1ES/L - Thème 1 / Croissance économique, mondialisation et mutation des sociétés depuis le milieu du XIXème siècle - Question 2 / Mutations des sociétés

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Plan

I. LA POPULATION ACTIVE, REFLET DES BOULEVERSEMENTS ECONOMIQUES ET SOCIAUX : L'EXEMPLE DE LA FRANCE DEPUIS LES ANNEES 1850

 A. Affirmation d’une société industrielle de 1850 aux années 1970

  1. Catégories, hiérarchie et mobilité sociales : de profondes transformations (1850-1939)

   a. La dynamique bourgeoise

   b. L’évolution des classes populaires

  2. Les Trente Glorieuses et la société de masse (1945-1973)

   a. Les transformations sociales dans les pays industrialisés

   b. La consommation de masse

   c. Contestations

 B. Apparition d’une société postindustrielle depuis le milieu des années 1970

  1. La redistribution de l'emploi

  2. La « flexibilité du travail » et ses conséquences

II. L'IMMIGRATION ET LA SOCIETE FRANCAISE AU XXEME SIECLE

 A. L’immigration jusqu’à la Seconde Guerre mondiale

  1. Fin XIXème–début XXème siècle : de la migration de voisinage à la migration de masse

  2. Entre-deux-guerres : la première grande vague de peuplement

   a. Entre besoin de main-d’œuvre et accueil de réfugiés

   b. Questions autour de l’assimilation

   c. L’idéologie nationale contre les étrangers

   d. La Seconde Guerre mondiale

 B. L’immigration des "Trente-glorieuses"

  1. Une nouvelle vague de migration

  2. L’immigré, nouvelle figure sociale

  3. Les Algériens et la construction négative de « l’immigré »

 C. Depuis le milieu des années 1970

  1. Où l’histoire semble bégayer

  2. À la recherche de la France

  3. La « forteresse Europe » face aux nouvelles migrations

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Manuel p.34 à 53

Introduction

Présentation p.34-35- La période de 1850 à nos jours est d’abord marquée par le processus de transformation des sociétés rurales en sociétés industrielles. Cette transformation, liée à la conjugaison de la croissance économique et de la mondialisation, atteint son apogée au temps des « trente glorieuses », avant une remise en cause et une affirmation des sociétés postindustrielles.

Pour étudier la question, le champ d’analyse sera limité à la France, société représentative des mutations des sociétés occidentales, sous deux angles particuliers : l’évolution de la population active et l’immigration.

I. La population active, reflet des bouleversements économiques et sociaux : l’exemple de la France depuis les années 1850

Comment la population active française évolue-t-elle depuis 1850 ?

A. Affirmation d’une société industrielle de 1850 aux années 1970

La société industrielle s’affirme dans toutes ses implications : croissance de la population active[1], développement du salariat[2], croissance et diversification de l’emploi industriel, élévation du niveau moyen de formation, apparition du phénomène du chômage, exode rural et « fin des paysans », évolution du mouvement social, affirmation tardive de l’État providence…

1. Catégories, hiérarchie et mobilité sociales : de profondes transformations (1850-1939)

Doc.2 p.37 : « Population et activités des Français »

  • Recul de la paysannerie, essor du monde ouvrier, croissance du secteur tertiaire :
  • Avec 9,3 millions de travailleurs, la France atteint en 1850 le maximum du nombre d'actifs agricoles de son histoire. Après cette date, la paysannerie recule : 6,4 millions d'actifs en 1931, 5,5 en 1950, 4 dans les années 1960.
  • Entre 1850 et 1960, l'industrialisation provoque l'essor rapide de l'emploi industriel : 4 millions d’ouvriers en 1850, 7 millions dans les années 1960.
  • Le nombre d'actifs dans le secteur tertiaire passe de 3 millions de personnes en 1850 à 8,5 millions dans les années 1960. C'est un secteur en réalité très diversifié et en pleine recomposition : domestiques[3], bourgeois (professions libérales, grands commerçants, banquiers, assureurs…), commerçants, employés et cadres[4]...

a. La dynamique bourgeoise

Bourgeoisie : vocabulaire p.36- La dynamique profonde, sur la longue durée, est bourgeoise. Désormais la bourgeoisie, qui réclamait avant les révolutions « les carrières ouvertes au talent », triomphe. Les hommes nouveaux affichent une véritable conscience de classe et leur position dominante dans la société se vérifie dans les stratégies d'alliance qu'ils mettent en œuvre[5]. La société est bousculée par ces hommes neufs, ne devant presque rien à leur naissance et animés par une féroce confiance en eux. La dynamique bourgeoise contient en fait sa morale : la bourgeoisie magnifie la valeur du travail, et écarte ceux qui sont aux marges (les chômeurs, les faibles, ceux qui ne produisent pas d'argent et qui ne savent pas épargner). Le schéma est simple : accumuler, de là une certaine frugalité dans le mode de vie bourgeois à l'opposé de celui de l'aristocratie, réinvestir systématiquement ses avoirs, préserver le patrimoine, l'agrandir par les mariages.

La fraction la plus riche de cette bourgeoisie, la « haute banque », constitue une catégorie proche des plus hautes sphères du pouvoir[6]. Une fraction intellectuelle (avocats, universitaires…), exerce le pouvoir politique et domine les institutions représentatives. Une autre, moins cultivée mais plus aventureuse, dirige les manufactures.

