1S - Thème 2 / La guerre et les régimes totalitaires au XXème siècle - Question 2 / Genèse et affirmation des régimes totalitaires

Plan

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I. LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, MATRICE DES TOTALITARISMES ?
 A. LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE ET LE CONCEPT DE « BRUTALISATION »
 B. LA « BRUTALISATION », DES CHAMPS DE BATAILLE AU CHAMP POLITIQUE ?
  1. Grande guerre, révolution et guerre civile en Russie
  2. Allemagne et Italie : la violence politique inscrite dans la violence de guerre ?

II. LES NAISSANCES VIOLENTES DES RÉGIMES TOTALITAIRES
 A. LE COUP DE FORCE FASCISTE EN ITALIE
  1. Une contre-révolution
  2. La conquête du pouvoir (1922)
  3. L'installation de la dictature (1922-1926)
 B. LA CONFISCATION DU POUVOIR PAR STALINE (1924-1929)
  1. Staline ou Trotski ?
  2. La victoire de Staline
 C. EN ALLEMAGNE, MONTÉE EN PUISSANCE ET PRISE DE POUVOIR DU NSDAP
  1. L'agonie de la République de Weimar
  2. L'établissement de la dictature (1933-1934)

III. « TOTALITARISME BRUN » ET « TOTALITARISME ROUGE »
 A. L’IDÉOLOGIE CONTRE L’INDIVIDU
 B. LE CULTE DU CHEF ET LE PARTI UNIQUE
 C. LA VOLONTÉ DE « FORGER UN HOMME NOUVEAU »

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Manuel p.64-87

Introduction

Quelles sont les points communs et les spécificités des régimes totalitaires stalinien, fasciste et nazi ?

Problématique + Photos + Chronologie p.64-65- Nés sur le même terreau de la Première Guerre mondiale et des crises des années 1920 et 1930, ces trois régimes totalitaires –Totalitarisme, Cf. vocabulaire p.68 : « terme désignant un système politique caractérisé par la soumission des individus à un ordre collectif dictatorial, cherchant à créer une société idéale en combattant de supposés ennemis, intérieurs ou extérieurs » présentent des caractéristiques communes, mais aussi des différences fondamentales. Paragraphe 1 p.68 : « La guerre et les crises, matrice des totalitarismes »

I. La Première Guerre mondiale, matrice des totalitarismes ?

A. La première guerre mondiale et le concept de « brutalisation »

« La guerre brutalise les hommes, au double sens du terme : elle les atteint dans leur chair et dans leur âme, elle les rend brutaux aussi »[1]. La banalisation de la mort de masse[2] est au cœur de l’expérience combattante, et parfois de l’expérience des civils[3].

B. La « brutalisation », des champs de bataille au champ politique ?

Pour George L. Mosse[4], « la banalisation et l’intériorisation de la violence de guerre permettent d’accepter durablement tous ses aspects, même les plus paroxysmiques et de les réinvestir dans le champ politique de l’après-guerre ».

1. Grande guerre, révolution et guerre civile en Russie

Les violences perpétrées durant la révolution et la guerre civile ne peuvent être comprises sans référence à la Grande Guerre[5], car la brutalité du conflit s’est prolongée dans une expérience radicale de guerre civile et d’oppression politique.

En effet, la Révolution de 1917 a eu lieu pendant la guerre et a été suivie par une violente guerre civile[6], durant laquelle s’enracine une violence d’État. La Terreur rouge marqua la naissance d’une violence d’État devenue indissociable du projet soviétique de créer une société socialiste, et qui préfigure la violence du système stalinien et l’élimination systématique de l’ennemi intérieur.

2. Allemagne et Italie : la violence politique inscrite dans la violence de guerre ?

Pour George L. Mosse, c’est parce que la société allemande a été rendue brutale par la guerre qu’elle a accepté le nazisme. Cette brutalisation marque la génération exposée au conflit en façonnant un imaginaire mêlant héroïsme, camaraderie et haine de l’adversaire, et elle se transmet au champ politique, pour faire de la politique un monde scindé entre amis et ennemis mortels[7]. D’ailleurs, l’idée que la guerre n’est pas finie est un thème récurrent dans le discours de l’extrême-droite allemande[8] et italienne[9].

