TES/L - Thème 2 / Les dynamiques de la mondialisation - Question 1 / La mondialisation en fonctionnement

Plan

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I. ÉTUDE DE CAS : UN PRODUIT MONDIALISÉ
 A. LA PRODUCTION
 B. LES ACTEURS
 C. RÉSEAUX, TERRITOIRES, CIRCUITS
II. LES ACTEURS DE LA MONDIALISATION
 A. LES ACTEURS QUE LA MONDIALISATION FAVORISE
  1. Les FTN
  2. Nouveaux acteurs et acteurs de l’ombre
 B. LES ACTEURS CENSÉS RÉGULER LA MONDIALISATION
  1. L’OCDE, le FMI, Banque mondiale, le G20…
  2. L’Organisation mondiale du commerce (OMC)
  3. Vers un « retour des États » ?
III. MOBILITÉS, FLUX, NŒUDS ET RÉSEAUX
 A. MOBILITÉS HUMAINES
  1. Les flux migratoires
  2. Les flux touristiques
 B. UN MONDE DE FLUX, DE NŒUDS ET DE RÉSEAUX
  1. Essor des transports maritimes et aériens
  2. Les flux immatériels : un essor récent et spectaculaire
IV. DÉBATS
 A. ZÉLATEURS ET CONTEMPTEURS DE LA MONDIALISATION
  1. Les libéraux et la mondialisation heureuse
  2. Une nébuleuse contestataire
 B. « MAKING GLOBALIZATION WORK » ?
  1. La légitimité des organisations internationales en question
  2. La rapacité des FTN : des « patrons-voyous » ?
  3. La finance : une économie « virtuelle » et amorale ?

tesl g2 1

Manuel p.54-109

Introduction

Photographies p.56-57, le NYSE + porte-conteneurs à Hong-Kong, carte « Grand angle » p. 58-59 (flux de marchandises), cartes p.60-61, IDE, pétrole, tourisme, câbles- « Fin de la préhistoire du monde » (Jacques Lévy), la mondialisation se caractérise dans l’espace mondial par une mise en relation et en interdépendance des différentes composantes du monde, qui s’articulent en système.

Ce processus de « mise en réseau du monde » (Laurent Carroué) s’est nourri de l’urbanisation, de l’essor des cités et nations marchandes et de l’extension des « économies-monde », de l’essor des transports, de la diffusion du système capitaliste à l’ensemble de l’espace planétaire.

La mondialisation renvoie à un ensemble de processus matériels et organisationnels qui renforcent l’interdépendance des lieux, des économies et des sociétés à l’échelle de la planète. Elle opère comme un système dynamique, résultante lisible de processus émanant de l’interaction de plusieurs champs :

  • le champ économique : le renforcement des échanges à l’échelle de la planète, sous le double l’effet de la généralisation de l’économie de marché fondée sur la financiarisation, et de la libre localisation des facteurs de production ;
  • le champ politique : constitution de grandes entités supranationales ; politiques de dérégulation des États ;
  • le champ technique : développement des réseaux et massification des flux de marchandises et d’information ;
  • le champ socio-culturel : diversification des migrations, mobilités, réseaux sociaux, diasporas, élites mondialisées.

Problématique p.54- Comment le fonctionnement de la mondialisation rend-il les sociétés humaines de plus en plus interdépendantes ?

Sous-problématiques p.57- Comment les flux mondialisés créent-ils un monde interdépendant ? Quels acteurs organisent la mondialisation ? Comment la mondialisation stimule-e-elle des mobilités très diverses ? Quels débats suscite la mondialisation ?

 

I. Étude de cas : un produit mondialisé

Par quels processus, selon quelles formes de flux un produit est-il introduit dans les courants d’échanges mondialisés ?

On entend par « produit mondialisé » un produit élaboré massivement distribué dans le monde, dont les étapes de fabrication, d’assemblage, d’acheminement, de distribution et de consommation reflètent l’intégration des acteurs économiques mondiaux et révèlent la complexité des liens économiques qui unissent différentes parties du monde.

Travail personnel : dossier + questionnaire[1]

A.  La production

Identification des étapes :

  • de pré-production
  • de production
  • de post-production

B.  Les acteurs

Étude des acteurs mis en relation par la production et la circulation du produit à l’échelle mondiale (FTN, prestataires, autorités politiques, groupes sociaux…)

C.  Réseaux, territoires, circuits

Analyse des réseaux à partir desquels le produit est mis en mouvement, des lieux que le produit met en interaction à l’échelle planétaire et des circuits qu’il emprunte pour parvenir à sa destination finale.

 

II. Les acteurs de la mondialisation

Cours 2 p.80, Quels acteurs organisent la mondialisation ? + Cours 4 p.88, Quels débats suscite la mondialisation ? + Schéma 2 p.93

A.  Les acteurs que la mondialisation favorise

1.   Les FTN

a.    La firme et son organisation technique et géographique

Si les petites et moyennes entreprises (PME) regroupent en général sur un seul site toutes leurs fonctions, les grandes entreprises se déploient sur un territoire productif plus complexe, sur plusieurs sites. Parmi ces grandes entreprises, certaines déploient leur activité à l’échelle mondiale et sont définies comme des firmes transnationales (FTN) -FTN[2] : Vocabulaire p.80.

En effet, plus une firme est importante, plus elle spécialise fonctionnellement ses établissements[3]. Cette segmentation fonctionnelle du travail débouche sur une segmentation spatiale du travail (c'est-à-dire une spécialisation des territoires par types d'activités, d'emplois et de niveaux de salaires), et dans le cas des FTN sur un processus de transnationalisation -Vocabulaire p.80.

Doc.2 p.81, Capgemini, une firme mondialisée- L'organisation technique et spatiale d'une FTN dépend largement de son secteur d'activité[4]. Dans les produits de base (agriculture, agroalimentaire, mines ou énergie) les firmes déploient des stratégies d'approvisionnement pour contrôler les espaces de production. Dans les biens à haute valeur ajoutée, les entreprises préfèrent une implantation locale aux importations dans le cadre de stratégies de marchés -doc.1 p.82, Les implantations de Walmart dans le monde... À l'opposé, dans les branches à faible contenu technologique, ce sont des stratégies de main-d’œuvre (recherche des faibles coûts salariaux) qui opèrent -doc.4 p.83, Usine textile au Bangladesh… en même temps, les opportunités d’« optimisation financière » offertes jouent un rôle de plus en plus significatif dans les stratégies de localisation des FTN -doc.7 p.83, Glencore International, entre finance et matières premières + doc.3 p.82, L’attractivité d’Amsterdam pour les FTN...

b.   FTN et IDE : pôles et marges délaissées

Paragraphe 1 p.80 + Focus p.82-83. Les FTN, « reines » de la mondialisation ?- Les IDE -Vocabulaire p.76 déploient une logique sélective aux échelles mondiale, nationale et régionale qui témoigne de rapports de domination entre pôles de commandement et périphéries plus ou moins intégrées et interdépendantes -Carte 1 p.60, Les IDE dans le monde.

