1S - Thème 2 / Aménager et développer le territoire français - Question 3 / Les dynamiques des espaces productifs français dans la mondialisation

Plan

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I. ÉTUDE DE CAS : UN TERRITOIRE DE L’INNOVATION, SOPHIA-ANTIPOLIS
 A. DES SERVICES COMMUNS PORTEURS DE COMPÉTITIVITÉ
 B. ENVIRONNEMENT, CADRE DE VIE, ACTEURS PUBLICS ET PRIVÉS
 C. LES SUCCÈS DE SOPHIA ANTIPOLIS

II. DYNAMIQUES DE LOCALISATION DES ACTIVITÉS ET MONDIALISATION : L’ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE GÉOGRAPHIE DES ESPACES PRODUCTIFS
 A. LES ACTIVITÉS INDUSTRIELLES
  1. Une France désindustrialisée ?
  2. Des espaces différenciés et en mutation
 B. L’ESPACE TERTIAIRE FRANÇAIS DANS LA MONDIALISATION
  1. L’évolution des facteurs de localisation
  2. La métropolisation des services
  3. Les espaces du tourisme français
 C. LES ESPACES DE PRODUCTION AGRICOLE EN LIEN AVEC LES MARCHÉS EUROPÉENS ET MONDIAUX
  1. Des espaces en mutation
  2. Des espaces différenciés
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Manuel p.320-365

Photos p.320-321, Problématique p.320- Cette question vise à décrire et à comprendre les nouvelles logiques d’organisation de l’espace économique français.

Comment la mondialisation modifie-t-elle les logiques d’implantation des activités ? Quel est l’impact de ce processus sur les stratégies de localisation produites par les différents acteurs ? Quels facteurs de localisation se révèlent particulièrement déterminants dans ce nouveau contexte ?

Comment les logiques de la mondialisation modifient-elles l’organisation de l’espace économique français ? Quels territoires semblent disposer des meilleurs atouts dans ce cadre ? Quels territoires semblent au contraire moins avantagés ?

Quels sont les effets de la mondialisation sur les territoires productifs ? Comment s’adaptent-ils à la multiplication des échanges et à la mise en concurrence accrue des territoires ?

I. Étude de cas : un territoire de l’innovation, Sophia-Antipolis[1]

Introduction

La mondialisation a pour effet de mettre les territoires en concurrence les uns avec les autres. De fait, la mondialisation résulte d’un accroissement des échanges favorisé par la suppression ou l’abaissement des barrières douanières. Cette ouverture des frontières permet d’exporter plus facilement, mais elle fait également peser une concurrence internationale accrue sur les entreprises installées sur le territoire français, notamment dans les industries de main-d’œuvre, main d’œuvre logiquement plus coûteuse que celle des pays émergents ou en développement.

Pour y faire face, les firmes doivent donc produire des biens à plus forte valeur ajoutée. Pour cela, il faut concevoir des produits innovants, que les économies émergentes ne sont pas encore capables d’élaborer. C’est pourquoi la mondialisation oblige les entreprises françaises à constamment innover pour être compétitives et tirer profit des opportunités commerciales et économiques ouvertes par la mondialisation.

L’innovation est donc devenue un enjeu majeur pour les espaces productifs. Elle exige, quel que soit le produit concerné[2], des compétences élevées et donc un haut niveau de formation.

L’étude de cas qui suit porte sur un territoire de l’innovation ; elle présente donc un type d’espace productif de première importance. L’exemple choisi est celui du technopôle de Sophia-Antipolis, dans notre département. Il s’agit du plus ancien technopôle français et du plus grand d’Europe

Un technopôle[3] est un espace productif regroupant des entreprises de pointe, des laboratoires de recherche (publics et privés) et des établissements d’enseignement supérieur (écoles d’ingénieurs, universités scientifiques, IUT…). Cette concentration résulte d’une action volontariste qui investit et supervise ce développement à l’aide d’organismes d’aménagement du territoire.

