TES/L - Thème 3 / Dynamiques géographiques des grandes aires continentales - Question 2 / L'Afrique : les défis du développement

Plan

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I. LE SAHARA : RESSOURCES, CONFLITS -ÉTUDE DE CAS
 A. UN ESPACE DE FORTES CONTRAINTES PHYSIQUES, MAIS DISPOSANT D’IMPORTANTES RESSOURCES
 B. UN ENSEMBLE POLITIQUEMENT FRACTIONNÉ
 C. UN ESPACE CONVOITÉ
II. LE CONTINENT AFRICAIN FACE AU DÉVELOPPEMENT ET À LA MONDIALISATION
 A. UN CONTINENT À L’ÉCART DU DÉVELOPPEMENT ET DU MONDE ?
  1. L’Afrique cumule les indicateurs défavorables
  2. Des circonstances politiques aggravantes : conflits et mauvaise gouvernance
 B. DE NOUVELLES PERSPECTIVES POUR L’AFRIQUE ?
  1. Des capacités d’adaptation
  2. Des évolutions positives
  3. Une insertion dans l’économie globale
 C. LES DÉFIS À RELEVER RESTENT NOMBREUX
  1. Les défis du peuplement
  2. Nourrir l'Afrique en intégrant le défi environnemental
  3. Surmonter les blocages structurels

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Manuel p.220-261

Problématiques p.220-221 + Des cartes pour comprendre, p.224-225- Cette étude consacrée à l’Afrique suppose une prise en compte renouvelée de la notion de développement -Notion-clé p.222 ; qui ne se limite pas aux seuls indicateurs économiques et financiers (PNB, PNB/habitant, dette, etc.), ni même au seul développement humain : elle intègre aussi les objectifs du développement durable.

Elle interroge également la place du continent face à la mondialisation et suppose une étude des capacités d’adaptations et des dynamiques à l’œuvre, qui dépasse le constat d’une Afrique subissant dans la passivité les effets de la mondialisation.

Quels sont les enjeux économiques et géopolitiques de l’ensemble saharien au regard des ressources qu’il recèle ? Quelles sont les multiples convoitises qui s’y manifestent ?

Quelle est la situation de l’Afrique face aux questions du développement ? Quelle place occupe-t-il dans la mondialisation ? Quels défis démographiques, économiques, environnementaux et politiques l’Afrique doit-elle encore relever ?

I. Le Sahara : ressources, conflits -Étude de cas

Quels sont les enjeux économiques et géopolitiques de l’ensemble saharien au regard des ressources qu’il recèle ? Quelles sont les multiples convoitises qui s’y manifestent ?

Étude de cas p.226-233- Le plus grand désert du monde (8,5 millions de km²) est aujourd'hui au cœur d'enjeux qui conduisent à la multiplication des tensions et des conflits.

A.  Un espace de fortes contraintes physiques, mais disposant d’importantes ressources

Cartes 1 p.226, Un immense désert + 7 p.227, Un désert aux importantes ressources-Le nom même, al-sahrà (désert), de cet immense espace (8,5 millions de km²), suggère la contrainte radicale de l’aridité à laquelle s’ajoutent de forts contrastes thermiques -doc.2 p.226, de très fortes contraintes thermiques.

Le Sahara est une large bande de désert s’étendant de part et d'autre du Tropique du Cancer et de l’Atlantique à la mer Rouge, qui sépare l’Afrique du Nord de l’Afrique subsaharienne. Un puissant anticyclone y limite les précipitations à moins de 100 mm/an.. Le Sahara a connu, au Moyen-Âge, un commerce très actif le long des routes caravanières méridiennes, jalonnées d'oasis. Le commerce maritime à partir du XVIème siècle et la colonisation au XIXème siècle, l'ont marginalisé. Le renouveau du désert s'opère depuis la fin des années 1950, en lien avec l'exploitation de ressources stratégiques par de nombreuses firmes transnationales.

En effet, le Sahara, peu peuplé hormis le couloir du Nil[1], dispose d’importantes ressources : les hydrocarbures, les minerais (fer de Mauritanie, uranium du Niger, phosphates du Maroc et de Tunisie, or des espaces sahélo-sahariens -surtout au Soudan) et les réserves d'eau fossile. Le Sahara est un espace de conquête, d'extraction minière et un front pionnier agricole. Docs.5 p.227, Extrait du site d’une agence tunisienne… + 6 p.227, Le tourisme en Mauritanie- Propice au tourisme d’aventure, il est aussi l'objet d'une mise en tourisme croissante, mais contrariée par une insécurité endémique.

B.  un ensemble politiquement fractionné

Le Sahara est fractionné en dix États indépendants -Carte 11 p.229, Un désert fractionné politiquement. Pour les États du Maghreb ou du Machrek tournés vers la Méditerranée, les territoires sahariens constituent des arrière-pays en voie d’intégration. Pour plusieurs des États saharo-sahéliens (Mali, Niger, Tchad, Soudan), l’enclavement s’ajoute à l’aridité. Pour intégrer le Sahara au territoire national, les États ont amélioré l'encadrement administratif, promu des villes-centres et multiplié les équipements : routes, voie ferrée, aéroports. La route joue un rôle majeur dans son développement en ouvrant l'économie saharienne aux marchés. Des réseaux sont ainsi créés, à différentes échelles.

Carte 7 p.228, Un espace traversé par des flux variés + doc.10 p.228, Des migrants- Ce nouveau contexte encourage les échanges transsahariens, qui vont croissant depuis les années 1990. Profitant des différences de richesse et de réglementation entre États maghrébins et États sahéliens, produits de consommation courante et carburants du Nord sont échangés contre bétail, produits agricoles et de contrebande venus du Sud, par de nombreux acteurs de toutes origines -docs.9 p.228, Le difficile contrôle des frontières + 12 p.229, Le mythe des frontières africaines. Le Sahara a également une fonction de transit pour les migrants subsahariens qui tentent de gagner l'Europe.