Les thèses mossiennes sont contestées[10] par ceux qui estiment que la violence politique allemande de l’entre-deux-guerres s’explique davantage par la défaite et l’humiliation nationale de 1918 ainsi que par certaines structures des sociétés allemande et italienne, que par l’héritage de la violence de guerre et de sa brutalité. En effet, par la dénonciation d’une « paix injuste »[11] en Allemagne et d’une « victoire mutilée » en Italie, le nazisme allemand et le fascisme italien ont séduit nombre d’anciens combattants déçus. Ainsi,

  • en Allemagne, se constituèrent les « corps francs », unités de soldats volontaires, très nationalistes, pour lutter contre la poussée révolutionnaire que connaît l’Allemagne au lendemain de la guerre[12] et un grand nombre de ces anciens combattants rejoignent le parti national-socialiste[13] fondé par Adolf Hitler en 1919 ;
  • aux corps francs allemands faisaient écho les squadristi italiens, qui sont nombreux à rejoindre les faisceaux italiens de combat[14] créés en 1919 par Benito Mussolini. Les faisceaux recrutent essentiellement parmi une population défavorisée, sensible aux thèmes nationalistes et hostile aux tensions révolutionnaires de l’Italie d’après-guerre.

À la question : « L’expérience de la Première Guerre mondiale, a-t-elle été la matrice des totalitarismes du XXème siècle ? », nous répondrons que les sociétés russe, italienne, allemande, britannique ou française, ont certes participé à la même guerre, mais qu’elles ont suivi des trajectoires d’après-guerre différentes[15] ; pour autant, on ne peut pas comprendre la montée des totalitarismes sans référence à la Grande Guerre ; l’expérience de guerre n’explique pas à elle seule l’avènement de ces régimes, mais elle en a été un catalyseur.

II. Les naissances violentes des régimes totalitaires

A. Le coup de force fasciste en Italie

Dossier p.70-71 : « La marche sur Rome : l’irrésistible ascension de Mussolini »

1. Une contre-révolution

À ses débuts, le mouvement de Benito Mussolini -Biographie p.82 est très marginal[16]. Les événements de l'été 1920 vont donner sa chance au fascisme, quand les fasci prennent leur essor, soutenus financièrement par les industriels et par les grands propriétaires, comme instrument d'une « contre-révolution préventive ».

 

Dans les riches régions agricoles du Nord et du centre, le fascisme se met au service des grands propriétaires, constituant des squadre armées, motorisées et encadrées par d'anciens officiers, et semant la terreur parmi les militants paysans et les membres des municipalités de gauche. Dans les centres urbains, les « expéditions punitives » des squadristi en chemise noire attaquent les sièges des syndicats, des partis et des journaux de gauche, et y maltraitent[17] voire assassinent froidement leurs adversaires politiques –Communistes et socialistes essentiellement.

Le fait que les violences fascistes restent impunies montre que l'État italien a confié tacitement aux fascistes le soin de rétablir l'ordre[18].

2. La conquête du pouvoir

Doté de moyens financiers importants, le fascisme enregistre dès 1921, date de création du Parti national fasciste -doc.1 p.70, Un programme ambigu, des progrès rapides[19]. Incapable néanmoins de s’imposer par les urnes –doc.2 p.70, Une Chambre ingouvernable…, Mussolini a recours à l’intimidation pour s'emparer du pouvoir. Il réunit à Naples, fin octobre 1922, un congrès fasciste qui organise la « Marche sur Rome » : face aux 30000 squadristi, le roi fait appel au chef fasciste pour former le nouveau gouvernement le 29 octobre 1922 –Carte p.70, doc.4 p.71, La pression d’une marche militaire.

3. L'installation de la dictature (1922-1926)

Devenu président du Conseil, Mussolini cherche dans un premier temps à rassurer la majorité des Italiens[20], mais en même temps il prépare la conquête totale du pouvoir. Aux élections de 1924, une nouvelle loi électorale, les subsides des industriels et la terreur squadrista permettent aux fascistes d'obtenir 44% des voix, et les 2/3 des sièges à la Chambre.

Dès la séance d'ouverture de la nouvelle Chambre, le député et secrétaire général du parti socialiste, Giacomo Matteotti, accuse Mussolini et les dirigeants fascistes de malversations et de violences. Le 10 juin 1924, il est enlevé et assassiné par des squadristes. Une partie des députés refuse de siéger, tandis que de nombreux fascistes quittent le parti. La crise du régime semble imminente lorsque, le 3 janvier 1925, Mussolini revendique la responsabilité des événements et annonce le début de la dictature –doc.5 p.71, La terreur fasciste.

