TES/L - Thème 3 / Dynamiques géographiques des grandes aires continentales - Question 2 / L'Afrique : les défis du développement

Plan

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I. LE SAHARA : RESSOURCES, CONFLITS -ÉTUDE DE CAS
 A. UN ESPACE DE FORTES CONTRAINTES PHYSIQUES, MAIS DISPOSANT D’IMPORTANTES RESSOURCES
 B. UN ENSEMBLE POLITIQUEMENT FRACTIONNÉ
 C. UN ESPACE CONVOITÉ
II. LE CONTINENT AFRICAIN FACE AU DÉVELOPPEMENT ET À LA MONDIALISATION
 A. UN CONTINENT À L’ÉCART DU DÉVELOPPEMENT ET DU MONDE ?
  1. L’Afrique cumule les indicateurs défavorables
  2. Des circonstances politiques aggravantes : conflits et mauvaise gouvernance
 B. DE NOUVELLES PERSPECTIVES POUR L’AFRIQUE ?
  1. Des capacités d’adaptation
  2. Des évolutions positives
  3. Une insertion dans l’économie globale
 C. LES DÉFIS À RELEVER RESTENT NOMBREUX
  1. Les défis du peuplement
  2. Nourrir l'Afrique en intégrant le défi environnemental
  3. Surmonter les blocages structurels

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Manuel p.220-261

Problématiques p.220-221 + Des cartes pour comprendre, p.224-225- Cette étude consacrée à l’Afrique suppose une prise en compte globale de la notion de développement -Notion-clé p.222 ; celle-ci, largement renouvelée, ne peut plus se limiter aux seuls indicateurs économiques et financiers (PNB, PNB/habitant, dette, etc.), ni même aux composantes du développement humain ; elle intègre également les objectifs du développement durable.

Elle interroge également la place du continent face à la mondialisation et suppose, en examinant les capacités de réaction, les adaptations et les dynamiques en œuvre, de dépasser le constat d’une Afrique subissant dans la passivité les effets de la mondialisation.

Quels sont les enjeux économiques et géopolitiques de l’ensemble saharien au regard des ressources qu’il recèle ? Quelles sont les multiples convoitises qui s’y manifestent ?

Quelle est la situation de l’Afrique face aux questions de développement ? Le continent connait-il un réel décollage économique ? Quelle place occupe-t-il dans la mondialisation ? Quels défis démographiques, économiques, environnementaux et politiques l’Afrique doit-elle encore relever ?

I. Le Sahara : ressources, conflits -Étude de cas

Étude de cas p.226-233- Le plus grand désert du monde est aujourd'hui au cœur d'enjeux qui conduisent à la multiplication des tensions et des conflits.

A.  Un espace de fortes contraintes physiques, mais disposant d’importantes ressources

Cartes 1 p.226, Un immense désert + 7 p.227, Un désert aux importantes ressources-Le nom même, al-sahrà (désert), de cet immense espace (8,5 millions de km²), suggère la contrainte radicale de l’aridité à laquelle s’ajoutent de forts contrastes thermiques -doc.2 p.226, de très fortes contraintes thermiques.

Le Sahara est une large bande de désert s’étendant de part et d'autre du Tropique du Cancer et de l’Atlantique à la mer Rouge, qui sépare l’Afrique du Nord de l’Afrique subsaharienne. Un puissant anticyclone y limite les précipitations à moins de 100 mm/an. Les limites sont variables, 100 mm de pluie par an au Nord (pluies de saison froide), entre 100 mm et 200 mm au Sud (pluies d'été). Le Sahara a connu, au Moyen-Âge, un commerce très actif le long des routes caravanières méridiennes, jalonnées d'oasis. Le commerce maritime à partir du XVIème siècle et la colonisation au XIXème siècle, l'ont marginalisé. Le renouveau du désert s'opère depuis la fin des années 1950, en lien avec l'exploitation de ressources stratégiques par de nombreuses firmes transnationales.

En effet, le Sahara, peu peuplé hormis le couloir du Nil[1], dispose d’importantes ressources : les hydrocarbures, les minerais (fer de Mauritanie, uranium du Niger, phosphates du Maroc et de Tunisie) et les réserves d'eau fossile. Le Sahara est un espace de conquête, d'extraction minière et un front pionnier agricole. Docs.5 p.227, Extrait du site d’une agence tunisienne… + 6 p.227, Le tourisme en Mauritanie- Propice au tourisme d’aventure, il est aussi l'objet d'une mise en tourisme croissante, mais contrariée par une insécurité endémique.

