1STMG - Thème 2 / Guerres et paix, 1914-1945

Plan

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I. L'EUROPE, UN ESPACE MARQUE PAR DEUX CONFLITS MONDIAUX (QUESTION OBLIGATOIRE)

 A. Deux conflits mondiaux : dimensions géopolitiques, spécificités et points communs

  1. L’organisation géopolitique de l’Europe modelée par les deux conflits : étude des cartes historiques

  2. Deux conflits mondiaux « en l’espace d’une vie humaine »

  3. Civils et combattants dans les deux conflits mondiaux

 B. Les génocides perpétrés durant la Première et la Seconde Guerre mondiale

  1. Le génocide arménien, pendant la Première Guerre mondiale

  2. Le génocide des juifs d’Europe, au cœur de la Seconde Guerre mondiale

II. VIVRE DANS L'ITALIE MUSSOLINIENNE (ETUDE AU CHOIX)

 A. Comment l’Italie devient fasciste

 B. Comment le fascisme prétend « forger un homme nouveau »

 C. Comment les Italiens vivent sous le régime fasciste

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Manuel p.56-79

Introduction

Ce thème a pour objectif de montrer que la guerre a profondément marqué l’Europe et les Européens dans la première moitié du XXème siècle.

Quels sont les effets des deux guerres mondiales sur le continent européen, sa situation géopolitique, son organisation politique, la vie de ses populations ?

I. L'Europe, un espace marqué par deux conflits mondiaux (question obligatoire)

Notions-clés :

Crime contre l'humanité – Crime de guerre – Génocide – Guerre totale – Nationalisme

Civils et combattants sont placés au cœur de ces conflits à la fois comme acteurs, mais aussi comme victimes de violences souvent extrêmes – mortalité de masse, génocides.

A. Deux conflits mondiaux : dimensions géopolitiques, spécificités et points communs

1. L’organisation géopolitique de l’Europe modelée par les deux conflits : étude des cartes historiquesapo 07

Carte 2 p.59, La nouvelle Europe de l’après-guerre- À l’issue de la Première Guerre mondiale, les grands Empires (Empires ottoman, russe, austro-hongrois, allemand) sont rayés de la carte, tandis que triomphe le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » : l’Europe, à l’issue de plusieurs grands traités (Brest-Litovsk, Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Trianon) est désormais essentiellement constituée d’États-nations -sans que soient réglés pour autant tous les problèmes de minorités nationales -Nationalisme : notion-clé p.62.

La Seconde Guerre mondiale redistribue à nouveau les cartes de l’Europe par des grands conférences (Yalta, Potsdam), selon les mêmes pratiques : respect du principe des nationalités, mais modification des tracés frontaliers en faveur des vainqueurs du conflit (Union soviétique), qui sanctionnent les vaincus (Allemagne), et annoncent la guerre froide à venir.

2. Deux conflits mondiaux « en l’espace d’une vie humaine »[1]

a. La Première Guerre mondiale, une guerre totale

Cours 1 p.62. La Première Guerre mondiale : l’entrée dans la guerre totale + Chronologie p.59. Les dates clés de la Première Guerre mondiale + Carte 1 p.58. L’Europe en guerre, 1914-1918.

La guerre, qui éclate en août 1914, oppose deux coalitions, l’Entente et les Empires centraux. Les premières semaines du conflit sont particulièrement meurtrières, en raison de la puissance de feu accumulée de part et d’autre ; la « guerre de mouvement » -Vocabulaire p.62 cède donc progressivement la place à la « guerre de positions », qui voit les deux camps s’enterrer progressivement s’enterrer dans des tranchées -doc.1 p.63, La guerre des tranchées : Canon en action, 1915, qui dessinent une ligne de front sur plusieurs centaines de kilomètres, dans le cadre d’une interminable guerre d’usure -Vocabulaire p.62, marquée par plusieurs batailles sanglantes (Verdun, février-décembre 1916), et qui d’étalera sur plus de quatre ans alors que les plans initiaux des états-majors envisageaient d’achever le conflit en quelques semaines.

