TES/L - Thème 2 / Opinions et idéologies en Europe de la fin du XIXème siècle à nos jours - Question 2 / Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l'Affaire Dreyfus

Plan

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I. MÉDIAS ET OPINION PUBLIQUE AU DÉBUT DE LA IIIÈME RÉPUBLIQUE (1894-1918)
 A. L’AFFAIRE DREYFUS (1894-1906)
  1. Le contexte
  2. Une crise politique aigüe
  3. La crise et ses enseignements
 B. LA GRANDE GUERRE (1914-1918)
  1. La censure
  2. La propagande
  3. Une certaine liberté d’expression

II. MÉDIAS ET OPINION PUBLIQUE ENTRE CRISES ET GUERRES (1918-1945)
 A. LA RÉPUBLIQUE À L’ÉPREUVE
 B. LA VIOLENCE D’UNE CERTAINE PRESSE
  1. D’Alexandre Stavisky…
  2. …À Roger Salengro
 C. LES MÉDIAS ET LA SECONDE GUERRE MONDIALE
  1. Presse collaborationniste contre journaux résistants clandestins
  2. Sur les postes de « TSF », la guerre des ondes

III. MÉDIAS ET OPINION DANS LES CRISES DES IVÈME ET VÈME RÉPUBLIQUES
 A. DE LA GUERRE D’ALGÉRIE À MAI 1968
  1. La Guerre d’Algérie et la chute de la IVème République
  2. La pratique gaullienne des médias
  3. Mai 1968, une crise révélatrice
 B. DE 1981 À NOS JOURS : LIBÉRALISATION, RÉVOLUTION NUMÉRIQUE, NOUVELLES PROBLÉMATIQUES POLITIQUES
  1. Les bouleversements du paysage médiatico-politique français
  2. Médias, sondages et crises politiques
  3. La révolution numérique
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Manuel p.118-149

Introduction

La question invite à mettre en relation deux composantes majeures de la vie politique et sociale et d’étudier leurs interactions : 1/ les médias, c’est-à-dire l’ensemble des dispositifs et des supports mettant en relation des individus dispersés et leur apportant des informations : journaux, radio, télévision, Internet (pour les médias de masse[1] -notion clé p.120) ; 2/ l’opinion publique –notion clé p.120, c’est-à-dire un phénomène indissociable du principe de démocratie, qu’on peut résumer à la somme des jugements, valeurs, convictions, préjugés, croyances d’une population. Le modèle de l’opinion publique contemporaine apparaît avec les Lumières et les révolutions européennes dès le XVIIème siècle[2]. Mais c’est aux XIXème et XXème siècles que l’on assiste au « triomphe de l’opinion publique »[3], fondé sur la reconnaissance des libertés individuelles et collectives et lié au développement des médias. Repères chronologiques p.121- Au XIXème siècle en effet, le développement de la presse ouvre un espace favorable aux débats et à la formation de l’opinion publique. La diversification des médias au XXème siècle[4] renforce le poids politique de l’opinion publique et la confronte à de nouvelles problématiques[5]. L’histoire des relations entre médias et opinion publique s’inscrit donc dans le champ du politique, et les crises politiques –notion clé p.120 sont des moments privilégiés pour mettre en évidence le rôle des médias à la fois dans l’expression et dans la formation de l’opinion publique. Lors de ces moments clés, le lien entre médias et opinion publique devient en effet déterminant car il s’agit de moments de rupture du consensus et de cristallisation du débat public qui engagent le destin du pays.

Quel a été le rôle des médias lors des grandes crises politiques en France depuis la fin du XIXème siècle ? Quels rapports entre médias et opinion publique ces grandes crises révèlent-elles ?

I. Médias et opinion publique au début de la IIIème République (1894-1918)

Fin XIXème - début XXème siècles, l'action des médias -en l’occurrence essentiellement de la presse écrite- est fondamentale pour comprendre comment la République s'affirme et comment se définit la nation française.

A.  L’Affaire Dreyfus (1894-1906)[6]

Étude p.122-123, L’affaire Dreyfus dans la tourmente médiatique

1.   Le contexte

L’affaire Dreyfus survient alors que la diffusion de la presse se renforce, dans un pays à peu près complètement alphabétisé. Plus nombreux[7], plus libres[8], moins chers et mieux diffusés[9], les journaux augmentent continuellement leur lectorat. Il ne s’agit pas seulement d’une évolution médiatique, mais aussi d’une révolution civique : le citoyen a dorénavant les moyens de lire le journal pour se forger une opinion et participer au débat démocratique.

Une presse d'opinion, forte d’un personnel qui se professionnalise, se développe alors et devient l’instrument privilégié du débat public. Le grand débat du moment porte alors sur la laïcité -doc.1 p.128, La presse et la séparation de l’Église et de l’État, principal sujet de crispation pour un régime républicain encore fragile, jusqu’à ce qu’éclate l’Affaire Dreyfus.

