1S - Thème 2 / Aménager et développer le territoire français - Question 2 / La France en villes

Plan

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I. Répartition démographique, urbanisation, métropolisation

 A. France des « pleins », France du « vide »

  1. Les territoires les plus peuplés

  2. La France des faibles densités

 B. L’urbanisation de la France

  1. Croissance urbaine et périurbanisation

  2. Les nouveaux découpages statistiques : des unités urbaines aux aires urbaines

  3. Persistance de la domination parisienne, affirmation de métropoles régionales

 C. La métropolisation en France

  1. Métropoles et métropolisation

  2. Les métropoles dominent l’organisation économique du territoire

  3. Villes en réseau

 

II. Aménager les villes : réduire les fractures sociales et spatiales

 A. Les espaces centraux entre rénovation et réhabilitation

  1. Rénovation

  2. Réhabilitation, requalification

  3. De nouvelles dynamiques

 B. Reconquête urbaine dans les anciens faubourgs et les proches banlieues

  1. Des territoires en mutation

  2. Requalification du patrimoine industriel

 C. Les périphéries urbaines : "ville étalée", "ville fragmentée"

  1. L’aggravation des contrastes socio-spatiaux

  2. Diversification et spécialisation des zones d’activités

 

III. Entre attractivité urbaine et nouvelles formes de développement : les espaces ruraux

 A. Des espaces intégrés aux dynamiques urbaines

  1. Un étalement urbain toujours plus lointain

  2. …Qui étend l’influence des villes jusque dans l’espace rural

 B. Des usages nouveaux liés à une société citadine

  1. Agriculture en berne

  2. Essor de l’économie résidentielle

 C. Appréhender et gérer la diversité des espaces ruraux

  1. Le rural périurbain

  2. Le rural en renouveau

  3. Le rural isolé

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Manuel p.290-319

Photos + problématiques p.290-291- En France, la quasi-totalité de la population métropolitaine vit désormais dans une ville ou dans son aire d’influence. Ces Français vivent-ils pour autant « en ville » ?[1]

La définition de la ville et la mesure de la population urbaine ont toujours posé d’épineux problèmes[2]. En outre, depuis plusieurs décennies, la complexification croissante du fait urbain se traduit dans la transformation continue du vocabulaire[3].

« Grand Angle » p.292-293, Les aires urbaines en France + Cartes p.294-295, Villes et population urbaine en France et en Europe

Comment aménager la France en villes ?

-        Quelles sont les dynamiques spatiales de la population française ?

  • Quelle distribution sur le territoire ?
  • Quelle place occupent les villes ?
    • Comment se traduit, spatialement, l’urbanisation croissante ?
    • Quelles sont les spécificités de l’armature urbaine française ?
  • Quels sont les effets du processus de métropolisation en France ?

-        Comment réduire les fractures urbaines ?

  • Quelle politique de la ville ?
  • Quels projets d’aménagements urbains ?

                                       -       Qu’est devenue la France rurale ?

  • Quels types d’espaces ruraux peut-on distinguer ?
  • Quelles perspectives pour ces espaces à l’heure de la mondialisation et du développement durable ?

I. Répartition démographique, urbanisation, métropolisation

Carte p.292-293, Les aires urbaines en France + Cours 1 p.296, Quelles dynamiques spatiales contribuent à l’urbanisation…- Avec ses 67,3 millions d’habitants, la France est l’un des pays les plus peuplés d’Europe avec l’Allemagne (81 millions d’habitants) et le Royaume uni (64 millions). Pour autant, avec une densité métropolitaine moyenne de 115,8 hab. /km², la France est deux fois moins dense que ses deux pays. Les contrastes de densité sont importants : les Hauts-de-Seine comptent 8 724 hab. /km², le Nord 450, contre 15 pour la Lozère. Carte 4 p.445, Les densités en France- Une « France des pleins » s’oppose à une « France du vide ».