L’objectif est de faire coopérer les entreprises, les chercheurs et les établissements de formation et de recherche pour concevoir de nouveaux produits ou de nouveaux processus de production et de fabrication.

On parle de « fertilisation croisée »[4] à ce processus pour caractériser les relations entre les trois éléments constitutifs d’un technopôle. De ces relations résulte une « accumulation technopolitaine » car ces territoires de l’innovation attirent les entreprises à la recherche de solutions nouvelles.

A. Des services communs porteurs de compétitivité

Un technopôle offre souvent des services communs (restaurant, clubs d’entreprises, terrains de sport…) et héberge parfois des structures telles que les « pépinières d’entreprises » visant à favoriser l’éclosion des jeunes entreprises[5], dans leur phase de démarrage, ou un « incubateur », organisme qui soutient des projets novateurs jusqu’au démarrage commercial de la société qui les a développés.

On y trouve aussi des établissements de formation supérieure ; sur le site de Sophia-Antipolis, on trouve l’École des Mines de Paris, prestigieuse École d’ingénieurs partiellement décentralisée, des laboratoires du CNRS[6] et des premières entreprises installées (IBM).

B. Environnement, cadre de vie, acteurs publics et privés

Le technopôle a été créé dans une région agréable à vivre pour pouvoir attirer une main-d’œuvre qualifiée sensible aux aménités résidentielles : cadres supérieurs (ingénieurs, dirigeants d’entreprises, jeunes créateurs d’entreprise, entrepreneurs, professeurs…) et professions intermédiaires (techniciens). La réputation mondiale de la Côte d’Azur explique l’implantation précoce (1963) d’IBM et de laboratoires publics (École des Mines de Paris, CNRS) jusque-là installés dans la région parisienne. On « vend » ici l’ensoleillement, caractéristique du climat méditerranéen[7], la douceur hivernale, la proximité immédiate de la Méditerranée, des Alpes et de la ville de Nice, mais aussi, pour des salariés à forte mobilité, l’aéroport de Nice (le 2ème de France) est aussi un argument de poids. Enfin, le technopôle lui-même a été conçu comme un parc scientifique ou un campus américain dispersant ses bâtiments dans la verdure (une garrigue, végétation méditerranéenne basse). À son tour, le technopôle a diffusé ses activités, en installant notamment la fabrication à proximité.

Les acteurs privés sont les entreprises de production et leurs laboratoires. Ces entreprises sont de taille variable (grands groupes et PME), d’origines diverses (françaises ou étrangères).

Les acteurs publics sont multiples : l’École des Mines de Paris, qui a pris la décision de décentraliser certains laboratoires de son École ; l’État, qui a favorisé l’implantation de laboratoires de recherche publique (CNRS) et d’établissements de formation supérieure et qui a contribué à aménager le site, tout en le soutenant à travers sa politique de pôles de compétitivité ; les autorités municipales des cinq communes et les collectivités territoriales, qui participent à la gestion de ce parc scientifique.

C. Les succès de Sophia Antipolis

Le succès de ce technopôle, le plus important d’Europe, est indéniable : 4 500 emplois dès le début des années 1980, 30 000 en 2008, 1 300 entreprises, 5 000 étudiants dont 10% de thésards. Le graphique de l’évolution de l’emploi montre la hausse continue des créations d’emplois, indifférente aux fluctuations de l’économie et aux crises, illustrant la solidité d’un développement fondé sur l’innovation et la collaboration entre entreprises de pointe, laboratoires de recherche et scientifiques, facilitée par la proximité des uns et des autres sur un même site. Les sociétés présentes appartiennent d’ailleurs à des secteurs à fort contenu innovant (informatique, électronique, sciences de la vie, avec une place de plus en plus significative accordée aux problématiques du développement durable).

