TES/L - Thème 2 / Opinions et idéologies en Europe de la fin du XIXème siècle à nos jours - Question 1 / Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Plan

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I. NAISSANCE ET AFFIRMATION DU SOCIALISME ET DU SYNDICALISME EN ALLEMAGNE (1875-1919)
 A. L'ESSOR DU SOCIALISME ET DU MOUVEMENT OUVRIER
 B. REFORMISTES ET REVOLUTIONNAIRES : LE DEBAT

II. 1919-1945 : DE LA DIVISION A L'EFFACEMENT
 A. REFORMISTES ET REVOLUTIONNAIRES : LA RUPTURE
 B. FACE AU NAZISME

III. DE 1945 A NOS JOURS : DE LA GUERRE FROIDE A LA MONDIALISATION ACTUELLE
 A. RFA et RDA
  1. En RFA
  2. En RDA
 B. ALLEMAGNE REUNIFIEE

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 Manuel p.84-117

Photographies 1, 2 p.84-85, Entre socialisme révolutionnaire… et socialisme réformiste + chronologie p.85 + notions-clés p.86.

Cette question invite à aborder l’histoire du mouvement ouvrier selon deux dimensions majeures : l’idéologie socialiste et l’action ouvrière portée par les syndicats et les partis qui s’en réclament. Elle met en lumière :

  • le rôle des socialismes dans la formation d’une classe ouvrière consciente d’elle-même et dans son action syndicale et politique en Europe ;
  • la manière dont les socialistes ont abordé les problématiques de l’action révolutionnaire et de la participation au pouvoir ;
  • l’impact des grandes crises du XXème siècle et des changements de société sur le socialisme et le mouvement ouvrier.

Le programme opte pour une approche centrée sur l'Allemagne. En effet, l'étude du socialisme, du communisme et du syndicalisme en Allemagne depuis 1875 montre comment ce courant politique s’est structuré et de quelle manière il a été confronté à l’évolution des réalités. L’Allemagne apparaît comme un pays emblématique des questions qui se posent à tous les socialistes européens : affrontement entre réformistes et révolutionnaires, confrontation à des contextes successifs différents[1] - chronologie p.86 + cartes 1, 2 et 3 p.87.

Comment évoluent le socialisme et le mouvement ouvrier allemand depuis 1875 ?

I. Naissance et affirmation du socialisme et du syndicalisme en Allemagne (1875-1919)

Cours p.92-93, La construction du socialisme allemand de 1875 à 1919

A. L’essor du socialisme et du mouvement ouvrier

Étude p.88-89, La naissance du socialisme allemand- L’Europe qui s’industrialise voit naître l’idéologie socialiste, appelée à jouer un rôle majeur dans les luttes ouvrières. En effet, l’industrialisation favorise le développement de la population ouvrière. Dans de nombreux pays, la question sociale se pose alors de manière aiguë : salaires, durée du travail, travail des enfants, conditions de vie… L’aspiration à une société plus juste s’incarne dans une idéologie socialiste transformée par la pensée marxiste. Dès les années 1870, des syndicats liés au SPD se constituent.

Karl Marx (1818-1883 –Biographie p.88) et Friedrich Engels (1820-1895) s'affirment comme les maîtres à penser du socialisme européen. Avec Le Manifeste du parti communiste (1848), ils prônent la révolution prolétarienne pour renverser l'ordre économique et social bourgeois.

Doc.1 p.88, Le programme de Gotha- En 1875, lors du congrès de Gotha, les deux partis socialistes allemands (l’ADAV de Ferdinand Lasalle –Vocabulaire p.92, paragraphe A2 p.92 et le SDAP de Wilhelm Liebknecht et August Bebel –Vocabulaire p.88) s’unissent pour former le SAP (Sozialistische Arbeiterpartei Deutschlands), devenu le premier parti d’Allemagne dès 1890 et qui prend le nom de SPD en 1891 (Sozialdemocratische Partei Deuchtschlands). Marxiste, le SPD adhère à la IIème Internationale ouvrière –Vocabulaire p.92. Il est soutenu par des syndicats liés à la social-démocratie, constitués en une puissante confédération dès 1892[2], sous l’autorité de Karl Legien.

