TS - Thème 2 / Grandes puissances et conflits dans le monde depuis 1945 - Question 2 / Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la Seconde Guerre mondiale

Plan

pdf ppt 


I. 1945-1991. PENDANT LA GUERRE FROIDE, UNE RÉGION INSTABLE ET UN PIVOT DES RELATIONS INTERNATIONALES
 A. UNE RÉGION AU CŒUR DES TENSIONS INTERNATIONALES DE 1945 À 1991
  1. La rivalité américano-soviétique
  2. L'inexorable montée du fondamentalisme islamique et la révolution iranienne
  3. Les hydrocarbures, enjeu économique, facteur d’inégalités et de conflits
  4. Des conflits permanents
 B. CONFLITS AUTOUR DE LA CRÉATION ET DE L’EXISTENCE DE L’ÉTAT D’ISRAËL
  1. 1947-1948 : la guerre civile et le plan Dalet
  2. 1948-1973 : de la première guerre israélo-arabe à la guerre du Kippour
  3. 1973-1992 : de Kippour au « processus de paix »

II. 1991 À NOS JOURS. UN FOYER DE DÉSTABILISATION DU NOUVEL ORDRE MONDIAL POST-GUERRE FROIDE
 A. LES DEUX GUERRES DU GOLFE : GUERRES DU PÉTROLE OU CONFLITS POST-GUERRE FROIDE ?
  1. La première guerre du Golfe (1990-1991)
  2. La seconde guerre du Golfe (2003)
 B. DEPUIS 1992 : DU « PROCESSUS DE PAIX » À LA « FEUILLE DE ROUTE »
  1. Vers la reconnaissance mutuelle
  2. De l'accord Gaza/Jéricho à l'enlisement du processus de paix
  3. La paix impossible ?

III. AUJOURD’HUI. LE LIEU DE TOUS LES PÉRILS GÉOPOLITIQUES
 A. DE PUISSANTS FACTEURS DE DÉSTABILISATION GÉOPOLITIQUE
  1. La fragilité des États et les contestations populaires
  2. Les tensions religieuses à leur paroxysme
 B. L’ENJEU ÉNERGÉTIQUE
 C. UN ARC DE CRISES

ts h2 2

Manuel p.132-165

Introduction

Avant tout, attention aux confusions : l’ensemble Proche-Orient / Moyen-Orient ne coïncide pas avec le « monde arabe », qui s’étend du Golfe arabo-persique à l’Océan atlantique[1]. En France, l’expression « Proche-Orient » désigne traditionnellement les régions de l’Est du bassin méditerranéen, de la Turquie à l’Égypte. L’expression « Moyen-Orient », quant à elle, s’est imposée depuis un siècle sous l’influence des Anglo-Saxons, notamment à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Géographiquement, le Moyen-Orient se définit comme l’ensemble des pays de l’Asie de l’Ouest et du Sud-Ouest, de la Turquie à l’Iran, voire l’Afghanistan, et du Sud du Caucase à la péninsule Arabique, ensemble qui comprend en outre l’Égypte.

Des constantes sont observables tout au long de la période : les luttes d’influence entre puissances régionales, les ingérences des puissances étrangères, l’instabilité des frontières et la fragilité des États :

  • Tout au long du XXe siècle, les principaux États du Proche et Moyen Orient se sont livré une lutte d’influence : nationalisme turc à partir des années 1920, rivalités pour la direction du mouvement panarabe –Panarabisme : vocabulaire p.138 dans les années 1930 puis 1950-1960, manœuvres des monarchies du Golfe contre leurs voisins trop ambitieux[2]
  • Jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, le Proche et le Moyen-Orient subissent la domination ottomane ; puis, l’entre-deux-guerres est l’ère des mandats SDN exercés par la France et le Royaume-Uni. Après quoi, dans le contexte de la guerre froide, Union soviétique et États-Unis cherchent à établir leur influence sur la région ; enfin, la guerre froide achevée, l’hyperpuissance étatsunienne, désireuse d’y établir un nouvel ordre régional, fait basculer par ses interventions militaires la région dans une nouvelle phase d’instabilité.
  • Par ailleurs, une des caractéristiques géopolitiques fondamentales du Moyen-Orient et du Proche-Orient consiste dans l’instabilité des frontières, issues d’un découpage colonial souvent effectué au mépris des réalités humaines, économiques ou historiques, qui affaiblit la notion même d’État. Modifiées à de nombreuses reprises, elles sont souvent discutées, voire niées[3].

Quels facteurs font de la région un foyer particulier de conflits ? Pourquoi ces conflits ont-ils dans le monde une telle résonnance ?

I. 1945-1991. Pendant la guerre froide, une région instable et un pivot des relations internationales

Durant cette période, on retrouve les « constantes » exposées ci-dessus : luttes d’influence entre puissances régionales, ingérences des grandes puissances étrangères, remises en cause des frontières et fragilité des États.

A. Une région au cœur des tensions internationales de 1945 à 1991.

Entre 1945 et 1991, la géopolitique complexe de la région est également déterminée par les tensions de la guerre froide[4], durant laquelle les deux superpuissances rallient à leurs blocs différents États de la région (Israël, Arabie saoudite notamment pour les États-Unis, Syrie, Irak pour l’Union soviétique).

1. La rivalité américano-soviétique

Le développement de la puissance soviétique au Moyen-Orient est le souci principal des puissances occidentales de 1945 jusqu'à l'effondrement de l'Union soviétique en 1991. Dans l'immédiat après-guerre, les puissances occidentales ont au Moyen-Orient des intérêts vitaux pour leur sécurité, car cette région est un important carrefour de communications[5]. Le contrôle militaire du Moyen-Orient est donc pour l'Occident un élément fondamental de politique de défense, d’où la signature en 1955 du Pacte de Bagdad, dans le cadre du containment induit par la guerre froide[6]. Pour exercer ce contrôle, il faut aussi agir sur la vie politique des pays de la région, afin d'empêcher la « subversion » que Moscou exerce à travers le développement des partis communistes locaux[7] et combattre l’influence des partis nationalistes et anti-impérialistes, de plus en plus être attirés par les diverses formes de régimes socialistes (yougoslave, soviétique, chinois).

Quant à l'Union soviétique, désireuse de rompre le dispositif de containment américain, elle cherche par tous les moyens à ancrer son influence au Moyen-Orient. Ainsi, après avoir appuyé massivement la création d'un État juif en Palestine[8], elle se détourne d’Israël dès le milieu des années 1950, pour appuyer les mouvements nationaux arabes, cependant qu'Israël trouvera des alliés naturels de plus en plus proches dans les anciennes puissances coloniales européennes[9].

2. L'inexorable montée du fondamentalisme islamique et la révolution iranienne

a. Montée du fondamentalisme islamique

À partir de la défaite arabe face à Israël en 1967, on assiste à une montée générale des fondamentalismes religieux au Moyen-Orient. Les États-Unis y voient une opportunité pour renforcer le containment. Ainsi, ils encouragent l'Arabie Saoudite à mobiliser l'islam dans la lutte contre l'influence de l'Union soviétique.

D’où la fondation, en 1969 à La Mecque, de l’OCI[10]. La dictature militaire islamique pakistanaise, sera, aux côtés de l'Arabie Saoudite, le pilier de cette organisation. Parmi les buts de l’OCI, figurent, en plus du soutien au peuple palestinien, de l’affirmation des valeurs islamiques et de la promouvoir de la solidarité entre États islamiques, la lutte contre l'athéisme marxiste.

Un peu partout, les mouvements intégristes sont financés et des subsides sont versés par l'Arabie Saoudite, le Koweït ou le Qatar aux États suivant cette voie.

b. La révolution iranienne

Dossier p.148-149, L’Iran et l’islamisme chiite après 1979- Le succès de cette politique pousse les États-Unis à favoriser une prise de pouvoir des religieux à Téhéran, lorsque le régime du shah d'Iran vacille en 1979. La crainte est trop grande de voir la coalition des partis de gauche, en particulier le puissant Parti communiste (Toudeh), prendre le pouvoir. Tiré de son exil irakien et installé à Paris, l'imam Khomeiny –Biographie p.148 jouira d’un fort soutien occidental pour s'affirmer comme chef charismatique de l'opposition iranienne. Lorsque le shah d'Iran abandonne le pouvoir en janvier 1978, l'imam est ramené de Paris à Téhéran le 1er février 1979, dans un avion spécialement affrété par le gouvernement français, qui le traite comme un véritable chef d'État. Sitôt installé, le nouveau régime entre alors dans une surenchère islamique à l'échelle régionale et internationale, que les États-Unis ne semblaient pas avoir prévue[11].

En décembre 1979, l’Union soviétique réagit en pénétrant en Afghanistan, pour y soutenir un régime socialiste qui lui est favorable. Les États-Unis continuent alors, à travers leurs deux alliés fidèles saoudiens et pakistanais, de renforcer partout dans les pays musulmans les mouvements intégristes sunnites et chiites.