C.  un espace convoité

Le Sahara est de plus en plus l'objet de tensions et de conflits armés, essentiellement dus aux tracés frontaliers hérités[2] ou aux convoitises liées aux ressources, dont les populations subissent les effets, conjugués à ceux de la mal gouvernance, des trafics en tous genres et de l'activisme du terrorisme islamiste (groupe AQMI).

Carte 13 p.230, Des tensions pour l’exploitation des ressources- Ces convoitises se manifestent dans les investissements en provenance, le plus souvent, d’autres parties du monde, et s’expriment, entre autres, dans des conflits intra et interétatiques -docs.17, La Libye, une situation chaotique + 18. L’entrée des troupes françaises… + 19, Une zone d’insécurité où la communauté internationale intervient. Ces enjeux géopolitiques et économiques impliquent aussi bien des acteurs étrangers à l’Afrique (États du Nord, pays émergents, FTN -doc.15 p.230, Les hydrocarbures, un enjeu économique) qu’internes : les nomades s'opposent à l'État et aux intérêts étrangers (Touaregs par exemple[3] -doc.16 p.230, Des ressources qui ne profitent pas à tous) ; populations du Sud et du Nord s'affrontent à l'intérieur d'États du Sud saharien, comme au Tchad et au Soudan (indépendance du Soudan du Sud en 2011).

Aujourd'hui, en plus des conflits frontaliers persistants, les flux migratoires, les trafics en tous genres et le terrorisme islamiste (groupe AQMI, Boko Haram, etc.) sont les questions les plus brûlantes. Elles traduisent l'inscription dans la mondialisation du désert saharien -Schéma 6 p.249, Le Sahara, un espace fragmenté mais ouvert.

Conclusion

Bac : de l’étude de cas à la composition, p.232-233

II. Le continent africain face au développement et à la mondialisation

« Grand angle » p.222-223, cartes p.224-225.

Quelle est la situation de l’Afrique face aux questions de développement ? Le continent connait-il un réel décollage économique ? Quelle place occupe-t-il dans la mondialisation ? Quels défis démographiques, économiques, environnementaux et politiques l’Afrique doit-elle encore relever ?

On entendra ici par « développement » l’ensemble des changements (productifs, sociaux…) améliorant les conditions d'existence d'une population donnée dans son ensemble[4].

A.  Un continent à l’écart du développement et du monde ?

Le continent africain se caractérise par une intégration faible et/ou défavorable à la mondialisation.

1.   L’Afrique cumule les indicateurs défavorables

a.    Indicateurs économiques

L’Afrique est le continent le plus pauvre, comme en témoignent nombre d’indicateurs économiques -Schéma 3 p.249, L’IDH en Afrique : un faible développement.

Un faible poids dans la mondialisation et dans la gouvernance mondiale

Plusieurs indicateurs traduisent la situation marginale du continent.

  • L’Afrique ne représente que 2,2% dans les échanges mondiaux.
  • Son PIB correspond en 2015 à 4,5% du PIB mondial[5].
  • Aucune des grandes villes africaines n'est une métropole de premier rang dans les classements internationaux.
  • L’Afrique « pèse » en 2016 3,4% des IDE entrants (59 milliards de dollars)[6], essentiellement (80%) pour le pétrole. La part des IDE sortants en provenance de l'Afrique reste négligeable : 18 milliards de dollars, soit seulement 1,2% du total mondial.

Enfin, quelles que soient les instances internationales observées, on constate que l'Afrique, surtout l’Afrique subsaharienne, a beaucoup de mal à participer à la gouvernance mondiale. D'où des relations difficiles entre Afrique et organes internationaux tels que le Fonds monétaire international (FMI) ou la Cour pénale internationale (CPI).

Des économies de rente

Doc.1 p.235, EN RDC, une mine artisanale et une mine industrielle… Les ressources naturelles de l’Afrique sont immenses. Elle possède 30% des réserves métalliques mondiales (40% de l’or, 60% du cobalt, 80% du chrome…), 13% du pétrole, 8% du gaz naturel -Carte 1 p.224, Les ressources en Afrique + Schéma 2 p.249, Les ressources énergétiques et minières en Afrique.

Cela devrait constituer à priori un atout, mais l'Afrique demeure surtout un fournisseur de matières premières[7]. Dans les deux tiers des pays africains, un ou deux produits seulement constituent les trois quarts de la valeur des exportations : on parle d’économies de rente[8] -Vocabulaire p.234, Chiffre-clé p.248 + Carte 3 p.224, Les partenaires commerciaux de l’Afrique, qui ne produisent au mieux qu’une croissance fragile et subordonnée à l'évolution erratique des prix des matières premières. Vieux débat, toujours d'actualité, les ressources naturelles ne font pas la richesse des nations, au pire elles constitueraient même une « malédiction ». L'extrême dépendance des économies mono-exportatrices les rend très vulnérables, en particulier dans le secteur du pétrole. La part des hydrocarbures dans la valeur des exportations dépasse en effet 90% dans la majorité des pays producteurs -Nigeria, Angola, Guinée équatoriale, Congo, etc. - et atteint jusqu'à 100% au Soudan du Sud. Depuis le pic de 2014, les cours du brut se sont effondrés, comme lors du contre-choc pétrolier de 1985-1986. Les réserves monétaires fondent, le piège de l’endettement se referme. Celui-ci fut à l'origine des cri ses politiques et des guerres civiles du Congo des années 1990. Vingt ans après, le Fonds monétaire international (FMI) s'inquiète de la situation financière, et pourrait être bientôt à nouveau amené à imposer des plans d'ajustement structurel (PAS)[9] –Vocabulaire p.234.