Pendant longtemps, la bourgeoisie moderne, née du capitalisme manufacturier ou négociant, n'occupe pas la première place dans la hiérarchie sociale. Le groupe dominant est alors celui des notables (la "classe moyenne" selon F. Guizot[7]). Fortement ancrés dans leur région, ils tirent généralement leur puissance de la propriété foncière, et sont les relais entre la société locale et l'État. Ils tiennent les municipalités, les chambres de commerce et représentent le peuple, écarté des droits politiques[8]. Il faut attendre longtemps pour voir des « parvenus » à la tête de la société[9] : il y a, à l'origine, de solides familles du négoce qui peuvent trouver du crédit -la richesse ancienne sert de tremplin pour des dynamiques nouvelles !

b. L’évolution des classes populaires

Paysannerie, des évolutions contrastées

La paysannerie française, qui constitue les deux tiers de la population au milieu du XIXème, débarrassée du système féodal, a su élargir son accès à la propriété foncière. Mais les plus pauvres, qui vivaient souvent des droits communautaires sur une partie du sol, sont désormais fragilisés face aux aléas du marché.

Du milieu du XIXème siècle à 1939, la population française augmente peu et s'urbanise[10] -Doc.5 p.37 : « L’essor urbain en Europe ». Pour une population rurale confrontée à une sur-occupation du sol, deux possibilités s'offrent : jusqu’aux années 1880 au moins, le recours à un travail annexe (travail à domicile dans un cadre proto-industriel) ; l'autre solution est de partir : saisonniers agricoles, maçons creusois qui partent à pied à la belle saison et se font embaucher en place-de-Grève à Paris, etc. ; certains, sans projet de retour, cherchent à s'intégrer à la ville[11], et leurs projets sont facilités lorsque ces migrations sont organisées, préparées par des réseaux de travailleurs déjà installés. De fait, ce ne sont pas toujours les plus pauvres qui partent mais souvent les artisans de village, les fils de cultivateurs, etc.[12].

Artisans, ouvriers professionnels et nouveau prolétariat

Le nombre d'ouvriers en France passe de 3,5 à plus de 6,5 millions entre 1860 et 1939, mais le monde ouvrier présente une grande diversité. La situation est souvent difficile pour un artisanat traditionnel, largement réduit à la misère par la révolution cotonnière[13]. D’où une résistance parfois acharnée face à la société nouvelle[14] ; mais si le modèle social de la mobilité et de la réussite fonctionne jusqu'à imprégner tous les comportements sociaux, c'est qu'il ne se limite pas à la bourgeoisie : il concerne aussi les classes populaires. Le XIXème siècle est celui de la multiplication des petits producteurs indépendants, artisans et boutiquiers issus des classes populaires. Cette dynamique, qui agit au moins jusqu'à la crise des années 1880, est toutefois complexe car l'ascension sociale est inégale et fragile et la voie reste étroite : à Paris, le cinquième seulement des artisans est issu du milieu ouvrier. La menace du déclassement est constante et d'autant plus forte que les origines sociales de l'artisan ou du boutiquier sont modestes. On distingue donc deux trajectoires dans un même mouvement de promotion sociale des « petits ». Une fraction d'entre eux, liée au destin de la boutique, est engluée dans les contraintes du métier. Dans une autre fraction, plus aisée, on peut voir se constituer, en une ou deux générations, de petites fortunes qui se propulsent vraiment dans les rangs de la bourgeoisie.

La seule composante de la société à ne disposer d'aucun point d'appui pour défendre ses intérêts est la fraction la plus neuve, le prolétariat des manufactures. Les manufactures ont mobilisé une main-d’œuvre qui n'a que ses bras à louer, aux frontières de l'indigence. Le travail aux pièces qui fixe la rémunération selon le rendement se généralise, pour une main-d’œuvre qui a été progressivement soumise à la discipline de l'usine[15]. Au XIXème siècle, si la famille ouvrière parvient à survivre dans les périodes de prospérité, elle est très vulnérable aux aléas de la conjoncture, d'autant que le licenciement ne rencontre aucun obstacle. Une maladie, le simple déclin des forces avec l'âge, entraînent la chute du revenu, le basculement dans l'indigence qui cumule les ravages de l'alcoolisme, de la prostitution, les suicides… Le prolétariat d'usine est longtemps constitué de travailleurs totalement privés du rêve d'ascension sociale qui anime les ouvriers de métiers, les artisans et les boutiquiers des villes et des villages.

À la différence des autres composantes du corps social, ce nouveau prolétariat n'a pendant longtemps aucune "conscience de classe" au sens marxiste du terme. L'idée socialiste d'un changement global de la société s'enracine d’abord chez les travailleurs d'ancien type.

Cependant, malgré sa diversité, le monde ouvrier développe progressivement une culture commune et acquiert la conscience de former un groupe social. Ce sentiment est alimenté par les luttes sociales inspirées par l'idéologie marxiste –vocabulaire p.37. La défense des intérêts des ouvriers et des salariés est assurée par des syndicats, autorisés à partir de 1884. Des victoires comme le droit de grève (1864) ou la loi des 8 heures de travail en 1919 -doc.4 p.37 : « La fête du 1er mai »- cimentent la conscience de classe.