3. Les hydrocarbures, enjeu économique, facteur d’inégalités et de conflits

Le Moyen-Orient concentre près des deux-tiers des réserves mondiales conventionnelles prouvées de pétrole et 40% des réserves de gaz naturel –Carte 3 p.137, une région stratégique et conflictuelle.

L’exploitation a commencé dès le début du XXème siècle, mais l’exploitation massive débute après 1945, au bénéfice des grandes compagnies pétrolières européennes et américaines. Le développement de l'industrie pétrolière a fait de la région le plus vaste réservoir mondial d'énergie à bon marché, dont le contrôle est jugé vital pour le bon fonctionnement des économies occidentales. Si les compagnies européennes dominent l'exploitation des pétroles irakien et iranien, les compagnies américaines ont obtenu en 1945 le monopole exclusif de l'exploitation des énormes réserves saoudiennes- Cf. pacte du Quincy (14 février 1945) par lequel Franklin D. Roosevelt et Abdelaziz Ibn Saoud conviennent qu’un accès aux ressources pétrolières serait garanti aux États-Unis en échange de la protection militaire de la monarchie saoudienne –doc.1 p.152, Les États-Unis protecteurs de l’Arabie Saoudite (1945). À partir du début des années 1960, les découvertes de réserves vont se multiplier au Moyen-Orient, en particulier dans les petites principautés bédouines et marchandes de la péninsule Arabique (Abu-Dhabi, Qatar, Koweït). Pour permettre au pétrole de s'écouler librement vers l'Europe et les Amériques, des oléoducs sont construits qui amènent le précieux liquide des eaux du golfe Persique et de la haute Mésopotamie en Irak (Kirkouk) à la Méditerranée.

Les jeunes nations productrices ne se réapproprient que progressivement leurs ressources[12], souvent avec beaucoup de difficultés[13]. Cf. la crise iranienne (1951-1953) –doc.2 p.152, En Iran, le renversement de Mossadegh (1953).

En 1960, les pays producteurs parviennent à imposer leur contrôle sur les prix en se dotant de l’OPEP –Vocabulaire p.152, doc.3 p.153, La délégation du Koweït lors de la création de l’OPEP…, qu’ils utilisent aussi comme un moyen de pression sur les pays industrialisés. Cf. en 1973, au moment de la guerre du Kippour[14], ils provoquent ainsi l'augmentation des prix et un premier choc pétrolier, qui contribue à déstabiliser l’économie capitaliste mondiale –doc.4 p.153, Les conséquences pétrolières de la guerre du Kippour (1973).

4. Des conflits permanents

a. Étude : le canal de Suez, de la crise à nos jours[15]

http://prezi.com/hkdh8pa-en_v/?utm_campaign=share&utm_medium=copy. Achevé en 1869 après 37 années de travaux conduits par le Français Ferdinand de Lesseps, le Canal de Suez fut la propriété des actionnaires de la Compagnie universelle de Suez jusqu’en 1956. Cet axe de 164 km relie la mer Rouge à la mer Méditerranée, et sépare l’Asie de l’Afrique. Sa position et l’importance de son trafic en font un des lieux éminemment stratégiques de la région et du monde[16].

La nationalisation du canal

Gamal Abdel Nasser, président de l’Égypte (1954-1970), leader du monde arabe –Étude p.144-145, Nasser, la voix du panarabisme, et des non-alignés, souhaite construire un immense barrage sur le Nil, à Assouan pour favoriser le développement et l'indépendance économiques de l’Égypte. Il se tourne vers les puissances occidentales pour obtenir un financement. La France et la Royaume-Uni refusent, les États-Unis conditionnent leur aide à un accord avec Israël –condition acceptée par Nasser (!), mais Washington s’oppose finalement au financement du projet de barrage et s’emploie à barrer la route à l'influence égyptienne dans le monde arabe (déclaration de John F. Dulles[17] le 19 juillet 1956).

En réponse, Nasser prend la décision de nationaliser la compagnie du canal de Suez, dont les revenus devront financer le barrage d'Assouan. L'annonce officielle est faite par Nasser le 26 juillet 1956 au cours d'un célèbre discours à Alexandrie –doc.3 p.145, La nationalisation du canal de Suez. En dédommagement de la nationalisation, la Compagnie universelle du Canal de Suez recevra une compensation. La liesse populaire est à son comble : Nasser est célébré comme un héros. Membre fondateur du mouvement des non-alignés, l'Égypte de Nasser incarne dans le monde arabe et dans le « Tiers-monde » naissant un nationalisme volontaire qui, au temps de la Guerre froide, a su s'affirmer sur la scène mondiale.

La réaction franco-britannique

Une conférence des usagers du canal, réunie à Londres le 16 août 1956[18], adopte un projet d'internationalisation du canal[19]. L’Égypte rejette le projet, et l’affaire est portée devant le Conseil de sécurité de l'ONU, qui adopte une résolution le 13 octobre, stipulant la création d’un organe permanent de consultation entre les usagers et une procédure d'arbitrage international en cas de litige.

Durant cette période d'attente, Français et Britanniques ne renoncent pas à leur intervention militaire, et concentrent leurs forces en Méditerranée. Les Français obtiennent l’appui d’Israël[20]. Il est convenu que les forces israéliennes attaqueront les premières l'Égypte. Pour imposer un cessez-le-feu, Français et Britanniques débarqueront dans la zone du canal. Le plan « mousquetaire », sous commandement britannique[21], prévoit un débarquement à Port-Saïd puis une marche sur Le Caire pour renverser Nasser, réoccuper le canal et dessiner une nouvelle carte de la région[22].

L'échec de l'opération « mousquetaire »

L'attaque israélienne commence le 29 octobre 1956. Le lendemain, Français et Britanniques envoient leur ultimatum aux belligérants. Nasser décide de retirer son armée du Sinaï et fait couler dans le canal des bateaux pour le rendre impraticable. Les Israéliens occupent rapidement le Sinaï et s'arrêtent à quinze kilomètres du canal.

Le 2 novembre, l'Assemblée générale de l'ONU vote une résolution exigeant l'arrêt des combats et le retrait des forces israéliennes du Sinaï. Ben Gourion[23] accepte le cessez-le-feu mais refuse toute restitution du Sinaï. Le 4 novembre, l'Assemblée générale ayant décidé la constitution d'une force internationale d'interposition, l'intervention franco-britannique est désormais sans objet.

Les réactions internationales deviennent de plus en plus hostiles à ce coup de force, de part et d’autre du Rideau de fer : les États-Unis exercent une forte pression économique et financière sur la France et le Royaume-Uni, et l'Union soviétique se déclare prête à l'utilisation de l'arme nucléaire pour stopper l’action franco-britannique. Les Anglais et les Français sont contraints de se retirer. Sous la pression d'Eisenhower, Israël évacue le Sinaï et Gaza. Des forces de l'ONU s'installent le long des lignes d'armistice et dans le golfe d'Akaba pour faire respecter la liberté de circulation maritime.

Les enseignements de la crise de Suez

La crise de Suez représente le chant du cygne de la présence française et britannique au Proche-Orient. Cet échec consacre la montée en force de l’URSS, vers laquelle les chefs d’État arabes se tournent désormais, et des États-Unis : la confrontation directe entre les deux grands commence alors dans la région. Par la même occasion, Nasser devient alors un leader du tiers-monde, et plus particulièrement du monde arabe.

Le canal de Suez aujourd’hui

Les accords de paix israélo-égyptiens de 1978 ont entraîné l’apaisement des tensions régionales et rendu le canal à sa vocation commerciale. Aujourd’hui, le développement international des échanges profite à l’activité du canal, dont l’exploitation a rapporté à l’Égypte 3,6 milliards de dollars en 2006 et plus de 4 en 2007[24]. L’accroissement du trafic en provenance de Chine et d’Inde (39% du total) est la cause première de cette prospérité. Ce sont près de 8% du commerce maritime mondial qui transitent par le canal.

Pour satisfaire la demande croissante, l’Égypte a entrepris d’importants travaux de modernisation de l’ouvrage[25]. Dans le même temps, aux extrémités sud (Suez) et nord (Port-Saïd), d’importantes infrastructures portuaires destinées à l’accueil et à la réexpédition de conteneurs se développent rapidement. Entré en service en 2004, le terminal de Port-Saïd, doublé d’une zone franche fortement réceptrice d’IDE chinois a vu sa taille doubler en 2009.

b. Étude : la guerre civile au Liban (1975-1990)

http://prezi.com/szkhsvytbe_c/?utm_campaign=share&utm_medium=copy -Jusqu'au milieu des années 1970, le Liban, issu du mandat SDN français (1919-1946), vivait sur un équilibre précaire fondé sur une savante répartition des pouvoirs entre les diverses communautés (chrétiens maronites, musulmans sunnites, chiites et druzes), organisées en clans dirigés par des grandes familles et disposant de milices armées.

