1S - Thème 3 / La République française face aux enjeux du XXème siècle - Question 3 / La République face à la question coloniale

Plan

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I. L'EMPIRE FRANCAIS AU TEMPS DE L'EXPOSITION COLONIALE DE 1931

 A. L'apogée de la bonne conscience coloniale

  1. La « plus grande France »

  2. Mythe et réalités de « l'œuvre civilisatrice »

 B. Les manifestations de la domination française

  1. Une domination multiforme

  2. L'acculturation des peuples colonisés

 C. Une domination contestée

  1. Nationalismes indigènes et anticolonialisme métropolitain

  2. Les premiers craquements de l'empire

II. DECOLONISATION : LA GUERRE D'ALGERIE

 A. La défense de l’Algérie française

  1. Singularité de l’Algérie française

  2. Le conflit s’engage

  3. …et se durcit

 B. De lourdes conséquences politiques, une décolonisation douloureuse

  1. De la guerre à la crise politique

  2. Un dénouement long et douloureux

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Manuel p.206-229

Introduction

Docs.1 et 2 p. 206-207, Chronologie p.207, Grand Angle p.208-209- Mouvement d’expansion militaire, économique, culturelle de l’Europe, la colonisation –Vocabulaire p.212 des XIXème et XXème siècles se déploie en Afrique et sur une large partie du continent asiatique[1]. Le phénomène colonial met en contact, avec brutalité, des mondes largement différents, ce qui a d’importantes répercussions politiques, économiques, sociales, culturelles, tant pour le colonisateur que pour le colonisé. La décolonisation, elle, est un des phénomènes historiques majeurs de la seconde moitié du XXème siècle -Problématique p.206.

Au travers de l’Exposition coloniale de 1931, quel regard la République porte-t-elle sur la colonisation ?

En quoi la guerre d’Algérie a-t-elle constitué une épreuve majeure pour la République et un défi pour ses valeurs ?

I. L’Empire français au temps de l’Exposition coloniale de 1931

Cours 1 p.212 : « L’Empire colonial français à son apogée » + Dossier p.214-215 : « L’Exposition coloniale de Vincennes »

A. L'apogée de la bonne conscience coloniale

La « bonne conscience coloniale » renvoie aux sources de la vague de conquêtes coloniales de la fin du XIXème siècle-Grand angle p.210, carte : « Les empires coloniaux à leur apogée », dont les motivations sont présentées à la fois comme économiques, stratégiques et « humanitaires » -doc.2 p.213, La justification de la colonisation par Jules Ferry.

1.   La « plus grande France »

Paragraphe 1 p.212, « Le deuxième empire colonial au monde- Dans les années 1930, l'Empire français connaît son extension maximale[2]. Aux anciennes colonies[3] se sont ajoutées à partir du XIXème siècle de vastes possessions africaines[4], la péninsule indochinoise et des territoires insulaires en Océanie. En 1922, la Société des Nations (SDN) lui confie d'anciennes possessions allemandes[5] et ottomanes[6], sous forme de « mandats ».

L'entre-deux-guerres est marqué par une intense propagande. Avec ses ressources et ses hommes, l'Empire, qui a contribué à la victoire de 1918, est présenté comme un atout économique[7] et géopolitique. C’est l’époque où se diffuse alors, par la publicité, par la chanson, une imagerie coloniale –doc.3 p.213 : « La culture coloniale » + Vocabulaire p.212 + Exercice p.225 : « Représenter les colonies », teintée d'exotisme et de racisme, qui triomphe avec l'Exposition coloniale –Paragraphe 2 p.212, « Le triomphe de l’idée coloniale ».

2. Mythes et réalités de « l'œuvre civilisatrice »

Les Français sont convaincus des bienfaits de la colonisation : pacification, enseignement, progrès sanitaires et évangélisation, urbanisation sont autant de motifs de fierté –doc.1 p.212, La célébration de la colonisation.

Les réalités sont plus contrastées. Si l'on constate de réels progrès sanitaires avec la fondation d'hôpitaux ou l'organisation de campagnes de vaccination, les résultats de la politique de scolarisation sont plus modestes : faiblesse des effectifs scolaires dans le primaire et plus encore dans le secondaire. Seules Alger et Hanoi abritent des établissements supérieurs, très peu fréquentés par les populations colonisées… Quant aux infrastructures, elles sont essentiellement édifiées dans le but d’édifier une économie au service de la métropole : axes routiers permettant le drainage des matières premières vers les ports, etc. -Étude p.215-216, Un scandale colonial : le chemin de fer Congo-Océan.

