TES/L - Thème 3 / Puissances et tensions dans le monde de la fin de la Première Guerre mondiale à nos jours - Question 2 / Les chemins de la puissance. La Chine et le monde depuis 1949

Plan

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I. LA PÉRIODE MAOÏSTE (1949-1976)
 A. 1949-1956 : L’ENRACINEMENT DU POUVOIR DU PCC
  1. De la « Nouvelle Démocratie » au modèle soviétique
  2. Vers une société totalitaire
  3. Les premiers pas de la puissance
 B. DEUX CAMPAGNES MEURTRIÈRES
  1. La plus grande famine de l'histoire chinoise : le Grand Bond en avant
  2. Le désastre de la Révolution culturelle
  3. La fin du règne de Mao
II. LES NOUVEAUX CHEMINS DE LA PUISSANCE (DEPUIS 1976)
 A. LA CHINE DES RÉFORMES (1978-2000)
  1. Ouverture économique et politique de l'enfant unique
  2. Le tournant de Tia²n’Anmen
  3. Fin XXème siècle, une politique étrangère de plus en plus active
 B. LA CHINE, PUISSANCE MONTANTE DU XXIème SIÈCLE
  1. L'émergence d'une grande puissance économique...
  2. ...aux faiblesses multiples
  3. Au-delà de la puissance économique

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Manuel p.222-257

Photos 1 et 2 p.222-223- La situation de la Chine est très différente de celle des États-Unis. Elle s’inscrit en effet dans une évolution originale qui la mène, de révolution en révolution[1], d’une situation de sous-développement économique et de mise sous tutelle politique à une position économique (et, de plus en plus, politique) mondiale de premier plan.

Comment la Chine, affaiblie et dominée par les puissances étrangères au début du XXème siècle, est-elle (re)devenue en quelques décennies une grande puissance mondiale ?[2]

I. La période maoïste (1949-1976)

Cours 2 p.240-241, La construction d'une puissance communiste (1949-1978)- La première moitié du XXème siècle se caractérise par la dépendance de la Chine vis-à-vis des puissances étrangères[3]. La victoire des Communistes en 1949[4] fait entrer le pays dans une nouvelle période, marquée par la construction d’un État fort et par une quête de puissance à travers la reconquête de la souveraineté et le développement d’une influence en Asie.

Bien que l'organisation du Parti communiste chinois (PCC –Notion-clé p.224) soit supposée collégiale et démocratique, le prestige de Mao Zedong et son habileté lui permettent d'imposer ses vues -d’où la notion de période « maoïste ».

A.  1949-1956 : l’enracinement du pouvoir du PCC

1.   De la « Nouvelle Démocratie » au modèle soviétique

Le PCC a gagné la guerre civile en ralliant la population à son programme dit « Nouvelle Démocratie », dont les grandes orientations avaient été définies par Mao Zedong dès janvier 1940. Selon cette ligne modérée,

le PCC a pour vocation de prendre la tête d'une alliance entre toutes les classes progressistes de la société : même la bourgeoisie participe au processus révolutionnaire ;

  • les libertés individuelles doivent être respectées ;
  • pour rassurer la bourgeoisie et les petits entrepreneurs, la collectivisation ne concerne initialement que l'industrie lourde et le secteur bancaire.

Mais tandis qu’un rétablissement économique spectaculaire s'opère[5], les coups commencent bientôt à pleuvoir sur la petite bourgeoisie, dans le cadre de la campagne dite des « Trois Contre »[6], puis celle des « Cinq Contre »[7] (1951-1952).

Dans le même temps, la Chine se met à l'école de l'Union soviétique (qui fournit des prêts et des experts), et fait le choix d'une économie planifiée : le premier plan quinquennal, qui débute en 1953, privilégie l'industrie lourde et les infrastructures de transports et sacrifie le monde rural[8].

2.   Vers une société totalitaire

Dans les campagnes, la réforme agraire qui s'engage de 1949 à 1952 s’attache, par une redistribution des terres accompagnée de violences, à briser les élites locales traditionnelles (propriétaires fonciers, paysans riches) et à assurer la fidélité des paysans pauvres aux cadres locaux du Parti.