L'arrivée massive de réfugiés palestiniens à partir de 1967 (plus encore après 1970) rompt cet équilibre, et le Liban se divise entre « conservateurs », (chrétiens maronites et sunnites modérés), et « islamo-progressistes » (chiites, sunnites radicaux, druzes de Kamal Joumblatt et Palestiniens). La guerre civile éclate en avril 1975, opposant les milices « phalangistes » des conservateurs aux fedayin palestiniens. Début 1976, la Syrie intervient aux côtés des phalangistes et occupe le Liban.

En 1978, en réponse à la Syrie, l'armée israélienne pénètre au Sud du Liban et y met en place une « zone de sécurité », avec l’appui de milices libanaises islamo-chrétiennes, qu'elle entraîne et armé. Les Israéliens soutiennent le chef chrétien Bachir Gemayel, pour en faire le maître d'un Liban allié d'Israël, débarrassé des Syriens et des Palestiniens. Begin engage le 6 juin 1982 l’offensive par le Sud du Liban[26]. Beyrouth est assiégée, Bachir Gemayel est élu président de la République le 23 août… et il est assassiné le 14 septembre.

À la suite des massacres punitifs perpétrés les 15 et 16 septembre 1982 par les milices phalangistes avec la complicité passive de l'armée israélienne dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, à Beyrouth-Ouest (2000 morts), l’ONU déploie une force multinationale de sécurité à Beyrouth[27].

La Syrie, mais aussi l'Iran et la Libye soutiennent les organisations les plus radicales (comme les chiites du Hezbollah[28]), qui poussent les Français, les Italiens et Américains à retirer leurs troupes du Liban[29] en février 1984. Une anarchie sanglante s'installe dans le pays[30] où s'opposent d'un côté les milices chrétiennes et des groupes sunnites commandés par le général Aoun, de l'autre les druzes de Walid Joumblatt, soutenus par la Syrie, les chiites du mouvement Amal et du Hezbollah pro-iranien et ce qu'il subsiste des fedayin palestiniens.

Après 1990 (fin de la guerre -défaite du général Aoun) et l’élection de 1992, un relatif retour au calme s’est opéré pour les deux tiers du territoire, mais sous le contrôle de la Syrie ; quant au Sud, il reste agité de violents soubresauts : le Hezbollah, dernière milice libanaise non désarmée, mène une guerre d'usure contre la présence israélienne dans cette région, entraînant de violentes ripostes jusqu’au retrait israélien en 2000.

Aujourd’hui, même si la Syrie s’est retirée du Liban en 2005, beaucoup considèrent que le conflit syrien pourrait déstabiliser l’équilibre toujours précaire du Liban.

c. La guerre Iran-Irak (1980-1988)

Doc.4 p.139, La guerre Iran-Irak- L'Irak, poussé par les gouvernements occidentaux et désireux d'affirmer sa puissance au Moyen-Orient, se lance en septembre 1980 dans une guerre dévastatrice contre l'Iran, qui avait exercé plusieurs provocations militaires et politiques à son endroit.

C'est sous le régime de Saddam Hussein –Biographie p.248, à partir de 1969, que l'Irak avait acquis le statut de puissance régionale, jouissant de la sollicitude des pays occidentaux. Le dictateur irakien se présente en effet comme un moderniste et un nationaliste laïque, alors que la région verse dans diverses formes d'islamisme. Dans les années 1970, l'Irak se développe considérablement (éducation, santé, grandes infrastructures…). L'armée irakienne est dotée des armements les plus sophistiqués, livrés par les puissances européennes et l’Union soviétique ; enfin, il développe considérablement ses réserves et sa production pétrolières. En bref, ce pays jusqu'alors marginal devient un élément clé de la région.

Toutefois, en envahissant l'Iran (pour le plus grand profit des monarchies pétrolières du Golfe placées sur la défensive par la propagande iranienne, subversive de l'ordre établi, mais aussi poussé par les États-Unis et les pays européens qui voient avec inquiétude la capacité déstabilisatrice du régime de Khomeiny), Saddam Hussein s'attaque à un pays beaucoup plus grand et plus puissant que le sien. Aussi, après la griserie des premières victoires irakiennes en Iran, l'armée iranienne passe à la contre-offensive et s'enfonce à son tour dans le territoire irakien. Pour contenir la poussée iranienne, l'Irak recevra alors des États occidentaux, notamment de la France et des États-Unis, toute une panoplie d'armements, y compris des armes prohibées servant à fabriquer des gaz de combat. Ce n'est qu'en juillet 1988 que l'Iran acceptera le cessez-le-feu. Les pertes en vies humaines (sans doute plus d'un million de morts) et en destructions sont immenses dans les deux pays.

B. Conflits autour de la création et de l’existence de l’État d’Israël

L’État d’Israël est proclamé le 14 mai 1948, mais ce n’est pas une création ex nihilo : cette proclamation vient conclure un long processus qui remonte aux premières entreprises sionistes –Sionisme : vocabulaire p.143 de la fin du XIXème siècle.

Au terme de ce premier processus d’aliyah[31] -Vocabulaire p.143, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on compte environ 1,75 million d'habitants en Palestine : 1,2 million d'Arabes, 550 000 Juifs –doc.1 p.142, La population juive par les alyas successives en Palestine.

Les Britanniques maintiennent le contingentement de l'immigration juive décidé avant-guerre à la suite des nombreux affrontements entre Juifs et Arabes, alors que les rescapés des camps affluent par milliers –doc.2 p.142, L’odyssée de l’Exodus.

Juifs et Arabes s’opposent aux Britanniques :

  • côté arabe, la répression des années 1930 a laissé le terrain à des groupes plus radicaux et favorisé l’ingérence des autres États arabes ;
  • côté sioniste, le mouvement est désormais dominé par les groupes armés (Irgoun, groupe Stern), qui s’attaquent aux Britanniques.

Dans l’impasse, ceux-ci transmettent le dossier palestinien aux Nations unies le 18 février 1947. Le 28 avril 1947, une assemblée générale extraordinaire réunie à l'ONU décide la création d'une commission d'enquête, l'UNSCOP[32]. Celle-ci propose l'abolition du Mandat et un partage de la Palestine en trois États : un État arabe et un État juif qui accéderaient à l'indépendance dans un délai de deux ans, et un État de Jérusalem sous tutelle internationale. En outre, un traité d'union économique serait conclu entre ces États, qui inscriraient également dans leur constitution des dispositions protégeant les droits de leurs minorités.

L'Agence juive accepte le plan, les Arabes palestiniens et la Ligue des États arabes le refusent. Saisie, l'Assemblée générale des Nations unies approuve le plan le 29 novembre 1947, avec le soutien de l’Union soviétique et des États-Unis.

La Grande-Bretagne décide d'évacuer la Palestine, sans aucune procédure de transfert de pouvoirs. Des violences éclatent : la grève générale est décrétée par les Arabes et les quartiers juifs sont attaqués, entraînant des opérations de représailles de la part des groupes sionistes armés. Le pays s'enfonce dans la guerre civile.

1. 1947-1948 : la guerre civile et le plan Dalet

Les forces sionistes sont plus nombreuses, mieux équipées et mieux organisées. Outre l’Irgoun et le groupe Stern, rompus aux actions de guérilla, les sionistes peuvent compter sur la Haganah et sur la légion juive, formée durant la guerre.

Les forces sionistes appliquent le plan Dalet[33], qui vise l'élimination des forces adverses présentes dans la partie juive et dans plusieurs zones limitrophes. D’où la destruction de nombreux villages arabes et l'expulsion de leur population, à partir d’avril 1948, au fur et à mesure des départs des forces britanniques :

  • Attaque de la Galilée afin de s'assurer des positions solides face à l'intervention prévisible des armées arabes -ce qui entraîne la fuite des civils arabes vers la Syrie et le Liban.
  • Prise d'Haïfa le 22 avril 1948 après un bombardement de la ville par la Haganah, qui a entraîné un exode de la population arabe[34].
  • Prise de Jaffa le 13 mai 1948 après un assaut de l'Irgoun[35].

2. 1948-1973 : de la première guerre israélo-arabe à la guerre du Kippour

a. La proclamation de l’État d’Israël

Doc.3 p.143, La proclamation de l’État d’Israël- David Ben Gourion –Biographie p.143 proclame le 14 mai 1948 l'indépendance d'Israël. La guerre qui s'engage aussitôt avec les États arabes voisins est finalement remportée par Israël en février 1949, d’où l’annexion des territoires arabes palestiniens par Israël, la Transjordanie et l’Égypte. Jérusalem est partagée entre Israéliens (Ouest) et Jordaniens (Est). Ce sont environ 700 000 Palestiniens qui trouvent refuge dans des camps installés dans les pays arabes voisins (Cf. Naqba[36] -Vocabulaire p.143) –Carte 4 p.143, Projet et réalité des partages de la Palestine.