B.  un ensemble politiquement fractionné

Le Sahara est fractionné en dix États indépendants -Carte 11 p.229, Un désert fractionné politiquement. Pour les États du Maghreb ou du Machrek tournés vers la Méditerranée, les territoires sahariens constituent des arrières-pays en voie d’intégration. Pour plusieurs des États saharo-sahéliens (Mali, Niger, Tchad, Soudan), l’enclavement s’ajoute à l’aridité. Pour intégrer le Sahara au territoire national, les États ont amélioré l'encadrement administratif, promu des villes-centres et multiplié les équipements : routes, voie ferrée, aéroports. La route joue un rôle majeur dans son développement en ouvrant l'économie saharienne aux marchés. Des réseaux sont ainsi créés, à différentes échelles.

Carte 7 p.228, Un espace traversé par des flux variés + doc.10 p.228, Des migrants- Ce nouveau contexte encourage les échanges transsahariens, qui vont croissant depuis les années 1990. Profitant des différences de richesse et de réglementation entre États maghrébins et États sahéliens, produits de consommation courante et carburants du Nord sont échangés contre bétail, produits agricoles et de contrebande venus du Sud, par de nombreux acteurs de toutes origines -docs.9 p.228, Le difficile contrôle des frontières + 12 p.229, Le mythe des frontières africaines. Le Sahara a également une fonction de transit pour les migrants subsahariens qui tentent de gagner l'Europe.

C.  un espace convoité

Le Sahara est de plus en plus l'objet de tensions et de conflits armés, essentiellement dus aux tracés frontaliers hérités[2] ou aux convoitises liées aux ressources, dont les populations subissent les effets, conjugués à ceux de la mal gouvernance.

Carte 13 p.230, Des tensions pour l’exploitation des ressources- Ces convoitises se manifestent dans les investissements en provenance, le plus souvent, d’autres parties du monde, et s’expriment, entre autres, dans des conflits intra et interétatiques -docs.17, La Libye, une situation chaotique + 18. L’entrée des troupes françaises… + 19, Une zone d’insécurité où la communauté internationale intervient. Ces enjeux géopolitiques et économiques impliquent aussi bien des acteurs étrangers à l’Afrique (États du Nord, pays émergents, firmes transnationales -doc.15 p.230, Les hydrocarbures, un enjeu économique) qu’internes : les nomades s'opposent à l'État et aux intérêts étrangers (Touaregs par exemple[3] -doc.16 p.230, Des ressources qui ne profitent pas à tous) ; populations du Sud et du Nord s'affrontent à l'intérieur d'États du Sud saharien, comme au Tchad et au Soudan (indépendance du Soudan du Sud en 2011).

Aujourd'hui, les migrations clandestines, les trafics en tous genres et l'activisme du terrorisme islamiste (groupe AQMI, Boko Haram, etc.) sont les questions les plus brûlantes. Elles traduisent l'inscription dans la mondialisation du désert saharien -Schéma 6 p.249, Le Sahara, un espace fragmenté mais ouvert.

Conclusion

Bac : de l’étude de cas à la composition, p.232-233

II. Le continent africain face au développement et à la mondialisation

« Grand angle » p.222-223, cartes p.224-225.

Quelle est la situation de l’Afrique face aux questions de développement ? Le continent connait-il un réel décollage économique ? Quelle place occupe-t-il dans la mondialisation ? Quels défis démographiques, économiques, environnementaux et politiques l’Afrique doit-elle encore relever ?

NB. On entendra ici par « développement » l’ensemble des changements (productifs, sociaux…) améliorant les conditions d'existence d'une population donnée dans son ensemble[4].

A.  Un continent à l’écart du développement et du monde ?

Le continent africain se caractérise par une intégration faible et/ou défavorable à la mondialisation.

1.   L’Afrique cumule les indicateurs défavorables

a.    Indicateurs économiques

L’Afrique est le continent le plus pauvre. Les indicateurs économiques qui le montrent sont nombreux et concordants -Schéma 3 p.249, L’IDH en Afrique : un faible développement.

Un faible poids dans la mondialisation

Plusieurs chiffres traduisent la situation marginale du continent. L’Afrique ne représente que 2% dans les échanges mondiaux, et son PIB correspond à celui de Tokyo, soit à 4,5% du PIB mondial[5]. Aucune des grandes villes africaines n'est une métropole de premier rang dans les classements internationaux.

