TES/L - Thème 3 / Puissances et tensions dans le monde de la fin de la Première Guerre mondiale à nos jours - Question 1 / Les chemins de la puissance. Les Etats-Unis depuis les "Quatorze points" du président Wilson

Plan

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I. LA GRANDE GUERRE ET L’IRRUPTION DES ÉTATS-UNIS SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE
 A. DE LA NEUTRALITÉ À L’ENTRÉE EN GUERRE
  1. Le temps de la neutralité
  2. Les raisons de l’engagement étatsunien
 B. LE RÔLE DES ÉTATS-UNIS DANS LE DÉNOUEMENT DE LA GRANDE GUERRE
  1. Mobilisation militaire
  2. Mobilisation économique
 C. LES ÉTATS-UNIS ET LA RECONSTRUCTION DES RELATIONS INTERNATIONALES
  1. L’esprit des Quatorze points du Président Wilson
  2. Les États-Unis et le traité de Versailles
  3. Difficiles lendemains de guerre pour Wilson : retour à l’isolationnisme ?
II. AVEC LA SECONDE GUERRE MONDIALE, L’ÈRE DE LA « PUISSANCE ASSUMÉE »
 A. UN ISOLATIONNISME « EN TROMPE-L’ŒIL »
 B. LES ÉTATS-UNIS DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE
  1. De la neutralité à l’entrée en guerre
  2. Face à l’Allemagne nazie et au Japon
  3. La fin du conflit
 C. LES ÉTATS-UNIS EN GUERRE FROIDE
  1. Un engagement total
  2. L’instauration d’une économie-monde étatsunienne et l’affirmation d’une puissance complète
III. LES ÉTATS-UNIS ET LE MONDE APRÈS LA GUERRE FROIDE : LES QUESTIONS DU LEADERSHIP
 A. LE BREF MOMENT UNIPOLAIRE OU L’ILLUSION DE L’EMPIRE (1991-2001)
 B. LES ÉTATS-UNIS À LA RECHERCHE D’UN NOUVEAU LEADERSHIP
  1. Le temps de l’unilatéralisme
  2. À la recherche du Smart Power : changement de paradigme

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Manuel p.184-221

Introduction

Photographies + Frise chronologique p.184-185- Depuis un siècle, les États-Unis sont la puissance mondiale dominante, selon des modalités diverses, diversement perçues. Cela pose la question des origines, de l’évolution, des étapes, et des manifestations de la puissance des États-Unis. Cela interroge également la notion de puissance au XXème siècle et au début du XXIème siècle –Puissance : notion-clé p.186.

C’est la fin du premier conflit mondial qui amorce une évolution conduisant les États-Unis à se doter d’une puissance complète et globale sans précédent, jusqu’à la situation actuelle, marquée par une remise en cause de leur domination.

Comment la notion de puissance est-elle modelée et transformée au XXème siècle par les États-Unis ?

Quels sont les caractères de la puissance des États-Unis au cours du XXème et au début du XXIème siècle ?

En quoi les deux guerres mondiales et la guerre froide marquent-elles à chaque fois des étapes dans l’affirmation de la puissance américaine ?

Pourquoi le déclin (relatif) de la puissance américaine peut-il apparaître comme un élément déterminant dans la recomposition du système mondial au XXIème siècle ?

I. La Grande Guerre et l’irruption des États-Unis sur la scène internationale

Le rôle déterminant des États-Unis dans la victoire de l’Entente ainsi que leur poids économique et financier permettent au président Wilson d’imposer largement ses idées lors du règlement du conflit. Quelles idées ? Celles qu’il décline dans ses « 14 points », publiés en janvier 1918, qui visent à instaurer une nouvelle diplomatie mondiale.

A.  De la neutralité à l’entrée en guerre

1.   Le temps de la neutralité

Le premier XXème siècle est celui de la tentation d’une puissance sans engagement.

Début août 1914, quand la guerre éclate en Europe, aucun Américain, fût-il le président des États-Unis, n’envisage que son pays participe au conflit : fidèles à la

« Doctrine Monroe »[1] (1823) –Vocabulaire p.190, les États-Unis ont, dans ce conflit, d’abord vocation à la neutralité.

Plusieurs raisons expliquent cette attitude : le sentiment pacifiste est profond, l’armée n’existe pas (ou presque), les problèmes européens sont à la fois lointains et complexes[2]. Par ailleurs, le peuple américain compte, sur 100 millions d’habitants, 13,5 millions de citoyens et de résidents nés à l’étranger et 13 autres millions nés de parents étrangers, presque tous dans les États belligérants. L’unité nationale est encore mal assurée.

C’est logiquement que le 19 août, le Président Wilson[3] invite ses concitoyens à rester neutres « en actes comme en pensées ».

2.   Les raisons de l’engagement étatsunien

Trois ans ne se sont pas écoulés : le 2 avril 1917, Wilson recommande au Congrès de voter l’entrée en guerre. La résolution est adoptée le 6 avril. Pourquoi les bonnes raisons de 1914 ne valent-elles plus rien ?

En novembre 1916, Wilson est réélu en défendant un programme de paix. Après les multiples tentatives de médiation entre les belligérants, Wilson, à peine réélu, propose le 22 janvier 1917 une « paix sans victoire ». En vain.

Ce qui a entraîné les États-Unis dans le conflit, c’est que l’Allemagne a décidé qu’elle mènerait une guerre sous-marine à outrance à partir du 1er février 1917[4]. Ses sous-marins ont reçu l’ordre de couler sans sommation tous les navires neutres ou ennemis, dans une vaste zone qui entoure la Grande-Bretagne, longe les côtes françaises et italiennes et s’étend à la Méditerranée orientale. Décision inacceptable pour Wilson qui le 3 février 1917 rompt les relations diplomatiques avec Berlin[5]. Des navires battant le pavillon des États-Unis sont coulés, et rien n’arrête plus la marche de la guerre.

En faisant entrer le 6 avril son pays dans ce qui n’était jusqu’alors que la « guerre européenne », le président Wilson défend le droit des neutres et la liberté des mers. En effet, l’océan est un enjeu capital, pour lequel les États-Unis occupent une position stratégique : quand le conflit s’est installé dans la durée, ils sont devenus un réservoir de matières premières et de produits alimentaires pour les alliés[6].

Ce sont donc des motivations économiques, politiques et morales qui poussent Wilson. Il est persuadé que la communauté internationale doit être reconstruite sur de nouvelles bases, et qu’il appartient à l’Amérique de montrer le chemin. Une médiation aurait pu suffire, mais elle a échoué : pour lui, les États-Unis sont contraints d’entrer en guerre pour préparer le monde de demain, non seulement parce que c’est leur mission au nom de la « destinée manifeste »[7] mais aussi car leur propre sécurité en dépend.