En s’installant dans la durée, la guerre nécessite la mise en place d’une économie de guerre -Vocabulaire p.62 et suscite l’enracinement au cœur de populations déjà animées par un fort patriotisme -Vocabulaire p.62, d’une culture de guerre -Vocabulaire p.62. La Grande guerre acquiert alors les caractéristiques d’une guerre totale -Notion-clé p.62 + doc.2 p.63. Affiche. Une mobilisation totale.

b. La Seconde Guerre mondiale, une guerre d’anéantissement

Guerre d’anéantissement : vocabulaire p.64- La Seconde Guerre mondiale témoigne, par rapport à la Grande guerre, d’un degré supplémentaire dans la guerre totale[2], d’où l’intérêt de l’aborder par l’étude de la volonté d’anéantissement de l’adversaire, dans le cadre d’une opposition idéologique. Dans ces conditions, ce conflit se distingue par une surmortalité des civils[3], particulièrement exposés du fait de la nature du conflit et de sa configuration (invasions, retraites, occupations, bombardements…)

Déclenchée par l’invasion de la Pologne par l’Allemagne en septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale se déroule en deux phases :

  • L’Europe allemande (1939-1942) : pendant cette période, les puissances de l’Axe -Vocabulaire p.64 remportent victoire sur victoire. L’Europe est alors sous la botte nazie -Carte 1 p.60. L’Europe en 1942. Le Royaume-Uni est alors le seul pays à résister.
  • L’Europe libérée (1942-1945) : dans un second temps, la Grande Alliance (Union soviétique + États-Unis + Royaume-Uni -doc.1 p.65. Affiche. Les alliés ripostent) parvient à repousser les forces de l’Axe, après de grandes batailles comme celle de Stalingrad côté soviétique (de juillet 1942 à février 1943) ou des débarquements comme celui de Normandie côté américain et britannique (juin 1944) -Carte 2 p.61. La libération d’une Europe meurtrie, 1943-1945. L'Allemagne, prise en tenaille, capitule le 8 mai 1945.

3. Civils et combattants dans les deux conflits mondiaux

a. L’expérience de la Grande guerre

Les militaires

Pendant la Première Guerre mondiale, tout le système occidental de normes de l'affrontement guerrier qui vole en éclats, jusqu’au droit de la guerre. Celui-ci, censé protéger les soldats blessés et désarmés ainsi que les civils, avait fait l'objet au XIXème siècle et au début du XXème siècle d'une codification internationale écrite[4]. Mais dans la guerre totale, les procédures de limitation de la violence disparaissent : ainsi, la trêve des brancardiers n’est respectée que de manière exceptionnelle, et les blessés agonisent longuement sur les lieux du combat…

Le fantassin du XIXème siècle est un soldat dressé : il combat debout. Son arme est le fusil à poudre[5], qu’il recharge deux fois par minute, debout. Et c'est également debout qu’il tire, qu'il charge… La position verticale est non seulement dictée par les conditions techniques du combat, elle est aussi valorisée -et valorisante- aux yeux des soldats : sur le champ de bataille, on se tient droit. Physiquement, mais aussi, suppose-t-on, moralement.

Fin XIXème siècle, puis surtout pendant la Première Guerre mondiale, l’évolution technologique transforme radicalement la technique corporelle du combattant : le fusil à répétition envoie plus de dix balles[6] par minute ; la mitrailleuse, arme typique de la guerre industrielle, dresse devant elle un mur de balles de quatre cents à six cents projectiles par minute ; l'artillerie peut désormais écraser sous les obus un champ de bataille sur une profondeur de plusieurs kilomètres. Dans ces conditions, le soldat de la Grande Guerre au combat n’est plus un soldat dressé : il doit s'accroupir pour se déplacer, et se coucher dès qu'il est sous le feu. Recroquevillé sur lui-même, il s'écrase contre la terre au moment du danger. Lorsqu‘il en a la possibilité, il trouve refuge dans un trou d’obus, une tranchée, un abri collectif.

