1STMG - Thème 1 / La France en République (1880-1945)

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Plan

I. MOMENTS ET ACTES FONDATEURS (QUESTION OBLIGATOIRE)
 A. LA CONSTRUCTION DE LA DÉMOCRATIE
  1. Un régime parlementaire
  2. Les droits et libertés
  3. Les droits sociaux
 B. L’AFFIRMATION D’UNE CONSCIENCE NATIONALE UNITAIRE
  1. Adopter des références collectives
  2. L’affirmation d’une République laïque
  3. Appartenir à la même nation
 C. LA LUTTE CONTRE LES FORCES ADVERSES
  1. Virulence et violence de l’opposition
  2. Vichy
  3. La Libération : une refondation républicaine

II. ETUDE : LE VOTE DES FEMMES
 A. LES COMBATS FEMINISTES DE LA BELLE EPOQUE
  1. Une place nouvelle pour les femmes dans la société
  2. Lutter pour ses droits
  3. Contre le vote des femmes
  4. Bilan
 B. LA CONQUETE DU DROIT DE VOTE (1918-1945)
  1. La France en retard
  2. Le combat féministe
  3. Des avancées dans la conquête des droits
  4. Bilan

 

Manuel p.10-55

Introduction

Si le régime républicain fait aujourd’hui l’unanimité dans l’opinion française, il n’en a pas toujours été ainsi et il lui a fallu s’imposer en luttant pour défendre ses principes : souveraineté de la nation, démocratie, universalité des Droits de l’homme, laïcité.

Comment les valeurs fondatrices de la République ont-elles été acceptées par l'immense majorité des Français ? Comment les principes démocratiques se sont-ils progressivement étendus dans le cadre du régime républicain ?

I. Moments et actes fondateurs (question obligatoire)

Notions-clés :
Démocratie – Laïcité – Nation – Radicalisme – République parlementaire

Le combat pour la République oppose une France libérale républicaine et libérale à une France monarchique et conservatrice. Il se noue entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale, un véritable « moment républicain », pendant lequel la génération d’hommes politiques au pouvoir fait le choix d’incarner la République dans des lois, des réformes, des discours et des symboles -doc.1 p.12 (chronologie). L’enracinement de la République (1870-1914).

A. La construction de la démocratie

La IIIème République, proclamée le 4 septembre 1870 à la suite de la défaite de Napoléon III contre l’Allemagne (la défaite de Sedan entraîne la fin du Second Empire) est confrontée à deux défis de taille : 1/ durer, à la différence de la Ière République (1792-1799) et de la IIème République (1848-1852), rapidement balayées ; 2/ installer durablement la démocratie -Notion p.20- en France.

1. Un régime parlementaire

Ce n’est qu’en 1875, cinq ans après la proclamation de la République, que des lois constitutionnelles -Vocabulaire p.14- sont votées et ce n’est qu’à partir de 1876 que les républicains sont majoritaires au Parlement[1].

Les lois constitutionnelles instaurent la séparation des pouvoirs -doc.2 p.12 (organigramme). Les institutions de la IIIème République-.

  • Le Parlement, qui dispose du pouvoir législatif -Vocabulaire p.14, est constitué de l'Assemblée nationale et du Sénat : 1/ Les députés, élus au suffrage universel direct -Vocabulaire p.14, forment l'Assemblée nationale. 2/ Les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect -Vocabulaire p.14 par des grands électeurs réunissant les élus locaux (maires et conseillers généraux).
  • Le pouvoir exécutif est incarné au sommet de l’État par le président de la République, élu par les députés et les sénateurs. Mais l’acteur le plus important du pouvoir exécutif est le président du Conseil (c’est-à-dire le chef du gouvernement).

Responsable devant le Parlement, le Président du Conseil est choisi par les élus des partis qui détiennent la majorité au Parlement et qui peuvent aussi le destituer : les lois constitutionnelles instaurent donc aussi une République parlementaire -Notion p.14, qui donne la primauté au pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif -Vocabulaire p.14. Dans les années 1880 et 1890, cette majorité parlementaire est constituée par les républicains modérés (dits « opportunistes »). À leur droite, se trouvent les bonapartistes et les monarchistes ; à leur gauche, les républicains radicaux -Notion p.18. Radicalisme- et les socialistes -doc. 1 p.15 (graphique). L’Assemblée nationale en 1881.