L’État a reconnu cette attractivité internationale et cette puissance d’innovation en créant un pôle de compétitivité –vocabulaire p.348 + doc.2 p.349, Schéma d’un pôle de compétitivité dans le domaine informatique[8]. Le zonage délimitant ce pôle comporte deux zones différentes, l’une autour de Nice englobant le site de Sophia-Antipolis, et l’autre autour de Marseille. Ce pôle de compétitivité est l’un des 7 de niveau mondial en France et l’un des 4 situés hors de l’Ile-de-France ; il contribue à faire de PACA une des régions les plus innovantes de France[9].

Conclusion

Les territoires de l’innovation, concentrés dans des technopôles regroupant entreprises de haute technologie, laboratoires et universités scientifiques, sont très localisés ; mais ils s’insèrent eux-mêmes dans des espaces plus larges d’échelle locale ou régionale tels que des pôles de compétitivité. Leurs performances permettent à leurs régions de se classer parmi les territoires français de l’innovation.

Ces technopôles s’inscrivent dans la mondialisation en accueillant des firmes étrangères et en exerçant pour certains d’entre eux (Cf. pôles de compétitivité de niveau mondial) un rayonnement international, rivalisant avec les centres

d’innovation les plus prestigieux de la planète.

Ces territoires qui n’ont cessé de créer des emplois, le plus souvent qualifiés, sont porteurs de réussite économique : les territoires de l’innovation sont pour l’espace productif français une manière de tirer parti de la mondialisation.

II. Dynamiques de localisation des activités et mondialisation : l’émergence d’une nouvelle géographie des espaces productifs

« Grand angle » p.340-341, La compétitivité des espaces productifs français + Cours 1 p.346 : Quelles sont les mutations des espaces productifs liés à l’intégration de l’UE et à la mondialisation ? La géographie des espaces productifs est conditionnée par de nombreux paramètres comme la connexion aux réseaux internationaux de transports et de communication –Accessibilité : vocabulaire p.348 ou la présence d’une main-d’œuvre qualifiée.

Les métropoles, les nœuds de communication, les territoires innovants sont favorisés alors que d’autres territoires, plus enclavés ou spécialisés dans des productions où la concurrence internationale tourne à leur désavantage, connaissent des difficultés –Repère p.348 + doc.3 p.349, Les espaces intégrés et les espaces en marge de la mondialisation + « Jeu d’acteurs » p.354-355.

A. Les activités industrielles

Carte 2 p.342, Les espaces industriels français dans la mondialisation + Cours 2 p.348 : « Comment l’espace industriel et tertiaire est-il réorganisé ? »

1. Une France désindustrialisée ?

Diagramme 3 p.347, Évolution de la population active en France + Carte 1 p.349, Une typologie de l’emploi en France- L’industrie a fortement reculé ces dernières décennies : entre 1970 et 2010, sa part dans l’emploi total est passée de 40% à 18%. Mais cette désindustrialisation reste relative : la production industrielle continue de croître et bon nombre d’emplois et d’activités, jadis recensés dans l’industrie, ont été déplacés vers des sociétés de services[10].

La phase actuelle de la mondialisation se traduit certes par des destructions d’emplois industriels en France –Repère p.346, La destination des délocalisations françaises. Cependant,

  • outre le fait que certains grands groupes français (pharmacie, aéronautique, automobile, énergie, agroalimentaire, etc.) s’insèrent bien dans la mondialisation et en tirent bénéfice -doc.1 p.347, La stratégie d’internationalisation d’une FTN française : Michelin,
  • la mondialisation, du fait des stratégies des FTN, est aussi créatrice d’emplois sur le sol français –doc.2 p.347, Délocaliser n’est pas une fatalité.

2. Des espaces différenciés et en mutation

Carte 2 p.342, Les espaces industriels français dans la mondialisation + Cours 2 p.348 : « Comment l’espace industriel et tertiaire est-il réorganisé ? »

a. De fortes disparités régionales

Les politiques d’aménagement du territoire et de décentralisation industrielle[11] ont eu pour effet d’atténuer la coupure traditionnelle entre la France de l’Est industrielle et urbaine et la France de l’Ouest agricole et rurale. L’industrie a ainsi gagné l’Ouest du territoire : vallée de la Seine, Pays de la Loire, Centre, Bretagne...

