TES/L - Thème 2 / Les dynamiques de la mondialisation - Question 2 / Les territoires dans la mondialisation

Plan

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I. ÉTUDE DE CAS : DEUX VILLES MONDIALES, SHANGHAI ET NEW YORK
A. LES MANIFESTATIONS DE LA PUISSANCE
1. Le sens de la skyline
2. Une mégapole…
3. …à la tête d’une mégalopole
B. LE RÔLE D’IMPULSION DE LA VILLE SUR L’ORGANISATION DU MONDE
1. Une tête de pont de la mondialisation
2. Une capitale culturelle
C. LES CONSÉQUENCES SOCIO-SPATIALES DE L’INTÉGRATION DANS LA MONDIALISATION
1. Riches et pauvres : le grand écart
2. Une ségrégation très marquée


II. DES TERRITOIRES INÉGALEMENT INTÉGRÉS À LA MONDIALISATION
A. LA MONDIALISATION HIÉRARCHISE LES LIEUX : FACTEURS
1. Accroissement et polarisation des flux de capitaux et géographie du pouvoir financier
2. Accroissement et polarisation de la production et des échanges
B. LA MONDIALISATION HIÉRARCHISE LES LIEUX : TYPOLOGIE
1. « Triade », « limite Nord-Sud »… : une grille de lecture pertinente, mais désormais insuffisante
2. Une proposition de typologie
C. CROQUIS : DES TERRITOIRES INÉGALEMENT INTÉGRÉS À LA MONDIALISATION

III. LES ESPACES MARITIMES : APPROCHE GÉOSTRATÉGIQUE
A. LA MONDIALISATION A ACCRU L’IMPORTANCE GÉOSTRATÉGIQUE DES MERS ET OCÉANS
1. Les espaces maritimes offrent d'importantes ressources
2. Les espaces maritimes sont un espace de circulation primordial
B. LA GÉOSTRATÉGIE DES ESPACES MARITIMES EST AUSSI LE REFLET DE LA HIÉRARCHIE DES PUISSANCES ET DE SON ÉVOLUTION
1. L’hégémonie de la « Triade » confortée
2. Des enjeux de sécurité
C. VELLÉITÉS D’APPROPRIATION NATIONALE, TENSIONS GÉOPOLITIQUES
1. Conflits frontaliers autour des ZEE
2. En haute mer, les capacités de projection des grandes puissances
3. Le droit international maritime et ses mutations 

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Manuel p.110-167

Introduction

Manuel p.110-111, double-page introductive- Étudier les territoires dans la mondialisation, c’est s’interroger sur leur recomposition résultant de leur inégale intégration aux réseaux d’échanges –« Grand angle » p.112-113, Centres et périphéries de la mondialisation + Cartes p.114-115.

En effet, la mondialisation hiérarchise les lieux à toutes les échelles :

  • à l’échelle mondiale, elle promeut des pôles d’impulsion comme les villes mondiales, et laisse des territoires et des sociétés en marge comme les PMA ;
  • à l’échelle locale, elle creuse des fossés entre les lieux du pouvoir et les espaces de relégation.

En mettant en relation les lieux de production et de consommation dispersés sur tout le globe, elle multiplie les transports par mer ce qui renforce l’importance géostratégique des espaces maritimes.

Comment la mondialisation hiérarchise-t-elle les territoires ?

I. Études de cas : deux villes mondiales, Shanghai et New York

Qu’est-ce qu’une ville mondiale ? Quel est son rôle dans l’organisation du monde ? Quels sont les effets de la mondialisation sur son organisation socio-spatiale ?

Sur Shanghai, travail personnel : dossier + questionnaire[1].

Doc.10 p.118. Une source d’inspiration incessante- New York tient du mythe et du patrimoine commun de l’humanité mondialisée. Mégapole cosmopolite, elle incarne la toute-puissance de la ville globale[2] triomphante -Étude de cas p.116-123. New York, le modèle de la ville mondiale ?

A. Les manifestations de la puissance

1.   Le sens de la skyline

Le paysage -la skyline- de Manhattan[3] incarne une modernité en constante évolution depuis l'invention du gratte-ciel fin XIXème siècle[4], dont les différents styles (acier et

maçonnerie, gothique, Art déco, fonctionnaliste, postmoderne) ont imposé leur marque au fil des époques -doc.12 p.119. La course permanente à la verticalité, élément du soft power + doc.13 p.119. Une fabrique architecturale incessante. Les mutations postindustrielles de New York ont conduit à une partition de la ville en cinq classes d’espaces urbains, dépendants mais séparés[5] :

  • Au sommet de la hiérarchie, la « cité du contrôle », où se prennent les décisions à l'échelle mondiale, dans les plus prestigieux immeubles de bureaux du CBD (Central Business District) -doc.5 p.117. Le CBD de Manhattan… + doc.6 p. 117, Un hypercentre financier et économique de la mondialisation. Construits par de grands architectes, ces immeubles participent de la sémiotique du pouvoir dans l'espace urbain[6]. Leur accès est très sécurisé, et leurs surfaces en miroir, leurs caméras de surveillance et leurs vigiles sont perçus comme autant de signes exprimant leur domination et leur supériorité.
  • La « cité des services supérieurs » rassemble, quant à elle, les professions d'affaires et de communication : concentration de services dans les gratte-ciel des centres métropolitains[7].
  • La « cité de la production directe », c’est-à-dire l'espace de la production de biens et de services courants, renvoie aux vieux centres manufacturiers comme Chinatown pour l'industrie textile, ou au desserrement des fonctions industrielles vers les périphéries.
  • La « cité de l'économie informelle » présente d'importantes concentrations de populations immigrées récentes, d'ateliers plus ou moins en lien avec l'économie clandestine ou informelle, où les travailleurs les plus modestes et les plus fragiles trouvent à s'employer.
  • Enfin, la « cité résiduelle » forme à elle seule un monde à part, puisqu’elle est le lieu où les activités et équipements nécessaires mais indésirables[8] sont finalement rejetés : friches industrielles, usines d’incinération, prisons, etc.

2. Une mégapole[9]

Doc. 1 p.116, Une ville en croissance, connectée au monde + doc.2 p.116, L’évolution démographique de New York et de son agglomération- New York est l'une des plus grandes mégapoles[10] du monde : en 2011,

  • le borough de Manhattan compte 1,6 million d'habitants,
  • New York City en regroupe 8,2 millions ;
  • l'ensemble de la zone agglomérée bâtie en continu de New York et Newark (New Jersey) rassemble 19,5 millions de personnes ;
  • l’ensemble des zones suburbaines échangeant des flux quotidiens domicile-travail avec New York[11], abrite 18,8 millions d'habitants ;
  • dans sa définition la plus extensive, qui tient compte du polycentrisme de la métropole[12], elle atteint 22 millions d’habitants.