2. Les Trente Glorieuses et la société de masse (1945-1973)

Paragraphe A p.39 : « Les Trente Glorieuses », Sujet Bac p.58-59

a. Les transformations sociales dans les pays industrialisés

Emploi et classes sociales

On assiste à :

  • une élévation générale des qualifications professionnelles ;
  • la substitution du salariat au petit patronat indépendant ;
  • doc.1 p.38 : « Les transformations de la société française »- un glissement massif de l'emploi du secteur primaire vers les secteurs secondaire et surtout tertiaire.
La modernisation de l’agriculture et la « fin des paysans »[16]

Le passage du paysan traditionnel à l'agriculteur chef d’entreprise, représente sans doute le bouleversement social le plus profond des trente glorieuses. Les exploitations agricoles ont connu un mouvement de concentration[17] et une profonde mutation technique : mécanisation, utilisation des engrais et pesticides, recours à la génétique, intégration à la filière agro-industrielle. Les rendements se sont intensifiés[18], les productions ont fortement augmenté. Mais l'endettement paysan s'alourdit alors que les revenus restent aléatoires et souvent insuffisants.

H. Mendras, dans La fin des paysans, décrit un exode rural qui frappe d’abord les paysans incapables de relever le défi de la modernisation[19] et suscite des millions de déracinements vécus silencieusement. De fait, les valeurs de la civilisation rurale sont en voie d'extinction : la sociabilité villageoise n'a pas résisté à l'exode rural, et l'uniformisation des modes de vie et de pensée a détruit un système de valeurs fondé sur la communauté familiale, l'attachement à la terre, un rythme de vie scandé par le travail et les fêtes religieuses.

Les mutations de l’industrie et de la condition ouvrière

La croissance exige un nombre accru d'ouvriers malgré les gains de productivité : la production de masse nécessite le travail à la chaîne d’une main-d’œuvre nombreuse. Le travail manuel reste dévalorisé par rapport aux tâches de conception et de gestion, et par la faiblesse des salaires ouvriers. Le sentiment d'exclusion est fort, et il alimente une forte conscience d'appartenance sociale, animant des solidarités autour des centrales syndicales et des partis de gauche. La fierté des luttes menées en commun et la défense des acquis sociaux soudent la classe ouvrière.

Des mutations interviennent néanmoins :

  • augmentation des qualifications professionnelles : par opposition aux ouvriers spécialisés (OS) menacés par l'automatisation, les ouvriers professionnels (OP) qualifiés, plus qualifiés et mieux payés, se fondent insensiblement dans les classes moyennes ;
  • augmentation du pouvoir d'achat des ménages ouvriers, qui se dotent progressivement des biens représentatifs de la société de consommation[20].
Des classes moyennes salariées nombreuses et hétérogènes

En expansion depuis le début du siècle, les classes moyennes se transforment après la guerre du fait de la généralisation du salariat, du développement de la masse hétérogène des « cols blancs », diplômés et exerçant des fonctions plus intellectuelles que manuelles. Cette masse socioprofessionnelle qui représente plus de la moitié des actifs dans tous les pays industrialisés ne saurait évidemment se confondre avec la bourgeoisie, qui en constitue pourtant le modèle de référence.

L'élargissement de ces groupes sociaux instruits et attachés aux pratiques démocratiques est sans doute le résultat le plus spectaculaire de la croissance dans les pays développés, et le gage le plus sûr de stabilité sociale et politique : attachés à une consommation assimilée au progrès, persuadés des possibilités d'ascension sociale de génération en génération, les membres des classes moyennes sont le principal support de la civilisation de masse que gèrent les démocraties modernes.

b. La consommation de masse

L'adoption de l'american way of life

Une fois la reconstruction achevée et les besoins essentiels de nouveau satisfaits, la grande consommation inspirée de l'American Way of Life s'impose comme un moteur de la croissance économique. En garantissant les principaux risques sociaux, l'État-Providence rend l'épargne moins vitale, et la généralisation du crédit stimule la consommation. La publicité –Dossier p.42-43 : « La publicité, miroir des sociétés », les « grandes surfaces » et la vente par correspondance contribuent à l’accroissement de la demande.

Dès le milieu des années 1950, le caractère symbolique et onirique de la consommation est renforcé : il ne s'agit plus seulement de rendre la vie quotidienne plus facile mais aussi d'affirmer son appartenance à un groupe social, selon les mécanismes de la « distinction sociale »[21].

La redistribution des dépenses familiales

Si la décennie 1945-1955 est celle de la reconstruction et de l’effort, « les fruits de la croissance conquérante sont encore, dans la vie quotidienne, des fruits verts »[22] ; on assiste au milieu des années 1950 à un changement des comportements sociaux : une civilisation de relative pénurie « où la frugalité et la prévoyance, bref le report de la satisfaction, étaient des vertus cardinales »[23] fait place à des valeurs et des comportements hédonistes, à une « course au bonheur »[24]. La répartition des dépenses des ménages évolue : baisse des dépenses alimentaires[25] et vestimentaires, émergence d'autres postes de dépenses, tels l’achat du logement, du mobilier et des appareils électroménagers de l’automobile (années 1950), puis les services liés à la santé, la culture et les loisirs (années 1960).

c. Contestations

La croissance n’a toutefois pas éliminé la pauvreté, qui frappe d’abord les plus fragiles : immigrés, minorités raciales, personnes handicapées ou isolées, chômeurs.