Par la loi du 1er mai 1950 sur le mariage qui légalise le divorce et instaure le libre consentement des époux, le Parti communiste s'attaque au caractère patriarcal de la société chinoise. C'est un pas important fait vers l'émancipation des femmes… et en même temps une étape indispensable à la mise en place d'une société totalitaire strictement encadrée :

l'endoctrinement commence dès l'enfance dans les organisations de jeunesse ;

  • l’encadrement des masses rurales est assuré par les coopératives ;
  • dans les villes, l’encadrement des individus revient à l'unité de travail (danwei) qui fournit logement, salaire, permet l'accès aux soins médicaux et aux rations de nourriture (le danwei exerce aussi une surveillance étroite sur ses membres, y compris dans leur vie privée) ;
  • la mobilité est encadrée par l'instauration d'un passeport limitant les déplacements à l'intérieur du pays (le hukou) ;
  • la répression a largement recours aux camps de rééducation par le travail (l’équivalent chinois du goulag : le laogai).

En 1954, la Chine se donne une Constitution calquée sur le modèle soviétique. Le Parti est partout, il contrôle tout et aucune opposition n'est tolérée[9]. La censure sévit. Après avoir encouragé les intellectuels à exercer un droit de critique lors de l'épisode des Cent Fleurs (1956-1957), la campagne antidroitière lancée le 8 juin 1957 réprime les imprudents qui avaient fait entendre une voix discordante[10].

3.   Les premiers pas de la puissance

Quand la République populaire de Chine est proclamée en 1949, elle n'est reconnue que par les pays communistes. Mao Zedong signe un traité par lequel l'URSS accorde à la Chine sa protection militaire –doc.1 p.240, L’alliance avec l’URSS. La Chine redevient rapidement une puissance régionale :

  • Elle restaure dès 1950 l’intégrité de son territoire continental, en reprenant le Tibet par la force–doc.4 p.237, L’annexion du Tibet, 1950, et en récupérant par la négociation des territoires frontaliers avec l’Union soviétique.
  • Elle intervient en Asie :
    • En soutenant le parti communiste indochinois d’Ho Chi Minh pendant la guerre d'Indochine (1946-1954) ;
    • En envoyant des troupes en Corée contre les États-Unis en 1950 -doc 2 p.240, L’intervention chinoise dans la guerre de Corée.

Dans un second temps, elle s’émancipe de la tutelle soviétique. Cette rupture s’explique par la persistance de différends frontaliers, par la volonté soviétique de maintenir la Chine dans une situation de dépendance[11] et par la déstalinisation engagée par Khrouchtchev en 1956 –XXe Congrès du PCUS : Vocabulaire p.241[12]. À partir de 1958, la Chine s’affirme à la fois comme une puissance indépendante, et comme un leader du tiers-monde[13] et des non-alignés –Non alignement : vocabulaire p.241 et du camp communiste -doc.5 p.237, La rupture…, 1960.

B.  Deux campagnes meurtrières

Dans ce contexte, le Grand Bond en avant –Vocabulaire p.241 doit être considéré comme une tentative de frayer une voie originale vers le socialisme. En effet, un des traits caractéristiques du maoïsme consiste dans une vision de la Révolution non comme une phase transitoire mais comme un état permanent[14] -Maoïsme : notion-clé p.224+ étude p.236-237, Le maoïsme, ou le communisme au service de la puissance. Ainsi la période 1949-1976, est-elle marquée série de mobilisations des masses visant à ranimer l'élan révolutionnaire.

1.  La plus grande famine de l'histoire chinoise : le Grand Bond en avant

Le Grand Bond en avant, politique menée entre 1958 et 1961, vise à accélérer le développement économique du pays. En rupture avec le modèle de l'industrialisation « par le haut » qui avait été mis en place avec l'aide des techniciens soviétiques, elle consiste à mobiliser l'ensemble d'une population galvanisée par l'idéologie et le culte de la personnalité[15]. Réquisitionnés par des travaux d'infrastructures ou accaparés par les célèbres « petits hauts-fourneaux »[16], les paysans sont obligés de délaisser les travaux des champs et les récoltes.

Doc.3 p.237, Le Grand Bond en avant, 1958- En résulte une totale désorganisation de la production, et une des famines les plus terribles de l'histoire chinoise (probablement 30 millions de morts). Pire : la remontée de rapports issus des échelons régionaux de l'administration rivalisant d'exagération concernant les chiffres de la production diffère considérablement la prise de conscience du désastre. Mao Zedong apparaît de plus en plus coupé des réalités dans sa résidence luxueuse de Pékin, et ses visites sur le terrain sont de véritables mises en scène orchestrées par le Parti. Dans ce contexte, Liu Shaoqi, président de la République depuis 1959, se pose de plus en plus comme un successeur potentiel de Mao Zedong, dont le prestige a été entamé par le fiasco du Grand Bond.