L’Afrique reste en marge des grands réseaux de transports, et elle n’a reçu que 4% des IDE (investissements directs à l’étranger) en 2013, essentiellement pour le pétrole (80% de ces investissements). La part des investissements à l'étranger en provenance de l'Afrique reste négligeable : 12 milliards de dollars en 2013, soit seulement 0,9% du total mondial.

Des économies de rente

Doc.1 p.235, EN RDC, une mine artisanale et une mine industrielle… Les ressources naturelles de l’Afrique sont immenses. Elle possède 30% des réserves métalliques mondiales (40% de l’or, 60% du cobalt, 80% du chrome…), 13% du pétrole, 8% du gaz naturel -Carte 1 p.224, Les ressources en Afrique + Schéma 2 p.249, Les ressources énergétiques et minières en Afrique.

Cela devrait constituer à priori un atout, mais l'Afrique demeure surtout un fournisseur de matières premières[6]. Dans les deux tiers des pays africains, un ou deux produits seulement constituent les trois quarts de la valeur des exportations : on parle d’économies de rente[7] -Vocabulaire p.234, Chiffre-clé p.248 + Carte 3 p.224, Les partenaires commerciaux de l’Afrique, qui ne produisent au mieux qu’une croissance fragile et subordonnée à l'évolution erratique des prix des matières premières.

L’Afrique subsaharienne se distingue de l’Afrique du Nord et de l’Afrique australe par une redistribution encore plus inégalitaire de la rente et/ou par la corruption élargie.

Le poids de la dette

La dette constitue une part essentielle du budget de l'économie de la majeure partie des pays africains[8] -La dette affecte inégalement les pays africains : les importateurs de pétrole avaient en 2013 un ratio dette/PIB plus élevé (35,1 %) que les pays exportateurs de pétrole du continent (8,5%). Une partie essentielle de cette dette extérieure est constituée de la dette dite multilatérale, c’est-à-dire envers les institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale) où la représentation de ces pays n’a pratiquement aucun poids.

Le CADTM[9] distingue trois grandes phases dans le développement de cette dette :

  • Tout d’abord dans les années 1960-70, la Banque mondiale incite les pays du Sud à emprunter dans l’espoir affiché de financer la modernisation de leur appareil d’exportation et les connecter au marché mondial. L’endettement est supportable pour les pays du Sud car ces prêts leur permettent malgré tout de produire davantage, donc d’exporter plus et de récupérer des devises pour les remboursements et de nouveaux investissements.
  • Fin des années 1970, les États-Unis amorcent leur virage libéral, et décident une forte augmentation des taux d’intérêt américains dans le but d’attirer les capitaux. De l’ordre de 4-5% dans les années 1970, ils passent à 16-18% au moins, voire davantage au plus fort de la crise, car la prime de risque devient énorme. Par conséquent, le Sud doit rembourser trois fois plus d’intérêts. C’est la crise de la dette.
  • Dès qu’un pays est contraint de stopper ses remboursements, le Fonds monétaire international (FMI) lui prête l’argent nécessaire, à condition que le pays concerné mène la politique décidée par ses experts : la politique économique de l’État endetté passe sous contrôle du FMI. Les mesures préconisées sont inscrites dans un Plan d'ajustement structurel (PAS)[10] –Vocabulaire p.234.

De 1970 à 2015, les pays d’Afrique ont déjà remboursé beaucoup plus que ce qu’ils ce ont emprunté depuis 1970[11], si bien que la question qui se pose est bien pour le CADTM l’annulation pure et simple de la dette.

b.   Indicateurs environnementaux

L’Afrique est le continent qui a vu son environnement se dégrader le plus depuis un demi-siècle avec la désertification qui ronge les régions sèches, la déforestation -doc.3 p.243, Les enjeux du développement durable en RDC, la destruction des zones humides.

Le continent africain est bien souvent la destination des déchets toxiques ou radioactifs en provenance des autres continents[12].

Pourtant, le continent africain regorge de ressources et d’opportunités pour un véritable développement durable -Focus p.246-247, Les parcs nationaux africains…

c.   Selon les indicateurs du développement humain

Ce continent en fort essor démographique est situé en bas du classement mondial dans les domaines de la santé, de l’éducation et des revenus tels que le Programme des nations Unies pour le Développement (PNUD) l’a défini avec son IDH. Les indicateurs du mal-développement sont nombreux et concordants.

