TES/L - Thème 3 / Dynamiques géographiques des grandes aires continentales - Question 3 / L'Asie du Sud et de l'Est : les enjeux de la croissance

Plan

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I. ÉTUDE DE CAS. MUMBAI : MODERNITÉ, INÉGALITÉS
 A. UNE MÉTROPOLE MONDIALE VITRINE DE L’INDE ÉMERGENTE
  1. Mumbai capitale économique de l’Inde
  2. Métropole mondiale émergente
 B. LES EFFETS DE LA MÉTROPOLISATION
  1. Centres anciens et nouveaux
  2. Le MMRDA, acteur incontournable et ambitieux
  3. Des disparités qui s’accentuent.
 CONCLUSION

II. L’ASIE DU SUD ET DE L’EST : LES DÉFIS DE LA POPULATION ET DE LA CROISSANCE
 A. LA DÉMOGRAPHIE : ASPECTS, ATOUTS, CONTRAINTES
 B. CROISSANCE ET DÉVELOPPEMENT
  1. L’intégration à la mondialisation : sans cesse accrue, toujours plus profitable
  2. Différents niveaux d’émergence
  3. Limites et fragilités

III. JAPON-CHINE : CONCURRENCES RÉGIONALES, AMBITIONS MONDIALES
 A. DES FORMES ET DES NIVEAUX DE DÉVELOPPEMENT DIFFÉRENTS
  1. Le Japon, au cœur de la « Triade »
  2. La Chine, puissance « émergée » ?
 B. INTERDÉPENDANCES ET RIVALITÉS, AUX ÉCHELLES RÉGIONALE ET MONDIALE
  1. Interdépendances, concurrences
  2. L’ambition de la Chine : poursuivre l’émergence 
  3. L’ambition du Japon : consolider sa puissance
 CONCLUSION

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Manuel p.262-319

Introduction

Problématiques p.262-263, Grand angle p.264-265, Cartes p.266- L’Asie du Sud et de l’Est (ce qui exclut l’Asie centrale et la partie orientale de la Russie) concentre la majeure partie de la population mondiale avec plus de 3,5 milliards d’habitants.

C’est la partie du monde qui connaît actuellement la plus forte croissance économique. Initialement centrée sur l’Asie de l’Est, cette croissance s’est diffusée à la partie méridionale du continent.

Mais l’Asie est également le continent qui compte aujourd’hui le plus de personnes pauvres, soulignant ainsi que son essor économique ne permet pas, pour l’instant, de répondre complètement aux besoins de sa très nombreuse population.

Il s’agira donc ici de conduire une réflexion sur un problème-clé de l’évolution de la planète : les liens existants entre population et croissance économique dans un espace encore assez largement à la recherche d’un véritable développement.

En quoi le cas de Mumbai est-il révélateur à la fois du dynamisme économique de l’Asie du Sud et de l’Est et des profondes inégalités qui affectent cet espace ?

Quelle relation existe-t-il entre croissance démographique et croissance économique en Asie du Sud et de l’Est ? La croissance démographique est-elle un potentiel ou un frein pour l’essor économique des pays asiatiques ? Comment mettre la croissance économique de cet espace au service de son développement ?

Quel pays assurera, à l’avenir, le leadership dans cette région du monde en pleine croissance économique ?

 

I. Étude de cas. Mumbai : modernité, inégalités

Carte 2 p.268, La région métropolitaine de Mumbai- Bombay (Mumbai depuis 1996 en langue marathi, État du Maharashtra) : 12,5 millions d’habitants dans la Municipalité, 21 millions dans l’agglomération (l’une des principales mégapoles mondiales).

Carte 6 p.269, Mumbai, une région métropolitaine- Presqu’île sur la mer d’Oman, le site comporte une lagune et sept îles réunies par les Britanniques. Au pied des Ghâts[1] occidentaux, c’est la porte d’entrée de l’Inde pour les Britanniques, d’où démarre le réseau ferré dont ils dotent les Indes coloniales. Remarquable site portuaire (à l’origine c’est une création portugaise, britannique depuis 1661), sa croissance s’accélère avec l’ouverture du canal de Suez (1869). Le fleuve Ulhas trouve ici son embouchure.