Après avoir dans un premier temps réprimé l’action socialiste et ouvrière (le chancelier Bismarck fait voter une loi antisocialiste en 1878[3] –doc.2 p.88, Le socialisme réprimé), le pouvoir impérial y renonce[4] et s’oriente, après 1890, vers une anticipation des conflits sociaux par la mise en place d’une législation sociale avancée, qui se renforce jusqu’en 1914[5] –Étude p.90-91, Classe ouvrière et syndicalisme. Dans ces conditions, la majorité des membres du SPD évoluent vers des idées réformistes, tandis que son poids dans les municipalités et à l’Assemblée se consolide –doc.1 p.93, La progression des socialistes au Reichstag : en 1914, fort d’un million d’adhérents, le SPD est le plus puissant des partis socialistes en Europe et constitue pour eux une sorte de modèle.

B. Réformistes et révolutionnaires : le débat

Dès l’origine, syndicats et formations socialistes sont partagés entre aspirations révolutionnaires et souhait d’une action politique légale –doc.5 p.89, Deux visions opposées du socialisme + paragraphe C2 p.93, Réforme ou Révolution. Ainsi Edouard Bernstein propose une révision fondamentale du marxisme : le révisionnisme. Selon lui, l’analyse marxiste des évolutions des sociétés est erronée : le capitalisme ne va pas succomber car il a trouvé depuis la grande dépression les moyens de limiter les crises conjoncturelles ; par ailleurs, la hausse du niveau de vie contredit la thèse de la paupérisation de la classe ouvrière… Pour lui, il faut abandonner les objectifs révolutionnaires et la collectivisation des moyens de production ; mieux vaut développer la démocratie en utilisant le suffrage universel et établir par voie légale un socialisme qui supprime les formes d’exploitations les plus brutales, afin de permettre à l’ouvrier d’accéder à un mode de vie bourgeois -d’où la possibilité d’une alliance politique avec les partis « bourgeois ».

Partis et syndicats militent, en faveur d’une transformation radicale de la société et de changements concrets pour changer la vie des ouvriers dans le cadre du système économique existant. Ces deux objectifs sont présents dès les premiers programmes du SPD : comme le congrès de Gotha en 1875[6], le congrès d’Erfurt en 1891 -Doc.4 p.89, Le programme d’Erfurt associe « révolution » et « propositions ».

À la veille de la guerre, le SPD n'est plus, pour la majorité de ses membres, un parti révolutionnaire. Ainsi, au début de la guerre, les socialistes renoncent à la grève générale[7] et acceptent l'Union sacrée (Burgfrieden), malgré l’opposition de Karl Liebknecht. Les syndicats, comme la majorité du SPD, se sont associés à l’effort de guerre[8], malgré la fronde d’une minorité de leurs membres.

II. 1919-1945 : de la division à l’effacement

Cours p.98-99, Socialisme et communisme de 1914 à 1945

La fragile unité du SPD ne résiste pas aux effets conjoints de la guerre et de la révolution russe de 1917.

A. Réformistes et révolutionnaires : la rupture

Étude p.94-95, La révolution spartakiste et son échec (1918-1919)- À l'annonce de l'abdication de Guillaume II (7 novembre 1918), la République est proclamée et Friedrich Ebert (SPD) –Biographie p.98 devient président (9 novembre 1918). Les socialistes les plus radicaux (les Spartakistes[9]), exclus du SPD en 1917 pour avoir refusé de voter les crédits de guerre lancent une insurrection –doc.1 p.94, Appel des spartakistes à Berlin + 2 p.94, Affiche spartakiste. Les socialistes du SPD répriment violemment les spartakistes lors de la « semaine sanglante » (6-13 janvier 1919)[10] -doc.4 p.95, La semaine sanglante, avec l’aide des corps francs[11] : pivot de la République de Weimar –Paragraphes A3 et B1 p.98, le SPD écarte le risque révolutionnaire.