B.  Le rôle des États-Unis dans le dénouement de la Grande Guerre

1.   Mobilisation militaire

En 1917, les États-Unis comptent 1 soldat pour 516 habitants, alors que, dans la France de 1913, la proportion s’élevait à 1 pour 53. Le service militaire obligatoire n’existe pas.

Au lendemain de la déclaration de guerre contre l’Allemagne, on compte peu d’engagements volontaires : 4 500 au lieu des 700 000 attendus. D’où le recours à la conscription[8]… dans une totale improvisation. Rien n’est prêt, ni les infrastructures[9], ni (pire encore !) les esprits. Aussi faut-il commencer par mobiliser les esprits, d’où une intense propagande, par voie d’affiches, de discours, de meetings fortement relayés par la presse. On parle alors de « croisade ».

Les États-Unis réussissent un miracle : ils incorporent 4 millions d’hommes et envoient en France un corps expéditionnaire de 2 millions d’hommes, sous le commandement du général Pershing. Comme l’armement moderne fait défaut, les Alliés les fournissent[10]. Leurs succès, au printemps et à la fin de l’été 1918, leur progression en Argonne dans le courant d’octobre, la supériorité numérique qu’ils apportent à l’entente sont loin d’être négligeables[11].

2.   Mobilisation économique

La mobilisation économique, coordonnée par le gouvernement fédéral, impressionne plus encore que la mobilisation militaire :

  • il prend directement en main les constructions navales et les chemins de fer ;
  • avec le War Industries Board, il contrôle le financement des achats de guerre, l’affectation des matières premières, le rythme et le niveau de la production industrielle, les relations entre le patronat et les ouvriers ;
  • avec la Food Administration il se préoccupe de la régulation de la production agricole et de la consommation des produits alimentaires.

Dans le pays, les résultats de cet effort ne tardent pas à se faire sentir : du travail pour tous, des revenus réels en forte hausse pour les salariés (+25%) et pour les fermiers. Au-delà de leurs frontières, le commerce des États-Unis avec L’Entente prend une extension nouvelle : le blé, l’acier, l’essence, les navires, le sucre, des machines, du matériel ferroviaire, du fer, du cuivre, etc., partent pour la France ou la Grande-Bretagne et contribuent à sauver l’Entente, tout en enrichissant les États-Unis.

Aussi les réserves financières des Américains semblent-elles inépuisables : les dix-neuf mois de guerre leur coûtent 22 milliards de dollars, presque autant que les quatre années de guerre pour la France... et dans le même temps, ils prêtent aux Alliés 10 milliards de dollars supplémentaires. Cela annonce la prépondérance des États-Unis après la guerre : Wilson faisait observer en juillet 1917 qu’à la fin de la guerre « les Alliés seraient financièrement entre [leurs] mains » -doc.2 p.190, Les États-Unis, créanciers de l’Europe…

C.  Les États-Unis et la reconstruction des relations internationales

1.   L’esprit des Quatorze points du Président Wilson

Paragraphe A1 p.195, Wilson et les traités de paix- L’objectif prioritaire de Wilson est la reconstruction des relations internationales. C’est pour cette raison que les États-Unis ne se déclarent pas les « alliés » à l’Entente, mais simplement leurs « associés », qui ne reconnaissent pas les traités secrets entre belligérants qui préparent le partage des dépouilles des vaincus. Pour Wilson, faire reposer la paix sur l’humiliation des vaincus, sur la création de sphères d’influence, et sur l’annexion injuste de territoires, serait une erreur[12] ! Ce serait revenir au monde d’avant 1914 qui a tragiquement échoué.

Le programme du Président Wilson se décline en quatorze points –Vocabulaire p.195, Sujet bac p.218-219, présentés au Congrès le 8 janvier 1918 :

  • point 1 : rejet de la diplomatie secrète (pour une diplomatie « ouverte ») ;
  • points 2 et 3 : liberté de navigation maritime ; abaissement des barrières douanières ;
  • point 4 : réduction des armements ;
  • point 5 : règlement des questions coloniales ;
  • points 6 à 13 : revendications territoriales ;
  • point 14 : création d’une « Société des nations » (SDN).

Les « quatorze points » du Président Wilson sont une révolution dans les relations internationales, mais aussi dans la politique étrangère des États-Unis. Ils sont acceptés du bout des lèvres par les autres belligérants, car les États-Unis, ce sont Wilson[13], le dollar, l’acier, le blé et un corps expéditionnaire qui ne cesse de grossir…

2.  Les États-Unis et le traité de Versailles[14]

Le président Wilson vient en personne négocier les traités de paix[15]. Dans les négociations, il obtient l’instauration d’une Société des nations (SDN) pour défendre le principe de la sécurité collective : pas de « ligue des vainqueurs », pas de négociations bilatérales. Mais le traité de Versailles et les traités complémentaires sont bâtis sur des compromis, et la « diplomatie ouverte » voulue par Wilson n’a pas complètement triomphé…

  • Du côté des vainqueurs :
    • pour apaiser les revendications territoriales françaises[16], Wilson promet un traité de défense anglo-américano-français ;
    • les Italiens réclament Fiume, Trieste et le Trentin, en vain ;
    • les Anglais obtiennent que les colonies allemandes et les possessions ottomanes soient placées sous la tutelle des vainqueurs[17].
  • Aux vaincus, c’est un diktat qui est imposé :
    • l’article 231 du traité de Versailles impute à la seule Allemagne la responsabilité de la guerre et l’astreint à de lourdes réparations –Vocabulaire p.195;
    • la Pologne renaît de ses cendres et la Tchécoslovaquie sort des ruines de l’Empire austro-hongrois.

3.   Difficiles lendemains de guerre pour Wilson : retour à l’isolationnisme ?

Mais l’atmosphère politique aux États-Unis a changé. Depuis les élections législatives de novembre 1918, les républicains –Vocabulaire p.167 sont majoritaires au Sénat et à la Chambre des représentants[18]. Ils craignent que de perpétuelles interventions ne découlent des décisions de la SDN, et que celle-ci ne se mêle des affaires de l’Amérique latine (la « chasse gardée » des États-Unis), et refusent de valider l’adhésion des Etats-Unis à la SDN... Wilson, terriblement affaibli au cours des quinze derniers mois de sa présidence[19], se refuse à tout arrangement avec ses adversaires et s’en remet aux élections présidentielles de 1920, qu’il considère comme un « grand et solennel référendum ».

Mais désormais, les difficultés économiques[20] et sociales[21] préoccupent davantage les esprits que les relations internationales. Or, depuis que les bolcheviks tentent d’internationaliser leur révolution[22], nombreux aux États-Unis sont ceux qui voient des « rouges » partout : socialistes, communistes, anarchistes, tous des agents de la subversion[23]. De nombreux responsables politiques jouent sur le registre de la « peur rouge »[24]. C’est dans cette atmosphère que sont arrêtés N. Sacco et B. Vanzetti[25].