2.   Le désastre de la Révolution culturelle

Pour affirmer une « voie chinoise » dans l’édification du socialisme, mais aussi et surtout pour stopper la montée en puissance de la ligne pragmatique incarnée par Liu Shaoqi, Mao Zedong lance la jeunesse contre les intellectuels et les fonctionnaires du Parti en mai 1966 : la Révolution culturelle –vocabulaire p.241 représente ainsi une projection dramatique sur l'ensemble de la société des luttes internes au plus haut niveau de l'appareil politique. Avec les encouragements de Mao, les campus se soulèvent. C'est un affrontement intergénérationnel : les gardes rouges, des adolescents ou de très jeunes adultes fanatisés[17], s'en prennent à tous les détenteurs d'une autorité tels que cadres du Parti, professeurs, etc.

Sur le plan économique et social, la désorganisation est patente. Des dommages irréparables sont causés[18], des intellectuels sont humiliés et maltraités[19]. Le nombre de morts causés par la Révolution culturelle est estimé entre 1 et 3 millions.

Une nouvelle fois, le pays est à genoux, mais Mao Zedong triomphe : Liu Shaoqi, jeté en prison dès 1967, y meurt en 1969, victime de mauvais traitements[20]. Le culte de la personnalité devient délirant et toute opposition au pouvoir personnel de Mao a été balayée : il est, plus que jamais, le maître du pays. Pour mettre un terme à l'anarchie et affaiblir les factions de gardes rouges, il organise à partir de 1969 l'envoi massif des « jeunes instruits » dans les campagnes[21].

3.   La fin du règne de Mao

Après la mort de Lin Biao[22], un courant radical (la « Bande des Quatre » : Jiang Qing, la femme de Mao, Zhang Chunqiao, Wang Hongwen et Yao Wenyuan) et une faction plus modérée (les « pragmatiques » Zhou Enlai et Deng Xiaoping) s’affrontent.

Durant ces années, les relations avec l'URSS se détériorent encore, tandis qu’un rapprochement se dessine avec les États-Unis. D'abord timide (une équipe de ping-pong américaine est invitée à Pékin au printemps 1971), il s’affirme avec la visite du président Richard Nixon en février 1972 –doc.3 p.241, Rencontre Mao-Nixon (1972) et permet à la Chine populaire de récupérer (dès octobre 1971) le siège occupé depuis 1949 par Taïwan au Conseil de sécurité des Nations unies.

À la mort de Mao le 9 septembre 1976, la Chine a réussi à se construire comme une puissance politique avec une certaine légitimité une certaine influence, notamment dans le tiers-monde. De fait, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, le rayonnement du modèle chinois est loin d’être négligeable[23] -Étude p.238-239, La fascination exercée par le modèle chinois, un élément de puissance. En revanche, elle n'est pas encore une puissance économique, loin s’en faut.

Deng Xiaoping[24] -Biographie p.248, grâce à sa connaissance intime de l'appareil politique du Parti (et malgré sa mise à l’écart pendant la révolution culturelle), s’impose progressivement comme successeur de Mao et entame une politique d’ouverture et de conversion progressive à l'économie de marché en 1978.

II. Les nouveaux chemins de la puissance (depuis 1976)

Cours 3 p.248-249, La Chine : vers le statut de grande puissance (depuis 1979)- La mort de Mao Zedong (1976) ouvre une ère nouvelle. En une trentaine d’années, la Chine acquiert un statut de puissance économique et financière mondiale. Elle se donne désormais pour objectif de dépasser la puissance des États-Unis, auxquels elle se heurte de plus en plus dans les domaines économique et diplomatique.

A.  La Chine des réformes (1978-2000)

1.   Ouverture économique et politique de l'enfant unique

La politique des réformes économiques se traduit, dans les années 1980, par la décollectivisation du secteur agricole, l’abandon de la planification et l’installation progressive d’une économie de marché : pour qualifier ce nouveau système économique, le PCC invente le concept de « socialisme de marché » –Vocabulaire + doc.1 p.242. Le primat du politique disparaît[25] : l'objectif prioritaire consiste désormais dans les « quatre modernisations » (agriculture, industrie, sciences et

forces armées). L'ouverture aux investissements étrangers est, dans un premier temps, limitée aux Zones économiques spéciales (ZES) –Vocabulaire p.242 situées sur la côte, où des conditions très favorables sont offertes pour attirer technologies et capitaux[26]. La Chine connaît alors une forte croissance[27] -doc.5 p.243, Le développement accéléré de la Chine, portée par une très importante industrie de biens de consommation[28] destinés à l’exportation qui emploie une main-d’œuvre bon marché, abondante et docile[29] -Étude p.242-243, « Réformes et ouverture économique : les années Deng Xiaoping (1978-1992).

