1S - Thème 3 / La République française face aux enjeux du XXème siècle - Question 1 / La République, trois Républiques

Plan

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I. L'ENRACINEMENT DE LA CULTURE REPUBLICAINE DANS LES DECENNIES 1880 ET 1890

 A. Une naissance mouvementée, un régime d’un type nouveau

 B. La République à la conquête du cœur des Français

  1. …en promouvant ses valeurs

  2. …en triomphant de ses ennemis

 C. Un modèle républicain ?

II. DE LA RESISTANCE A LA REFONDATION REPUBLICAINE

 A. Le régime de Vichy (1940-1944)

  1. La fin du régime républicain

  2. La Révolution nationale

  3. La collaboration

 B. La IVème République : une refondation républicaine

  1. Le rétablissement de la légalité républicaine

  2. Un nouveau pacte républicain entre l’État et la nation

  3. Un cadre institutionnel faiblement renouvelé

III. 1958-1962, UNE NOUVELLE REPUBLIQUE

 A. La fin de la IVème République

  1. Le 13 mai 1958 : la République menacée

  2. Le retour du général de Gaulle

 B. Une nouvelle République

  1. Un régime présidentiel ?

  2. Le tournant de 1962

1s h3 1

Manuel p.140-173

Doc.1 et 2 p.140-141, Problématique p.140, repères chronologiques p.141, Grand angle p.142-143- Nous nous interrogerons sur la complexité de la définition de la République en France (un régime politique et son fonctionnement mais aussi, des valeurs, un imaginaire) et sur la singularité de son histoire depuis 1870, qui voit se succéder trois République en moins d’un siècle.

Trois républiques se sont succédé depuis 1870 : objet de débats et de compromis entre forces politiques et sociales, confrontée aux aléas des conflits extérieurs (guerres mondiales, guerres de décolonisation), la République n’est pas un modèle statique. Nous réfléchirons donc particulièrement à l’importance des moments de refondation.

Pourquoi l’idée républicaine est-elle contestée dans les années 1880-1890 ? En quoi les crises politiques lui permettent-elles d’être mieux définie et de s’enraciner dans le pays ?

En quoi la Résistance entraine-t-elle un renouvellement important de l’idée républicaine ?

Dans quelle mesure la constitution de la Cinquième République marque-t-elle une évolution de la tradition républicaine ? De quelle manière De Gaulle installe-t-il de nouvelles institutions et de nouvelles pratiques d’exercice du pouvoir ?

I. L’enracinement de la culture républicaine dans les décennies 1880 et 1890

Doc.1 p.142, Une République conquérante + Cours 1 p.144, La difficile affirmation républicaine- S’interroger sur la République conduit à analyser la spécificité de la culture politique républicaine mise en place par la IIIème République, dont les valeurs sont toujours vivantes aujourd’hui.

On entend par « culture politique » un ensemble de références, de représentations, de pratiques, formalisées au sein d’un parti, d’une famille politique et qui leur confèrent une identité propre. Étudier l’enracinement de la culture républicaine, revient à questionner le processus d’adhésion des Français à la culture politique républicaine.

A.  Une naissance mouvementée, un régime d’un type nouveau

La IIIème République naît dans des circonstances particulières : proclamée le 4 septembre 1870[1], elle n’est dotée d’une constitution qu’en 1875, à titre transitoire, par une Chambre des députés à majorité… monarchiste -doc.1 p.144, Les institutions de la IIIème République » !

La IIIème République est un régime parlementaire, dans lequel le rôle du président de la République est assez effacé[2]. La Chambre des députés, seule institution élue au suffrage universel[3] direct, devient le centre de la vie politique. Avec le Sénat, elle vote les lois, investit et contrôle le gouvernement dirigé par le Président du Conseil.

La crise du 16 mai 1877 est un tournant : le président Mac Mahon, favorable aux monarchistes, entre en conflit avec le Parlement et le dissout, provoquant ainsi de nouvelles élections législatives. Face à la progression des députés républicains, Mac Mahon démissionne en 1879. L'élection du républicain Jules Grévy à la présidence consacre la victoire institutionnelle de la République.

B.  La République à la conquête du cœur des Français

À ses débuts, l'idée de République est associée à la Terreur révolutionnaire de la Ière République, aux révolutions sociales de juin 1848 et de la Commune de Paris en 1871, autrement dit à des projets politiques très radicaux : pour s’enraciner, elle doit gagner le cœur des Français. Comment y parvenir ?