B. Les manifestations de la domination française

1.   Une domination multiforme

Les possessions françaises, quel que soit leur statut, sont dirigées par un représentant de l'autorité française.

La population française, minoritaire, relègue la majorité indigène dans une situation subordonnée. Dans une colonie de peuplement[8] comme l'Algérie, la société est profondément inégalitaire, comme en témoigne le Code de l'indigénat –Vocabulaire p.212, qui prévoit des infractions et des pénalités propres aux populations autochtones[9]. S'il n'existe pas de ségrégation légale, la tendance à la séparation des populations se manifeste dans le plan des villes qui oppose ville européenne et ville indigène.

Étude p.215-216, Un scandale colonial : le chemin de fer Congo-Océan- L'économie coloniale est organisée par et pour la métropole : priorité aux cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières indigènes, exploitation des matières premières, quasiment jamais transformées sur place. La mise en valeur des territoires est essentiellement assurée par la main-d’œuvre locale, parfois soumise au travail forcé –Vocabulaire p.212. L'obligation de payer l’impôt et la confiscation des terres, notamment en Afrique du Nord, poussent les populations au salariat dans les plantations ou les mines ou encore à l’exode rural à vers des quartiers d’urbanisation spontanée[10].

2.   L'acculturation des peuples colonisés

Vocabulaire p.212 : « Assimilation »- La domination française déstructure les économies et les sociétés locales. Elle brise les cadres traditionnels qui assuraient les solidarités (familles, tribus...) et transforme les habitudes, les croyances et les modes de pensée.

Ce faisant, la domination française a créé de nouvelles élites formées à l'occidentale. Celles-ci, déchirées entre l'influence française et l'attachement à la tradition, aspirent à exercer des responsabilités qui correspondent à leurs compétences. Mais elles sont toujours subordonnées aux cadres européens et souffrent de ce mépris.

C. Une domination contestée

1.  Nationalismes indigènes et anticolonialisme métropolitain

Paragraphe 3 p.212, Des contestations croissantes- Certaines de ces élites retournent alors contre la métropole ses propres valeurs de liberté et d'égalité, par exemple lorsqu’à la fin de la Première Guerre mondiale est proclamé le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

La colonisation est aussi mise en cause par la propagation des idées communistes comme en Indochine où Hô Chi Minh crée un parti communiste en 1930. La contestation peut aussi revêtir une dimension religieuse et culturelle. Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor exalte le concept de « négritude » -Vocabulaire p.212, marquant un retour aux sources de l'identité africaine et le refus des normes de la civilisation occidentale.

En métropole, l'anticolonialisme est minoritaire, mais très actif -Sujet p.228, Les « zoos humains » +. Il est le fait de certains intellectuels comme André Gide, qui stigmatise les méfaits de la présence française au Congo (Voyage au Congo, 1927)[11] -doc.5 p.217, Une remise en cause de la gestion des colonies…, de la gauche communiste –doc.3 p.213, L’anticolonialisme du PCF + doc.5 p.215, « Ne visitez pas l’Exposition coloniale » et non communiste -Sujet p.229, L’anticolonialisme de Léon Blum

2.   Les premiers craquements de l'empire

Dans les années 1920-1930, s'affirme un nationalisme gagné à la cause de l'indépendance qui, peu à peu, conquiert les masses et se structure politiquement.

Les mouvements nationalistes se développent d'abord en Indochine, en Afrique du Nord, en Syrie et au Liban tandis que la contestation reste limitée en Afrique noire. En Tunisie, le Néo-Destour, parti fondé en 1934 par le jeune avocat Habib Bourguiba, se lance en 1938 dans une campagne de grèves et de manifestations qui débouche sur des affrontements sanglants. En Algérie, le mouvement de l'Étoile nord-africaine voit son audience progresser malgré l'arrestation de son fondateur, Messali Hadj –Biographie p.218, en 1934. En Indochine, le mouvement nationaliste est mené par les communistes qui encadrent des révoltes paysannes et ouvrières.

II. Décolonisation : la guerre d’Algérie (1954-1962)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le contexte est favorable à la radicalisation et à l’essor des mouvements nationaux –Vocabulaire p.244 :

  • Affaiblissement des métropoles, par la guerre : Cf. en Asie, le refus du retour à l’ancienne domination après me départ des Japonais[12].
  • Mobilisées et exploitées pendant les deux guerres totales, les colonies estiment avoir à nouveau payé « l’impôt du sang » et réclament l’indépendance.
  • La prépondérance sur la scène internationale des États-Unis et de l’Union soviétique joue en faveur de l’émancipation des peuples car ces deux superpuissances s’opposent à la colonisation, pour des raisons idéologiques et pour des raisons stratégiques[13].
  • Enfin, la création de l’ONU joue un rôle important en promouvant le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et la vocation des peuples colonisés à accéder à l’indépendance. Ainsi, un groupe hostile à la domination coloniale, conduit par les pays latino-américains et arabo-asiatiques, se constitue à l’Assemblée de l’ONU, qui devient une « tribune » pour les partisans de la décolonisation[14].