L'espace de la mégapole s'articule d’abord sur le pouvoir et le prestige de Manhattan, mais aussi sur d’autres pôles : de nombreux autres quartiers d'affaires se développent, dans un mouvement de desserrement du centre vers les premières suburbs : Metrotech à Brooklyn, Hoboken sur la rive droite de l'Hudson, Newark, les zones aéroportuaires, ainsi que les nombreux pôles secondaires, accueillent des fonctions logistiques, financières, de hautes technologies[13]

3.   …à la tête d’une mégalopole[14].

Doc.7 p.117, Une région urbaine autour de New York : la Mégalopolis-

Au-delà du seul rôle de New York, l'ensemble Boston-Washington (« Mégalopolis »[15]) constitue l'échelle la plus appropriée pour saisir la puissance de l'hypercentre mondial. Ce chapelet urbain ordonné par un dense réseau autoroutier et ferroviaire et la façade portuaire atlantique, se caractérise par :

  • une forte représentation des activités d'encadrement et de production non matérielle : activités décisionnelles, financières et de coordination, hautes technologies, dans de multiples technopoles[16] ;
  • des pôles industriels spécialisés : malgré les récentes destructions d'emplois ces dernières années et les restructurations industrielles, le corridor qui relie le New Jersey à Baltimore demeure l'un des fleurons de l’industrie étatsunienne : arsenaux militaires, industrie chimique, pharmaceutique, pétrolière[17], chantiers navals, industrie automobile et textile[18], industries agroalimentaires[19], aciéries[20]) ;
  • des paysages urbains scandés par de puissants CBD : Washington[21], Boston[22], Philadelphie et Baltimore[23], mais aussi des pôles secondaires ;
  • une suburbanisation qui produit un ensemble urbain quasi continu : les espaces interstitiels de la Mégalopolis prennent la forme d'un tissu résidentiel pavillonnaire[24], aux riches zones agricoles maraîchères et horticoles et aux épaisses forêts morcelées par les promoteurs immobiliers. Lovés dans leurs écrins forestiers et ruraux, les prestigieux sites universitaires de l’lvy League[25] contribuent à dynamiser ces espaces de transition.

B.  Le rôle d’impulsion de la ville sur l’organisation du monde

1.   Une tête de pont de la mondialisation

La phase actuelle de la mondialisation accentue la concentration des fonctions stratégiques et des interfaces dans les villes globales, New York en tête -doc.4 p.116, La première ville mondiale d’après le Global Cities Index.

New York est une ville globale, au sens où l’entend la sociologue Saskia Sassen[26] : siège du pouvoir politique international (l'ONU), centre décisionnel économique (sièges des FTN) et financier, point focal de la finance mais aussi des flux aériens, du commerce international, de la production culturelle.

Le rôle stratégique et décisionnel de New York doit se comprendre en lien avec un réseau de villes mondiales complémentaires et concurrentes, dans le cadre d’un processus de métropolisation fortement hiérarchisant. Son économie génère un produit intérieur brut de 67 578 dollars par habitant par an, contre 39 590 dollars en moyenne dans les autres aires métropolitaines étatsuniennes. La capitalisation boursière[27] à New York équivaut[28] à l'ensemble des autres grandes places dans le monde. Ce lieu de gouvernance financière mondiale est complété par un centre décisionnel qui accueille 25 sièges sociaux des 500 plus grandes FTN.

Matérialisée par les tours de Manhattan, cette suprématie est également lisible :

  • dans les flux Internet traduisant l'intensité des échanges commerciaux, monétaires et des télécommunications ;
  • dans les flux aériens traduisant les déplacements professionnels (affaires, commerce, colloques, études, etc.) et de tourisme.

2.   Une capitale culturelle

Dans ce carrefour culturel, abondamment financé, le marché de l'art, la production intellectuelle et les médias de la ville s'imposent au monde.

Les FTN sont ancrées dans une logique de mécénat artistique et culturel, n’hésitant pas à financer expositions, biennales ou événements « porteurs d'image ».

La centralité culturelle mondiale de New York peut se mesurer à l'influence de ses créateurs de mode, à sa production littéraire, au flux d'œuvres d'art alimentant les expositions ou aux montants atteints lors d’enchères chez Christie's ou Sotheby's[29].

Le marché de l'art à New York a émergé dès les années 1950[30]. Ce foisonnement culturel a été relayé par une concentration de formations artistiques internationales remarquables : de nombreuses écoles et départements universitaires spécialisés maillent Manhattan, complétés d'équipements culturels et de musées de renom mondial : Metropolitan Museum of Art, Museum of Modern art, New York City Ballet, Withney Museum of American Art -doc.11 p.118, le nouveau bâtiment…, ainsi que les nombreux théâtres et music-halls.

New York doit cette centralité à une concentration exceptionnelle de la production intellectuelle, scientifique et littéraire.

Par exemple, la presse quotidienne new-yorkaise a une diffusion internationale. Riches de plus de 10 000 journalistes, les agences de presse généralistes (Associated Press) ou spécialisées (Bloomberg), la presse et les périodiques internationaux (Time, Newsweek, Reader's Digest, The New Yorker, Wall Street Journal), et l'édition littéraire et scientifique (Harper Collins, Penguin…) dominent le monde anglophone. Les réseaux télévisés basés à New York (ABC, CBS) sont diffusés, par le biais des réseaux câblés et satellites, dans plus de 120 pays et sont regardés par plus de 300 millions de spectateurs hors États-Unis.

C.  Les conséquences socio-spatiales de l’intégration dans la mondialisation

1.   Riches et pauvres : le grand écart

Historiquement, les élites new-yorkaises sont composées de commerçants, d'industriels, de spéculateurs immobiliers. À New York, la richesse est extravagante. Ainsi, la ville porte l’empreinte de John Astor[31], de Rockefeller[32], etc., qui ont contribué à développer de grands projets urbains, artistiques ou culturels. Donald Trump, magnat de l'immobilier, représente dans les années 1980-1990 le plus récent exemple de cette classe d'investisseurs immobiliers[33]. La spéculation immobilière a fait du marché immobilier l'un des plus chers du monde, et reflète largement les fortes inégalités socio-spatiales. Très riche, la mégapole new-yorkaise est aussi très fragmentée.