Naguère encensée, la société de consommation est l’objet de critiques virulentes[26]. Un certain rejet du taylorisme se diffuse. Cette remise en question du travail comme fondement de la vie sociale rejoint la contestation des genres de vie et des modes de production des sociétés industrielles parmi les jeunes dans les années 60 pour culminer dans la révolte de 1968.

À la fin des années 1960, dans les grands pays industrialisés, les opinions publiques s’interrogent sur le prix de la croissance. Celle-ci est accusée de gaspiller les richesses naturelles et d'aliéner la liberté des hommes en les livrant à un travail absurde débouchant sur des consommations toujours plus vaines[27] -doc.2 p.39 : « Dans les pays industrialisés, une même critique de la société de consommation ». Ainsi, avant même d'être interrompue par le premier choc pétrolier, l'expansion a été mise en question de l'intérieur, y compris par ses plus fervents zélateurs.

B. Apparition d’une société postindustrielle depuis le milieu des années 1970

La société « postindustrielle » [28] se caractérise par la prédominance de l’emploi tertiaire, le déclin de l’emploi industriel, l’accroissement du niveau de qualification et le développement de la précarité dans un contexte d’élévation globale du niveau de vie.

Cette évolution est liée aux difficultés et aux choix économiques de la France dans le cadre nouveau de la mondialisation, et pose des questions sociales comme l’intégration des jeunes sur le marché du travail ou l’évolution socio-économique des vieilles régions industrielles.

1. La redistribution de l'emploi

Doc.1 p.38 : « Les transformations de la société française »- La création de nouveaux emplois a été importante dans les industries de pointe, et plus encore dans les activités tertiaires. En revanche, les restructurations industrielles ont entraîné la destruction de nombreux postes de travail dans les branches anciennes d'activité (« désindustrialisation »), et les emplois agricoles ont poursuivi leur reflux.

Mais les créations d’emploi n'ont plus équilibré les pertes de l'agriculture et de l'industrie. D’où un chômage chronique, autour de 10% des actifs. Atteignant préférentiellement les régions et les activités déclassées, le chômage tend aussi à isoler certains groupes sociaux : travailleurs faiblement qualifiés, femmes, jeunes… et à dessiner un clivage entre activités professionnelles « protégées » et précaires[29], provoque l'exclusion et grossit les rangs des « SDF ».

2. La « flexibilité du travail » et ses conséquences

Parallèlement à l'extension du sous-emploi, la crise a favorisé la flexibilité et la précarité, essentiellement par la multiplication des emplois de services peu qualifiés et mal rémunérés[30]. Cette évolution conditionne une pression négative sur les salaires. Le salariat perd sa double signification de garantie d'un niveau de vie décent et d'accès à un système de protection sociale : salariat peut désormais se conjuguer avec pauvreté.

Depuis 1945, l'amélioration de la condition sociale des citoyens s'était imposée comme un objectif politique prioritaire dans les démocraties libérales. Or, les politiques de Welfare State inaugurées après la guerre sont en cours de redéfinition : la réforme radicale des systèmes de protection sociale est devenue un sujet essentiel de débat dans les PDEM –document 3 p.39 : « L’État-providence en temps de crise ». Même les classes moyennes traversent aujourd’hui une crise de confiance, et le fonctionnement politique et social de notre démocratie en est affecté[31].

II. L’immigration et la société française au XXème siècle

Quelle est la place des immigrés dans une société française en mutation ?

Cartes p.46-47 : « origines et installation des immigrés en France » + doc.4 p.45 : « Les immigrés dans la population nationale »

A. L’immigration jusqu’à la Seconde Guerre mondiale

Le temps des grandes révolutions de l’industrie et des transports est aussi celui des grandes migrations. C’est à ce moment que des masses d’Européens ont afflué vers les Empires et vers le Nouveau Monde. C’est aussi à ce moment que la France devient un pays d’immigration. Le premier recensement (1851) dénombre 400 000 étrangers. En 1891, le cap du million est franchi. On ne descendra plus au-dessous.

1. Fin XIXème–début XXème siècle : de la migration de voisinage à la migration de masse

Paragraphe A p.44 : « Une immigration frontalière (1851-1914)- Les migrations de voisinage, héritées de l’époque moderne, dominent au début du XXème siècle : Les Belges sont surreprésentés dans le Nord[32], les Espagnols dans les campagnes du Sud-ouest, les Italiens dans celles du Sud-est. La Belle Époque[33] voit l’avènement des migrations de masse : à la place du Français attaché à sa terre et boudant l’usine, l’immigré sera l’ouvrier de la seconde industrialisation. Sous-payé, sans qualification, doté de sa seule force de travail, il est l’archétype du prolétaire, marginalisé tout comme les ouvriers français dans une société à dominante rurale[34].

Le recensement de 1911 dénombre 1 160 000 étrangers en France, dont plus du tiers d’Italiens et près d’un quart de Belges. À la faveur des conditions économiques de la Belle Époque, la croissance de la classe ouvrière accompagne l’enracinement des familles étrangères et leur attachement à la France, à sa modernité et à sa République, unique en Europe, considérée comme un modèle de démocratie[35].