A. France des « pleins », France du « vide »

Doc.3 p.297, Quelles dynamiques spatiales ? (1er paragraphe)

1. Les territoires les plus peuplés

Les régions les plus densément peuplées correspondent :

-        aux littoraux : la côte méditerranéenne (sauf les étangs languedociens et la Camargue) ; l’Ouest, breton mais aussi atlantique (sauf la côte landaise) ; le littoral de la Manche et de la mer du Nord (sauf le Cotentin). Quelques sites remarquables ont permis le développement de ports importants, de commerce (Rouen, Nantes, Bordeaux, Marseille) ou militaires (Brest, Toulon) ;

-        aux frontières terrestres où souvent le développement économique (et industriel) a été commun : Flandres ; vallée de la Meuse ardennaise ; frontière avec le Luxembourg et l’Allemagne ; frontière franco-suisse dans les régions de Bâle et de Genève ;

-        à la région Île-de-France, qui se détache nettement : sur 2,2% du territoire métropolitain se concentre 19% de la population ;

Mais aussi :

-        aux vallées des fleuves et certains de leurs affluents : Seine et Oise, Loire, Garonne et basse Dordogne, Gave de Pau, axe Rhône-Saône et vallées alpines du Nord, Moselle, Rhin ;

                                       -         aux carrefours entre les voies de communication « naturelles », souvent sites originels d’importantes agglomérations (Lyon, Paris, etc.) ;

2. La France des faibles densités

Elle coïncide largement avec la « diagonale du vide ». L’ensemble le plus déprimé démographiquement est formé par le Massif central et ses bordures Nord (Nièvre), Ouest (Limousin) et Sud-Ouest (Dordogne). Ces zones correspondent à certains types d’espaces frappés très tôt par l’exode rural. Cela concerne donc des zones d’agriculture extensive[4], mais pas exclusivement[5].

Les faibles densités ne se localisent pas que dans la diagonale du vide. On les trouve aussi dans des espaces qui, au niveau régional, apparaissent relativement peuplés : Aisne, Vosges, Jura, Orne, Landes, Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Corse.

A. L’urbanisation de la France

1. Croissance urbaine et périurbanisation

Doc.3 p.297, Quelles dynamiques spatiales ?

a. La croissance démographique et urbaine

C’est en 1931 seulement, que la population urbaine devient, en France, plus nombreuse que celle des campagnes[6]. Pendant les Trente glorieuses, la croissance des villes s’est accélérée, alimentée par un exode rural massif, par le baby-boom et par un fort apport migratoire étranger.

La part de la population urbaine dans la population totale de la France métropolitaine est ainsi passée de 53% en 1946 à 73% en 1975, et en 1999, les aires urbaines concentraient 82% de la population totale du pays -Carte p.292-293, Les aires urbaines en France + Schéma 1 p.311, Une France très urbanisée.

b. L’étalement des villes

Concomitamment, un desserrement vers les couronnes parfois lointaines des grandes agglomérations se produit[7].

Face à la très grave crise du logement des années 1950, dans toutes les villes, on avait construit dans l’urgence des centaines de milliers de logements, multipliant dans les banlieues les grands ensembles d’habitat collectif composés de barres et de tours[8]. Mais depuis le milieu des années 1970, la généralisation de l’automobile pour les déplacements urbains et la production en masse de maisons individuelles donnent de nouvelles formes à la croissance spatiale des villes, dont les limites sont devenues plus floues –doc.1 p.290, Le front urbain francilien au Sud-Ouest de Paris, au point que l’on a pu parler « d’urbanisation des campagnes », de « rurbanisation », voire de « renaissance rurale »... L’extension spatiale des agglomérations est sans commune mesure avec les gains de population[9] :

-          Les villes-centres et les banlieues regroupent aujourd’hui 61% de la population,

-          les couronnes périurbaines[10] rassemblent environ 21% de la population,

-          et les campagnes accueillent 18% de la population –Carte 1 p.294, Population urbaine et population rurale en Europe.

2. Les nouveaux découpages statistiques : des unités urbaines aux aires urbaines

Les autorités publiques (et les géographes !) sont confrontées à la nécessité d’adapter leurs instruments de mesure et d’analyse à l’évolution des territoires.

À cet effet, l’unité urbaine est un terme utilisé par l’INSEE, sur la base d’un critère simple : l’espace bâti[11]. Au recensement de 1999, il y avait ainsi 1 995 unités urbaines regroupant 5 954 communes en France métropolitaine. Le reste du territoire était donc considéré comme rural.