En 1919, la rupture est consommée entre le SPD, influencé par le révisionnisme d’Eduard Bernstein, et le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands) –Vocabulaire p.99, fondé en décembre 1918 par les spartakistes et partisan d’une révolution prolétarienne : pour les communistes, le SPD a trahi la cause ouvrière pour devenir un parti bourgeois –doc.5 p.95, La rupture entre socialistes. Cette rupture laisse des traces durables dans la gauche allemande.

Dans le même temps, le mouvement syndical éclate en 1919 entre un syndicat proche du SPD (l’ADGB), qui privilégie la négociation, et un syndicat proche du KPD (le « syndicat rouge » RGO[12]). Paragraphe B2 p.98, Une république sociale- La République de Weimar inscrit le droit syndical dans la constitution et les socialistes entreprennent d’importantes réformes sociales : conventions collectives, comités d’entreprises, journée de 8 heures, assurance chômage et logement social subventionné (1919-1920).

B. Face au nazisme

La crise économique de 1929 provoque une flambée du chômage (6 millions de chômeurs en 1932, soit 25% de la population active). Cette situation profite au KPD qui double ses voix entre 1928 et 1932[13], et surtout au Parti Nazi, qui devient le premier parti allemand en 1932, sans obtenir toutefois la majorité absolue à lui seul. Cette radicalisation accroît la violence politique : les « militants de choc » des partis (Cf. les S.A. nazis) transforment l’espace public en terrain d’affrontement[14]. Le KPD, qui a adopté en 1928, sous l’influence du Komintern[15] -Vocabulaire p.99, la stratégie « classe contre classe » désigne les socialistes comme « l’avant-garde du fascisme »[16], empêchant toute tentatives d’union des gauches allemandes face à la montée du nazisme[17] -Paragraphe B3 p.99. La division de la gauche, sans être un facteur unique, a joué un rôle majeur dans l’accession des Nazis[18] au pouvoir.

Étude p.96-97, Le mouvement ouvrier allemand face au nazisme (1933-1939)- La répression menée par le gouvernement hitlérien, dès 1933[19], anéantit en six mois le mouvement ouvrier, auquel il entend substituer le Front du travail[20] –doc.4 p.97 : syndicats et partis sont interdits, les syndicalistes, socialistes et communistes sont arrêtés et déportés[21] ou contraints à l’exil –doc.1 p.99, L’incendie du Reichstag + doc.3 p.97, La répression contre les socialistes. Les maigres forces réchappées de la répression s’unissent dans la résistance clandestine[22] (trop tard) –Paragraphe C3 p.99 + Vocabulaire p.99 : SOPADE + doc.5 p.97, Le mouvement ouvrier en 1939.

III. De 1945 à nos jours : de la guerre froide à la mondialisation actuelle

L’Allemagne est en 1945 un pays défait, dévasté, privé de sa souveraineté et partagé entre les influences soviétique et américaine. Le territoire allemand est découpé en zones d’occupation et une commission interalliée administre le pays. La crise du blocus de Berlin débouche sur la création des deux États allemands en 1949.

A. RFA et RDA : le temps de la guerre froide

En 1945, SPD et KPD se reconstituent et s’opposent frontalement. La division de l'Allemagne (1949) a des conséquences décisives.

1. En RFA

Cours p.110-111, Socialisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1949

En Allemagne de l’ouest, tandis que le KPD est interdit (de 1956 à 1968, où il réapparaît sous le sigle DKP), le SPD qui est alors dans l'opposition[23] effectue sa mue réformiste[24]. Doc.1 p.106, Manifeste de Bad Godesberg- Le Manifeste de Bad Godesberg[25], adopté en 1959, remplace le vieux programme d’Heidelberg en abandonnant toute référence au marxisme –Paragraphe A2 p.110. Il se convertit même à l’atlantisme[26] et soutient la construction européenne.

Cette nouvelle orientation permet un retour au pouvoir après une longue période d’opposition (1949-1966) : d’abord dans une grande coalition (1966-1969) –Paragraphe B1 p.110 puis avec les gouvernements de Willy Brandt (chancelier de 1969 à 1974 –Biographie p.110), et Helmut Schmidt (1974-1982 –Biographie p.110) –Paragraphe B2 p.111.