C’est également au milieu de cette fureur que se déroulent les élections présidentielles de novembre 1920, qui sont tout sauf un « solennel référendum » pour ou contre la SDN... Wilson a renoncé à se présenter une troisième fois. Le candidat démocrate, James Cox, affronte le républicain, Warren Harding. Les républicains font campagne pour un « américanisme à 100% », pour le « retour à la normale », contre la SDN. Ils sont élus à une très large majorité -Paragraphe 1b p.195, Le désengagement des républicains, doc.1 p.190, Le rejet de la SDN.

II. Avec la Seconde Guerre mondiale, l’ère de la « puissance assumée »

A.  Un isolationnisme « en trompe-l’œil »

Après le refus d’adhérer à la SDN en 1920, les États-Unis retrouvent leur posture traditionnelle, cette volonté d’une « puissance sans engagements » fondée sur un isolationnisme proclamé[26]… qu’il convient de relativiser –Paragraphe B p.194-195, Un isolationnisme très relatif, Étude p.190-191, L’isolationnisme des États-Unis dans l’entre-deux-guerres, un mythe ?

B.  Les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale

Comme lors de la Première Guerre mondiale, les États-Unis entrent en guerre en 1941 après avoir cherché à l’éviter, mais leur mobilisation s’avère alors déterminante pour l’issue du conflit, tout en leur permettant de solder la crise[27] et de devenir une puissance militaire sans équivalent.

1.   De la neutralité à l’entrée en guerre

En 1939, les Américains se préoccupent avant tout de la crise, du New Deal, de la reprise économique, etc. Ils sont profondément isolationnistes : ils estiment avoir eu tort de participer à la Grande Guerre et entendent bien éviter de réitérer leur erreur[28]. En outre, les démocraties européennes semblent capables de venir à bout du totalitarisme nazi : les Français n'ont-ils pas l'armée la plus forte du monde et les Britanniques, une flotte qui domine les océans ?

Dans ces conditions, le président Roosevelt[29] se montre prudent –doc.4 p.191, Le discours de la « quarantaine ». Très discret pendant la crise des Sudètes et les accords de Munich (1938), il encourage ses compatriotes à conserver une attitude de neutralité en septembre 1939, mais demande au Congrès en novembre le remplacement de l'embargo total par la clause cash and carry[30]. Quand, à partir de juin 1940, l'Angleterre résiste seule aux nazis, un grand débat traverse l'opinion[31] -doc.5 p.191, L’Amérique d’abord.

Paragraphe C1 p.195, Les États-Unis dans la guerre- Roosevelt, président sortant et candidat à sa propre succession, est embarrassé[32]… Mais sitôt réélu :

son discours sur l’état de l’Union[33] du 6 janvier 1941 s’apparente à un programme pour l’après-guerre ;

  • en mars 1941, il fait adopter la loi « prêt-bail »[34];
  • en août 1941, il proclame avec Churchill un texte qui définit, dans des termes proches du discours du 6 janvier, les buts de guerre des démocraties : la Charte de l’Atlantique.

Les États-Unis ne sont alors déjà plus neutres, et c’est Roosevelt qui en a pris la responsabilité. Mais c’est l'agression japonaise qui provoque l'entrée en guerre des États-Unis : l'attaque surprise[35] se produit à Pearl Harbor (dans les îles Hawaii), au matin du 7 décembre 1941 –Étude p.192-193, La Seconde Guerre mondiale : un tournant majeur + doc.2 p.192, Les conséquences de Pearl Harbor. Le 8 décembre, le Congrès reconnaît l'état de guerre avec le Japon. Le 11, l'Allemagne et l'Italie déclarent la guerre aux États-Unis –Chronologie p.192.

La mobilisation des forces économiques est la priorité[36]. Les atouts des États-Unis sont immenses : des millions d'hommes attendent un emploi, les ressources sont illimitées ou presque, l'appareil industriel a été remis en état par le New Deal. Doc.3 p.193, Les Alliés contre le nazisme- Des programmes gigantesques assurent aux États-Unis et à leurs alliés une écrasante supériorité matérielle[37]… et débouchent sur d’importantes mutations sociales : le chômage disparaît[38], la main-d'œuvre féminine explose[39]. Même les personnes âgées, les Noirs et les jeunes trouvent du travail.

Tout est mis en œuvre pour resserrer les rangs de la société étatsunienne face au conflit. En juin 1942, l’Office of War Information (OWI) est fondé pour indiquer aux médias le discours à suivre : les États-Unis ont été traîtreusement attaqués ; champions de la justice, du droit, de la démocratie, ils mènent une guerre juste, une croisade. Dans ces conditions, Hollywood est investi de lourdes responsabilités : Frank Capra[40], John Ford, John Huston, etc. (et même Walt Disney et Tex Avery[41] !) mènent à leur manière le combat contre l'Allemagne et le Japon, célébrant l'héroïsme américain et la défense de la démocratie.

2.   Face à l’Allemagne nazie et au Japon

En novembre 1942, une force commandée par le général Eisenhower débarque sur les côtes de l'Algérie et du Maroc. C’est la première intervention de l'armée de terre des États-Unis, qui s'achève, en mai 1943, par la prise de Tunis.

En attendant que le débarquement en France soit possible, les Alliés se lancent à l’assaut de l'Italie (été 1943)[42], entraînant la chute de Mussolini. Le débarquement en France a finalement lieu le 6 juin 1944 sur les plages de Normandie, sous le commandement de D. Eisenhower. Paris est libérée le 25 août[43]. En mars 1945, les Alliés franchissent le Rhin, tandis que les Soviétiques assiègent Berlin. La guerre en Europe est terminée.

Dans le Pacifique, les opérations sont à la fois longues et coûteuses : les distances à couvrir posent des problèmes de logistiques inédits[44], et au moment de la reddition de l’Allemagne, le Japon continue de se battre à Okinawa[45]. La victoire des États-Unis n’est définitive qu’avec les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945 –doc.2 p.195, Le champignon atomique…

3.   La fin du conflit

Paragraphe C2 p.195, Une puissance dominante- Les Américains comptent 406 000 morts. Même si c'est relativement peu pour ce conflit, jamais, en dehors de la guerre de Sécession, ils n'avaient eu d’aussi lourdes pertes. Mais dans ce conflit planétaire où les distances s'estiment par milliers de kilomètres, où les opérations nécessitent des millions de tonnes de matériel, où la coopération avec les Alliés est une condition de la victoire, les États-Unis sont devenus une grande puissance militaire et ont encore accru leur avance économique[46].