2.   Une crise politique aigüe

Cette politisation de la presse contribue à faire de l'Affaire Dreyfus un moment de crise politique. Le 29 octobre 1894, un journal d'extrême droite, La Libre Parole, d'Édouard Drumont[10], accuse le capitaine Dreyfus, un militaire français de confession juive, de trahison et d'espionnage au profit de l’Allemagne. Dreyfus est condamné le 22 décembre à la dégradation militaire –doc.2 p.123, La dégradation de Dreyfus et au bagne (en Guyane).

Vocabulaire p.122- Fortement clivée, l’opinion publique se passionne, et Dreyfusards d’une part et antidreyfusards d’autre part s’affrontent par voie de presse : la bipolarisation de la presse reflète et alimente celle de l'opinion.

3.   La crise et ses enseignements

Sujet Bac blanc p.148- L’Affaire Dreyfus est l’archétype d’une guerre de la presse, qui permet aux deux camps de s’affronter à travers éditoriaux, articles, enquêtes et images. Aux articles des premiers grands intellectuels engagés tels Émile Zola dans L’Aurore -Doc.1 p.118, L’Affaire Dreyfus mobilise l’opinion + doc.3 p.123,

« J’accuse »[11]- ou Jean Jaurès dans La Petite République[12] répond le déchaînement de la presse antidreyfusarde –doc.4 p.123, Caricature et passion politique, doc.1 p.148, Les antidreyfusards s’affichent dans la presse. Malgré une nouvelle condamnation prononcée à la suite d’un procès en révision (1899), la vérité finit par l’emporter –doc.1 p.122, Une du Grelot ; la crise s’achève avec la réhabilitation de Dreyfus en 1906 et donc la victoire des dreyfusards, dans un contexte de victoire de la laïcité avec les lois de 1905.

Avec l’Affaire Dreyfus, la presse s’impose dans une fonction médiatrice entre le citoyen, l’État et les forces partisanes.

B.  La Grande Guerre (1914-1918)[13]

La Première Guerre mondiale n’entraîne pas à proprement parler une crise politique au sens où nous l’entendons ici : la IIIème République a conservé un fonctionnement relativement démocratique ponctué, de crises ministérielles et de débats parlementaires. Mais cette période offre un exemple abouti de contrôle de l’opinion par une démocratie en temps de guerre, par un large recours à la censure et à la propagande -qui néanmoins n’étouffe pas complètement la liberté d’expression ni les mouvements d’opinion.

1.   La censure

La France est en guerre le 3 août 1914, mais dès le 2 août, l’activation de la loi sur l’état de siège suspend la liberté de la presse. Le 5 août, un organe de censure est créé. Il s’agit d’interdire :

  • la publication d’informations sensibles ;
  • toute nouvelle pouvant agir négativement sur le moral de la population (« défaitisme »).

À cet effet, un bureau de presse national et des bureaux départementaux qui emploient jusqu’à 5000 fonctionnaires exercent une censure avant parution. Les articles censurés sont laissés en blanc, faute de temps pour refaire la mise en page du journal après le passage d’Anastasie[14] -doc.3 p.129, La censure pendant la Première Guerre mondiale. Photos et film subissent le même sort : un service de photographie et de cinématographie des armées créé en 1915 a l’exclusivité des images venant du front.

2.   La propagande

Avant même la création d’un bureau de propagande en 1916, des campagnes de presse officielles sont lancées pour orienter l’information. Il s’agit soit de désinformation destinée à exagérer les succès ou minorer les revers français, soit de propagande visant à convaincre et à mobiliser la population.

Journaux, affiches, actualités cinématographiques, manuels scolaires, bandes dessinées etc., développent des thèmes récurrents : le patriotisme, la Revanche, l’Union sacrée, l’anti-germanisme mais aussi le combat pour la civilisation contre la barbarie, la guerre du droit, la « der des ders »[15].

3.   Une certaine liberté d’expression

Pour autant, même si le discrédit populaire frappe au lendemain du conflit les titres qui se sont livrés au « bourrage de crâne », la presse n’est pas complètement muselée[16].

Les journaux qui respectent les contraintes de la censure[17] continuent de paraître et peuvent même critiquer les gouvernements[18]. Par ailleurs, l’état-major tolère les « canards de tranchées », ces journaux rédigés par les soldats qui ne supportent pas le « bourrage de crâne » de la propagande. On en recense plus de 400 qui tirent tous ensemble à 100 000 exemplaires par jour. Leur nom comme leur contenu sont souvent humoristiques : Le Canard du boyau, Le Bochophage (mangeur de boches), Le Poilu déchaîné, Bombes et pétards. De vrais journaux reprennent cet esprit frondeur comme Le Canard enchaîné, fondé en 1915 et dont le titre était déjà celui d’un de ces journaux de tranchées –doc.3 p.128. Cela montre que l’opinion n’est pas dupe du contexte de censure et de propagande. Si elle en accepte globalement les contraintes, les mouvements sociaux à l’arrière et les mutineries au front (1917) montrent aussi les limites de cette adhésion.

La profession de journaliste se restructure au lendemain de la guerre. En juillet 1918, le syndicat des journalistes (SNJ) publie la première « Charte des devoirs professionnels des journalistes français »[19] qui impose à la profession des règles déontologiques –Vocabulaire p.128.