Schéma 3 p.311, Qu’est-ce qu’une aire urbaine ?- Mais le zonage en unités urbaines s’est montré impuissant à cerner le phénomène de la périurbanisation[12], aussi l’Insee a-t-elle proposé un nouvel outil, le zonage en aire urbaine[13]. Une aire urbaine est formée de deux éléments :

-          un pôle urbain, unité urbaine dans laquelle on compte au moins 5 000 emplois ;

-          des communes périurbaines dans lesquelles au moins 40% de la population active résidante ayant un emploi travaille dans le pôle urbain ou dans des communes polarisées par le pôle urbain[14].

Dans ces aires urbaines, se trouve en 2016 85% de la population recensée en France métropolitaine –Schéma 2 p.311, Les dix plus grandes aires urbaines.

3. Persistance de la domination parisienne, affirmation de métropoles régionales

Paragraphes 2 et 3 p.296, Un réseau urbain particulier + L’essor des métropoles.

Paragraphe 2 p.296, Un réseau urbain particulier- L’armature urbaine de la France métropolitaine a été longtemps dominée, voire écrasée, par l’agglomération parisienne -doc.1 p.297, une métropolisation au service de Paris. Par sa macrocéphalie, -Vocabulaire p.296 : macrocéphalie, indice de primauté, le réseau urbain français présente une structure singulière par rapport aux autres pays européens. D’où la volonté, maintes fois affichée par les autorités, de favoriser un rééquilibrage [15].

Paragraphe 3 p.296, L’essor des métropoles- On constate aujourd’hui l’émergence dans les niveaux supérieurs de l’armature urbaine française, d’un ensemble de grandes villes de province qui s’affirment peu à peu comme des métropoles autour desquelles s’organise la vie de territoires régionaux structurés par des réseaux de villes moyennes et de petites villes, aux configurations diverses. C’est le cas des 14 métropoles instaurées par les lois de 2010 et 2014 –Repère p.296 + doc.4 p.297, Le statut de métropole + Vocabulaire p.296. C’est dans les métropoles de province que l’on trouve les taux de croissance démographique les plus élevés[16] -Carte 3 p.295, La taille et la croissance des principales aires urbaines (1999-2011).

B. La métropolisation en France

Le territoire français est aujourd’hui marqué par la métropolisation, processus de concentration des hommes et des activités qui transforme certaines grandes villes en métropoles[17].

1. Métropoles et métropolisation

Métropole, métropolisation : repère + vocabulaire p.296- Les métropoles, dont l’importance varie selon le rayonnement (régional, national, international, voire mondial) sont des pôles d’attraction et de diffusion des flux. Ce sont des lieux d’articulation entre des réseaux. Elles concentrent les services de haut niveau, du personnel qualifié, les infrastructures de transport et de communication, les pouvoirs de commandement politiques et économiques, des équipements culturels de renommée.

Plus elles sont importantes, plus ces éléments sont nombreux et variés, multipliant ainsi les bases économiques et fonctionnelles de la métropole, et incitant d’autant plus les entreprises à s’y établir[18].

2. Les métropoles dominent l’organisation économique du territoire

La concentration des pouvoirs économique et politique au sein de quelques aires urbaines s’est accélérée, au cours des années 1980, en France, essentiellement sous l’effet des mutations économiques[19].

 

En 2006, les 41 principales aires urbaines françaises regroupent 52% de la population et 57% des emplois. Parmi elles, l’INSEE distingue 14 métropoles –Repère p.296.

Cela se traduit par une concentration accrue des « fonctions métropolitaines »[20]doc.1 p.297, Une métropolisation au profit de Paris + doc.3 p.297, Professions intellectuelles et de recherche selon les aires urbaines. Ainsi, en France, seule Paris est une métropole de dimension mondiale.

Les autres métropoles françaises sont qualifiées « d’incomplètes ». Lille, Strasbourg, Lyon et Toulouse, pour diverses raisons[21], sont les métropoles françaises qui occupent la meilleure place à l’échelle européenne. Mais pour la plupart, les métropoles de province ne disposent pas des fonctions de commandement économique des villes allemandes, britanniques ou néerlandaises par exemple. La quasi-totalité des métropoles françaises n’ont qu’une influence régionale.