Ce combattant couché devient aussi dans une large mesure un combattant impuissant devant l'intensité du feu, terrorisé, humilié par sa propre terreur et ses manifestations physiologiques. L’expérience combattante, c’est un vécu terrifiant du bombardement, par canon, par mortier, lance-roquettes, bombe d’avions. Le sentiment de vulnérabilité corporelle du combattant est encore accentué par le recours aux gaz de combat, l’action des chars et des avions : un combattant dont l'entraînement, l'expérience, les qualités physiques et psychiques dans l'activité de combat, pèsent désormais peu face à l’efficacité anonyme du feu[7], caractéristique du combat moderne. Le champ de bataille cesse définitivement d’être ce « champ de gloire » des campagnes du Premier Empire. L'expérience combattante est sous la plume de très nombreux témoins, évoquée comme une « boucherie » : le sens même du combat tend à disparaître, et la guerre à devenir une expérience déshumanisante, d’une répugnante absurdité.

Ce sont les conflits modernes qui ont, à la fois, considérablement accru le nombre des « blessés psychiques », et forcé les services de santé des armées à prendre leur cas en considération et à mettre en place des procédures thérapeutiques. 1914-1918 constitue la rupture majeure : du côté français par exemple, les « pertes » psychiques s’élèvent à 14% du total des indisponibilités.

L'agression sensorielle représentée par le combat moderne fut donc hautement traumatique pour ceux qui eurent à la traverser :         

  • choc visuel du spectacle des ruines, et des cadavres déchiquetés, dont la vision est inséparable de l’anticipation de ce qui peut advenir de son propre corps ;
  • le toucher est affecté quand il y a projection sur sa peau de fragments du corps de camarades proches, ou lorsque l'on ne peut éviter de marcher sur celui de camarades tués ou blessés ;

l'odorat est agressé par l’odeur des cadavres en décomposition quand la dangerosité du champ de bataille empêche de les enterrer ;

l'ouïe, subit le bruit des explosions ou le cri des blessés.

 

La campagne continue, en allongeant la durée des stress combattants, suscite un épuisement physique et psychique total. En outre, les troubles s'inscrivent ensuite dans le long terme. Tout se passe comme si les formes du combat au XXème siècle avaient outrepassé les capacités de ceux chargés de les mettre en œuvre.

Les civils

Si la Première Guerre mondiale est très meurtrière pour les combattants, certains civils ne sont pas épargnés : en Belgique ou dans le Nord de la France, l’essentiel de la guerre se déroule sous occupation allemande, avec toutes les exactions que cela implique.

b. L’expérience de la Seconde Guerre mondiale

Les combattants

La Seconde Guerre mondiale montre aussi un véritable acharnement des combats : en six semaines de la campagne de France (mai-juin 1940), 100 000 soldats français trouvent la mort. Entre 1939 à 1945, la Royal Air Force britannique perd 80 000 membres d’équipages. Du côté de la Wehrmacht, on enregistre 800 000 tués entre 1939 et 1942, puis 2 800 000 trouvent la mort au cours des deux années suivantes… Quant aux pertes soviétiques, elles sont estimées à plus de 13 millions de combattants : tel est le prix humain de la « grande guerre patriotique » (1941-1945).

Les civils

Guerre d’anéantissement, la Seconde Guerre mondiale se caractérise par une surmortalité des civils[8], particulièrement exposés du fait de la nature du conflit et de sa configuration : invasions, retraites, occupations, bombardements…

  • Invasion et retraite

Pour les civils, l'invasion constitue un moment de particulière vulnérabilité face aux violences exercées par les troupes d'invasion : exécutions, viols, prises d'otages s’accompagnent de pillages et de saccages, les atteintes aux personnes et aux objets s'inscrivant dans une étroite continuité, essentiellement (mais pas seulement) de la part des troupes nazies[9].