2. Les droits et libertés

La construction de la démocratie est également confortée par des lois établissant les grandes libertés et favorisant la fondation de partis, de syndicats, d'associations (1880-1914).

Majoritaires au Parlement, les républicains s'inspirent des principes fondamentaux proclamés en 1789 par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : liberté, égalité des droits, propriété, sûreté -doc.2 p.15 (illustration). La diffusion des idéaux de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : une scène de joute oratoire à l'Assemblée nationale.

Entre 1881 et 1884, plusieurs lois sont adoptées -Repères p.14. Les grandes lois républicaines des années 1880- pour garantir les libertés fondamentales en France : liberté de réunion (1881), liberté de la presse (1881), autorisation des syndicats (1884). Tous les Français peuvent désormais exprimer leurs opinions et désigner leurs représentants à la tête de l’État au suffrage universel (masculin).

3. Les droits sociaux

La République est consolidée grâce à l'extension des droits sociaux, qui permettent de mieux intégrer les catégories sociales populaires dans une période d’industrialisation, de naissance de la classe ouvrière et des mouvements ouvriers contestataires, voire révolutionnaires.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, les républicains adoptent peu de lois sociales : jusqu’en 1906, on refuse l’existence même d’un ministère du Travail ; les premières retraites ouvrières et paysannes n’apparaissent qu’au début du XXème siècle, et la limitation de la journée de travail à huit heures n’est obtenue qu’en 1919, après de longues années de revendication.

En 1936, le gouvernement du Front populaire -Vocabulaire p.24, dirigé par Léon Blum -Biographie p.24, fait progresser les droits sociaux en adoptant des lois instaurant deux semaines de congés payés -doc.1 p.25 (photo). « Leur premier congé payé », la limitation de la semaine de travail à 40 heures, la mise en place des conventions collectives -Vocabulaire p.24.

À la Libération, en 1945, une nouvelle étape est franchie dans l’acquisition de droits sociaux étendus. En effet, pendant la guerre, le Conseil national de la Résistance est mis en place, réunissant des représentants de toutes les tendances politiques. Il adopte un programme de réformes politiques et sociales, qu’on désigne par l’expression « État providence », qui permet une prise en charge collective des retraites et des allocations pour les malades et les chômeurs. Pour gérer ces caisses, la Sécurité sociale -Vocabulaire p.24 est créée en 1945 -doc.3 p.25 (texte). Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) sur le plan social, 15 mars 1944.

B. L’affirmation d’une conscience nationale unitaire

1. Appartenir à la même nation

a. Une certaine idée de la nation : le sentiment national

Pour enraciner la République, les républicains s’appuient sur une certaine idée de la nation -Notion p.22. En effet, le XIXème siècle est le moment où se sont affrontées des conceptions opposées de la nation, entre théorie « ethnique » (dominante chez les théoriciens allemands) et « élective » (dominante chez les théoriciens français) de la nation.

Aujourd'hui, les historiens affirment que la nation est d'abord une construction mentale et que le XIXème siècle, en France comme en Europe et en Amérique, fut un moment essentiel dans cette construction (« nation-building »). Des « check-lists identitaires » (ancêtres fondateurs, héros, langue(s), monuments, lieux de mémoire, folklore, costumes, drapeau, etc.) ont alors été dressées[2].

b.   La nationalité : être ou devenir français

Avant la Révolution française, on considérait déjà comme Français les enfants nés sur le sol français, quels que soient leurs parents : c’est ce que l’on appelle le « droit du sol ». Cette tradition est conservée lorsque se met en place, au début du XIXème siècle, la définition moderne de la nationalité -Vocabulaire p.20.

En 1889, une loi -Repères p.20. La loi de 1889- donne automatiquement la nationalité française à tout étranger né sur le sol français et qui y réside jusqu'à sa majorité. Cette loi fixe les conditions modernes de l'accession à la nationalité en France -doc.1 p.21 (illustration). Devenir français.

c. Dans l’Empire, Français et indigènes

La colonisation -Vocabulaire p.20, dont les motivations sont économiques (matières premières et débouchés pour l’industrie française), géopolitiques (puissance et prestige de la France), est aussi justifiée au nom d'une « mission civilisatrice » -doc.3 p.21 (texte). Un débat à l'Assemblée nationale sur la politique coloniale, 1885.