L'immigration, toujours soutenue[34] -doc.8 p.118, Une histoire urbaine fondée sur le cosmopolitisme + doc.9 p.118, Une attractivité et une pluralité culturelles, et la gentrification[35] -doc.14 p.120, Réduire les inégalités : un défi de gouvernance urbaine constituent les forces motrices de la croissance urbaine. Au-delà des appartements de Manhattan, les quartiers périphériques et résidentiels comme les zones littorales, Staten Island, Brooklyn sur les berges de l'Hudson, ainsi que les suburbs du nord-ouest sont survalorisés, alors que subsistent, proches du centre, des poches plus modestes dans le New Jersey, dans le Bronx ou à Queens, à proximité des sites industriels, portuaires et aéroportuaires.

En 2011, un ménage habitant la mégapole sur quatre dépend des programmes d'aide sociale ; 10% des familles avec enfants et 25% des ménages avec une mère isolée sont sous le seuil de pauvreté fédéral[36] -doc.19 p.121, s’adapter au phénomène du célibat. Devant une demande intense et extrêmement solvable et une offre faible, les loyers atteignent 50% des ressources d'un ménage sur quatre et on estime à 60 000 le nombre de SDF de la mégapole -doc.18 p.121, Répartition des 60639 SDF. Dans le même temps, le stock de logements sociaux n'a pas augmenté depuis les années 1980.

2.   Une ségrégation très marquée

L'espace urbain connaît plusieurs formes de division sociale selon la morphologie (type de logement, âge du bâti), le niveau économique et la richesse, l'âge et la position des ménages dans le cycle de vie, celles-ci ayant aux États-Unis une importance particulière. La cartographie montre la force des ségrégations sociales. On y lit la trame générale classique centre-périphérie des villes américaines, à laquelle se superposent les formes d’une métropole polynucléaire :

  • extrême richesse du Central Business District (Manhattan) [37];
  • les quartiers péricentraux sont les plus pauvres et les plus marqués par la ségrégation raciale à l'égard des Noirs[38]: Cf. le phénomène de ghetto à Harlem, au centre de Brooklyn, dans le Bronx et en partie dans le Queens ;
  • les banlieues résidentielles de la classe moyenne, relativement diverses, dominent l'espace périurbain ;

certains quartiers riches suburbains connaissent des niveaux de richesse tout à fait comparables à ceux du centre d'affaires : Orange (New Jersey), Port Washington, Oyster Bay ou Huntington (le long du littoral nord de Long Island).

Conclusion : bilan + schéma

Bilan p.122, Schéma p.123

II. Des territoires inégalement intégrés à la mondialisation

Quelle typologie des territoires peut-on établir en fonction de leur inégale participation à la mondialisation ? Quelles sont les caractéristiques des pôles et espaces majeurs de la mondialisation et des territoires restés en marge ?

Cours 1 p.132, Quels sont les territoires très intégrés à la mondialisation ? + Cours 2 p.136, Quels sont les territoires en périphérie de la mondialisation ?

A.  La mondialisation hiérarchise les lieux : facteurs

La maîtrise de l'espace-temps implique des enjeux géopolitiques et géoéconomiques majeurs car elle est facteur de puissance, de compétitivité et de rentabilité dans un cadre de plus en plus ouvert et concurrentiel. Ces mutations renforcent les inégalités territoriales en débouchant sur des proximités fonctionnelles produisant des phénomènes de surintégration[39] et de surexclusion[40] - Carte 1 p.114, L’indice global de mondialisation.

1.   Accroissement et polarisation des flux de capitaux[41] et géographie du pouvoir financier

Dans nul autre secteur, la géographie du pouvoir n'est aussi concentrée, essentiellement entre les mains d’une vingtaine de places financières, connectées à une cinquantaine de paradis fiscaux[42]. Carte 2 p.114, Les places de la mondialisation financière- Leur géographie reflète les grands rapports de force internationaux dans un cadre concurrentiel renforcé :

  • émergence de nouveaux pôles jouant un rôle moteur dans la mondialisation (Mexique, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Corée du Sud, Taiwan, Israël, Turquie...) –doc.2 p.133, Une autre gouvernance mondiale…
  • puissance des villes mondiales[43] -Grand angle p.130-131, Les principales villes mondiales + Études de cas 1 et 2 p.116-129, New York, Singapour, au premier chef New York, Londres, Tokyo et Paris à la tête de leurs mégalopoles -Vocabulaire p.132 respectives, toutes dotées de puissantes façades maritimes -Schémas 2 et 3 p.149., et interconnectées à l’échelle mondiale. Le GaWC[44] propose un classement des villes mondiales en fonction des liens de filiation entre firmes du secteur des services supérieurs. Si ces quatre métropoles mondiales « complètes » apparaissent en tête du classement[45], d’autres métropoles forment des pôles de second ou troisième rang… -notion d’AMM, archipel métropolitain mondial (O. Dolfuss).

2.   Accroissement et polarisation de la production et des échanges

Nous l’avons vu, les pays développés ont connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une intensification des échanges, dans le cadre d’accords commerciaux entre puissances capitalistes ou au sein d’entités régionales (UE, ALENA, etc.). À une économie internationale connectant des espaces nationaux encore bien distincts, est en train de se substituer une économie mondialisée structurée par des réseaux d'échanges et des complémentarités fonctionnelles, obéissant à une nouvelle DIT[46] conditionnée par une logique :

  • d’évitement des territoires déjà à l’écart des circuits économiques,
  • de confinement de la plupart des États exportateurs de matières premières dans des spécialisations non porteuses de développement ;
  • de diffusion quantitative des productions de masse banalisées, sous l'effet l'internationalisation de l'appareil productif des FTN (localisations, délocalisations),
  • de polarisation qualitative des segments et fonctions les plus innovantes et les plus stratégiques[47] -Focus p.134-135, La Silicon Valley, un « modèle » inégalé de la mondialisation ?, la domination de la Triade et particulièrement des métropoles[48] est encore largement préservée.