Doc.5 p.83, Les destinations des IDE- Pendant longtemps, les pays développés à économie de marché (PDEM) ont quasiment monopolisé les IDE, mais des évolutions profondes sont à l’œuvre. En effet, les investissements dans les PDEM représentent en 2013 une part historiquement faible de l’IED mondial (39%). 10 des 20 premiers destinataires des IDE sont des PED ou des pays en transition[5]. Les investissements des FTN de PED ont atteint un record, à 454 milliards de dollars. Conjointement, PED et pays en transition ont représenté 39% des sorties mondiales des IDE, contre seulement 12% au début des années 2000. 6 PED et pays en transition se sont classés parmi les 20 premiers investisseurs mondiaux. Les FTN des pays en développement rachètent de plus en plus des filiales étrangères de FTN de pays développés implantées dans le monde en développement. Néanmoins, si les pays les moins avancés (PMA) attirent des quantités croissantes d’IDE (+14%), ils ne représentent toujours que 2% des IDE mondiaux en 2013.

c.    Montée en puissance, limites, évolutions

Sujet Bac p.108

Une large montée en puissance

Depuis les années 1960, les firmes transnationales connaissent un essor vigoureux : au nombre de 6000 en 1967, elles sont plus de 105 000 aujourd’hui, et emploient 80 millions de salariés dans 900 000 filiales.

Doc.2 p.82, Les 10 premières FTN du monde en 2015 + Schéma 5 p.93- La géographie des centres de commandement demeure très largement dominée par les pays développés, dont 80% sont originaires (40% pour les seuls États-Unis). Ailleurs, seuls quelques émergents et NPIA[6] parviennent à se doter de telles entreprises.

Les FTN disposent d'une influence considérable à toutes les échelles.

  • doc.6 p.83, La puissance des FTN- Aux échelles nationales, à travers par exemple les liens étroits tissés avec le personnel politique et le financement des campagnes électorales (cf. présidents des États-Unis[7]).
  • Aux échelles régionales et continentales, où leurs pressions sont permanentes, par exemple sur les organes de direction de l'Union européenne ou de l'ALENA.
  • Aux échelles mondiales, où l'osmose avec les directions de l’OCDE, du FMI, de la Banque mondiale ou de l’OMC est parfois surprenante.

Ces leviers servent à créer des conditions réglementaires, idéologiques et politiques toujours plus favorables à leur déploiement international.

Les résistances des territoires et des sociétés

De même qu’il n'existe pas d'économie mondiale totalement intégrée, la résistance des cultures fait qu'il n'y a pas de « consommateur mondial ». Les catégories géographiques classiques de régions, nations, États ou continents, conservent toute leur pertinence. Les FTN s'adaptent aux valeurs culturelles et aux représentations géopolitiques des populations –Cf. difficultés d'implantation de certaines firmes occidentales en Chine, un marché en plein développement.

Les évolutions : vers une globalisation des firmes[8] ?

Jusqu'aux premières années du siècle, le concept de « firme globale » est encore une anticipation. La constitution de véritables firmes globales est un phénomène relativement récent et résulte d'un double mouvement. D'une part les firmes d'origine occidentale et japonaise ont commencé à développer dans certains pays émergents, essentiellement l'Inde et la Chine, les fonctions nobles évoquées ci-dessus, en particulier la recherche-développement et la fabrication d'éléments à très fort contenu technologique. D'autre part sont apparues des firmes émergentes particulièrement innovantes. L'heure est désormais à la constitution de réseaux de firmes véritablement globaux, grâce à des stratégies non plus seulement de sous-traitance et d'« outsourcing » mais de plus en plus d'alliances, de coopérations et de développements communs entre firmes issues du Nord et firmes issues des pays émergents.

En conséquence, la véritable firme globale, sans nationalité assignable, dont les cadres supérieurs et les dirigeants sont d'origines très diverses, dont la langue de travail est l'anglais, qui localise ses centres de recherches aussi bien dans la Silicon Valley ou à Grenoble qu'à Bangalore ou à Shanghai, qui n'a aucune préférence a priori pour la localisation de son siège social, ce genre de firme est en train d'apparaître.

2.   Nouveaux acteurs et acteurs de l’ombre

a.    De nouveaux acteurs financiers

Investisseurs institutionnels

Les investisseurs institutionnels sont structurellement en capacité de financement car ils collectent l'épargne placée par les particuliers : fonds d’investissement --Vocabulaire p.80, compagnies d'assurances, fonds de pension[9], fonds souverains[10] -Vocabulaire p.80,etc..

Les fonds spéculatifs, ou hedge funds[11], présentent des avoirs moindres mais pèsent fortement sur l'équilibre des marchés.

Les agences de notation

C’est pour réduire les prises de risques que l’action d’agences indépendantes chargées de l'évaluation de la qualité de la dette des entreprises ou des États s’est généralisée aux États-Unis puis à l'échelle mondiale.

La note qui est donnée à une entreprise ou à un État lui permet de lever des capitaux à un coût inversement proportionnel (meilleure est la note, plus faible est le risque et donc le coût).

Parmi ces agences, trois constituent un véritable oligopole : deux américaines, Moody's, Standard and Poor's, et une française, Ficht. L’indépendance théorique de ces agences inspire néanmoins certaines réserves[12].

Les ONG

Vocabulaire p.80 + doc.1 p.81, Campagne de l’ONG ivoirienne Efifem + Sujet bac p.109- Les organisations non gouvernementales (ONG) se caractérisent par leur origine privée, la nature bénévole de leurs activités et le caractère international de leurs objectifs ; protection des individus, aide au développement, recherche et protection de l'environnement sont leurs terrains de prédilection. Certaines ONG comme Amnesty International, Greenpeace, WWF, Max Havelaar sont devenues de véritables puissances, exerçant leur ascendant sur des territoires laissés pour compte et influençant les opinions publiques des pays donateurs au moyen de campagnes de presse efficacement médiatisées.

b.   Les acteurs de l’ombre

Focus p.90-91, L’antimonde[13] : quelles formes prend la mondialisation grise ?

Les mafias

L’univers criminel contrôlerait jusqu’à 20% du PIB mondial. On estime que l’argent sale issu d’activités illicites représente entre 500 et 900 milliards de dollars dans le monde[14] -doc.6 p.91, Les formes de l’argent sale.

Traditionnellement, les mafias sont des organisations criminelles qui contrôlent un territoire sur lequel elles prélèvent un racket, en contrepartie d’une « protection ». Dans notre « monde mondialisé », certains de ces acteurs opèrent à l’échelle régionale ou mondiale, en contrôlant divers marchés, du plus illégal (narcotrafic -doc.1 p.90, La géographie des narcotrafics, contrebande, contrefaçon, délinquance informatique, trafic d’êtres humains -doc.5 p.91, Les espaces d’attente pour les migrants...) au licite. Favorisées par les dynamiques de la mondialisation actuelle, les organisations prospèrent à toutes les échelles -doc.3 p.91, Les mafias, un objet d’étude.

Les paradis fiscaux

La globalisation du système financier s’est accompagnée du développement d'enclaves sans prélèvement fiscal. La gestion de portefeuilles complexes (monnaies, placements de divers produits dérivés) implique des circuits compliqués branchés sur ces îlots de confiance que sont ces OFC (Offshore Financial Center) ou Centres financiers extraterritoriaux (CFE). Doc.2 p.90, Panama City, un paradis fiscal + Lexique p.333… Ce sont des États ou des territoires rattachés, de petite taille, bénéficiant de juridictions d'exception, spécialisés dans la fourniture de prestations financières opaques. Le FMI en dénombre 70 et l'OCDE 47, généralement localisés à proximité d'une grande place internationale, souvent spécialisés[15]. Rouages essentiels de la mondialisation financière, ces paradis fiscaux abritaient en 2016 au moins 30 000 milliards de dollars.

Ils procurent un secret bancaire, des sociétés-écrans, ce qui leur permet d’accueillir une partie des capitaux des évasions fiscales des pays développés, de la corruption de certains dirigeants et des trafics internationaux.

