmentation des prix.

[5] Celles-ci continuent bien sûr à progresser mais comme auparavant, à petits pas : par exemple, des difficultés techniques ont été résolues, comme le pompage de l'eau dans les mines de charbon en Angleterre, où l'accroissement de la production contraint à exploiter toujours plus profond…

[6]Les paysans travaillaient à domicile pour des entrepreneurs qui leur apportaient la matière première et revenaient chercher le produit fini en payant la façon. Ce type de travail rural, déjà mis en œuvre auparavant par les marchands, l’est désormais à une échelle inédite, et parfois dans le cadre d'une organisation complexe de la production, dite proto-industrie, pour vendre sur des marchés internationaux. Il domine non seulement dans le textile, mais aussi dans d'autres secteurs comme la petite métallurgie ou l’horlogerie. La main-d’œuvre rurale n'ayant qu'une qualification limitée, son travail était souvent imbriqué dans une division du travail où les tâches très qualifiées restaient réalisées dans des ateliers urbains par des ouvriers qualifiés.

[7] Il s’agit d’un mécanisme de renvoi automatique de la navette. L'objectif était de faciliter le tissage de pièces dont la largeur dépassait celle des bras du tisserand.

[8] Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Water_frame.

[9] Le coke est un combustible obtenu par distillation de la houille dans un four à l'abri de l'air. Ces fours sont regroupés en batteries dans une usine appelée cokerie.

[10] L'innovation est une solution technique trouvée pour résoudre un problème économique. Par exemple, la fonte au coke, dont la première coulée date de 1709, ne se généralise dans la sidérurgie britannique qu’après 1780 et sur le continent européen qu’au milieu du XIXème siècle.

[11] Ainsi dans le textile, les progrès du tissage firent que les capacités de filage devinrent insuffisantes.

[12] De la machine à filer le coton, on passa à celle à filer la laine ou le lin. De l’impression du coton avec un cylindre qui reproduit des motifs identiques, on passa à l’impression du papier peint, puis à l’impression des journaux.

[13] L’industrie britannique s’est développée de manière déséquilibrée avec une hypertrophie de certains secteurs : coton, sidérurgie, construction mécanique, construction navale et houille sont des secteurs moteurs, qui tirent l’ensemble de la croissance industrielle.

[14] En dehors de l’industrie écossaise, l’ensemble de l’industrie cotonnière est concentré dans le Lancashire, le travail du métal l’est largement dans les Midlands, l’industrie lainière dans le Yorkshire, la construction navale à Glasgow. Cette concentration spatiale est un facteur de hausse de la productivité : les transports sont réduits, des gisements de main-d’œuvre qualifiée sont disponibles et les coûts infrastructurels sont partagés.

[15] NB : plutôt que des signes d’archaïsme, ces particularités étaient des adaptations rationnelles à un environnement économique différent de celui de l’Angleterre. Là où le charbon était cher, le moulin à eau était un moteur plus économique que la machine à vapeur.

[16] Dans les pays germaniques, la fragmentation politique a favorisé des politiques de développement industriel dans de nombreux États si bien qu’à côté des deux royaumes à forte activité industrielle, la Prusse avec ses deux parties disjointes et la Saxe, d’autres foyers d’industrialisation coexistent comme le textile en Souabe, la construction mécanique en Souabe et en Bavière. En France, à côté de grandes régions d’industrie cotonnière comme l’Alsace, le Nord de la France ou la Normandie, il existe de nombreuses filatures et de nombreux tissages disséminés dans nombre de départements.

[17] Dans tous les pays du continent (sauf la Belgique), on ne peut définir de leading sectors : de nombreuses industries se sont développées de manière relativement synchrone. Par ailleurs, l’organisation proto-industrielle y a survécu longtemps, si bien que les campagnes restent au milieu du XIXème siècle, très peuplées. Les problèmes d’insalubrité urbaine, de chômage chronique et de misère ont donc été plus limités. Et lorsque la proto-industrie a vraiment régressé sur le continent européen, l’industrialisation, concernant des secteurs plus larges et entraînant le tertiaire, était désormais plus capable de soutenir l’emploi.