La dimension idéologique et raciale de l’invasion de la Pologne en septembre 1939 et de l’Union soviétique en juin 1941 induit un franchissement de seuil dans les violences d'invasion subies par les civils. Engagés dans un conflit conçu comme une guerre d'extermination devant assurer « l’espace vital » de la « race aryenne », les soldats allemands exercent une violence totale[10].-         

  • Occupation

L'occupation obéit à la logique de la guerre totale : l'occupant ne se contente plus seulement d'assurer la sécurité et le ravitaillement de ses troupes. La captation des ressources des territoires occupés affecte les conditions d'existence, voire la possibilité de survie des occupés -Cf. politique de famine est comme instrument de conquête[11].

Le travail forcé constitue un des aspects décisifs de l'exploitation des territoires occupés. En 1939, dès les premiers jours de l'occupation, les bureaux du travail installés en Pologne déportent des travailleurs vers l’Allemagne[12].

L'occupant exerce un contrôle étroit sur des domaines toujours plus nombreux de la vie collective et personnelle. La présence et le pouvoir de l'ennemi s'expriment d'abord par le contrôle de l'espace, une emprise exercée indifféremment sur les espaces public et privé[13].

Cette occupation suscite des fractures dans la conscience nationale entre ceux qui choisissent de collaborer avec les vainqueurs et ceux qui se dressent contre l'occupant. Aux actes de résistance, les occupants répliquent par les prises d'otages, la torture, les exécutions, des représailles[14] et la déportation -en vertu du décret de décembre 1941[15].

  • Bombardements

Plus que n’importe quel autre aspect des conflits modernes, le bombardement aérien est caractéristique de la guerre totale : il n’épargne rien, ni les implantations industrielles, ni les cibles civiles ; il efface les distances, projette les civils sur le front, ne tient compte d’aucune restriction matérielle ni morale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, à l'exception des États-Unis, les civils de toutes les grandes villes des pays belligérants subissent les bombardements. Ceux de Varsovie, en septembre 1939, et de Rotterdam, en juin 1940, marquent l’entrée dans le conflit sur le front oriental, puis occidental. Dans la capitale polonaise les quartiers les plus densément peuplés sont visés. Durant le Blitz qui frappe les villes anglaises à partir de septembre 1940, les 18 000 tonnes de bombes déversées font 43 000 morts. À partir de 1942, la Royal Air Force[16] intensifie ses attaques contre les villes allemandes : les villes de la Ruhr[17] et Lübeck[18] sont bombardées en mars 1942 ; en juillet 1943, 2 500 appareils participent au bombardement de Hambourg qui fait 40000 morts et 800000 sans-abri. En février 1945, l'US Air Force[19] et la RAF, bombardent conjointement Dresde (70 000 morts) les 13-14 février 1945. Contre le Japon, en mars 1945, 300 superforteresses B29 déversent des bombes incendiaires sur Tokyo, provoquant la mort de 100 000 personnes.

Les techniques de bombardement stratégique -Vocabulaire p.66 évoluent : le bombardement commence par le lancer de mines qui détruisent les plus grosses structures et provoquent des ondes de pression, celles-ci démultiplient l'effet des bombes incendiaires provoquant de véritables ouragans de feu qui atteignent des vitesses élevées et propagent l’incendie. Enfin les bombes à retardement ciblent les équipes de secours. Le recours à l'arme atomique contre le Japon (Bombardements atomiques d’Hiroshima, puis de Nagasaki les 6 et 9 août 1945) constitue le point ultime de cette mutation des moyens de feu destinés à l'anéantissement des villes et de leurs habitants.

B. Les génocides perpétrés durant la Première et la Seconde Guerre mondiale

1. Le génocide arménien, pendant la Première Guerre mondiale

C’est pendant le premier conflit mondial que se déroule un des premiers génocides du XXème siècle, le génocide -Notion-clé p.64 des Arméniens. Ceux-ci constituent, à proximité de l’Empire russe, une minorité chrétienne qui de surcroît aspire à l’autonomie. Le mouvement nationaliste « Jeune-turc » arrivé au pouvoir en 1913 les perçoit comme un obstacle à sa volonté d’édifier un État-nation sur une base ethnique et religieuse. Pendant la Grande guerre, en 1915, des milliers d'Arméniens sont éloignés de la frontière russe. Leur déportation à marche forcée vers les régions désertiques du sud vise à les éliminer : sur les 2,3 millions d’Arméniens vivant dans l’Empire ottoman, plus d’un million trouvent la mort -doc.3 p.63. Texte. Le massacre des Arméniens.