À partir de cette date, les relations restent tendues entre Israël et ses voisins[37] et se détériorent même à partir de 1964, avec la création de l’OLP[38] par la Ligue arabe.

b. La guerre des Six Jours et ses conséquences

Étude p.146-147, La guerre des Six-jours (5-10 juin 1967)- Mai 1967, Nasser ordonne le départ des casques bleus du Sinaï. Mais le 5 juin, c’est Israël qui déclenche une offensive aérienne (neutralisation de l’aviation égyptienne), puis terrestre (les blindés de Tsahal[39] prennent Gaza et le Sinaï). La Syrie et la Jordanie attaquent Israël, mais sont repoussées et perdent la Cisjordanie et une partie du plateau du Golan. La guerre des Six jours se solde, pour les États arabes, par une défaite cuisante et de lourdes pertes territoriales.

Carte 1 p.146, Les conquêtes israéliennes au lendemain de la guerre des Six jours- L'équilibre régional est bouleversé : Israël occupe le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, une partie du Golan, ainsi que Jérusalem-Est, annexée après le cessez-le-feu. Novembre 1967, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 242 –doc.2 p.146, La résolution 242…[40], qui reste lettre morte.

Après la guerre, 300 000 Palestiniens supplémentaires rejoignent des camps dans les États voisins –doc.3 p.147, Un camp palestinien en Jordanie (1969), ou un exil plus lointain, et 1 million de Palestiniens sont désormais à Gaza et en Cisjordanie sous la domination directe des Israéliens. Le potentiel de recrutement des organisations palestiniennes s’en trouve accru, comme le Fatah[41], qui prend le contrôle de l'OLP, dirigée à partir de 1969 par Yasser Arafat –Biographie p.150 + doc.4 p.147, La charte de l’OLP.

En Jordanie, les fedayin ouvrent un front le long du Jourdain. En septembre 1970, se sentant menacé par le Fatah, Hussein de Jordanie lance l'armée jordanienne contre eux (« septembre noir »). Les Palestiniens quittent en masse la Jordanie pour le Sud du Liban. À ce moment, les actions terroristes changent de nature et d’échelle[42].

3. 1973-1992 : de Kippour au « processus de paix »

a. 1973 : du conflit localisé à la crise internationale

Égyptiens et Syriens recherchent l’effet de surprise. Fixée au 6 octobre pour des raisons à la fois techniques (vitesse du courant, hauteur de la lune) et stratégiques (Yom Kippour + Ramadan), une offensive égyptienne est lancée sur le canal de Suez. L’armement soviétique permet aux Égyptiens de progresser dans le Sinaï. Épaulés par des unités marocaines, koweïtiennes, irakiennes, saoudiennes et jordaniennes, les Syriens s’engagent sur le plateau du Golan.

Côté syrien, le front se stabilise le 10 octobre, puis l'armée israélienne reprend le terrain perdu. Côté égyptien, le front se stabilise le 12 octobre après une contre-offensive israélienne –doc.3 p.139, La guerre du Kippour (1973).

Soviétiques et Américains interviennent. Moscou installe un pont aérien pour ravitailler Syriens et Égyptiens en armes et en munitions, renforce la flotte de Méditerranée et met en alerte des divisions aéroportées. Exemple suivi par Washington en faveur des Israéliens. Après un voyage-éclair de Kissinger à Moscou, l’ONU vote le 22 octobre sa résolution 338 : cessez-le-feu sur les positions acquises, application de la résolution 242 et ouverture de négociations.

b. L’évolution du conflit jusqu'en 1992

Au lendemain de la guerre d'Octobre, des casques bleus sont déployés dans le Golan et dans le Sinaï. Il est décidé que le canal de Suez serait ouvert aux navires israéliens, et que le Sinaï serait rendu à l’Égypte.

Le problème palestinien est désormais la difficulté majeure dans la région : le 13 novembre 1974, Yasser Arafat est accueilli triomphalement à l’ONU et prononce un discours dans lequel il annonce que l'OLP renonce au terrorisme « hors d'Israël »[43].

Parallèlement, les relations israélo-arabes s’améliorent : ainsi, en 1977, Sadate est reçu à Jérusalem et prononce un discours devant la Knesset[44] ; à son tour Begin est reçu au Caire. La rencontre de Camp David (septembre 1978) aboutit en mars 1979 à la signature du traité de Washington mettant fin à trente années d'état de guerre entre les deux pays –Sujet bac p.164-165, Israël et Egypte : le tournant Sadate. Sadate paiera son geste de sa vie, tué le 6 octobre 1981 par un commando islamiste –Biographie p.248.

II. 1991 à nos jours. Un foyer de déstabilisation du nouvel ordre mondial post-guerre froide

A. Les deux guerres du Golfe : guerres du pétrole ou conflits post-guerre froide ?

1. La première guerre du Golfe (1990-1991)

Survenue au lendemain de l'éclatement du bloc de l'Est, c’est la première guerre du Golfe qui voit s'esquisser un nouvel ordre international, différent de celui qui a pris fin avec la guerre froide.

a. Aux origines du conflit

L’Irak de Saddam Hussein –biographie p.248 sort de la guerre avec l'Iran –doc.4 p.139, La guerre Iran-Irak (1980-1988)[45] à la fois surendetté et surarmé. Son riche voisin, le Koweït, principauté de la famille al-Sabah, protectorat britannique indépendant depuis 1961, et doté d'immenses ressources et réserves pétrolières, lui refuse une remise de dettes et une correction de frontières, ainsi que l'arrêt des pompages pétroliers excessifs dans le champ de Roumeila, situé à cheval sur la frontière.

L'invasion du Koweït par l'Irak le 2 août 1990 provoque la première guerre du Golfe. Derrière cette invasion se cachent d'une part la volonté de Bagdad de s'assurer le leadership du monde arabe –doc.1 p.141, Saddam Hussein représenté en Saladin, d'autre part la nécessité pour l'Occident industrialisé de protéger un de ses « greniers à pétrole ».

b. Le déroulement du conflit

L’ONU réagit rapidement à cette violation du droit international : le Conseil de sécurité, qui n'est plus paralysé par le risque de veto d'un membre permanent, prend plusieurs résolutions, et met Saddam Hussein en demeure. Hormis de vagues propositions d'arbitrage, l’Union soviétique se tient à l’écart du litige. Les États-Unis, à la tête d’une vaste coalition[46], mettent en place d'un important dispositif militaire en Arabie Saoudite...

L'opération déclenchée sous le nom de « Tempête du désert » se déroule en deux phases : bombardements aériens intensifs à partir du 17 janvier 1991 et offensive terrestre du 24 au 28 février. Elle aboutit à la libération du Koweït et à l'occupation d'une partie de l'Irak, mais non à la chute de Saddam Hussein[47]. Celui-ci garde même les moyens de réprimer des révoltes internes (chiites et kurdes). Par la Résolution 687 (avril 1991), le Conseil de sécurité contraint l'Irak à payer des dommages de guerre et à éliminer une part importante de ses armements pour le priver de toute capacité d'agression.

c. Quels enseignements ?

Les États-Unis ont pu gérer la crise au mieux de leurs intérêts, en profitant d'un consensus fondé à la fois sur la diabolisation de Saddam Hussein et sur le refus de voir un État membre des Nations unies, en l'occurrence le Koweït, rayé purement et simplement de la carte. À bon compte, Washington a pu se poser une nouvelle fois en champion de la démocratie et du droit, sans que soient trop visibles les mobiles moins nobles qui guidaient son action. Celle-ci aurait-elle été aussi rapide et aussi vigoureuse si le Koweït n'avait pas été un gros exportateur de pétrole et si le Golfe n'avait pas recelé plus de la moitié des réserves mondiales d'or noir ?

De toute évidence, la disparition de l'Union soviétique a laissé le champ libre aux États-Unis dans la région, mais les conséquences vont au-delà de ce constat. Désormais, partout les mouvements islamistes s'agitent, sans que l'on sache qui les contrôle.

Peu de temps après la première guerre du Golfe, survient ainsi une série d'attentats terroristes dans le royaume saoudien lui-même, dont l'un vise un camp militaire américain : l'irruption de l'armée américaine en Arabie Saoudite, terre des Lieux saints musulmans, a en effet provoqué l'indignation dans les milieux rigoristes islamiques, d'autant plus que, après leur victoire, ces troupes ne se sont pas retirées. Un autre retournement, plus lourd de conséquences, intervient à la suite de la première guerre du Golfe : les groupes de terroristes se réclamant d'Oussama Ben Laden, « héros » saoudien de la guerre d'Afghanistan qui a formé, avec l'appui des États-Unis, de l'Arabie Saoudite et du Pakistan, des milliers de jeunes recrues arabes pour aller se battre contre l'armée soviétique, deviendront de plus en plus agissants : dans les Balkans (en Bosnie et au Kosovo), où la Yougoslavie éclate en plusieurs États, mais aussi en Russie (Tchétchénie). Ils sont alors encore dans le sillage des politiques occidentales de l'après-guerre froide, mais, à partir de la moitié des années 1990, ils retourneront leurs armes contre les États-Unis, dont les ambassades au Kenya et en Tanzanie seront l'objet d'attentats sanglants en 1998. Ben Laden deviendra l'homme le plus recherché de la planète, en particulier après les spectaculaires et dramatiques attentats de New York et de Washington du 11 septembre 2001.