Doc.3 p.69, Le rejet des valeurs libérales et démocratiques- Tandis que les violences squadristes redoublent dans toute la péninsule, les « lois de défense de l'État » (dites « fascistissimes ») sont votées par le Parlement entre 1925 et 1926. Doc.6 p.71, Des lois totalitaires- Le président du Conseil peut légiférer par décrets tandis que disparaît l'initiative parlementaire, les administrations sont épurées, les conseils municipaux supprimés, la presse et la radio soumises à censure, les syndicats et organisations politiques non fascistes interdits. La police politique, l'OVRA[21], traque les ennemis du régime.

B. La confiscation du pouvoir par Staline (1924-1929)

1. Staline ou Trotski ?

À la mort de Lénine en janvier 1924, qui va lui succéder, Trotski, brillant théoricien, excellent organisateur et chef prestigieux de l'Armée rouge, ou bien Staline –Biographie p.68 et 92, secrétaire général du parti aux qualités de leadership reconnues ? Les deux hommes se distinguent par des conceptions différentes de la révolution[22] et de l'organisation et du rôle du parti[23].

2. La victoire de Staline

À la mort de Lénine, Staline assume l'organisation des funérailles ; il développe un véritable culte de Lénine[24] dans tout le pays et parvient à monopoliser son « héritage » politique[25].

Dans sa lutte pour le pouvoir, Staline défait tous ses opposants, à commencer par Trotski, exclu du Parti en novembre 1927 avant d'être déporté à Alma-Ata, puis exilé en 1929. Il est assassiné au Mexique en 1940 par un agent de la Guépéou[26] ;

en 1929, Staline apparaît comme l’unique maître d’un pouvoir totalitaire –d’où l’emploi du terme de « stalinisme » : « terme décrivant la pratique totalitaire de Staline, son usage de la terreur et le culte qui lui est voué » -Vocabulaire p.68.

C. En Allemagne, montée en puissance et prise de pouvoir du NSDAP

1. L'agonie de la République de Weimar

Au lendemain de la Grande Guerre, le Parti ouvrier allemand n'est qu'un groupuscule obscur à l'idéologie incertaine et aux effectifs squelettiques[27], dont l’audience ne dépasse guère la ville de Munich. Rebaptisé NSDAP[28] (d’où la contraction « nazi » : « mouvement politique allemand créé en 1920 et organisé sur un modèle militaire autour de son chef, Hitler. L'idéologie nazie est structurée autour de l'idée d'une supériorité de la race « aryenne» et de son expansion territoriale » -Vocabulaire p.68, il est dirigé à partir de 1921 par Adolf Hitler –Biographie p.74 et 82. Celui-ci compte alors 3000 membres, recrutés parmi les membres des corps-francs et l’importante masse de déclassés et de marginaux de l'après-guerre. Il dispose d'une milice armée, les SA[29]. L’échec du « putsch de la brasserie » en novembre 1923 à Munich conduit Adolf Hitler en prison pour quelques mois. Il y rédige les premiers chapitres de son livre-programme, Mein Kampf[30]. À sa libération, il réorganise son parti et crée sa propre milice, les SS[31].

Le parti nazi devient avec la grande crise une force politique, recrutant ses nouveaux adhérents (200000 en 1930) et ses électeurs dans les catégories les plus sensibles : paysannerie frappée pur la chute des exportations agricoles, petite et moyenne bourgeoisie menacées de prolétarisation et très sensibles au danger révolutionnaire, chômeurs et mi-marginaux du Lumpenproletariat[32].

Les élections législatives de septembre 1930 donnent 6,5 millions de voix et 107 sièges aux nazis. Celles de juillet 1932, 14 millions de voix et 230 sièges sur 607. Après une nouvelle dissolution, les élections de novembre 1932 marquent pour le NSDAP un léger recul, tandis que les communistes obtiennent 6 millions de voix et 100 sièges : le président Hindenburg est donc confronté à une double menace, « rouge » et « brune ». Or, en 1932, Hitler s'est rapproché du patronat[33], obtenant des fonds importants pour sa campagne électorale. En novembre, les principaux leaders de l'industrie demandent à Hindenburg de désigner Hitler chancelier du Reich. C’est chose faite le 30 janvier 1933.