[18] La Grande Dépression de 1873 (1873-1896) est une crise économique mondiale de grande ampleur qui marqua la fin du XIXème siècle. S'étendant sur 23 ans, elle démarre par un épisode brutal, la crise bancaire de mai 1873. Toutefois, le terme est impropre : il s'agissait plutôt d'un ralentissement économique ou d'une stagnation économique, et non d'une dépression, car le PNB a continué à croître sur la période.

[19] Cf. invention du frein à patins par un ouvrier des usines Michelin.

[20] Cf. en France École des Mines, École centrale, Écoles des Arts et Métiers, puis École de Physique et de Chimie de Paris, École supérieure d’électricité ; Cf. aux États-Unis, création du MIT en 1865.

[21] Cf. le fameux laboratoire de recherche de la General Electric

[22] « Ni les premières voitures ni les premiers aspirateurs n’étaient fiables » (F. Caron, Les deux révolutions industrielles du XXème siècle, 1997)

[23] Cf. « recherche captive »

[24] On mentionne souvent l’influence des travaux de FW Taylor (« fordisme-taylorisme »), mais il s’agirait plutôt d’une « convergence » que d’une « inspiration ».

[25] Les ménagères utilisaient des glacières alimentées en blocs de glace livrés à domicile.

[26] Il faudra néanmoins attendre 1908 et les premiers modèles Hoover (États-Unis) pour bénéficier d’outils fiables.

[27] Cf. exportations de Singer en Europe dès 1860, grâce à des méthodes de marketing et de SAV innovantes.

[28] Cf. Edison et l’ampoule à incandescence.

[29] Cf. The Nation : « le marché automobile est sans limite. » (1909).

[30] De Laval, Rateau, Parsons.

[31] …ainsi que dans la production d’électricité.

[32] Cargos aux traversées irrégulières.

[33] La presse quotidienne rencontre un vif succès. En 1912, en France, on compte 73 titres de quotidiens à Paris (tirage : 5 millions d’exemplaires / jour) et 242 titres en province.

[34] Pathé et Gaumont en France, Hollywood aux États-Unis.

[35] En 1914, 500000 km de câbles sous-marins, essentiellement sous contrôle britannique.

[36] Brevets de Bell et de Gray (1876)

[37] Première machine à écrire Remington commercialisée en 1874 ; première calculatrice à clavier D.E. Felt en 1887, première caisse enregistreuse électrique Kettering en 1894.

[38] Ces technologies intègrent les techniques de diffusion et de reproduction des images et des sons, et tout le vaste domaine du traitement de l’information, de la mécanographie à l’informatique.

[39] Chute de la productivité dans les pays de l’OCDE : la production par personne progresse de 4,6% de 1960 à 1973, puis de 1,6% de 1973 à 1979.

[40] Pays de l’OCDE : 1947-1973, 10 millions de chômeurs ; 1994, 35 millions.

[41] Chaînes d’innovations dans trois domaines (matériaux, biotechnologies, technologies de l’information), qui se sont insinuées dans tous les secteurs de l’économie et de la société.

[42] « Paradoxe de Solow » : productivité ralentie dans un contexte de changement technique accéléré, qui s’explique par les difficultés éprouvées pour adopter les nouvelles techniques : le chômage n’est pas dû aux progrès, mais aux difficultés d’adaptation des systèmes économiques et sociaux.

[43] L. Carroué, D. Collet, C. Ruiz, La mondialisation, 2006.

[44] J. Levy, L’invention du Monde, 2008

[45] La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, par Fernand Braudel, 1949.

[46] Rule Britannia est un chant patriotique britannique, issu du poème écrit par James Thomson et mis en musique par Thomas Arne en 1740. Il célèbre la puissance impériale du Royaume-Uni : « Rule, Britannia! Britannia, rule the waves / Britons never, never, never shall be slaves »)

[47] La reine Victoria est née le 24 mai 1819 et décédée le 22 janvier 1901. Son règne (1837-1901), qui dura plus de 63 ans, fut marqué par une impressionnante expansion de l’Empire britannique, devenu la première puissance mondiale, et par la révolution industrielle, période de grand changement social, économique et technologique. Ce règne fut ainsi appelé «  ère victorienne », époque de splendeur mais aussi de sévérité dans les mœurs et de tensions sociales.