Progressivement, la France se trouve à la tête du second plus vaste Empire colonial au monde. Dans ces territoires, les principes démocratiques ne sont pas appliqués : en effet, les Français des colonies[3] ont des droits politiques et sociaux supérieurs à ceux

des peuples conquis : sauf exception, les populations indigènes -Vocabulaire p.20. Indigène- ne sont pas considérées comme des citoyens français à part entière.

2. Adopter des références collectives

Les années 1880-1914 font triompher une conscience nationale unitaire qui passe par l'acquisition de références collectives.

a. Le rôle de l’école

Le souvenir de l’échec de la IIème République et d'un suffrage universel qui aurait, faute d'instruction jugent-ils, profité aux ennemis de la démocratie, les républicains engagent un programme d'émancipation qui passe d'abord par une profonde réforme scolaire. Jules Ferry -Biographie p.14. Jules Ferry (1832-1893)- n'a pas inventé l'école (le pays était déjà largement scolarisé et alphabétisé), mais il a fondé l'école républicaine, c'est-à-dire gratuite (1881), obligatoire et laïque (1882). Désormais, tous les enfants sont scolarisés jusqu'à l'âge de treize ans, quelles que soient leurs origines sociales. L'État salarie tous les instituteurs, construit de très nombreuses écoles et veille aux programmes d'enseignement -doc.3 p.15 (photo). Une mairie-école.

Pour les républicains, le suffrage universel implique que les citoyens soient capables de comprendre les enjeux politiques, donc instruits, pour voter en connaissance de cause. Par ailleurs, ils comptent sur l’école pour favoriser l’intégration de tous à la nation et à la République. La consolidation de la République passe donc par la politique scolaire.

b. Le rôle de l’armée

Les républicains se méfient de l'armée, notamment par crainte des coups d’État -Vocabulaire p.22. Ils souhaitent l’encadrer fermement (par exemple, les militaires n’ont pas le droit de vote -Cf. « la grande muette ») et la réformer -Repères p.22. Les grandes lois militaires de la République. C’est ainsi qu’ils instaurent un service militaire de deux ou trois ans pour tous les jeunes hommes du pays -Vocabulaire p.20. Conscription. Au sein de l'armée, se mélangent alors de jeunes Français issus de classes sociales et de régions différentes[4] : l’armée contribue ainsi au renforcement de la cohésion nationale et de l’attachement à la République.

Dans une France humiliée par la défaite de 1870, elle est aussi l’acteur principal du désir de revanche sur l’Allemagne. De fait, l’évolution souhaitée vers une armée pleinement républicaine est accomplie avec la Première Guerre mondiale, sous l’« Union sacrée », autour du gouvernement face à l'Allemagne. Pendant cette période, les principes démocratiques sont certes écornés : censure de la presse, absence d’élections pendant toute la guerre… Mais en 1918, la victoire est vécue, en France, comme une victoire de la République sur un régime autoritaire, incarnée par le « Père-la-Victoire », le républicain radical Georges Clemenceau -Biographie p.22. Georges Clémenceau (1841-1929) + doc.3 p.23 (texte). L'émotion du président du Conseil Georges Clemenceau, à l'annonce de l'Armistice, le 11 novembre 1918.

c. Le rôle des symboles

Très vite, les républicains imposent les symboles du nouveau régime. Ils réactivent la mémoire de la nation en armes de 1789 : au drapeau tricolore, conservé par Napoléon III, s'ajoutent désormais l'hymne national La Marseillaise (1879), la figure de Marianne (1872) et la fête nationale du 14 Juillet -doc 1 p.23 (illustration). Le catéchisme républicain. « Liberté, égalité, fraternité » devient la devise de la République (1880).