B. La mondialisation hiérarchise les lieux : typologie

1.   « Triade », « limite Nord-Sud »… : une grille de lecture pertinente, mais désormais insuffisante

L'Amérique du Nord, l'Europe occidentale et l'Asie orientale concentrent environ 80% des échanges du monde. En 1985, l’économiste japonais Kenichi Ohmae a utilisé et popularisé le terme de Triade[49] pour désigner les trois pôles dominants de l’économie mondiale : l'Amérique du Nord (États-Unis et Canada), l'Europe occidentale (Union européenne + Norvège + Suisse) et l'Asie-Pacifique (Japon et Corée du Sud). Dans le droit fil de la pensée de K. Ohmae et de ses contemporains, l’opposition entre la Triade et ses annexes d’une part et « les » Tiers-monde d’autre part (entre « des » Nord et « des » Sud, dit-on encore parfois), a longtemps fourni une grille d’analyse pertinente de la hiérarchisation des lieux à l’échelle mondiale.

Aujourd’hui, alors que la phase actuelle de la mondialisation a accouché d’une économie-monde multipolaire, si la prédominance de la Triade persiste, la hiérarchie mondiale s’est singulièrement complexifiée, du fait de l’intégration de l’ancien bloc socialiste dans la sphère de la mondialisation capitaliste, mais surtout de l’évolution de l’insertion dans l’économie-monde des PED :

  • Jusqu’aux années 1970, dans le contexte de la guerre froide, l'aide publique au développement contribuait à masquer les difficultés structurelles des pays dits du tiers-monde à s'insérer dans l'économie internationale ;
  • mais durant les années 1975-1985, ces économies non industrialisées, fortement endettées[50] et spécialisées dans la vente des produits agricoles et miniers ont subi de plein fouet la hausse brutale des taux d'intérêts[51] et la dégradation des termes de l'échange[52];
  • dès lors, l'insertion des pays du Sud dans l'économie mondialisée revêt de nouvelles formes : de petits pays de l'Asie de l'Est[53] parviennent à mettre sur pied des économies manufacturières exportatrices dès les années 1970, sous l'impulsion du Japon et des entreprises occidentales.
  • Plus récemment encore, les puissances émergentes (BRIC, BASIC, etc.) sont venues contester l’hégémonie de la Triade.

2.   Une proposition de typologie

Pour beaucoup d’observateurs, les notions de Tiers-Monde ou de pays en développement qui avaient cours autrefois ne sont plus opérationnelles aujourd'hui. La dichotomie Nord-Sud doit être remplacée par l'image de cercles concentriques qui mesurent l'intégration plus ou moins forte des économies nationales dans la globalisation. Dans cette construction,

  • les économies industrialisées de la Triade sont au centre ;
  • les économies émergentes (une quinzaine de pays d'Asie et d'Amérique latine et du Sud), viennent graviter autour ;
  • un troisième cercle est composé d'un ensemble mouvant et instable formé d'économies situées aux marges du groupe précédent et qui ont plus ou moins vocation à s'y intégrer un jour en fonction du climat des affaires ;
  • enfin, il y a le cercle des PMA.

Une grande partie du monde reste exclue des bénéfices d’une mondialisation qui se caractérise avant tout par sa sélectivité : la mondialisation doit être vue comme un processus à la fois d’intégration et d’exclusion.

C. Croquis : Des territoires inégalement intégrés à la mondialisation

Manuel p.152-153

III. Les espaces maritimes : approche géostratégique

Cours 3 p.142-143, Les espaces maritimes : approche géostratégique[54] + Des cartes pour comprendre p.140-141

Les espaces maritimes occupent 361 millions de km² (71% de la surface de la Terre) et représentent 97% de l’eau présente sur terre. Immenses espaces naturels et monde du silence, les mers et les océans n'ont jamais connu une activité aussi intense, bruyante et visible.

En quoi la mondialisation influe-t-elle sur la géostratégie des espaces maritimes ? Pourquoi leur contrôle est-il essentiel ? En quoi la géostratégie des espaces maritimes est-elle révélatrice de la hiérarchie des puissances dans la mondialisation ?

A.  la mondialisation a accru l’importance géostratégique des mers et océans

Le transport maritime est vital pour l’économie mondiale (approvisionnement en énergie, en denrées agricoles, en matières premières, échanges de produits manufacturés…)

1.   Les espaces maritimes offrent d'importantes ressources

  • Ressources halieutiques : aujourd'hui, la pêche nourrit plus d'un milliard d'êtres humains. 17% de l'apport mondial en protéines animales seraient assurés par le poisson (source : FAO, 2014), dont l’exploitation atteint un niveau jamais égalé dans l’histoire[55] -doc.3 p.143, Zones de pêche et principaux pays pêcheurs.
  • Ressources énergétiques :
    • L'offshore représenterait aujourd'hui près de 30% de l'offre mondiale de pétrole et 27% de celle de gaz. Pétrole et gaz offshore sont au cœur de la quête actuelle pour permettre encore pendant quelques décennies l'approvisionnement en énergies fossiles, en relais de celles qui ont été exploitées sur terre. L'essentiel des réserves mondiales se situerait sous la mer à des profondeurs de plus en plus importantes, piégé dans les bassins sédimentaires[56]. Alors que les premiers champs pétroliers et gaziers de la mer du Nord entrent dans une phase de déclin, les découvertes au large du Brésil, dans le golfe du Mexique ou dans le golfe de Guinée mettent en jeu l'offshore profond qui ne représente encore qu'une part marginale dans la production mondiale.
    • L'éolien offshore -doc.1 p.143, Un champ d’éoliennes au large du Danemark joue un rôle croissant dans le développement des énergies renouvelables, dont la part dans le mix énergétique, encore modeste, est appelée à se développer[57].
    • De sérieux espoirs sont placés dans le développement de techniques prometteuses :
      • l'énergie houlomotrice qui s'appuie sur la force des vagues,
      • l'énergie marémotrice[58],
      • ou l'énergie thermique par l'utilisation des différences de température entre eaux de surface et eaux de profondeur.
    • Ressources minières : nodules polymétalliques riches en métaux non ferreux, encroûtements rocheux renfermant du cobalt et des terres rares…

2.   Les espaces maritimes sont un espace de circulation primordial

Cartes 1 p. 140, Géostratégie des espaces maritimes + 2 p.141, L’océan glacial Arctique, un espace disputé

a.    Pour les marchandises

Les espaces maritimes sont parcourus par de nombreux navires[59], qui assurent 80% des échanges de marchandises. À l'échelle mondiale en effet, les systèmes de production et de distribution sont dépendants des transports maritimes. Dans ces conditions, en quarante ans, la flotte a été multipliée par quatre et les volumes transportés par trois.