2. L'établissement de la dictature (1933-1934)

Les nazis s'appliquent dans un premier temps à rassurer les forces traditionnelles et à donner à leurs alliés[34] l'illusion d'un proche retour à l'ancien régime. Mais en même temps, Hitler prépare l'élimination de ses adversaires et l'avènement de la dictature. Première étape, la liquidation de l'opposition communiste, mise hors-la-loi après l'incendie du Reichstag[35], qui sert de prétexte à Hitler pour édicter le décret « Pour la protection du peuple allemand » (28 février 1933) : les libertés publiques sont suspendues, 4000 militants de gauche sont arrêtés et le parti communiste est interdit. Les élections législatives organisées en mars 1933 dans un climat de terreur donnent la majorité au NSDAP[36]. Le 23 mars, Hitler obtient les pleins pouvoirs pour 4 ans. Le 14 juillet 1933, le NSDAP est proclamé parti unique. La « police secrète d'État » (la Gestapo) traque les opposants, qui sont envoyés dans des camps de concentration[37].

Après les partis d’opposition, vient le tour des opposants au sein du NSDAP : dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, Hitler se rend à Munich et lance ses SS contre l'état-major des SA. Ceux qui ne sont pas massacrés sont emprisonnés. En même temps à Berlin, plusieurs membres de l'opposition conservatrice[38] sont éliminés. Au total, plusieurs centaines d'opposants sont liquidés au cours de la « nuit des longs couteaux »[39], qui soulève l'Europe d'horreur. À la mort du vieux maréchal Hindenburg, le 2 août 1934, les fonctions de président du Reich et de chancelier sont fusionnées au profit d'Hitler. Ce coup d'État constitutionnel est ratifié, lors du plébiscite du 19 août 1934, par 90% des électeurs. Le Führer peut désormais fonder l'État totalitaire et racial devant assurer aux Allemands la domination sur les autres peuples.

III. « Totalitarisme brun » et « totalitarisme rouge »

Paragraphes 2 p.68, « Un même projet de société révolutionnaire » et 3 p.68, « Les instruments des régimes totalitaires »- Les trois régimes ont donc instauré des systèmes politiques où la dictature d'un homme s'appuie sur un parti unique, chargé d'encadrer la population et de la modeler sur l'idéologie qui sert de ciment à l'entreprise : la réalisation de la société sans classe en Russie, l'exaltation de l'État omnipotent en Italie, la société raciste en Allemagne. Quels caractères revêt l'État totalitaire une fois installé ?

A. L’idéologie contre l’individu

Doc.3 p.69, Le rejet des valeurs libérales et démocratiques- Les régimes totalitaires affichent un même mépris du parlementarisme et du pluralisme, et donc un même rejet de la démocratie libérale. À la différence de la démocratie libérale, qui entend gérer la société de telle sorte que la liberté des individus puisse s'y épanouir sans entrave, l'État totalitaire veut organiser la société par la contrainte.

Le fascisme italien place ainsi son idéal dans un État tout-puissant, dont les intérêts doivent se substituer à chacun des intérêts individuels. D’où le choix de briser tous les groupes représentant des intérêts particuliers et détournant les Italiens de l'adhésion à l'État : les classes sociales, les partis et les associations[40].

Dans l'Allemagne nazie, c'est la race qui constitue le môle de rassemblement de la communauté nationale. Il s'agit tout à la fois d'obtenir une race pure de tout germe de décadence et d'éliminer les éléments impurs qui pourraient compromettre l'intégrité du sang allemand, au premier chef les Juifs.

En Union soviétique, la pratique totalitaire a pour objectif l'instauration de la société sans classe (« selon les théories marxistes, après la révolution, l'État communiste sera caractérisé par la fin des dominations de classe fondées sur la richesse » –Vocabulaire p.74). Celle-ci implique, via la dictature du prolétariat, une double coercition, dans l'ordre politique afin de briser la résistance des adversaires politiques des bolcheviks ; dans l'ordre économique pour collectiviser[41] les moyens de production –doc.2 p.69, Une économie sous contrôle étroit de l’État.

A. Le culte du chef et le parti unique

Dans la mise en œuvre du projet totalitaire, l'encadrement de la population par le parti unique –doc.4 p.69, Partis totalitaires et encadrement des masses, au nom d’un ensemble de croyances destinées à la mobiliser derrière un chef charismatique, sont des facteurs essentiels.

En Union soviétique, le parti communiste est la courroie de transmission du pouvoir personnel de Staline : d'une part, par sa mainmise sur le parti[42] ; d'autre part, par celle du parti sur l'État[43] -doc.4 p.73, Une opinion unique et dictée d’en haut + doc.2 p.75, La répression stalinienne de toute opposition.