Alimentation, santé, éducation
  • La sous-alimentation frappe l’Afrique subsaharienne avec force et concerne 62% de la population du Burundi, 64% de celle de l’Érythrée, 22% de celle du Soudan.
  • - L’encadrement sanitaire est défaillant, tant du point de vue des infrastructures hospitalières que du nombre d’habitants par médecin et personnel soignant[13]. Les indicateurs démographiques sont par conséquent catastrophiques, avec une espérance de vie moyenne inférieure de 30 à 40 ans à celle des pays d’Europe. La mortalité infantile reste la plus élevée du monde (68‰ en 2010) et 23 des 34 millions de séropositifs du monde vivent en Afrique[14]. Le paludisme persiste et les autres risques sanitaires sont nombreux[15].
  • La question scolaire reste préoccupante : 84% de la population africaine est scolarisée[16], au prix d’efforts considérables[17], mais l’enseignement secondaire et supérieur restent trop faibles[18]. Par ailleurs, selon l'Unesco, les apprentissages demeurent « d'une faiblesse désespérante » dans beaucoup de pays, où le nombre d’analphabètes adultes continue d’augmenter[19] et où la scolarisation des filles continue d’être insuffisante.
Pauvreté, inégalités

Avec un PIB-PPA/hab. d’à peine 3500 dollars en 2014[20], l'Afrique demeure le continent de la pauvreté monétaire. Alors que la banque mondiale annonçait fin 2015 que pour la première fois, le taux de pauvreté[21] allait être inférieur à 10% de la population à l’échelle planétaire, il s’élève encore à 35% de la population de l’Afrique subsaharienne.

Carte 4 p.225, La population de l’Afrique + Schéma 1 p.249, La répartition de la population africaine- Multipliée par 2,2 depuis 1970, la population de l’Afrique n’est urbaine qu’à 36% (très variable : 80% au Gabon, 10% au Rwanda et au Burundi). Les campagnes fournissent encore d’importants flux d’exode rural. Quand, pour fuir la misère, les ruraux prennent le chemin de la ville africaine, ils alimentent la croissance incontrôlée de centres urbains (l’Afrique compte désormais une trentaine de villes « millionnaires ») sur le modèle de l’urbanisation spontanée et de la prédominance du secteur informel dans toute sa variété. Photo 1 p.256, Vue aérienne de Noukchott + doc.2 p.222, Métropolisation (Lagos) + Focus p.244-245, Des métropoles de plus en plus mondialisées, mais de plus en plus inégalitaires ? La géographie des villes africaines est le reflet de rapports sociaux très inégalitaires, à travers une profonde fragmentation socio-spatiale :

  • aux zones hypersécurisées, autour de logements surprotégés, où les hauts murs surmontés de tessons de verre et de fils barbelés électrifiés sont la norme,
  • s’opposent de gigantesques zones d’habitat informel. Près de 75% de la population urbaine vit dans des quartiers pauvres, autoconstruits sans

planification[22]. Malgré les améliorations procurées par les divers processus de « durcification », ces quartiers témoignent de la situation africaine : sous-équipement, fragilité du bâti (tôle généralisée, maisons en pisé à Brazzaville), extrême précarité économique et sanitaire comme à Kibera, le bidonville géant de Nairobi (Kenya).

2.   Des circonstances politiques aggravantes : conflits et mauvaise gouvernance

Carte 2 p.241, États, conflits et famines des quinze dernières années

a.   Conflits

Depuis la fin de la guerre froide, l’Afrique détient le palmarès du nombre d'opérations de maintien de la paix par les Nations unies. Si les conflits étatiques sont moins nombreux et de plus faible intensité, les guerres civiles sont partout. Les anciens conflits ethniques sont prompts à se réveiller dans un continent où les trafics en tout genre (piraterie, production et trafics de drogues, etc.) pullulent hors de tout contrôle. À cela s’ajoute la circulation des armes, et en l’absence d’autres sources de revenus, les combattants potentiels ne manquent pas.