1.   …en promouvant ses valeurs

Héritiers de la Révolution française, les républicains entreprennent l'enracinement des valeurs de progrès, de liberté et combattent l'influence jugée excessive de l'Église, notamment dans l'école publique : l'école devient le premier lieu de diffusion des valeurs de la République -dossier p. 146-147 : « L’école de la République » ; elle est gratuite, laïque et obligatoire jusqu'à douze ans depuis les lois Ferry –Biographie p.144 de 1881 et 1882.

Les républicains ont aussi à cœur de mettre en œuvre les droits de l'Homme en étendant les libertés publiques. Le suffrage universel enracine les pratiques de la démocratie. En 1881, la loi instaure la liberté de réunion puis la liberté de la presse[4] mais aussi de la librairie, de l'imprimerie, de l'affichage, du colportage. En 1884, la liberté syndicale est instaurée.

La culture républicaine trouve ses racines dans la symbolique révolutionnaire. C’est dans les années 1880 que les principaux symboles du régime sont entérinés et constituent une « nouvelle liturgie » avec une fête nationale (le 14 juillet) –Dossier p.148-149, Le 14 juillet, fête républicaine, un hymne (la Marseillaise) –doc.2 p.145, La Marseillaise, ses couleurs (bleu-blanc-rouge), une allégorie (Marianne), des cérémonies (les élections) et des héros, équivalent laïque des saints, inhumés au Panthéon (Victor Hugo, Léon Gambetta...). Le principe de laïcité vient compléter les principales valeurs du régime. La République se pose en effet comme une « contre-culture » de la tradition catholique et du conservatisme. Ainsi, l'anticléricalisme apparaît comme un fondement majeur qui trouvera son aboutissement dans la loi de séparation de l'Église et de l'État de 1905.

L’adhésion à la République est également indissociable d’un patriotisme fondé notamment sur l’espoir de reconquérir l’Alsace et la Moselle perdues en 1870-1871, et flatté par l’édification d’un vaste empire colonial.

2.   …en triomphant de ses ennemis

À partir de 1885, dans un contexte de difficultés économiques, s'ouvre une période d'opposition croissante au régime. L'antiparlementarisme –Vocabulaire p.144 progresse, notamment lors de la crise boulangiste (1886-1889)[5], ou des attentats anarchistes (1892-1894)[6] –doc.5 p.145, La menace anarchiste.

Mais c’est l’affaire Dreyfus (1898-1906) qui constitue la crise la plus grave –Dossier p.150-151 : « L’affaire Dreyfus ». En 1894, Alfred Dreyfus, un officier de confession juive, est condamné pour espionnage au profit de l'Allemagne. II est dégradé et déporté au bagne en Guyane. En 1898, l'affaire éclate quand le véritable coupable est démasqué mais aussitôt acquitté par un conseil de guerre qui ne veut pas reconnaître l'erreur de l'armée. Émile Zola, dans son article « J'accuse », dénonce l'injustice commise au nom de la raison d'État. Les affrontements sont passionnés ; les dreyfusards –intellectuels, républicains, socialistes– défendent Dreyfus au nom des droits de l'Homme et des libertés ; les antidreyfusards accablent « le traître Dreyfus » au nom d'un nationalisme antiparlementaire et d'un antisémitisme exacerbés. Au-delà, ce que les antidreyfusards expriment, c’est un rejet de la République et de ses valeurs. Cette agitation provoque un réflexe militant de « défense républicaine » qui rassemble les républicains et les socialistes contre la menace de la droite nationaliste et des cléricaux. Dreyfus est définitivement innocenté et réhabilité en 1906. L’affaire Dreyfus constitue un moment privilégié du processus d’enracinement de la culture politique républicaine. Elle montre que la République est un idéal en construction permanente : l’idée républicaine s’y redéfinit aux termes de débats très vifs entre les différentes forces politiques, y compris à l’intérieur de la famille républicaine, contribuant à une évolution des partis[7]. L’intérêt de l’Affaire réside également dans l’émergence de nouveaux acteurs politiques et de nouvelles formes de mobilisation.