Les faibles coûts, la régularité et la fiabilité offerts par le transport maritime permettent aux industriels et aux distributeurs (Wall Mart, Carrefour, etc.) de concevoir des chaînes de valeur à l'échelle internationale, depuis la production jusqu'à la distribution des marchandises.

L’importance du transport maritime accroît le rôle des façades maritimes partout dans le Monde, et donc le phénomène de littoralisation, concomitant à celui de métropolisation.

Dès les Trente Glorieuses, on a assisté dans les pays industriels à la littoralisation des industries lourdes regroupées dans les zones industrialo-portuaires (ZIP) abritant de puissants complexes pour le raffinage, la pétrochimie (Rotterdam, par exemple) ou la sidérurgie (Amsterdam, par exemple). Or, le concept d'usine sur l'eau est né de la puissance des transports maritimes, et il se diffuse à présent à l’échelle mondiale, notamment dans les pays émergents, comme à Ningbo[60] (Chine), souvent sous la forme de zones franches -Schéma 1 p.149, Les avantages d’une implantation en zone franche : l’effet d’enclave

Par ailleurs, le trajet porte à porte des marchandises conteneurisées nécessite des chaînes de transport qui s'organisent sur des plates-formes logistiques situées à proximité des ports et des marchés intérieurs métropolitains. Souvent couplées à des dessertes terrestres massifiées par l'autoroute, le rail ou la voie d'eau comme sur le Rhin, ces plates-formes sont parfois qualifiées de « ports avancés »[61].

Les flux empruntent des routes et des points de passage obligés (caps, canaux et détroits). Doc.2 p.143, Le détroit d’Ormuz- En passant par des canaux ou détroits stratégiques, les voies maritimes relient les grandes façades équipées de puissants ports. Des canaux pharaoniques, Suez et Panama, ont été construits à la fin du XIXème siècle pour raccourcir les distances d'un océan à l'autre. De nouvelles écluses, plus larges, sont actuellement en construction pour Panama, alors que l'Égypte envisage d'augmenter les capacités de Suez, en élargissant en partie le chenal existant et en créant une portion de canal parallèle à l'original -Focus p.142-143, Suez et Panama, des canaux en concurrence ?

b.   Pour les informations

Aux flux marchands qui transitent par la mer grâce au transport maritime répondent les flux d'informations qui utilisent les câbles sous-marins. Les plus puissants assurent des dizaines de millions de connexions simultanées avec une plus grande instantanéité que les satellites.

Près de 99% des trafics internationaux de télécommunication, Internet et téléphonie, passeraient par les 263 câbles sous-marins en service en 2014, pour près de 800.000 kilomètres déployés. Ainsi, le backbone (colonne vertébrale) de l'Internet se situe au fond des mers. Les grandes villes littorales forment autant de points privilégiés de raccordement de ces câbles sous-marins avec les espaces terrestres.

B.  la géostratégie des espaces maritimes est aussi le reflet de la hiérarchie des puissances et de son évolution.

Ce sont les États les plus impliqués dans la mondialisation qui s’efforcent de contrôler et de sécuriser les routes maritimes, particulièrement les points nodaux.

1.   L’hégémonie de la « Triade » confortée

La mer, parce qu'elle nécessite des moyens considérables, conforte les puissances établies et les trois pôles dominants de l'Amérique du Nord, de l'Europe et de l'Asie orientale.

Le système maritime mondial est très concentré :

  • 21 États contrôlent 80% de la flotte mondiale, 25 ports polarisent 50% des flux mondiaux. Onze des trente plus grandes puissances de pêche sont des pays asiatiques qui concentrent 50% des captures mondiales avec en tête la Chine, l'Indonésie, le Japon et l'Inde.
  • Quatre pays, la Grèce, le Japon, la Chine et l'Allemagne, détiennent près de 50% du tonnage de la flotte mondiale de commerce. Quatre armateurs européens contrôlent plus de 40% de la capacité de la flotte des porte-conteneurs et deux compagnies américaines près de 70% de celle de la croisière.
  • Près de 90% des navires marchands sont construits par des chantiers chinois, coréens ou japonais, alors que les paquebots de croisière restent à ce jour l'exclusivité d'un nombre limité de chantiers européens.
  • L'offshore pétrolier mobilise des dizaines de milliards de capitaux, tant pour l'exploitation que pour la prospection. Par leur maîtrise des technologies acquises dans le golfe du Mexique ou en mer du Nord, les grandes compagnies pétrolières américaines et européennes, qui cherchent à compenser le déclin de leur production, s'imposent comme des acteurs incontournables pour la prospection et le développement des gisements au large du Brésil ou du Mexique, de l'Afrique ou en Asie orientale par le truchement d'alliances avec les compagnies nationales. L'offshore éolien est pour l'instant une spécialité européenne.

2.   Des enjeux de sécurité

La surveillance et la maîtrise des mers et des détroits constituent un enjeu géopolitique majeur : le canal de Suez est fermé de 1967 à 1975 à la suite de la guerre des Six Jours. Les trafics d'armes, de drogue, de migrants et la piraterie maritime explosent depuis quinze ans. Pour y faire face, les opérations internationales se multiplient dans la Caraïbe, la Méditerranée et l'océan Indien.

Les zones sous tension font l'objet de toute l'attention des grandes puissances. Ainsi, la Vème flotte américaine est basée à Bahreïn, ce qui lui permet d'exercer une surveillance permanente sur le détroit d'Ormuz, plus largement sur l’ensemble du golfe Arabo-Persique, par lequel transite 30% du pétrole mondial.

Carte 1 p. 140, Géostratégie des espaces maritimes- Depuis le milieu des années 2000, la piraterie a pris des dimensions importantes au large de la Somalie, alors qu'elle était cantonnée jusque-là dans le Sud-Est asiatique, le golfe de Guinée et la mer des Caraïbes. Les pirates somaliens ont renouvelé l'art en la matière en s'attaquant non pas à des navires dans les ports ou au mouillage, mais à des navires en circulation, souvent des vraquiers lents et bas sur l'eau. Cela facilite l'abordage et permet de prendre en otage les équipages pour en tirer une rançon auprès de l'armateur.

Grâce à des navires-mères, le champ d'action des pirates se déploie sur de vastes étendues maritimes, du détroit de Bab el-Mandeb jusqu'aux Seychelles, voire l'Inde.