Tous les pays producteurs de pétrole sont frappés. Tous attendent la remontée des cours. Pendant ce temps, l’épée de Damoclès se fait menaçante.

Depuis des décennies, l’exhortation à « préparer l’après-pétrole » est restée un vœu pieux, et les ressources renouvelables, si elles sont abondantes[10], restent peu valorisées. De fait, la question de la contribution de ces activités minières au développement local et au développement durable reste posée. Ainsi, à Fria, en Guinée, la mine et l'usine ont pendant une cinquantaine d'années fonctionné en enclave, sans avoir aucun effet d'entraînement sur les espaces ruraux alentours. Bien au contraire, ce sont plutôt des externalités négatives qui semblent avoir affecté ces derniers, en termes de pollution et d'accessibilité notamment. Aucun des volets traditionnels du développement durable ne semble donc s'appliquer : les effets d'entraînement économique sont faibles ; les inégalités sociales sont fortes ; les conséquences environnementales restent destructrices.

b.   Indicateurs environnementaux

L’Afrique est le continent qui a vu son environnement se dégrader le plus depuis un demi-siècle : destruction des zones humides, désertification, déforestation -doc.3 p.243, Les enjeux du développement durable en RDC.

c. Selon les indicateurs du développement humain

Ce continent en fort essor démographique est situé en bas du classement mondial dans les domaines de la santé, de l’éducation et des revenus tels que le Programme des nations Unies pour le Développement (PNUD) l’a défini avec son IDH. Les indicateurs du mal-développement sont nombreux et concordants.

Alimentation, santé, éducation
  • La sous-alimentation frappe l’Afrique subsaharienne avec force et concerne 224 millions de personnes, avec d’importantes différences nationales : 62% de la population du Burundi, 64% de celle de l’Érythrée, 22% de celle du Soudan.
  • L’encadrement sanitaire est défaillant, tant du point de vue des infrastructures hospitalières que du nombre d’habitants par médecin et personnel soignant[11]. Aggravés par les difficultés de l’approvisionnement en eau, les indicateurs démographiques sont par conséquent catastrophiques, avec une espérance de vie moyenne inférieure de 20 à 30 ans à celle des pays d’Europe. La mortalité infantile reste la plus élevée du monde (68‰ en 2010) et 23 des 34 millions de séropositifs du monde vivent en Afrique[12]. Le paludisme persiste et les autres risques sanitaires sont nombreux[13].
  • La question scolaire reste préoccupante : plus de 90% de la population africaine est scolarisée[14], mais l’enseignement secondaire (40%) et supérieur (8%) restent trop faibles. Par ailleurs, selon l'Unesco, les apprentissages demeurent « d'une faiblesse désespérante » dans beaucoup de pays, où le nombre d’analphabètes adultes reste importante[15] et où la scolarisation des filles continue d’être insuffisante.
Pauvreté, inégalités

Avec un PIB-PPA/hab. d’à peine 3500 dollars en 2014[16], l'Afrique demeure le continent de la pauvreté monétaire. Alors que la banque mondiale annonçait fin 2015 que pour la première fois, le taux de pauvreté allait être inférieur à 10% de la population à l’échelle planétaire, il s’élève encore à 35% de la population de l’Afrique subsaharienne.

Carte 4 p.225, La population de l’Afrique + Schéma 1 p.249, La répartition de la population africaine- Multipliée par 2,2 depuis 1970, la population de l’Afrique n’est urbaine qu’à 36% (très variable : 80% au Gabon, 10% au Rwanda et au Burundi). Les campagnes fournissent encore d’importants flux d’exode rural. Quand, pour fuir la misère, les ruraux prennent le chemin de la ville africaine, ils alimentent la croissance incontrôlée de centres urbains (l’Afrique compte désormais une trentaine de villes « millionnaires ») sur le modèle de l’urbanisation spontanée et de la prédominance du secteur informel dans toute sa variété. Photo 1 p.256, Vue aérienne de Noukchott + doc.2 p.222, Métropolisation (Lagos) + Focus p.244-245, Des métropoles de plus en plus mondialisées, mais de plus en plus inégalitaires ? La géographie des villes africaines est le reflet de rapports sociaux très inégalitaires, à travers une profonde fragmentation socio-spatiale :

  • aux zones hypersécurisées, autour de logements surprotégés, où les hauts murs surmontés de tessons de verre et de fils barbelés électrifiés sont la norme,
  • s’opposent de gigantesques zones d’habitat informel. Près de 75% de la population urbaine vit dans des quartiers pauvres, autoconstruits sans planification[17]. Malgré les améliorations procurées par les divers processus de « durcification », ces quartiers témoignent de la situation africaine : sous-équipement, fragilité du bâti (tôle généralisée, maisons en pisé à Brazzaville), extrême précarité économique et sanitaire comme à Kibera, le bidonville géant de Nairobi (Kenya).

2.   Des circonstances politiques aggravantes : conflits et mauvaise gouvernance

Carte 2 p.241, États, conflits et famines des quinze dernières années

a.    Conflits et États faillis

Depuis la fin de la guerre froide, c’est en Afrique que le plus grand nombre d'opérations de maintien de la paix par les Nations unies ont été nécessaires.

Les conflits sont l’une des plaies africaines[18]. De moins en moins souvent interétatiques, le plus fréquemment intra-étatiques, ils sont à l’origine de la régression et de la marginalisation de certains États, et peuvent revêtir les formes les plus diverses : les guérillas, les razzias, les prises de contrôle de vastes territoires, les enlèvements, les massacres, les viols et les famines[19] utilisés comme armes de guerre font des ravages dans des régions où les clivages ethniques et/ou religieux sont prompts à se réveiller et faciles à instrumentaliser pour les puissances extérieures.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant de constater que c’est en Afrique que les populations déplacées (dans leur pays d’origine) et réfugiées (dans un pays étranger) sont les plus nombreuses : 19 millions de personnes sur selon le HCR[20], soit 30% du total mondial -NB : ces populations n’atteignent que très marginalement les rivages européens, contrairement à certaines idées reçues.