II. Médias et opinion publique entre crises et guerres (1918-1945)

A.  La République à l’épreuve

Après la Première Guerre mondiale, le débat public entre les différents courants de la vie politique est souvent vif ; la presse politisée reflète et alimente le débat : c’est ainsi que L’Action française[20] de Charles Maurras, quotidien nationaliste, monarchiste et antisémite développe des thèses d’extrême-droite. À gauche, le journal L'Humanité[21], devenu communiste avec la scission du Congrès de Tours (1920) entre socialistes (SFIO) et communistes (PCF), développe des thèses révolutionnaires (L’Humanité double son tirage entre 1930 et 1939).

Dans les années 1930, tandis que la crise économique renforce les courants extrémistes hostiles à la République, certains journaux, principalement à droite et à l’extrême-droite, adoptent une violence verbale qui enflamme le climat politique. C’est dans ce contexte qu’une nouvelle crise politique éclate le 6 février 1934.

B.  La violence d’une certaine presse

Manuel p.124-125, Les médias et la crise politique du 6 février 1934.

1. D’Alexandre Stavisky…

La crise a pour origine un scandale politico-financier connu sous le nom : « affaire Stavisky » -Chronologie p.124. Alexandre Stavisky, d'origine russe, s'installe en France avec son père en 1898. Naturalisé français en 1910, ce petit escroc est poursuivi à plusieurs reprises pour abus de confiance, détournements, chèques sans provision... Puis des relations nouées avec des hommes politiques lui permettent de créer une escroquerie financière de grande ampleur : il crée le Crédit municipal de Bayonne grâce à ses appuis politiques[22], puis met en circulation 200 millions de faux bons, auxquels souscrivent plusieurs compagnies d'assurances importantes, sur les recommandations du ministre du Travail G. Dalimier. Le scandale éclate le 3 janvier 1934 à la suite d'un contrôle du ministère des Finances et de l'arrestation de Gustave Tissier, le directeur du Crédit municipal de Bayonne. Le scandale a d'importantes répercussions politiques lorsque l'opinion apprend les liens qui lient Stavisky à certains parlementaires en vue, notamment au sein du parti radical –Vocabulaire p.124. Il est largement exploité par la presse de droite et d'extrême-droite, et nourrit le fort courant antiparlementaire –Doc.2 p.124, La vague antiparlementaire. Lorsque l'on apprend le 9 janvier 1934 que Stavisky s'est donné la mort dans son chalet de Chamonix au moment d'être arrêté, la rumeur court rapidement qu'il a en fait été assassiné pour ne pas parler et ne pas compromettre ses appuis politiques –Doc.1 p.124, L’affaire Stavisky à la Une des journaux[23]. À partir du 10 janvier, sur le thème « À bas les assassins et les voleurs », l'Action française et les autres ligues d'extrême droite, exploitant cette affaire comme un symbole de la corruption du régime républicain, organisent de violentes manifestations à Paris.

Fragilisé, le gouvernement du radical Camille Chautemps démissionne le 27 janvier 1934[24]. Chargé de constituer un nouveau gouvernement, Daladier et son ministre de l’intérieur Roger Salengro remplacent le préfet de police de Paris, Jean Chiappe, dont les sympathies pour les ligues sont connues, ce qui provoque l'émeute du 6 février 1934[25]. Doc.3, Le 6 février 1934 vu par un chroniqueur de droite + doc.4, L’interprétation du 6 février par la gauche socialiste- La presse donne alors deux versions des faits : pour les journaux de gauche, il s'agissait d'une tentative de coup d'État, pour ceux d'extrême droite, d'une répression sanglante[26] face à une manifestation pacifique. Doc.5 p.125, Crise politique et rassemblement de la gauche- C’est à la suite de ces émeutes que se constitue, contre le péril fasciste, le Front populaire (Parti radical, SFIO, PCF) –lequel accède au pouvoir en juin 1936[27].

2.   …À Roger Salengro

Cette presse qui se nourrit des scandales et multiplie les attaques ad hominem contre des ministres ou des parlementaires, redouble d’ardeur avec l’arrivée du Front Populaire au pouvoir.

La campagne de presse menée par Gringoire et L’Action française contre Roger Salengro, ministre de l’intérieur du gouvernement Blum est particulièrement cruelle. Le ministre, qui avait été fait prisonnier par les Allemands pendant la Guerre, est accusé par cette presse d’avoir déserté. En réalité ces journaux veulent lui faire payer la dissolution des ligues d’extrême-droite qu’il a prononcée en tant que ministre de l’intérieur. La campagne d’insultes et de calomnies culmine à l’automne 1936. Salengro qui vient d’obtenir un vote très large en sa faveur de la Chambre des Députés qui l’innocente des accusations dont on l’accuse, est toujours ridiculisé dans la presse[28]. Fragilisé et meurtri, il se suicide le 17 novembre 1936, victime d’un véritable « lynchage médiatique »[29].

Après cette crise, Léon Blum tente vainement de faire modifier par le parlement la loi sur la presse de 1881 pour rendre moins facile la diffamation[30].