3. Affirmer le principe de laïcité

a. Les principes de la laïcité républicaine

Les républicains veulent garantir la liberté de conscience -Vocabulaire p.18, qui figure parmi les principes de la Déclaration des droits de l'homme. Pour cela, ils souhaitent que la République soit laïque -Vocabulaire p.18. Auparavant, en vertu du Concordat décidé par Napoléon en 1801, L’Église catholique et L’État français étaient liés et les prêtres[5] étaient salariés par L’État. Dans un pays majoritairement catholique, où L’Église a joué pendant des siècles un rôle majeur dans les affaires de L’État, instaurer la laïcité implique donc un combat contre l'Église catholique, soutien traditionnel de la monarchie, adversaire historique de la République -Vocabulaire p.18. Anticléricalisme.

Dès les années 1880, une première série de lois font progresser la laïcité : les prières publiques sont interdites au Parlement, les crucifix sont retirés des bâtiments publics, le divorce est autorisé... Surtout, l'école mise en place par Jules Ferry est gratuite et obligatoire, mais aussi laïque, c'est-à-dire que la religion n'y est pas enseignée et que les signes religieux y sont interdits -doc.1 p.19 (texte + illustration). La laïcisation des bâtiments publics au début des années 1880.

b. La politique radicale

En 1901, les républicains radicaux votent la loi autorisant les associations. Celle-ci permet notamment de créer les partis politiques modernes, à l'image du premier d'entre eux, le parti radical, fondé la même année.

Les radicaux, à la tête desquels se trouve Émile Combes -Biographie p.18. Émile Combes (1835-1921), mènent une politique résolument anticléricale. Ils s'opposent au pouvoir de l'Église catholique et le gouvernement interdit d'enseigner aux congrégations religieuses -doc.2 p.19 (texte + graphique). La laïcisation de l'enseignement primaire entre 1878 et 1907. Usé par de nombreuses polémiques relatives à la politique religieuse, le gouvernement Combes chute en 1902.

c. La séparation des Églises et de l'État (1905)

Après des débats passionnés, la loi de 1905 décide la séparation entre État et religions, garantit la liberté de pensée et de culte pour chaque citoyen, crée les conditions d'une pacification sociale -Repères p.18. La loi de séparation des Églises et de l’État. Désormais, la République française ne reconnaît ni ne salarie plus aucun culte, quel qu'il soit. La liberté de pratiquer sa religion, en revanche, est maintenue.

Une forte contestation s'ensuit, notamment à l'occasion des inventaires des biens des établissements de cultes -doc.3 p.19 (photo). Les inventaires à Sainte-Anne d'Auray en Bretagne, 1906. Les relations diplomatiques avec le Vatican sont rompues.

Mais, progressivement, sous l'influence notamment d'Aristide Briand -Biographie p.18. Aristide Briand (1862-1932), le calme revient. Progressivement, la conjugaison de la liberté religieuse et de la laïcité crée finalement les conditions d'une pacification de la question religieuse dans la société française.

C. La lutte contre les forces adverses

1. Virulence et violence de l’opposition

À partir de 1885, dans un contexte de difficultés économiques, s'ouvre une période d'opposition croissante au régime. L'antiparlementarisme des milieux nationalistes et monarchistes –Vocabulaire p.16 progresse, notamment lors de la crise boulangiste (1886-1889)[6] -Biographie p.17. Georges Boulanger + doc.1 p.17 (illustration). Une chanson boulangiste et antiparlementaire en 1888.

Par ailleurs, le péril révolutionnaire s’accroit avec l’essor des idées socialistes[7] -Vocabulaire p.16. Socialisme + Biographie p.16. Jean Jaurès et avec la multiplication des attentats anarchistes (1892-1894)[8] –doc.2 p.17 (illustration). Un attentat anarchiste à l'Assemblée nationale en 1892 + Vocabulaire p.16.

Mais c’est l’affaire Dreyfus (1898-1906)[9] qui constitue la crise la plus grave –Sujet d’étude p.28-35. L’affaire Dreyfus. Face aux forces antidreyfusardes, qui se caractérisent par leur nationalisme et leur antisémitisme –Vocabulaire p.16, la République paraît un temps menacée.