Certaines de ces crises s’accompagnent de la défaillance de l'État : on parle alors d’un « État failli », dont l’absence et/ou l’effondrement produit des situations inextricables, comme en Somalie, où la défaillance de l’État implique la remise en cause de l'existence de tout un pays et se traduit par une crise humanitaire généralisée qui s'inscrit dans la durée.

b.   Mauvaise gouvernance et régimes autoritaires

En Afrique plus qu’ailleurs, la corruption, le népotisme, l’accaparement des richesses naturelles, la confiscation de l’aide internationale détruisent les sociétés et les États, et entretiennent la violence. Bénéficiant de l’héritage de la période coloniale ou des divers processus de décolonisation, certains groupes dominants se sont maintenus au pouvoir par la force, interdisant tout processus démocratique et développant une corruption omniprésente ainsi qu’un mal développement chronique. La mauvaise gouvernance engendre des conflictualités de natures diverses.

Mais si l’Afrique demeure le continent des chefs d’État confisquant le pouvoir pendant des décennies, à l’image (entre autres) de la famille Gnassingbé, « dictateurs de père en fils » au Togo depuis plus de 50 ans, ou du président Sassou-Nguesso (74 ans dont 34 à la tête de l’État[21]) fraîchement réélu (mars 2016) à la tête du Congo-Brazzaville, les progrès démocratiques sont indéniables et il ne faut pas verser dans la caricature.

B. De nouvelles perspectives pour l’Afrique ?

1.   Des capacités d’adaptation et de résilience

Loin du fatalisme et de la résignation, les populations africaines montrent capacité d’adaptation et de résilience face aux mutations et bouleversements liés à la mondialisation.

Les villes ne sont pas seulement le lieu d’affirmation des inégalités sociales. Elles sont également un cadre pour des actions pensées par les habitants eux-mêmes, pour améliorer leurs conditions de vie. On parle de dynamiques endogènes, mises en œuvre par des décideurs locaux et non impulsées par des acteurs extérieurs.

Le secteur informel, vaste, aux contours flous, reflète cette inventivité et cette « débrouillardise » africaines. Les manifestations sont nombreuses, du simple emploi pour survivre (vente de quelques légumes, livreur de fardeau sur les marchés…), à des modes d’organisation plus poussés (à l’image des « ngandas » de Brazzaville ou des « maquis » d’Abidjan, ces restaurants développés à l’intérieur des habitations), ou encore au système d’épargne collective des tontines[22].

L’espace rural est le siège d’initiatives impulsées par des ONG venues de l’extérieur, mais aussi par les sociétés locales. En Tanzanie par exemple, les traditionnelles communautés rurales ont connu des dynamiques qui les ont transformées en véritables structures institutionnelles autour de coopératives agricoles[23].

2.   Des évolutions positives

Aux signes de stagnation et de pessimisme peuvent être opposées des évolutions positives et des espoirs de réussite.

a.    Quelques indicateurs « passent au vert »

Dans le domaine économique, des évolutions positives sont repérables, à l’échelle de certains États comme en témoigne le « miracle mauricien »[24], mais aussi à l’échelle continentale : en effet, les produits exportés par le continent relèvent certes majoritairement de ressources non transformées sur place, mais la part des produits manufacturés a progressé, passant de 6% du total des exportations dans les années 1970 à 18% aujourd’hui, tandis que les services atteignaient 58,3% du PIB continental en 2016

Dans le domaine politique, un certain renouveau est engagé. Les réformes de décentralisation ont favorisé l'apparition de nouveaux acteurs locaux, associations, ONG, nouvelles élites, le « printemps arabe » a balayé les anciens autocrates et la démocratie remporte quelques succès, par exemple au Burkina Faso en 2015.

Concomitamment, Les sociétés africaines connaissent de profondes transformations, comme l’émergence de classes moyennes –Vocabulaire p.238 + doc.4 p.239, Les classes moyennes en Afrique + Paragraphes 2 et 3 p.238 et l’apparition d’une population africaine métropolitaine et mondialisée. Dans la décennie 2000, la forte croissance économique de l'Afrique a permis une progression annuelle de 5% du PIB par habitant, et l’émergence de couches modestes solvables.

À l’« afro-pessimisme » de la fin du XXème siècle succède un (fragile) « afro-optimisme », ce qui ne manque pas de susciter de vifs débats pour décider si l’Afrique est enfin « bien partie », pour pasticher les termes employés par René Dumont en 1962.

b.   Des formes de décollage

En termes de développement, la situation de cet ensemble continental n’est ni homogène, ni figée, et on y observe des formes de décollage.

La croissance africaine, qui avait été de 2% dans les décennies 1980 et 1990, s'est élevée à 5% dans les quinze premières années du siècle, tandis que le pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 58 à 40%. L’économie africaine semble bel et bien engagée dans une phase de décollage. Les exportations ont progressé rapidement, les IDE comme les envois de fonds des migrants, bien que modestes, ont atteint des records.

Avant même la perspective d’une révolution des transports, une révolution des télécommunications est en marche, portée par la progression de la téléphonie mobile[25], la diffusion du haut débit internet et de grands chantiers d’équipement (Cf. liaison câblée à haut débit de Matadi à Dar-es-Salaam). Encouragées par la progression d'Internet, start-up et plateformes numériques foisonnent, par exemple au Rwanda. Néanmoins, en Afrique subsaharienne, c’est donc pour le moment le téléphone mobile qui porte la révolution numérique. La révolution numérique en cours en Afrique subsaharienne est susceptible non seulement d'accélérer son développement, mais aussi de changer sa place sur l'échiquier global. L'ampleur et la rapidité des transformations attendues pourraient en effet lui donner des avantages compétitifs, alors que sa croissance démographique y fait émerger un immense marché.

c.    Des situations variées et évolutives

La situation économique et sociale, au cœur de la notion de développement, est marquée par des contrastes importants. En effet, certains États réussissent à tirer leur épingle du jeu : Cf. émergence de poids lourds qualifiés de « Lions africains »[26] ; ils fournissent 60% du PIB total du continent en 2011.