Les conflits sont l’une des plaies africaines. Ils expliquent pour partie la régression et la marginalisation de certains États. Au total, on estime le coût des conflits en Afrique à plus de 300 milliards de dollars pour la période 1990-2005, soit le montant de l’aide apportée par des acteurs étrangers pour soutenir le développement du continent. Ils peuvent revêtir des formes diverses : par exemple, les famines qui touchent l’Afrique sont aujourd’hui souvent provoquées pour mater des groupes antagonistes voire les réduire numériquement[23].

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant de constater que l’Afrique est le continent qui recueille le plus de populations déplacées et réfugiées : 11 millions de personnes sur 37 millions dans le monde, selon le HCR[24].

b.  Mauvaise gouvernance

Les raisons de ces conflits résident pour partie dans les héritages de la période coloniale. Certains groupes dominants, favorisés par les métropoles, se sont maintenus au pouvoir par la force, interdisant tout processus démocratique et développant une corruption omniprésente ainsi qu’un mal développement chronique. Les ressentiments qui en découlent suscitent des conflits souvent instrumentalisés par des puissances extérieures, armant des combattants pour défendre ou étendre leur aire d’influence.

La corruption, le népotisme, l’accaparement des richesses naturelles, la confiscation de l’aide internationale détruisent les sociétés et les États, et entretiennent la violence.

 

B. De nouvelles perspectives pour l’Afrique ?

Le tableau initial doit être nuancé.

1.   Des capacités d’adaptation

Loin du fatalisme et de la résignation, les populations africaines font preuve de capacité d’adaptation face aux mutations et bouleversements liés à la mondialisation.

Les villes ne sont pas seulement le lieu d’affirmation des inégalités sociales. Elles sont également un cadre pour des actions pensées par les habitants eux-mêmes, pour améliorer leurs conditions de vie. On parle de dynamiques endogènes, mises en œuvre par des décideurs locaux et non impulsées par des acteurs extérieurs.

Le secteur informel, vaste, aux contours flous, reflète cette inventivité et cette « débrouillardise » africaines. Les manifestations sont nombreuses, du simple emploi pour survivre (vente de quelques légumes, livreur de fardeau sur les marchés…), à des modes d’organisation plus poussés (à l’image des « ngandas » de Brazzaville ou des « maquis » d’Abidjan, ces restaurants développés à l’intérieur des habitations), ou encore au système d’épargne collective des tontines[25].

L’espace rural est tout autant le siège d’initiatives davantage impulsées par des ONG venues de l’extérieur mais largement saisies par les sociétés locales. En Tanzanie, les traditionnelles communautés rurales ont connu des dynamiques qui les ont transformées en véritables structures institutionnelles autour de coopératives agricoles. Au pied des Monts Uluguru, l’université d’agriculture Sokoine à Morogoro regroupe 200 enseignants et chercheurs, 1000 étudiants, et forme différentes communautés villageoises proches aux techniques agricoles, à l’élevage et à la commercialisation des produits.

2.   Des évolutions positives

Aux signes de stagnation et de pessimisme peuvent être opposées des évolutions positives et des espoirs de réussite.

a.    Quelques indicateurs « passent au vert »

Les évolutions positives sont repérables. Par exemple, la République de Maurice présentait, à son indépendance (1968), un taux de chômage de plus de 25% des actifs et une population composée à près de 50% de moins de 20 ans. La politique de réduction de la natalité engagée à l’aide d’un planning familial contribue au « miracle économique » des années 1980, confirmé aujourd’hui par des résultats incontestables sur tous les plans, notamment sanitaires.

Les produits exportés par le continent relèvent certes majoritairement de ressources non transformées sur place, mais la part des produits manufacturés a progressé, passant de 6% du total des exportations dans les années 1970 à 19% aujourd’hui.

Un certain renouveau politique est engagé. Les réformes de décentralisation ont favorisé l'apparition de nouveaux acteurs locaux, associations, ONG, nouvelles élites, et le « printemps arabe » a balayé les anciens autocrates. À l’« afro-pessimisme » de la fin du XXème siècle succède un (fragile) « afro-optimisme ».

b.   Des formes de décollage

En termes de développement, la situation de cet ensemble continental n’est ni homogène, ni figée, et on y observe des formes de décollage.

Avec une croissance autour de 5 à 6% par an, stimulée par la forte demande des puissances émergentes et des États-Unis, l’économie africaine est bien engagée dans une phase de décollage. Les exportations ont progressé rapidement, les IDE comme les envois de fonds des migrants ont atteint des records.