Sujet bac p. 109- Pénalisés dans leurs finances publiques, inquiets des risques de déstabilisation auxquels ces circuits opaques les exposent, les pays développés ont tenté de mettre en place de structures de contrôle. L’OCDE met régulièrement à jour une liste des territoires non coopératifs[16]. Mais ces initiatives restent timides[17] et ont un impact très limité sur les activités des paradis fiscaux, ce qui pose la question de savoir jusqu'où aller dans l'intervention des pays développés alors que leurs institutions bancaires, leurs transnationales, voire leurs banques centrales sont les premières à utiliser ces structures non transparentes ?

B.  Les acteurs censés réguler la mondialisation

1. L’OCDE, le FMI, Banque mondiale, le G20…

Paragraphe 2 p.80

a. L’OCDE

L’OCDE[18], qui succède en 1961 à l’OECE[19], est une institution où les 34 États les plus riches du monde discutent, à travers plus de 200 comités et groupes de travail, de sujets aussi divers que l’énergie, l’environnement, l’éducation, etc., pour faire émerger des convergences entre pays membres et adopter des normes communes (les « bonnes pratiques »[20]) : c’est un haut lieu de la diplomatie économique internationale -mais en aucun cas une instance décisionnaire.

b.   La Banque mondiale

Créée le 27 décembre 1945 sous le nom de Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) après signature de l'accord de Bretton Woods (juillet 1944), son siège est à Washington. Elle fait partie des institutions spécialisées du système de l'Organisation des Nations unies (ONU).

Initialement chargée d’aider l’Europe et le Japon dans leur reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, son action est aujourd'hui principalement orientée vers les pays en développement (PED), et en particulier les pays les moins avancés (PMA)[21]. Elle accorde des prêts à ses pays membres en difficulté en échange de certains engagements politiques.

En plus des prêts accordés, elle finance également (directement ou indirectement) des projets d'ONG, et étudie le développement de chaque pays. Ainsi, c'est la Banque mondiale qui mesure l'Indicateur de développement humain (IDH).

c.    Le FMI

Créé en 1944 à la suite des accords de Bretton Woods, le FMI[22] a pour mission de régler les déséquilibres temporaires des balances des paiements des États. Pour ses interventions, il dispose notamment des ressources fournies par la cotisation des États membres[23]. À partir des années 1970, le FMI développe son rôle de surveillance et formule des recommandations.

d.   Du G6 au G20

Le Groupe des huit (G8) est un groupe de discussion et de partenariat économique réunissant les États-Unis, le Japon, l’Italie, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, et la Russie. D’abord G6 à sa création en 1975, puis G7 (intégration du Canada en 1976), ce groupe rassemblait les plus puissantes économies capitalistes du monde. Il s’est élargi à la Russie en 1998 pour devenir le G8.

L’évolution du processus de mondialisation a conduit à une restructuration radicale de la gouvernance internationale ; par conséquent, le G8 a dû être élargi aux puissances émergentes : c’est ainsi que le G20[24], fondé en 1999, a été institutionnalisé en 2009 (sommet de Pittsburgh).

Face à ces « clubs de riches », les PED tentent depuis les années 1960 de constituer des coalitions, comme le G77[25].

2.   L’Organisation mondiale du commerce (OMC)

Vocabulaire p.80- L’ancêtre de l’OMC, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), né en 1947, organisait des négociations commerciales multilatérales afin de réduire les barrières douanières, dans le cadre d’un processus de libéralisation progressive des échanges. L’intensification des flux et les bouleversements géopolitiques (fin de la guerre froide) ont conduit à la fondation de l’OMC (1994)[26].

Basée à Genève, L’OMC compte 160 États membres -Repère p.80, Les pays membres de l’OMC. Son objectif est de libéraliser tous les échanges. Elle ne produit pas de règles : elle gère les accords négociés par les États. Au sein de l’OMC, l’ORD (Organe de règlement des différends) fonctionne comme un tribunal tranchant les litiges commerciaux[27]. Les premières plaintes étaient pour la plupart déposées par les États-Unis (Cf. préférence commerciale de l’UE à certains États exportateurs de bananes) ; mais en 2000, les États-Unis ont eux aussi été condamnés pour leur système de subventions déguisées (multinationales autorisées à localiser leurs revenus dans les paradis fiscaux).

Aux débuts de l’OMC, les discussions étaient plus ou moins le monopole des pays développés à économie de marché (PDEM). Peu à peu, les pays en développement (PED) s’efforcent d’y faire entendre leur voix. Depuis la Conférence de Doha[28] (2001), l’objectif prioritaire porte sur l’agriculture et les services. Initialement prévu pour une durée de trois ans, le cycle de Doha n'a pu être conclu du fait de divergences entre États membres de l'OMC, notamment au sujet des subventions accordées par les PDEM (pays développés à économie de marché) à leurs agriculteurs, accusées de fausser la concurrence et d'empêcher l'accès au marché par les PED.

Depuis plusieurs années, les principaux acteurs du commerce international multiplient les accords bilatéraux[29] faute d’un fonctionnement multilatéral satisfaisant : on peut considérer que l’OMC est dans une impasse[30].

3.   Vers un « retour des États » ?

Paragraphe 2 p.80, Les acteurs régulateurs de la mondialisation- Depuis la Seconde Guerre mondiale, on a assisté à un rapide développement des échanges internationaux, à l’initiative des États qui ont ouvert leurs marchés nationaux. À partir des années 1960, leur rôle a décliné, tandis que les FTN se développaient et que les IDE enregistraient un essor spectaculaire.

Face aux transformations de l’économie-monde (à mi-chemin entre deux modèles ou deux ordres : l’ordre international et l’ordre mondial), l’État semble devenir une structure aux pouvoirs limités. En effet, la mondialisation pose la question de la mise en place d’une « gouvernance mondiale » à partir d’organisations régionales (UE, ALENA, MERCOSUR…) ou internationales (FMI, OMC, BIT...), qui remettent en cause les notions d’« économies nationales » et d’« économie internationale ». Pour autant, l’image d’États se diluant dans une mondialisation destructrice des frontières relève de la caricature, car nous sommes encore loin d’une « économie mondiale intégrée »[31].

En outre, l’efficacité de l’État demeure un facteur déterminant pour expliquer l’inégal développement[32].

Paradoxe apparent : la mondialisation pourrait conduire à une réhabilitation du rôle des États…

III. Mobilités, flux, nœuds et réseaux

Quel rôle jouent les mobilités, les flux, les systèmes de communication matériels et les réseaux numériques dans le fonctionnement de la mondialisation ?

Cours 1 p.76, Comment les flux mondialisés créent-ils un monde interdépendant ? + Cours 3 p.84, Comment la mondialisation stimule-t-elle des mobilités très diverses ?- L’intégration croissante des économies et des flux de marchandises à l’échelle mondiale s’accompagne de l’intégration des territoires à un ensemble de réseaux physiques et immatériels. D’où l’accroissement de la circulation des hommes, des marchandises, des capitaux et des informations à toutes les échelles.

A.  Mobilités humaines

Paragraphe 1 p.92, De plus en plus de déplacements humains + Vocabulaire p.84

1.   Les flux migratoires

Carte Grand Angle p.20-21, Les migrations internationales + Schéma 6 p.93- Si les migrations internationales sont une question d’actualité brûlante, un support de discours politiques voire un objet de fantasmes et de peurs irrationnelles, elles sont aussi vieilles que l'humanité et elles sont une des composantes essentielles des mondialisations successives[33].

a.    Migrations du travail : croissance des flux, complexification des mobilités

Paragraphe 1 et 2 p.84 + doc.2 p.85, Les motifs d’entrée des immigrants…- C'est ainsi que malgré leur importance croissante[34], les flux migratoires actuels restent relatifs par rapport aux volumes du XIXème et du début du XXème siècle : le taux mondial d'émigration s’élevait fin 2014 à 3,1%, contre 5% en 1914.