C.  Les médias et la Seconde Guerre mondiale

Étude p.126-127, Politique et médias dans la Seconde Guerre mondiale

1.   Presse collaborationniste contre journaux résistants clandestins

Durant la Seconde Guerre mondiale, les autorités contrôlent strictement la presse et la radio[31]. Dès juin 1940, beaucoup de journaux cessent de paraître, ceux qui continuent collaborent[32] ; la propagande s’intensifie à mesure que s’amplifie la collaboration entre la France et l’Allemagne, et les médias se font les porte-parole de l’occupant ou de la politique du régime de Vichy : Le maréchalisme est partout, l’antisémitisme et l’anglophobie s’affichent ouvertement[33].

D'autres journaux résistent, en France ou à l'étranger, et répondent à la propagande collaborationniste par des publications clandestines –doc.4 p.127, Le STO vu par la presse vichyste et la presse résistante. Les premières « feuilles » clandestines paraissent dès 1940, puis cette presse clandestine augmente sa diffusion. On dénombre 1200 journaux de ce type entre 1940 et 1944. Les plus importants sont liés aux grands mouvements : Libération, Défense de la France, Franc-Tireur, Combat[34], ou L’Humanité[35]. À partir de 1942, un Bureau d’information et de propagande créé à l’initiative de la France libre en territoire français publie un bulletin d’informations générales transmis à la presse résistante.

2.   Sur les postes de « TSF », la guerre des ondes

Docs. 1, L’annonce de l’armistice + 2, Des écoliers écoutent le maréchal + 3, La voix de la France libre p.126- Après que l’appel du 18 juin 1940 de de Gaulle eût répondu à l’annonce de l’armistice la veille par Pétain, la guerre des ondes fait rage[36] :

  • Radio-Londres, qui émet sur la BBC, diffuse vers la France une émission intitulée « Les Français parlent aux Français », une demi-heure par jour, permettant aux Français d’entendre entre autres[37], la voix du général de Gaulle.
  • en face, Radio-Paris et Radio-Vichy, déversent leur propagande contre le « Général Micro » (de Gaulle) –La France libre vue par le régime de Vichy.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le programme du Conseil National de la Résistance, arrêté en mars 1944, fixe comme objectif après la Libération d’assurer dans le pays « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances de l’argent et des influences étrangères »[38]. Du reste, à la Libération, 687 journalistes compromis avec le régime de Vichy ou avec l'occupant sont suspendus et 99 sont fusillés[39], les journaux collaborationnistes sont suspendus et l'Agence France-Presse est créée –AFP : Vocabulaire p.136. C’est également en décembre 1944 que le journal Le Monde est fondé par Hubert Beuve-Méry, un journaliste résistant.

III. Médias et opinion dans les crises des IVème et Vème Républiques

Cours 2 p.136-137 : « Médias, opinion et crises politiques de 1945 à 1981 », cours 3 p.142-143 : « Médias, opinion et crises politiques depuis 1981 »

A.  De la guerre d’Algérie à mai 1968

1.   La Guerre d’Algérie et la chute de la IVème République

La France a connu après 1945 deux grandes guerres coloniales : la Guerre d’Indochine (1946-1954) et la Guerre d’Algérie (1954-1962). Plus encore que pour la Guerre d’Indochine, précoce et lointaine, les médias ont accompagné les Français pendant la guerre d'Algérie.

La Guerre d’Algérie fait l’objet de critiques croissantes dans la presse non pas tant pour son objectif (garder l’Algérie française) qu’à cause des moyens mis par la France pour y parvenir, en particulier la torture[40]. Ces critiques émanent des journaux communistes et de la presse d’information comme Le Monde, France Observateur ou

l’Express, mais aussi de radios privées ou « périphériques » émettant à partir de l’étranger, comme RTL (diffusée du territoire luxembourgeois) ou Europe 1 (émettant de la Sarre en Allemagne), et donc plus indépendantes du pouvoir. Ces médias précurseurs ont incontestablement joué un rôle dans l’évolution de l’opinion sur le conflit algérien.

Les pouvoirs publics ont bien compris cette influence des médias. Très vite, ils usent des moyens de la propagande et de la censure, comme en témoigne le vocabulaire officiel : il n’y a pas officiellement de « guerre » en Algérie mais une « pacification » et des opérations de « maintien de l’ordre »[41]. Les actualités cinématographiques sont entièrement dépendantes de l’Établissement cinématographique et photographique des armées qui sélectionne soigneusement les images. La censure prend des formes diverses : surveillance des envoyés spéciaux en Algérie, accompagnement systématique par des militaires sur le terrain, saisie de matériels et perquisition de journaux, poursuite et emprisonnement de journalistes pour « atteinte au moral de l’armée »[42].

Lors de la crise politique qui éclate le 13 mai 1958, la presse, presque unanime, soutient le retour du général de Gaulle au pouvoir. En témoigne la version officielle des événements survenus à Alger diffusée par le Journal filmé des Actualités Françaises, qui change du tout au tout à une semaine d'intervalle autour du 13 mai : une édition spéciale joue sur les imaginaires pour construire une continuité entre les actions du général de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale et en 1958, et interprète les évènements en faveur du nouveau chef de l’exécutif, passant sous silence tout ce qui a permis aux opposants de parler d'un coup d'État.

