1STMG - Thème 3 / Diffusion et mutations du système industriel

Plan

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I. CAPITALISME ET SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE À LA CONQUÊTE DU MONDE (MILIEU XIXÈME – MILIEU XXÈME SIÈCLE) -QUESTION OBLIGATOIRE

 A. LES FONDEMENTS DE L’INDUSTRIALISATION

  1. Un long processus

  2. Les entreprises sont transformées par l'industrialisation.

  3. Le triomphe du libéralisme économique

 B. CROISSANCE ÉCONOMIQUE ET INDUSTRIALISATION

  1. Cent ans de croissance

  2. Les cycles économiques : une croissance non rectiligne

 C. DES SOCIÉTÉS PROFONDÉMENT TRANSFORMÉES

  1. De profondes transformations sociales

  2. Le socialisme, une contestation de la société industrielle capitaliste

  3. Naissance de la société de masse

 D. UN MODÈLE À LA CONQUÊTE DU MONDE

  1. Diffusion de l’industrialisation

  2. Impérialisme et colonisation

II. LE 1ER MAI -ÉTUDE AU CHOIX

 A. AUX ORIGINES DU 1ER MAI

  1. Premières revendications, premiers progrès

  2. Montée en puissance du mouvement ouvrier

 B. UNE JOURNÉE INTERNATIONALE DE MOBILISATION

  1. Pour les progrès sociaux

  2. Pour des luttes politiques

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Manuel p.102-145

Introduction

La Révolution industrielle est avant tout un processus économique apparu en Europe occidentale au XVIIIème siècle, indissociable de la croissance. Le véritable « décollage » industriel date cependant de la deuxième moitié du XVIIIème siècle avec le recours accru à une source d’énergie nouvelle, le charbon, abondant dans les pays d’Europe occidentale.

Les termes de « diffusion » et « mutations » invitent à souligner la naissance d’un modèle qui s’étend à l’échelle du monde, bouleverse les modes de productions, transforme en profondeur les sociétés, les mentalités, les paysages.

Il s’agit donc d’étudier la naissance et les formes prises par l’industrialisation du milieu du XIXème, qualifié d’« âge industriel », au milieu du XXème siècle afin de mieux saisir l’impact de ces changements par l’étude des acteurs, des lieux et des transformations techniques qui incarnent l’industrialisation, des mouvements de population qu’elle amène, des idéologies qu’elle inspire.

Comment le modèle industriel se constitue-t-il, se diffuse-t-il et contribue-t-il à la transformation en profondeur des sociétés ?

I. Capitalisme et société industrielle à la conquête du monde (Milieu XIXème – milieu XXème siècle) -Question obligatoire

Notions-clés : Âge industriel - Croissance - Classe sociale - Impérialisme – Libre-échange - Socialisme

Le thème invite à montrer comment est né le capitalisme industriel basé sur la propriété privée des moyens de production, sur la liberté des échanges et la recherche du progrès technique ainsi que la séparation entre les possesseurs des moyens de production et les salariés. On insistera sur ce que le nouveau mode de production capitaliste a de particulier (naissance de l’usine, comme lieu et comme structure sociale, organisation de l’entreprise, nouvelles formes d’énergie, modification des paysages urbains), et comment il se diffuse dans le monde. Les mutations des sociétés seront envisagées dans une dimension idéologique (naissance de la notion de « classe », et socialisme) et culturelle.

A.  Les fondements de l’industrialisation

1.   Un long processus

L’industrialisation est un processus, dont les différentes dimensions sont interdépendantes :

  • affirmation de la part de l’activité manufacturière dans le produit national et l’emploi,
  • naissance d’une industrie moderne dont les traits s’étendent à un nombre croissant de branches,
  • extension à tous les secteurs d’activité du modèle industriel.

L'industrialisation est un long processus né en Grande-Bretagne dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, et qui s'étend au cours du siècle suivant à l'Europe occidentale, aux États-Unis et au Japon. La productivité augmente grâce aux innovations, à la standardisation des marchandises et à l'augmentation des cadences des travailleurs. L'ensemble des secteurs d'activité est transformé par cette industrialisation globale. C'est l’âge industriel -Notion-clé p.104.