Néanmoins, de fortes disparités demeurent. Dans le Sud, l’industrialisation est très limitée (en 2009, Corse ou Languedoc-Roussillon représentent, respectivement, 0,3% et 2,7% de la valeur ajoutée industrielle française, contre 19,8% pour l’Île-de-France ou 12,1% pour Rhône-Alpes) et très ponctuelle. De plus, à côté de zones en croissance, comme les technopôles de Montpellier (notamment Euromédecine[12], Agropolis ou Eurêka et Jean Mermoz), les foyers industriels anciens en crise y sont nombreux (ZIP de Fos-sur-Mer, anciens chantiers navals de La Seyne-sur-Mer ou de La Ciotat, petite ville minière d’Alès...), même si certains subsistent, difficilement[13]. Dans l’Ouest, l’industrialisation est surtout le fait d’établissements qui restent sous contrôle parisien à l’image de l’industrie automobile et de celle des télécommunications, développées en Bretagne à partir des années 1950.

b. Trois types de territoires industriels

Confronté à la mondialisation, l’espace industriel français se transforme. Trois types de territoires d’inégale importance coexistent.

Les métropoles

Les métropoles contrôlent l’appareil industriel grâce à la concentration des fonctions de commandement, de recherche et de production (dans les hautes technologies notamment) et aux synergies qu’elles offrent. C’est là que se concentrent les activités à forte valeur ajoutée, en raison de leurs besoins en recherche et commercialisation. Ces branches industrielles sont les mieux placées pour s’insérer dans les dynamiques engendrées par la mondialisation.

Elles sont les territoires de l’innovation –Innovation : vocabulaire p.348 les plus actifs et ceux qui présentent les masses critiques nécessaires pour affronter la concurrence mondialisée. Les territoires de l’innovation correspondent aux technopôles. Proches des villes, ils disposent d’une main-d’œuvre qualifiée, d’un encadrement scientifique, de réseaux de communication rapides et d’un cadre de vie de qualité. C’est donc dans les métropoles que les grands groupes industriels s’implantent prioritairement –et prioritairement à Paris, ce qui permet à l’Île-de-France d’être la première région industrielle ; les autres métropoles françaises, Lyon, Marseille, Lille, etc. ont des aires d’influence plus limitées, même si elles sont internationales[14].

Impulsés par l’État, les pôles de compétitivité, souvent attachés à une métropole, doivent rendre l’économie plus compétitive et créer des emplois. Ces dispositifs de soutien de l’État, des régions et des collectivités locales témoignent de la volonté de résister au déclin, voire même d’une ambition de réindustrialisation du territoire –vocabulaire p.348 + doc.2 p.349, Schéma d’un pôle de compétitivité.

Les régions industrielles traditionnelles

Dans les régions industrielles « traditionnelles »[15] du Nord et de l’Est, l’industrie joue encore aujourd’hui un rôle important dans la population active.

Néanmoins, l’appareil industriel de ces régions a évolué. Au sein des régions Rhône-Alpes et Alsace, les mutations ont été progressives, tandis que d’autres ont dû se reconvertir lors de la crise des années 1970 : Cf. le Nord et la Lorraine, qui ont modifié leur appareil industriel[16], développé les services comme la vente par correspondance et bénéficié, grâce à leur situation au cœur de l’Europe, de dynamiques transfrontalières et d’IDE[17] -Focus p.350-351 : « Comment transformer des friches industrielles en espaces tertiaires ? ».

Les nouvelles régions industrielles

L’Ouest et le Sud s’affirment de plus en plus au sein de l’espace industriel grâce à des PMI innovantes et à l’implantation d’établissements de grands groupes industriels. Ces espaces, délaissés par les premières révolutions industrielles qui s’appuyaient sur les matières premières, sont les grands gagnants des mutations industrielles qui se sont dessinées à partir des années 1960-70. Ils enregistrent les plus forts taux de croissance industrielle, s’appuyant notamment sur l’essor des hautes technologies.