2.   La pratique gaullienne des médias

Le gaullisme politique se caractérise par la personnalisation du pouvoir, la volonté de rassemblement national et la recherche de la grandeur et de l’indépendance de la France. On comprend donc l’intérêt du général de Gaulle pour les médias, instrument au service du pouvoir, fédérateur de la nation et « voix de la France » à l’extérieur. Soucieux d’entretenir un lien direct avec la nation, il utilise les médias comme relais avec l'opinion publique, d'autant plus que certains de ces médias sont très contrôlés par l'État. L'ORTF –ORTF : Vocabulaire p.136 possède le monopole des émissions de radio et de télévision.

De Gaulle prononce dans ces années de nombreux discours lors des moments clés de la vie de la nation : en dénonçant dans un message le « quarteron de généraux à la retraite », le général de Gaulle fait échouer le putsch d'avril 1961 en lançant un vibrant « Français, aidez-moi ! », et s'adressant directement aux appelés du contingent pour qu'ils ne suivent pas les putschistes –Étude p.130-131, « Avril 1961 : l’échec du putsch d’Alger ou la victoire du transistor ». Cette dramatisation et cette mise en scène des interventions font partie d’une stratégie de communication. Elles visent à légitimer le discours, à renforcer la stature de chef et de sauveur du général. L’usage gaullien de la télévision est d’autant plus efficace que le nombre de postes explose : 9% des ménages en sont équipés en 1959, 62% en 1968. Devenue un média de masse, la télévision entre dans son « âge d’or » ; le pouvoir en use… et en abuse : l’opposition est quasi absente des médias du monopole[43].

3.   Mai 1968, une crise révélatrice

Étude p.132-133, « Mai 1968 : la crise, les médias et le général de Gaulle » + p.134-135 (Histoire des arts)- Cependant, les événements de mai 1968 montrent un déficit de crédibilité des médias chez les jeunes et les travailleurs. Mai 68 s’est caractérisé, entre autres, par une véritable explosion médiatique comme si la parole publique, longtemps contenue par la pesanteur gaullienne, se libérait d’un coup. Cette libération s’exprime dans les radios périphériques –doc.2 p.132, « Le rôle des radios périphériques », mais a pris surtout la forme d’une expression spontanée, par voie d’affiches, de tracts, de petits journaux étudiants, de slogans appliqués sur les murs, de discours improvisés. Ces « médias » de fortune dénoncent pêle-mêle, la société de consommation, la morale bourgeoise, l’autoritarisme gaullien. Ils visent particulièrement l’ORTF, perçue comme le relais du pouvoir dans le droit fil de la pensée « situationniste » de Guy Debord[44], auteur en 1967 de La société du spectacle, qui dénonce une communication devenue un outil d’aliénation de la population.

C’est uniquement à la radio que le Général De Gaulle donne sa seconde allocution, le 30 mai [45] -doc.5 p.133, Le GDG utilise la radio. Renouant avec le média qui avait fait sa popularité, il retourne l’opinion en annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale et de nouvelles élections législatives les 23 et 30 juin. Son intervention est un succès : ses partisans manifestent à leur tour pour le soutenir[46]. C’est le signal du reflux de la contestation : en juin les grèves ouvrières et l’agitation étudiante se résorbent et les élections sont un triomphe pour de Gaulle. La crise politique est terminée, mais Mai 68 a révélé une crise des médias, trop longtemps bridés par le pouvoir.

Mai 1968 fut en effet, en même temps qu’une « crise de croissance » de la démocratie, une étape du renouvellement médiatique. Certes, le pouvoir a profité de sa victoire politique de juin pour reprendre en main l’audiovisuel public[47], mais la crise de mai 1968 aura donc ouvert la voie à une diversification et à une libéralisation des médias :

  • En 1974, Valéry Giscard d’Estaing supprime l’ORTF ainsi que le ministère de l’Information : TF1, antenne 2, FR3 pour la télévision, ainsi que Radio France (France-Inter, France-Culture, France-Musique) jouissent désormais d’une certaine autonomie –pour autant, le contrôle de l’information par le pouvoir n’est pas complètement aboli et continue de faire l’objet de critiques.
  • Une nouvelle presse, plus indépendante, fleurit dans les années 1970. Fin des années 1970, les « radios libres » se multiplient dans la clandestinité et se distinguent par leur liberté de ton.

B.  De 1981 à nos jours : libéralisation, révolution numérique, nouvelles problématiques politiques

1.   Les bouleversements du paysage médiatico-politique français

Doc.1 p.142, Le temps des radios libres- Les « radios libres » sont légalisées par la gauche en octobre 1981[48]. Très nombreuses et très diverses[49], les petites radios indépendantes entrent dans une logique concurrentielle et beaucoup disparaissent dans un mouvement de concentration, cédant la place à de grands groupes, comme NRJ. Plus largement, c’est toute la communication audiovisuelle qui est libéralisée à partir de 1982 avec la création d’une Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) chargée d’en garantir l’indépendance[50] et de délivrer les autorisations d'émettre aux chaînes de radio et de télévision.