Pour saisir le processus de décolonisation, une étude a été choisie : la décolonisation de l’Algérie, qui relève de la seconde vague des décolonisations post Seconde Guerre mondiale – Cours 2 p.218 : « La guerre d’Algérie »[15].

A.  La défense de l’Algérie française

1.   Singularité de l’Algérie française

L’Algérie est une colonie de peuplement : en 1945, 1 million d’Européens, dont une forte communauté juive pour 9 millions d’Algériens musulmans.

Elle est formée, depuis 1848, de trois départements français et elle dépend du ministère de l’Intérieur[16], d’où les postures de fermeté de la part des dirigeants français : « l’Algérie, c’est la France »[17], ou encore « une seule France, de Dunkerque à Tamanrasset »[18].

Ce statut de colonie de peuplement explique pour une large part que lorsque la guerre débute en 1954, la métropole refuse d’y voir une guerre d’indépendance ou de libération. Elle a des intérêts et une population d’origine française installée depuis plusieurs générations parfois à défendre.

Derrière le mythe de l’Algérie prospère et assimilée, il y a une réalité coloniale qui génère des tensions : confiscation des meilleures terres, inégal accès à l’éducation et à la santé, déracinement et pauvreté dans les villes, différences de niveau de vie, mise à l’écart des Algériens musulmans de la vie politique[19]

La situation est d’autant plus explosive qu’aucune réforme n’a été menée afin d’améliorer les conditions de vie des Algériens et leur statut social et politique[20]. Quand le malaise politique de l’élite indigène rejoint le malaise social de la masse, les conditions du soulèvement contre la métropole sont réunies.

2.   Le conflit s’engage…

Doc.2 p.219, Le début de la guerre d’indépendance- Les attentats de la Toussaint[21] et la proclamation du FLN et de l’ALN en novembre 1954 –doc.1 p.218, L’armée nationaliste algérienne, interviennent quelques mois après la défaite française en Indochine (1946-1954). C’est le début d’une « guerre qui ne dit pas son nom » –doc.3 p.219, Les buts de guerre du FLN.

Les 20 et 21 août 1955, le FLN déclenche l'attaque des quartiers européens et de fermes isolées autour de Constantine, provoquant une centaine de morts. Les Européens répliquent : 1273 musulmans (12000 selon le FLN) sont tués.

L’engrenage « actions armées – répression - élargissement du mouvement insurrectionnel » est amorcé –étude p.220-221, L’embuscade de Palestro.

Peu à peu les affrontements prennent une tournure sans rapport avec l’opération de maintien de l’ordre présentée par les autorités françaises : 8 ans de guerre, appel au contingent –Vocabulaire p.218, effectif doublé en 1956 (400000). Au total, ce seront deux millions d’appelés qui seront expédiés en Algérie.

3.   …et se durcit

À Alger, face à la guérilla urbaine, le général Massu conduit en 1957 la « bataille d'Alger », qui marque un tournant dans la conduite du conflit par les autorités françaises. Les pleins pouvoirs sont confiés à l’armée française, qui a recours à la torture, et aux exécutions sommaires, aux déplacements forcés de villages entiers, etc., en toute impunité. Une part croissante de la société française (des intellectuels, le parti communiste français…) dénonce ces méthodes –doc.5 p.219, La bataille d’Alger.

De son côté, le FLN multiplie les attentats contre des civils européens et œuvre au ralliement plus ou moins forcé de la population musulmane[22].

B. De lourdes conséquences politiques, une décolonisation douloureuse

1.   De la guerre à la crise politique

Au fil du conflit, l’opinion publique est de plus en plus divisée, en Algérie[23] comme en France (communistes pour l’indépendance algérienne, Européens d’Algérie critiques face à l’impuissance de la métropole…)

Lorsque les Européens d’Algérie se soulèvent à Alger le 13 mai 1958 contre Paris, le général De Gaulle apparaît aux yeux de beaucoup comme « l’homme providentiel », qui a déjà « sauvé la France » dans une période difficile.