2. Le génocide des juifs d’Europe, au cœur de la Seconde Guerre mondiale

Le génocide des Juifs d’Europe[20] constitue le point culminant de la barbarie au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Tandis que s’amorce en France un processus de persécution dès 1940[21], le sort des Juifs s'aggrave avec les conquêtes nazies au centre et à l’Est de l’Europe[22], chaque acquisition territoriale s'accompagnant de mesures de confinement ou d'extermination.

  • Confinement, dans les « ghettos » au début de 1940 : des Conseils juifs sont contraints de se former, de recenser les populations concernées, qui sont parquées dans les anciens ghettos des villes polonaises et lituaniennes. Chaque ghetto forme un monde clos que les habitants ne sont autorisés à quitter que pour aller travailler. Ce travail forcé et les mauvais traitements, ainsi que la promiscuité et la malnutrition, aboutissent à une première forme d'extermination qui décime rapidement les grands ghettos de Lodz (200.000 personnes) et de Varsovie (435.000), avant qu’il ne soit décidé de les anéantir.
  • Extermination, quand l’invasion de l'Union soviétique à partir de l’été 1941 amène Hitler à envisager des solutions plus radicales. Les massacres sont inaugurés en Union soviétique[23]. Dans la seule ville de Kiev, près de 34000 juifs sont abattus en deux jours[24].

À la fin juillet 1941, sur l'ordre de Goering, Heydrich dresse un plan détaillé d'extermination qui est exposé et approuvé lors d'une réunion interministérielle tenue en janvier 1942 dans le faubourg berlinois de la Wannsee[25]. Appelée « solution finale », l'extermination des Juifs est décidée à la fin de 1941 et prend effet dans les premiers mois de 1942. Au printemps 1942 la déportation s’accélère : les Juifs, mais aussi de nombreux « inférieurs de race » (en particulier les Tsiganes) et prisonniers de guerre sont acheminés vers des camps situés pour la plupart au Centre et à l'Est du nouvel « empire » allemand. Aux camps de concentration construits avant la guerre et destinés à l'internement des opposants, s’ajoutent, à partir de 1942, les camps d’extermination, véritables usines de mort : Belzec, Chelmno, Maïdenek, Sobibor ou Treblinka. Le plus tristement célèbre demeure Auschwitz-Birkenau, en Silésie.

Utilisant le Cyclone B[26], Auschwitz acquiert une effroyable efficacité dans le meurtre à la chaîne[27]. Pour assurer le transfert des populations destinées au génocide, d'immenses rafles ont lieu en Europe, souvent avec des complicités locales[28]. Au cours de l'année 1943, tous les Juifs des territoires de l'Est sont enlevés des ghettos et transférés dans les camps. Aussi le bilan final est-il terrible : la politique nazie d’extermination frappe 30% des 600.000 Tsiganes, 60% des 8,3 millions de Juifs vivant en Europe avant la guerre (c’est la Shoah –vocabulaire p.68). Des proportions qui s'élèvent à 85% en Pologne, 82% en Tchécoslovaquie, presque 90% dans les pays baltes. Le secret dont sont entourées les mesures prises, la minutie morbide de l'encadrement concentrationnaire, l'incrédulité de nombreux Juifs, persuadés jusqu'au bout d'être les victimes d'un simple internement, expliquent l'étendue du génocide.

L'effroyable logique du système concentrationnaire nazi, qui est aussi le produit de la guerre totale, dépersonnalise les détenus par les traitements avilissants, et aboutit à la mort d'environ 10 millions de personnes, dont 5 à 6 millions de Juifs.