De grands chantiers sont en cours : nouveaux ports (Djibouti), lignes de chemin de fer (Kenya), lignes ferroviaires (TGV Tanger-Marrakech, train Nairobi-Mombassa), corridors de circulation autoroutiers (golfe de Guinée) et multimodaux (Afrique australe), liaison câblée à haut débit de Matadi à Dar-es-Salaam. Des grands projets ont été élaborés : ports en eau profonde (Lamu, Mombassa, Matadi), transferts d'eau (du Congo au Tchad, du Lesotho à Johannesburg, d'ln-Salah à Tamanrasset).

Dans la décennie 2000, la forte croissance économique de l'Afrique a permis une progression annuelle de 4% du PIB par habitant. Des couches modestes solvables émergent, constituant ainsi une nouvelle clientèle de classe moyenne –Vocabulaire p.238 + doc.4 p.239, Les classes moyennes en Afrique + Paragraphes 2 et 3 p.238. L'Afrique est perçue comme un marché d'avenir, qui regroupera le tiers de la population mondiale âgée de moins de vingt-cinq ans en 2025. La révolution des télécommunications est en marche, portée par la progression de la téléphonie mobile[26]. La connectivité internationale et l'aménagement numérique a franchi une nouvelle étape en 2013 avec la diffusion massive du haut débit.

c.    Des situations variées et évolutives

La situation économique et sociale, au cœur de la notion de développement, est marquée par des contrastes importants. En effet, certains États réussissent à tirer leur épingle du jeu : Cf. émergence de poids lourds qualifiés de « Lions africains »[27] ; ils fournissent 60% du PIB total en 2011 ; quarante entreprises, dont dix-huit sud-africaines, sont considérées comme de bons compétiteurs mondiaux.

3.   Une insertion dans l’économie globale

Les convoitises que l’Afrique suscite, en particulier de la part de puissances émergentes –Focus p.236-237, L’Afrique : un enjeu pour les pays émergents ? + Chinafrique, Françafrique, Indafrique : vocabulaire p.234 l’insèrent de fait dans l’économie globale. Le fait saillant de ces dernières années est la course aux richesses africaines, comme les terres agricoles[28], les ressources naturelles, les minerais, les terres rares et les hydrocarbures.

Ces richesses attisent bien des convoitises, toujours de la part des anciennes puissances coloniales mais maintenant aussi des principales puissances émergentes[29]. Pour exploiter et valoriser ces richesses, les investisseurs ont besoin de paix, de stabilité, et de solides infrastructures de transports. Même si elle est fréquemment placée en relation subordonnée dans les relations d’échanges mondialisés, l’Afrique n’est plus à l’écart du monde, et s’intègre à nouveau dans l’économie globale.

C.  Les défis à relever restent nombreux

Cours 3 p.242, Quels sont les défis du développement pour le continent africain ?

1.   Les défis du peuplement

Carte 4 p.225, La population de l’Afrique + Paragraphe 1 p.238 + Repère p.238- La population africaine, multipliée par 4,5 de 1950 à 2010, atteindra 2 milliards en 2050, dont 1,8 milliard en Afrique subsaharienne. L’Afrique comptera alors 3 des 10 poids lourds démographiques mondiaux[30]. La pression humaine s'accroît sur les ressources. Rapportée aux superficies cultivées en permanence, la densité passe de 2 à 230 habitants/km² en Namibie, de 21 à 620 habitants/km² en RDC.

Depuis les années 1980, les mobilités sont devenues intenses. Aux déplacements forcés s'ajoutent les migrations économiques qui se sont accélérées, en particulier entre le Sud et le Nord du Sahara, et d'Afrique centrale vers l'Afrique du Sud.

La population urbaine a été multipliée par treize depuis 1950 et le solde naturel urbain est devenu le principal vecteur de croissance.

2.   Nourrir l'Afrique en intégrant le défi environnemental

Focus p.240-241, Le défi alimentaire : l’Afrique peut-elle se nourrir ? Les agricultures africaines sont en mouvement. Les paysans ont su tirer parti de la demande urbaine pour développer le vivrier marchand. Des recherches génétiques locales ont permis la mise au point de variétés à haut rendement.