Étude p.106-107, Socialisme et syndicalisme en RFA (1949-1990), paragraphe B3 p.111- Le SPD est accompagné dans sa voie sociale-démocrate par les syndicats, constitués en puissantes confédérations –doc.5 p.107, La syndicalisation en RFA. Nouvelle période d’avancées sociales majeures, les années 1949-1966 voient, en RFA, la mise en œuvre d’une organisation des relations professionnelles qui fait coopérer étroitement syndicats et patronat : la loi sur la cogestion –Vocabulaire p.106 et 111 est adoptée en 1951-1952[27] (puis en 1976 –doc.4 p.107), avec l’accord de la DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund –Vocabulaire p.111) ; il s’agit pour les syndicats de siéger avec le patronat pour être associés à la plupart des décisions importantes et résoudre les conflits par la voie de la négociation[28]. Ce système instaure un ensemble complexe de structures et de procédures articulées autour de deux niveaux complémentaires, la branche d’activités et l’entreprise.

Le SPD au pouvoir se montre très prudent. Limité dans son action par son allié[29], il ne réalise pas toutes les avancées sociales attendues notamment en matière de cogestion. Le seul domaine où W. Brandt innove est celui de la politique extérieure (lancement dès 1969 de l’Ostpolitik[30], reconnaissance de la responsabilité allemande dans le génocide des juifs pendant la guerre en 1970).

Pourtant, l'idée d'un socialisme radical ne disparaît pas totalement en RFA. Il est ravivé à la fin des années 1960 : cette opposition non-parlementaire[31] culmine en avril 1968 dans un vaste mouvement de contestation étudiante qui dégénère en émeutes urbaines spectaculaires, violemment réprimées ; par ailleurs, certains activistes s'engagent dans la voie du terrorisme, comme les membres de la Fraction armée rouge (RAF), également nommée « bande à Baader » -doc.3 p.107, les socialistes face au terrorisme d’extrême-gauche.

  1. En RDA

Cours 3 p.104-105, L’expérience du communisme au pouvoir en RDA- En RDA, le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands –Vocabulaire p.104), parti issu de la fusion du SPD et du KPD dans la zone d’occupation soviétique en avril 1946, dispose du monopole politique : il est, en vertu des constitutions de 1949 –doc.1 p.100 et de 1968, le parti unique d’une démocratie populaire –Vocabulaire p.104 + paragraphes A2 et A3 p.104 satellisée par l’Union soviétique –Histoire des arts p.102-103, Le palais de la République à Berlin-Est.

Le SED évolue vers un parti de type soviétique sous l’autorité de Walter Ulbricht –Biographie p.104 puis d’Erich Honecker –Biographie p.105. Dans ce cadre totalitaire –Paragraphe B p.104-105 + Étude p.100-101, La RDA, un régime communiste totalitaire, les syndicats sont inféodés au parti unique, les revendications sociales et les grèves sont interdites, les manifestations sont réprimées (juin 1953[32] -doc.2 p.100).

Le modèle communiste allemand s’effondre à la fin des années 1980 : paragraphe C p.105- dans une impasse économique et sociale, les dirigeants est-allemands refusent de s’engager sur la voie des réformes à la manière de M. Gorbatchev en Union soviétique, mais sont emportés par les évènements de l’automne 1989[33].

B. Allemagne réunifiée : face à la mondialisation actuelle

La réunification de l'Allemagne, le 3 octobre 1990, change la donne. La SED n'a pas survécu à la fin de la RDA. Toutefois, son héritage est repris par un nouveau parti socialiste, le PDS (Partei des Demokratischen Sozialismus).