En quoi le cas de Mumbai est-il révélateur à la fois du dynamisme économique de l’Asie du Sud et de l’Est et des profondes inégalités qui affectent cet espace ? Quelles sont les dynamiques de cette métropole mondiale émergente ?

A.  Une métropole mondiale vitrine de l’Inde émergente

1.   Mumbai capitale économique de l’Inde

Texte 4 p.269, Mumbai, capitale économique de l’Inde + Carte 2 p.268, La région métropolitaine de Mumbai- Ville industrielle, Mumbai assure le quart de la production industrielle indienne. La ville concentre aussi de nombreuses activités tertiaires et une capacité économique décisionnelle unique en Inde grâce à la présence des sièges sociaux des plus grandes entreprises indiennes. Mumbai est en outre au cœur des opérations financières (70% des transactions financières de l’Union Indienne) : Cf. le BSE (Bombay Stock exchange), actif depuis 1875 (la bourse la plus ancienne d’Asie) connu aussi sous le nom de Dalat Street, qui établit l’indice India Sensex 30.

Mumbai est un des plus importants pôles d’enseignement supérieur en Asie, considéré comme le hub de la recherche indien. On y trouve l’Institut Tata pour la recherche fondamentale, un centre de recherche atomique, des organismes de recherches sur les TIC, etc.

Carrefour portuaire ferroviaire, autoroutier, Mumbai dispose d’importants équipements portuaires et aéroportuaires (Hub : bicéphalie avec Delhi)

2.   Métropole mondiale émergente

Statistiques 3 p.268, Mumbai, une ville mondiale- Capitale économique d’une puissance émergente, Mumbai figure au rang des villes mondiales. L’activité économique s’y inscrit dans la continuité du capitalisme indien né pendant la période de colonisation britannique : ainsi, Tata est établi à Mumbai depuis 1859, dans l’industrie sidérurgique sous la direction de Jamsetji Nasawanji Tata. Il rachète et crée plusieurs usines et s’engage dans la sidérurgie intégrée en achetant en Inde de l’est des gisements de fer à proximité de mines de charbon. Après sa mort ses fils créent en 1907 la Tata Iron and Steel Company (8000 actionnaires indiens), qui coule son premier acier en 1913. Aujourd’hui c’est un groupe global, mondialisé par Ratan Tata : il pèse 2,5% du PIB indien, et constitue un conglomérat hétéroclite : Hôtels de luxe, automobile[2], téléphonie mobile, thé (rachat de Tetley), informatique.

Doc.5 p.269, Affiche du film Bombay Talkies- Mumbai est un Pôle cinématographique et télévisuel (Bollywood), ce qui lui confère une fonction culturelle importante, et un large rayonnement en Asie et au-delà[3].

B.  Les effets de la métropolisation

1.   Centres anciens et nouveaux

Du fait de ses fonctions métropolitaines et de ses nombreux échanges avec l’extérieur, Mumbai connaît une croissance économique forte, qui se lit dans l’organisation de l’espace urbain[4]

La population de Mumbai a quadruplé au XIXème siècle, également marqué par de grands travaux d’assèchement, de remblai pour relier les sept îles entre elles[5]. Mais la croissance démographique s’est accentuée à partir des années 1950 : en 2013, Mumbai est la 5ème agglomération la plus peuplée au monde[6]. La municipalité est constituée de la ville-centre et de ses banlieues (intégrées dès 1960) -Carte 2 p.268, La région métropolitaine de Mumbai. L’ensemble forme aujourd’hui une puissante région métropolitaine[7], marquée par un déclin démographique de la ville-centre amorcé dès les années 1960.

L’évolution de la ville-centre de Mumbai liée au renforcement de ses fonctions de commandement s’accompagne de la hausse du prix de l’immobilier et de la verticalisation des quartiers centraux[8]. Cela se traduit :

  • par des aménagements spectaculaires : Cf. les tours du CBD de Narinam Point –doc.1 p.268, Le centre de Mumbai, les malls…
  • par la tertiarisation et gentrification du centre : usines déplacées vers la périphérie, convoitise immobilière (avec fortes résistances) sur les bidonvilles, installation des classes moyennes et supérieures[9] -doc.8 p.270, Des appartements luxueux pour les classes aisées;
  • par le développement de nouveaux centres d’affaires, comme Oshiwara, et surtout Bandra Kurla Complex (BKC), aménagé dans les années 1980, qui accueille des grands hôtels, des consulats, la bourse aux diamants, la Banque centrale.