3. Villes en réseau

Les métropoles régionales ont de nombreux échanges avec Paris mais aussi entre elles. La métropolisation a en effet produit des effets importants à l’échelle régionale. Les relations qu’entretiennent les métropoles entre elles (et de moins en moins avec leur environnement immédiat) invitent à les comparer à un archipel –Carte 2 p.295, La France des villes moyennes.

Des zones de complémentarités régionales se dessinent :

-          entre Lille, Douai, Valenciennes et Dunkerque,

-          entre Marseille, Toulon, Nîmes, Montpellier, Avignon et Nice,

-          entre Lyon, Grenoble, Saint-Étienne et Annecy.

Dans quelques régions, un ensemble de métropoles constitue un réseau :

-          en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes : Strasbourg - Mulhouse, conurbation naissante Metz et Thionville + réseau Metz/Pont-à-Mousson/Nancy/Épinal) ;

-          en PACA : la grappe urbaine structurée par Aix-Marseille semble prête à absorber Toulon d’un côté, Arles de l’autre et elle est de moins en moins séparée de l’ensemble Cannes-Nice.

II. Aménager les villes : réduire les fractures sociales et spatiales

Cours 3 p.304 : « Comment réduire la fragmentation socio-spatiale ? »

A. Les espaces centraux entre rénovation et réhabilitation

Rénovation/requalification urbaine : vocabulaire p.296- Dans les espaces centraux des villes, une partie de l’habitat ne satisfait plus aux normes de confort et de salubrité. Le départ vers la périphérie d’une partie des classes moyennes a accentué les phénomènes de fragmentation socio-spatiale –Vocabulaire p.304 dans cet habitat ancien souvent dégradé, où vivent des groupes sociaux en marge de la croissance et de l’élévation générale du niveau de vie[22].

C’est aussi dans ces quartiers que s’étaient établis, jadis, les services de haut niveau : sièges sociaux d’entreprises, administrations, compagnie d’assurances, grands magasins... Hérités de la fin du XIXème siècle et du premier XXème siècle, ces immeubles se sont avérés inadaptés aux défis de la modernité auxquels répondaient par exemple les CBD[23] des villes américaines.

1. Rénovation

C’est la rénovation qui suscite le plus d’appétits, car elle concerne généralement des superficies importantes qu’il faut entièrement libérer[24].

-          Particulièrement convoités : les emprises ferroviaires, les terrains militaires ou les usines et entrepôts déplacés en périphérie de la ville.

-          Plus contestées : les rénovations qui concernent des îlots d’habitations insalubres d’où l’on chasse les habitants au prix de procédures complexes.

Les rénovations produisent le plus souvent des territoires où les immeubles de bureaux et les galeries marchandes coexistent avec des résidences inaccessibles aux personnes aux revenus modestes. Les choix architecturaux, la hauteur des immeubles ou les matériaux utilisés nourrissent aussi la contestation.

Dans ces rénovations triomphent des conceptions urbanistiques qui renient la rue traditionnelle : dalles ou mails réservés aux piétons, aménagés sur plusieurs niveaux de parkings souterrains, circulation automobile rejetée dans des voies rapides qui ceinturent le périmètre.

2. Réhabilitation, requalification

Les excès de la rénovation urbaine dans les centres villes ont conduit à donner plus souvent la priorité à la réhabilitation, afin de protéger le patrimoine bâti et de le mettre en valeur, qu’il ait une dimension patrimoniale reconnue ou non[25].

Il s’agit d’opérations longues et coûteuses, qui supposent une participation active des propriétaires, moyennant avantages fiscaux. Dans le même temps, la puissance publique accompagne le mouvement en « requalifiant » rues et places, souvent rendues aux piétons.

3. De nouvelles dynamiques

Rénovation et réhabilitation s’accompagnent d’une transformation profonde de l’économie et de la société : les petits commerces tendent à disparaître, et la population aux faibles revenus est progressivement chassée par les prix de l’immobilier. Parallèlement, attirés par le charme retrouvé de ces quartiers, de nouveaux habitants plus fortunés s’installent –Vocabulaire p.304 : « gentrification », tout comme des artistes, ce qui suscite une vie culturelle différente, attirant visiteurs et touristes. L’appareil commercial suit avec galeries d’art, boutiques de luxe, etc...