Les migrations du travail dessinent un système migratoire international qui s’est fragmenté et complexifié :

  • Par une véritable internationalisation des flux au détriment des relations classiques coloniales et post-coloniales, traditionnellement orientées Nord-Sud. Ainsi, en 2013, les flux Sud-Sud représentaient 57% du total[35] tandis que la géographie des pays émetteurs et récepteurs se complexifiait ;
  • Par l’évolution du profil des migrants :
    • la grande majorité des migrants est désormais majoritairement composée de jeunes adultes dotés d'une certaine formation et d'un minimum de disponibilité monétaire ;
    • par ailleurs très masculines autrefois, les migrations se féminisent désormais : 48% des migrants sont des femmes (source HCR 2015) ;
    • de même, les nouvelles mobilités internationales basées sur la circulation des élites professionnelles s’accroissent, sous l’effet de l’augmentation du nombre de personnels dirigeants ou d'encadrement[36] des FTN et du phénomène de la « fuite des cerveaux »[37], qui reflète très directement les inégalités socio-économiques mondiales et induit pour les pays d'origine un handicap financier, économique et intellectuel parfois irréparable.

b. La crise des réfugiés dessine une géographie des conflits et interpelle le monde développé

La dernière décennie a été marquée par l’explosion du nombre de réfugiés[38] -Réfugié politique : vocabulaire p.84 : il n’y a jamais eu autant de réfugiés dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale[39], et la géographie de leurs flux épouse les contours des conflits actuels.

Seuls 10% d’entre eux trouvent accueil dans des pays développés comme demandeurs d'asile ; les 90% restant sont « déplacés » dans leur propre pays ou réfugiés dans les États voisins[40].

Mais les politiques d'accueil des États récepteurs sont devenues très restrictives[41]. Face à la généralisation de la fermeture des frontières des pôles attractifs[42], on assiste à la complexification des trajectoires migratoires et à la multiplication des entrées clandestines.

Doc.1 p. 89, Les murs et barrières frontalières dans le monde- À la faveur de la « crise » actuelle des réfugiés, les voix qui s’élèvent pour en finir avec la « forteresse Europe » sont devenues plus audibles, et les opinions publiques des pays développés sont traversées par un débat souvent très vif.

c. Le rôle des diasporas

Doc.1 p.85, Le rôle de la diaspora ivoirienne- La diffusion des diasporas -Vocabulaire p.84 auxquelles ces flux donnent naissance se traduit par des effets d'entraînement d’ordre économique et culturel :

  • Selon la Banque mondiale, les envois de fonds vers les pays en développement ont atteint 414 milliards de dollars en 2013, et ils devraient dépasser 500 milliards de dollars en 2016[43]. À titre de comparaison, l’aide publique au développement s’élevait en 2012 à 125 milliards de dollars[44]. Pour certains États, ils sont souvent la première source de revenus[45] -Sujet Bac p.107.
  • Au niveau culturel, les diasporas favorisent les circulations de pratiques sociales, d’idées, de valeurs (notion de « corridors culturels ») et suscitent l’émergence d’identités culturelles hybrides.

2.   Les flux touristiques

Les flux touristiques mondiaux, qui ont connu une croissance vertigineuse en quelques décennies, doivent être lus comme mondialisants et mondialisés.

a. Une croissance spectaculaire

Les flux de touristes internationaux sont passés de 25 millions de personnes en 1950, à 166 millions en 1970, 278 millions en 1980, 700 millions en 2000, puis 1,035 milliard en 2012 (prévision pour 2030 : 1,8 milliard). À cette date, on comptait 5 à 6 milliards de « touristes internes » [46]. Graphique 2 p.93, Arrivée de touristes internationaux par continent- Même si elle tend à se généraliser à l’échelle planétaire -doc.3 p.85, La Chine, nouveau géant touristique, la mobilité touristique demeure encore largement un privilège des pays et des groupes sociaux les plus riches, alimentant des flux essentiellement orientés « Nord-Nord » et « Nord-Sud ».

Le tourisme international est devenu un secteur économique à part entière. Ses recettes annuelles s’élevaient à 1076 milliards de dollars en 2012 (contre 473 en 2002), soit 9% du PIB mondial. Il emploie 8% de la population active mondiale (sachant en outre qu’on estime qu'un emploi touristique engendre 1,5 emploi indirect). Le tourisme est la première source de devises pour 49 PED, même si les économies locales ne récupèrent le plus souvent qu'une part minime des recettes touristiques.

b.   Compétition mondiale entre lieux touristiques mondiaux

La compétition entre lieux touristiques n'est plus régionale, nationale ou continentale, mais mondiale. Depuis les années 1970, s’est développé ce qui est devenu fin XXème siècle un système touristique mondial : la concurrence entre un grand nombre de lieux et un choix à l'échelle mondiale grâce à la maîtrise de l'accessibilité en termes de temps, de coûts et d'altérité[47].

En second lieu, accueillir les touristes du Monde entier confère une qualité nouvelle aux lieux touristiques : celle d'être mondiaux. Ainsi, peut-on distinguer :

  • des stations touristiques mondiales, dont les touristes proviendraient de tous les pays émetteurs de tourisme « international »[48].
  • des global tourist spots (surf, golf, pèche, plongée, etc.)[49].
  • des « villes mondiales », mondiales non seulement par la prédominance d'activités d'organisation et de finance, mais aussi par le tourisme[50].

B.  Un monde de flux, de nœuds et de réseaux

Flux, réseau : vocabulaire p.76 + Schéma 3 p.93- Portée par la mondialisation de la production et des échanges[51], la révolution des transports -doc.2 p.77 accélère la mise en réseau du monde : l’essor des moyens de transport et de communication est un facteur essentiel et permanent des trois mondialisations, des Grandes Découvertes aux colonisations, grâce à l'augmentation des capacités (navires ou avions géants, débits d’informations), à l'accélération de la vitesse, à la normalisation (conteneurs[52]), à l'automatisation (manutention, transroulage) et à l’abaissement des coûts.

La phase actuelle de la mondialisation se caractérise par une couverture géographique totale de la surface du globe par des réseaux de plus en plus efficients.

1.   Essor des transports maritimes et aériens

Carte Grand Angle p.58-59, Les principaux transports de marchandises + Repère p.76, L’essor du commerce mondial

a.    Transports maritimes

Le succès du transport maritime[53] dans un contexte de mondialisation des échanges s'explique par les nombreux avantages qu’il procure : grandes capacités, faible coût... Cet essor s’accompagne d’une profonde mutation de la flotte marchande mondiale :

  • des navires plus nombreux et plus gros[54];
  • un développement spectaculaire des navires spécialisés[55] et particulièrement des porte-conteneurs, impulsé par quelques puissants armateurs[56];
  • un trafic dérèglementé : en quelques décennies, un vaste processus de dérégulation profité aux pavillons de complaisance[57] qui permettent à la fois une baisse des coûts d'exploitation (au détriment du social[58]), et une large impunité en cas d'accidents (marées noires, pollutions…) ou d'infractions.