2. Entre-deux-guerres : la première grande vague de peuplement

Paragraphe B p.44 : « Une immigration européenne »- De la guerre à la crise des années 1930, le nombre d’étrangers double, atteignant près de trois millions en 1931 (7% de la population totale, soit à peu près la proportion des immigrés aujourd’hui : 7,4%). Derrière cet énorme afflux, se joue l’histoire de la première intégration de masse en France entre désordre des entrées, violence des rejets et épilogue apaisé après la Seconde Guerre mondiale.

a. Entre besoin de main-d’œuvre et accueil de réfugiés

En 1914-1918, l’appel à la main-d’œuvre étrangère avait fait de l’immigration une affaire d’État, d’où la signature d’accords avec des pays fournisseurs. Après la guerre, les besoins sont encore accrus : régions vitales détruites, déficit de main-d’œuvre dû aux pertes humaines... D’où l’émergence de sociétés de recrutement, comme la Société générale d’immigration (SGI)[36].

Dans le même temps, guerres et révolutions ont fait de la question des réfugiés un problème de masse[37].

b. Questions autour de l’assimilation

Venue des États-Unis, une question commence à inquiéter : ces étrangers sont-ils assimilables[38] ? Poussés en outre par l’inquiétude du déclin démographique, les autorités montrent leur confiance dans les vertus assimilatrices de la France en 1927 en établissant à trois ans la présence minimum en France pour demander la naturalisation, qui atteste de la confiance de la classe politique.

c. L’idéologie nationale contre les étrangers

Avec la crise économique mondiale, qui atteint la France en 1931 les étrangers sont dénoncés comme responsables du chômage. Une loi limite leur présence dans la plupart des branches économiques (1932), puis une grande vague de refoulements, conduit à de nombreux départs[39].

La crise est aussi politique : les menaces de guerre aggravent le repli et la méfiance. Les étrangers d’abord, les juifs ensuite, jouent le rôle de boucs émissaires dans une société inquiète où les slogans de l’extrême droite sont repris par beaucoup : « la France aux Français », etc. Présentée par l’extrême droite comme le « dépotoir du monde », la France prend des mesures d’exception[40].

d. La Seconde Guerre mondiale

À la déclaration de guerre, nombre de réfugiés et de militants de la liberté choisissent de se battre du côté français[41]. Les étrangers furent nombreux à s’engager dans la Résistance[42]. Pour beaucoup, se mêlaient des convictions antifascistes et la volonté de se faire accepter comme Français. Ces étrangers jouèrent un rôle remarqué dans les combats de la Libération[43].

B. L’immigration des « Trente-glorieuses »

Après la guerre, les trois grands groupes sont les Italiens, les Polonais et les Espagnols, qui marquent de leur présence la vie sociale et culturelle[44]. La conjoncture est favorable à l’assimilation : les jeunes d’origine étrangère trouvent leur place dans la société, presque toujours en mobilité sociale ascendante par rapport à leurs parents, car ils tirent parti du prolongement de la durée d’études et leurs trajectoires ressemblent à celles des Français des mêmes quartiers qui, pour la plupart, viennent de milieux modestes. Du reste, les intermariages se multiplient.

De 1945 à 1975, le pays connaît une croissance économique à peu près continue et une modernisation exceptionnelle. Le déficit de main-d’œuvre devenant criant, on assiste au deuxième grand afflux immigré de l’histoire. 1,7 million en 1954, les étrangers sont en France 3,4 millions en 1975.

Les nouveaux venus connaîtront-ils les mêmes trajectoires que les immigrés de la première vague ?

1. Une nouvelle vague de migration

Les migrations en provenance d’Europe du Sud dominent jusqu’en 1975[45]. Ensuite, arrivent massivement des immigrés algériens, suivis des Marocains et Tunisiens (les Maghrébins passent de 2,3% du total en 1946 à 38,7% en 1975) : l’immigration s’est ouverte à une population qui passe de la colonisation à l’indépendance.

L’État met un soin particulier à organiser cette nouvelle phase d’immigration. En 1944 est créé l’Office national d’immigration (ONI, aujourd’hui OMI, Office des migrations internationales), chargé du recrutement et des contrats[46]. Mais les très grands flux échappent à l’ONI. En effet, les musulmans d’Algérie n’ont pas à passer par l’ONI : citoyens français depuis 1947, puis après 1962 les accords d’Évian maintiennent ce privilège, étendu à tous les ressortissants de l’ancien Empire (Maliens, Sénégalais…). La demande en main-d’œuvre se fait si pressante que les recruteurs d’entreprises vont « se servir » sur place, qu’on accueille les immigrés qui ont quitté en fraude le Portugal de Salazar[47], etc. En 1968, l’ONI ne sert plus à recruter, mais à régulariser (80% des cas).

2. L’immigré, nouvelle figure sociale

Comme dans les années 1920, les Français se trouvent souvent en contact avec des étrangers, au travail ou dans les quartiers vétustes où ils sont encore nombreux à attendre un logement neuf en HLM. Pourtant, la mise à distance est beaucoup plus forte qu’autrefois car la division du travail s’est accentuée[48], ainsi que la ségrégation du logement[49].

Toutefois, dans la France où s’installe le confort de masse, une politique sociale spécifique à l’égard des immigrés apparaît : une Direction population et migrations (DPM) est créée en 1966 au sein du ministère du Travail.