L’extension des surfaces cultivées a permis de faire à peu près face à la croissance démographique depuis les années 1980, malgré un contexte défavorable (incertitudes climatiques, mauvais état des routes, problèmes de stockage, concurrence des cultures d'exportation, dumping des pays riches sur les céréales). Mais le problème du passage à une agriculture intensive reste posé, car l’agriculture exportatrice et l'utilisation d'OGM provoquent des dégradations de sols et inquiètent l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Au Sahel, des espaces reverdissent et la désertification ne semble plus irréversible, mais selon les scénarios du GIEC, les conséquences du réchauffement climatique dans les aires semi-arides et littorales pourraient être graves.

3.   Surmonter les blocages structurels

Sortir de l'économie de rente pour emprunter le chemin de l'émergence, comme l'a fait l'Afrique du Sud, suppose l'existence de politiques publiques capables de promouvoir un développement adapté aux sociétés africaines. Cela implique non seulement la suppression de verrous paralysants (coût de l'électricité, des transports et fiabilité des services), mais aussi et surtout la prise en compte de spécificités sociales qui favorisent encore l'économie de la circulation plutôt que celle de la production.

La nature de l'État est également un lourd handicap. Il a souvent fonctionné comme une machine d'extraction-redistribution de la rente au profit de clientèles particulières. Or l'équité est une condition du changement social et la notion récente d'État développementiste[31] pourrait être l'une des issues possibles.

Dans ce contexte de mondialisation compétitive, l'Afrique, trop divisée, doit construire des organisations régionales efficaces. Les plus importantes, comme la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), n'ont que peu d'effets intégrateurs ; l'Union africaine demeure un forum politique. Quant au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)[32], il n'a pas encore produit les résultats escomptés -Vocabulaire p.242, carte p.330-331.

Conclusion

Croquis p.252-253, Le continent africain face au développement et à la mondialisation

Synthèse p.248 + Schéma p.249


[1] Le Sahara compte environ 5 millions d’habitants, vallée du Nil non comprise.

[2] Le découpage frontalier, aujourd’hui assumé par les États africains, demeure une source de contestations par les populations locales (fédération touareg), de revendications territoriales (Sahara occidental), de conflits et de mouvements de populations réfugiées.

[3] L’exploitation de l'uranium par des intérêts français depuis plus de quarante ans est dénoncée pour des raisons économiques et aussi politiques : les retombées pour le développement des populations locales sont jugées faibles, les conséquences environnementales de l'exploitation minière sont négatives et l'entreprise française est perçue comme complice de l'État nigérien qui combat la rébellion touarègue.

[4] Il existe une corrélation étroite entre croissance et développement dans la mesure où bon nombre d'améliorations des conditions d'existence d'une population supposent une augmentation des revenus et/ou des quantités produites. Mais corrélation ne signifie pas identité, et il n'est pas rare de constater que la croissance économique dans un pays ne suffit pas à impulser le développement, voire freine ce dernier : répartition inégalitaire qui fait que la croissance profite aux riches et appauvrit les pauvres, ou contenu de la croissance qui entraîne une dégradation des conditions de vie de certains (guerre, pollutions, nuisances...). Source : « dico » du site d’Alternatives économiques.

[5] Environ 2500 milliards de dollars en 2013, soit l’équivalent du PIB de la France ou du Brésil.

[6] 19% seulement des exportations proviennent de produits manufacturés.

[7] Économie de rente : économie basée uniquement sur l’exploitation de ressources naturelles offertes par la position géographique d’un pays

[8] Le service de la dette constitue par exemple sur les années 1992-1997, 35% du budget du Cameroun et de la Côte d’Ivoire, 40% de celui du Kenya et de la Zambie, 46% de celui de la Tanzanie (dans le même temps la part des services sociaux constitue moins de 15% du budget).

[9] CADTM : Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde.

[10] Abandon des subventions aux produits et services de première nécessité (pain, riz, lait, sucre, combustible…), austérité budgétaire, baisse des budgets publics « non-productifs » (santé, éducation, subventions aux produits de base), production agricole tout entière tournée vers l’exportation (café, coton, cacao, arachide, thé etc.) pour faire rentrer des devises, donc réduction des cultures vivrières et déforestation pour gagner de nouvelles surfaces, ouverture des marchés par la suppression des barrières douanières, libéralisation de l’économie, notamment abandon du contrôle des mouvements de capitaux et la suppression du contrôle des changes, fiscalité aggravant encore les inégalités avec le principe d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la préservation des revenus du capital, désengagement de l’État des secteurs de production concurrentiels par la privatisation des entreprises publiques.

[11] Cf. Chiffres de la dette 2015, sur le site du CADTM.