Ils offrent un cadre de vie agréable, surtout le Sud, et une main-d’œuvre abondante, surtout l’Ouest[18]. De plus, ces espaces sont de mieux en mieux desservis : le TGV « met » Marseille à 3 heures de Paris, Rennes à 2 heures (1h30 en 2014), le réseau routier est bien développé, Nice est le 2ème aéroport de France... Grâce à ces atouts, de nombreux établissements industriels et technopôles y ont été développés.

B. L’espace tertiaire français dans la mondialisation

Carte 3 p.343, Les espaces tertiaires français dans la mondialisation + Cours 2 p.348 : « Comment l’espace industriel et tertiaire est-il réorganisé ? »- L’espace tertiaire est omniprésent car les services touchent tous les aspects de la vie économique et sociale. La France est le 4ème exportateur mondial de services[19]. Les activités tertiaires assurent plus du quart du commerce extérieur et fournissent 75% des emplois dans le tourisme, les services financiers, les télécommunications, la santé, la logistique... La croissance de l’emploi au cours des trente dernières années est essentiellement due à l’essor du tertiaire.

1. L’évolution des facteurs de localisation

À l’exception des services qui demandent un contact direct (santé, éducation, commandement des entreprises...), qui se concentrent de plus en plus dans les métropoles, l’amélioration des télécommunications et l’externalisation des fonctions permettent l’éloignement des services par rapport à leur clientèle. Ils s’installent alors là où les coûts de fonctionnement sont plus faibles[20].

Par ailleurs, certains services ne se localisent plus en fonction de la demande, ils l’attirent. Ils sont aujourd’hui devenus tellement importants qu’ils sont un facteur de localisation pour la population (toujours plus soucieuse de sa qualité de vie) et les entreprises, notamment industrielles (en quête d’amélioration de leur compétitivité).

2. La métropolisation des services

La ville est par excellence le lieu de la tertiarisation. Les activités tertiaires de haut niveau (services financiers, sièges sociaux des FTN...), par les réseaux qui les relient (télécommunications, transports...) et les flux d’échanges qu’elles stimulent, mettent en relation les métropoles françaises entre elles, ainsi qu’avec l’espace européen et mondial.

Le rayonnement international des villes est assuré par les emplois métropolitains supérieurs ; ils sont le facteur essentiel de la métropolisation. Ces fonctions dites « métropolitaines » recouvrent les emplois de la culture et des loisirs, de la gestion (cadres des entreprises, banquiers, assureurs...), de la recherche et de la conception, du commerce interentreprises... En France, ils occupent un emploi sur dix.

Le nombre et la qualité des services, surtout marchands, coïncident très largement avec la hiérarchie urbaine et tendent même à la renforcer. Ainsi l’Île-de-France offre une exceptionnelle concentration de services. Près des quatre cinquièmes des 500 premières sociétés françaises ont leur siège en Île-de-France, notamment à Paris et dans les Hauts-de-Seine (le quartier de La Défense accueille 1 500 sièges sociaux). Cette forte concentration permet à la région de « commander » une bonne partie de l’espace national et de l’économie française et de rivaliser avec les autres grandes métropoles européennes et mondiales. De plus, cette puissance est un facteur de croissance : les services attirent les services et les entreprises industrielles, celles-ci génèrent une demande, et ainsi de suite.

3. Les espaces du tourisme français

L’espace touristique offre un visage différent de celui de l’ensemble du secteur tertiaire, car sa hiérarchie ne suit pas celle des principales métropoles. Le tourisme obéit à d’autres paramètres de localisation.

Représentant près d’un million d’emplois et 6,5% du PIB, il est un atout de l’économie française. Premier pays d’accueil des touristes internationaux[21] alors que près de 90% des Français passent leurs vacances dans l’hexagone, la France doit son attractivité à de multiples atouts : une bonne accessibilité, une localisation entre les pays d’Europe du Nord et les pays méditerranéens, une diversité des paysages et des climats, une longueur et une variété des littoraux (DROM compris), des massifs montagneux multiples, un patrimoine historique, culturel et gastronomique remarquable ainsi que de nombreux services et activités aptes à satisfaire aussi bien une clientèle d’affaires que de loisirs.