3. Les Algériens et la construction négative de « l’immigré »

L’immigration algérienne a été favorisée au début des Trente glorieuses, mais les autorités sont rapidement confrontées à une gestion conjointe de l’immigration et de la décolonisation : à partir de 1954, les Français musulmans d’Algérie (FMA) sont une population sous contrôle, qui se heurte à la violence de la répression policière, laquelle culmine dans le drame du 17 octobre 1961 –doc.3 p.49 : « 17 octobre 1961 : la répression contre les Algériens de Paris »). Le retour des rapatriés d’Algérie (deux millions de personnes !) –doc.2 p.48 : « S’intégrer dans les années 1960 » (Benjamin Stora), allait constituer un facteur aggravant des tensions dans leurs régions d’installation, principalement le midi et la région parisienne.

Or, alors que le pouvoir compte sur un retour massif vers l’Algérie, on assiste dès 1962 à une reprise puissante de l’immigration –doc.1 p.48 : « Des flux qui s’accélèrent après les indépendances », jusqu’en septembre 1973, où le gouvernement algérien annonce la suspension de l’émigration. En 1974, c’est toute l’immigration en France qui est suspendue. Dès cette époque, l’immigré a pris les traits du « Nordaf ».

C. Depuis le milieu des années 1970

La crise sonne le glas d’une histoire industrielle commencée au XIXème siècle.

1. Où l’histoire semble bégayer

Le chômage lamine peu à peu la société ouvrière. Les immigrés sont évidemment les plus touchés. Ils sont en outre regardés comme les premiers responsables et le pays déboussolé s’engage dans une nouvelle poussée xénophobe. Ce scénario rappelle celui des années 1930.

On a d’abord pensé renvoyer ces travailleurs « temporaires » : aide au retour volontaire, plan Stoléru prévoyant le retour de 500 000 immigrés (1978). Il fallut en réalité accepter de nouveaux courants migratoires[50] : À l’évidence, les immigrés allaient rester et prendre toute leur place dans la population hexagonale.

Les manifestations de xénophobie prirent des formes nouvelles. Sur le plan politique, le Front national, devient, à partir des élections européennes de 1984, un acteur important de la vie politique française, s’enracinant notamment dans le milieu ouvrier où il tend à prendre la première place, jadis occupée par le Parti communiste. Tandis que des mesures législatives visant l’arrêt total de l’immigration[51] sont prises par les gouvernements successifs, les clandestins constituent un nouvel objet de fixation… et une législation contradictoire favorise la croissance d’un groupe de « sans-papiers » ni régularisables ni expulsables[52].

2. À la recherche de la France

Dossier p.48-49 : « L’immigration maghrébine en France »- L’immigration maghrébine est, là encore, au cœur du débat. « Seconde génération », « beur », les termes construisent une catégorie de jeunes collée à l’immigration et séparée du reste des Français.

Le terme anglo-saxon de « minorité » semble s’appliquer de plus en plus à ces catégories. Les statistiques partielles sont inquiétantes : les enquêtes successives confirment des taux de chômage plus élevés pour les jeunes d’origine maghrébine ou subsaharienne, un moindre accès des diplômés à des postes qualifiés, y compris dans la fonction publique, etc. Peut-on encore parler de « problèmes d’immigrés », alors que les générations en jeu sont aujourd’hui souvent celles des petits-enfants ? On conclut plutôt à une « ethnicisation » de la question sociale[53].

Il n’est pour autant pas sûr que la tentation multiculturelle soit aussi forte que cela : les réussites continuent de se faire sur le mode de l’intégration individuelle et confortent une certaine adhésion au modèle unitaire (porté par de nombreux Français d’origine maghrébine) –docs.4 : « Le sport, illusion ou facteur d’intégration » + 5 : « L’ascension sociale par le mérite » p.49. Du succès de la lutte contre les discriminations, encore embryonnaire, dépendra l’évolution de ces phénomènes.

3. La « forteresse Europe » face aux nouvelles migrations

Si les politiques d’intégration demeurent l’apanage des États, le destin de l’immigration en France ne peut plus se penser en dehors de l’Union européenne. L’espace Schengen, mis en place après la signature de l’Acte unique européen en 1985, implique la libre circulation de leurs ressortissants à l’intérieur des pays signataires et la nécessité d’un visa de trois mois pour les touristes venus d’ailleurs. Cette évolution a été très favorable aux migrants originaires des pays de l’Union devenus pleinement des concitoyens. Pour les autres semble s’être mise en place une « forteresse Europe ». Il s’agit surtout de résister à la pression du Sud, qui s’amplifie à travers les flambées de demandes d’asile.

Une chose semble acquise : c’en est fini de l’immigration zéro. L’Italie et l’Espagne ont les premières accepté cette idée, pour compenser le vieillissement accéléré de leur population. En France aussi, se profile l’idée de faire à nouveau une place officielle à la mobilité des hommes[54]. L’immigration est une histoire à suivre.

 


[1] Entre 1851 et 1911, la population active française passe de 16,6 à 20,1 millions de personnes ; entre 1911 et 1962, la population active se stabilise entre 19 et 20 millions de personnes.

[2] Le trait majeur des années 1850-1960 concerne la hausse du nombre de salariés, dans le secteur privé comme dans la fonction publique, au détriment des travailleurs indépendants (paysans, commerçants, professions libérales...).