De son côté, le SPD doit s’adapter, ainsi que les syndicats, aux évolutions de la société (préoccupations environnementales qui se traduisent par le poids des « verts », tertiarisation et essor des classes moyennes, hausse du nombre des indépendants, montée du chômage, de la flexibilité, de la précarité…) dans la phase actuelle de la mondialisation. Doc.1 p.108, Le retour au pouvoir du SPD- Le SPD retrouve le pouvoir de 1998 à 2005 dans le cadre du « Neue Mitte » (nouveau centre) de Gerhardt Schröder –Biographie p.111, une alliance avec le parti écologiste. Dans la foulée du New Labour de Tony Blair en Grande-Bretagne, Gerhard Schröder, le nouveau leader du SPD à la fin des années 1990, tente d’ouvrir une troisième voie entre néo-libéralisme économique et social-démocratie classique en recherchant l’efficacité économique et en limitant l’État-providence pour s’adapter à la globalisation des marchés : des mesures sont prises notamment pour libéraliser le marché du travail[34] et diminuer les dépenses sociales[35], ce qui mécontente une partie de la gauche, qui ne se reconnaît plus dans une social-démocratie qu’ils considèrent comme sociale-libérale[36] –Paragraphe C2 p.111 + doc.4 p.109, Le mouvement syndical contre le SPD.

Les ex-communistes du PDS (Partei des Demokratsichen Sozialismus) issu de la SED gardent une influence dans les nouveaux Länder et élargissent leur audience en devenant le Linkspartei (Parti de gauche) en 2005. L'ancien dirigeant du SPD, Oskar Lafontaine, le rejoint la même année. Doc.5 p.109, Une gauche plus radicale- En 2007 un nouveau parti, Die Lincke, est créé, intégrant le Linkspartei et le WASG (Wahlalternative Arbeit und soziale Gerechtigkeit -l’Alternative électorale travail et justice sociale) : Die Linke, parti anticapitaliste et altermondialiste, obtient 11% des voix aux élections générales de 2009, 8,5% en 2013, et 8,6% en 2017.

Paragraphe C3 p.11 + Docs.2 p.108, La cogestion, un modèle remis en cause + 3 p.109, Le syndicalisme allemand en déclin- Le mouvement syndical a été lui aussi marqué par cette évolution, avec le retour à des revendications plus radicales de la part de certains militants. Malgré l’attachement de la majorité à la cogestion, le modèle allemand du partenariat social est ébranlé. Les traditionnels syndicats unitaires semblent céder la place à des organisations catégorielles et le pays connait des grèves longues et massives (Deutsche Bahn, 2007). Le taux de syndicalisation diminue : l’Allemagne occupe un rang moyen en Europe avec 30% de salariés syndiqués contre 8% en France mais 75% en Suède. Cette désaffection à l’égard des syndicats traditionnels est majoritairement l’effet des mutations structurelles de la société[37], et elle est particulièrement nette chez les femmes et dans le secteur des services.

Conclusion

Ces évolutions ne sont pas propres à l’Allemagne ; mais le cas allemand est emblématique de l’impact des grandes crises du XXème siècle sur l’évolution du mouvement ouvrier européen.

Le ralliement de la majorité des socialistes et des syndicats à la défense nationale dans le cadre d’unions sacrées lors de la Première Guerre mondiale enterre les visées pacifistes et internationalistes mais favorise l’intégration des formations ouvrières à la nation.

La révolution russe, la défaite et la crise économique des années 30 contribuent au développement d’un contexte révolutionnaire qui accentue les déchirements au sein du mouvement ouvrier.

La guerre froide consacre, avec celle de l’Allemagne et de l’Europe, la division entre socialistes et communistes.

Enfin, le contexte de la mondialisation interpelle le SPD et les syndicats, comme dans toute l’Europe.

 


[1] De l’Empire (1870-1919) à l’Allemagne réunifiée (1991-) en passant par Weimar (1919-1933), le nazisme (1933-1945), l’occupation alliée (1945-1949) et les deux Allemagnes (1949-1991).

[2] 500 000 adhérents en 1890, 2,5 millions en 1913. NB : parallèlement, et dans de moindres proportions, se développent également un syndicalisme chrétien et un syndicalisme libéral.

[3] Cette loi leur interdit toute propagande, supprime leurs associations et journaux et force leurs dirigeants à l'exil.