L’espace touristique se caractérise par son hétérogénéité et par les aménagements qu’il engendre pour accueillir les touristes. Il est essentiellement périphérique (littoral et montagne), même si Paris est le principal pôle touristique français[22].

Les équipements et services touristiques sont massivement présents sur les littoraux méditerranéens et atlantiques, sous la forme d’une occupation linéaire, et en montagne (Alpes et Pyrénées principalement) où l’occupation ponctuelle des stations[23] laisse progressivement la place à un réseau grâce aux liens qu’elles établissent entre leurs domaines skiables. Le littoral offre des équipements et des services différents[24].

À l’intérieur du territoire, les aménagements touristiques sont plus ponctuels : tourisme culturel et de loisirs, en forte progression[25], le tourisme vert parfois vital pour les espaces ruraux[26].

C. Les espaces de production agricole en lien avec les marchés européens et mondiaux

Carte 1 p.342 : « Les espaces agricoles français dans la mondialisation » + Cours 3 p.352 : « Quelles sont les évolutions des espaces agricoles ? »

Les agriculteurs, qui ne représentent plus que 2% de la population active française –doc.3 p.347, Évolution de la population active en France doivent s’adapter et transformer leurs méthodes de culture pour rester compétitifs face à la concurrence internationale, sur des marchés fluctuants.

1. Des espaces en mutation

L'espace agricole français a été fortement influencé par les politiques nationales et, à partir de 1962, par la Politique agricole commune (PAC)[27] –Vocabulaire p.352.

Cela s'est traduit par une modification des structures agricoles :

  • progression des exploitations à caractère professionnel et/ou sociétal,
  • augmentation de la taille moyenne des exploitations,
  • extension de l'irrigation et du drainage,

homogénéisation des paysages agricoles[28],

plus récemment, un souci accru de l'environnement.

Ces mutations permettent à l'agriculture française de conserver une puissance non négligeable : 8e producteur mondial, 5e exportateur derrière les États-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil.

Par ailleurs, la PAC et ses réformes ont amené une évolution de l’occupation de la Surface agricole utile[29]. Cette dernière est d’autant plus nette que les pratiques agricoles ont évolué. Par exemple, dans le domaine de l'élevage, l'élevage hors-sol s'est largement substitué à la stabulation libre.

  1. Des espaces différenciés

Carte 1 p.342 : « Les espaces agricoles français dans la mondialisation »

  1. Permanence des grandes spécialisations régionales

Les grandes spécialisations régionales n'ont quant à elles que peu évolué :

  • l'Ouest reste la partie de la France où l'agriculture occupe le plus d'espace. La Bretagne et les Pays-de-la-Loire concentrent la moitié des élevages hors-sol spécialisés ;
  • deux tiers des exploitations de viticulture d'appellation sont situés dans quatre régions : Champagne-Ardenne, Aquitaine, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur ;
  • les grandes cultures, un peu moins concentrées sur le territoire, se rassemblent toutefois en deux pôles : le Bassin parisien et le Nord-Pas-de-Calais d'une part, le Sud-Ouest d'autre part[30].
  • les élevages bovins laitiers sont pour moitié implantés en Bretagne, Basse-Normandie et dans les Pays-de-la-Loire.

b. Des espaces agricoles intégrés, des espaces en marge

À l'échelle régionale, cela se traduit par des profils différenciés entre les régions d'agriculture intensive (céréales, oléagineux et protéagineux et élevage) –Agriculture productiviste : vocabulaire p.352 ou spéculative (vignoble, maraîchage…), qui ont été fortement influencées par la PAC et ses réformes, et celles plus extensives (élevage, polyculture et cultures spécialisées).