À ces « lions africains », il convient d’ajouter l’Éthiopie[27]. Les transformations en cours en Éthiopie depuis près de vingt ans confirment largement l'image d'un continent en pleine mutation. Depuis le milieu des années 2000, l'activité économique en général, et les grands projets d'infrastructure en particulier, constituent la priorité affichée de l'action publique. La capitale fédérale, Addis-Abeba, a changé de visage : nombreuses routes à double voie, ponts, tours et immeubles construits par centaines, premier métro africain. Le grand barrage de la Renaissance en construction sur le Nil, le plus grand d'Afrique, veut symboliser la détermination des Éthiopiens à améliorer leur niveau de vie. Cinq parcs industriels ont été créés dans différentes régions pour favoriser l'installation des investisseurs industriels étrangers dans l’industrie de main-d’œuvre (textile, habillement, cuir, agroalimentaire). Dans le domaine agricole, priorité est donnée à l’amélioration de la rentabilité, par le développement d’une agriculture productiviste[28], au détriment d'une économie vivrière qui reste massive[29]. L'Éthiopie dispose également du fleuron de l’aviation civile africaine, la compagnie Ethiopian Airlines, qui ne cesse d’étendre son réseau, et qui fait d’Addis-Abeba un hub aérien de premier plan.

Au sein des institutions intergouvernementales, le pays œuvre à se faire davantage entendre, par exemple en contribuant au maintien de la paix dans la région. Sixième économie d'Afrique subsaharienne, elle est également devenue depuis plusieurs années un champion de la croissance (entre 9 et 11% de croissance annuelle depuis 2000) et aspire à un statut de futur « pays émergent ». Néanmoins, ces indicateurs du nouveau dynamisme éthiopien ne peuvent faire oublier que l'Éthiopie demeure un pays pauvre[30], encore régulièrement frappé par des crises alimentaires, et traversé par des tensions internes.

3.   Une insertion dans l’économie globale

a.    Les richesses de l’Afrique l’insèrent de fait dans l’économie globale

Les convoitises que l’Afrique suscite, en particulier de la part de puissances émergentes –Focus p.236-237, L’Afrique : un enjeu pour les pays émergents ? + Chinafrique, Françafrique, Indafrique : vocabulaire p.234 l’insèrent de fait dans l’économie globale. Le fait saillant de ces dernières années est la course aux richesses africaines, comme les terres agricoles[31], les ressources naturelles, les minerais, les terres rares et les hydrocarbures.

Ces richesses attisent bien des convoitises, toujours de la part des anciennes puissances coloniales mais maintenant aussi des principales puissances émergentes[32]. Affamée de matières premières, la Chine est, depuis 2009, le premier partenaire commercial de l’Afrique. Depuis quelques années, la question de la présence chinoise en Afrique suscite un intérêt croissant. Le néologisme « Chinafrique » a fait son apparition. Si ces relations entre Chine et Afrique présentent une dimension diplomatique non négligeable[33], mais les considérations économiques l’emportent : la présence de la Chine en Afrique est désormais lue en termes d’émergence, de coopération sud-sud et de puissance, voire de néo-impérialisme[34].

L'Inde apparaît aussi comme un acteur important du continent africain. Le pays entretient des relations anciennes avec l'Afrique orientale, notamment avec les anciennes colonies britanniques où une diaspora indienne est installée de longue date. Les jeux d'investissements croisés entre Indiens de la diaspora et Indiens d'Inde se font de plus nombreux, comme dans les plantations de roses de Naivasha au Kenya.

Pour exploiter et valoriser ces richesses, les investisseurs ont besoin de paix, de stabilité, et de solides infrastructures de transports. Même si elle est fréquemment placée en relation subordonnée dans les relations d’échanges mondialisés, l’Afrique n’est plus à l’écart du monde, et s’intègre à nouveau dans l’économie globale.

b.   Les lieux africains de la mondialisation

L’intégration de l’Afrique à la mondialisation se lit dans l’évolution de certains de ses territoires : Cf. métropoles, ports et corridors.

Des ports et des corridors

La mondialisation maritime apparaît aujourd’hui comme un élément moteur de l’intégration spatiale à la mondialisation. Les ports et les corridors semblent commander l’aménagement des territoires en paraissant apporter une réponse aux enjeux de l’enclavement. Celui-ci est en effet reconnu depuis 2003 par l’ONU comme un facteur aggravant de mal-développement. Ports et corridors deviennent donc des objets d’analyse fondamentaux pour saisir la mondialisation du continent africain en train de se réaliser, leur localisation en tant qu’interfaces étant un enjeu majeur.

Que ce soit en Afrique du Nord ou en Afrique de l’Ouest, australe ou orientale, les investissements dans les grandes infrastructures portuaires et logistiques continentales connaissent une hausse généralisée. Ces investissements, souvent portés par de grands groupes extérieurs au continent, témoignent de l’intérêt que ce dernier suscite.

On peut ainsi retrouver dans les ports africains des acteurs importants des opérations portuaires en concession : le danois Maersk, à travers sa filiale APM Terminals, à Tanger Med ; Dubai Ports World, à Djibouti ; le français Bolloré, dans de nombreux ports ouest-africains. Ces ports attirent de puissants armateurs comme Maersk et CMA-CGM, qui opèrent également sur les routes Afrique-Asie. Ces infrastructures jouent un rôle majeur dans l’aménagement des territoires, qu’elles structurent de plus en plus -y compris à une échelle interétatique : Cf. projet de boucle ferroviaire reliant Abidjan (Côte d’Ivoire), le Burkina Faso, le Niger et Cotonou (Bénin).