Le système maritime mondial est polarisé et inégal, opposant les grandes façades maritimes de la Triade et ses annexes et les PED. Les principaux flux se concentrent sur quelques très grands ports par façades maritimes (main ports) à partir desquels sont redistribués des flux secondaires par des systèmes de cabotage (feedering) -Sujet bac p.98.

b.   Transports aériens

Né au début du XXème siècle à des fins militaires, le transport aérien se « civilise » mais demeure réservé jusque dans les années 1960 à une élite avant de se démocratiser progressivement pour devenir aujourd'hui un moyen de transport de masse[59] -Repère p.84, Le trafic aérien dans le monde. Cette croissance s'appuie sur un développement technologique continu : accélération de la vitesse de vol, augmentation de l’autonomie et des capacités[60].

Afin de réduire et de rentabiliser leurs immobilisations, les compagnies passent de réseaux maillés moins rentables, à des réseaux étoilés centrés sur des hubs[61] -Vocabulaire p.76 + Schéma 1 p.93 vers lesquels convergent tous les flux avant redistribution[62].

2.   Les flux immatériels : un essor récent et spectaculaire

a.    L’essor des télécommunications

Doc.3 p.77, Un monde inégalement interconnecté- L'essor des télécommunications, lié aux progrès de la numérisation est un vecteur essentiel de l'explosion de la mobilité des informations (sons, images, données).

On distingue trois grands types de réseaux de télécommunications : les câbles, les satellites et les antennes. Internet joue un rôle particulier, puisque ce n'est pas un réseau en lui-même, mais à la fois un protocole qui permet l'échange de données, une interface qui permet l'accès aux données, et une architecture qui permet l'utilisation de plusieurs réseaux existants. Même si son utilisation continue d’obéir à une géographie sélective, l’Internet est rapidement devenu un média de masse[63].

Tous ces réseaux, toutes ces routes contribuent à faire émerger et à structurer l'espace mondial -doc.1 p.77, Un data center à Bier + Cloud et data centers : vocabulaire p.76. L’émergence dun tel espace mondial pose de redoutables questions de gestion, de régulation et de contrôle (contenus, libertés individuelles, droits d'auteurs, normes, identification et attribution des sites, droits de douane, régimes fiscaux...). Au cœur du fonctionnement se trouve l'Icann[64], association internationale qui gère les noms de domaines et les systèmes d'adresses.

Ces fantastiques progrès permettent à un nombre limité d'acteurs politiques et économiques d'organiser et de contrôler les économies « en temps réel »[65]. La maîtrise des réseaux constitue un enjeu géopolitique, géoéconomique, social et diplomatique central de la phase actuelle de la mondialisation.

b.   La finance : le seul marché réellement mondialisé

La globalisation financière est le domaine le plus avancé de la mondialisation. L'un des traits marquants de l'économie mondiale en ce début de XXIème siècle est la montée en puissance de la finance[66], beaucoup plus poussée et beaucoup plus brutale que la mondialisation des échanges de biens et de services et la création d'un marché financier planétaire.

On assiste en effet depuis la fin du XXème siècle à une explosion de la capitalisation boursière[67], favorisée par la déréglementation[68] des marchés et par la croissance des échanges électroniques. Ces innovations technologiques reliant en temps réel toutes les places financières ont également pour effet une interconnexion et une interdépendance accrues entre elles[69].

IV. Débats

Cours 4 p.88, Quels débats suscite la mondialisation ?

A. Zélateurs et contempteurs de la mondialisation

1. Les libéraux et la mondialisation heureuse

Pour les libéraux, la mondialisation accroît la compétition entre les acteurs économiques et contraint les États à se replier strictement sur leurs fonctions régaliennes indispensables[70]. C'est excellent pour l'efficacité économique, et donc pour tous : il est possible que la mondialisation fasse quelques perdants en même temps qu'une grande majorité de gagnants. Mais ce n'est que temporaire et ceux qui sont initialement affectés finissent par être emportés avec les autres dans la croissance générale que la mondialisation engendre. L’enrichissement de ceux qui bénéficient de la globalisation finit en effet toujours par « ruisseler » jusqu'aux plus profond des sociétés et des territoires. S'il reste aujourd'hui une part importante de l’humanité plongée dans la misère la plus abjecte, ce n'est pas à cause de la mondialisation, c'est parce qu'ils n'en bénéficient pas. Et s'ils n'en bénéficient pas, c'est à cause de gouvernements incapables et/ou corrompus.

Toute l'argumentation est évidemment fondée sur la croyance fondamentale du libéralisme depuis Adam Smith jusqu’au « consensus de Washington » : les marchés sont les meilleurs outils de coordination imaginables entre des individus poursuivant légitimement leur intérêt personnel.

2. Une nébuleuse contestataire

a. L’altermondialisme : « un autre monde est possible ! »

L'altermondialisme propose une critique de la mondialisation économique. Il regroupe des partis politiques de gauche, des syndicats, des ONG et des associations, bénéficie du soutien d'universitaires prestigieux, d’intellectuels, de journalistes, et organise des sommets planétaires comme le Forum social mondial (FSM)[71] -Vocabulaire p.88.

Doc.2 p.89, Manifestation altermondialiste du collectif « Stop TAFTA »…- L'altermondialisme est, à partir des années 1990 dans le monde post-guerre froide, une des nouvelles formes de la gauche anti-capitaliste, qui s’écarte du projet marxiste (révolution, dictature du prolétariat…) au profit d'autres types d’actions : interpellation de l’opinion mondiale, manifestations en tous genres[72], pour exprimer non un rejet en bloc de la mondialisation, mais une critique de certains de ses aspects : dégradation de l’environnement, méfaits de la spéculation, creusement des inégalités -Repère p.88, Les inégalités de richesse dans le monde en 2014 + doc.3 p.89, Les travailleurs vivant avec moins de 4 dollars par jour, dérives anti-démocratiques, rapacité des FTN, néo-impérialisme de la Triade et de certains émergents…

b. Le souverainisme : l’État-nation comme forme suprême de gouvernement

L'État-nation (à la fois territoire et institution juridique), envisagé comme l'échelon pertinent pour organiser un groupe humain de manière efficace et légitime, est au cœur de la pensée souverainiste. Souvent classé à droite de l'échiquier politique, le souverainisme, qui appréhende le monde en termes de nations distinctes qui doivent toutes jouir de leur souveraineté, est aussi défendu par les nationalistes de gauche. C’est à la fois un altermondialisme de tendance étatiste et un rejet du mondialisme.

  • Un altermondialisme à tendance étatique : les souverainistes s'opposent au néolibéralisme ; ils sont dirigistes (notion d'État-stratège), protectionnistes quant aux flux de marchandises, hostiles aux flux migratoires et conservateurs sur le plan moral et politique (attachement aux valeurs traditionnelles, vision hiérarchisée et personnifiée du pouvoir) [73]
  • Un rejet du mondialisme[74]: le souverainisme rejette tout transfert de souveraineté à des instances régionales ou mondiales, et s’oppose donc aux projets « européiste » et « mondialiste ». La gouvernance mondiale, telle qu'envisagée par les souverainistes, devrait être un concert de nations souveraines, liées par de multiples accords bilatéraux.

c.    « Démondialisateurs »

La démondialisation est un programme économique qui s’oppose au libre-échange mondialisé. Elle prône le protectionnisme et la relocalisation des activités, dans une vision re-territorialisée de l'économie : fabriquer et consommer localement, construire une économie enracinée en compartimentant l'espace mondial pour contrer l'avènement d'un marché planétaire dérégulé et sans frontières.