L'adoption d'une politique volontariste de maîtrise de la croissance démographique marque un autre tournant majeur en 1979, avec la politique de l'enfant unique, qui parvient à ralentir une inquiétante explosion démographique[30].

2.   Le tournant de Tian’Anmen

Paragraphe B1 p.248, La répression du mouvement démocratique de 1989- En 1989, les étudiants prennent la tête d’un mouvement contestataire et réclament des réformes politiques allant vers une démocratisation (la « cinquième modernisation »), et vers davantage de liberté d'expression. Ils dénoncent également la corruption dans les rangs de l'administration et du PCC. L’expression la plus symbolique du mouvement est l'occupation, à la mi-avril 1989, de la place Tiananmen, au cœur de Pékin, à côté des principaux centres du pouvoir. Après quelques semaines de flottement, le mouvement est réprimé dans un bain de sang (1800 morts) par l'armée durant la nuit du 3 au 4 juin. S’ensuit une reprise en main radicale de la société, qui représente un moment décisif : si les réformes économiques se poursuivent et même s'accélèrent à partir de 1992[31], il n'est plus question de céder sur les libertés politiques.

Paragraphe B2 p.248, Le refus de l’ouverture politique- En fait, le PCC fait un pari (gagnant jusqu'à présent) : la prospérité, fruit d'une accélération des réformes, contribue à minimiser l'expression des mécontentements. Par ailleurs, il reprend la main en matière de propagande :

  • en mettant en avant une rhétorique antioccidentale ;
  • en abandonnant la rhétorique révolutionnaire au profit du nationalisme.

Après Deng Xiaoping, la promotion des dirigeants s'effectue selon un processus qui, n'a évidemment rien de démocratique mais qui exclut désormais les violences physiques. Après les mandats de Jiang Zemin[32] et Hu Jin tao[33], il peut être considéré comme à peu près rodé : le numéro un désigné cumule les fonctions de secrétaire général du PCC et la présidence de la République. Après deux mandats de cinq ans, il s'efface. C'est ainsi que le nouveau président, Xi Jinping, a été investi lors du dernier congrès du PCC (le 18ème) à l'automne 2012.

3.   Fin XXème siècle, une politique étrangère de plus en plus active

La Chine obtient la rétrocession de la possession britannique de Hong Kong (1997) et de la colonie portugaise de Macao (1999)[34]. Ces deux rétrocessions ont été un incontestable succès, d’autant plus que les autorités chinoises ont veillé à ne pas « tuer la poule aux œufs d'or », en faisant bénéficier Hong Kong et Macao d'un cadre légal spécifique (selon la doctrine « Un pays, deux systèmes »)[35].

B.  La Chine, puissance montante du XXIème siècle

Dans un ordre mondial profondément renouvelé après la fin du monde bipolaire, dominé désormais par les logiques de marché, et à l'issue de plus de trente années de réformes chinoises, la croissance économique exceptionnelle de la Chine a permis son émergence en tant que nouvelle puissance asiatique et mondiale.

1.   L'émergence d'une grande puissance économique...

La Chine s'est urbanisée, un exode rural colossal[36] drainant plus de 200 millions de personnes, principalement vers les grandes villes de la côte –doc.4 p.243, Le développement des villes : l’exemple de Shenzhen + Étude p.244-245, Shanghaï, vitrine de la renaissance chinoise depuis 1990.

Le maintien d'un fort taux de croissance annuel (autour de 10%, malgré une baisse ces dernières années et une tendance des autorités chinoises à « gonfler » leurs statistiques) a décuplé le PIB depuis 1978, permettant à la Chine de dépasser en 2010 le Japon pour devenir la seconde économie du monde derrière les États-Unis[37], et d’améliorer le niveau de vie de la population –de manière très inégale –doc.3 p.243, L’élévation du niveau de vie pour certains Chinois.