De grands chantiers sont en cours : nouveaux ports (Djibouti), ports de porte-conteneurs (Tanger), lignes de TGV (Tanger-Marrakech), corridors de circulation autoroutiers (golfe de Guinée) et multimodaux (Nairobi-Mombassa, Afrique australe), ports en eau profonde (Lamu, Mombassa, Matadi)...

Ces grands projets posent la question fondamentalement géographique de leur contribution à l’aménagement des territoires. Le modèle de corridor de développement est promu par de nombreux acteurs : Cf. le corridor de Maputo, qui relie Johannesburg à la capitale et au port mozambicains. L’enjeu est d’importance, car au-delà du nécessaire désenclavement stratégique des espaces productifs enclavés[35] se pose en effet la question de l’aménagement des espaces traversés et de la contribution des infrastructures au développement local.

Des métropoles

Les villes africaines, en plein essor, sont aussi des lieux de de l’intégration à la mondialisation, où l’ensemble des enjeux du développement sont présents.

La place des métropoles au sein de leurs territoires, à la fois hubs, relais et centres pose la question de la nécessaire conciliation des impératifs de compétition métropolitaine et des impératifs de gestion territoriale. La question des relations de coopération ou de compétition entre métropoles mérite également une attention particulière, qu’elle se fasse entre métropoles nationales (Douala et Yaoundé au Cameroun, Brazzaville et Pointe-Noire au Congo, Johannesburg, Le Cap, Durban en Afrique du Sud, etc.) ou entre métropoles ayant des ambitions régionales au sein de grands ensembles (Abidjan, Accra, Lagos ; Nairobi, Addis-Abeba, etc.).

C.  Les défis à relever restent nombreux

Cours 3 p.242, Quels sont les défis du développement pour le continent africain ?

1.   Les défis du peuplement

Carte 4 p.225, La population de l’Afrique + Paragraphe 1 p.238 + Repère p.238- La population africaine (1,2 milliard d’habitants en 2017), multipliée par 4,5 de 1950 à 2010, atteindra 2 milliards d’habitants en 2050, dont 1,8 milliard en Afrique subsaharienne. L’Afrique comptera alors 3 des 10 poids lourds démographiques mondiaux, et aucune stabilisation n'est attendue avant 2100[36], ce qui suppose une pression humaine formidablement accrue sur les ressources[37].

Les mobilités, qui se sont intensifiées depuis les années 1980, constituent un second défi démographique : aux déplacements forcés s'ajoutent les migrations économiques à toutes les échelles, infranationales (exode rural) comme internationales (en particulier entre le Sud et le Nord du Sahara, et d'Afrique centrale vers l'Afrique du Sud).

Troisième défi démographique et non des moindres : la croissance continue de la population urbaine, déjà multipliée par treize depuis 1950.

2.   Nourrir l'Afrique en intégrant le défi environnemental

Focus p.240-241, Le défi alimentaire : l’Afrique peut-elle se nourrir ? Les agricultures africaines sont en mouvement. En même temps que se transforme l’agriculture d’exportation (Cf. essor de l’horticulture kenyane), la demande urbaine a permis un développement du vivrier marchand. Des recherches génétiques locales ont permis la mise au point de variétés à haut rendement, si bien que l’on commence à évoquer une « révolution verte » pour l’Afrique. L’extension des surfaces cultivées a permis de faire à peu près face à la croissance démographique depuis les années 1980.

Les enclaves agro-industrielles tournées vers l'exportation et les exploitations paysannes combinant cultures vivrières et cultures de rente sont confrontées les unes à la compétition mondiale[38], les autres aux difficultés d'un modèle familial caractérisé par l’insuffisante maîtrise de l'eau (5% seulement de terres irriguées), la vulnérabilité aux aléas de la pluviosité et une faible productivité. Le défi alimentaire a été en partie relevé par l'agriculture familiale. Cependant, la pression croissante sur les ressources en terres et en eau et la persistance de l’insécurité alimentaire[39] impose l'invention de nouveaux modèles intensifs -une tâche compliquée. D'une part, les États et les bailleurs de fonds ont redonné une priorité à l'agriculture. Mais la modernisation fait l'objet de vifs débats sur les avantages comparés des techniques (révolution verte versus agro-écologie), ou sur la priorité des finalités (alimentation et marché intérieur versus cultures de rente et marchés mondiaux). D'autre part, produire davantage implique la prise en compte du changement climatique.

Plus largement, concilier développement économique et protection environnementale est un des grands défis pour l’Afrique, d’autant que le continent africain regorge de ressources et d’opportunités pour un véritable développement durable -Focus p.246-247, Les parcs nationaux africains… Par exemple, au Botswana, le gouvernement tente de concilier protection et développement, même si certaines mines de diamants sont situées au sein d'aires protégées, à l'instar de la réserve de chasse du Kalahari central. Alors que Gaborone est la capitale mondiale de la production de diamants, les Botswanais savent en effet que les gisements devraient être épuisés dans une vingtaine d'années. C'est pourquoi les autorités misent sur le tourisme, qui offre des perspectives plus durables. S'il ne représente encore que 5% du produit intérieur brut (PIB) national, il assure déjà un emploi sur dix. Et ce notamment grâce au site du delta de l'Okavango, fabuleuse réserve animalière. Ainsi, le delta a attiré la moitié des 260000 touristes venus visiter le Botswana en 2015.