B.  « Making globalization work »[75] ?

Aujourd’hui, un courant dit « réformiste »[76] s’accorde à considérer la libéralisation des flux de marchandises, d'information et de capitaux comme potentiellement porteuse de progrès économique pour tous, à condition cependant qu'elle soit maîtrisée par des gouvernements bien coordonnés dans le cadre d'institutions de gouvernance mondiale à renforcer significativement, et qu'elle se conforme aux principes du « développement durable » -défini comme un équilibre entre l'efficacité économique, l'équité sociale et la préservation d'une planète que nous devons laisser aux générations futures dans un état qui n'entrave pas leur propre développement.

1.   La légitimité des organisations internationales en question

Beaucoup considèrent la Banque mondiale et le FMI comme étant sous l'influence politique d’un trop petit nombre de décideurs (avant tout les États-Unis[77]). Dans un monde désormais multipolaire, les hiérarchies héritées de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide ne peuvent être reconduites sempiternellement.

Par ailleurs, par la conditionnalité de leurs interventions, FMI et Banque mondiale imposent des mesures d'ajustement structurel conformes à la norme libérale[78], qui n’aboutissent au mieux à des sauvetages financiers qu’au prix d'échecs socio-économiques (dégâts des capitaux spéculatifs, destruction du tissu économique local par la concurrence…).

Quant à l’OMC, l’impasse dans laquelle elle se trouve depuis plusieurs années a conduit une bonne part des principaux acteurs du commerce international à négocier des accords bilatéraux[79] : TAFTA, CETA, TPP[80]

D’où une crise de légitimité de ces institutions, qui appelle d’une part une demande de transparence et de démocratie interne[81], et d’autre part une remise en cause des finalités et de leurs modes d’intervention.

2.   La rapacité des FTN : des « patrons-voyous »[82] ?

Du fait non seulement de la sélectivité de leurs IDE, mais de ce que cette sélectivité implique en termes de pressions sur les pays susceptibles de les accueillir, de retombées sociales, économiques, environnementales négatives, les FTN sont elles aussi l’objet de vives critiques.

3.   La finance : une économie « virtuelle » et amorale ?

Aujourd'hui, la finance est indispensable au financement des entreprises et des marchés par le drainage de l'épargne. D’où l'extension de la logique financière aux activités productives : les investisseurs internationaux imposent désormais leurs critères de gestion et leurs normes de rentabilité aux firmes -et aux États.

Cette « financiarisation » de l’économie est dénoncée en raison des menaces qu’elle fait peser sur les équilibres socio-économiques et territoriaux[83] :

  • en permettant les attaques spéculatives contre des monnaies, les nouveaux champs de spéculations ouverts par la crise des dettes privées ou publiques sont autant de nouvelles sources d'instabilité ;
  • en suscitant, par le gonflement des transactions sur les marchés financiers sans rapport direct avec le financement de la production et des échanges internationaux, l’émergence d’une « économie virtuelle » déconnectée du système productif (« économie réelle »).

Les capitaux sont devenus fluides, volatiles, ils se déplacent en permanence, et les actions ne sont plus détenues que quelques mois, semaines ou jours[84]. Ce système, structurellement très instable[85], pose de plus en plus de questions quant aux capacités de contrôle et de gestion du risque systémique par les acteurs publics et privés concernés, ce qui pose avec acuité la question de sa régulation.

Conclusion

Croquis p.96-97, Pôles et flux de la mondialisation + L’essentiel p.92

 

[1] Cf. http://prezi.com/pcujgwq4-a3i/?utm_campaign=share&utm_medium=copy et le manuel p.62-69, L’iPhone, un produit mondialisé + https://prezi.com/view/0vG2HJGkxFbA17IKok74/.

[2] On distingue en effet firmes « transnationales » et « multinationales », un terme très employé mais largement abusif. En effet, la multinationale, c'est-à-dire une firme concevant et organisant son activité et son espace d'action en termes totalement mondialisés, demeure rarissime, voire mythique. C'est pourquoi, il est préférable d'utiliser le terme de transnationale, c’est-à-dire des entreprises très internationalisées qui gardent cependant de fortes caractéristiques nationales et un fort ancrage national de nature économique, industrielle, technologique, culturelle ou géopolitique.

[3] Une FTN déploie cinq fonctions principales : les fonctions de commandement, de gestion et de coordination (management, comptabilité, trésorerie, planification...) sont assurées par le siège social, l'innovation par un centre de recherche, la production concrète des produits par l'usine ; la logistique, la manutention et le transport sont réalisés dans les entrepôts ; enfin, les fonctions commerciales (marketing, publicité, vente, maintenance...) sont prises en charge par des bureaux spécialisés.

[4] Cinq grands types d'activité peuvent être identifiés : les industries extractives (directement liées aux gisements à exploiter) ; industries de haute technologie (aéronautique, pharmacie, informatique) ; industries qualifiées (biens d'équipement industriel, mécanique-robotique, matériel de précision, industrie électrique, ferroviaire...) ; industries spécialisées (fonderie, caoutchouc, ameublement, plastiques, textile, agroalimentaire, électronique grand public).

[5] La Chine pointe à la deuxième place derrière les États-Unis.

[6] Taïwan, Corée du Sud, Singapour, etc.

[7] À ce sujet, lire cet article sur Slate.fr.

[8] Cf. Pierre-Noël GIRAUD, La mondialisation, émergences et fragmentations, 2012

[9] Les fonds de pension assurent une gestion collective d'une épargne de longue durée en vue de la retraite par capitalisation. Très développés dans les pays anglo-saxons, ils se diffusent en Europe (Allemagne, Italie, Espagne), mais plus lentement en France. Leur poids est considérable : ils contrôlent un tiers de la capitalisation de Wall Street et 50% de celle de Londres.

[10] Fonds souverain : fonds d'investissement contrôlés par un État, le plus souvent alimentés par des recettes provenant de revenus de matières premières, investis dans une logique normalement financière à fin de procurer des ressources à cet État une fois que la matière première en question aura été épuisée. Le caractère opaque de certains de ces fonds fait parfois craindre qu'ils n'aient pas des objectifs purement financiers mais qu'ils soient le bras armé d'États souvent peu démocratiques pour contrôler directement ou indirectement des entreprises du monde occidental. On peut ainsi citer Temasek de Singapour ou Adia (Abu-Dhabi Investment Autority). Source : LesEchos.fr

[11] Les hedge funds sont des fonds d'investissement non cotés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées et qui utilisent abondamment les produits dérivés. Ils utilisent l'effet de levier, c'est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux qui soit supérieur à leurs capitaux propres. Les hedge funds présentent l'intérêt d'offrir une diversification supplémentaire aux portefeuilles « classiques » car leurs résultats sont en théorie déconnectés des performances des marchés d'actions et d'obligations. D’après LesEchos.fr

[12] Cf. « Par qui et comment sont rémunérées les agences de notation? », (Les « économistes atterrés »).

[13] Pour le géographe Roger Brunet, l’antimonde est « la partie du monde mal connue et qui tient à le rester »

[14] 600 milliards de dollars pour les seuls revenus de la drogue, soit 8% du commerce mondial…

[15] Le Luxembourg accueille des holdings et des fonds de placement mutuel ; les Bermudes, les compagnies d'assurance (40% du total mondial) les Caïmans et les Bahamas, des fonds d'investissements et des fonds spéculatifs et les Barbades les Foreign Sales Corporations des firmes transnationales américaines qui sont des sociétés écrans destinées à faire transiter des exportations américaines en évitant la fiscalité des États-Unis.

[16] Il s’agissait en réalité de trois listes distinctes : une liste noire, une liste grise et une liste blanche correspondant au degré de coopération en matière fiscale. Cf. Wikipédia.