[3] Au XXème siècle, effacement de la catégorie des domestiques, très importante au XIXème siècle.

[4] L'industrialisation et l'urbanisation de la société suscitent de nouveaux besoins. Les entreprises développent les bureaux (secrétariat, gestion financière...). Les banques, les sociétés d'assurances, les grands magasins (Le Bon Marché en 1852, Les Galeries Lafayette en 1894) se multiplient. Dans le même temps, l'État républicain voit son rôle croître (santé, éducation), ce qui engendre des besoins nouveaux en personnel de la fonction publique.

[5] La littérature illustre les chances nouvelles qui s'offrent aux capitalistes et arrivistes. Du Julien Sorel de Stendhal (Le Rouge et le Noir), au Rastignac de Balzac (La Comédie humaine) ou au Bel Ami (Georges Duroy) de Maupassant, la bourgeoisie fait de l'ascension sociale son parcours de vie emblématique.

[6] Par exemple les Rothschild, présents en Allemagne, en France comme en Angleterre.

[7] François Guizot (1787-1874), historien et homme politique français, plusieurs fois ministre de l’instruction publique sous la Monarchie de Juillet (1830-1848). Outre sa contribution aux premiers pas de la démocratisation de l’éducation, il est essentiellement connu pour ses écrits sur la « société de classes » et sur la « classe moyenne ».

[8] Cf. suffrage censitaire.

[9] Sous le Second Empire, la promotion de Schneider, un grand métallurgiste, à la présidence du Corps législatif, est considérée comme un changement significatif.

[10] Ce n'est qu'en 1931 que plus de Français vivent en ville que dans les campagnes, alors que le Royaume-Uni atteint ce seuil dès les années 1870, et l'Allemagne vers 1910.

[11] Plus des deux tiers des habitants de la grande ville sont nés à la campagne.

[12] Cf. les marchands de vin du Centre à Paris.

[13] Par exemple, les tisserands bretons enregistrent une chute terrible de leur revenu.

[14] Cf. le luddisme et ses avatars : ce conflit industriel violent a opposé en Angleterre, dans les années 1811-1812 des artisans (tondeurs et tricoteurs sur métiers à bras) aux manufacturiers qui favorisaient l'emploi de machines (métiers à tisser notamment) dans le travail de la laine et du coton. La lutte de ce mouvement clandestin, appelés luddistes, s'est caractérisée par le bris de machines.

[15] La fabrique est le plus souvent surmontée de sa cloche "pour l'appel des ouvriers" ; des règlements d'entreprise assortis d'amendes redoutées rythment le travail.

[16] H. Mendras, La fin des paysans, 1967

[17] Par remembrement.

[18] Les gains de productivité ont souvent dépassé ceux de l'industrie !

[19] journaliers sans terre remplacés par les machines, jeunes trop nombreux pour succéder à leurs parents, exploitants manquant de ressources foncières et financières...

[20] Voiture, réfrigérateur, lave-linge, TV, parfois même logement.

[21] Cf. Pierre Bourdieu, La Distinction : critique sociale du jugement, 1979

[22] Jean-François Sirinelli, Des « copains » aux « camarades » ? Les baby-boomers français dans les années 1960, in Revue historique 2003/2 (n° 626)

[23] Idem

[24] Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), La France d’un siècle à l’autre, 2002

[25] Le « panier de la ménagère », qui représentait la moitié du revenu des ménages en 1950, n’en représente plus que le tiers en 1960, le cinquième en 1980.

[26] Cf. critique par Pierre Kende dans un numéro spécial d’Esprit (1969) des « adeptes trop enthousiastes de quelques auteurs anglo-saxons plus ou moins bien compris », qui ont vulgarisé l’idée « d’une marche irrésistible vers le bien-être généralisé grâce aux révolutions industrielles provoquées par le capitalisme et qui ont porté la productivité du travail humain à un niveau sans précédent » : contestation, non de la réalité du progrès technico-économique, mais de « l’affirmation d’un rapport quasi automatique entre progrès et bien-être général ».

[27] Les spécialistes du MIT étudient les conséquences prévisibles de la poursuite de la croissance et les publient en 1971 sous le titre évocateur de « Limits of Growth ».

[28] En sociologie, deux figures sont associées à l'émergence du concept de société post-industrielle: l'Américain Daniel Bell (1967 puis 1973), et en France Alain Touraine (1969).

Daniel Bell définit cinq aspects de la société postindustrielle, sur la base d'une observation de la société américaine : 1/ naissance d'une économie de services (santé, enseignement, recherche, administration) ; 2/ changement de la répartition socioprofessionnelle, où priment techniciens, scientifiques et ingénieurs - activités impliquant un haut niveau de formation ; 3/ primauté du savoir théorique ; 4/ planification de la technologie ; 5/ une nouvelle technologie de l'intellect (complexité des grandes organisations, complexité de la théorie). En définitive, à la production de biens matériels, inhérente à la société industrielle, se substitue une société de l'information et du savoir.