Son modèle de développement reposait jusqu'à présent sur la production de biens de consommation à faible valeur ajoutée destinés à l'exportation[38]. Désormais, la Chine s'efforce, avec succès, d'effectuer une montée en gamme : non contente de devenir par exemple aujourd'hui premier producteur mondial d'acier, d'aluminium, de ciment ou d'automobiles, elle produit, grâce à des transferts de technologies bien négociés et à l’investissement dans la R&D, des ordinateurs, des trains à grande vitesse et des avions.

2.   ...aux faiblesses multiples

a.    Faiblesses économiques, sociales, environnementales

Pour certains néanmoins, le « chemin de la puissance » emprunté par la Chine pose la question de la soutenabilité et de la durabilité de ce modèle. En effet :

  • La forte dépendance de l’économie chinoise aux débouchés des marchés nord-américain, japonais et européen la rend vulnérable à un retournement de la conjoncture mondiale comme à une montée des protectionnismes.
  • La concurrence de pays d'Asie aux coûts salariaux encore très faibles (Vietnam, Bangladesh) commence à se faire sentir.
  • L'enrichissement d'une élite et l'émergence d'une classe moyenne urbaine s'accompagnent du creusement des inégalités sociales entre catégories sociales comme entre régions littorales et intérieures, etc.
  • Des dommages irréparables ont été causés à l'environnement par l'usage massif d'engrais et de pesticides, l'industrialisation à outrance, l’essor de la consommation et le laxisme avec lequel la réglementation, quand elle existe, est appliquée[39].

b.   Faiblesses politiques

Sur le plan politique, malgré certaines concessions[40] et un relâchement des entraves à la liberté de déplacement, le régime reste autoritaire, et la mainmise du parti sur la société incontestée[41]. Quelques progrès vers un État de droit ont été faits, mais il n'y a pas de séparation des pouvoirs.

Les médias restent très contrôlés, y compris Internet. Le PCC continue à réprimer avec force toute forme d'organisation échappant à son contrôle[42].

3.   Au-delà de la puissance économique

a.    À l’échelle régionale, un acteur incontournable

La Chine nie toute volonté hégémonique en Asie, mais elle s'y positionne comme une puissance régionale incontournable. Ainsi, elle y défend ses intérêts au sein d'alliances régionales comme l'Organisation de coopération de Shanghai ou de l'ASEAN –Vocabulaire p.248 à laquelle elle est associée. Elle intensifie aussi depuis peu ses relations commerciales avec l'Océanie (achat de matières premières, notamment à l’Australie).

Le sort de Taïwan est une des préoccupations principales de la politique étrangère de la Chine populaire qui clame sa souveraineté sur l'île. Les entreprises taïwanaises ont beaucoup investi sur le continent depuis les réformes et les deux économies sont de plus en plus étroitement liées. Pékin mise sur cette interdépendance et sur le temps : une réunification par la force semble donc exclue, et le statu quo devrait perdurer à moyen terme.

Aujourd'hui, les frontières terrestres chinoises sont globalement fixées[43], mais les litiges restent vifs à propos des frontières maritimes en mer de Chine (avec le Japon essentiellement, mais aussi les Philippines et le Vietnam) à propos de la souveraineté sur certaines îles : îles Senkaku (Diaoyu en chinois) [44], îles Spratley, îles Paracels.

b.   À l’échelle mondiale, une superpuissance en devenir ?

Le soft power chinois

La Chine affirme de plus en plus son soft power –Vocabulaire p.249. L'organisation réussie des Jeux olympiques de Pékin de 2008 et de l’Exposition universelle de Shanghai en 2010 ont offert l’occasion au régime de présenter le visage d'un pays puissant et en voie de modernisation rapide. Le développement des instituts Confucius[45] à travers le monde témoigne également de cette volonté d'affirmer une présence culturelle[46].

Enfin, la Chine conçoit les communautés de Chinois d'outre-mer[47] comme un levier de sa puissance et saisit chaque occasion de mobiliser sa diaspora : celle-ci doit se sentir redevable de la Chine et contribuer par conséquent à son développement.