2. Vichy

Née de la défaite contre les Allemands en 1870, la IIIème République s’achève avec la défaite contre les Allemands en 1940.

a. La fin de la IIIème République

L'offensive allemande en mai 1940 provoque en quelques semaines la déroute des armées franco-anglaises. Dans la panique, des millions de Français se jettent sur les routes : c'est l'exode -doc.3 p.37. L’exode vu par un militaire français... Le 18 mai 1940, le maréchal Pétain, le « vainqueur de Verdun » en 1916, devient vice-président du Conseil, puis chef du gouvernement le 17 juin.

Repères p.38. De l’armistice à la fin de la IIIème République- Le maréchal Pétain est favorable à l'armistice -doc.6 p.38, La Une du journal Le Matin. Il le signe à Rethondes le 22 juin 1940. La moitié Nord de la France est alors occupée par l'armée allemande -doc.8 p.38. Le passage de la ligne de démarcation en 1940.

Le maréchal, âgé de 84 ans, se présente alors comme l'homme providentiel. Il convoque députés et sénateurs à Vichy, où s'est établi le gouvernement en zone non occupée. Dans un climat de désarroi et d'intimidation, la majorité d'entre eux[10] votent alors les pleins pouvoirs au maréchal Pétain -doc.7 p.38. Le vote des pleins pouvoirs…, chargé de « promulguer une nouvelle Constitution de l'État français ». C'est la fin de la IIIème République.

En quelques jours, plusieurs « actes constitutionnels » sont rédigés. Au maréchal Pétain, chef de l'État et chef du gouvernement, sont reconnus les pouvoirs exécutif et législatif, alors que les Assemblées sont suspendues.

En même temps que les principes démocratiques sont abolis, les libertés fondamentales d'expression, de la presse et d'association disparaissent.

b. La Révolution nationale

Avec la Révolution nationale, l'extrême droite nationaliste et cléricale hostile à la République triomphe. Elle impose une revanche idéologique contre ses adversaires, rendus responsables de la défaite : les hommes du Front populaire, les Juifs…

Le nouveau régime veut restaurer une France rurale, respectueuse des hiérarchies traditionnelles (l'armée et l'Église), où les valeurs d'autorité, d'obéissance et d'efforts remplacent les valeurs républicaines d'égalité, de liberté et de droits.

La devise de la Révolution nationale, qui se substitue à la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité », résume le programme de nouvel ordre économique et social. À l'exaltation du travail, en particulier celui de la terre[11], s’ajoute l'instauration du corporatisme[12] -doc.2 p.25 (illustration). Les symboles de l’État français (1940-1944).

La famille et l'image de la mère au foyer sont célébrées par le régime[13]. L'enseignement est réformé afin que l'école transmette les valeurs de l'État français, le respect des hiérarchies sociales, le catéchisme. Un culte de Pétain le « sauveur » est développé par une intense propagande. L'hymne « Maréchal, nous voilà », diffusée sur les ondes plusieurs fois par jour, remplace progressivement la Marseillaise.

Dès l'été 1940, les arrestations de personnalités politiques, surtout socialistes (Léon Blum ou le ministre du Front populaire Jean Zay) et communistes, se multiplient. Les réfugiés étrangers, notamment espagnols et juifs, sont enfermés dans des camps d'internement. Doc.13 p.40. Le statut des Juifs- En octobre 1940, une loi fixant le statut des Juifs est adoptée, en vertu de laquelle tous les Juifs doivent se faire recenser. Certains d’entre eux perdent leur nationalité française, et tous sont exclus de nombreuses professions et dignités[14]. En 1941, ils sont expropriés de leurs biens et le plus souvent réduits à la misère.

c. La collaboration

Alors qu’une partie des Français, de tous horizons politiques, fait le choix de la Résistance -doc.10 p.39. Rejoindre la France libre + doc.15 p.41 ; Refuser l’occupation, la collaboration d'État[15] est mise en œuvre par Vichy -doc.14 p.41, Le choix de la collaboration, dans l’espoir d’un allègement des conditions d'armistice, et dans la perspective d'une victoire totale de l'Allemagne, qui donnerait à la France pétainiste une place dans le nouvel ordre européen nazi.

Quand la zone « libre » est à son tour envahie en novembre 1942[16], la collaboration s’accentue, sous l’influence croissante de Pierre Laval : la milice traque les résistants pour les livrer à l'occupant, et c’est la police française qui opère les rafles pour les nazis[17] et qui surveille les camps d'internement d'où les détenus sont envoyés vers les camps de la mort.