Mais la coopération internationale porte ses fruits en la matière : grâce à des patrouilles organisées entre États riverains, la situation s'est fortement améliorée depuis 2005 dans les détroits indonésiens, notamment dans celui de Malacca qui est vital pour le transport maritime. Au large de la Somalie, les forces navales européennes Atalante et Ocean Shield de l'OTAN permettent de contrôler en partie le golfe d'Aden grâce à la formation de convois marchands surveillés militairement. Les pirates somaliens peuvent aussi être déférés devant la justice des États du pavillon qui les ont capturés. En outre, face aux immensités à surveiller, les États sont de plus en plus nombreux à autoriser le recours par les armateurs à des forces armées privées sur les navires afin de dissuader les attaques.

En 2014, les actes de piraterie sont en net recul, et ils ne perturbent le transport maritime qu'à la marge.

Le transport maritime est peu affecté par le terrorisme car les attentats sont plus difficiles à mettre en œuvre que sur terre. Mais quand les attaques réussissent, elles sont spectaculaires, comme celles contre l'USS Cole en 2000 ou contre le pétrolier français Limburg en 2002[62], au large du Yémen. Mais les dégâts sont finalement limités par comparaison avec les attentats terrestres.

C.  Velléités d’appropriation nationale, tensions géopolitiques

On observe une volonté d’appropriation des espaces maritimes, et les conflits ont tendance à se multiplier entre les convoitises nationales et les intérêts de la communauté internationale, entre recherche de profit et durabilité.

1.   Conflits frontaliers autour des ZEE

ZEE : Vocabulaire p.142- Les États riverains se sont lancés dans une véritable « course à la mer » afin de s'approprier l'espace maritime. La multiplication des conflits frontaliers, littoraux ou maritimes, s'explique par des revendications souvent liées à la présence de gaz ou de pétrole : on compte aujourd'hui environ 70 conflits. Si certains sont réglés dans le cadre de négociations internationales (Russie/Norvège, Brunei/Malaisie, Grèce/Turquie...), d’autres prennent des proportions mondiales.

En Asie orientale par exemple, cette rivalité est exacerbée par l'affirmation de la puissance chinoise et par ses prétentions sur la mer de Chine. Pour la Chine, l'accès sans contrainte de voisinage à la haute mer, la maîtrise de routes maritimes qui mènent à ses ports et ses visées territoriales sur Taïwan sont des facteurs aussi déterminants que celui de disposer de ressources maritimes supplémentaires. Des confrontations navales autour d'un îlot ou d'un atoll opposent désormais régulièrement Chinois et Vietnamiens dans les îles inhabitées des Spratleys ou des Paracels, ou Chinois et Japonais dans les îles Senkaku (Diaoyu en chinois).

2.   En haute mer, les capacités de projection des grandes puissances

Focus p.146-147, Les Etats-Unis sont-ils une thalassocratie ?- Au-delà de la ZEE débute la haute mer et les eaux internationales. Pour les États, il s'agit d'un espace de projection vers l'extérieur, non seulement pour les échanges commerciaux mais aussi, quand ils en ont les moyens, pour assurer leur sécurité, préserver leurs intérêts et donc exercer leur souveraineté au-delà de leurs simples frontières terrestres. Les porte-avions ou les sous-marins dotés de missiles nucléaires, par la capacité qu'ils offrent d'aller frapper, depuis la mer, des objectifs extérieurs et lointains par rapport au territoire national, sont aujourd'hui dans les flottes militaires les deux outils stratégiques au service de cette volonté des États de garantir cette projection vers l'extérieur..

Quarante États disposent de 98% de la flotte militaire mondiale (2 000 navires), dix États de 84%. La construction et l'entretien d'une marine de guerre sont un vecteur majeur d'affirmation de la puissance, en particulier avec les sous-marins nucléaires dotés de missiles stratégiques (SNS). Face à la domination des États-Unis (avec 40% du tonnage total, seuls les États-Unis ont une flotte suffisamment puissante pour être présents sur l'ensemble des mers et océans du globe[63]) s’affirment les grands pays émergents (Chine et Brésil principalement) et d’autres acteurs (Taiwan, Turquie, Corée du Sud, Pakistan).

3.   Le droit international maritime et ses mutations

Alors qu’autrefois, le droit international distinguait les espaces maritimes dits de mare clausum des espaces de mare liberum ouverte à tous, la Convention de Montego Bay (Jamaïque), ouverte en 1982 et en vigueur depuis, 1994 (ratifiée par 166 pays en 2014) a été adoptée pour réduire les risques de conflits et protéger les milieux marins.

Repère p.142, La territorialisation des mers (Vocabulaire p.142) selon la convention de Mantego Bay- À cet effet, elle définit un nouveau droit maritime international qui distingue différents espaces :

  • en bordure du littoral, la mer territoriale, large de 12 milles marins[64] -Vocabulaire p.142 sur laquelle l'État exerce ses droits souverains ;
  • au-delà, la zone contiguë (24 milles marins) et la zone économique exclusive (ZEE) -Vocabulaire p.142 sur 200 milles marins à partir de la côte ; chaque État y exerce des droits souverains en matière d'exploration et d'usage des ressources mais ne peut y empêcher la circulation ou le survol.

Quant aux espaces maritimes internationaux, on distingue :

  • la haute mer (64% des océans, présentant une grande liberté d'usages),
  • de la zone internationale des grands fonds marins, relevant du « patrimoine commun de l'humanité ».

Conclusion

Croquis p.154-155, Les aspects géostratégiques des espaces marins + Schéma 5 p.149


[1] Cf. http://prezi.com/0rrpuzyfzgjy/?utm_campaign=share&utm_medium=copy

[2] Ville globale : voir notion ci-après.

[3] Grâce à Time Magazine, découvrez une vue panoramique époustouflante de New York depuis le sommet du tout récent One World Trade Center.

[4] Concurrence entre firmes, villes et États, marque de l’entrée des territoires dans les formes successives de la modernité, et même avènement d’un « homme nouveau » (P. Morand)… Sur les rôles fonctionnels et les significations symboliques de ces édifices, lire l’article de Clarisse Didelon, « Une course vers le ciel. Mondialisation et diffusion spatio-temporelle des gratte-ciel », Mappemonde 99 (2010.3) : http://mappemonde.mgm.fr/num27/articles/art10301.html. Cf. également : http://www.skyscrapers.com/

[5] Selon l'urbaniste Peter Marcuse : MARCUSE P., "Dual City : a Muddy Metaphor for a Quartered City", in International Journal of Urban and Regional Reseorch, vol. 13, n° 4, 1989

[6] Cf. le Chrysler Building, le Rockefeller Center ou plus récemment la Trump World Tower, construite en face des Nations unies en 2001.