C.  Un modèle républicain ?

La victoire des républicains sur leurs adversaires permet donc d'enraciner un modèle politique républicain. II est fondé sur la pratique régulière du suffrage universel pour les élections locales (maires) et nationales (députés, sénateurs). Les institutions dessinent un régime parlementaire qui privilégie le pouvoir collectif des assemblées et se montre très méfiant vis-à-vis de tout pouvoir trop personnel.

La République reconnaît la pluralité des opinions. Le parti radical, défenseur fervent de la République et de la laïcité, est fondé en 1901. En 1905, les courants socialistes s'allient dans la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière). Les libertés sont garanties (expression, réunion, syndicats, associations...). La laïcité de l'État comme de l'école publique est un pilier de la République.

Toutefois, si les républicains s’efforcent de donner des gages à toutes les composantes de la société[8] -doc.3 p.145, L’adhésion des campagnes à la République, c’est essentiellement l’essor des classes moyennes qui favorise le succès du modèle républicain. De même, les femmes sont exclues du droit de vote et considérées comme des mineures. Enfin, la République, libérale en métropole, organise avec la colonisation une entreprise de domination autoritaire des peuples indigènes.

II. De la Résistance[9] à la refondation républicaine

Doc.2 p.142, La République dans la tourmente + Cours 2 p.160 : « Des idéaux de la Résistance à la refondation républicaine »- La deuxième étude s’intéresse au moment qui va de la défaite de 1940 à l’instauration de la IVème République en 1946.

A.  Le régime de Vichy (1940-1944)

Grand angle p.106-107, La France dans la tourmente- Le choc de la débâcle de 1940 amène à une remise en cause radicale d’une république apparemment consolidée par la victoire en 1918, mais fragilisée par les crises des années 1930[10]. Le régime de Vichy développe dès son avènement un discours violemment antirépublicain.

1.   La fin du régime républicain

Cours 3 p.108, Le régime de Vichy, négation de la République

a.    La question de l'armistice

Carte p.107, La France métropolitaine morcelée- L'offensive allemande en mai 1940 provoque en quelques semaines la déroute des armées franco-anglaises. Dans la panique, des millions de Français se jettent sur les routes : c'est l'exode. Le 18 mai 1940, le maréchal Pétain, le « vainqueur de Verdun » en 1916, devient vice-président du Conseil –Biographie p.108.

Devant cette débâcle, certains membres du gouvernement, dont Pétain, plaident en faveur de l'armistice. C’est lui qui la signera (à Rethondes le 22 juin 1940), après avoir été désigné chef du gouvernement le 17 juin. La moitié nord de la France est alors occupée par l'armée allemande.

b.   Les pleins pouvoirs

Le maréchal, âgé de 84 ans, se présente alors comme l'homme providentiel. Il convoque députés et sénateurs à Vichy, où s'est établi le gouvernement en zone non occupée. Dans un climat de désarroi et d'intimidation, la majorité d'entre eux[11] votent alors les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, chargé de « promulguer une nouvelle Constitution de l'État français ». C'est la fin de la IIIème République.

c.    L'instauration d’une dictature

En quelques jours, plusieurs « actes constitutionnels » sont rédigés. Au maréchal Pétain, chef de l'État et chef du gouvernement, sont reconnus les pouvoirs exécutif et législatif, alors que les Assemblées sont suspendues.

En même temps que les principes démocratiques sont abolis, les libertés fondamentales d'expression, de la presse et d'association disparaissent.

2.   La Révolution nationale

a.    Une revanche idéologique

Avec la Révolution nationale –Vocabulaire p.108 + doc.2 p.109, Vichy, un régime antirépublicain, l'extrême droite nationaliste et cléricale[12] hostile la République triomphe. Elle impose une revanche contre ses adversaires, rendus responsables de la défaite : les hommes du Front populaire –doc.3 p.109, Le procès de Riom, les Juifs…

Le nouveau régime veut restaurer une France rurale, respectueuse des hiérarchies traditionnelles (l'armée et l'Église), où les valeurs d'autorité, d'obéissance et d'efforts remplacent les valeurs républicaines d'égalité, de liberté et de droits.

b.   « Travail, famille, patrie »

La devise de la Révolution nationale, qui se substitue à la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité », résume le programme de nouvel ordre économique et social. À l'exaltation du travail, en particulier celui de la terre[13], s’ajoute l'instauration du corporatisme[14].

La famille et l'image de la mère au foyer sont célébrées par le régime[15]. L'enseignement est réformé afin que l'école transmette les valeurs de l'État français, le respect des hiérarchies sociales, le catéchisme.