La même volonté totalitaire est perceptible dans le réseau d'organisations qui, dès l'âge de quatre ans, enserre sous l’autorité du Duce –doc.1 p.74, Mussolini et la Rome impériale le citoyen de l'Italie fasciste[44], et le contrôle des esprits est confié à un ministère de la Presse et de la Propagande, qui exerce une surveillance sur la presse, la création artistique et l'enseignement.

Dans l’Allemagne nazie, le NSDAP est la cheville ouvrière de la réalisation du projet totalitaire d’Adolf Hitler, imposant un nouveau droit fondé sur les principes nazis. Il dispose d'une police politique, la Gestapo, qui organise la terreur politique pour les adversaires du régime, d'une milice, la SS, qui gère le système concentrationnaire mis en place par le nazisme. Le nazisme encadre étroitement les esprits, par sa mainmise sur la culture et l'école, par un système de propagande d'une redoutable efficacité développé par Goebbels[45] -doc.5 p.69, Le monopole de l’information + doc.1 p.72, Le culte du chef + Étude p.80-81, Les congrès de Nuremberg.

B. La volonté de « forger un homme nouveau »

doc.3 p.73, Les organisations d’encadrement de la jeunesse- Les régimes totalitaires ont pour objectif de réaliser une société conforme à l’idéologie.

En Allemagne nazie, l'obsession d’Hitler est la promotion d'une race pure destinée à dominer le monde, en vertu de sa supériorité naturelle. Et c’est avec un acharnement fanatique qu’il entreprendra parallèlement la réalisation de la conquête du monde[46] et celle de la purification de la race –doc.6 p.73 : « Les Allemandes au service de la nation et de la race ». Ce dessein revêt deux aspects complémentaires. Le premier est la mise au monde de spécimens « racialement purs », favorisée par des initiatives comme la création des Lebensborn[47]. Ce projet eugénique est complété par la stérilisation ou la suppression physique des malades mentaux ou des individus « asociaux », mais la pièce maîtresse du projet est la lutte contre les juifs, tenus pour le facteur de dégénérescence des races supérieures -doc.4 p.75, L’antisémitisme au fondement du nazisme » + doc.5 p.75, Le pogrom de la « nuit de Cristal » + Vocabulaire p.74.

Doc.5 p.73, Inculquer les principes fascistes- En Italie, le Duce s'engage dans la promotion d’un « homme nouveau », viril, efficace, discipliné, image moderne des vertus romaines antiques et faisant de l'Italie du XXème siècle une nouvelle Rome conquérante et dominatrice. Fasciné par la doctrine hitlérienne[48], Mussolini s'engage à son tour dans la voie d'un totalitarisme raciste : voyant dans le peuple italien, un « rameau du peuple aryen », il développe, à partir de 1938, une doctrine de défense de la race, jetant les bases d'une politique antisémite.

Doc.2 p.72 : L’enrôlement de la jeunesse soviétique…+ étude p.76-77 : « La collectivisation forcée en URSS- Dans le cas soviétique, tout procède de la décision prise par Staline en 1929 de mettre en œuvre la transformation forcée de l'économie, en collectivisant l'agriculture et en procédant à l'industrialisation accélérée du pays, pour en faire une grande puissance industrielle et accéder à la société socialiste –doc.1 p.76, L’agriculture mise au service de l’industrialisation accélérée + doc.2 p.76, La collectivisation comme arme de la lutte des classes. La résistance des paysans à la collectivisation est brisée par le « massacre des koulaks » -doc.3 p.77, La violence de la dékoulakisation + doc.4 p.77, La collecte forcée + doc.6 p.77, La famine et l’impuissance des autorités locales…

Dans l’industrie, on assiste à une terrible exploitation des ouvriers, soumis à une discipline de fer, et des détenus, condamnés aux travaux forcés. Il est encore aggravé par des décisions de pure propagande politique, comme celle, prise fin 1929, de réaliser en quatre ans le plan quinquennal. Une logique de guerre s'instaure, les objectifs économiques du Plan (« Planification : direction des entreprises et de l'économie par l'État. En URSS, les plans quinquennaux (5 ans) sont introduits en 1928 et déclinés en plans annuels, dont la réalisation est obligatoire sous peine de sanctions » -Vocabulaire p.74) devenant de véritables batailles à livrer (Cf. stakhanovisme[49]), les échecs étant attribués à des saboteurs et à des traîtres, autres ennemis de l’intérieur qu’il convient de déporter (Goulag : terme désignant l'ensemble du système concentrationnaire soviétique caractérisé par le travail forcé poussé jusqu'à l'épuisement et, parfois, jusqu'à la mort) ou d’éliminer.