2.   Les entreprises sont transformées par l'industrialisation.

Une forme de concentration spatiale et économique de la production aboutit à l'apparition d'immenses usines -doc.1 p.105. Gravure. L’usine de la famille Schneider au Creusot, dirigées par de grandes familles de patrons. Les plus grandes entreprises engagent leur capital en bourse sous forme d'actions -Vocabulaire p.104 : société anonyme + doc.4 p.93 : une action Citroën. Le recours croissant à la publicité et au crédit permet d'accroître la consommation, qui en retour accélère plus encore l'industrialisation.

3.   Le triomphe du libéralisme économique

Ce processus est enfin fondé économiquement et idéologiquement sur les valeurs et les pratiques du capitalisme -Vocabulaire p.104 et du libre-échange -Notion-clé p.108. La libre-circulation des produits et des services sur des territoires de plus en plus vastes et unifiés facilite le commerce. Les penseurs du libéralisme -Vocabulaire p.110, comme Adam Smith ou David Ricardo, défendent les vertus du libre-échange et de la libre-entreprise.

B.  Croissance économique et industrialisation

1.   Cent ans de croissance

Les puissances européennes industrialisées telles que l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France connaissent une importante phase de croissance économique à partir du XIXème siècle. Celle-ci repose d'abord sur le charbon qui permet un véritable « décollage » industriel, puis sur le pétrole et l'électricité à partir de la fin du XIXème siècle.

Cette croissance économique moderne est portée par deux types de facteurs :

  • des facteurs de nature extensive (augmentation du nombre d'usines, de machines, d'ouvriers et de matières premières) ;
  • des facteurs de nature intensive (innovations technologiques, amélioration de l'efficacité des modes de production, notamment par l'organisation scientifique du travail -Biographie p.106 : H. Ford + Vocabulaire p.106 : Taylorisme).

2.   Les cycles économiques : une croissance non rectiligne

La croissance connaît des cycles qui alternent phases d’expansion et épisodes de crise -Vocabulaire p.104 + doc.2 p.102. Chronologie. Les cycles de la croissance + Biographie p.104 : J. Schumpeter. Les crises à l’ère industrielle sont des crises de surproduction qui éclatent du fait d’un marché solvable trop étroit par rapport à une production de plus en plus massive, mais aussi à cause des excès de la spéculation boursière. C’est le cas lors de la « Grande dépression » (1873-1896), et plus encore lors de la crise de 1929. Chacune de ces crises entraîne d’importantes mutations du système économique : ainsi, la crise de 1929 popularise les travaux de J. M. Keynes -Biographie p.112, qui inspirent des politiques d’intervention des États pour réguler le capitalisme comme aux États-Unis, avec la mise en œuvre du New Deal par le président F. D. Roosevelt), mais aussi l’adoption de politiques protectionnistes -Vocabulaire p.110 comme en Europe dans les années 1930.

C.  Des sociétés profondément transformées

1.   De profondes transformations sociales

L’industrialisation s’accompagne de la croissance et de la transformation des villes, qui voient leur population augmenter très rapidement. En effet, les progrès techniques et l'industrialisation entraînent un très fort exode rural et un puissant essor urbain. La société

est profondément transformée par ces changements, et de nouvelles classes sociales -Notion-clé p.106 émergent. Une nouvelle bourgeoisie capitaliste et industrielle apparaît à la tête des plus grandes entreprises, qu'il s'agisse d'usines, de banques ou de grands magasins. Les salariés qui s'y rendent chaque jour forment la grande masse des travailleurs des villes et sont pour la plupart des ouvriers. La classe moyenne s'affirme également, composée d'employés, de fonctionnaires ainsi que du monde de l'artisanat, du commerce et des professions libérales.