Pour ne pas réitérer l'échec de la SDN, Roosevelt veut assurer entre les plus puissantes nations du monde (États-Unis, Union soviétique, Royaume-Uni, Chine, France) une entente solide, et inviter tous les États dans une Organisation des Nations unies chargée de réguler les rapports internationaux, sur le modèle d’une « SDN améliorée ». On soulignera l’influence wilsonienne de l’architecture des grandes institutions internationales qui projetaient au niveau mondial les « valeurs » américaines : respect de la démocratie et des droits de l’homme, règlement pacifique des différends, mais aussi libéralisme économique et libre-échange... De Téhéran[47] à Yalta[48], Roosevelt tâche de « gagner la paix », comme il est en train de gagner la guerre, et s’éteint le 12 avril 1945, à la veille de son triomphe.

C.  Les États-Unis en guerre froide

Carte p.187, Les États-Unis et le monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale + cours 2 p.202-203, Pendant la guerre froide, la puissance assumée- Au lendemain du conflit se produit un tournant majeur dans la politique des États-Unis au XXème siècle : dominant un monde en ruines, auréolés de leur image de défenseurs de la liberté et pénétrés du sentiment qu’ils représentent le meilleur modèle de développement économique et social, ils « assument » leur puissance et s’engagent dans la marche du monde. C’est ainsi que la « destinée manifeste » des États-Unis change d’échelle.

1.   Un engagement total

Lorsqu’éclate la guerre froide, les États-Unis interviennent dans le cadre de la politique d’« endiguement », leur priorité devenant dès lors de contrecarrer l’influence de l’Union soviétique.

La guerre froide (expression popularisée par le journaliste américain Walter Lippmann en 1947) n’oppose jamais les deux « grands » dans un conflit militaire direct (mais les conflits « périphériques » se multiplient), qui n’oppose jamais les deux « grands » dans un conflit militaire direct[49] est à appréhender comme un affrontement multiforme (à la fois confrontation idéologique et choc de puissances) d’intensité variable, dans un contexte de peur et de diabolisation de l’adversaire –Étude p.196-197, Les États-Unis à la tête du « monde libre » pendant la Guerre froide. Si ce conflit alterne périodes de tensions[50] et de détente relative (« duopole » américano-soviétique pendant la détente, on notera que tout au long de la période (1947-1991), l’engagement des États-Unis contre le communisme est total –Paragraphe A1 p.202, Un engagement total, qu’il s’inscrive :

Paragraphe A p.202, À la tête du monde libre- à ses débuts, sous la présidence Truman (1945-1953), dans la théorie du containment –Vocabulaire p.203, laquelle se traduit entre autres

  • dans la « pactomanie », c’est-à-dire dans la mise en place d’une stratégie visant à encercler le bloc soviétique en multipliant les alliances militaires (ANZUS, OTAN –OTAN : vocabulaire p.203 + doc.1 p.196, L’Alliance atlantique + doc.1 p.202, Affiche…, OTASE, Pacte de Bagdad…) et les bases militaires dans les zones « de contact » entre les deux blocs ;
  • dans un interventionnisme militaire assumé, que ce soit en Europe (blocus de Berlin, 1948-1949 –doc.1 p.80, L’Europe en ruines au lendemain de la guerre) ou en Asie (Guerre de Corée, 1950-1953)
  • pendant la coexistence pacifique (1953-1962), dans la paranoïa exprimée durant la période du MacCarthysme (1950-1954)[51], dans la fermeté manifestée par Kennedy –doc.3 p.197, La défense de la liberté lors de la construction du mur de Berlin (1961) ou lors de la crise de Cuba (1962), dans la course aux armements[52] et à l’espace[53];
  • Paragraphe B p.202-203, Le temps des incertitudes- pendant la détente (1962-1975), où la mise en place du « duopole » n’empêcha pas l’entêtement étatsunien dans le long conflit vietnamien, en vertu de la « théorie des dominos », ni la poursuite de la course à l’espace[54], malgré les contestations internes au camp occidental[55];
  • Paragraphe C p.203, Les États-Unis vainqueurs de la guerre froide- sous la présidence Reagan (1979-1987)[56], dans la relance de la course aux armements –docs.1, La doctrine Reagan + 2 p.200, L’IDS (vocabulaire p.203)[57] et dans le soutien inconditionnel apporté à des régimes et des mouvements peu recommandables[58], pour peu qu’ils soient anti-communistes…

Doc.4 p.201, Une victoire politique et idéologique- Au 25 décembre 1991, quand l’Union soviétique disparaît, la guerre froide, déjà bien apaisée par l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin (1985)[59], s’achève. Cette victoire couronne le « siècle américain », et certains n’hésitent pas à y voir une « fin de l’histoire »[60], sous « l’Empire bienveillant »[61] de l’unique superpuissance (« hyperpuissance »[62]).

2.   L’instauration d’une économie-monde étatsunienne et l’affirmation d’une puissance complète

Au-delà des seuls objectifs stratégiques de la guerre froide, les États-Unis assurent la promotion de la libre entreprise du libre-échange, et la diffusion de la démocratie libérale.

Ainsi, le nouvel ordre mondial engagé dans la foulée de la création de l’ONU assied-il durablement la puissance économique et financière étasunienne : les accords de Bretton Woods[63] consacrent la suprématie de la seule monnaie alors convertible en or, le dollar –Paragraphe A2 p.202, Une hégémonie économique et financière + Dossier p.198-199, La puissance du dollar depuis 1945. La création du FMI, de la Banque mondiale[64] et du GATT –Vocabulaire p.187 achève de dessiner le cadre d’une économie-monde étatsunienne[65]. Dans le même ordre d’idée, l’aide Marshall attribuée aux alliés d’Europe occidentale en 1947 –doc.2 p.202, La répartition des dons de l’aide Marshall, 1948-1951, bénéfique pour leur reconstruction, offre aux États-Unis de nouveaux débouchés commerciaux et une forme de contrôle sur la politique économique de ses partenaires.

La force économique et financière des États-Unis leur permet de développer les autres facettes d’une puissance complète : militaire, technologique, mais aussi culturelle à travers le « soft power »[66] et l’attractivité de l’« american way of life »).

III. Les États-Unis et le monde après la guerre froide : les questions du leadership

A.  Le bref moment unipolaire ou l’illusion de l’Empire (1991-2001)

La disparition de l’URSS laisse les États-Unis seule puissance incontestable. Mais la guerre froide achevée, la pax americana ne règne pas pour autant. En réalité, la disparition de l’Union soviétique gêne les États-Unis tout autant qu’elle les place dans une position unique[67] : la première guerre du Golfe (1991)[68] semble confirmer le rôle des États-Unis comme « gendarmes du monde », en charge de l’établissement d’un nouvel ordre mondial –d’où la notion d’« enlargement »[69], qui consiste à promouvoir dans le monde l’économie de marché, la démocratie et le respect des droits de l’homme...

