1S - Thème 3 / La République française face aux enjeux du XXème siècle - Question 2 / La République et les évolutions de la société française. La place des femmes dans la société française au XXème siècle

Plan

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I. LA CONQUETE DES DROITS POLITIQUES

A. Conquête du droit de vote : la longue marche des « suffragettes »

B. L’accès aux responsabilités politiques : de nouvelles Bastilles à prendre

II. LA FAMILLE ET LE CORPS

A. L’égalité juridique dans la famille : une reconnaissance progressive

B. Le droit de disposer de son corps : une révolution

III. LA PLACE DES FEMMES DANS LE MONDE DU TRAVAIL

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Manuel p.174-205

La question porte sur la manière dont la République s’est adaptée aux évolutions sociales et culturelles de la France depuis la fin du XIXème siècle : changement des structures sociales, apports migratoires, affirmation des femmes, etc. Elle s’interroge sur la capacité de l’idée républicaine à intégrer des catégories qui, à l’origine, n’étaient pas au centre des préoccupations des républicains : les ouvriers, les femmes, les immigrés. C’est dans cette perspective qu’il s’agira ici de répondre à des interrogations au sujet de l’évolution de la place des femmes dans la société française depuis la IIIème République :

Quelles sont les logiques de leur exclusion ? Quelles grandes étapes ont conduit à leur intégration à la République ? Dans quelle mesure cette intégration est-elle réalisée ?

Cours 4 p.194 : « Les femmes dans la société française au XXème siècle »- Au début du XXème siècle, la contradiction entre les idéaux républicains universalistes et la condition des femmes est flagrante[1]. L’émancipation des femmes tout au long du XXème siècle, encore inachevée, emprunte trois voies : la conquête des droits politiques, les questions liées à la famille, celles relatives au monde du travail.

I. La conquête des droits politiques

A. Conquête du droit de vote : la longue marche des « suffragettes »

Doc.1 p.194, La revendication du droit de vote + Vocabulaire p.194, suffragisme- Elle s’engage à l’initiative des mouvements féministes –Féminisme : vocabulaire p.194 nés à la fin du XIXème siècle, qui se multiplient pendant l’entre-deux-guerres[2], et rencontrent de fortes oppositions –doc.2 p.195, L’opposition au droit de vote des femmes.

Ainsi en 1936, Léon Blum[3] nomme trois femmes[4] dans son gouvernement et dépose un projet de loi octroyant le droit de vote aux femmes, mais il est rejeté par le Sénat. Le droit de vote ne sera accordé aux femmes qu’en 1944, à la Libération.

B.  L’accès aux responsabilités politiques : de nouvelles Bastilles à prendre

Aujourd’hui, en termes de mandats électoraux et d’accès aux plus hautes responsabilités politiques, la vie politique reste dominée par les hommes, malgré l’action du législateur, par exemple avec l’adoption de la loi sur la parité (2000)[5] –doc.3 p.195, La lente croissance du nombre d’élues. En 2012, 26,9% des députés élus à l’assemblée sont des femmes. Cette sous-représentation des femmes se vérifie quel que soit le type de mandat (local, national…). Des progrès ont été accomplis, mais ils sont lents -surtout lorsqu’on les compare à d’autres pays[6] : par exemple, en 2009, 47% des députés suédois sont des femmes.

II. La famille et le corps

A.  L’égalité juridique dans la famille : une reconnaissance progressive

Doc.4 p.195, La « femme idéale » dans la publicité- Au XIXème siècle et pendant une bonne partie du XXème siècle, en vertu du « Code Napoléon », les femmes mariées sont considérées comme des mineures, placées sous l’autorité de leur mari[7]. Juridiquement, les femmes sont cantonnées dans les tâches domestiques et maternelles. Entre 1965 et 1975, plusieurs lois visent à établir l’égalité entre hommes et femmes dans la famille :

  • en 1965, il est permis aux femmes d’exercer une profession et d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation préalable de leurs maris ;
  • en 1970, l’autorité paternelle devient « autorité parentale » ;
  • en 1975, la loi reconnaît le divorce par consentement mutuel.

B. Le droit de disposer de son corps : une révolution

La question de la maternité et de l’émancipation physique cristallise les tensions. Après la Première Guerre mondiale, la loi de 1920 punit sévèrement l’avortement et interdit la vente de moyens contraceptifs.

Dans ce domaine, les changements ne se produisent que dans les années 1960-1970 avec des lois fondatrices (loi Neuwirth en 1967, loi Veil en 1975) liée au rôle d’un mouvement féministe à son apogée (création du Mouvement pour le Planning familial[8] -Vocabulaire p.194 en 1956, du MLF en 1970)[9] –Étude p.198-199, Le mouvement de libération des femmes (MLF).

III. La place des femmes dans le monde du travail

Attention aux idées reçues : il convient en premier lieu de noter la précocité du travail féminin en France, les femmes représentant 30% de la population active au début du XXème siècle. À ce moment, paysannes, domestiques, épouses de commerçants travaillent, mais pour un salaire inférieur à celui des hommes –voire pas de salaire du tout. Le nombre de femmes salariées augmente fortement avec l'industrialisation, notamment dans le textile, et à des postes subalternes. Considéré comme un revenu d'appoint, leur salaire reste inférieur en moyenne de moitié à celui des hommes.