2. La seconde guerre du Golfe (2003)[48]

a. La démocratisation par la force ?

L'équipe de faucons néoconservateurs fédérée autour du nouveau président rêve de remodeler le Moyen-Orient, région du monde restée à l’écart de la vague de démocratisation de la fin des années 1980. Les cercles néoconservateurs américains sont alors séduits par la thèse de l'universitaire Samuel Huntington sur un conflit de civilisation qui risque d'opposer l'Occident à l'islam et, éventuellement, au confucianisme asiatique.

Les attentats du 11 septembre 2001 sont perçus comme une confirmation de cette vision du monde, et ils ouvrent pour les États-Unis la voie 1/ à la guerre contre le terrorisme (Afghanistan, 2001) ; 2/ à la guerre préventive (Irak, 2003). Au-delà du prétexte de la présence d'armes de destruction massives en Irak[49], le président George W. Bush affirme vouloir reconstruire le Moyen-Orient sur des bases démocratiques et stables –Sujet bac p.160-161, Discours de G. W. Bush sur l’intervention américaine en Irak en 2003.

En effet, le 6 novembre 2003, en effet, soit six mois environ après l'invasion et l'occupation de l'Irak, il annonce officiellement une initiative pour promouvoir la liberté et la démocratie au Moyen-Orient, appelée Greater Middle East. Elle doit établir un « Forum pour le futur », et elle prévoit aussi la promotion d'institutions démocratiques dans la région, et diverses aides au développement économique. Même la Ligue arabe, lors d'un sommet de chefs d'État tenu à Tunis les 22 et 23 mai 2004, entonnera le chant de la réforme et de la gouvernance.

b. La crise irakienne : guerre préventive et occupation

Les motifs réels de l'invasion américaine continuent d'être objet de perplexité et d'interprétations divergentes : contrôle du pétrole, besoin d'affirmation de la puissance impériale après l'effondrement de l'ennemi soviétique, ou les deux… Mais, quel qu'ait été le motif de l'invasion, le résultat, lui, ne fait pas de doute :

  • Délabrement absolu des infrastructures irakiennes et l'appauvrissement généralisé de la population créé par l'invasion[50].
  • Pillage des administrations d'État et du patrimoine archéologique du pays.
  • Dissolution de l'armée, de la police et de tous les services de sécurité.
  • Exaspération, à la façon des anciens colonialismes européens au Proche-Orient, des divisions communautaires, ethniques et régionales[51] ; communautarisme et ethnisme ont été poussés à leur paroxysme, encourageant une guerre civile entre sunnites et chiites au Sud, entre Kurdes, Turcomans et Arabes au Nord.

En janvier 2005, des élections consacrent la rupture entre sunnites, qui boycottent largement le scrutin, et chiites qui y participent massivement, raflant la majorité des sièges. L’engrenage de la violence est dès lors hors de contrôle : sabotages répétés des installations pétrolières, attaques meurtrières contre les commissariats de police, voitures piégées qui visent des lieux de culte ou des places publiques, sans compter les attaques contre les troupes américaines occupantes. Ces dernières pratiquent des représailles massives et collectives sur des villes entières (comme à Falouja en 2004), cependant que la corruption des autorités d'occupation et des nouveaux responsables nommés par elles prend sans cesse plus d'ampleur, que les enlèvements et assassinats se multiplient, mais qu'éclate aussi le scandale des tortures pratiquées par l'armée américaine dans les prisons irakiennes : tout cela crée dans la région un nouveau foyer spectaculaire de tension.

B. Depuis 1992 : du « processus de paix » à la « feuille de route »

1. Vers la reconnaissance mutuelle

La première guerre du Golfe (1990-1991) et le désengagement de l'Union soviétique ont renforcé la domination américaine. Dans ce contexte, les pays arabes sont contraints de dialoguer avec Israël, dialogue facilité à partir de 1992 par le retour au pouvoir des travaillistes[52]. Après la « conférence de la Paix », réunie en octobre 1991 à la suite de la guerre du Golfe, des pourparlers s'engagent entre Israël et ses voisins.

Doc.1 p.150, Les accords d’Oslo- Parallèlement, les conversations secrètes engagées à Oslo aboutissent à la reconnaissance réciproque de l'OLP et de l'État d'Israël[53]. Le 13 septembre 1993, à l'initiative du président américain Bill Clinton, est signée à Washington une « déclaration de principes »[54]. La remise conjointe du prix Nobel de la paix en 1994 à Yitzhak Rabin –Biographie p.150, Shimon Peres et Yasser Arafat, est perçue comme le symbole d'un possible retour à la paix au Moyen-Orient.

2. De l'accord Gaza/Jéricho à l'enlisement du processus de paix

Dans la foulée des accords de Washington, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat ont signé au Caire un accord sur l’instauration d'une Autorité palestinienne à Gaza et en Cisjordanie, dont Yasser Arafat est en 1994 le premier président élu. Un Conseil palestinien est élu pour gérer l'éducation, la santé, l’agriculture, la police et les impôts, tandis qu’Israël conserve la main sur les colonies.

Mais le processus de paix est freiné tant par la surenchère des mouvements extrémistes palestiniens (encouragés notamment par l’Iran et la Syrie) –doc.4 p.151, Démonstration de force du Hamas à Gaza, que par la poursuite de l’implantation de colonies à Gaza[55] et en Cisjordanie –Carte 2 p.150, La Cisjordanie, une « peau de léopard » (2010). Le 4 novembre 1995, quand Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste israélien (Ygal Amir), le processus semble définitivement enterré.

3. La paix impossible ?

Le sommet « Camp David II » convoqué par le président Clinton (2000) échoue. La deuxième Intifada[56], puis la « guerre contre le terrorisme » ont contribué à la cristallisation du conflit. Une « feuille de route » parrainée en 2003 par les États-Unis, l'ONU, la Russie et l'UE prétendait aboutir en 2005 à la coexistence entre Israël et un État palestinien –doc.4 p.141, La « feuille de route » de la paix israélo-palestinienne. Elle n'a pu être appliquée, faute d'un compromis sur Jérusalem et sur le droit au retour des réfugiés palestiniens[57].

Le « mur de sécurité » érigé depuis 2002 par Israël autour de la Cisjordanie, les dissensions entre les partis palestiniens du Fatah (dirigé par Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne) et du Hamas[58] (qui dirige la bande de Gaza), les récentes interventions armées (Sud Liban, été 2006 ; Gaza, 2006, 2008-2009, 2012, 2014) semblent éloigner encore davantage la perspective d’une issue négociée.

C’est dans ce contexte de blocage que Mahmoud Abbas conduit auprès des instances internationales les négociations restées dans l’impasse avec Israël pour aboutir à la reconnaissance d’un État palestinien –doc.5 p.151, Le rêve d’un État (2001). Ainsi, il a demandé et obtenu, malgré l’opposition d’Israël et des États-Unis,

que l’autorité palestinienne soit admise comme « observateur non membre » à l’ONU le 29 novembre 2012 ; après le rejet par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 31 décembre 2014, d’une résolution accordant leur indépendance aux territoires palestiniens, Mahmoud Abbas a obtenu, le 7 janvier 2015, l’adhésion à la CPI, ce qui lui permet d’engager des actions légales contre Israël[59].

III. Aujourd’hui. Le lieu de tous les périls géopolitiques

A. De puissants facteurs de déstabilisation géopolitique

1. La fragilité des États et les contestations populaires

La fragilité de la notion d’État caractérise la plupart de ces pays, marqués par l’absence de tradition démocratique et/ou par la domination d’un groupe communautaire religieux, ethnique ou tribal (à l’exception de la Turquie[60] et d’Israël[61]) ; Cf. :

  • les monarchies conservatrices de la péninsule arabique (Arabie saoudite –Pour comprendre, p.140, Qatar, Émirats arabes unis, etc.) ;
  • la monarchie autoritaire, puis république islamique, en Iran ;
  • les États de forme plus moderne longtemps dominés par des régimes autoritaires inspirés du modèle du parti unique à partir des années 1950 (Syrie, Égypte, Irak) [62].

Ces États sont à des degrés divers confrontés à des revendications populaires, qui peuvent prendre la forme de séquences révolutionnaires mobilisant les masses populaires (NB : tout en faisant l’objet d’ingérences étrangères !)[63]. Ainsi, un mouvement de révolte et de contestation politique, désigné par l’appellation « Printemps arabe », qui frappe l'ensemble de la région à partir de 2011, a atteint notamment l'Égypte[64], la Syrie[65], Bahreïn[66] et le Yémen.