3. La Libération : une refondation républicaine

a. Le rétablissement de la légalité républicaine

L’attachement des Français à la République sort renforcé des quatre années d’occupation, ainsi que leur unité autour des forces de la Résistance. À la tête du Gouvernement provisoire, le général de Gaulle fait annuler les lois de Vichy et s’efforce d’encadrer l’épuration. Des élections sont organisées en avril 1945 pour élire les nouvelles municipalités et, pour la première fois, les femmes y participent.

b. Un nouveau pacte républicain entre l’État et la nation

Dans ces conditions, la Libération est l’occasion d’une véritable refondation républicaine. La Résistance devient alors un vivier de femmes et d'hommes politiques souvent nouveaux, et de hauts fonctionnaires compétents et dévoués au service de l’État. Dans le fil du programme du CNR de 1944, de grandes réformes visent à établir une république démocratique et sociale, ce qui se traduira par une intervention accrue de l’État dans l’économie et par la mise en œuvre de l’État-providence[18].

II. Étude : le vote des femmes

Le droit de vote des femmes, tardivement accordé en 1944[19] et effectif pour la première fois en 1945, est le résultat d'une conquête. Il constitue un élément essentiel dans la refondation de la République après la Libération.

Comment les femmes ont-elles combattu pour obtenir le droit de vote ?

A. Les combats féministes de la Belle Époque

Repères p.44- Les combats féministes de la Belle Époque

1. Une place nouvelle pour les femmes dans la société

Document 1 p.44. Couverture de presse. « À quoi rêvent les jeunes filles ? »

a. Que veulent les jeunes filles selon le dessinateur ?

b. Comment ces aspirations sont-elles représentées ?

2. Lutter pour ses droits

Documents 3 à 5 p.44-45. Les revendications des femmes / L'action féministe des suffragettes / Une consultation électorale féministe sur le vote des femmes.

  1. Quels exemples de la condition inférieure des femmes sont exposés ?
  2. Que demandent les féministes ?
  3. Quels moyens d'actions les suffragettes utilisent-elles ?

3. Contre le vote des femmes

Document 2 p.44. Les opposants au vote des femmes au début du XXème siècle

  1. Pourquoi certains radicaux s'opposent-ils au vote des femmes ?
  2. Selon certains conservateurs, comment les femmes peuvent-elles exercer une influence politique ?

4. Bilan

À la fin du XIXème siècle, les femmes aspirent à avoir accès aux mêmes métiers et aux mêmes droits que les hommes. C'est ainsi que se constituent des organisations dénonçant l'infériorité légale des femmes et défendant les droits sociaux et politiques des femmes. Ces associations féministes veulent notamment faire accepter le vote des femmes et cherchent à faire entendre leur voix de différentes manières (journaux, action auprès des parlementaires, actions médiatiques, manifestations). Mais les opposants au vote des femmes sont nombreux, à droite comme à gauche.

B. La conquête du droit de vote (1918-1945)

Repères p.46- La conquête du droit de vote

1. La France en retard

Repères : Le vote des femmes en débat au Parlement + doc.6 p.45. La situation de la France pour le droit de vote des femmes en 1919.

  1. Qui est le personnage situé à droite de l’illustration ? Pourquoi est-il à l’écart ?
  2. Qui s'oppose au vote des femmes françaises dans l'entre-deux-guerres

2. Le combat féministe

Doc.7 p.46. Une question internationale + doc.8 p.46. Les nouvelles formes du combat féministe dans les années 1920.

  1. Pourquoi, selon Cécile Brunschvicg, les sociétés ont-elles à gagner au vote des femmes ?
  2. Quelles formes le combat féministe doit-il prendre selon Louise Weiss ?

3. Des avancées dans la conquête des droits

Doc.9 p.45. Le Front populaire et les femmes + doc.10 p.45. De Gaulle et le vote des femmes + doc.11 p.45. Le premier vote des femmes aux élections municipales d’avril 1945.