[7] Ceux-ci peuvent également se situer en périphérie, comme à Jersey City, ou à Newark, où les docks désaffectés ont été réaménagés avec la construction de plusieurs tours résidentielles, commerciales et de bureaux sur un front de mer réaménagé de parcs et promenades.

[8] Cf. NIMBY : « Not ln My Back Yard ».

[9] Une mégapole est une très grande agglomération (l'ONU a fixé le seuil d'une mégapole à 10 millions d'habitants) qui se caractérise généralement par la présence en son sein de fonctions politiques et économiques majeures.

[10] Certes, comme les autres grandes villes des pays riches, New York marque le pas devant la croissance des mégapoles des pays en développement et des métropoles de l'Ouest du pays, mais sa croissance reste malgré tout soutenue.

[11] MSA : Metropolitan Statistical Area.

[12] CSA, Consolidated Statistical Area.

[13] Les retombées de la présence universitaire fournissent à la fois la recherche, l'innovation et la formation des cadres et ingénieurs. Ainsi, la métropole new-yorkaise dispose de nombreuses technopoles périphériques qui contribuent à la dynamique de la Mégalopolis, faisant de New York la troisième métropole high-tech du pays, après San Jose et Los Angeles.

[14] Une mégalopole est un espace urbanisé polynucléaire formé de plusieurs agglomérations dont les banlieues et couronnes périurbaines s'étendent tellement qu'elles finissent par se rejoindre, et cela sur de longues distances.

[15] D’après le géographe français Jean Gottmann, Megalopolis, The Urbanized Northeastern Seaboard of the United States, 1961

[16] Armonk (New Jersey), siège d'IBM ; Newark, Norwich (Connecticut) et Atlantic-Cape May (Sud New Jersey) dans le secteur pharmaceutique ; Nassau-Suffolk (New Jersey) dans l'industrie aéronautique ; Utica-Rome et Syracuse (État de New York, le long du canal Érié) dans les équipements maritimes ; Middlesex-Somerset-Hunterdon (New Jersey) dans l'informatique et les télécommunications.

[17] Le siège, centre de recherche et installations pétrochimiques de Du Pont de Nemours se situent à Wilmington au sud de Philadelphie.

[18] Notamment à Philadelphie.

[19] Les soupes Campbell sont fabriquées à Camden (New Jersey).

[20] Bethlehem Steel est installé à Sparrows Point près de Baltimore (Maryland).

[21] Washington D.C., capitale fédérale, concentre l'essentiel des fonctions politiques (40% de l'emploi y est lié au gouvernement) et constitue un pôle financier majeur (siège du FMI et de la Banque mondiale).

[22] Boston (Massachusetts) associe industries de pointe le long de la Route 128, parcs technologiques (Science Park à New Haven), institutions universitaires (Harvard et MIT à Cambridge, Yale à New Haven, entre autres) et puissance du complexe militaro-industriel qui finance la recherche.

[23] Philadelphie et Baltimore demeurent marquées par le déclin industriel, accompagné d'un délabrement des tissus urbains et de transformations radicales de leur composition sociale. La rénovation des fronts de mer, ports et anciens docks désaffectés donne lieu à des réalisations remarquées (Cf. World Trade Center et musée aquatique de l'architecte Pei à Baltimore). Mais ces rénovations, au final ponctuelles, laissent de nombreux espaces interstitiels désaffectés

[24] Le mouvement d'expansion des suburbs commence dès les années 1920-1930 sous la forme de lotissements destinés aux classes supérieures de la société, localisés le long des axes ferroviaires et des principales voies de tramway aux marges de grandes métropoles. Sur le modèle des Levittowns (les banlieues pavillonnaires en 1949 conçues à Long Island par le promoteur Levitt & Sons), la voiture, le pavillon et le jardin privatif constituent les éléments de I'American Way of Life qui produisent au cours des Trente Glorieuses les paysages uniformes de la suburb.

[25] L’Ivy League est un groupe de huit universités privées du nord-est des États-Unis (Harvard, Yale, Princeton…). Elles sont parmi les universités les plus anciennes du pays (sept ont été fondées par les Britanniques avant l'indépendance) et les plus prestigieuses du pays. Le terme « ivy league » a des connotations d'excellence universitaire, de grande sélectivité des admissions et d'élitisme social. Les universités de la Ivy League sont de plus considérées comme étant parmi les plus prestigieuses dans le monde et sont classées parmi les meilleures universités américaines et mondiales. « Ivy » (« lierre » en français) fait référence aux lierres qui poussent sur les murs des bâtiments de ces universités, ce qui symbolise leur ancienneté –et leur vénérabilité. Source : Wikipédia.

[26] The Global City : New York, London, Tokyo (1991).

[27] La finance représentait 12,7% des emplois à New York, et 36% des profits en 2007.

[28] …depuis la fusion opérée entre New York Stock Exchange et Euronext (Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne) en 2007

[29] Cf. le récent record établi par la vente d’un triptyque de F. Bacon chez Christie’s : Cf. dans Le Monde, un articule consacré à l’évènement -à lire ici.

[30] Avec l’exposition par les galeries de Chelsea et de SoHo des expressionnistes abstraits (De Kooning, Hofmann, Gorky, Kline, Pollock). Andy Warhol et les leaders du Pop Art et de l'abstraction prolongèrent dès 1962 cette première révolution en investissant la Factory.

[31] Dès 1800, John Astor a fait fortune dans le commerce des fourrures avec l'Europe et la Chine, puis il a réinvesti ses gains dans la spéculation immobilière, offrant à la ville une partie de son patrimoine architectural.

[32] La fortune de John D. Rockefeller (industrie pétrolière) a marqué le patrimoine architectural new yorkais : Cf. le Rockefeller center.

[33] Cf. D. Trump World Tower, face au siège de l’ONU

[34] Au-delà des symboles de la statue de la Liberté et du centre d'accueil d'Ellis Island, par lequel plus de 12 millions de migrants sont arrivés aux États-Unis de 1892 à 1954, l'histoire de New York est celle de ses vagues migratoires : environ 60% de la population a au moins un ascendant immigrant. Sur le temps long, la croissance urbaine ne doit rien à l'exode rural mais résulte de l'immigration. En 2011, 27% des habitants de la mégapole sont nés à l'étranger -30% originaires des Caraïbes, 24% Asiatiques (dont 40% de Chinois), 19% en provenance d'Europe, en particulier centrale et orientale ; environ 9 % d'Amérique centrale et du Mexique ; enfin, 3% d'Afrique.