2.   Le socialisme, une contestation de la société industrielle capitaliste

Ces transformations sociales s’accompagnent de résistances -Lutte des classes, Vocabulaire p.106. En effet, les conditions de travail souvent très dures dans les usines (journées de plus de dix heures, travail de nuit, accidents du travail, travail des enfants -doc.1 p.113. Enfance et misère dans l'Angleterre victorienne, etc.) facilitent l'essor du socialisme, théorisé notamment par le philosophe allemand Karl Marx -Biographie p.112. Ce dernier dénonce les inégalités entre les classes sociales et propose aux ouvriers de s'unir construire une société nouvelle, mettant fin au capitalisme (« Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes, vous avez un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »). Pour améliorer leur condition, les ouvriers s’organisent dans des syndicats -Vocabulaire p.112, multiplient les grèves (pendant longtemps interdites), et obtiennent parfois des concessions, comme les premières lois sociales -Vocabulaire p.112 + doc.2 p.113. Un chômeur aidé par l'État en Allemagne.

3.   Naissance de la société de masse

Les produits sortent de plus en plus rapidement des usines et s'accumulent dans les grands magasins, transformant les styles de vie et le rapport à la consommation -doc.3 p.113. Une famille de la classe moyenne aux États-Unis dans les années 1930. L’industrialisation transforme aussi la production culturelle, l’accès à la culture et les modes d’expression traditionnelle.

En France, les années 1860-1930 correspondent à un premier âge de la culture de masse.

D. Un modèle à la conquête du monde

Les puissances les plus transformées par l’industrialisation engagent à l’échelle mondiale un mouvement d’expansion et d’européanisation. Ce mouvement, qui constitue un fondement durable du rapport de l’Europe avec le monde se traduit par diverses manifestations d’influence et d’impérialisme -Notion-clé p.110 + Carte 1 p.102-103. La diffusion du modèle industriel (du milieu du XIXème au milieu du XXème siècle).

1.   Diffusion de l’industrialisation

Inauguré en Europe occidentale (et d’abord au Royaume-Uni), le modèle industriel se diffuse à l’ensemble de l’Europe (de manière inégale), puis gagne les États-Unis et le Japon :

  • Au milieu du XIXème siècle, le Royaume-Uni est indéniablement la puissance industrielle dominante (« l’atelier du monde »), et Londres, capitale économique et financière est la ville de commandement mondial -doc.1 p.109. Gravure. Le Crystal Palace à Londres, 1851.
  • Au début du XXème siècle, le Royaume-Uni perd son leadership. Elle est rattrapée par
    • la France (hydroélectricité, automobile, cinéma, aviation) ;
    • par l'Allemagne (chimie, automobile) ;
    • par les États-Unis, où de grands groupes (« trusts ») se constituent : la Standard Oil Company de John D. Rockefeller -doc. 2 p.109. Texte. La naissance et la croissance de la Standard Oil Company à la fin du XIXème siècle, la US Steel corporation de J. P. Morgan, etc., font des États-Unis la première puissance industrielle en 1914 ;

…tandis que le modèle industriel se diffuse jusqu’au Japon, à partir de l’ère Meiji (1868-1912), pendant laquelle le Japon importe des techniques occidentales, met en place des infrastructures portuaires et ferroviaires et lance des activités industrielles exportatrices -doc.3 p.109. Photographie. Une usine textile au Japon, 1925 dans le textile, la sidérurgie, les chantiers navals, les constructions mécaniques et la chimie.

2.   Impérialisme et colonisation

Le phénomène le plus emblématique de l’expansion du modèle industriel réside dans la constitution d’empires coloniaux sur d’immenses territoires continentaux et maritimes. En France, le discours du ministre Jules Ferry à la Chambre des députés le 28 juillet 1885 est particulièrement révélateur de cette logique d'expansion, fondée sur une domination scientifique et technologique, et qui poursuit des objectifs économiques, géopolitiques et politiques.

L’impérialisme des trois pôles industriels (États-Unis, Europe et Japon) s’exerce sur de vastes espaces à l’échelle planétaire, prenant souvent la forme de la colonisation -mais pas seulement : certaines puissances préfèrent contrôler des zones d’influence que des colonies. Seuls quelques isolats restent en marge de ce processus d’intégration à cette nouvelle phase de la mondialisation.

II. Le 1er mai -étude au choix

Aujourd'hui, dans de nombreux pays, le 1er mai est un jour férié, l'occasion de manifestations et de mobilisation.