Car si la bande FM est libérée pour les radios[51] et si la presse écrite continue malgré ses difficultés (baisse des ventes continue depuis les années 1970) de jouer régulièrement son rôle de contre-pouvoir en révélant des scandales (affaire « des diamants de Bokassa » en 1979[52], attentat du Rainbow Warrior en 1985 –Étude p.138-139, une affaire d’État révélée par la presse), la télévision devient le média central de la société française et connaît des évolutions déterminantes. Ainsi, il est mis un terme au monopole de l’État sur la télévision : 1984, apparition de Canal+ ; 1985, naissance de la Cinq ; 1986, privatisation de TF1 à la faveur de la première « cohabitation » (gouvernement Chirac : 1986-1988). Ce n’est que le début d’une diversification de l’offre télévisuelle, laquelle va littéralement exploser à partir des années 1990 avec le développement de chaînes diffusées par satellite, câble, TNT, Internet…

Les hommes politiques découvrent le marketing, les conseillers en communications, le media-training, la rhétorique émotionnelle, les cotes de popularité et les sondages. S’il est douteux que les médias « fassent » l’élection, ils jouent un rôle indéniable dans l’émergence des thèmes de campagne : Cf. l’insécurité en 2002.

2.   Médias, sondages et crises politiques

Même si la technique est ancienne (années 1930), c’est dans les années 1980 que la France entre dans l’ère des enquêtes d’opinions. La banalisation et la profusion de sondages à l'interprétation parfois délicate conduisent à se demander s’ils rendent véritablement compte de l'opinion –Étude p.140-141, Les médias, les sondages et la crise du 21 avril 2002, s’ils constituent un instrument de manipulation de l’opinion, voire même un instrument de gouvernance[53]. En effet, on assiste à l’émergence d’une « démocratie d’opinion », c’est à dire une forme de démocratie directe et individualisée qui ne résulte pas du débat public et de l’expression du suffrage universel mais de l’influence permanente de l’opinion sur l’action politique.

Certains se réjouissent de ce « triomphe de l’opinion »[54] et considèrent ce phénomène comme un garde-fou et un guide pour les gouvernants, une forme de plus-value démocratique. D’autres, à l’inverse, dénonce une « tyrannie de l’opinion » dans laquelle tout le monde doit être en mesure d’exprimer son avis sur tout, cette tendance influençant l’action politique dans un sens qui peut aller à l’encontre des décisions prises par des représentants désignés par le suffrage universel.

3.   La révolution numérique

Avec l’essor d’Internet, le temps des Français devant la télévision fléchit et la crise de la presse écrite se renforce, aggravée par le développement des quotidiens gratuits. Les subventions de l’État (1400 millions d’euros en 2010) et les investissements de riches hommes d’affaires[55] posent la question de leur liberté et de leur indépendance.

Internet est un média global qui donne accès à tous les autres médias sur un support unique, PC ou mobile, aisément manipulable, partout, à tout moment. Le succès d’internet oblige les médias traditionnels à s’adapter, en proposant une version en ligne de leurs contenus[56] et en multipliant les possibilités d’interactivité avec « la toile ». Plus largement, en tant que self-média[57], Internet révolutionne les rapports entre médias, politique et opinion :

  • en ouvrant un nouvel espace de débat et de polémique susceptible de brouiller la distinction entre citoyens, politiques et journalistes (chacun peut s’exprimer à travers des sites, des blogs et les réseaux sociaux qui deviennent autant d’outils de manipulation politique) et de produire un émiettement de l’opinion dans un contexte d’effacement des partis politiques, des syndicats, des églises, des grandes idéologies ou croyances fédératrices (image du citoyen consommateur d’information) ;
  • en favorisant, faute de vérification systématique des sources sous la pression de la course au scoop et de la nécessité d’alimenter une information qui se veut désormais « continue », la propagation de fausses nouvelles et de rumeurs –et le doute sur toute forme d’information…

Aujourd’hui, les citoyens sont confrontés à une offre pléthorique et un flot continu d’informations, qu’ils peinent à « digérer »[58], partagés entre participation directe au débat (commentaires d’articles, forums, blogs, réseaux sociaux Facebook et Twitter…), et méfiance généralisée envers les médias. Les accusations de connivence supposée entre journalistes, hommes politiques et grande entreprises font peser sur principaux médias un soupçon quasi permanent de la part d’une partie de l’opinion.

Conclusion

Les médias ont ainsi accompagné la vie politique en France et joué un rôle clé dans les moments de crises politiques. Cristallisant les opinions, ils ont ancré en France une liberté fondamentale : la liberté d'expression, et démontré, au fil des crises, que la démocratie est une construction fragile et permanente qui a besoin des médias autant que les médias ont besoin d’elle.

 

[1] Le terme « médias » désigne aussi, dans l’absolu, livres, cinéma, DVD etc.

[2] Apparition de la croyance en une opinion publique souveraine.

[3] Cf. Dominique Reynié, Le triomphe de l’opinion publique. L’espace public français du XVIème au XXème siècle, 1998.

[4] La presse est le seul média de masse à la fin du XIXème. Les actualités cinématographiques s’y ajoutent au début du XXème, puis la radio à partir des années 1920, la télévision dans les années 1950-1960 et Internet à partir de la fin du XXème siècle.