Pendant cette période, les États-Unis semblent exercer un leadership mondial et pratiquer un interventionnisme « au nom du droit »… mais à géométrie variable : ainsi leur forte implication au Moyen-Orient, qui permet d’aboutir aux accords d’Oslo entre Palestiniens et Israéliens[70] contraste avec le retrait hâtif de Somalie[71] ; de même, la Maison-Blanche, après s’être tenue à l’écart, prend finalement en main le dossier de l'ex-Yougoslavie[72] -doc.2 p.77, Les États-Unis impliqués dans le conflit yougoslave… Rapidement, ce leadership rencontre des difficultés : impasse des négociations israélo-palestiniennes[73], imprécations contre les « États voyous » (rogue States), vagues d'anti-américanisme et de violences[74]

B.  Les États-Unis à la recherche d’un nouveau leadership

Confrontés à un monde désormais multipolaire[75], les États-Unis prétendent incarner à eux seuls le nouvel ordre mondial dans une posture résolument unilatérale, puis explorent d’autres voies.

1.  Le temps de l’unilatéralisme

Les attentats du 11 Septembre 2001, qui révèlent et font advenir un changement profond dans les relations de Washington avec le reste du monde.

Ces attentats contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, tout en marquant un passage à un nouvel âge du terrorisme[76], suscitent une immense émotion dans le monde occidental : c’est avec l’approbation du Conseil de sécurité, et la solidarité des membres de l’OTAN[77] que l'administration américaine déclare la guerre au terrorisme.

L'autre effet de ces attentats est d’ouvrir un changement profond dans les relations entre Washington et le monde. Alors qu'au cours de ses premiers mois, l’administration G.W. Bush ne semblait guère s'intéresser aux relations internationales, tout change le 11 Septembre 2001. À ses yeux, la lutte contre le terrorisme relève d’un « choc des civilisations »[78] et nécessite une liberté d'action totale des États-Unis, qui ne veulent plus être entravés par aucune contrainte internationale, même dans l'emploi de la force. C’est dans le discours de G. W. Bush sur l’état de l’Union[79] du 29 janvier 2002 que cette pensée est formulée de la manière la plus claire. Et c’est dans cet état d’esprit qu’à la suite de la guerre d'Afghanistan, les États-Unis développent la notion d’emploi de la force à titre préventif[80], en l’occurrence contre l'Irak de Saddam Hussein, avec l'objectif affiché d’instaurer plus largement un ordre nouveau au Moyen-Orient, fondé sur la démocratie, la défense des libertés et les droits de l'homme.

Accusé de complicité avec Al Qaeda, mais surtout de produire des armes de destruction massive et de chercher à se doter de l’arme nucléaire, Bagdad dément et accepte que des inspecteurs de l'AIEA[81] (qu'il avait expulsés en décembre 1998) viennent contrôler la nature de son armement. G. W. Bush recherche l'accord des pays membres du Conseil de sécurité, mais, confronté à l'opposition de la France, de l'Allemagne et de la Russie, il décide, avec le Royaume-Uni, de se passer de l’ONU. La guerre est rondement menée (20 mars-30 avril 2003) et l'armée de Saddam Hussein facilement mise en déroute[82], mais la doctrine américaine d'action préventive met profondément en cause le système de sécurité collective et la place de l'ONU dans le système international et soulève une vague de protestation mondiale.

2.  À la recherche du Smart Power : changement de paradigme

Le bref moment unipolaire fait place à une ère de doute et de remise en cause. Si la puissance se jauge à la faculté d'imposer aux autres pays ses propres volontés, il est indéniable que les États-Unis connaissent un affaiblissement, mesurable par de nombreux indices convergents[83]. Faut-il parler d’un déclin de l'Empire américain ?

Comme Fareed Zakaria[84], Joseph S. Nye[85] propose une autre interprétation : la position hégémonique des États-Unis diminuerait sous l'effet d'un ensemble de facteurs (concurrence commerciale, enlisements militaires, défiance politique, etc.), mais plutôt qu'en termes de déclin, il conviendrait de comprendre la fin de la toute-puissance en la replaçant dans le nouveau contexte d'interdépendances et de multipolarité. Plus aucune puissance (les États-Unis pas plus qu'aucune autre) ne peut plus s'imposer isolément, sans prendre en considération le point de vue des autres nations. Pour J. Nye, les États-Unis doivent s’appuyer sur leur capacité à convaincre les autres pays sans utiliser exclusivement la force. Les relations internationales ne fonctionneraient plus sur le mode de la coercition, mais sur celui de la cooptation : l'image positive d'un État, son degré d'ouverture, l'exemplarité de son comportement, l’attractivité de sa culture sont déterminants. Les États-Unis ne peuvent plus maîtriser seuls la mondialisation, et doivent adapter leur leadership.

Les mandats de Barack Obama mettent un terme à ce que les détracteurs de George W. Bush désignaient sous le nom de cow-boy diplomacy. Pour l’administration démocrate, l'influence américaine ne doit plus recourir à une géostratégie manichéenne. Le leadership américain doit s'adapter à un monde de plus en plus complexe et multipolaire, marqué par des interdépendances multiples, et où la menace a changé de nature. Le 30 mars 2009, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton annonce l’abandon de la terminologie belliciste (« guerre contre le terrorisme », « guerre contre la terreur », etc.). L'administration Obama définit une stratégie de politique extérieure fondée sur la restauration de l'image positive des États-Unis et sur la prise en compte du multilatéralisme : d’où la doctrine du smart power (« puissance intelligente »)[86], au service d’un « nouveau leadership américain » ; d’où également les expressions de leading from behind[87] et d’« hégémonie discrète »[88]

 

[1] Inspirée par James Monroe (1758-1831), président des États-Unis de 1817 à 1825, qui édicta la « doctrine Monroe ». Attention néanmoins : l’isolationnisme étatsunien est très relatif : fin XIXème – début XXème siècles, les États-Unis sont très actifs en Amérique centrale (protectorat sur Porto Rico, Cuba, République dominicaine, Haïti, Nicaragua et Panama) et dans le Pacifique (annexion des Philippines, Hawaï, Midway, etc.) : Cf. politique du big stick (Theodore Roosevelt, président des États-Unis de 1900 à 1908, citant un proverbe africain, en 1903, « Parlez doucement et portez un gros bâton (big stick) ; vous irez loin. »

[2] « On distingue mal l’oppresseur de l’opprimé, le cynique de l’honnête, le défenseur de l’adversaire de la morale. L’Allemagne a envahi la Belgique, mais elle reste le berceau d’une brillante civilisation et l’ancienne mère patrie de millions d’Américains. Un rapprochement s’est amorcé entre Londres et Washington, mais la politique coloniale de la Grande-Bretagne, son entêtement à refuser la liberté aux Irlandais, provoquent une profonde hostilité. La France a donné au monde le marquis de La Fayette qui incarne les beaux jours de l’amitié franco-américaine, mais elle est aujourd’hui l’alliée de la Russie tsariste qui organise des pogromes contre les Juifs, opprime les Polonais et qui se complaît dans l’autoritarisme et l’obscurantisme. L’Italie, l’Autriche-Hongrie ont, elles aussi, leurs partisans et leurs détracteurs. » (A. Kaspi, Les Américains, vol.1, 1986, réédition 2008.