Un culte de Pétain le « sauveur » est développé par une intense propagande. L'hymne « Maréchal, nous voilà » remplace la Marseillaise, interdite par l'occupant allemand.

c.    Un régime d'oppression

Dès l'été 1940, les arrestations de personnalités politiques, surtout socialistes (Léon Blum ou le ministre du Front populaire Jean Zay) et communistes, se multiplient. Les réfugiés étrangers, notamment espagnols et juifs, sont enfermés dans des camps d'internement.

En octobre 1940, une loi fixant le statut des Juifs est adoptée, en vertu de laquelle tous les Juifs doivent se faire recenser. Certains d’entre eux perdent leur nationalité française, et tous sont exclus de nombreuses professions et dignités[16]. En 1941, ils sont expropriés de leurs biens et le plus souvent réduits à la misère.

À partir de 1943, avec la création de la milice –Vocabulaire p.108 la répression devient de plus en plus féroce –Carte 5 p.109, Les mesures de répression : les camps d’interment.

3.   La collaboration

a.    Un choix politique et stratégique

La collaboration d'État[17] -Vocabulaire p.108 avec l'Allemagne est un choix de Vichy, effectué dans l’espoir d’un allègement des conditions d'armistice, et dans la perspective d'une victoire totale de l'Allemagne, qui donnerait à la France une place dans le nouvel ordre européen nazi -.

De fait, les nazis ne font aucune concession particulière, même si les conditions de l’occupation sont moins dures pour les pays occidentaux que sur le front de l’Est. La zone « libre » est purement et simplement envahie en novembre 1942 après le débarquement allié en Afrique du Nord. La collaboration devient alors une véritable soumission, sous l’influence croissante de Pierre Laval.

b.   Vichy, complice de la solution finale

Désormais, les polices française et allemande coordonnent leurs actions de répression ; la milice traque les résistants et les livre à l'occupant.

C'est aussi la police française qui opère les rafles de Juifs, comme celle du Vél’ d'Hiv le 16 juillet 1942 à Paris où plus de 13 000 Juifs sont arrêtés. Elle surveille les camps d'internement d'où les détenus sont envoyés vers les camps de la mort.

B.  La IVème République : une refondation républicaine

1.   Le rétablissement de la légalité républicaine

L’attachement des Français à la République sort renforcé des quatre années d’occupation, ainsi que leur unité autour des forces de la Résistance -Étude p.154-155, Le Conseil national de la Résistance (CNR). À la tête du Gouvernement provisoire –GPRF : vocabulaire p.160 + doc.4 p.161, Un gouvernement d’unité nationale, le général de Gaulle fait annuler les lois de Vichy et s’efforce d’encadrer l’épuration -Étude p.158-159, Le rétablissement de la légalité républicaine. Des élections sont organisées en avril 1945 pour élire les nouvelles municipalités et, pour la première fois, les femmes y participent –doc.2 p.161, L’élargissement du droit de vote.

2.   Un nouveau pacte républicain entre l’État et la nation

Histoire des Arts p.156-157, H. Biais, Liberté- Dans ces conditions, la Libération est  l’occasion d’une véritable refondation républicaine. La Résistance devient alors un vivier de femmes et d'hommes politiques souvent nouveaux, et de hauts fonctionnaires compétents et dévoués au service de l’État. Dans le fil du programme du CNR de 1944 –doc.6 p.155, Le programme du CNR, de grandes réformes visent à établir une république démocratique et sociale -doc.5 p.161, Une République démocratique et sociale. , ce qui se traduira par une intervention accrue de l’Etat dans l’économie –doc.3 p.161, La nationalisation des usines Renault et par la mise en œuvre de l’Etat-providence[18]

3.   Un cadre institutionnel faiblement renouvelé

En octobre 1945, les Français écartent par référendum l’hypothèse d’un retour à la IIIème République et élisent lors du même scrutin une Assemblée chargée de préparer une nouvelle Constitution. Les débats constitutionnels en 1945-1946 opposent les partisans d'un pouvoir législatif fort et de Gaulle, favorable à un exécutif fort, à la tête duquel le président de la République jouerait un rôle prééminent. Ne parvenant pas à imposer ses vues, il quitte le gouvernement provisoire en janvier 1946. Les nouvelles institutions, approuvées par référendum en octobre 1946 par 53% des votants, instaurent un régime parlementaire –Vocabulaire p.164.