Cela pose la question du maintien dans les centres villes de catégories populaires, souvent très attachées à « leurs » quartiers qui constituent une réalité sociale forte, où les solidarités s’enracinent dans une mémoire commune. Leurs associations regardent avec beaucoup de méfiance les projets de réhabilitation, et les municipalités s’efforcent de concilier la lutte contre l’insalubrité avec le maintien en centre-ville de quartiers populaires, comme à Marseille dans Le Panier[26].

B. Reconquête urbaine dans les anciens faubourgs et les proches banlieues

1. Des territoires en mutation

À la périphérie immédiate des espaces centraux, se trouvent les anciens faubourgs et les proches banlieues –Vocabulaire p.300, associant les industries de la fin XIXème et du début XXème siècles et les quartiers ouvriers comportant un parc important de logements sociaux[27]. Des mutations profondes affectent ces territoires.

Avec l’évolution du système productif[28], l’abondance des friches industrielles, la lutte contre l’habitat insalubre, la prise en charge des problèmes sociaux, beaucoup de ces territoires sont dans un processus de « régénération urbaine »[29] : de grands aménagements y fixent des activités tertiaires, souvent de haut niveau. La proche banlieue est alors intégrée dans une centralité élargie, parfois multipolaire[30].

1. Requalification du patrimoine industriel

Dans un premier temps, comme dans les espaces centraux, c’est la rénovation qui l’a d’abord emporté, car dans un bâti du XIXème siècle et du début du XXème, fait d’usines et d’entrepôts, rien ne semblait digne d’être protégé. Des voix se sont pourtant élevées pour empêcher la démolition de certains bâtiments constituant un patrimoine industriel. Ces bâtiments, témoins de prouesses techniques et d’une mémoire sociale, contribuent à l’identité et à l’image d’une ville, au même titre que bien des monuments historiques plus anciens et depuis longtemps protégés : des hôpitaux, des casernes, des manufactures, des abattoirs, des entrepôts, etc. ont ainsi échappé à la destruction ; ils accueillent aujourd’hui des activités sans rapport avec leur vocation d’origine : universités, infrastructures culturelles (musées, salles de concert…), immeubles de bureaux, résidences de standing –doc.1 p.305, Le « Cube orange », dans le quartier de Lyon confluence[31]… ce qui pose, comme au centre-ville, la question du maintien des classes populaires et de la mixité sociale –Vocabulaire p.304.

C. Les périphéries urbaines : "ville étalée", "ville fragmentée"

Au-delà des faubourgs et des proches banlieues, la ville se fragmente dans une périphérie où se juxtaposent des espaces de plus en plus spécialisés : le « zoning » fonctionnel, favorisé depuis un siècle par le développement des moyens de transport qui a permis de séparer lieux de résidence et lieux de travail[32], s’accentue.

1. L’aggravation des contrastes socio-spatiaux

Très révélatrices d’une ségrégation sociale accentuée, les zones résidentielles se distinguent les unes des autres, opposant les grands ensembles d’habitat collectif aux banlieues pavillonnaires composées de lotissements qui, en quelques années, ont conquis les franges rurales des villes.

La marée pavillonnaire a transformé de manière radicale les paysages entre villes et campagnes. Les classes moyennes y ont participé de façon massive, abandonnant les quartiers d’habitat collectif et en particulier le parc social des grands ensembles. Ainsi, elles y ont été progressivement remplacées par des habitants exclus de la migration vers le périurbain, marginalisés par la crise économique et le chômage –doc.2 p.305, La qualification des jeunes issus des ZUS, mais aussi par leurs origines, car souvent issues de l’immigration.

Beaucoup de quartiers d’habitat collectif sont devenus des « quartiers sensibles ». Depuis le début des années 1980, les violences urbaines –doc.4 p.305, L’évolution des grands ensembles de banlieue ont alimenté les débats et incité les autorités à animer une « politique de la ville » -Repère p.304, La politique de la ville en quelques dates + vocabulaire p.304 : politique de la ville, ZUS, Loi SRU.