[17] Cf. http://www.lesechos.fr/05/04/2013/LesEchos/21411-015-ECH_eric-vernier-----la-liste-des-paradis-fiscaux-etablie-par-l-ocde-est-une-vaste-mascarade--.htm

[18] OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques. Cf. site officiel : http://www.oecd.org/fr/apropos/

[19] Fondée le 16 avril 1948, dans le cadre de la guerre froide, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) était initialement chargée de répartir les crédits du Plan Marshall entre pays de l'Europe occidentale.

[20] Cf. slogan sur la page d’accueil du site officiel de l’OCDE : « des politiques meilleures pour une vie meilleure ».

[21]Cf. Site officiel de la Banque mondiale : http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/EXTABTUSFRENCH/0,,contentMDK:20146544~pagePK:64093409~piPK:64093441~theSitePK:328614,00.html

[22] FMI : Fonds monétaire international (http://www.imf.org/external/french/index.htm)

[23] Le montant des cotisations de chaque pays détermine le nombre de voix dont il dispose au FMI.

[24] Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne (représentée par le Président de la BCE).

[25] NB : il existe aussi depuis 2004 un G90, qui rassemble les PMA (pays les moins avancés), les pays de l’Union africaine et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

[26] Cf. présentation de l’OMC par l’OMC, sur le site officiel de l’OMC : http://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/whatis_f.htm

[27] Cf. site de l’OMC : http://www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/dispu_f.htm

[28] Le cycle de Doha est une ronde de négociations effectuée sous l'égide de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Elles portent surtout sur la « libéralisation du commerce international », comme instrument de développement des PED (« cycle du développement »). En effet, l'essentiel des négociations de Doha portaient sur l'agriculture et sur l'amélioration de l'accès aux marchés des pays riches pour les produits agricoles des pays en développement (PED).

[29] Cf. « Comprendre le traité TAFTA en cinq questions », Le Monde, 22 mai 2014.

[30] Cf. « L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est dans l’impasse », s’alarme Roberto Azevêdo, Le Monde, 16 octobre 2014.

[31] En effet : 1/ les politiques économiques nationales présentent encore de fortes différences, qui se traduisent par des différences de réglementation, des relations sociales, etc. 2/ si la globalisation financière a facilité la circulation des capitaux, celle des hommes se heurte largement aux frontières nationales et l’idée d’un marché mondial unifié reste théorique.

[32] Cf. notion d’« État défaillant ».

[33] Cf. à l'époque moderne, où des dizaines de millions d'esclaves furent arrachés à l'Afrique à destination des Amériques par les traites négrières occidentales, ou encore, au tournant du XXème siècle, où l'Europe occidentale accomplit la colonisation des trois quarts de la planète et peupla les Nouveaux Mondes (entre 1800 et 1930, 40 millions d'Européens s'installent en Amérique du Nord).

[34] 75 millions de migrants en 1965, 175 millions en 2003, 230 millions en 2014.

[35] En effet, les pays pétroliers sous-peuplés font largement appel à une main-d’œuvre africaine, arabe ou asiatique, alors que l'Afrique du Sud mobilise, essentiellement dans ses mines, la main-d’œuvre de ses voisins immédiats

[36] Cf. les expatriés français, par exemple.

[37] « Fuite des cerveaux » : départ définitif de leurs pays d'origine des cadres administratifs, scientifiques, techniques, médiaux, des enseignants ou des personnels bénéficiant d'une qualification professionnelle spécifique vers un autre État plus attractif pour des raisons économiques et financières

[38] Cf. site officiel du HCR. NB : Cette montée des réfugiés a fait redécouvrir des phénomènes très anciens mais dont le XXème siècle fut coutumier. Les deux guerres mondiales ont produit les exodes les plus massifs de l'histoire de l'humanité. À ceci s'ajoutent les millions d'exilés politiques ou raciaux fuyant les pogroms et épurations ethniques, les révolutions et guerres civiles (Russie de 1917 : 2 millions) ou les régimes fascistes (Espagne, Italie, Allemagne) et le génocide nazi.

[39] 19,4 millions en 2005, 52,9 millions en 2015

[40] Ainsi, le Proche et le Moyen-Orient concentrent à eux seuls le tiers des réfugiés du monde. Les chiffres des flux de réfugiés imputables au récent conflit syrien obéissent aux mêmes équilibres : d’après le HCR, en octobre 2015, sur 8 millions de réfugiés, moins de 700.000 avaient gagné l’UE.

[41] Après le vaste appel des Trente Glorieuses, le nombre d'États adoptant des politiques restrictives passe de 6% à 40% entre 1976 et 2001. Aujourd'hui, 44% des pays développés et 39% des pays en développement cherchent à limiter ces flux. Quand certains maintiennent des politiques d'accueil volontaristes (Canada, États-Unis), celles-ci sont qualitativement de plus en plus sélectives.

[42] Cf. la création d'un mur par les États-Unis sur leur frontière mexicaine, ou de Frontex par l’UE.

[43] Source : site officiel de la Banque mondiale.

[44] Source : site officiel de l’OCDE.

[45] Ils représentent la moitié du PIB du Tadjikistan. Les principaux bénéficiaires des envois de fonds officiellement comptabilisés en 2013 sont l’Inde (71 milliards de dollars, soit environ le triple des IDE dont elle a bénéficié en 2012), la Chine (60 milliards de dollars), les Philippines (26 milliards de dollars), le Mexique (22 milliards de dollars), le Nigeria (21 milliards de dollars) et l'Égypte (20 milliards de dollars).

[46] Source : site officiel de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme)

[47] Passer des vacances balnéaires à Bali, en Thaïlande, aux Antilles ou en Méditerranée ? Partir skier en hiver dans les Alpes, dans les montagnes Rocheuses ou dans le Caucase ? Partir pour les vacances d'été vers la mer Méditerranée, skier en Argentine ou en Nouvelle-Zélande, faire un trekking au Népal, visiter les villes espagnoles, allemandes ou françaises, etc. ?

[48] Il n'existe pas d'études scientifiques sur cet aspect, mais on peut pointer les lieux suivants comme investis de touristes mondiaux : Saint-Moritz, Chamonix, Cannes, Bali, Saint-Tropez, Davos. On les appelle des global tourist resorts pour marquer leur mondialité.

[49] Spot : type de lieu touristique dont le fonctionnement réside dans la mise en valeur d'une seule qualité de l'endroit, sans fixation localisée prononcée de capital ou de bâti. Il s'agit de lieux touristiques connus de communautés d'intérêt spécifiques, qui se réunissent autour d'une pratique pointue, comme le surf, dont les spots les plus connus sont Hawaii, Tahiti, Tarifa, Biarritz, etc.

[50] Paris, New York, Londres, Rome, etc.

[51] Cf. Thème 1, Question 1 (II. Lectures géoéconomiques).

[52] Cf. Note de synthèse ISEMAR (Institut supérieur d’économie maritime) : « La révolution du conteneur ».

[53] On estime que 90% des biens matériels produits dans le Monde sont, à un moment ou un autre, transportés par mer.

[54] Le tonnage global a été multiplié par 22 depuis 1975.

[55] Cargos, vraquiers (céréaliers, minéraliers…), navires citernes…

[56] Les 10 premiers concentrent plus de 50% du trafic mondial –NB : les 5 premiers en 2012 (source : Wikipédia) : 1. Maersk (Danemark) ; 2. MSC (Suisse) ; 3. CMA-CGM (France) ; 4. Evergreen Marine (Taïwan) ; 5. Cosco (Chine)

[57] 60% de la flotte mondiale navigue sous les pavillons de complaisance d'une quinzaine de micro-États ne représentant que 0,4% de la population mondiale (Panama, Liberia, Malte, Bahamas...). Grâce à un véritable dumping réglementaire (absence de contrôles techniques), fiscal (faibles impositions) et social (bas salaires, précarité, dangerosité), ce système offre des coûts de transport de 50 à 75% inférieurs aux tarifs internationaux moyens.