2.   Le MMRDA, acteur incontournable et ambitieux

Les autorités ont défini à la fin des années 1960 une région métropolitaine immense qu’ils s’efforcent d’organiser, par exemple en implantant des villes nouvelles[10]. Aujourd’hui, la métropole se présente comme un vaste territoire composite, partiellement aménagé de manière administrée, partiellement aménagé de façon anarchique -doc.9 p.270, Des infrastructures insuffisantes.

Dans ce contexte, la Mumbai Métropolitan Regional Development Authority (MMRDA) est un acteur incontournable, chargé de concevoir et de planifier la politique urbaine. Ainsi, la MMRDA achète et revend des terrains, modernise le port -doc.17 p.273, Faire du port Mumbai le 10e mondial, aménage l’aéroport -doc.13 p.272, Construire de nouvelles infrastructures : un nouvel aéroport, le métro et le métro aérien qui doivent compter 8 lignes d’ici 2020 pour surmonter les problèmes de saturation des trains de banlieue -doc.12 p.271, Saturation urbaine et transports, construit le pont maritime de Bandra-Worli Sea Link[11], etc. -doc.18 p.273, Gérer l’extension de la métropole

Depuis 1995, les autorités affichent une volonté politique de faire disparaître les slums. Le SRS (Slum Rehabilitation Scheme), qui associe le MMRDA à des acteurs privés, a conduit d’importants programmes de destruction mais peine à reloger les personnes déplacées : pour l’heure seulement 12% de l’objectif de relogement est atteint -doc.11 p.271, Attractivité et problème de gestion urbaine.

3.   Des disparités qui s’accentuent.

Mumbai compte une classe moyenne en plein développement et des populations très aisées en raison de la croissance économique importante que connaît la ville et de sa bonne intégration à la mondialisation -doc.8 p.270, Des appartements luxueux pour les classes aisées + doc.7 p.270, La rue Sadashiv Lane…

Doc.10 p.271, Le slum de Dhobi Ghat- Plus de la moitié des habitants vit dans des slums regroupant des habitations plus ou moins précaires, de l’habitation « durcifiée » à la hutte… Les slums qui occupent 15% de la superficie de la ville. Dharavi, avec ses 700 000 habitants sur 200 ha à l’Est de l’aéroport, est le plus grand bidonville du monde, mais la ville compte également d’innombrables « slums pockets », petits bidonvilles faciles à détruire.

La ville a grandi anarchiquement depuis plusieurs décennies en raison d’une très vive croissance urbaine, souvent sous la forme de quartiers informels ou d’habitats précaires. Doc.16 p.273, Résoudre le problème des slums- Dans ces slums qui regrouperaient aujourd’hui plus de 6 millions d’habitants, l’IDH est plus faible que dans le reste du territoire urbain : concrètement, la population n’y a pas accès aux services de base comme l’eau[12] et les transports, présente de faibles taux de scolarisation, des taux de fécondité, de mortalité, de violences conjugales, etc. plus élevés.

Conclusion

Avec ses 21 millions d'habitants, l'agglomération de Mumbai est aujourd’hui la métropole la plus dynamique de l'Inde. Elle concentre les activités les plus modernes et les plus prestigieuses, abrite le premier port de conteneurs et le premier centre financier du pays, ce qui lui permet d'insérer le pays dans les flux de la mondialisation. Son importante croissance démographique, facteur et manifestation de sa puissance, rend encore plus aigus les contrastes sociaux caractéristiques de l'Inde. L'extrême richesse voisine avec l'extrême pauvreté, et les conditions de vie dans les très nombreux bidonvilles de l'agglomération constituent des freins puissants au développement et à l'épanouissement économique.

Mumbai est une métropole mondiale émergente où les contrastes sociaux restent le principal défi : un cas emblématique du dynamisme économique de l’Asie du Sud et de l’Est et des inégalités qui persistent pourtant sur ce continent, voire même sont amplifiées par cet essor.

Synthèse p.274-275, Croquis p.276-277, Sujets bac p.278-279

II. L’Asie du Sud et de l’Est : les défis de la population et de la croissance

Ce constat d’un essor économique accompagné d’importantes inégalités à Mumbai peut ensuite être repris, précisé et nuancé à l’échelle de l’Asie du Sud et de l’Est par une interrogation sur les défis posés par la gestion de l’importante population et de la croissance économique forte de cet espace.