À la fin de la guerre, soldats américains et soviétiques découvrent avec horreur d'immenses charniers dans les camps qu'ils libèrent. Ce traumatisme[29] va conduire les pays vainqueurs à définir une nouvelle notion de droit international, celle de « crime contre l'humanité ». C'est sur ce chef d'accusation et sur celui de « crime de guerre » que les responsables du régime nazi sont jugés en 1945-1946 à Nuremberg.

II. Vivre dans l’Italie mussolinienne

A. Comment l’Italie devient fasciste

En 1922, dans une Italie rongée par les difficultés économiques et sociales de l’après-guerre, Mussolini -Biographie p.74 prend le pouvoir à la suite de la « Marche sur Rome » (28 octobre) et impose progressivement un régime totalitaire fasciste en Italie (lois « fascistissimes », 1925-1926 -doc.3 p.75).

Ce régime vise à installer le pouvoir d'un parti unique et à créer un « Homme nouveau », tout en mobilisant l'adhésion de l'ensemble de la société par l'utilisation massive de la propagande, de l'embrigadement des masses -doc.5 p.75.et de la terreur politique.

B. Comment le fascisme prétend « forger un homme nouveau »

La priorité est accordée à l'encadrement de la jeunesse dans des organisations spécifiques, sous le contrôle de l'Opera Nazionale Balilla. Les jeunes font l'objet d'une préparation sportive et militaire, mais aussi d'un endoctrinement. L’ensemble de la population est soumis à une intense propagande véhiculant les valeurs d'obéissance, le culte du chef -doc.4 p.75 et de la guerre.

C. Comment les Italiens vivent sous le régime fasciste

La vie quotidienne des Italiens est profondément transformée par le régime fasciste. Tous les aspects de la vie individuelle sont pris en charge par l'État totalitaire : le travail (interdiction des syndicats, remplacés par des organisations corporatistes), les loisirs -doc.8 p.77. Sport et fascisme + doc.9 p.77. « Le cinéma est l’arme la plus forte », ou encore la natalité -doc.7 p.76. La famille fasciste idéale.

Le Parti exerce un contrôle sur les organisations et les associations, auxquelles les Italiens doivent adhérer. Si une partie de la population soutient le régime -doc.6 p.76. Les réalisations du fascisme, certains Italiens sont soumis à la répression comme les opposants politiques ou à l'exclusion de la société comme les Juifs, en particulier après le rapprochement avec l'Allemagne nazie.

Révisions p.79 : L’essentiel + Schéma de synthèse

 


[1] Cf. Préambule de la Charte des Nations unies (1945) : « Résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances »

[2] La Seconde Guerre mondiale fait 50 millions de morts environ, contre 10 millions pour le premier conflit mondial.

[3] La distinction entre combattants et non-combattants s’efface : combats à outrance, bombardements des villes, massacres de prisonniers ou de populations civiles, traitement des prisonniers de guerre…

[4] Les conventions de Genève de 1864 (complétées en 1929 et 1949), celles de La Haye de 1899 et 1907 (prolongées en 1922-1923) prenaient la suite d'un jus belli coutumier bien plus ancien.

[5] Les balles sont alors rondes, peu pénétrantes, et ne portent guère au-delà de 100m.

[6] Les balles sont devenues coniques, rapides, pivotantes, et donc extrêmement vulnérantes, jusqu'à une distance utile de six cents mètres environ.

[7] Cette violence nouvelle se caractérise également par l’anonymat de la blessure et de la mort infligées, lié à la portée des armes : on ne sait qui on tue ni qui vous tue.

[8]La distinction entre combattants et non-combattants s’efface : combats à outrance, bombardements des villes, massacres de prisonniers ou de populations civiles, traitement des prisonniers de guerre…

[9] En 1945, les civils allemands sont à leur tour exposés aux violences de l’Armée rouge (Cf. M. Hillers, Une femme à Berlin)… Par ailleurs, les libérateurs américains n’ont pas non plus été tous exemplaires après le débarquement (Cf. ML Roberts, Des GI’s et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération).