[5] Après la Seconde Guerre mondiale, le sondage (mis au point dans les années 1930 par George Gallup aux États-Unis) s’affirme progressivement comme la mesure de l’opinion publique. Fin XXème, la démultiplication de la parole des citoyens via Internet remettent en cause le concept même d’opinion publique et suscite certaines craintes.

[6] Cf. programme de 1ère, sur l’enracinement de la République.

[7] Au début du siècle, la presse française compte plus de 600 titres de quotidiens (80 à 90 pour Paris) ; en 1914, c'est la plus lue au monde, avec un taux de pénétration de 244 exemplaires de quotidiens pour mille habitants, et un tirage supérieur à un million d'exemplaires pour quatre titres (le tirage cumulé des 300 quotidiens les plus populaires dépassent les dix millions d’exemplaires). À titre de comparaison, le quotidien dit « de référence », Le Monde, était tiré en 2012 en moyenne à 288000 exemplaires/jour…

[8] Cf. lois sur la liberté de la presse de 1881 et de 1889. Les« lois scélérates» du 12 décembre 1893 et du 28 juillet 1894 constituent cependant des entorses à la liberté de la presse. Elles sont destinées à réprimer l'anarchisme, notamment après l'assassinat du président de la République Sadi Carnot le 25 juin 1894.

[9] Progrès des transports, généralisation de leur présence dans les lieux de sociabilité (comme les cafés).

[10] Édouard Drumont (1844-1917) : journaliste, écrivain et homme politique français, fondateur du journal La Libre Parole, nationaliste et antisémite, il est l’auteur de l’ouvrage La France juive (1885) et le créateur de la Ligue nationale antisémitique de France (1889).

[11] Le 13 janvier 1898, suite à l’acquittement du Commandant Esterhazy, « le vrai coupable ». Zola est trainé devant les tribunaux, dans une atmosphère délétère : il est condamné à une forte amende.

[12] Cf. « Les preuves » sur le site de Gallica, recueil des articles parus dans La Petite République.

[13] Cf. http://centenaire.org/fr/la-grande-guerre-dans-les-collections-presse-et-periodiques-de-la-bnf

[14] Anastasie : prénom donné à la censure, représentée sous les traits d’une femme armée d’une grosse paire de ciseaux.

[15] « Der des ders » : la dernière guerre qu’il faut gagner pour qu’il n’y ait plus de guerre.

[16] Pour l’historien des médias Christian Delporte, « le bourrage de crâne pendant la Grande Guerre ne relève pas d'une volonté de la presse d'instaurer une propagande délibérée, mais plutôt d'une succession de dérapages de la profession » (« En 1914, la presse accepte la censure parce que la France participe à l'effort de guerre », Le Monde.fr, 18 juillet 2014.

[17] Discrétion militaire, refus du défaitisme ou du pacifisme…

[18] C’est d’ailleurs à la suite d’une campagne de presse critiquant ses prédécesseurs pour leur inertie que Clemenceau accède au pouvoir en 1917.

[19] La Charte des devoirs professionnels des journalistes français a été rédigée en juillet 1918, révisée en janvier 1938, puis en mars 2011.

[20] L’Action française, « organe du nationalisme intégral » paraît de 1908 à 1944. NB : l’Action française est aussi le nom d’un mouvement politique nationaliste et d'extrême droite fondé en 1898 en pleine Affaire Dreyfus et très active dans l’entre-deux-guerres. Cf. également Gringoire et Je Suis Partout.

[21] L’Humanité « organe central du Parti communiste français » de 1920 à 1994, a été fondé en 1904 par Jean Jaurès.

[22] Notamment le député maire de Bayonne Dominique-Joseph Garrat, le député Gaston Bonnaure et le ministre du Travail Gaston Dalimier.

[23] Cette rumeur n’est pas le fait exclusif de la presse d’extrême droite. Outre l’Humanité -doc.1 p.124, Le Canard Enchaîné ironise : « Stavisky s'est suicidé d'une balle tirée à 3 mètres. Voilà ce que c'est que d'avoir le bras long. »

[24] Cf. L’Action française du 27 janvier 1934 sur le site Gallica.

[25] Après les travaux d'une commission d'enquête parlementaire, vingt complices de Stavisky sont traduits devant la Cour d'assise de Paris en janvier 1936. Neuf d'entre eux sont condamnés, dont deux parlementaires (D.-J. Garrat et G. Bonnaure).

[26] 15 morts, 1400 blessés.

[27] Cf. programme de 1ère.

[28] Cf. notamment le jeu de mot de Gringoire, qui le surnomme « Proprengro » après sa réhabilitation.

[29] Cette « célèbre affaire » a inspiré de nombreuses productions historiques et adaptations. Vous pouvez utilement vous référer à ce blog pour en savoir plus.

[30] Le Sénat refusa de voter le texte.

[31] En zone Nord, les médias sont contrôlés par les Allemands, en zone Sud par le régime de Vichy jusqu’à l’invasion de cette zone en novembre 1942.