Certaines régions agricoles sont bien intégrées aux marchés européens et mondiaux : céréaliculture du Bassin parisien, élevages bretons, grands vignobles... qui correspondent aux exploitations modernisées, spécialisées, liées aux IAA –Firmes agroalimentaires : vocabulaire p.352, gérées par des agri-managers. Leurs revenus sont élevés, mais ils doivent affronter la concurrence venue des États membres du groupe de Cairns[31], de l'Ukraine et de la Russie, ou celle des viticulteurs californiens, sud-américains, sud-africains, australiens, etc.

Près de la moitié des exploitations françaises n'ont pas de revenus suffisants. Ce sont des régions aux exploitations de faible superficie, souvent restées dans des systèmes polyculturaux. Ces agricultures marginalisées, notamment celles de moyenne montagne, « perfusées » de subventions, placent parfois leur espoir dans le développement rural et le tourisme vert.

Conclusion

L’essentiel p.356-357 + Croquis p.360-361, Les dynamiques des espaces productifs français dans la mondialisation

 


[1] Consulter le site officiel la brochure de l’exposition consacrée aux 40 ans de Sophia-Antipolis : http://www.sophia-antipolis.org/index.php?option=com_content&view=article&id=201%3Asophia-antipolis-retrospective-1969-2009&catid=66%3Aexpositions&Itemid=124&lang=fr + Cf. par ailleurs l’étude de cas du manuel : Toulouse -p.328 à 333.

[2] Il s’agit souvent de produits à fort contenu technologique mais l’innovation est devenue une obligation pour toutes les branches de production, y compris les plus traditionnelles comme le textile ou la chaussure.

[3] NB : ne pas confondre avec technopole (du grec « polis », la cité) Une technopole est une agglomération qui concentre les équipements et les activités de l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, le développement technologique et des entreprises innovantes.

[4] http://sophia-antipolis.org/index.php?option=com_content&view=article&id=15&Itemid=16&lang=fr (« Le modèle sophipolitain » (!)

[5] Cf. les start up.

[6] Centre national la recherche scientifique (organisme public de recherche).

[7] On parle d’héliotropisme pour désigner l’attraction des régions à fort ensoleillement sur les activités et les hommes

[8] Pôle SCS : « solutions communicantes sécurisées » : Cf. http://www.pole-scs.org/p%C3%B4le-scs/pr%C3%A9sentation.

[9] Cf. le niveau élevé du taux d’innovation régional, calculé à partir du nombre de brevets déposés auprès de l’Office européen des brevets (OEB). Après l’Ile-de-France, Rhône-Alpes (Lyon, Grenoble) et l’Alsace, PACA est l’un des principaux territoires régionaux de l’innovation en France.

[10] Cf. emplois périproductifs externalisés (emplois de services aux entreprises) : maintenance, restauration, nettoyage, gardiennage, etc.

[11] La décentralisation industrielle est une politique menée en France à partir des années 1960, qui consiste à favoriser la délocalisation de certaines activités industrielles des régions et villes les plus industrialisées vers les régions et villes les moins industrialisées, dans un but d’aménagement du territoire. Cette politique a permis le déplacement de certaines activités de l’Île-de-France, du Nord et de l’Est de la France vers des villes de l’Ouest et du Sud-Ouest de la France. Certaines activités industrielles ont également été créées ex nihilo, avec le soutien de l’État, dans l’ouest et le sud-ouest du pays.

[12]Cf. https://eco.montpellier-agglo.com/foncier-et-immobilier/parcs-d-activites/technologiques-et-tertiaires/parc-d-activites-euromedecine-23591.khtml?RH=1153820458165

[13] Cf. les 4 raffineries des Bouches du Rhône, qui représentent 30% de la production nationale de produits raffinés –pour l’instant.

[14] Cf. l’appareil industriel lyonnais, par exemple, qui a des contacts étroits avec ceux de Genève ou de Milan. Cf. Toulouse, dont l’influence est européenne, mais réduite à un domaine, l’aéronautique (le siège et le principal site d’assemblage d’Airbus se trouvent à Blagnac dans la proche banlieue toulousaine).