Rappelé au pouvoir, celui qui sera le fondateur et le premier président de la Vème République pose ses conditions : fin de la IVème République, pleins pouvoirs pour 6 mois.

2.   Un dénouement long et douloureux

Pendant une année, le Général de Gaulle semble chercher sa voie, du « je vous ai compris » puis « vive l’Algérie française ! » prononcés en juin 1958 –doc.4 p.219, Les pieds noirs (vocabulaire p.218) pour la souveraineté française, et confronté à la détermination du FLN, à l’agitation en métropole et à la réprobation internationale, l’orientation à partir de septembre 1959 vers l’autodétermination –doc.2 p.165 : Pour l’autodétermination de l’Algérie ».

Dans ces conditions, on assiste à une scission de l’armée en Algérie, dont une partie, qui se cramponne à l’Algérie française, crée l’OAS[24]-Vocabulaire p.218 en 1961, peu avant la tentative de putsch de quatre généraux anciens d’Indochine[25], finalement « lâchés » par le contingent. L’OAS perpétrera des attentats en Algérie et en métropole, tentant même d’assassiner le général de Gaulle[26] en 1962.

Finalement, c’est dans un climat délétère[27] que les Accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962, puis approuvés par référendum le 8 avril 1962. L’indépendance de l’Algérie est proclamée le 3 juillet de la même année, dans un contexte dramatique d'exode massif des rapatriés –Vocabulaire p.218 : « Pieds noirs ».

Conclusion

Le bilan de la guerre d’Algérie est lourd -doc 4 page 255, et n’a pas fini de diviser les mémoires –Dossier p.256-257.

Carte p.243, Dossier p.246-247 : « Décolonisation et affirmation du Tiers-Monde »- Plus largement, au-delà du seul exemple algérien, l’accès à l’indépendance de dizaines de pays asiatiques puis africains pose la question de leur place à venir dans le monde…

Conclusion

« L’essentiel » p. 224-225


[1] Courant XIXème siècle, la plupart des colonies du continent américain obtiennent leur indépendance

[2] 12 millions de km² et 70 millions d'habitants.

[3] Guadeloupe, Martinique, Réunion…

[4] En Algérie, en Tunisie et au Maroc, à Madagascar, et en Afrique subsaharienne.

[5] Togo et Cameroun.

[6] Liban et Syrie.

[7] Surtout après la crise de 1929

[8] Une colonie de peuplement est une colonie vers laquelle un État envoie des personnes (hommes, femmes et enfants), afin d'établir une présence pérenne et autonome et d'y bâtir une société. Elle s'oppose à la colonie-comptoir -Source : Wikipédia.

[9] La tentative du Front populaire (projet de loi Blum-Viollette de 1937) d’accorder la citoyenneté aux musulmans d’Algérie tourne court, à cause de l’hostilité des Européens d’Algérie.

[10] Les « bidonvilles ».

[11] « Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête » (A. Gide)

[12] Cf. Ho Chi Minh et la déclaration d’indépendance du Vietnam en 1945.

[13] NB : la guerre froide influence également les positions des « Grands » en fonction de l’idéologie dont se réclament les indépendantistes…

[14] Cf. notion « d’interaction cumulative »

[15] À consulter : une playlist d’extraits vidéos du film documentaire dirigé par B. Stora : « Guerre d’Algérie, la déchirure » (2012) : http://goo.gl/RHw9Je

[16] …et non du ministère des Colonies

[17] F. Mitterrand, ministre de l’intérieur en 1954.

[18] C. de Gaulle, président de la République (1958-1969)

[19] L’Algérie a à sa tête un gouverneur général, et les habitants se divisent en deux catégories : Européens et musulmans de « statut coranique ». Depuis 1947, une Assemblée algérienne, aux prérogatives restreintes, est élue selon le principe du « double collège ». Les 8,5 millions de musulmans élisent le même nombre de députés que le million d’Européens.

[20] Cf. la tentative avortée de décret Blum-Viollette (1937).

[21] Actions simultanées sur l'ensemble de l’Algérie

[22] Une impitoyable guerre intestine permet au FLN d’éradiquer les autres mouvements indépendantistes.

[23] Cf. la situation des Harkis (auxiliaires de l’armée française contre le FLN) –Vocabulaire p.218.

[24] OAS : organisation armée secrète

[25] Challe, Jouhaud, Salan, Zeller

[26] Attentat du Petit-Clamart, 22 août 1962

[27] Cf. à Paris, le massacre du 17 octobre 1961 –Étude p.222-223, Le 17 octobre 1961 à Paris, ou encore la répression meurtrière à la station « métro Charonne » en février 1962.