[32] Parmi les collaborationnistes les plus zélés, Gringoire et Je Suis Partout s’illustrent. En octobre 1940, la « loi portant statut des juifs » exclut les juifs des médias et « aryanise » c’est-à-dire confisque les entreprises juives (journaux ou radios) pour les confier à des non-juifs.

[33] L’efficacité de cette propagande est difficile à appréhender, mais elle semble de plus en plus inefficace au fil du conflit, au fur et à mesure du retournement de l’opinion.

[34] Combat tire à 40 000 exemplaires en 1942, à 250 000 en 1944.

[35] L’Humanité clandestine : 300 numéros entre 1941 et 1944

[36] L’usage politique par les gouvernements de la radio, qui avait commencé à se diffuser dans les foyers français dans les années 1920, remonte aux années 1930. Le président du conseil André Tardieu est le premier à faire sa campagne électorale à la radio (1932). En 1934, le Président de la République, Gaston Doumergue signe les premières interventions régulières d’un homme politique.

[37] Une demi-heure comprenant 10 minutes de nouvelles, 5 minutes d’informations officielles de la France libre annoncées par Maurice Schumann et 15 minutes de commentaires politiques, sketches, chansons où s’illustrent Pierre Dac et Jean Oberlé l’auteur du célèbre slogan : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand ».

[38] Cf. texte intégral du programme du CNR.

[39] Cf. Robert Brasillach, le rédacteur en chef de Je Suis Partout, par exemple.

[40] Rappel du programme de Première- L’usage de la torture en Algérie découle de la Loi sur les pouvoirs spéciaux aux militaires votée par le parlement français en mars 1956 qui transmet des pouvoirs de police à l’armée et lui permet d’arrêter et d’interroger des « suspects ». Les articles critiques se multiplient après 1956. Ils sont accompagnés de témoignages comme celui de Maurice Alleg, militant communiste, « porteur de valise » pour la FLN – c’est-à-dire transporteurs de fonds et de faux papiers pour les nationalistes algériens combattant l’armée française. Arrêté et torturé par des militaires français en 1957, il témoigne dans le livre La Question, interdit par le pouvoir mais publié en Suisse en 1958 et abondamment évoqué par certains journaux français.

[41] La guerre d’Algérie restera longtemps « une guerre sans nom ».

[42] L’arrivée au pouvoir du général de Gaulle aggrave la situation avec 69 saisies de journaux par an en moyenne entre juin 1958 et 1962 contre 39 entre 1954 et mai 1958. Entre juillet et septembre 1958, Le Canard Enchaîné est saisi 7 fois, L’Express 5 fois.

[43] Le partage démocratique de l’antenne en vigueur aujourd’hui est absent, sauf durant les campagnes électorales, à partir de l’élection présidentielle de 1965 où le temps d’antenne est réparti entre les candidats.

[44] … Cf. ici la page du site de la BnF consacrée à l’exposition « Guy Debord. Un art de la guerre » (2013)

[45] Le vendredi 24 mai, à 20 heures, une première allocution (radio + TV) du Général fait l’objet de vives critiques. Le lendemain, l’ORTF refuse de diffuser les réactions de personnalités politiques et syndicales aux propos du chef de l'État, ce qui entraîne une grève de l'information télévisée.

[46] Le 30 mai 1968, 300000 personnes défilent sur les Champs-Élysées pour soutenir pourvoir.

[47] Ce long conflit s’achève par d’importantes sanctions et un contrôle renforcé de l’audiovisuel public : 102 journalistes de l’ORTF sont licenciés en août 1968 !

[48] 10 mai 1981 : élection de François Mitterrand à la présidence de la République.

[49] Si certaines sont associées à un organe de presse (par exemple Sud-Ouest), d'autres sont financées par les collectivités territoriales ou par des associations, des groupes politiques ou des syndicats.

[50] Pour couper le « cordon ombilical » entre pouvoir et médias, la HACA formalise la règle des trois tiers : chaque mois, le gouvernement, la majorité parlementaire et l’opposition parlementaire doivent bénéficier d’un temps de parole égal.

[51] Attention néanmoins : c’est toujours l’État qui attribue les fréquences.

[52] « L’affaire des diamants », c’est-à-dire des largesses de l'empereur de Centrafrique, Bokassa Ier, pour le président français Valéry Giscard d'Estaing, a été révélée par Le Canard enchaîné le 10 octobre 1979 et reprise par Le Monde.

[53] En 1972, le sociologue Pierre Bourdieu déclarait déjà : « L’opinion publique n’existe pas » !

[54] Cf. D. Reynié, op. cité.

[55] Rachat du Figaro par S. Dassault en 2004 (et le fameux : « la presse doit diffuser des idées saines ») ; entrée dans le capital de Libération d’Édouard de Rothschild en 2006, prise de contrôle du Monde par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel en 2010…

[56] Certains titres n’existent qu’en version numérique

[57] Média que chacun se construit pour recevoir mais aussi pour diffuser de l’information.

[58] Dans le meilleur des cas, il les répartit en fonction de ses besoins, loisir, détente, information, culture. Dans le pire des cas, il se perd dans un tourbillon médiatique qui créé de la confusion et du désintérêt.