Selon Alain Touraine, dans la société post-industrielle, la croissance ne dépend plus exclusivement de la seule accumulation du capital, mais de plus en plus de la connaissance. Ainsi, la production dépend de sphères élargies de la société : éducation, information, consommation... C'est l'ensemble de la vie sociale qui est mobilisée, comme condition de la croissance –Source : Serge Lellouche, Sciences Humaines, 2000

[29] Cf. Alfred Sauvy, la théorie du « déversement » et la notion de « sociétés duales » (A. Sauvy, La machine et le chômage, 1980)

[30] Le succès des sociétés d'intérim et le développement du CDD et du temps partiel subi sont autant d’indicateurs de ces tendances.

[31] Les « pics » d’abstentionnisme et des votes dits « contestataires » lors d’élections récentes témoignent de ces difficultés.

[32] Ils constituaient déjà plus de 50% des ouvriers de Roubaix en 1850.

[33] La « Belle Époque » est une période historique de progrès social, économique, technologique et politique en Europe, de la fin du XIXème siècle à 1914. L'expression est née après la Première Guerre mondiale pour évoquer la période antérieure à la Grande Guerre (1914-1918) et postérieure à la Grande dépression (1873-1896).

[34] Pourtant, la xénophobie se manifeste d’abord en milieu ouvrier, le plus exposé, le plus violent du fait de la dureté des métiers : batailles rangées contre les Belges dans le Nord, lynchages d’Italiens dans le Midi –doc.1 p.44 : « Le massacre d’Aigues-Mortes (1893) »

[35] Les nombreux engagements d’étrangers à la déclaration de la guerre, en attestent… ce qui n’empêchera pas l’internement des ressortissants des pays ennemis dans des camps.

[36] De 1921 à 1931, le nombre d’Italiens passe de 500000 à un million, celui des Polonais de 50000 à 500000. Dans les mines de fer, on finit par compter 71% d’étrangers, dans la cimenterie 50%. Boulogne-Billancourt est devenue une ville cosmopolite où Italiens, Espagnols, Russes, Arméniens, Nord-Africains et Chinois se croisent autour des chaînes des usines Renault.

[37] Cf. Arméniens rescapés du génocide (1915), Russes blancs fuyant la révolution et la guerre civile, Italiens fuyant à la fois les difficultés économiques et le fascisme… L’exode le plus massif fut celui des Espagnols : près de 500 000 personnes démunies entrent en France à la veille de la guerre.

[38] Cf. les enquêtes du géographe Georges Mauco auprès des entreprises pour classer la valeur des ouvriers selon la nationalité, ouvrant la voie à une lecture ethnique de la société.

[39] Cf. l’expulsion de familles de mineurs polonais par convois entiers.

[40] Cf. décrets-lois du gouvernement Daladier (1938) : restriction des libertés personnelles, camps d’internement pour les « étrangers indésirables », dans lesquels se retrouveront combattants réfugiés de la guerre d’Espagne, agitateurs fascistes, etc. Certains instruments de la politique de Vichy sont d’ores et déjà en place.

[41] Avec des bonheurs divers : on n’accepta dans l’armée régulière que des unités polonaise et russe, les autres furent éconduits ou intégrés à la Légion étrangère.

[42] « Travail allemand » (résistants germanophones en charge des renseignements), groupes de Francs-tireurs et partisans (FTP)

[43] Cf. l’entrée des Espagnols sur les chars de la division Leclerc à Paris en août 1944.

[44] En Lorraine, toute une génération de syndicalistes et d’élus municipaux donne une couleur italienne au militantisme communiste. Dans le Nord, les marchés diffusent les spécialités polonaises. Et les clubs de football, de cyclisme ou de basket sont pleins de jeunes espoirs polonais et italiens

[45] En 1975, 61% des étrangers en France sont européens.

[46] L’idée était celle d’une double garantie : garantie d’une immigration limitée aux stricts besoins nationaux en main-d’œuvre, garantie pour le travailleur recruté de bénéficier de conditions de travail identiques à celles des nationaux.

[47] António de Oliveira Salazar (1889-1970), chef de la dictature portugaise de 1932 à 1968.

[48] Ainsi dans le bâtiment, où les Français disparaissent peu à peu des postes de chantier ; ou à l’usine, où l’ouvrier spécialisé est immigré, alors qu’ouvriers qualifiés et contremaîtres sont français (souvent issus de l’immigration européenne) –doc.2 p.45 : « Une chaîne de montage aux usines Renault (1975) ».

[49] Foyers de travailleurs (Cf. 1956, fondation de la Société nationale de construction pour les travailleurs : Sonacotra), baraquements de chantier et bidonvilles expriment à la fois l’incapacité à maîtriser les flux d’immigrants et la conviction que l’immigration n’est qu’un phénomène provisoire.

[50] Apparition de nouveaux flux, en provenance d’Asie notamment, mais aussi, à partir de 1976, le regroupement familial.

[51] Cf. la formule « arrêter l’immigration pour réussir l’intégration ».

[52] Par exemple des étrangers présents en France illégalement depuis plusieurs années, mais parents d’enfants nés en France. Deux grandes vagues de régularisations, en 1982 et en 1998, tentent de remédier à la situation, non sans laisser de nombreux mécontents.

[53] Quant à la revendication islamique (Cf. 1989, première « affaire du foulard »), elle apparaît bien plus dans cette perspective comme une construction de la part d’un groupe qui prend des allures de minorité discriminée que comme une facette d’un « choc de civilisations ».

[54] Cf. notion d’« immigration choisie » : choisir des immigrés plus qualifiés et mieux accueillis, grâce à un « contrat d’intégration ».