2. Les tensions religieuses à leur paroxysme

Les trois grands monothéismes s’inscrivent dans la région par la présence de leurs pratiquants et de leurs lieux saints : principalement Jérusalem, « ville trois fois sainte », Médine et la Mecque –mais pas seulement.

a. Une mosaïque ethnique et religieuse

Cartes 1 et 2 p.136, Une mosaïque de peuples / de religions- Une mosaïque de peuples et de religions se partagent le Proche et le Moyen-Orient.

Historiquement, avant la Première Guerre mondiale, trois grandes cultures s’étaient imposées dans la région : Perses, Turcs, Arabes. Aujourd’hui, trois grands peuples composent l'essentiel du Moyen-Orient : les Perses, ou Iraniens (65 millions), les Arabes, les plus nombreux (190 millions), et les Turcs (60 millions). En plus de cet héritage historique, vivent dans toute la région des communautés non arabes mais largement arabisées car scolarisées en arabe, langue de culture et de travail. C’est le cas des Kurdes (25 à 30 millions d’individus), éparpillés entre Turquie, Iran, Syrie et Irak[67].

Les antiques religions (zoroastrisme[68], yézidisme[69]…) sont encore représentées à l’état résiduel, principalement en Syrie, en Irak et en Turquie.

Les minorités chrétiennes (environ 10 millions d’individus) remontent aux origines du christianisme. Les onze Églises orientales se répartissent en deux grandes familles :

  • les Églises catholiques dont les trois principales minorités sont les maronites au Liban[70], les melkites en Syrie et les chaldéens en Irak ; s’y ajoutent des Arméniens catholiques[71] réfugiés dans le monde arabe[72] suite au génocide de 1915 ;
  • les Églises orthodoxes dont les coptes d’Égypte et la communauté grecque orthodoxe de Syrie et du Liban.

Depuis 1948, l’émigration juive en Israël a conduit des populations de tous horizons dans l’État hébreu (les 5,5 millions de Juifs que compte la région sont très majoritairement issus de l’Alyah).

À l’exception d’Israël, les musulmans sont majoritaires dans tous les pays du Proche et du Moyen-Orient. Cependant, l’Islam, souvent perçu comme une religion monolithique et homogène, est en réalité divisé en au moins deux grands courants, eux-mêmes divisés en de nombreuses branches[73]. La forte majorité sunnite entretient des relations souvent conflictuelles avec les minorités musulmanes. Minoritaires en Syrie[74], les chiites sont plus nombreux en Irak et davantage encore en Iran.

b. La montée de l’islamisme : un phénomène puissant

Celui-ci trouve son origine dans une lecture littérale et rigoriste des textes sacrés, et devient un véritable projet politique et social avec l’association des Frères musulmans créée en Égypte en 1928. L’islamisme, tel que le théorisent dès les années 1930 les Frères musulmans, comprend l'islam comme un système complet, politique, législatif, économique et social. Il rejette le double modèle occidental de l'État-nation et de l'État laïque et veut réformer le monde musulman en revenant aux fondements de la loi divine.

Si les questions religieuses ont une forte résonnance politique dans la région durant toute la période, c’est de manière assez récente qu’elles se traduisent par l’affirmation du fondamentalisme musulman comme une force politique autonome : l’islamisme n’émerge réellement que dans les années 1970, se manifestant de manière spectaculaire en 1979 avec la révolution en Iran qui chasse le Shah et porte au pouvoir les tenants d’un islam radical[75].

Se présentant comme une réponse à l’occidentalisation qui déstabilise les sociétés traditionnelles –et paradoxalement encouragé par les États-Unis dans le cadre de la guerre froide[76], l’islamisme se diffuse dans les années 1970 et 1980 dans l’ensemble du monde musulman. Après quoi, aussi divers et divisé que l’Islam lui-même[77], il se déploie sous des formes multiples :

  • politique et plus ou moins démocratique comme en Turquie avec l’AKP de Recep Erdogan ;
  • armé, comme jadis dans le cadre du djihad mené en Afghanistan contre l’occupation soviétique[78], ou aujourd’hui des actions menées à Gaza et en Cisjordanie avec le Hamas –Sujet bac p.163, La charte du mouvement islamiste Hamas (août 1988) ou au Sud-Liban avec le Hezbollah[79] ;
  • voire terroriste, à travers des réseaux comme Al Qaeda ou Da’ech, ce dernier ayant fondé un « califat » entre Irak et Syrie en 2006.

B. L’enjeu énergétique

Le Moyen-Orient est la principale région productrice de pétrole au monde avec, en 2012, la moitié des réserves de pétrole prouvées et 45% de celles de gaz. Elle contribue au tiers de la production mondiale de pétrole et à 20% de celle de gaz.

Quelques acteurs principaux :

  • L’Arabie Saoudite, deuxième producteur mondial de brut (10 Mbj[80], soit 13% de la production mondiale pour 22% des réserves prouvées) en 2013[81].
  • Les principaux producteurs d’hydrocarbures de la région (Bahreïn, Oman, les Émirats Arabes Unis[82], le Koweït[83], le Qatar[84]) sont engagés par des accords de défense et de libre-échange avec les États-Unis.
  • L’Irak, plongé dans la guerre civile depuis 2003, détient des réserves importantes (12%, 4e rang) : sa capacité de production, estimée à 6 à 7 Mbj, plafonnait encore à 2,9 Mbj en 2012. L'Irak redevient un producteur de pétrole important avec la remise en état de ses infrastructures, mais l'insécurité qui règne dans le pays gêne encore le retour à la normale[85].
  • L’Iran dispose des troisièmes réserves mondiales prouvées de pétrole conventionnel (13%), et les négociations en cours autour de ses velléités nucléaires[86] ont déjà permis une levée partielle de l’embargo qui a durement frappé le pays depuis 2006[87].
  • L'Égypte a récemment fait des découvertes de gaz importantes qui allègent sa facture énergétique et génèrent des exportations vers Israël, la Jordanie, la Syrie et le Liban.

Les États-Unis, premiers consommateurs de pétrole (25% de la consommation mondiale), majoritairement importateurs mais aussi producteurs, ont pour objectif majeur le maintien et le renforcement de leur position dominante au Moyen-Orient. Ils exercent encore aujourd’hui une véritable tutelle sur les approvisionnements en provenance de cette région, facilitée par une infrastructure colossale de bases militaires tout le long de « l’arc d’instabilité » Golfe Persique – Asie Centrale. Parallèlement, ils se sont employés à réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole du Moyen-Orient, en augmentant leur production propre et en diversifiant leurs sources d’approvisionnement : Venezuela (!), Canada[88]… Par conséquent, la Chine et le Japon sont devenus les principaux importateurs de pétrole et de gaz de la région.

Le contrôle de ces ressources est devenu un enjeu majeur pour l’émancipation des États concernés, en même temps qu’un objet de convoitise pour les grandes puissances étrangères, de conflits internes entre pays producteurs[89] et de déséquilibres régionaux.

Les hydrocarbures ont permis un décollage économique fulgurant de l'Arabie saoudite, du Koweït, de Bahreïn, du Qatar, des ÉAU et d'Oman. Composé de ces six pays, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) représente la douzième économie mondiale. Avec une croissance économique de 3,7% en 2013, le CCG peut être associé au groupe des pays émergents[90].

Les réserves de devises des pays du CCG sont placées dans des fonds souverains (le quart du montant total des fonds souverains de la planète). Ils sont principalement investis dans les pays occidentaux, mais une part croissante se dirige désormais vers les pays émergents et les autres pays arabes[91] -L'aide bilatérale constitue également un soutien indispensable.

Les pétromonarchies du Golfe sont donc devenues des acteurs incontournables, tant au niveau mondial qu'au niveau régional. À cette échelle, elles utilisent leur puissance financière pour peser sur les décisions géopolitiques et s'émanciper de la tutelle des pays occidentaux[92].

C. Un arc de crises[93]

Foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient connaît une nouvelle phase de déstabilisation depuis l’intervention étatsunienne de 2003. Du Sinaï à l’Iran (voire à l’Afghanistan), se dessine aujourd’hui un inquiétant arc de crises :

  • entre Israël et les Palestiniens ;
  • en Irak, menacé d’implosion ;
  • en Syrie, en proie à une guerre civile dont les enjeux débordent le seul cadre national ;
  • au Yemen, destabilisé par une guerre civile, miné par le terrorisme, frappé depuis mars 2015 par l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition ;
  • autour des ambitions régionales de l’Iran ;
  • dans la zone « Af-Pak », même si elle n’appartient pas au Moyen-Orient stricto sensu, dans lesquelles les tensions religieuses (rivalité sunnites/chiites, vigueur du phénomène islamiste sous toutes ses formes…) s’ajoutent aux rapports de force politiques.