[4] Dans les années 1890, les lois antisocialistes sont abolies –doc.3 p.89, Affiche célébrant la fin de la loi contre les socialistes.

[5] Bismarck multiplie les réformes sociales pour détourner une partie de la classe ouvrière du SPD. Apparaissent alors l'assurance maladie pour les ouvriers (1883), financée pour les 2/3 par les ouvriers, 1/3 par les versements patronaux ; l'assurance contre les accidents du travail (1884), à la charge de l’employeur ; l’assurance invalidité-vieillesse en 1889, financée à parts égales … On parle d’un État-providence et d’une sécurité sociale de type « bismarckien » -Cf. « Sécurité sociale » sur Wikipédia.

[6] Au grand dam de Marx et Engels.

[7] À l’approche du conflit, les partis socialistes français (SFIO) et allemand (SPD) avaient pris des positions pacifistes (Cf. Jean Jaurès) et entendaient empêcher la guerre par la grève générale.

[8] Les leaders syndicaux ont par exemple participé aux organisations de secours aux blessés et aux comités chargés du ravitaillement.

[9] Spartakistes : groupe rassemblant les partisans de Karl Liebknecht à partir de 1916 –ainsi nommé en référence à Spartacus, chef des esclaves révoltés de la Rome antique –vocabulaire p.94 et 99

[10] Assassinats de Rosa Luxembourg –biographie p.98 et Karl Liebknecht le 15 janvier 1919, répression des grèves de la Ruhr en 1920.

[11] Un corps franc (Freikorps), est un groupe de combattants civils ou militaires rattachés ou non à une armée régulière et dont la tactique de combat est celle du harcèlement ou du coup de main.

[12] Rote GewerkschaftsOrganisation

[13] Aux élections législatives de novembre 1932, SPD et KPD sont au coude à coude.

[14] Des combats de rue incessants opposent ces militants communistes aux casques d'acier antirépublicains comme aux SA (Sturmabteilung) et militants du NSDAP. Le KPD mais aussi le SPD ont alors des sections de combat puissantes, fondées en 1924 : le front rouge (roter Kiimpferbund) pour le KPD et la Bannière de l'Empire (Reichbanner fondé en 1924) pour le SPD. Avec la crise économique, la violence politique est à son comble : communistes et nazis luttent dans les quartiers populaires pour contrôler des portions de rue. Les affrontements sont violents et souvent mortels.

[15] Komintern : nom donné à la Troisième Internationale (en russe Коммунистический интернационал, Kommounistitcheskiï internatsional), née d'une scission de l'Internationale ouvrière survenue en 1919 sous l'impulsion de Lénine et des bolcheviks. L'Internationale communiste regroupa les partis communistes qui avaient rompu avec les partis socialistes de la IIème Internationale. La IIIème Internationale est dissoute par Staline au cours de la Seconde Guerre mondiale (mai 1943), afin de détendre les relations avec les alliés.

[16] Cf. également le vocable « social-fascisme » ou « social-traitre ».

[17] Cette division des socialistes entre révolutionnaires et réformistes a concerné toute l’Europe dès 1904 (congrès d’Amsterdam) et s’est creusée après la révolution bolchevique autour de la question de l’adhésion à la IIIème Internationale, mais elle eut des conséquences particulièrement graves en Allemagne. On notera que l’échec allemand de la tactique « classe contre classe » conduit le parti communiste français à participer au Front populaire après les manifestations de février 1934.

[18] Attention : si l’intitulé du NSDAP (National-Sozialistische Deutche Arbeiter Partei) comporte la mention « socialiste », il n’est en aucun cas assimilable à un courant du socialisme.

[19] Le 23 mars, Hitler obtient du Reichstag les pleins pouvoirs malgré l'opposition des députés du SPD –doc.2 p.96.

[20] Organisation de type corporatiste, récurrentes dans les régimes anti-communistes fascistes ou simplement autoritaires.