L’Asie du Sud et de l'Est regroupent plus de la moitié de l'humanité, et connaît en effet sur toute cette période la croissance économique la plus forte de la planète.

A.  La démographie : aspects, atouts, contraintes

Cours 1 p.280, 4 milliards d’habitants : atout ou frein ? L’Asie du Sud et l’Asie de l’Est correspondent aux principaux foyers de peuplement mondiaux. La population de l'Asie du Sud et de l'Est atteint les 4 milliards d'habitants –Repère p.280 :

  • L’Asie du Sud, correspondant au sous-continent indien, marqué par la civilisation indienne, l’hindouisme mais aussi l’islam, qui compte 1,620 milliard d’habitants, principalement en Union Indienne (1,310 milliard), au Pakistan (175 millions) et au Bangladesh (152 millions).
  • L’Asie du Sud-Est, aux confins des influences indiennes, chinoises et malaises dispose de 600 millions d’habitants ; les pays les plus peuplés sont l’Indonésie (255 millions), les Philippines (92 millions) le Viêtnam (92 millions) la Thaïlande (67 millions) et la Birmanie (54 millions)
  • L’Asie de l’Est, marqué la civilisation chinoise et sa culture confucianiste, abrite 1,590 milliard d’habitant : 1,380 milliard en Chine, 127 millions au Japon, 50 millions en Corée du Sud.

Carte 1 p.266, Les densités de population- Les zones littorales de l'Asie orientale et les vallées des grands fleuves, par exemple le Gange, présentent des densités rurales très élevées[13] -Vocabulaire p.280 + doc.2 p.281, La boucle du riz. Le processus de mondialisation et une fulgurante urbanisation ont encore renforcé leur poids. Carte 2 p.266, La population urbaine- Le taux d'urbanisation du continent n'est que de 42%, mais cela représente deux milliards d'urbains, et le processus d'exode rural se poursuit[14]. Au Japon, la mégalopole regroupe 105 millions d'habitants, et certains géographes lisent dans l’essor des villes littorales chinoises (Tianjin, Shanghai, Hong-Kong…) la formation à venir d'une mégalopole chinoise. Sur les cinq villes les plus peuplées du monde, trois sont situées en Asie du Sud et de l’Est[15] –doc.4 p.293, Les très grandes villes du monde.

Doc.3 p.281, La transition démographique en Asie du Sud et de l’Est + Vocabulaire p.280- Si dans l'ensemble de cet espace, la transition démographique est en voie d'achèvement, la région présente une grande disparité : le maintien d'une forte fécondité dans les pays pauvres (Laos, Népal, Afghanistan) contraste avec des pays ayant achevé leur transition démographique (Japon, Chine) ; la mortalité infantile au Laos (60‰) est plus de 25 fois supérieure à celle du Japon ou de Singapour ; Les Philippines sont en pleine transition, avec 3,1 enfants par femme et un taux de mortalité de 5,41‰. En Chine, la fécondité est désormais basse, au prix d'une politique autoritaire de contrôle des naissances[16]. L'Inde, qui n'a pas eu recours à des politiques coercitives comme la Chine, est dans une position intermédiaire[17] ; elle gagne 19 millions d'habitants chaque année, ce qui devrait faire d’elle le pays le plus peuplé de la planète vers 2035 –Focus p.282-283, Vers une remise en cause des politiques démographiques ? Nous avons donc des évolutions démographiques convergentes mais décalées dans le temps -Carte 4 p.267, L’indice synthétique de fécondité.

La présence d'une main-d'œuvre abondante a assuré les bases de la croissance, notamment dans l'agriculture, puis dans l'industrie. Cette force du nombre est une des caractéristiques de la région. Cette très nombreuse population est un aiguillon pour la croissance économique (main-d’œuvre) importante, jeune et de plus en plus souvent bien formée). Elle représente aujourd'hui également un immense marché de consommateurs potentiels.

Mais le poids démographique représente également de véritables défis en termes de santé, d’éducation, de logement, et parfois même encore d’accès à l’alimentation.