Un leader des « Sud », mais pas seulement

Depuis les années 1990, à mesure que croissent ses moyens financiers, la Chine renforce ses positions. Les excédents commerciaux qui lui ont permis de constituer d'immenses réserves de change s'avèrent une arme diplomatique redoutable[48] pour étendre son influence :

  • Parce qu’elles ont permis à la Chine de constituer un important fonds souverain.
  • Parce qu’elles ont permis l’essor des IDE chinois ; ceux-ci ont été multipliés par six entre 2004 et 2010, pour dépasser les 300 milliards de dollars. Avec les grandes compagnies minières et pétrolières d’abord[49], puis avec le rachat de sociétés étrangères par les entreprises chinoises[50].
  • Parce qu’elles permettent de financer une politique d’aide au développement, notamment à destination de l’Afrique.La Chine prend en effet une part de plus en plus importante dans la vie économique des pays d’Afrique, multipliant les partenariats pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières, particulièrement dans le domaine énergétique.
  • Parce qu’elles ont permis à la Chine de lancer à partir de 2013 la mise en place concomitante d’un corridor terrestre et d’une route maritime « de la soie » à travers l’ensemble de l’Eurasie. Les nouvelles routes de la soie, et en particulier le corridor terrestre, ont pour but à la fois d’accroître, grâce à la mise en place d’un véritable plan Marshall qui ne dit pas son nom, la présence économique chinoise sur sa périphérie mais aussi de pacifier celle-ci et d’y améliorer la sécurité des intérêts et des ressortissants chinois. Ces routes de la soie sont aussi appelées à renforcer la connectivité économique et politique entre la Chine et le reste de l’Eurasie, l’Afrique et le Moyen-Orient, et à contourner ou affaiblir la puissance américaine.
Renforcement et modernisation du potentiel militaire

Les dépenses militaires de la Chine sont en hausse constante depuis les années 1990 ; son budget militaire est aujourd'hui le deuxième du monde[51]. Cela suscite l'inquiétude des États voisins, ainsi que des États-Unis –doc.1 p.249, Une puissance qui fait peur.

Inquiétudes renforcées par l’initiative chinoise dite « stratégie du collier de perles »[52], destinée à garantir la sécurité de ses voies d'approvisionnement maritimes jusqu'au Moyen-Orient, ainsi que sa liberté d'action commerciale et militaire. Elle consiste dans le rachat ou la location pour une durée limitée d'installations portuaires et aériennes échelonnées jusqu'à Port Soudan. Elle a aussi pour but d'encercler l'Inde par des ports au Sri Lanka, au Pakistan, en Birmanie et au Bangladesh.

Conclusion

La Chine est également chez nous, à travers sa diaspora, les migrants légaux et illégaux, ses étudiants, ses produits et la fascination que son altérité exerce sur nous comme une mode culturelle permanente malgré ses variations : hier le maoïsme, aujourd'hui les nouvelles tours de Shanghai. Plus encore, la Chine est dorénavant l'une des principales puissances mondiales. Son retour sur la scène internationale et la force de son développement économique ont été parmi les facteurs majeurs de recomposition des équilibres mondiaux après la fin du fractionnement bipolaire qui a dominé le monde au XXème siècle. L'émergence chinoise nous fait entrer de plain-pied dans un nouveau siècle, qui, au-delà des oppositions idéologiques d'hier, remet aussi en question des lectures ancrées depuis longtemps dans nos esprits : empire américain, domination des pays industrialisés, suprématie de la modernité occidentale. Dans un monde où l'augmentation des interdépendances économiques s'accompagne de nouvelles tensions et revendications identitaires, le poids de la Chine, plus encore que celui du Japon, place l'Asie orientale comme un partenaire décisif de notre propre avenir.


[1] « …celle de Mao Zedong, en 1949, qui instaure une République populaire, l’étatisation de l’économie et la dictature du Parti communiste ; celle de Deng, en 1979, qui a fait de la Chine un pays où le capitalisme triomphe, mais pas la démocratie. » -E. Izraelewicz, Chine, de la Révolution à la naissance d’un géant, 2013

[2] Une citation souvent employée, pour ne pas dire un peu usée, peut-être appelée en renfort ici : « Quand la Chine s'éveillera… le monde tremblera » (il s’agit du titre d’un essai d'Alain Peyrefitte paru en 1973).

[3] Depuis le XIXème siècle, Européens, Américains et Japonais ont imposé leur influence à la Chine.

[4] Après la défaite japonaise (1945), une guerre civile oppose de 1944 à 1949 les communistes dirigés par Mao Zedong –Biographie p.235 aux nationalistes du Guomindang –Notion-clé p.224 dirigés par Tchang Kaï-Chek –Biographie p.235. Malgré le soutien des États-Unis, Tchang Kaï-Chek est vaincu et contraint à l’exil sur l’île de Taïwan, où il fonde la République de Chine, tandis que Mao Zedong proclame la République populaire de Chine (1er octobre 1949).