[12] Cf. l’affaire du Probo Koala en 2006.

[13] Par exemple, le Mali compte moins de 1 médecin pour 10 000 habitants (7 pour la Tunisie).

[14] L’Afrique concentre 80% des décès dus à ce syndrome et 75% des nouveaux cas annuels. Le nombre de morts africains est de 25 millions depuis l’apparition du virus Cette pandémie est devenue la première cause de mortalité en Afrique, alors qu’elle n’est que la quatrième dans le monde. Faute de moyens financiers, moins de 1% des malades africains sont soignés de manière convenable.

[15] Cf. la récente épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest (mars 2014- fin 2015) –« Où en est l’épidémie d’Ébola ? », Le Monde, 7 novembre 2015

[16] …de manière inégale : 40% seulement pour le Niger, par exemple

[17] Cf. choix de la gratuité dans des pays comme le Bénin, le Sénégal, la Tanzanie et le Kenya.

[18] En Afrique subsaharienne, le taux de scolarisation dans le secondaire s’élevait à 36% en 2010, et à 6% dans le supérieur en 2008 (moyenne mondiale : 26%).

[19] On compte encore 160 millions d'adultes analphabètes en Afrique.

[20] La moyenne mondiale se situe à 15000 dollars par an par habitant.

[21] Les prévisions de la Banque mondiale reposent sur un nouveau seuil international de pauvreté, fixé à 1,90 dollar par jour, qui intègre de nouvelles données sur les écarts du coût de la vie d’un pays à l’autre (les taux de change en parité de pouvoir d’achat -ou PPA). Ce nouveau seuil préserve le pouvoir d’achat réel du seuil précédent (1,25 dollar par jour aux prix de 2005) dans les pays les plus pauvres du monde. En se basant sur ce nouveau seuil (et des données récentes par pays sur les niveaux de vie), l’institution prévoit que le nombre d’individus pauvres dans le monde devrait passer de 902 à 702 millions entre 2012 et 2015 (soit de 12,8 à 9,6% de la population mondiale). Source : site officiel de la Banque mondiale.

[22] La part des constructions informelles varie : 15% de la surface bâtie à Abidjan, 50% à Dakar, plus de 80% à Kinshasa.

[23] Au Darfour par exemple, malgré la mobilisation internationale, le Soudan a longtemps refusé de distribuer l’aide apportée par les ONG étrangères, au profit d’une distribution vers l’armée régulière et les groupes armés favorables au régime.

[24] HCR ou UNHCR : Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés.

[25]Une véritable institution réside dans les tontines, une épargne collective traditionnelle largement développée en Afrique de l’Ouest et qui rassemble plusieurs participants ; ceux-ci versent, à intervalles réguliers, une somme déterminée à l’avance et qui sert à subvenir à des besoins familiaux (mariages, funérailles…) ou à permettre l’achat de biens d’équipement ou fonciers. Système fondamental et révélateur de la débrouillardise subsaharienne, les tontines ont pourtant un rôle limité à une échelle microlocale, celle du quartier ou des employés d’une même entreprise.

[26] En 2010, la couverture territoriale atteint 90% dans la plupart des villes, 40% dans les campagnes.

[27] « Lions africains » : terme qui désigne un groupe de pays africains considérés comme émergents (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Maroc, Égypte, Angola) en référence aux « Tigres asiatiques ». Cf. « L’afrique est bien partie », Le Monde, 2 avril 2013.

[28] Ses terres cultivables sont de plus en plus recherchées par des pays déficitaires en productions alimentaires, qui achètent ou louent d'immenses superficies (land grabing –Vocabulaire p.244).

[29] Cf. le phénomène de la « Chinafrique ». Avec des échanges commerciaux qui passent de 91 à 166 milliards de dollars entre 2009 et 2011, des investissements chinois qui montent de 9 à 14,5 milliards de dollars sur la même période, la Chine devient le principal partenaire économique du continent (présente dans 40 pays). Alors même que les partenaires traditionnels se désengagent de l’Afrique. La Chine investit dans le long terme dans les secteurs miniers d’abord, on vient de le voir, mais maintenant dans l’industrialisation du continent.

[30] Aucune stabilisation n'est attendue avant 2100.

[31] État développementiste : Notion mise en avant par l'ONU pour caractériser un État qui pourrait favoriser un développement durable et équitable.

[32] Cf. Site officiel du NEPAD