B.  Croissance et développement

Cours 2 p.284, Pourquoi l’Asie du Sud et de l’est connaît-elle une forte croissance économique ? La croissance économique marquée que connaissent aujourd’hui les pays asiatiques est susceptible de les aider à surmonter ces difficultés. En effet, l’Asie est devenue le moteur de l’économie mondiale, Chine en tête[18] : en 30 ans, grâce à un taux de croissance annuel moyen supérieur à 7,5%, la part de l’Asie émergente dans le PIB mondial a grimpé de 10 à 35%.

1.   L’intégration à la mondialisation : sans cesse accrue, toujours plus profitable

En s'ouvrant, les économies asiatiques ont su tirer parti de la mondialisation, selon des processus d’émergence nationaux différenciés et décalés dans le temps.

Ainsi, pour le Japon, l’amorce du développement remonte à la fin du XIXème siècle, avec l'ère Meiji[19]. Après la Seconde Guerre mondiale, la réindustrialisation, soutenue et coordonnée par le MITI[20], s’appuie sur l’action de puissantes firmes industrielles (keiretsu[21]) et commerciales (sogo shosha) pour ouvrir une phase de « Haute croissance ».

Sous l’impulsion du Japon, la stratégie du « vol d'oies sauvages » -Repère p.284, doc.3 p.285 a fait se succéder plusieurs cycles, portant jusqu'aux années 1980 une croissance élevée, et diffusant cette croissance en Asie de l’Est et du Sud-Est.

D’où les succès des NPIA (nouveaux pays industriels asiatiques, ou « dragons » : Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong) depuis les années 1970[22]. Dans leur sillage, les « bébés Tigres » (Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Philippines, Viêt-Nam) se sont également lancés dans une politique d'ouverture économique[23], ainsi que la Chine à partir de 1978, et l’Inde beaucoup plus récemment.

La production industrielle joue donc un rôle fondamental dans la croissance de la région : produits de haute technologie au Japon et en Corée, produits à bas coût compétitifs en Chine, dont la production industrielle a dépassé en volume celle des États-Unis. En Chine et en Inde, l'industrie développe, en plus des productions destinées à l’exportation, des produits également accessibles à une partie du marché intérieur[24]. Les délocalisations industrielles venues d'Europe et d'Amérique du Nord contribuent à cet accroissement de la production. De grands groupes industriels japonais (Toyota, Sony), coréens (Samsung, Hyundai), chinois (Lenovo, Geely[25]), et aujourd’hui indiens (Reliance, Tata[26]), sont partis à la conquête des marchés mondiaux. Cette industrie a été littoralisée de façon à optimiser les coûts de transport et à réduire les délais. Les interfaces maritimes de l’Asie sont parmi les plus actives au monde.

Les services et la R&D jouent également un rôle éminent dans certaines émergences, notamment celle de l’Inde : si la Chine est le nouvel « l’atelier du monde », pour certains l’Inde est en passe de devenir « le bureau du monde ». En effet, outre le bénéfice qu’elle a tiré des délocalisations tertiaires[27], l’Inde monte en gamme –doc.3 p.301, L’Inde, pays archipel et en puissance grâce à ses secteurs de pointe comme l'informatique[28] ou l’industrie pharmaceutique[29].

Le processus d'émergence a conduit à un important accroissement des flux de marchandises, mais aussi des flux financiers. Le Japon depuis la « haute croissance », et plus récemment la Chine et l'Inde investissent dans le monde entier[30], par l’intermédiaire de leurs investisseurs privés et de leurs fonds souverains : les excédents dégagés permettent à l’Asie émergente de participer à leur tour aux investissements étrangers de manière massive en rachetant des entreprises occidentales ou originaires de PED. Les bourses de Tokyo (Kabuto Cho) puis de Shanghai et de Hong Kong sont de premier rang, devant celles de Taipei, Shenzhen et Séoul.

2.   Différents niveaux d’émergence

Cours 3 p.288, La croissance économique permet-elle le développement ? L’émergence économique de la région est inégale, à toutes les échelles

a.    À l’échelle du continent : hiérarchies nationales

Carte 3 p.267, Un développement inégal + Cours 3.1 p.288, Un développement très inégal- La locomotive économique de la région reste le Japon, même si le PIB chinois a dépassé en valeur absolue (mais pas par habitant[31]) le PIB japonais.