III. 1958-1962, une nouvelle République

Cours 3 p.164 : 1958-1962, une nouvelle République- La dernière étude est centrée sur les quatre premières années de la Ve République. Elles forment une période charnière marquée par une rupture avec le modèle de la IVème République tout en annonçant les évolutions postérieures.

A.  La fin de la IVème République

Le caractère parlementaire du régime et le mode scrutin proportionnel conduisent les principaux partis politiques (SFIO, MRP, radicaux) à former des coalitions de gouvernement. En temps de crise, ces coalitions sont éphémères, d’où une instabilité ministérielle chronique[19], alors même qu’il faut faire face à la guerre d’Indochine (1946-1954), puis à la guerre d’Algérie (1954-1962). C’est donc une IVème République fragilisée[20] qui doit affronter la crise de mai 1958.

1.   Le 13 mai 1958 : la République menacée

Étude p.162-163, La crise du 13 mai 1958 : d’une République à l’autre- Au fur et à mesure de l’enlisement dans le conflit algérien, la détermination à conserver l’Algérie française s’amenuise et la question de l’ouverture de négociations avec le FLN divise les partis de gouvernement.

En Algérie, les Européens craignent une évolution vers l'indépendance, et quand le 13 mai 1958 Pierre Pfimlin, favorable à des négociations, devient président du Conseil, les partisans de l'Algérie française provoquent des émeutes à Alger : des bâtiments officiels sont saccagés, et les meneurs constituent un Comité de salut public –doc.1 p.162, La formation du Comité de salut public, formé de civils et de militaires décidés à imposer leurs choix à Paris. Le risque d'un coup de force militaire et d'une guerre civile est concret et la IVème République est à l’agonie –doc.2 p.162, un régime à l’agonie.

2.   Le retour du général de Gaulle

Dans ce climat, de Gaulle, retiré de la vie politique depuis 1946, annonce le 15 mai qu'il est « prêt à assumer les pouvoirs de la République » -doc.3 p.162, Le retour au pouvoir…

S’il apparaît alors, pour une partie de l’opinion, comme le complice des insurgés et comme une menace pour la démocratie –doc.4 p.163, L’opposition au GDG + doc.6 p.163, L’ombre d’un coup d’État, c’est l'image de l'homme « providentiel » -doc.5 p.163, Une nouvelle République, seul capable de désamorcer l'insurrection et d'éviter la guerre civile qui s’impose. Le 29 mai, à la demande de René Coty, le dernier président de la IVème République, de Gaulle forme un gouvernement.

B.  Une nouvelle République

1.   Un régime présidentiel[21] ?

a.    La nouvelle constitution de 1958

De Gaulle est investi par l'Assemblée le 1er juin 1958 à une large majorité. Il reçoit ensuite les pleins pouvoirs[22] pour préparer une nouvelle Constitution. Cette nouvelle constitution rompt avec la domination du législatif et recherche un équilibre entre pouvoir du président et logique parlementaire.

Doc.3 p.165 : « Un équilibre entre pouvoir présidentiel et système parlementaire »- Le texte de la nouvelle constitution a été rédigé par le juriste Michel Debré sur la base des thèses déjà exposées par le général de Gaulle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale[23]. Néanmoins, c'est dans une un texte de compromis qui est adopté par référendum en septembre 1958.

Les pouvoirs sont séparés : le président, chef de l’État, détient avec le gouvernement, dirigé par le premier ministre, le pouvoir exécutif. Le Parlement, constitué de l’Assemblée nationale et du Sénat[24], détient le pouvoir législatif.

b.   Un nouvel équilibre des pouvoirs

Doc.1 p.166 : « Les pouvoirs du président dans la constitution de la Vème République »- Chef de l’État, garant de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire, le président de la République est aussi chef suprême des armées. Il n’est plus désigné par le Parlement comme c’était le cas sous la IVème République : pour soustraire le chef de l'État à la pression du Parlement, l’article 6 de la nouvelle stipule l'élection du président de la République (pour 7 ans) par un collège électoral comprenant 80 000 notables. Ses prérogatives sont renforcées : si la nomination du Premier ministre et celle des autres membres du gouvernement fait partie des prérogatives habituelles d'un chef de l'État (article 8), de même que la présidence du Conseil des ministres (article 9) et la promulgation des lois (article 10), il n'en va pas de même de trois dispositions de la nouvelle Constitution. Par l'article 11, il peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, ce qui lui donne la faculté de s'adresser directement au pays. Il peut prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale (article 12). Enfin, l'article 16 prévoit l'octroi au président de pouvoirs exceptionnels lorsque l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés.