3.   Surmonter les blocages structurels

Sortir de l'économie de rente pour emprunter le chemin de l'émergence, comme l'a fait l'Afrique du Sud, suppose l'existence de politiques publiques capables de promouvoir un développement adapté aux sociétés africaines. Cela implique non seulement la suppression de verrous paralysants (coût de l'électricité, des transports et fiabilité des services), mais aussi et surtout la prise en compte de spécificités sociales qui favorisent encore l'économie de la circulation plutôt que celle de la production.

La nature de l'État est également un lourd handicap. Il a souvent fonctionné comme une machine d'extraction-redistribution de la rente au profit de clientèles particulières. Or l'équité est une condition du changement social et la notion récente d'État développementiste[40] pourrait être l'une des issues possibles.

Dans ce contexte de mondialisation compétitive, l'Afrique, trop divisée, doit construire des organisations régionales efficaces. Quant au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)[41], il n'a pas encore produit les résultats escomptés, mais l’année 2015 marque peut-être un tournant : un accord a été signé entre 26 pays pour former une zone de libre-échange tripartite regroupant la SADC, la CAE et le COMESA. -Vocabulaire p.242, carte p.330-331.

Conclusion

Croquis p.252-253, Le continent africain face au développement et à la mondialisation- Ces progrès inégaux mais indéniables de l’Afrique seront-ils confirmés, et parviendra-t-elle à surmonter les obstacles qui se présentent à elle à un moment où l'inflexion de la croissance peut mettre en doute l’afro-optimisme des vingt dernières années ? L'avenir ne pourra se construire durablement qu'en valorisant les ressources renouvelables et le capital humain du continent. De ce point de vue, l'Afrique a le nombre, avec un milliard d'hommes, bientôt le double. Elle devra gérer la délicate équation population/ressources dans un contexte sans précédent d'explosion démographique : tel est le défi majeur des décennies à venir. En raison de l'essor démographique, faire reculer le mal-développement exigerait au moins 7% de croissance annuelle, mais aussi une rupture avec le modèle rentier dominant et un changement de position dans l’économie-monde. L’issue dépend de volontés politiques endogènes, de la mise en œuvre longue, difficile et peut-être utopique d'une vision africaine commune de long terme, mais aussi de deux dynamiques extérieures :

  • La première est la stratégie chinoise en Afrique : nouvelle route maritime de la soie, investissements industriels.
  • La seconde est l'évolution du nouveau capitalisme productif mondial, qui accélère la régionalisation compétitive, dont il dépend.

Synthèse p.248 + Schémas p.249


[1] Le Sahara compte environ 5 millions d’habitants, vallée du Nil non comprise.

[2] Le découpage frontalier, aujourd’hui assumé par les États africains, demeure une source de contestations par les populations locales (fédération touareg), de revendications territoriales (Sahara occidental), de conflits et de mouvements de populations réfugiées.

[3] L’exploitation de l'uranium par des intérêts français depuis plus de quarante ans est dénoncée pour des raisons économiques et aussi politiques : les retombées pour le développement des populations locales sont jugées faibles, les conséquences environnementales de l'exploitation minière sont négatives et l'entreprise française est perçue comme complice de l'État nigérien qui combat la rébellion touarègue.

[4] Il existe une corrélation étroite entre croissance et développement dans la mesure où bon nombre d'améliorations des conditions d'existence d'une population supposent une augmentation des revenus et/ou des quantités produites. Mais corrélation ne signifie pas identité, et il n'est pas rare de constater que la croissance économique dans un pays ne suffit pas à impulser le développement, voire freine ce dernier : répartition inégalitaire qui fait que la croissance profite aux riches et appauvrit les pauvres, ou contenu de la croissance qui entraîne une dégradation des conditions de vie de certains (guerre, pollutions, nuisances...). Source : « dico » du site d’Alternatives économiques.

[5] Environ 2500 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de la France ou du Brésil.

[6] Contre 9% en 1970.

[7] 19% seulement des exportations proviennent de produits manufacturés.

[8] Économie de rente : économie basée uniquement sur l’exploitation de ressources naturelles offertes par la position géographique d’un pays

[9] Abandon des subventions aux produits et services de première nécessité (pain, riz, lait, sucre, combustible…), austérité budgétaire, baisse des budgets publics « non-productifs » (santé, éducation, subventions aux produits de base), production agricole tout entière tournée vers l’exportation (café, coton, cacao, arachide, thé etc.) pour faire rentrer des devises, donc réduction des cultures vivrières et déforestation pour gagner de nouvelles surfaces, ouverture des marchés par la suppression des barrières douanières, libéralisation de l’économie, notamment abandon du contrôle des mouvements de capitaux et la suppression du contrôle des changes, fiscalité aggravant encore les inégalités avec le principe d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la préservation des revenus du capital, désengagement de l’État des secteurs de production concurrentiels par la privatisation des entreprises publiques.

[10] Or bleu, or vert, houille blanche, solaire, l’Afrique subsaharienne ne manque pas d'atouts pour se convertir à l'économie verte et tirer parti des ressources renouvelables

[11] Par exemple, le Mali compte moins de 1 médecin pour 10 000 habitants (7 pour la Tunisie).

[12] L’Afrique concentre 80% des décès dus au sida et 75% des nouveaux cas annuels. Cette pandémie est devenue la première cause de mortalité en Afrique (quatrième dans le monde). Faute de moyens financiers, moins de 1% des malades africains sont soignés de manière convenable.

[13] Cf. la récente épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (mars 2014- fin 2015).

[14] …de manière inégale : 40% seulement pour le Niger, par exemple.

[15] En 2015, selon les estimations de I’Unesco pour l'Afrique, le taux d'alphabétisme était de 78% chez les 15-24 ans et de 67% chez les 15 ans et plus.

[16] La moyenne mondiale se situe à 15000 dollars par an par habitant.