[58] Jusqu'au début des années 1970, les États développés dominaient ce mode de transport en assurant la construction des bâtiments, leur exploitation sous pavillons nationaux avec des équipages bénéficiant de bonnes garanties salariales et sociales du fait de la pénibilité et des risques du métier.

[59] Le trafic passagers passe de 500 milliards de passagers-kilomètres en 1975 à 3 000 milliards en 2003 (prévision : 14 000 milliards en 2030). Le fret aérien, qui assure le transport rapide de produits périssables ou manufacturés à haute valeur ajoutée, passe de 0,4 milliards de tonnes-kilomètres en 1950 à 117 en 2002, et la flotte d’avions cargos ne cesse d’augmenter : les prévisions publiées en octobre 2013 par Airbus misent sur une croissance annuelle de 4,8% du transport de fret aérien mondial et sur un doublement de la flotte d’ici 2032, avec plus de 2700 nouveaux avions (http://www.air-journal.fr/2013-10-11-airbus-3000-avions-cargo-dans-vingt-ans-586712.html)

[60] Le très gros porteur Airbus 380 offre 800 places et un rayon d'action de 16 000 km.

[61] En anglais, le mot hub désigne littéralement le centre d'une roue (il donc se traduire par « moyeu »). En géographie, il est utilisé pour désigner un point central, un nœud, d'un réseau de transport, qui assure des correspondances vers des destinations secondaires (spokes : « rayons »).

[62] 6% seulement des 9000 routes aériennes potentielles qui sillonnent le globe supportent 50% du trafic mondial, et 25 aéroports polarisent 83% du trafic passager mondial.

[63] 16 millions de connectés en 1991, 665 millions en 2003, 2,27 milliards en 2012.

[64] ICANN : Internet Corporation of Assigned Names and Numbers (fondée en 1998). Le ministère américain du Commerce extérieur y dispose statutairement d'un droit de contrôle final sur toutes les décisions stratégiques.

[65] Cf. l'interconnexion des marchés financiers, des centres scientifiques ou les puissants réseaux reliant les établissements des transnationales et leurs sous-traitants.

[66] La « finance » désigne les méthodes et les institutions qui permettent d'obtenir les capitaux nécessaires dont on ne dispose pas et de placer ceux dont on dispose sans emploi immédiat. Les acteurs de la finance sont tous les agents économiques qui recherchent des capitaux ou qui souhaitent en placer. Les marchés financiers représentent des environnements spécifiques pour la finance. Ils sont distingués en fonction de la nature du besoin à couvrir : marché monétaire, marché des changes, marché d’actions, marché obligataire, marché de l'assurance… Source Wikipédia.

[67] Capitalisation boursière : valeur, à un instant « T », de toutes les actions d’une place financière.

[68] Les autorités monétaires des PDEM ont aboli les réglementations des changes (c’est-à dire l’abandon des règles qui, depuis 1945, assuraient le contrôle des mouvements de capitaux) de manière à faciliter la circulation internationale du capital. Ce processus s'inscrit dans le cadre d'une vague de libéralisation des mouvements de capitaux, initiée aux États-Unis à la fin des années 1970 et qui s'est ensuite répandue dans le monde.

[69] Ainsi, la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication et le Chicago Mercantile Exchange mettent en place dans les années 1980 un système de communication qui relie des milliers d'institutions financières 24 heures sur 24 dans plus de 100 pays. Par ailleurs, c’est dans le même ordre d’idée que les heures de cotation des bourses ont été adaptées pour s'ajuster aux principaux marchés : quand les bourses de New York et de Chicago ferment, celle de Tokyo prend le relais ; Hong Kong puis Bahreïn ouvrent successivement, puis Londres, Paris et Francfort, et de nouveau New York et Chicago.

[70] L’État est certes indispensable au fonctionnement des marchés, en particulier il doit définir et faire respecter les droits de propriété et les contrats librement consentis entre les acteurs économiques. Il doit également fournir un certain nombre de « bien publics ». Mais il doit strictement se cantonner à ces rôles.

[71] Organisé en réaction au FEM de Davos, le FSM est la grande réunion annuelle des altermondialistes, souvent organisée dans une ville du sud (notamment Porto Alegre au Brésil), où s'expriment les diverses revendications, mais aussi les profondes divisions du mouvement altermondialiste.

[72] Cf. le mouvement des « Indignés », « Occupy Wall Street », « Nuit debout »…

[73] Les références au général de Gaulle sont récurrentes.

[74] La pensée souverainiste produit également des avatars « identitaires » : les mouvements identitaires ne s'intéressent qu’indirectement aux questions géoéconomiques, et se focalisent sur les questions géoculturelles. Leurs discours défensifs et radicalisés s'opposent à l'américanisation, au multiculturalisme et aux migrations internationales, et leur contestation prend des formes très variées : en Europe, elle s'exprime par l’ultranationalisme (Cf. « Régionales 2015 : pour Marine Le Pen, le clivage politique sépare désormais mondialistes et patriotes », Le Monde, 13 décembre 2015) -parfois teinté de régionalisme…

[75] Cf. titre du livre de l’économiste néo-keynésien Joseph Stiglitz, Making Globalization Work, 2006

[76] Cf. P. N. Giraud, La mondialisation. Émergences et fragmentations, Ed. Sciences humaines, 2012, p.44-45.

[77] Cf. la règle tacite qui confie depuis sa naissance la présidence de la Banque mondiale à un américain.

[78] Essentiellement : privatisations, ouverture extérieure et assainissement draconien des finances publiques.

[79] Cf. « Quel avenir pour l'OMC ? », latribune.fr, 16 février 2016.

[80] TPP : Trans-Pacific Partnership -Cf. Wikipedia.

[81] Cf. notamment le problème de la représentation des pays émergents au FMI.

[82] L’expression « patron voyou » s’est diffusée à partir de 2003, à la suite de « l’affaire Metaleurop ». C’est le président de la République, Jacques Chirac, qui avait dénoncé en 2003 des « méthodes de patron voyou » lors de la fermeture de Metaleurop Nord, fonderie de zinc et de plomb basée à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) depuis 1894 –entraînant licenciement de 830 personnes.

[83] Il est frappant que le marché des « produits dérivés » soit le marché qui a connu la croissance la plus spectaculaire. Ces produits dérivés sont nés pour couvrir les risques liés à l'instabilité dans les années 1980. Ils ont très vite donné prise aux comportements spéculatifs, notamment à travers l'activité de fonds spéculatifs, ou hedge funds -Ces fonds (200 en 1990, plus de 5 000 en 2001), interviennent sur l'ensemble des marchés financiers et proposent des rentabilités dépassant 30% pour les plus efficaces.

[84] Voire moins. Cette volatilité boursière peut être illustrée par les bourses des matières premières qui jouent un rôle majeur dans la fixation des cours mondiaux ; à Londres, au London Metal Exchange, qui traite 90% des transactions sur les non-ferreux (aluminium, cuivre, nickel, zinc...), les courtiers (brokers) vendent plus de mille fois la production mondiale par jour.

[85] …d’autant plus que la contagion d'une place financière à une autre est facilitée par l'interconnexion des places mondiales et la volatilité des capitaux. Cf. l’article de C. Minoiu sur le site officiel du FMI : http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2012/09/pdf/minoiu.pdf