Corrélativement, le Parlement perd de son influence. L'Assemblée nationale, élue pour cinq ans au scrutin majoritaire –Vocabulaire p.165, est confinée dans son rôle législatif et budgétaire, cependant que ses possibilités d'initiative sont limitées et son contrôle sur le gouvernement sévèrement réglementé. Le gouvernement ne peut être renversé que par une motion de censure rassemblant la majorité absolue des députés ou par le rejet par cette même majorité absolue d'une « question de confiance ». Enfin, l'Assemblée nationale n'est maîtresse ni de la date de son calendrier (article 28) ni de son ordre du jour (arrêté par le gouvernement). Le Sénat, élu au suffrage indirect par des collèges départementaux comprenant les élus, députés, conseillers généraux, représentants des conseils municipaux, est renouvelé par tiers tous les 3 ans[25]. L'article 45 de la Constitution lui confère un rôle de confirmation des lois. En cas de désaccord entre lui et l'Assemblée nationale, les lois font deux « navettes » entre les Assemblées. Après quoi, si le désaccord persiste, une Commission mixte paritaire tente de dégager un texte commun. En cas d'échec, le dernier mot appartient à l'Assemblée nationale. Toutefois, en cas de vacance de la présidence de la République, c'est le président du Sénat qui assure l'intérim.

Au final, deux principes contradictoires l’emportent :

  • Une stricte séparation des pouvoirs, qui marque la fin de la subordination du pouvoir exécutif à l'Assemblée) ;
  • le maintien du régime parlementaire, c’est-à-dire la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée nationale.

Certains voient dans la Vème République une « monarchie présidentielle », voire pire[26]. Mais la réalité est plus complexe… La logique du nouveau régime se situe plutôt dans un entre-deux ambigu[27], dont le fonctionnement laissera perplexes les théoriciens du régime parlementaire.

2.   Le tournant de 1962

Dès 1958, les circonstances et les pratiques politiques du général de Gaulle renforcent le pouvoir du chef de l'État prévu par la Constitution. La gravité de la situation algérienne –doc.2 p.165, Pour l’autodétermination de l’Algérie et le contexte international amènent en effet le président à se constituer un « domaine réservé », celui de la diplomatie et de la défense. En outre, il a recours à l'article 16, le 22 avril 1961 pour faire échouer le putsch tenté par Alger par « un quarteron de généraux en retraite »[28] -doc.3 p.167, L’appel aux Français lors du putsch d’Alger.

Une seconde rupture intervient durant l’année 1962, pendant laquelle de Gaulle impose sa conception des institutions par sa décision de faire élire le chef de l’État au suffrage universel –doc.5 p.165, Le recours au référendum.

Cette réforme, qui renforce la position du chef de l'État par une légitimité issue de la souveraineté populaire, est entreprise par le général de Gaulle au lendemain de la tentative d'attentat de l'OAS contre sa personne[29]. Malgré le tollé suscité par cette initiative dans l’opposition, mais aussi dans la majorité gaulliste[30], la proposition de de Gaulle est approuvée en octobre 1962 par référendum (62% de oui).

Cette crise institutionnelle amène une reconfiguration du paysage politique. Elle donne aux institutions de la Vème République certains traits caractéristiques qu’elle a conservés aujourd’hui : rôle majeur de l’élection présidentielle et présidentialisation (renforcés par l’adoption du quinquennat à partir de l’élection présidentielle de 2002), tendance à la bipolarisation de la vie politique, personnalisation de la vie politique, accentuée par ailleurs par l’évolution des médias –doc.4 p.167, Un nouvel usage des médias.

Conclusion

Synthèse p.168-169

 

[1] La défaite contre la Prusse en septembre 1870 s’achève par le renversement du Second Empire.

[2] Par exemple, il possède le droit de dissolution, mais ne l'utilise pas.

[3] Le suffrage universel masculin est en vigueur depuis 1848 et la IIème République.