La question des rapports entre ces problèmes sociaux et les formes urbaines héritées d’un urbanisme des années passées[33] se pose : détruire ? Remodeler ? Les solutions radicales suscitent des oppositions, car ces grands ensembles ont aussi une vie riche de sa diversité, de son histoire, des luttes aussi de ses habitants, dont beaucoup n’ont pas renoncé à trouver des solutions pour « vivre ensemble » -Dossier p.306-307 : « Marseille : quels enjeux pour l’aménagement d’une métropole en recomposition ? + Exercice p.313, Utiliser Google Street View pour analyser les paysages d’une banlieue du Havre

2. Diversification et spécialisation des zones d’activités

Hors des zones résidentielles, et nettement distinctes, la périphérie des grandes agglomérations est aussi marquée par la constitution de zones vouées à des activités de plus en plus spécifiques. Ainsi, à côté des anciennes zones industrielles, se développent des espaces dédiés au commerce, aux loisirs ou aux transports (plates-formes multimodales, centres de fret, gares TGV excentrées...).

À la dispersion initiale des usines, des entrepôts et des premiers hypermarchés, a succédé une organisation plus complexe exprimant de nouvelles complémentarités et solidarités fonctionnelles :

                                -         émergence des nouvelles « centralités » ;

-          parcs scientifiques et technopôles ;

-          zones vertes et parcs de loisirs : grands équipements publics pour les activités sportives et socioculturelles, mais aussi initiatives du secteur privé, seul ou en partenariat public-privé : terrains de golf, parcs d’attraction[34]...

III. Entre attractivité urbaine et nouvelles formes de développement : les espaces ruraux

Cours 2 p.300 : Quel avenir pour les espaces urbains ?

Doc.2 p.301, Qu’est-ce que l’espace rural ?- « Rural » désigne les lieux et les habitants vivant dans les campagnes, par opposition à l’urbain qui lui a trait à la ville. La majorité des ruraux ne sont pas des agriculteurs, mais des actifs vivant dans ce monde non urbain.

Lorsque la France a accéléré son urbanisation après la Seconde Guerre mondiale, on a souvent prophétisé un abandon complet des espaces ruraux[35], d’autant plus que le nombre des agriculteurs chutait. Or, au XXIème siècle, la France rurale ne se porte pas si mal (mieux que la France agricole, en tout cas !), mais elle vit en interrelation de plus en plus forte avec les espaces urbains –Repère p.300, La diversité des espaces ruraux + Carte 1 p.294, Population urbaine et population rurale en France et en Europe.

A. Des espaces intégrés aux dynamiques urbaines

1. Un étalement urbain[36] toujours plus lointain…

Des populations citadines viennent s’installer toujours plus loin du pôle urbain où elles travaillent. Les paysages agraires ou le bâti des villages ont l’allure de campagnes, mais la vie se déroule au rythme urbain de l’agglomération proche.

2. …Qui étend l’influence des villes jusque dans l’espace rural

L’influence des villes s’étend largement au-delà des couronnes périurbaines –Vocabulaire p.300 : périurbain : elle a stoppé la dévitalisation des campagnes. Les espaces « à dominante rurale »[37] se repeuplent à nouveau, au rythme de 75 000 habitants supplémentaires chaque année depuis 1999 (+ 0,7% par an) –doc.3 p.303, Le périurbain à l’Union (Haute-Garonne, 7 km de Toulouse) + Exercice p.312, Analyser une photographie et faire un schéma.

Toutefois ces espaces ruraux ne connaissent pas tous la même évolution : une bonne part de l’espace rural « isolé » ou « profond » reste à l’écart de ces processus.

B. Des usages nouveaux liés à une société citadine

1. Agriculture en berne

Les espaces ruraux ne s’identifient plus à l’agriculture, même si la moitié de la superficie du territoire français est utilisée pour la production agricole.

Cette fonction reste très présente dans les paysages, mais les communes rurales, même éloignées des grandes villes, n’ont plus qu’une minorité d’actifs dans l’agriculture[38].

2. Essor de l’économie résidentielle

L’économie résidentielle est désormais un levier efficace de l’attraction et du renouveau d’espaces ruraux non isolés. Même éloignés des villes, les espaces ruraux attractifs et bien desservis[39] affichent désormais une forte vitalité démographique : la multiplication des résidences secondaires pour les loisirs et vacances, la transformation de résidences secondaires en résidences permanentes par des retraités (quelquefois étrangers) venus s’y établir, l’activité touristique, assurent à la fois des revenus et une fréquentation supplémentaire. Ce phénomène est très marqué à proximité des littoraux, sur le pourtour méditerranéen et dans certaines régions de montagne.