[3] Thomas Woodrow Wilson (1856-1924), président démocrate –vocabulaire p.167 des États-Unis de 1912 à 1920.

[4] Depuis 1915 déjà, les sous-marins allemands coulaient sans sommation les bateaux ennemis. Ainsi, le 7 mai 1915, un paquebot britannique en provenance des États-Unis, le Lusitania, est torpillé au large de l’Irlande : 1198 civils tués, dont 128 américains. Aux États-Unis, l’opinion est bouleversée, mais reste néanmoins favorable, dans sa majorité, à la neutralité.

[5] Si les Allemands ont pris le risque d’une rupture avec les États-Unis, c’est qu’ils estimaient que ce risque-là valait la peine, que leurs sous-marins couleraient 600 000 tonnes de navires marchands par mois, qu’à ce rythme les puissances de l’Entente manqueraient du nécessaire, seraient asphyxiées et accepteraient une paix favorable à l’Allemagne.

[6] De 1914 à la fin de 1916, le commerce avec l’Entente augmente en valeur de 300%, puisqu’il passe de 824 millions à 3 214 millions de dollars. Dans le même temps, le commerce avec les Empires centraux s’effondre.

[7] Destinée manifeste : idée selon laquelle la nation américaine avait pour mission divine de répandre la démocratie et la civilisation vers l'Ouest. Née dans les années 1840 (annexion du Texas), l’expression évolue au fil du XXe siècle au fur et à mesure de l’affirmation de la puissance étatsunienne. Cf. W. Wilson : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté »

[8] Décidée en juin 1917, elle concerne tous les hommes célibataires âgés entre 21 et 31 ans.

[9] Qu’il s’agisse des commissions de recrutement, de la construction des camps, de l’équipement et du ravitaillement des hommes…

[10] La France à elle seule livre au corps expéditionnaire 100% de ses canons de 75, de ses canons de 155 et de ses chars, 81% de ses avions, 57% de ses canons à longue portée, la quasi-totalité des munitions indispensables, des dizaines de milliers de mitrailleuses et de fusils mitrailleurs, plus de 20 millions de cartouches.

[11] À lire les manuels d’histoire américains, les États-Unis sont les véritables et seuls vainqueurs de la guerre ; les manuels français considèrent que la participation américaine n’a eu que des effets secondaires. La vérité est entre les deux versions : bien que les pertes du corps expéditionnaire étatsunien soient relativement faibles (49 000 morts au combat), son rôle ne doit pas être sous-estimé.

[12] À ce sujet, un proche collaborateur du président exprime une opinion largement répandue à Washington : « Nous sommes la seule nation, écrit-il, qui ait adopté une position complètement dépourvue d’égoïsme dans cette guerre. Tous les belligérants comptaient très franchement sur la répartition du butin, jusqu’à ce que le président Wilson hisse la bannière morale de l’Amérique. L’intention de notre pays a été d’aider le reste du monde et de lui rendre service. »

[13] La popularité de Wilson est au sommet en 1918. Ce n’est pas un hasard, si l’Allemagne s’adresse à lui pour négocier l’armistice du 11 novembre 1918.

[14] Le traité de Versailles de 1919 est un traité de paix signé entre l'Allemagne et les Alliés à l'issue de la Première Guerre mondiale. Élaboré au cours de la conférence de Paris, le traité est signé le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles et promulgué le 10 janvier 1920. Il annonce la création d'une Société des Nations et détermine les sanctions prises à l'encontre de l'Allemagne et de ses alliés.

[15] Il débarque en Europe en décembre 1918, repart en février pour les États-Unis, revient ensuite à Paris de mars à juin 1919.

[16] En plus du retour de l’Alsace-Moselle dans le giron français, les dirigeants français réclamaient le rattachement à la France de la Sarre et l’autonomie de la Rhénanie.

[17] Cf. les mandats de la SDN au Moyen-Orient, en Afrique et en Océanie.

[18] Sénat + Chambre des représentants = Congrès.

[19] Au début d’octobre, il est frappé d’hémiplégie et reste plusieurs jours à l’article de la mort.

[20] Fin de l’économie de guerre, reconversion de l’économie aux caractéristiques du temps de paix, fin des interventions gouvernementales, inflation…

[21] Les grèves se multiplient : les policiers de Boston, les ouvriers de l’US Steel, les mineurs, les téléphonistes, les télégraphistes, les ouvriers de la confection, tous revendiquent Ia revalorisation de leurs salaires, de meilleures conditions de travail ou simplement des droits syndicaux.

[22] Cf. « prolétaires de tous pays, unissez-vous ! »

[23] …tous des « rouges », et presque toujours des étrangers, ajoute-t-on, qui ne comprennent rien au fonctionnement de la démocratie américaine : des Juifs, des catholiques, des Noirs !

[24] Des États adoptent une législation spéciale qui interdit d’arborer le drapeau rouge, d’adhérer à des organisations révolutionnaires, de prononcer des paroles séditieuses. Cf. l’article « Peur rouge » sur Wikipédia.

[25] Accusés d’avoir commis le 15 avril 1920 près de Boston l’assassinat de deux hommes pour s’emparer des fonds qu’ils transportaient. Condamnés à mort en 1921, ils sont, en dépit de l’absence de preuves réelles, des protestations de l’opinion américaine et étrangère, électrocutés le 23 août 1927. La tragique histoire de Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti inspira de nombreuses œuvres : John Dos Passos, auteur de la prodigieuse trilogie America, l’évoque dans : Devant la chaise électrique. Sacco et Vanzetti : histoire de l'américanisation de deux travailleurs étrangers (une analyse est proposée ici). Le réalisateur Giuliano Montaldo lui consacre un film en 1971 (les dix dernières minutes peuvent être visionnées ici), dont la Bande originale comporte la célèbre chanson que Joan Baez leur dédie (« Here's to you Nicola and Bart / Rest forever here in our hearts / The last and final moment is yours / That agony is your triumph. » -à entendre ici).

[26] Les deux lois de neutralité (1935 et 1936) stipulent qu’en cas de conflit, un embargo sera prononcé sur les armes et les munitions pour les belligérants.

[27] C’est l’effort de guerre (tout autant sinon plus que le New deal) qui résorbe le chômage et relance l’économie américaine.

[28] Le mécanisme d’entrée en guerre a été débattu par les hommes politiques et l’opinion publique dans une atmosphère passionnée. En 1934-1935, une commission sénatoriale d’enquête, que présidait Gerald Nye, a entendu d’innombrables témoignages et conclu que les responsables de l’entrée en guerre, ce sont les marchands de canons, les financiers, les « intérêts spéciaux ».

[29] Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), Président (démocrate) des États-Unis de 1932 à 1945.