[15] C’est-à-dire issues des deux premières révolutions industrielles.

[16] Dans le Nord Pas-de-Calais, l’industrie associe désormais une industrie lourde très fortement modernisée à une industrie de biens de consommation (le 1er employeur industriel est désormais PSA)

[17] Cf. implantation de Toyota à Valenciennes, de Smart en Lorraine –doc.5 p.141 : « Usine Smart en Moselle ».

[18] Elles attirent à la fois les industries de haute technologie, soucieuses de recruter des ingénieurs et des cadres, et les établissements de fabrication et d’assemblage qui requièrent un grand nombre d’ouvriers.

[19] Derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Des firmes françaises rayonnent à l’échelle mondiale dans les transports (Air France), les télécommunications, la banque et l’assurance (Société Générale, Axa...), la grande distribution (Carrefour, 2e mondial), l’hôtellerie (Accor, 5e mondial), les services aux entreprises (publicité avec Havas, 5e mondial ; gestion informatique avec Cap Gemini)...

[20] On assiste ainsi, par exemple, à la délocalisation de certains services informatiques en Inde, à la multiplication des centres d’appel au Maroc, mais aussi à la constitution d’un pôle d’assurances dans la région du Mans, d’un foyer de vente à distance à Roubaix, etc.

[21] 76,8 millions de personnes en 2009, 8,7% des arrivées mondiales.

[22] Première ville mondiale pour les congrès internationaux, plus forte capacité hôtelière nationale, concentration de monuments et de musées de renommée internationale, parcs d’attraction, etc.

[23] Cf. dans les Alpes du Nord, où trois générations de stations de sports d’hiver ont été édifiées : d’abord dans les vallées (Megève, Chamonix...) ; puis vers 1 800 mètres d’altitude (l’Alpe-d’Huez, Val d’Isère...) ; et enfin au-dessus de 1 800 mètres, les stations intégrées* (Les Arcs,Tignes...).

[24] Cf. différences entre le tourisme de la Côte d’Azur et celui de la Côte du Languedoc.

[25] Découverte de sites historiques et patrimoniaux (vallée de la Loire...), musées, parcs naturels régionaux ou nationaux, parcs de loisirs (parcs nautiques, parcs d’attractions à thème...

[26] Fermes auberges, gîtes ruraux...

[27] PAC : Créée lors du Traité de Rome (1957), mise en œuvre à partir de 1962, elle a permis à l’UE de devenir autosuffisante et même excédentaire en termes de production agricole. Plusieurs fois amendée depuis, elle constitue le 2e poste de dépense du budget de l’Union européenne.

[28] Par exemple, le bocage a fortement décliné au profit de l'openfield : près de 200000 km de haies ont été arrachés en Bretagne, qua ce soit dans le cadre ou non de programmes de remembrement.

[29] La surface agricole utile (SAU) est un instrument statistique destiné à évaluer le territoire consacré à la production agricole, différente de la SAT (surface agricole totale). La SAU est composée de terres arables (grande culture, cultures maraîchères, prairies artificielles...), « surfaces toujours en herbe » (prairies permanentes, alpages), cultures pérennes (vignes, vergers...). Elle n'inclut pas les bois et forêts. Elle comprend en revanche les surfaces en jachère, c’est-à-dire les terres retirées de la production (gel des terres) Ces terres sont comprises dans les terres arables (www.wikipedia.org)

[30] 29% des exploitations sont dans le Centre, la Picardie, l'Île-de-France et la Champagne-Ardenne et 22% en Aquitaine et en Midi-Pyrénées

[31] Groupe de Cairns : coalition de pays exportateurs de produits agricoles qui militent en faveur de la libéralisation des échanges dans ce secteur : Afrique du Sud, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Paraguay, Philippines, Pérou, Thaïlande, Uruguay, Viet Nam. Source : OMC.