Les espaces ruraux deviennent donc, dans une certaine mesure, un espace de consommation pour citadins, avec ce que cela implique en termes de conflits d’usage[40].

C. Appréhender et gérer la diversité des espaces ruraux

1. Le rural périurbain

Le rural périurbain et en voie de périurbanisation est directement associé aux métropoles par ses résidents. Son extension est cependant remise en cause à l’heure d’une réflexion sur la ville durable qui dénonce le coût environnemental et social élevé de l’étalement urbain.

La consommation d’espaces naturels agricoles, le coût et l’impact environnemental des réseaux collectifs (eau, assainissement) et des déplacements sont préoccupants -Dossier p.302-303 : Quelles sont les mobilités des habitants du périurbain ? + doc.2 p.305, Une mobilité dépendante du coût de l’automobile.

2. Le rural en renouveau

Les espaces ruraux touristiques, de résidences secondaires accueillant des retraités tirent parti de la présence de citadins. Par exemple, le Sud du Massif central et les Pyrénées, naguère encore frappés par le dépeuplement rural, ont réussi à y mettre fin : depuis peu, ils regagnent des habitants, à l’instar de la Lozère qui a enrayé puis inversé un déclin séculaire (151 000 habitants en 1881, 70 000 en 1989, 80 000 en 2013).

Dans ces régions, le maintien d’une agriculture de qualité, durable, est décisif.

3. Le rural isolé

Doc.1 p.301, La vallée de Saint-Martin de Valamas (Ardèche)- Les espaces ruraux plus éloignés des centres urbains, non favorisés par un climat méridional et souffrant déjà, çà et là, d’abandons liés à de faibles densités démographiques, continuent à décliner[41].

Ces espaces ruraux « profonds » ou « isolés », où même l’activité agricole se rétracte, sont un dossier majeur d’aménagement du territoire. Les services publics se dégradent (fermetures d’écoles et de bureaux de postes), les services en général et les commerces de proximité finissent par disparaître. Le désengagement des services publics (école, gare, poste…) est une question sensible. Des dispositifs, comme les zones de revitalisation rurale[42] ou les pôles d’excellence[43] visent à enrayer un processus de désertification.

 


[1] Paris compte-t-il 2 millions ou plus de 10 millions d’habitants ? Nice compte-t-elle 348 000 ou 947 000 habitants ?

[2] Le géographe français Max Derruau répétait à ses étudiants que si « la notion de ville apparaît claire à chacun », il est pourtant « difficile d’en donner une définition précise dans les termes ».

[3] Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale ont été diffusés les termes « conurbation », « région urbaine », puis « métropole » et « mégalopole », tandis qu’émergeaient des notions dynamiques comme celle de « périurbanisation ».

[4] Les conditions de vie (altitude, terres peu fertiles) y rendaient impossible une forte pression démographique, d’où la nécessité d’émigrer (Auvergnats de Paris, Savoyards, etc.)

[5] Il existe aussi des déserts humains au sud de Paris (Beauce, Brie), à cause d’une agriculture performante, ne nécessitant qu’une main-d’œuvre réduite.

[6] 1845 pour le Royaume-Uni à titre de comparaison.

[7] Les quelque 10 000 km² de nouveaux espaces urbains apparus entre 1990 et 1999 sont liés à l’absorption de nouvelles communes qui étaient auparavant considérées comme rurales. L’espace artificialisé (8,6% du territoire national) a enregistré, entre 1992 et 2003, une progression de 16,7%, survenue essentiellement dans les couronnes périurbaines. En témoigne l’extension des aires urbaines depuis 1990 : celle de Lyon est ainsi passée de 266 à 296 communes, celle de Toulouse de 255 à 342 !

[8] Cf. le célèbre bidonville de Nanterre progressivement résorbé dans les années 1960 et au début des années 1970.

[9] Depuis 1962 par exemple, l’unité urbaine de Toulouse a vu sa population progresser de 131%, tandis que par l’incorporation de nouvelles communes (2 en 1962, 72 en 1999) sa surface était multipliée par 6 –doc.3 p.303, Le périurbain à l’Union (Haute-Garonne, 7 km de Toulouse)

[10] C’est-à-dire les communes rurales autour des plus grandes métropoles dans lesquelles se concentrent les flux domicile-travail

[11] « Une zone bâtie est constituée par des constructions avoisinantes formant un ensemble tel qu’aucune ne soit séparée de la plus proche de plus de 200 mètres »

[12] Périurbanisation : diffusion de l’urbanisation dans un espace qui demeure rural.