Conclusion

Révisions bac p.158-159

 


[1] Entre ces deux limites, on distingue trois blocs géographiques, linguistiques et culturels : le Maghreb à l’ouest, le Machrek au centre et le Golfe à l’est : le Machrek (le « Levant », c’est-à-dire l’Est) correspond à l’ancien « croissant fertile » (Irak, Syrie, Liban, Palestine, Jordanie Égypte). Le Maghreb (le « Couchant », c’est-à-dire l’Ouest) est l’Occident du monde arabe. Le Golfe représente les pays de la péninsule arabique.

[2] L’Égypte de Nasser –Étude p.144-145, Nasser, la voix du panarabisme, la Syrie d’Hafez puis de Bachar El-Assad, l’Iran des mollahs –Étude p.148-149, L’Iran et l’islamisme chiite après 1979 ou encore l’Irak de Saddam Hussein...

[3] À cet égard, la question de Palestine n’est qu’un objet de tension parmi d’autres. Cf. le cas de la Syrie face au Liban (création française en 1920) ou de l’Irak face au Koweït (émirat indépendant en 1961, mais issu du démembrement d’une ancienne province ottomane dont le centre était la ville irakienne de Bassorah)

[4] Auparavant, c’étaient les rivalités coloniales, notamment entre Anglais et Français, qui interféraient…

[5] C’est par exemple un carrefour vital pour le déploiement rapide de troupes militaires vers l'Extrême-Orient, où l'URSS effectue aussi des percées politiques considérables grâce au triomphe du communisme en Chine et au développement des partis communistes dans la péninsule Indochinoise.

[6] Le traité d'organisation du Moyen-Orient, plus communément appelé pacte de Bagdad, a été signé le 24 février 1955 par l'Irak, la Turquie, le Pakistan, l'Iran et le Royaume-Uni. Les États-Unis rejoignent le comité militaire de l'alliance en 1958. Le pacte sera rebaptisé Organisation du traité central (Central Treaty Organisation) ou CenTO, après le retrait irakien le 24 mars 1959. S'inscrivant dans le cadre de la politique de l'endiguement, menée par les États-Unis lors de la guerre froide, dont le but était de ralentir la montée en puissance de l'Union soviétique au Moyen-Orient, à travers la mise en place de ce que l'OTAN appelle un « cordon sanitaire ». Source : Wikipédia.

[7] Contrairement à une idée reçue, la doctrine marxiste connaît alors un succès grandissant au Moyen-Orient. Les partis communistes s'y développent considérablement. Ils ne sont pas seulement créés et dirigés par des jeunes issus de minorités ethniques ou religieuses (kurdes, juifs ou chrétiens). S'y côtoient des fils de bourgeois ou de familles aristocrates, des enfants de classe moyenne, des ouvriers syndiqués, des chrétiens, des juifs et des musulmans, des artistes de talent et de grands intellectuels.

[8] Staline considérait en effet que le sionisme, majoritairement socialiste et originaire d'Europe centrale, désormais tombée sous sa domination, avait un potentiel révolutionnaire à l'échelle de la région, chasse gardée traditionnelle des Français et des Anglais.

[9] Cf. la crise de Suez ci-après, qui marque le basculement définitif d'Israël dans le camp occidental, dont les États-Unis vont désormais prendre la tête. À cette occasion, l’Union soviétique fait une entrée fracassante sur la scène du Moyen-Orient, où désormais les États-Unis et l'URSS se font directement face.

[10] OCI : Organisation de la coopération islamique.

[11] Cf. la prise d’otages de l’Ambassade des États-Unis à Téhéran (novembre 1979-janvier 1981) –doc.1 p.148, Le rejet de l’influence occidentale

[12] Par exemple, c’est en 1973 que le gouvernement saoudien acquiert une part de 25% dans Aramco (l’Arabian American Oil Company était jusqu’alors détenue à 100% par des capitaux étatsuniens), pour l’augmenter à 60% en 1974 et finalement en prendre le plein contrôle en 1980. Depuis 1988, la compagnie s’appelle Saudi Aramco.

[13]

[14] Cf. ci-après.

[15] Cf. « Prezi » et exercice : ici.

[16] Ernest Renan souligna l'importance géopolitique que prenait la région lorsque Ferdinand de Lesseps, diplomate responsable de son percement, fut reçu à l'Académie française en 1885 : "Un seul

Bosphore avait suffi jusqu'ici aux embarras du monde; vous en avez créé un second, bien plus important que l'autre, car il ne met pas seulement en communication deux parties de la mer intérieure ; il sert de couloir de communication à toutes les grandes mers du globe. En cas de guerre maritime, il serait le suprême intérêt, le point pour l'occupation duquel tout le monde lutterait de vitesse. Vous avez ainsi marqué la place des grandes batailles de l'avenir."

[17] Secrétaire d'État des États-Unis de 1953 à 1959 (présidence républicaine de Dwight D. Eisenhower).

[18] L'Égypte refuse d'y assister : elle se fait représenter par l'URSS et l'Inde.

[19] Le Canal serait administré par un conseil dépendant des Nations unies.

[20] Un accord est conclu à cet effet à Sèvres le 22 octobre 1956 entre les trois pays.

[21] Les Britanniques fournissent les deux tiers des moyens militaires.

[22] Il s’agirait d’imposer non seulement un régime « pacifique et ami » en Égypte, mais aussi en Syrie.

[23] David Ben Gourion (1886-1973), dirigeant travailliste israélien, fondateur de l'État d'Israël, Premier ministre israélien de 1948 à 1953 et de 1955 à 1963.

[24] Les revenus du canal représentent la seconde source de devises pour l’Égypte, derrière le tourisme.

[25] La profondeur en a été portée à 66 pieds, au lieu de 62, afin de favoriser le passage de navires d’une capacité oscillant entre 220 000 et 240 000 tonnes.

[26] C’est l’opération « paix en Galilée ».

[27] Elle est composée d'Américains, de Français et d'Italiens.

[28] Le Hezbollah (« Parti de Dieu » en arabe), créé à la suite de l'invasion israélienne du Liban en 1982, est un mouvement politique chiite libanais financé par l’Iran essentiellement et possédant une branche armée.

[29] Cf. l’attentat aux voitures piégées qui coûtent la vie, en octobre 1983 à Beyrouth, à 239 soldats américains et 60 français.

[30] 1984-1987 : « guerre des rues ».

[31] Aliyah : mot hébreu signifiant littéralement « ascension » ou « élévation spirituelle ». Ce terme désigne l'acte d'immigration en Terre sainte pour un juif.

[32] UNSCOP : United Nations Special Committee On Palestine. Arrivée dans le pays en juin 1947, la commission remet ses 11 conclusions le 31 août.

[33] Dalet est la quatrième lettre de l’alphabet hébreu (ד).

[34] Début mai, il ne reste que 4 000 Arabes dans la ville contre 70 000 deux mois plus tôt

[35] Au moment de la reddition, la ville ne compte plus que 5 000 Arabes sur une population originelle de 80 000 habitants.

[36] La Naqba ou Nakba (en arabe, la « catastrophe ») désigne l’exode des Arabes palestiniens en 1948.

[37] Cf. crise de Suez (1956).

[38] OLP : Organisation de libération de la Palestine –Vocabulaire p.276.

[39] Tsahal : l’armée israélienne.

[40] La résolution 242 de l’ONU affirme « l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la guerre » et le droit de tous les États du Moyen-Orient de « vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues ».

[41] Le Fatah (« conquête » en arabe) est fondé en 1959 au Koweït par Yasser Arafat.

[42] Cf. les premiers détournements d'avions, ou le massacre par un commando d'une partie des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich (1972) –doc.2 p.139, Des athlètes israéliens…

[43] « Je suis venu en tenant à la fois une branche d'olivier et l'arme du combattant de la liberté. Ne laissez pas la branche d'olivier tomber de ma main… »

[44] Knesset : le Parlement israélien

[45] Voir également ici.

[46] La France, du Royaume-Uni, du Canada et des Pays-Bas, mais aussi d'une bonne partie des États du Moyen-Orient, dont l'Arabie Saoudite, la Turquie, l'Égypte et la Syrie. La coalition anti-irakienne autour des Américains (400 000 hommes) regroupe aussi bien des forces occidentales (29 000 Britanniques, 12 000 Français) que des forces issues du monde arabe (Saoudiens, Égyptiens, Syriens, Marocains).

[47] Ce sont les pays arabes voisins, ainsi que la Turquie, qui dissuadent le président américain de laisser les troupes de la coalition arriver à Bagdad pour y opérer un changement de régime, voire un démembrement du pays qui s'esquisse avec les deux rébellions, kurde au nord et chiite au sud. L'Égypte et les pays de la péninsule Arabique ont craint en effet que l'Iran, qui se veut protecteur des chiites et qui abrite une partie de l'opposition au régime irakien, n'augmente encore son influence sur les pays arabes. Quant à la Turquie, qui fait face chez elle aux revendications nationalistes kurdes, elle ne peut que craindre la création d'une région autonome kurde à ses frontières.