[5] L'inflation est jugulée, à la grande satisfaction de la population.

[6] Ou « Trois Anti » : anticorruption, antigaspillage, antibureaucratie.

[7] Ou « Cinq Anti » : pots-de-vin, fraude fiscale, détournements de biens publics, escroqueries dans les contrats passés avec l'État et obtention illicite d'informations économiques auprès de l'État.

[8] En dépit de la rhétorique officielle qui fait des paysans le fer de lance de la Révolution, la livraison des récoltes se fait à des prix fixés exagérément bas.

[9] Il existe bien des partis politiques « alliés » (qui perdurent jusqu'à aujourd'hui), comme la Ligue démocratique, mais ce n'est qu'une fiction de démocratie.

[10] La campagne des Cent fleurs se déroule de février à juin 1957. Mao, pour rétablir son autorité sur le Parti, affaiblie depuis le VIIIe Congrès, appelle à une « campagne de rectification ». Le principe est de redonner une certaine liberté d'expression à la population, tout particulièrement aux intellectuels, pour critiquer le Parti. La campagne des Cent fleurs est l'histoire d'« une comédie qui va se muer en tragédie » (Jean-Luc Domenach). En effet, le Parti réagit à la contestation en lançant une répression féroce qui fera plusieurs centaines de milliers de victimes emprisonnées, déportées et parfois exécutées. (Source : Wikipédia)

[11] Les dirigeants chinois reprochent aux Soviétiques de ne pas leur fournir toute l'assistance dont ils ont besoin, notamment pour se doter de l’arme nucléaire –dont elle disposera finalement dès 1964.

[12] Mao Zedong apprécie peu les remises en cause du culte de la personnalité et du pouvoir personnel, qui pourraient fort bien s'appliquer à lui.

[13] Sa présence lors de la conférence de Bandung (1955) puis son ralliement aux non-alignés –non-alignement : vocabulaire p.241 annoncent déjà le rôle de chef de file qu'elle entend jouer auprès des nouveaux pays décolonisés.

[14] Cf. la notion de « révolution permanente », initialement théorisée par Marx, réinterprétée par Trotsky puis Mao, entre autres.

[15] L'enthousiasme révolutionnaire est censé aplanir toutes les difficultés techniques. Le Grand Bond en avant pousse à l'extrême la logique de la collectivisation dans le monde rural : toutes les terres et tous les biens sont mis en commun dans le cadre des communes. Les repas ne sont plus préparés et consommés dans les familles, mais dans des cantines collectives (Cf. article Wikipédia).

[16] …qui, du reste, produisent un acier inutilisable.

[17] Témoignages et mémoires de cette période troublée… Lire : http://weibo.blog.lemonde.fr/2014/01/13/en-chine-le-repentir-de-lancienne-garde-rouge-enragee/

[18] …destruction de temples, de livres, d'œuvres d'art, etc.

[19] Cf. le célèbre écrivain Lao She, poussé au suicide en 1966. À lire : « Vie et mort de Lao She racontées par son fils », Libération, 25 juin 1998

[20] Lin Biao, dont la servilité à l'égard de Mao semble absolue, est alors désigné comme son successeur.

[21] En dix ans, plus de 17 millions de jeunes gens resteront en moyenne six ans à la campagne pour, selon la phraséologie du moment, « apprendre des masses ». Une génération entière (à laquelle appartiennent par exemple les prix Nobel de littérature Gao Xingjian et Mo Yan ou encore le réalisateur Zhang Yimou) en a été profondément marquée.

[22] Le 13 septembre 1971, dans des conditions rocambolesques. Lin Biao sera réhabilité en 2007.

[23] Cf. manuel Nathan p.241 : « Son audience internationale est exceptionnelle, Mao incarnant l'espoir révolutionnaire des années 1960. Pour de nombreux intellectuels et étudiants déçus par l'URSS, la Chine maoïste est le laboratoire d'une société égalitaire brisant les hiérarchies élitistes. Pour les ressortissants du tiers-monde, elle se présente comme un modèle de développement autonome adapté aux contraintes des pays pauvres, restés ruraux et faisant face à une forte croissance démographique ». Cf. également la Théorie des trois mondes de Mao Zedong.

[24] Il dirigera la Chine jusqu’en 1992.