[17] La part des constructions informelles varie : 15% de la surface bâtie à Abidjan, 50% à Dakar, plus de 80% à Kinshasa.

[18] À ce sujet, vous consulterez avec profit le très beau Webdocumentaire du journal Le Monde, réalisé par cinq jeunes Congolais, « Témoins du dedans », ou encore cet autre (excellent) Webdocumentaire de RFI, France 24 et La Stampa, « Rwanda, 20 ans après »

[19] Par exemple, les famines qui touchent l’Afrique sont aujourd’hui souvent provoquées pour mater des groupes antagonistes voire les réduire numériquement. Au Darfour par exemple, malgré la mobilisation internationale, le Soudan a longtemps refusé de distribuer l’aide apportée par les ONG étrangères, au profit d’une distribution vers l’armée régulière et les groupes armés favorables au régime.

[20] HCR ou UNHCR : Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés.

[21] De 1979 à 1992, puis encore aujourd’hui, depuis 1997.

[22]Une véritable institution réside dans les tontines, une épargne collective traditionnelle largement développée en Afrique de l’Ouest et qui rassemble plusieurs participants ; ceux-ci versent, à intervalles réguliers, une somme déterminée à l’avance et qui sert à subvenir à des besoins familiaux (mariages, funérailles…) ou à permettre l’achat de biens d’équipement ou fonciers. Système fondamental et révélateur de la débrouillardise subsaharienne, les tontines ont pourtant un rôle limité à une échelle microlocale, celle du quartier ou des employés d’une même entreprise.

[23] Cf. l’université d’agriculture Sokoine à Morogoro regroupe 200 enseignants et chercheurs, 1000 étudiants, et forme différentes communautés villageoises proches aux techniques agricoles, à l’élevage et à la commercialisation des produits.

[24] L’Île Maurice présentait, à son indépendance (1968), un taux de chômage de plus de 25% des actifs et une population composée à près de 50% de moins de 20 ans. La politique de réduction de la natalité engagée à l’aide d’un planning familial contribue au « miracle économique » des années 1980, confirmé aujourd’hui par des résultats incontestables sur tous les plans, notamment sanitaires

[25] L'expansion du marché de la téléphonie mobile est la plus rapide au monde. En 2016, le taux de pénétration a atteint 43% en Afrique subsaharienne, et le nombre d'abonnés uniques est de 420 millions. Il dépassera les 725 millions en 2020. Le nombre des connexions SIM, 731 millions, devrait quant à lui atteindre un milliard en 2020. Le téléphone mobile est devenu un outil quotidien pour les transferts d'argent et les paiements bancaires. Entre 2005 et 2015, le nombre d 'appareils utilisés sur le continent est passé de 130 à 900 millions

[26] « Lions africains » : terme qui désigne un groupe de pays africains considérés comme émergents (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Maroc, Angola) en référence aux « Tigres asiatiques » -Cf. « L’Afrique est bien partie », Le Monde, 2 avril 2013.

[27] Plongée dans l'isolement géopolitique et économique du fait de son ralliement au bloc soviétique en 1977, confrontée à de multiples rébellions ethno-régionales armées, l'Éthiopie a longtemps offert au monde une image de désolation, de guerres civiles, de famines de grande ampleur provoquées par le gouvernement lui-même.

[28] …sur une base que certains spécialistes décrivent comme coercitive.

[29] Cette mutation pourrait permettre une « libération » de la main-d'œuvre et l'émergence de quelques acteurs agro-industriels capables de se positionner sur les marchés d'exportation.

[30] IDH : 184ème rang mondial (sur 188) d’après le rapport 2017 du PNUD.

[31] Ses terres cultivables sont de plus en plus recherchées par des pays déficitaires en productions alimentaires, qui achètent ou louent d'immenses superficies (land grabbing –Vocabulaire p.244). Entreprises privées et fonds souverains européens, américains, asiatiques, créent de grands domaines surtout tournés vers l'exportation. Ce modèle très contesté ne répond toutefois pas au défi alimentaire.

[32] Cf. le phénomène de la « Chinafrique ». Avec des échanges commerciaux qui passent de 91 à 166 milliards de dollars entre 2009 et 2011, des investissements chinois qui montent de 9 à 14,5 milliards de dollars sur la même période, la Chine devient le principal partenaire économique du continent (présente dans 40 pays). Alors même que les partenaires traditionnels se désengagent de l’Afrique. La Chine investit dans le long terme dans les secteurs miniers d’abord, on vient de le voir, mais maintenant dans l’industrialisation du continent.

[33] Chaque rencontre entre un chef d'État africain et un officiel chinois s'accompagne d'un communiqué de presse dans lequel les eux parties affirment partager le principe « d'une seule Chine »

[34] Il est même aujourd'hui utilisé par les autorités chinoises pour nommer en français un site internet dédié aux relations sino-africaines : www.chinafrique.com.

[35] L’aire métropolitaine du Gauteng en Afrique du Sud ; les régions horticoles et industrielles de Naivasha et de Nakuru au Kenya ; les régions cotonnières sahéliennes, etc.

[36] Cf. « La population de l’Afrique va-t-elle quadrupler d’ici la fin du siècle ? », Le Monde, 20 septembre 2017

[37] Par exemple, rapportée aux superficies cultivées en permanence, la densité passe de 2 à 230 habitants/km² en Namibie, de 21 à 620 habitants/km² en RDC.

[38] L’agriculture d'enclave parvient difficilement à maintenir ses parts de marché mondial pour les produits datant de l'époque coloniale. Elle perd même du terrain pour le café et le palmier à huile.

[39] Selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le nombre de personnes sous-alimentées est passé de 178 millions en 2000 à 224 millions en 2016.

[40] État développementiste : Notion mise en avant par l'ONU pour caractériser un État qui pourrait favoriser un développement durable et équitable.

[41] Cf. Site officiel du NEPAD