[10] L’anéantissement de 30 millions de Slaves est considéré par Hitler comme la condition préalable à la réalisation de « l’espace vital ». Cf. notamment les missions d'extermination des Einsatzgruppen.

[11] Cf. siège de Leningrad.

[12] En juillet 1944, lorsque la production d'armement allemand atteint son maximum, le Reich emploie 5,7 millions de travailleurs étrangers, 1,9 million de prisonniers de guerre et 400000 détenus des camps, ce qui représente un quart des actifs du pays.

[13] Alors que l'occupant quadrille les villes et les villages et investit les bâtiments administratifs et les lieux symboliques du pouvoir, les particuliers doivent loger soldats et officiers ennemis et sont soumis à des réquisitions : la barrière de l'intimité est ainsi constamment violée.

[14] Le village tchèque de Lidice est anéanti, en juin 1942, après l'assassinat de Heydrich ; la population d'Oradour est massacrée et le village incendié (juin 1944) après des attentats contre la division Das Reich

[15] Le décret « Nacht und Nebel » signé par le Maréchal Keitel prévoit la déportation pour tous les opposants ou ennemis du Reich.

[16] R.A.F. : aviation britannique.

[17] Région industrielle stratégique.

[18] Aucun objectif militaire ou stratégique.

[19] Cf. bombardiers B17 et B24.

[20] L’extermination frappera aussi les Tsiganes, les Slaves, les francs-maçons, l’opposition politique de gauche et tous les démocrates et les résistants, en général.

[21] Cf. Statut des Juifs adopté par le gouvernement de Vichy le 3 octobre 1940. Par la suite, sous l'impulsion de Xavier Vallat, commissaire aux questions juives dans le gouvernement de Vichy, est constitué un fichier des Juifs français, qui facilitera grandement la tâche des autorités allemandes. Enfin, Allemands et Vichyssois tiennent le même discours : « Les Juifs responsables de la guerre », qui trouve son illustration la plus spectaculaire dans le procès de Riom, où est jugé Léon Blum.

[22] Par exemple, la victoire nazie sur la Pologne met 2 à 3 millions de Juifs sous la tutelle du Reich.

[23] C’est la « shoah par balles ».

[24] À Babi Yar (ou « Ravin de la bonne femme ») près de Kiev (Ukraine), ce sont au total près de 100 000 personnes (prisonniers de guerre soviétiques, communistes, juifs, tziganes et otages civils) qui furent assassinées par les nazis et des collaborateurs locaux. Sur la mémoire de ce massacre, Cf. la notice Wikipédia de la Symphonie n°13 de Chostakovitch, que l’on peut écouter ici.

[25] Le 20 janvier 1942, quinze hauts responsables du Troisième Reich sont réunis sur l'organisation de l'extermination des Juifs d'Europe. Cette réunion a été mise en œuvre, sur instruction d’Adolf Hitler, par Hermann Göring, Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Adolf Eichmann.

[26] Fin 1941, dans le camp de Chelmno, les victimes, entassées dans des camions, sont asphyxiées par les gaz d'échappement introduits dans l'habitacle. Mais cette méthode est trop lente et peu rentable aux yeux des SS. Sollicités, les chimistes allemands vont mettre au point un nouveau gaz, le Cyclone B.

[27] À son maximum de rendement, il accueille une population de 100 000 détenus, et 12 000 victimes y périssent quotidiennement.

[28] En France, les Juifs sont entassés dans des camps d'internement : au vélodrome d'hiver, après la grande rafle de juillet 1942 à Paris, à Beaune-la-Rolande, à Pithiviers... Cf. la rafle du Vel' d'Hiv' (16 juillet 1942).

[29] Il s’agit indiscutablement d’un traumatisme, même si les Alliés avaient depuis 1942 clairement connaissance des faits. Cf. « Les Alliés savaient-ils ? », Le Monde, 18 juillet 2005.