[4] Favorisé par la loi de 1881, l’essor de la presse écrite  est emblématique de la naissance de la société de masse, et fait de l’opinion publique un acteur décisif de la vie politique.

[5] Le général Boulanger, ministre de la Guerre, se rend très populaire par son patriotisme vis-à-vis de l'Allemagne qui a annexé l'Alsace-Lorraine en 1871. II défie le régime et propose d'instaurer une République autoritaire. Mis en accusation, il se suicide en 1891. Mais il a fait naître des formes de violences politiques antiparlementaires promises à un long avenir.

[6] En 1894, le président de la République, Sadi Carnot, est assassiné à Lyon.

[7] On assiste à un renforcement de la démocratie parlementaire et à un échec des forces monarchistes et réactionnaires. La violence des partis nationalistes a rassemblé les républicains en un front uni, dont le but est de développer une conscience républicaine et de lutter contre le nationalisme autoritaire. Car la progression désinhibée d'un nationalisme de type populiste est une autre grande conséquence de l'événement dans le monde politique français. Le nationalisme se maintient en tant que force politique, sous le nom d'Action française, jusqu’à la défaite de 1940, lorsque après cinquante ans de combat, elle accède au pouvoir et peut, vieux rêve de Drumont, « purifier » l'État… Elle amène également une mutation intellectuelle du socialisme, tiraillé entre idéal révolutionnaire et idéal révolutionnaire. Par ailleurs, 1901 voit la naissance du Parti républicain radical-socialiste, premier parti politique moderne conçu comme une machine électorale de rassemblement républicain. Il a une structure permanente et s'appuie sur les réseaux dreyfusards.

[8] Cf. garanties sur la petite propriété pour s’assurer le soutien d’un monde rural initialement méfiant, concessions (limitées : les grèves restent durement réprimées) aux revendications ouvrières (amnistie des communards en 1880, repos hebdomadaire en 1906).

[9] Thème 2, Question 3- la Seconde Guerre mondiale (II. La résistance contre l’occupant nazi et le régime de vichy)

[10] La crise économique, mais aussi la tourmente politique liée à la virulence des attaques des ligues d’extrême-droite, dans un contexte de remise en cause de la démocratie dans toute l’Europe. Cf. notamment la manifestation antigouvernementale organisée à Paris devant la Chambre des Députés par des groupes de droite et les ligues d’extrême droite le 6 février 1934 pour protester contre le limogeage du préfet de police Jean Chiappe et qui tourne à l'émeute sur la place de la Concorde. La répression de la gendarmerie mobile fut sévère: 15 tués (dont un gendarme).

[11] 569 sur 649 présents. Seuls 80 députés, presque tous de gauche, osent voter contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

[12] Cf. les antidreyfusards pendant l’affaire Dreyfus.

[13] Cf. « La terre ne ment pas » (Pétain) -http://www.marechal-petain.com/maximesetprincipes/travail/terre.htm (attention : site pro-Pétain)

[14] L'interdiction des grèves et des syndicats présente des similitudes avec l’Italie de Mussolini.

[15] Cf. inscription de la fête des mères au calendrier, dans le cadre d’une politique nataliste.

[16] Ils n'ont plus le droit d'être membre d'une assemblée élue.

[17] La collaboration est officialisée par l'entrevue de Montoire le 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler.

[18] Création de la Sécurité sociale en avril 1945

[19] Cette instabilité, ces coalitions sont le principal grief des gaullistes contre la IVème République, qu’ils taxent de « régime des partis ».

[20] Cf. le retour de l’antiparlementarisme, avec notamment la menace poujadiste

[21] Régime présidentiel : vocabulaire p.294

[22] Pour six mois.

[23] Cf. le fameux discours prononcé à Bayeux le 16 juin 1946 en faveur d’un exécutif fort –doc.3 p.299.

[24] Principe du « bicamérisme ».

[25] Le mandat d’un sénateur dure 9 ans.

[26] Cf. la condamnation exprimée par François Mitterrand dans Le coup d’État permanent (1964) –doc.5 p.167 : « L’opposition de François Mitterrand ».

[27] Pour votre manuel : « un régime semi-présidentiel » -Vocabulaire p.164

[28] Challe, Jouhaud, Salan et Zeller.

[29] Attentat du Petit-Clamart, 22 août 1962.

[30] Le principal grief consiste dans la dénonciation d’une personnalisation excessive du pouvoir et du risque de dérive autoritaire.