[21] Le premier camp de concentration nazi voit le jour le 20 mars 1933. Ernst Thälmann, leader du KPD y est incarcéré immédiatement, il y sera exécuté en 1944. Kurt Schumacher, député socialiste, arrêté en juillet 1933, y est incarcéré jusqu’en 1944.

[22] Cf. les mouvements Neu Beginnen, « nouveau départ » (socialiste) ou Orchestre rouge (communiste).

[23] LA RFA est longtemps gouvernée par la droite : parti démocrate-chrétien du CDU/CSU, fondé par Konrad Adenauer. Quant au SPD, malgré sa forte implantation en milieu ouvrier et dans les grandes villes, il subit des échecs répétés aux élections tandis que le nombre de militants recule (875 000 membres en 1947, 585 000 en 1955). Sous la direction de K. Schumacher puis de son successeur Erich Ollenhauer, le SPD opte pour une opposition systématique à la droite au pouvoir, affirme son identité marxiste et milite pour une démocratie socialiste et une économie largement socialisée et planifiée.

[24] On utilise communément le terme italien aggiornamento. La mutation sociale-démocrate (au sens actuel du terme c’est-à-dire de socialiste démocratique et réformiste non marxiste) n’est pas propre au SPD. Elle se fait au même moment dans tous les partis socialistes d’Europe du Nord. En revanche, elle se fera plus tard en Europe méditerranéenne et en France où les partis socialistes doivent subir la concurrence de partis communistes bien implantés au sein de l’électorat ouvrier.

[25] Sur l’orientation réformiste du SPD, une petite vidéo de la Fondation Jean-Jaurès intitulée « Réviser le marxisme ? » est consultable ici.

[26] Atlantisme : alignement extérieur sur les États-Unis et l’adhésion à l’OTAN, effectuée en 1955.

[27] La loi du 21 mai 1951 prévoit que les représentants des salariés participent à parité avec les représentants des actionnaires aux conseils de surveillance des sociétés minières et sidérurgiques ; La loi du 11 octobre 1952 accorde aux salariés des sociétés par actions le tiers des sièges des conseils de surveillance.

[28] C'est le cas du puissant syndicat IG Metall, dans le domaine de l'industrie sidérurgique.

[29] À savoir le parti libéral, beaucoup plus conservateur que lui sur les questions sociales.

[30] Ostpolitik : politique d’ouverture à l’Est à la RDA et au bloc communiste plus largement. Son but est de normaliser les relations entre les deux Allemagne (traité de reconnaissance mutuelle : 1972).

[31] APO en allemand pour AusserParlamentarische Oppositionviolentes).

[32] Un soulèvement populaire éclate à Berlin-Est le 16 juin 1953, les jours et semaines suivantes. La répression entamée dès le 17 juin 1953 est sanglante.

[33] Le gouvernement est-allemand d’Erich Honecker compte sur l’appui soviétique pour sauver le régime. Mais Gorbatchev refuse toute intervention militaire. Il essaie de persuader les dirigeants est-allemands de procéder à des réformes, à l’image de la perestroïka. Comme Honecker s’y refuse, il est remplacé le 18 octobre 1989 à la tête du Parti communiste par Egon Krenz, Hans Modrow, favorable aux réformes, devenant chef du gouvernement. Mais il est trop tard. Le 4 novembre, les nouveaux dirigeants sont hués par une foule d’un million de personnes rassemblées sur l’Alexanderplatz de Berlin-Est. Ils décident alors le 9 novembre d’ouvrir le mur de Berlin et la frontière interallemande.

[34] Réformes Hartz (Peter Hartz est le PDG de Volkswagen) sur la flexibilité du travail (2003-2005).

[35] Baisse de la couverture chômage.

[36] De fait, de 2005 à 2009, le SPD participe à une coalition gauche droite pour le premier mandat de la chancelière Angela Merkel.

[37] L’Allemagne paraît résister mieux que d’autres pays européens à la mondialisation, mais ses bons résultats économiques, notamment en matière d’excédent commercial, sont obtenus au prix d’une révision drastique des acquis sociaux : stagnation des salaires, précarisation de l’emploi, réduction de la couverture sociale.