Comment le 1er Mai devient-il un symbole de la revendication ouvrière et illustre-t-il les transformations des sociétés industrielles ?

A.  Aux origines du 1er mai

L’histoire du 1er Mai se nourrit de deux éléments principaux qui réunis deviennent explosifs : la revendication des huit heures de travail et la grève générale comme moyen d’action décisif.

Au début de la révolution industrielle, il n’y a pas de limitation légale du temps de travail. Dans les manufactures puis dans les usines, hommes, femmes, enfants passent douze à dix-sept heures quotidiennes, sans que l’État ne légifère.

1.   Premières revendications, premiers progrès

Le mouvement ouvrier anglais, appuyé sur ses trade-unions (syndicats), revendique la journée de huit heures, qui devient un mot d’ordre emblématique. En France, aux États-Unis, on réclame la réduction des horaires de travail. Pour l’obtenir, des grèves ont lieu, éparses, interdites, réprimées...

Néanmoins, un début de législation sociale est mis en place :

  • En Angleterre, le Parlement vote, le 8 juin 1847, le bill des dix heures, après avoir fixé des maxima au travail des enfants.
  • En France, la révolution de 1848 débouche sur des améliorations, rapidement annulées[1].

2.   Montée en puissance du mouvement ouvrier

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le mouvement ouvrier s’organise, en Angleterre, en France, en Allemagne, aux États-Unis, etc.

Aux États-Unis, un mot d’ordre est lancé par une fédération syndicale lors de son congrès de Chicago en novembre 1884 : à partir du 1er mai 1886, la journée légale de travail serait de huit heures. Ce jour-là, éclatent de nombreuses grèves et manifestations, émaillées d’incidents -doc.1 p.116. Gravure. Chicago, 1er mai 1886. Le 3 mai 1886, un attentat est commis lors d’un meeting organisé par des anarchistes à Chicago. La répression qui s’ensuit est impitoyable et s’achève par un procès de 8 militants condamnés (sans preuves réelles) ; cinq d’entre eux sont pendus, les trois autres condamnés à perpétuité. L’histoire du 1er Mai commence, et sa portée sera mondiale -doc.2 p.116. Texte P. Lafargue. Une journée internationale de lutte.

B.  Une journée internationale de mobilisation

1.   Pour les progrès sociaux

La Deuxième Internationale, réunie à Paris en juillet 1889, décide que chaque 1er mai sera un jour de mobilisation internationale des travailleurs pour la journée de 8 heures[2]. D’abord interdites[3], ces grèves et manifestations donnent lieu à de nombreux affrontements entre ouvriers et forces de l’ordre, comme à Fourmies en 1891[4] -doc.3 p.117. Un hommage aux morts de Fourmies, 1891.

Les mobilisations du 1er mai accompagneront un siècle de construction des acquis sociaux, en France et partout dans le monde -Repères p.116 et 118.

2.   Pour des luttes politiques

Entre deux guerres, les 1er mai donnent lieu à des rassemblements anticapitalistes -docs.5 et 8 p.118, mais aussi antifascistes -doc.7 p.118 au fur et à mesure que la Seconde Guerre mondiale approche.

 

[1] Le 2 mars, en effet, le gouvernement décrète « la journée de travail est diminuée d’une heure ». En conséquence, à Paris, où elle était de 11 heures, elle est réduite à 10 ; et, en province, où elle avait été jusqu’ici de 12 heures, est réduite à 11. » Mais le décret du 2 mars est abrogé par la loi du 9 septembre qui fixe à douze heures le maximum de travail horaire dans les usines et les manufactures et autorise tant de possibilités de dérogation qu’elle redonne à peu près son pouvoir discrétionnaire au patronat.

[2] En France, la durée légale du travail n’est ramenée à 8 heures que tardivement, par la loi du 23 avril 1919.

[3] Le 1er mai est peu à peu légalisé (1941 !), mais ne devient officiellement « jour férié et chômé » en France qu’à partir de 1947 et « fête du Travail » en 1948.

[4] Ainsi en 1891, à Fourmies, petite cité ouvrière du Nord, à la suite d’incidents entre grévistes et non-grévistes, les soldats font feu sur la manifestation : on compte finalement dix morts.