[13] Cf. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1374

[14] NB- Il existe également des communes multipolarisées : au moins 40% de leur population active résidante ne travaille pas sur place, mais la polarisation de ces flux de migrants quotidiens n’est pas unique car leurs emplois se trouvent dans deux ou plusieurs pôles urbains proches.

[15] Dès 1964, dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire mise en œuvre par la jeune Datar (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), ils désignaient huit "métropoles d’équilibre" qui devaient être dotées de grands équipements, d’activités nouvelles…

[16] Les records étant détenus par Toulouse (+6,5%) et Lyon (+5,1%)

[17] Étymologiquement, des « villes-mères ».

[18] La diversité et la puissance de l’économie leur apportent fournisseurs, partenaires et débouchés ; la main-d’œuvre qualifiée et les consommateurs à haut pouvoir d’achat) y sont importants, etc.

[19] Les entreprises pratiquent la disjonction fonctionnelle (implantation des établissements —direction, gestion, recherche, fabrication— dans des lieux différents, car chaque fonction a des impératifs de localisation qui lui sont propres).

[20] L’agglomération parisienne concentre ainsi près de la moitié des emplois de cadres des fonctions métropolitaines supérieures (1 million sur les 2,3 millions que compte le pays). Elle abrite par exemple autant d’emplois dans le domaine des arts que l’ensemble des 353 autres aires urbaines.

[21] Position frontalière, fonctions européennes, puissance économique, spécialisation technologique…

[22] Des personnes âgées, des familles modestes, des travailleurs immigrés...

[23] Central Business District.

[24] Les surfaces libérées se négocient au prix fort, sur un marché foncier dopé par la demande active des promoteurs.

[25] Cf. le PNRQAD Notre Dame – Vernier – Thiers à Nice. (Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés).

[26] Les OPAH (Opérations programmées d’amélioration de l’habitat) permettent de trouver des solutions en ce sens, en concertation avec les populations concernées.

[27] HBM (Habitations à bon marché) de l’entre-deux-guerres, puis HLM (Habitations à loyers modérés).

[28] Recul des industries anciennes, déplacement des usines et des entrepôts dans des périphéries plus lointaines...

[29] Cf. l'opération Euroméditerranée à Marseille ou « Lyon-Confluence » à Lyon.

[30] …d’autant plus qu’elle est souvent très proche des centres historiques ou qu’elle leur est de mieux en mieux reliée grâce à de nouvelles lignes de transport en commun en site propre.

[31] Cf. http://www.lyon-confluence.fr/fr/index.html

[32] Cf. les théories de l’urbanisme « fonctionnaliste ».

[33] Habitat collectif en barres et tours, dalles piétonnes et centres commerciaux...

[34] Parc Astérix en Lorraine, Vulcania près de Clermont-Ferrand, etc.

[35] Cf. « désertification » du territoire, « fin des paysans »…

[36] Étalement urbain : vocabulaire p.300 + ci-dessus, I.B.1.b

[37] 51% des communes françaises, pour 18% de la population.

[38] Selon le recensement agricole 2010, il y a en France 604 000 chefs d’exploitations et co-exploitants agricoles (180 000 de moins qu’en 2007).

[39] La présence de touristes et résidents de pays européens a pu insuffler un dynamisme dans certaines régions présentant d’importantes aménités, comme le Périgord, grâce au trafic low cost de certains aéroports régionaux.

[40] Cf.H. VU-PHAM, T. KIRAT, « Les conflits d’usage des espaces périurbains et le contentieux administratif. Le cas de la région Ile-de-France », in Revue d’économie régionale et urbaine

[41] Ils correspondent souvent à la « diagonale du vide ».

[42] Zone de revitalisation rurale (ZRR) : dispositif de soutien aux zones rurales en difficultés sous formes d’avantages fiscaux accordés aux entreprises.

[43] Pôle d’excellence rurale (PER) : soutien accordé par l’État aux acteurs locaux engagés dans des projets économiques innovants dans des espaces ruraux.