[25] Cf. le fameux dicton repris par Deng Xiaoping : « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, s'il attrape la souris, c'est un bon chat » (1960)

[26] En réalité, les investissements réalisés en Chine proviennent pour une part importante de Hong Kong, de Taïwan et des Chinois d'outre-mer.

[27] NB : une partie de l'essor économique de cette époque constitue un rattrapage des années de la Révolution culturelle.

[28] Dans un premier temps, il s’agit de biens courants destinés à l’exportation ; la « montée en gamme » sera postérieure.

[29] Il n'est bien sûr pas question de syndicats indépendants

[30] La barre du milliard d’habitants n'est franchie qu'au début des années 1980. En 2011, la population chinoise s'élevait à 1,347 milliard.

[31] Début d’une vague de privatisations.

[32] Jiang Zemin : président de la République populaire de Chine entre 1993 et 2003

[33] Hu Jin Tao : président de la République populaire de Chine du 15 mars 2003 au 14 mars 2013.

[34] Il faut souligner la portée de l’évènement, l'île de Hong Kong étant devenue une propriété de la couronne britannique à l'issue de la première guerre de l'opium et du traité de Nankin (1842).

[35] De cette façon, les rétrocessions n’ont entraîné ni exode de population, ni fuites de capitaux, ni ralentissement économique. À lire : Hong Kong et Macao, modalités d’une rétrocession réussie… ce qui n’empêche pas certaines tensions, comme lors de la « révolution des parapluies » de 2014.

[36] À découvrir, parmi 24 documentaires multimédia, un portrait édifiant… et émouvant : « Zhang, une jeunesse chinoise » : http://www.france5.fr/portraits-d-un-nouveau-monde/#/theme/chine/zhang-une-jeunesse-chinoise/

[37] En termes de PIB par habitant, en revanche, la Chine reste loin derrière les pays occidentaux et le Japon (5430 dollars en 2011 contre plus de 40000 au Japon).

[38] Grâce à sa politique d'ouverture, la Chine a intégré tous les organismes financiers internationaux : FMI et Banque mondiale en 1980-1981, OMC en 2001.

[39] Seize des vingt villes les plus polluées du monde se trouvent en Chine. À lire, Le Monde, 21 octobre 2013, « En Chine, Harbin paralysée par la pollution »

[40] L’automne 2013 est marqué par des annonces fortes : assouplissement de la politique de l’enfant unique, abolition du Hukou, fermeture des laogai.

[41] Le PCC, tout puissant, voit ses effectifs dépasser aujourd'hui les 80 millions. Le terme de « communiste » ne doit plus faire illusion : adhérer au PCC concrétise surtout une réussite sociale (40% des entrepreneurs en sont membres).

[42] Cf. la lutte contre le Falungong (mouvement syncrétique prônant une doctrine moralisatrice, messianiste et apocalyptique ainsi que la pratique de la méditation et de techniques corporelles) depuis la fin des années 1990. Comptant des dizaines de millions de membres, excellant à utiliser les techniques les plus modernes de communication, ce mouvement est perçu comme une intolérable menace.

[43] Accord avec le Vietnam en 1999, la Russie en 2004. Des différends demeurent néanmoins avec l’Inde au sujet du Tibet.

[44] La Chine s'oppose au Japon à propos de la souveraineté sur les îles Senkaku (en japonais / Diaoyu (en chinois). La décision récente du Japon de nationaliser ces îles, rachetées à leurs propriétaires privés, a été interprétée comme une provocation par Pékin.

[45] Depuis 2004, les instituts Confucius ont pour but est de diffuser la langue et la culture chinoises. Ils sont environ 700, répartis dans environ 100 pays, dont une quinzaine en France.

[46] Le soft power chinois s'affirme par d'autres voies comme le cinéma ou la mode. Le secteur des dessins animés est qualitativement en net progrès et on peut parier sur des succès à l'exportation dans les années qui viennent.

[47] Soit environ 35 millions de personnes en 2011.

[48] En 2010, elles s’élevaient à 2850 milliards de dollars.

[49] Investissements dans des PED et en Australie au début des années 2000.

[50] Certaines de ces opérations sont très médiatisées, comme l'acquisition de la branche d'IBM fabriquant des ordinateurs par le groupe chinois Lenovo en 2005, qui fait de ce dernier l'un des leaders mondiaux du secteur.

[51] Par exemple, son premier porte-avions est entré en service en septembre 2012

[52] Cf. article Wikipédia.