[48] Voir également : programme d’histoire de TS, Thème 2, Question 1

[49] en fait inexistantes, comme le montrera un rapport officiel américain neuf mois après l'invasion

[50] Celle-ci a achevé l'œuvre de déstructuration totale de la société irakienne qu'avaient provoquée treize années d'embargo économique décrété par les Nations unies, venant se surajouter aux massacres et déplacements forcés de populations entrepris par la dictature de Saddam Hussein dans le contexte de guerre permanente qu'il faisait vivre à son pays depuis le déclenchement des hostilités avec l'Iran en 1980.

[51] Une victime expiatoire a été désignée par les médias internationaux comme source unique de tous les malheurs : la minorité sunnite, ainsi que Saddam Hussein et son clan qui en sont issus. Les chiites et les Kurdes ont été mis en avant comme seules victimes de la dictature.

[52] Premier ministre : Yitzhak Rabin.

[53] L’annonce d'autant plus surprenante que la situation s'était dégradée dans les territoires occupés, avec l'implantation de nouvelles colonies juives, les Palestiniens répliquant par la première Intifada (1988-1993) –Vocabulaire p.138.

[54] « Le gouvernement de l'État d'Israël et l'équipe de l'OLP représentant le peuple palestinien sont d'accord sur le fait qu'il est temps de mettre fin à des décennies de confrontation et de conflit, de reconnaître leurs droits légitimes et politiques mutuels, de s'efforcer de vivre dans la coexistence pacifique, la dignité et la sécurité, et d'aboutir à un accord de paix juste, total et durable, ainsi qu'à une réconciliation historique dans le cadre du processus de paix agréé ».

[55] Les colonies israéliennes de Gaza furent finalement démantelées en 2004.

[56] La seconde intifada débute en 2000 –doc.3 p.151, L’ONU réagit à la seconde Intifada.

[57] Le Droit au retour est une des revendications fondamentales des Palestiniens au cœur du conflit israélo-palestinien. C'est aussi une des plus controversées et problématiques. Lors de la Guerre de 1948, environ 720 000 Arabes palestiniens sur les 1 200 000 qui peuplaient la Palestine furent chassés de leur terre. À ceux-ci s'ajoutèrent près de 300 000 individus supplémentaires chassés de Cisjordanie lors de la Guerre des six jours. Leurs descendants, réfugiés palestiniens, sont aujourd'hui au nombre de 4 000 000. Source : Wikipédia. Cf. également le site de l’UNRWA.

[58] Le Hamas (« ferveur » en arabe) est un mouvement islamiste composé d’une branche politique et d’une branche armée –Vocabulaire p.140.

[59] Cf. « La Cour pénale internationale se penche sur la « situation » en Palestine », Le Monde, 16.01.2015.

[60] La Turquie, seul État ayant échappé à la domination directe des Européens, héritier de l’empire ottoman, s’est lancée dès les années vingt dans une politique volontariste de modernisation et de laïcisation ; longtemps de nature autoritaire, le pouvoir a connu une évolution démocratique.

[61] Une démocratie… en guerre.

[62] Comme les partis baas en Syrie et en Irak.

[63] Cf. contestation des élections de 2009 en Iran –Histoire des Arts, p.154-155

[64] En Égypte, le régime du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, est renversé et les élections qui suivent donnent le pouvoir aux frères musulmans (à leur tête, Mohamed Morsi), finalement renversés par un coup d’État militaire (dirigé par Abdel Fattah al-Sissi).

[65] En Syrie, le régime du président Bachar Al-Assad réprime violemment les mouvements protestataires et la guerre civile qui s’ensuit, opposant le régime et ses soutiens à divers mouvements soutenus par diverses puissances étrangères, menace de déstabiliser la région.

[66] Au Bahreïn, les manifestations sont durement réprimées par l'armée aidée par des troupes venues d'Arabie saoudite.

[67] La présence kurde remonte à l’Antiquité. Le rêve kurde de bâtir un État échoue avec le partage de la région entre les puissances occidentales mandataires puis avec la création des États indépendants après la Seconde Guerre mondiale. Leur lutte est un facteur de tension permanente. En Irak, elle aboutit en 2003 à la création d’une région autonome, le Kurdistan.

[68] Le zoroastrisme est une religion (non-biblique) mais monothéiste où Ahura Mazdâ (pehlevi : Ohrmazd) est seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre.

[69] Le yézidisme ou religion des sept anges est une religion qui est présentée par ses pratiquants comme plongeant ses racines dans l'Iran antique.

[70] Les maronites sont les seuls à affirmer une fidélité sans faille à Rome.

[71] Les Arméniens résistent à l’arabisation en maintenant des institutions propres (écoles, centres culturels…).

[72] Nombreux en Syrie, ils forment une importante communauté à Alep.

[73] Sunnites et chiites sont les principaux courants (le kharidjisme n’est plus représenté que par les Ibadites d’Oman), mais il y en a en réalité une multitude.

[74] Cf. situation particulière des alaouites, qui forment la minorité chiite (environ 10% de la population) la plus nombreuse sur la façade littorale et qui tiennent le pouvoir à Damas –jusqu’à ce jour en tout cas.

[75] L’Iran, perse et à majorité chiite, demeure relativement isolé. Lors de la guerre qui l’oppose à l’Irak (1980-1988), ce dernier État est soutenu par les Occidentaux, mais aussi par la plupart des pays arabes. Seule la Syrie, pour des raisons géopolitiques, se rapproche de Téhéran.

[76] Cf. ici.

[77] Cf. ici.

[78] …qui porte finalement les Talibans au pouvoir en Afghanistan en 1996.

[79] Dans le cas du Hezbollah et du Hamas, il s’agit d’un islamisme à la fois politique et armé.

[80] Mbj : millions de barils par jour (1 baril = 159 litres)

[81] Derrière la Russie (10,3 Mbj). Source Wikipédia.

[82] 6èmes réserves mondiales prouvées de pétrole conventionnel.

[83] 5èmes réserves mondiales prouvées de pétrole conventionnel.

[84] NB : le Qatar est plus riche en gaz naturel qu’en pétrole –NB2 : le Moyen-Orient dispose de 45% des réserves mondiales de gaz naturel.

[85] Dans le Nord, le groupe djihadiste État islamique (ÉI), les Kurdes et le gouvernement fédéral rivalisent pour le contrôle des puits pétroliers : les Kurdes se sont emparés de ceux de Kirkouk et l'ÉI de ceux de Mossoul.

[86] La révolution islamiste en Iran (1978), la guerre Irak-Iran (1980-1988), l’intervention américaine en Irak (2003) ont fait de l’Iran un pays en état de siège. L’Iran a désormais sur toutes ses frontières maritimes et terrestres (Turquie, Irak, Koweït, Arabie saoudite, Bahreïn, Pakistan, Afghanistan, etc.) une menace immédiate en raison de la présence militaire des États-Unis. D’où la stratégie adoptée : se rapprocher du nucléaire militaire, développer des armements de frappe à longue portée, s’appuyer sur les forces chiites dans le reste du Moyen-Orient (en Irak, en Syrie et au Liban principalement, mais aussi au Yémen par exemple –Cf. I.B.2. Un arc de crises

[87] Le Monde, « Nucléaire iranien : le point sur les négociations », 12 novembre 2014

[88] Cf. le pétrole issu des schistes bitumineux de l’État canadien de l’Alberta (Cf. Programme de Géographie, Thème 3, Question 1).

[89] Cf. La guerre entre l'Irak et l'Iran, de 1980 à 1988, pour le contrôle des zones frontières du Chatt el-Arab et du Khûzistân, où se font face les installations pétrolières des deux pays, oppose le régime laïc de Saddam Hussein à la république islamique chiite de l'ayatollah Khomeiny. Le conflit, qui reste localisé et s'achève plus ou moins par le maintien du statu quo, échappe déjà aux logiques de la Guerre froide, chaque camp bénéficiant de soutiens à l'Est comme à l'Ouest.

[90] Son dynamisme économique est inférieur à celui de la Chine (7,2% de croissance en 2013), mais son excédent commercial (plus de 500 milliards de dollars en 2012) est deux fois supérieur à celui de la Chine.

[91] Les pays du CCG sont ainsi devenus en 2013 le premier investisseur au Proche-Orient et au Maghreb, devant l'UE. Il ne s'agit là que de quelques milliards de dollars, mais pour des pays désertés par les IDE des pays du Nord en raison de leur situation politique comme la Tunisie ou l'Égypte, ces investissements sont capitaux.

[92] Ainsi, l'Arabie saoudite n'a pas hésité à appuyer le coup d'État du maréchal al-Sissi en Égypte en juillet 2013, contre l'avis des États-Unis. De même, le choix de sociétés françaises pour la construction d'infrastructures au Qatar et en Arabie saoudite a pu être favorisé par une prise de position géopolitique, en l'occurrence le soutien à l'opposition syrienne sur le plan diplomatique, sinon militaire.

[93] Cf. Prezi : http://prezi.com/mt58iyff_z9j/?utm_campaign=share&utm_medium=copy