À cet égard, la Première Guerre mondiale est souvent présentée comme un tournant, car les femmes remplacent les hommes partis au combat dans des métiers encore peu féminisés, et que le conflit leur apporte l'émancipation professionnelle. Cette affirmation doit être nuancée[10].

À partir des années 1960, le taux de féminisation, resté assez stable depuis la Première Guerre mondiale, connaît une hausse importante tandis que les secteurs d’activité changent avec la très forte tertiarisation des emplois féminins. Malgré la multiplication des crèches et des écoles maternelles depuis les années 1950, les mentalités peinent à évoluer

L’égalité salariale est affirmée pour la première fois par la loi en 1972. Mais aujourd’hui, en dépit de nombreux autres textes de loi[11], à qualification égale et à emploi identique, les salaires féminins restent en moyenne inférieurs de 20% à ceux des hommes[12] ; la situation professionnelle des femmes demeure plus précaire que celle des hommes : salaires moins élevés, taux de chômage plus important, emploi à temps partiel plus fréquent[13], moindre représentation aux postes décisionnels. Cette situation contraste avec la réussite scolaire des filles, supérieure à celle des garçons[14].


[1] Un siècle sépare le suffrage universel masculin (1848) du droit de vote des femmes (1945)

[2] Louise Weiss et son mouvement « Femme nouvelle » popularisent en France le mouvement des suffragettes.

[3] Chef (SFIO) du gouvernement du Front populaire (1936-1938)

[4] Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d'État à l'Éducation nationale ; Suzanne Lacore (mai 1875-novembre 1975), sous-secrétaire d'État à la Santé publique, chargée de la protection de l'enfance ; Irène Joliot-Curie, sous-secrétaire d'État à la recherche scientifique.

[5] Renforcée par la loi de 2007, obligeant à présenter un suppléant de sexe opposé à celui du candidat

[6] Comparaisons internationales : Cf. http://www.ipu.org/wmn-f/classif.htm

[7] Cf. par exemple le Code civil, dit Code « Napoléon » (1804), qui inscrit l'enfermement des femmes au sein de la famille : considérées comme des mineures (http://8mars.info/le-code-napoleon), elles sont soumises, jusqu'en 1970, à l'autorité du père et du mari :

  • Interdiction d’accès aux lycées et aux Universités
  • Interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens
  • Exclusion totale des droits politiques
  • Interdiction de travailler sans l’autorisation du mari
  • Interdiction de toucher elle-même son salaire
  • Contrôle du mari sur la correspondance et les relations
  • Interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation
  • Répression très dure de l’adultère pour les femmes
  • Les filles-mères et les enfants naturels n’ont aucun droit

[8] Cf. http://www.planning-familial.org/articles/presentation-du-planning-familial-0027

[9] http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/ivg-le-manifeste-des-343 et http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20071127.OBS7018/le-manifeste-des-343-salopes-paru-dans-le-nouvel-obs-en-1971.html

[10] « La question fait encore débattre les historiens. Assurément, pendant la guerre, les femmes ont accompli des tâches auparavant largement masculines, assurément, elles ont obtenu des droits politiques plus importants dans un certain nombre de pays (comme l'Angleterre), assurément encore, certaines modes, comme celle de la « garçonne », évoquent une émancipation des codes féminins traditionnels. Mais, en réalité, le travail féminin était déjà en croissance avant 1914 et, dès la guerre finie, de nombreuses femmes retournent à leurs tâches antérieures. La féminisation du travail est limitée et dépend des secteurs. Par ailleurs, de nombreux droits leur sont refusés (en France, le droit de vote ne date que de 1945, il y a peu d'acquis aussi en matière de droit civil) et, surtout, les formes d'émancipation des rôles traditionnels sont souvent très restreintes socialement et quantitativement. Des travaux récents mettent l'accent sur cette période comme temps de transition amorçant les évolutions à venir » (N. Offenstadt, « Pour en finir avec 10 idées reçues sur la guerre de 1914-1918 », Le Monde, 7 novembre 2013).

[11] Loi du 4 août 2014, loi du 26 octobre 2012, décret du 7 juillet 2011, loi du 9 novembre 2010, décret du 22 août 2008, loi du 23 mars 2006, loi du 4 mai 2004, loi du 9 mai 2001, loi du 13 juillet 1983

[12] Cf. http://www.inegalites.fr/spip.php?article972, ou encore : http://www.cepremap.fr/publications/hommesfemmes-une-impossible-egalite-professionnelle/

[13] Le temps partiel féminin pour « raisons familiales » (les tâches domestiques qui restent assurées à 70% par les femmes) est encore aujourd’hui très répandu, et a tendance à freiner les carrières des femmes.

[14] http://www.meirieu.com/FORUM/auduc_fillesgarcons.pdf