[30] Les Américains pourront vendre des armes aux belligérants, à condition que ceux-ci paient comptant (cash) et se chargent du transport (carry)

[31] Cf. l’opposition entre 1/ le comité pour « défendre l'Amérique par l'aide aux Alliés » de William Allen White (un journaliste du Kansas), qui prône une aide limitée à la Grande-Bretagne pour faire reculer la menace nazie sans intervenir directement dans le conflit, et 2/ le comité « America First », favorable à un inébranlable isolationnisme, et soutenu par les milieux d'affaires, les admirateurs des régimes forts, les partisans de l’appeasement, les pacifistes, les ennemis du communisme.

[32] Le 30 octobre 1940 à Boston, il promet aux mères américaines qu'il n'enverra pas les boys combattre « dans une guerre étrangère »

[33] Le fameux « discours des quatre libertés » (6 janvier 1941) –doc.1 p.192, « Les quatre libertés ».

[34] Les Britanniques (puis les Soviétiques) se fournissent auprès des États-Unis, qu’ils payent après la guerre, ou rendent le matériel qu'ils auront emprunté.

[35] Roosevelt et ses conseillers pensent que les Japonais attaqueront plutôt les Philippines, l'Inde, l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou les archipels du Pacifique.

[36] L’armée des États-Unis est à peine mieux préparée qu'en 1917 : 1,5 million d'hommes impréparés aux combats, une marine décimée. Plusieurs bureaux assurent la coordination : le War Resources Board, l’Office of Production Management, le War Production Board

[37] Dans le cadre du Victory Program, de janvier 1942 à juin 1944, 171 257 avions sortent des usines américaines. Scénario comparable pour les autres armements : en 4 ans, 90 000 chars, 65 000 bateaux de débarquement, 1 200 navires de guerre, 320 000 pièces d'artillerie, 15 millions d'armes portatives, 4 millions de tonnes de munitions… Ajoutons à ce bilan les camions, les tracteurs, les centaines de milliers de Jeep, les radios, les radars, les produits pharmaceutiques et textiles, etc. La production d'énergie électrique s'accroît de 50 à 62 millions de kilowatts ; la production sidérurgique, de 47 à 80 millions de tonnes ; la production d'aluminium, de 180 000 à 1 million de tonnes.

[38] En effet, 12 à 13 millions d'hommes (et des milliers de femmes) se sont engagés ou ont été appelés.

[39] En 1940, 11,3 millions de femmes occupaient un emploi ; elles sont 17 millions en 1944, travaillant dans les usines, dans les transports, les services, dans l'agriculture.

[40] Cf. Why we fight (« Pourquoi nous combattons », de Franck Capra et Anatole Litvak, série de 7 films documentaires de propagande exposant les raisons de l’entrée en guerre des États-Unis. Ils sont disponibles en streaming en VO ici ; un épisode, consacré à la Bataille d’Angleterre, est disponible en VOSTF ici.

[41] Cf. deux célèbres dessin animé, Blitz Wolf, visible en streaming ici, et Der Führer’s face, ici.

[42] Leur progression est lente et meurtrière : Cf. Bataille de Monte Cassino (janvier-juin 1944) : article Wikipédia, extrait vidéo. Sur la Bataille d’Italie dans son ensemble, on visionnera avec intérêt cette archive de l’INA.

[43] Entre temps, les Américains et la 1ère armée française du général de Lattre de Tassigny débarquaient sur les côtes de Provence (15 août).

[44] La stratégie adoptée sera finalement celle du Général MacArthur, dite du « saut de mouton », d'île en île, jusqu’aux abords du Japon pour lancer l'assaut final.

[45] Cf. extrait de la série documentaire La guerre en couleurs : 1ère partie, 2ème partie.

[46] Calculé en dollars constants (valeur 1958), le produit national brut était à 227,2 milliards en 1940 ; il atteint 355,2 en 1945. Le PNB /an/hab. était de 1 720 dollars en 1940 ; il passe à 2 538 en 1945. Par ailleurs, la Fed détient à elle seule en 1945 les 2/3 des réserves d’or mondial…

[47] La Conférence de Téhéran, qui se déroula du 28 novembre au 1er décembre 1943 durant la Seconde Guerre mondiale, fut la première rencontre entre Churchill, Roosevelt et Staline. Il y fut décidé (entre autres) l’organisation d'un débarquement en Normandie le 6 juin 1944.

[48] Conférence de Yalta, Février 1945.

[49] Mais les conflits « périphériques » sont légion.

[50] Cf. blocus de Berlin (1948-1949), guerre de Corée (1950-1953), crise de Cuba (1962)

[51] Le maccarthysme est un épisode connu également sous le nom de « Peur Rouge » (Red Scare) et qualifié fréquemment de « chasse aux sorcières » (witch hunts). Il s'étend de 1950, l'apparition du sénateur Joseph McCarthy sur le devant de la scène politique américaine, à 1954, le vote de censure contre McCarthy. En 1953-1954, la commission présidée par McCarthy traqua d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis dans une ambiance anticommuniste et paranoïaque. Source : Wikipédia.

[52] Les Américains bénéficient du monopole nucléaire en 1945, mais les Soviétiques se dotent de cette technologie en 1949 ; alors qu’en 1951, les États-Unis inventent l’explosif thermonucléaire (la « bombe H »), les Soviétiques y parviennent en 1952, instaurant dans le monde un « équilibre de la terreur » –Vocabulaire p.203.

[53] Les Soviétiques prennent une longueur d’avance en plaçant les premiers en 1957 un satellite en orbite, le Spoutnik et en envoyant en 1961 le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine.

[54] Le premier homme, sur la lune (1969), Neil Armstrong, est américain

[55] Cf. la « politique de grandeur » de la France du Général de Gaulle qui manifeste bruyamment son indépendance vis-à-vis des États-Unis, ou les mouvements révolutionnaires en Amérique latine.

[56] Cf. « America’s back ! », ou encore « the Devil Empire » -Biographie p.203.

[57] L’Union soviétique prend le dessus dans la course aux armements dans les années 1970, suscitant la crise des missiles (SS20/Pershing) en Europe au début des années 1980.

[58] Dictatures militaires latino-américaines –doc.5 p.197, H. Kissinger et A. Pinochet, régime d’apartheid en Afrique du Sud, contras nicaraguayens, combattants islamistes d’Afghanistan…

[59] L’Union soviétique et les États-Unis connaissent à partir de 1985 une nouvelle période de « réchauffement » de leurs relations : ils signent alors des accords de désarmement nucléaire (Accords de Washington en 1987, accords START en 1991).

[60] C’est le propos de Francis Fukuyama (Cf. programme de 1ère)

[61] Pour Robert Kagan –à lire : cet article sur la question.

[62] Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères français de 1997 à 2002.