  1. Comment le Front populaire fait-il avancer la condition des femmes ?
  2. Pourquoi et comment la Seconde Guerre mondiale fait-elle évoluer les droits politiques des femmes ?

4. Bilan

Après la Première Guerre mondiale, le nombre de pays accordant le droit de vote aux femmes ne cesse de s'accroître. En France, malgré plusieurs propositions favorables de la Chambre des députés, le Sénat s'y oppose toujours. En 1936, le gouvernement de Front populaire nomme trois femmes aux postes de sous-secrétaires d'État. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes participent largement à la Résistance. L'article 17 de l'ordonnance du 21 avril 1944 accorde le droit de vote aux femmes après de longues discussions parlementaires. Elles votent pour la première fois aux élections municipales d'avril1945.


[1] Il faudra attendre 1879 pour voir élu le premier président de la République… républicain (Jules Grévy).

[2] NB : le terme d'« identité nationale » a été créé au XIXème siècle.

[3] En majorité des militaires, des fonctionnaires et des commerçants, mais il existe également des colonies de peuplement -Vocabulaire p.20- comme l’Algérie -doc.2 p.21 (affiche). Une affiche pour la célébration du centenaire de l'Algérie française, 1930.

[4] NB. En 1870, plus de la moitié des Français parle encore un dialecte régional.

[5] …mais aussi les rabbins et les pasteurs, car trois religions étaient reconnues : le catholicisme, le protestantisme, la religion juive.

[6] Le général Boulanger, ministre de la Guerre, se rend très populaire par son patriotisme vis-à-vis de l'Allemagne qui a annexé l'Alsace-Lorraine en 1871. Nationaliste -Vocabulaire p.16, il défie le régime et propose d'instaurer un régime autoritaire. Mis en accusation, il se suicide en 1891. Mais il a fait naître des formes de violences politiques antiparlementaires promises à un long avenir.

[7] NB : le mouvement socialiste est alors partagé ente révolutionnaires (conduits par Jules Guesde) et réformistes (conduits par Jean Jaurès).

[8] En 1894, le président de la République, Sadi Carnot, est assassiné à Lyon.

[9] En 1894, Alfred Dreyfus, un officier de confession juive, est condamné pour espionnage au profit de l'Allemagne. II est dégradé et déporté au bagne en Guyane. En 1898, l'affaire éclate quand le véritable coupable est démasqué mais aussitôt acquitté par un conseil de guerre qui ne veut pas reconnaître l'erreur de l'armée. Émile Zola, dans son article « J'accuse », dénonce l'injustice commise au nom de la raison d'État. Les affrontements sont passionnés ; les dreyfusards –intellectuels, républicains, socialistes– défendent Dreyfus au nom des droits de l'Homme et des libertés ; les antidreyfusards accablent « le traître Dreyfus » au nom d'un nationalisme antiparlementaire et d'un antisémitisme exacerbés. Au-delà, ce que les antidreyfusards expriment, c’est un rejet de la République et de ses valeurs. Cette agitation provoque un réflexe militant de « défense républicaine » qui rassemble les républicains et les socialistes contre la menace de la droite nationaliste et des cléricaux. Dreyfus est définitivement innocenté et réhabilité en 1906. L’affaire Dreyfus constitue un moment privilégié du processus d’enracinement de la culture politique républicaine. L’intérêt de l’Affaire réside également dans l’émergence de nouveaux acteurs politiques et de nouvelles formes de mobilisation.

[10] 569 sur 649 présents. Seuls 80 députés, presque tous de gauche, osent voter contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

[11] Cf. « La terre ne ment pas » (Pétain)

[12] Interdiction des grèves et des syndicats.

[13] Cf. inscription de la fête des mères au calendrier, dans le cadre d’une politique nataliste.

[14] Ils n'ont plus le droit d'être membre d'une assemblée élue.

[15] La collaboration est officialisée par l'entrevue de Montoire le 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler.

[16] Juste après le débarquement allié en Afrique du Nord.

[17] …comme celle du Vél’ d'Hiv le 16 juillet 1942 à Paris où plus de 13 000 Juifs sont arrêtés puis déportés.

[18] Création de la Sécurité sociale en avril 1945

[19] Le suffrage universel masculin est quant à lui établi depuis 1848.