Conclusion

Ces trois régimes totalitaires se sont épanouis sur le même terreau de la Première Guerre mondiale et des crises des années 1920 et 1930. La comparaison est légitime car elle permet d’éclairer le fonctionnement de ces trois formes de pouvoir « total »,

  • par une pratique du pouvoir visant à soumettre par la force ou la manipulation les masses encadrées étroitement pour atteindre leurs buts ;
  • par l’exercice d’un contrôle de l’État et/ou du parti unique sur tous les domaines de la vie sociale ;
  • par une personnification extrême du pouvoir faisant du chef de l’État la seule source de l’autorité politique.

Mais le concept de totalitarisme est en revanche impuissant à éclairer les différences fondamentales que ces trois régimes présentent :

  • dans leurs finalités[50] –Cours 2 p.74, Spécificités des régimes totalitaires ;
  • dans leur nature même : on notera que Staline se revendique du communisme, qui existait avant lui et qui existera après lui, y compris dans des versions « non totalitaires ». En revanche, en Italie et en Allemagne, Mussolini et Hitler construisent de toute pièce des idéologies et des régimes nouveaux, et qui ne survivront pas à leur disparition[51].

Schéma de synthèse p.83 : Les totalitarismes, points communs et spécificités.


[1] AUDOIN-ROUZEAU, Stéphane, BECKER, Annette, Retrouver la guerre, 1914-1918, 2000, cité par Alexandra DE HOOP SCHEFFER, « La Grande Guerre a-t-elle brutalisé les sociétés européennes ? », Sens Public, revue Web : http://www.sens-public.org/spip.php?article169

[2] La violence guerrière de masse ne concerne pas le seul adversaire militaire, mais frappe également des « ennemis intérieurs » -Cf. le déplacement de 600.000 juifs en Russie en 1915, ou encore le génocide arménien (1915).

[3] Dans les régions les plus touchées par les combats, les civils subissent eux aussi la violence de guerre lors des invasions (en Belgique et dans le Nord de la France par exemple).

[4] George L. MOSSE, La Brutalisation des sociétés européennes. De la Grande Guerre au totalitarisme, 2000

[5] « Peut-on comprendre la violence de la guerre civile en Russie, de la part des ‘Rouges’, mais aussi des ‘Blancs’ et des ‘Verts’, les rébellions paysannes teintées d'anarchisme, sans tenir compte de l'expérience de guerre ? » (Nicolas WERTH, Histoire de l'Union soviétique. De l'Empire russe à la CEI, 1900-1991, rééd. 2008)

[6] La guerre civile russe déchire l'ancien Empire russe de la fin 1917 à 1923 (l’essentiel des combats étant terminé en 1921), après la révolution d'Octobre 1917. Elle n'oppose pas simplement les révolutionnaires bolcheviques aux « Blancs », monarchistes partisans du retour à l'ancien régime tsariste. Elle a vu en effet les autres formations révolutionnaires (mencheviks, SR, anarchistes, députés de l'ex-Constituante) se battre également contre les bolcheviks, parfois de façon autonome, parfois au prix d'une collusion avec les généraux blancs. Les tentatives d'émancipation de minorités nationales, l'action des « armées vertes » paysannes (hostiles à la fois aux bolcheviks et aux Blancs), l'intervention étrangère viennent encore aggraver les troubles.

[7] George L. Mosse : « L'opposition de guerre entre la mort de l'ami et celle de l'ennemi se reportera, en temps de paix, dans le champ de la lutte politique »

[8] Cf. la formule très populaire chez les nazis : « L'idéal au-dessus de nous, le camarade à côté, l'ennemi devant ».

[9] Cf. le slogan fasciste : « Croire, obéir, combattre ».

[10] François ROUSSEAU, La guerre censurée, 2003

[11] Lorsqu’Adolf Hitler promet d'abolir le « honteux diktat de Versailles », il rallie autour de lui un grand nombre d'Allemands qui se sont sentis trahis par la République de Weimar et désigne à leur vindicte un ennemi intérieur responsable de la défaite et de l’humiliation : les pacifistes, les socialistes et communistes, et surtout les juifs.

[12] Cf. la tentative de révolution « spartakiste » de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg.

[13] Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP)

[14] I Fasci italiani di combattimento. Le mot fascio (faisceau), emprunté au vocabulaire de la gauche, est ambigu. Il évoque à la fois la tradition anarchisante des fasci paysans, dans la Sicile insurgée de 1893, et les faisceaux des licteurs de l'ancienne Rome, symboles d'unité et d'autorité. Fascisme : mouvement politique italien créé par Mussolini en 1919 pour instaurer un État tout-puissant dirigé par un seul parti. Ultranationalistes, les fascistes rêvent d'une Italie puissante (définition p.68).