[63] Les accords de Bretton Woods dessinent les grandes lignes du système financier international en juillet 1944. Leur objectif principal fut de mettre en place une organisation monétaire mondiale et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre (source : Wikipédia)

[64] Sur ces deux organisations au cœur du processus de la mondialisation, Cf. dans notre cours de géographie, Thème 2, question 1.

[65] Au sujet de l’économie-monde étatsunienne, Cf. programme de 1ère, Thème 1, Chapitre 1.

[66] Sur l’expression « Soft Power », voir les travaux de Joseph Nye (Soft Power, 2004) : lire à ce sujet son interview donnée à France-Culture en 2010.

[67] En mai 1988, Georgyi Arbatov, conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, annonçait à ses homologues américains : « Nous allons vous rendre le pire des services : vous priver d'ennemi. »

[68] Cf. programme de 1ère ES/L, Thème 2, Question 2.

[69] …ou doctrine Clinton.

[70] Cf. programme de TES/L, Thème 2, Question 2.

[71] Sitôt élu (2012), le président Clinton –Biographie p.76 met un terme à l’opération Restore Hope en Somalie, et se tient longtemps à l’écart du premier conflit Yougoslave (1991-1995).

[72] Intervention militaire en Bosnie en 1994 (Cf. programme de 1ère S, ici)

[73] …qui débouche sur la « seconde Intifada » en 2000.

[74] Attentats contre les ambassades en Tanzanie et au Kenya, août 1998.

[75] Montée en puissance des « émergents » (Chine, Inde, Brésil), concurrence des autres pôles de la Triade (notamment l’UE), ambitions de puissance russe (fin de l’ère Eltsine), développement des pôles hostiles au leadership américain (en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient…), etc.

[76] Ils expriment un terrorisme singulier dans ses objectifs, ses moyens et ses effets. Les objectifs visés sont symboliques (l'emblème du commerce international et le siège de la puissance militaire), les moyens utilisés combinent le recours aux avions et le sacrifice de martyrs ; les effets se reflètent dans le nombre de victimes (environ 3 000 morts), c'est-à-dire dans la destruction de masse. Ici aussi, Cf. dans le programme de 1ère, Thème 2, Chapitre 2.

[77] L’ennemi désigné est le régime taliban au pouvoir en Afghanistan depuis 1996 et protecteur de l'organisation islamiste Al-Qaïda dirigée par Oussama Ben Laden, un Saoudien fanatique. La campagne militaire (« Justice sans limite », rebaptisée « Liberté immuable »), d’octobre à novembre 2001 est un succès, qui débouche sur le déploiement, sous mandat de l'ONU, d'une force internationale chargée d'assurer la sécurité (International Security Assistance Force, ISAF) à Kaboul et dans sa région, et à instituer un gouvernement intérimaire rassemblant toutes les factions afghanes. Après un long enlisement malgré l’implication massive des États-Unis (100°000 boys au plus fort des combats), les derniers soldats américains ont quitté l’Afghanistan le 18 décembre 2011, avec des pertes évaluées à 2000 hommes. Cf. programme de 1ère ES/L, ici.

[78] Dans Le Choc des civilisations (1996), Samuel Huntington, professeur à Harvard, annonçait le passage d'un monde caractérisé par des oppositions idéologiques (entre communisme et capitalisme) à un monde marqué par des clivages civilisationnels. Il en veut pour preuve la résurgence des sentiments identitaires, que ce soit dans le monde musulman, en Asie ou en Europe orientale. Il estime que c'est l'islam qui explique l'échec de la démocratie dans la majeure partie du monde musulman. À l'inverse, les cultures issues du christianisme favoriseraient la prospérité et la démocratie.

[79] Le discours sur l'état de l'Union (State of the Union address) est un évènement annuel où le président des États-Unis présente son programme pour l'année. Ce discours est prononcé à Washington au Capitole, où les deux chambres (la Chambre des représentants et le Sénat) sont réunies (Source : Wikipédia).

[80] La thèse de Samuel Huntington nourrit la vision du monde de l'administration républicaine. Ainsi, le document définissant la notion de guerre préventive (National Security Strategy 2002) évoque les alliés de la terreur comme des « ennemis de la civilisation ». Cf. « L'Amérique a été prise pour cible parce qu'elle est le phare le plus brillant de la liberté et de la possibilité d'entreprendre dans le monde » (G. W. Bush, 20 septembre 2001)

[81] AIEA : Agence internationale de l'énergie atomique, organisme indépendant agissant sous l’égide de l’ONU chargée de promouvoir les usages pacifiques de l’énergie atomique et d’en contrôler les usages militaires.

[82] À la suite de cette victoire, Washington crée en mai 2003 une « coalition des volontaires », force de stabilisation internationale d'une quinzaine de pays, chargée sous l'égide des États-Unis de sécuriser la reconstruction de l'Irak… L’opération Iraqi Freedom ne tarde pas à tourner au « bourbier », et l’avenir du pays reste incertain, le retrait définitif américain étant prévu pour 2014.

[83] Le retrait des troupes d'Irak puis d'Afghanistan démontre l’incapacité étatsunienne de l'emporter par la force des armes. Le 6 août 2011, la dégradation de la note des États-Unis (perte du triple A) par l'agence Standard & Poor's remet en cause l’immunité financière américaine. Les révélations du site WikiLeaks montrent la difficulté pour l'État américain de conserver les secrets de son armée et de sa diplomatie. Après la Révolution égyptienne, c’est à Pékin –et non à Washington- que le nouveau président Mohamed Morsi réserve sa première visite officielle.

[84] Fareed Zakaria, The Post-American World, 2008

[85] Joseph Nye, Bound to Lead. The Changing Nature of American Power, 1991

[86] On entend par smart power une combinaison raisonnée de soft et de hard power. Dans le modèle de J. Nye, un pays ne peut être puissant sur la scène internationale qu'en opérant une combinaison habile de « hard » et de « soft power », afin de mobiliser un pouvoir qualifié d’« intelligent », le « smart power ». Hillary Clinton, dès son accession au titre de Secrétaire d'État, se réfère, dans son tout premier discours, au « smart power » tel que le conçoit Nye et confirme ainsi les orientations données par Barack Obama dans son discours de politique générale, où les notions de « soft » et « smart power » occupaient une place essentielle. Au XXIème siècle, la théorie de Machiavel, selon laquelle mieux vaut pour un prince d'être craint que d'être aimé, n'est plus d'actualité ; aujourd'hui, la juste position consiste à être simultanément une figure de menace et de séduction.

[87] B. Obama, 2011. Cf. http://politique-etrangere.com/2011/07/18/manifest-destiny-leading-from-behind-quel-avenir-pour-la-diplomatie-americaine-obama/

[88] Cf. Courrier international, http://www.ladocumentationfrancaise.fr/informations/espace-presse/communiques-de-presse/cp000258-etats-unis.-vers-une-hegemonie-discrete