[35] Gentrification : phénomène urbain par lequel des arrivants plus aisés s'approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social du quartier au profit exclusif d'une couche sociale supérieure (Source : Wikipédia). Les quartiers gentrifiés, mis en valeur à l'origine par des populations pionnières d'artistes ou de créateurs, telle la Beat Generation dès les années 1950, sont ensuite investis par la dynamique bourgeoisie des affaires, de la mode et des médias. Concernant à l'origine les quartiers centraux d'ateliers ou d'immeubles industriels à Greenwich Village ou à SoHo, le front de gentrification progresse vers le nord mais aussi vers Brooklyn.

[36] 11 500 $ pour une personne seule ; 23 000 $ pour une famille avec deux enfants

[37] Un appartement dans les beaux quartiers à Manhattan, sur Central Park ou dans l'un des domaines résidentiels privés se situent en 2010 dans une fourchette de 10 à 30 millions de dollars.

[38] Le revenu médian des Noirs est inférieur d'un tiers à celui des Blancs.

[39] La multimodalité valorise les lieux de convergence des moyens de transport et de communication, qui deviennent les nœuds centraux de l’espace mondial, tels les grandes métropoles mondiales ou les grands pôles industrialo-portuaires des principales façades maritimes.

[40] L’accessibilité demeure un facteur de qualification ou de déqualification territoriales. Malheur à ceux qui en restent à l'immobilité : il faut quand même rappeler qu'une proportion d’un tiers à la moitié de l'humanité continue de marcher à pied ou d'utiliser des systèmes de transports terrestres obsolètes, surchargés, lents et parfois dangereux.

[41] Cf. Question 1, « III.B.2.B. La finance, le seul marché réellement mondialisé »

[42] NB : les télécommunications jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement interconnecté des marchés financiers.

[43] Le terme de ville globale, proposé par la sociologue Saskia Sassen (The Global City : New York, London, Tokyo (1991)), désigne les métropoles qui sont les centres de commandement de l'économie mondiale. Les villes globales, et New York en particulier, organisent le marché mondial des capitaux et reçoit les activités de services les plus spécialisées, performantes et rares.

[44] Giobalization and World Cities Study Group (site officiel : http://www.lboro.ac.uk/gawc/

[45] Ce système fonctionne en réseau, chaque ville globale jouant un rôle précis : New York mobilise le capital dans les FTN ; Tokyo est au cœur du pôle des créanciers et joue le rôle de prêteur ; Londres, place financière spécialisée dans l'assurance, assure les transactions internationales.

[46] DIT ou NDIT : (nouvelle) division internationale du travail. La DIT, ou NDIT, est une extension de la division du travail appliquée au commerce international. Elle désigne le fait que les pays se sont spécialisés pour produire certains biens économiques : ils ne travaillent pas tous sur les mêmes produits et, de ce fait, échangent entre eux leur production. Cette spécialisation de pays ou zones repose initialement sur les simples avantages comparatifs des différents pays, pour évoluer vers une décomposition plus poussée de la chaîne de valeur, ou décomposition internationale du processus productif (DIPP) –source Wikipédia.

[47] Informatique, télécommunications, électronique, pharmacie, logiciels, aéronautique, spatial...

[48] Activité stratégique exigeant une mobilisation de personnels hautement qualifiés, des infrastructures lourdes et des réseaux organisationnels très denses, la recherche et l'innovation demeurent polarisées sur les grands espaces métropolitains.

[49] K. OHMAE, Triade Power : The Coming Shape of Global Competition, 1985

[50] L’endettement passe de 7,5 milliards de dollars en 1960 à 650 milliards en 1980.

[51] En 1985, le niveau global de l'endettement du tiers-monde est de 1 000 milliards de dollars, il dépasse le seuil des 2 000 milliards en 1995 pour atteindre 2 500 milliards en 2000.

[52] La dégradation des termes de l'échange est une thèse géopolitique employée pour exprimer des situations de baisse inéluctable du prix des produits des pays du Sud face à ceux des pays du Nord, ou plus objectivement et précisément entre produits des pays industrialisés et les produits des pays du Tiers monde1 ou pays les moins avancés. Au XXe siècle, cette dégradation était devenue de plus en plus défavorable pour les pays « du Sud » (source : Wikipédia).

[53] Les « dragons » (ou NPIA : Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), puis les « tigres » (Malaisie, Thaïlande, Indonésie, Philippines), suivis par la Chine depuis la fin des années 1970

[54] Cf. http://prezi.com/g-mvq1ce_-yh/?utm_campaign=share&utm_medium=copy&rc=ex0share

[55] Les captures des pêches maritimes ont été multipliées par cinq depuis 1950 pour atteindre 90 millions de tonnes en 2011, avec la surexploitation des principales espèces

[56] Les bassins sédimentaires sous-marins restent encore largement inexplorés, une bonne partie d'entre eux se situant dans l'Arctique qui abriterait près d'un quart des réserves non prouvées d'hydrocarbures.

[57] double avantage par rapport aux installations terrestres : l'absence d'habitant confronté à des nuisances; la force et la régularité des vents marins.

[58] Cf. les hydroliennes.

[59] De plus en plus spécialisés : spécialisés : vraquiers, porte-conteneurs, tankers, cargos, ferries… Au total, 105000 navires, dont 11200 pétroliers et méthaniers (gaz liquide) et 5000 porte-conteneurs.

[60] Au +Chine/@29.879381,120.4778536,252365m/data=!3m1!1e3!4m2!3m1!1s0x344d6354630858f7:0x948723f846ccf173!6m1!1e1">Sud de Shanghai.

[61] Ainsi, Rotterdam s'appuie sur un réseau de terminaux intérieurs : Venlo, à la frontière allemande, ou Duisburg sont des portes d'entrée pour drainer le marché allemand.

[62] À lire sur le site du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.

[63] Leurs capacités de projection dans l'espace mondial reposent sur 11 porte-avions embarquant 4000 aéronefs, 12 porte-hélicoptères d'assaut et le corps des Marines spécialisé dans les interventions extérieures. L'espace maritime mondial est partagé en sept grandes zones et quadrillé par 45 bases dans les territoires dépendant des États-Unis et 154 bases à l'étranger (Japon, Italie, Australie, Islande. Espagne...)

[64] 1 mille marin = 1,852 km