[15] La France et le Royaume-Uni, États dotés d’une démocratie libérale déjà ancienne et enracinée, ont adopté une « culture de guerre » et ont connu la « brutalisation », mais ne se sont par autant dotées de régimes totalitaires.

[16] 17000 membres seulement, aucun élu aux élections législatives de novembre 1919.

[17] Cf. les bastonnades au manganello ou le supplice de l'huile de ricin.

[18] Les fascistes agissent avec la complicité d'une partie de la classe dirigeante (et notamment du roi Victor-Emmanuel III, qui souhaite sauver sa couronne) qui pense pouvoir utiliser temporairement le fascisme pour conjurer la menace révolutionnaire. L'armée fournit souvent les armes et les camions, la police et les magistrats laissent faire.

[19] Ses effectifs dépassent 700000 membres au printemps 1922.

[20] Il n'y a que quatre ministres fascistes dans son gouvernement, à côté d'hommes politiques de toutes tendances, socialistes et communistes exceptés, les « chemises noires » quittent la capitale, la Chambre des députés es maintenue, ainsi qu’une presse d'opposition.

[21] L'Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell'Antifascismo (Organisation de vigilance et de répression de l'antifascisme, OVRA) était la police secrète du régime fasciste italien. Créée en 1926, elle traquait les opposants au régime qui étaient ensuite déférés devant des « tribunaux spéciaux », qui n'appliquaient que trois peines : la condamnation à mort, la prison et le bagne.

[22] Trotski pense qu'il faut étendre la révolution dans le monde, alors que Staline estime qu'on doit d’abord bâtir « le socialisme dans un seul pays »

[23] Pour Trotski, l'élaboration des décisions appartient non au seul Bureau politique, mais au parti tout entier, « base » comprise ; Staline, au contraire, défend le centralisme bureaucratique et le monolithisme du parti.

[24] Cf. la création d'une « Commission de l'Immortalisation de la mémoire de V. I. Oulianov », chargée de la ritualisation de la mort du Grand Homme, dont le corps, dûment embaumé, devait reposer dans un mausolée sur la place Rouge.

[25] Cf. l’édition d’une série de conférences dans un ouvrage intitulé Les bases du léninisme (1924). Du léninisme, Staline retenait en priorité la nécessité de la discipline et de l'unité du Parti.

[26] La Tchéka (1917-1922) et la GPU –ou Guépéou- sont les noms donnés à la police politique soviétique.

[27] Une soixantaine de membres en 1919.

[28] Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterparte)

[29] Sturmabteilungen : sections d'assaut.

[30] « Mon combat ». Voir ici pour approfondir la réflexion sur la polémique récente sur la publication à venir de cet ouvrage.

[31] Schutzstaffeln : brigades de protection

[32] À lire : Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin

[33] Le 27 janvier, il a rencontré à Düsseldorf les magnats de l'industrie, Thyssen, Kirdorf, Krupp, etc. et il leur a promis un gouvernement fort et stable, capable d'écarter le danger communiste, d'amorcer la relance par une politique de réarmement, enfin d'ouvrir à l'économie allemande les marchés extérieurs.

[34] Droite conservatrice, extrême droite classique, armée, milieux d'affaires, entourage présidentiel…

[35] Le 27 février 1933, utilisant le délire pyromane d'un jeune chômeur d'origine hollandaise, Van der Lubbe, qui se dit communiste, les hommes de Goering l'ont laissé allumer un petit incendie dans le Palais du Reichstag, tandis qu'eux-mêmes inondaient les sous-sols d'essence.

[36] Le NSDAP, fort de l’appui financier des milieux d'affaires, fait élire, avec 44% des voix, 288 députés, ce qui ne suffit pas à lui assurer la majorité absolue -chose acquise toutefois grâce à la déchéance des 81 députés communistes.

[37] Ouverture de Dachau en mars 1933 –doc.5 p.159 : « Le camp de concentration de Dachau ».

[38] Cf. Von Kahr qui avait, en 1923, fait échouer le « putsch de la brasserie »

[39] Cf. article Wikipédia.

[40] À la place des luttes sociales, la collaboration de classes au sein des structures corporatistes ; à la place de la lutte des partis, un idéal moral d'esprit de sacrifice en faveur de la communauté nationale.