[48] Le Royaume-Uni opte très tôt pour le libre-échange avec ses colonies comme avec les autres nations. Cf. 1843, abolition des droits sur les produits finis et semi-finis ; 1846 : lois sur le blé ; 1860, traité Cobden-Chevalier, qui abolit les taxes douanières sur les matières premières et la majorité des produits alimentaires entre la France et le Royaume-Uni. Ces accords sont soit négociés, soit imposés par la force (Cf. installation de concessions à Shanghai en 1842). Toutefois la Grande Dépression de 1873-1896 entraîne un retour vers des politiques plus protectionnistes.

[49] Cf. « l’atelier du monde » dans les années 1850-1860 : la sidérurgie britannique produit plus de fonte et d’acier que tout le reste du monde réuni ; la production de coton filé dépasse la production cumulée des États-Unis, de France et de l’Allemagne.

[50] 40 millions d'Européens émigrent au XIXème siècle et la marine marchande anglaise est la mieux placée pour leur faire passer l'Atlantique et charger au retour le coton ou les céréales américaines

[51] L'autre axe majeur relie le Royaume-Uni à l'Asie via le cap de Bonne-Espérance. À l'aller, les voiliers emportent des produits manufacturés et des passagers pour l'Inde, où ils chargent de l'opium qu'ils échangent contre du thé chinois.

[52] Dès 1838, une compétition officieuse s'est ouverte entre les vapeurs anglais et américains pour la traversée de l'Atlantique la plus rapide. Cette course, dite du « Ruban bleu », est remportée par les Américains entre 1850 et 1855 couvrant le trajet Liverpool-New York en moins de dix jours.

[53] Londres : 1 million d’habitants en 1815, 6,5 millions en 1901.

[54] Système de « l’étalon-or »

[55] Les navires à vapeur représentent la moitié de la flotte mondiale en 1890, et 65% en 1900.

[56] Tonnage : 7,7 millions de tonnes en 1889, 12 millions de tonnes en 1913.

[57] Lancé en 1906, le Lusitania reprend le "Ruban bleu" aux Allemands. http://fr.wikipedia.org/wiki/Lusitania

[58] Angus Maddison, L’économie mondiale : une perspective millénaire, 2001

[59] « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » (P. Valéry, 1924)

[60] Cf. Thomas Edison, qui met au point l'ampoule électrique (à partir de 1879) ; Cf. Henry Ford qui adopte le travail à la chaîne dans ses usines de Détroit (1913).

[61] Cf. « mythe de la Frontière »

[62] American way of life : société de consommation, d’idéal de vie fondé sur la mobilité, la propriété de la maison individuelle, le niveau de vie élevé (reflet de l’élévation du pouvoir d’achat et de la production de masse : cf. équipement des ménages en électroménager, audiovisuel, etc.).

[63] Les États-Unis détiennent alors 60% des réserves d’or de la planète.

[64] 35 dollars = 1 once d’or (31,1 grammes)

[65] FMI : Fonds monétaire international.

[66] NYSE : New York Stock Exchange.

[67] GATT : General Accord on Trade and Taxes (accord général sur le commerce et les droits de douane).

[68] Organisation mondiale du commerce.

[69] FMN : firme multinationale ; FTN : firme transnationale.

[70] Saskia Sassen, The Global city : New York, London, Tokyo, 1991.

[71] IDE : investissements directs à l'étranger.

[72] DIT : division internationale du travail.

[73] Les États-Unis sont aussi la première puissance agricole du monde.

[74] Le PIB total de l'Union européenne est équivalent à celui des États-Unis et six des dix premiers exportateurs de marchandises à l'échelle mondiale sont des membres de l'UE.

[75] L'Union européenne ne consacre que 1,8% de son PIB à la R&D contre 2,8% pour les États-Unis.

[76] NPIA : nouveaux pays industriels d’Asie, c’est-à-dire Singapour, Taiwan, Corée du Sud –et Hong Kong jusqu’à sa rétrocession à la Chine en 1997.

[77] Suite aux réformes économiques (« Quatre modernisations ») lancées par Deng Xiaoping, la Chine s'ouvre au monde en 1979 et bénéficie d'une croissance très rapide (+10 % par an en moyenne de 1990 à 2004) : elle est devenue le premier exportateur mondial de marchandises en 2009 et son PIB a atteint le deuxième rang mondial en 2010. Sa monnaie délibérément sous-évaluée et ses réserves de change lui donnent également un rôle clé dans le système financier mondial.

[78] PMA : pays les moins avancés.