[41] Collectivisation : abolition de la propriété privée des moyens de production, transférés à l’État ou à des organismes collectifs comme des coopératives.

[42] L'autorité de Staline sur le parti est assurée par les procédés de recrutement et d'exclusion. De 1928 à 1939, Staline ouvre largement les portes du parti à de nouveaux adhérents issus du milieu ouvrier et dépourvus de toute formation politique antérieure. En même temps, le parti est le lieu de purges quasi permanentes (notamment à partir de 1934). Cette rotation des effectifs ne laisse en place que les fidèles du secrétaire général, d'autant que la crainte de nouvelles épurations les maintient en état d'alerte permanent.

[43] Son rôle est triple : 1/ encadrer et surveiller la population puisqu'il est implanté dans chaque entreprise, dans chaque commune, dans chaque quartier ; 2/ fournir les cadres de l'État : les plus efficaces ou les mieux protégés obtiennent de fructueuses promotions ; 3/ contrôler l'idéologie en exerçant une étroite surveillance sur la presse, l'art, la création littéraire. Cf. 1932, création de l'Union des écrivains, et la présentation par Staline de la doctrine du réalisme socialiste.

[44] Organisations de jeunesse où l'adhésion est obligatoire à partir de 1936, qui regroupent 5 millions de jeunes autour du mot d'ordre commun : « Croire, obéir, combattre » : Fils de la Louve, Balilla, Petites Italiennes, Jeunes Italiennes, Jeunesses fascistes..., groupes universitaires fascistes pour les jeunes intellectuels, associations professionnelles et syndicales auxquelles il faut appartenir pour pouvoir travailler, Œuvre nationale des Loisirs qui finance maisons de la culture, piscines, manifestations culturelles, séjours de vacances, voyages, Comité olympique national italien, sous l'égide duquel sont regroupées toutes les organisations sportives.

[45] Cf. la « jeunesse hitlérienne », ou les écoles de cadres destinées à former les futurs dirigeants du parti et de l'État.

[46] Cf. également Thème 2, Question 3.

[47] Fondé par Heinrich Himmler (1935), le Lebensborn était un réseau de cliniques spécialisées patronnées par l'État et gérées par la SS, dont le but était d'augmenter le taux de naissance d'enfants « aryens » en permettant à des filles-mères d'accoucher anonymement et de remettre leur nouveau-né à la SS qui en assurerait la charge. La SS transforma rapidement ces centres en lieux de rencontre, où des femmes allemandes considérées comme « aryennes » pouvaient concevoir des enfants avec des SS. Le terme « Lebensborn » est un néologisme formé à partir de « Leben » (« vie ») et « Born » (« fontaine », en allemand ancien).

[48] Cf. l'instauration du pas de l'oie dans l'armée italienne, les épreuves sportives imposées aux hiérarques du fascisme devenus bedonnants, la suppression de la formule de politesse de la troisième personne du singulier au profit du tutoiement supposé plus viril, etc.

[49] C'est dans ce contexte qu'apparut, à la fin de l'été 1935, le mouvement stakhanoviste. Le 31 août, A. Stakhanov abattit 102 t. de charbon, soit 14 fois la norme. Le 8 septembre, il atteignait 175 t. L'écho fut aussitôt répercuté avec les performances de Smetanine dans une usine de chaussures, de Boussyguine dans l'automobile, des sœurs Vynogradovy dans le textile. À ses débuts, le mouvement correspondit à une initiative ouvrière, venant d'une petite minorité d'ouvriers qualifiés, soucieux d’augmenter leurs revenus. Rapidement, le mouvement stakhanoviste fut récupéré par le pouvoir, qui vit là l'occasion de promouvoir une vaste campagne productiviste. On organisa des journées, des semaines et même une année (1936) « stakhanovistes ». Le stakhanovisme conduit à de nombreux abus : en effet, une des façons les plus efficaces de « pulvériser les records » consistait à prolonger la durée de la journée de travail ; par ailleurs, l'équipement étant détérioré, les accidents de travail se multipliaient, et les tensions se multipliaient sur les lieux de travail.

[50] Prétendre réaliser la société sans classes voulue par Karl Marx, ce n’est pas le même projet que d’entreprendre la conquête du monde par une « race » prétendue supérieure en exterminant les éléments prétendus corrupteurs.

[51] B. Mussolini fut exécuté par des partisans italiens le 28 avril 1945 ; A. Hitler se suicida à Berlin le 30 avril 1945 alors que l’armée rouge s’emparait de la ville…