Les « quatre dragons » (Corée du Nord, Taïwan, Singapour et Hong Kong) ont désormais un profil économique qui les rattache à des pays industriels développés[32].

Les autres pays asiatiques présentent des profils très variés, des « bébés tigres » (Indonésie, Philippines…) prometteurs mais encore fragiles aux PMA comme le Cambodge ou le Bangladesh.

Les IDH reflètent ces forts contrastes.

b.   À l’échelle des États : villes et campagnes

Cours 3.2 p.288, Des disparités socio-spatiales en milieu rural comme en milieu urbain- En Chine, les inégalités sont profondes entre les régions littorales, moteurs de la croissance, et l’intérieur où des poches de pauvreté persistent. En Inde, les États de la moitié sud-ouest ont un revenu par habitant trois fois supérieur à ceux qui sont dans la moitié nord-est. Les États les plus riches et leurs métropoles (Mumbai) s'enrichissent encore plus vite que les autres, parce qu'ils attirent les investissements extérieurs. Certains économistes estiment qu’en Inde, il y a de la croissance sans réel développement en dehors de quelques poches urbaines -Focus p.290-291, L’Inde : comment transformer la croissance en un véritable développement. C’est souvent le cas dans l’ensemble de l’Asie émergente, où le fossé villes-campagnes se creuse dangereusement.

Grâce aux réussites de la « Révolution verte » -Vocabulaire p.288 + doc.3 p.289, Des progrès alimentaires en Inde ? à partir des années 1960, la sécurité alimentaire a progressé malgré l’accroissement démographique, mais de manière relative et inégale : ainsi, si la Chine n'a plus que 10% de sa population souffrant de sous-nutrition, ce taux est de 19% en Inde et 25% au Cambodge[33].

La Chine et l'Inde sont deux géants économiques qui conservent cependant certaines caractéristiques de pays en développement, et dans lesquels seules certaines parties du territoire et de la population profitent réellement des fruits de la croissance. Dans les campagnes, l'enjeu est de continuer à intensifier et moderniser l'agriculture sans perdre d'emplois, pour réduire l’écart de niveau de vie entre ville et campagne et contenir peu ou prou l'exode rural, qui est déjà le plus massif que l'histoire ait jamais connu[34]. Avec plus de 1,4 milliard de citadins en 2010, la population urbaine de l'Asie du Sud et de l'Est a presque quintuplé depuis 1960. L'Inde comptait alors sept agglomérations millionnaires ; il y en a plus d'une quarantaine aujourd'hui.

3.   Limites et fragilités

a.    De la croissance économique au développement durable

La persistance de l’extrême pauvreté -Repère + Vocabulaire p.288 pose de manière insistante le risque d’une croissance sans développement.

Les inégalités sociales

Si l’on assiste à un spectaculaire recul de l’extrême pauvreté[35], celui-ci est très inégal. En effet, presque partout en Asie, le niveau de vie moyen s'élève, entraînant de profondes mutations sociales : une minorité s'enrichit brutalement, les classes moyennes s'étoffent -doc.2 p.288, L’essor des classes moyennes en Asie. Mais l'Asie demeure le continent qui compte le plus de pauvres : 2,2 milliards de personnes en Asie du Sud et de l'Est[36].

Eldorados incertains de masses rurales grandissantes, les grandes villes souffrent de congestion et de dysfonctionnements auxquels s’ajoutent de fortes ségrégations socio-spatiales : de riches quartiers fermés voisinent avec des bidonvilles (Cf. Mumbai).

Les fragilités du modèle économique

La région ne dispose en effet que de très peu d'hydrocarbures[37], qui doivent être presque tous importés du Moyen-Orient.

Les économies asiatiques sont également très dépendantes de leurs exportations et donc à la merci d'une contraction des marchés en cas de crise (notion d’extraversion économique).

Les fragilités environnementales

Cours 1.3 p.288, Des défis environnementaux accrus…- Confrontée à l'urgence du développement, la croissance asiatique s'est souvent effectuée sans respect pour l'environnement :

Le recours au charbon et l'accroissement du trafic automobile ont fait depuis 2006 de la Chine le premier pays émetteur de gaz à effet de serre.

  • Les activités de type « minier », non durables, se multiplient : en Asie du Sud-Est, bois d'œuvre, huile de palme, etc. sont massivement exportés.
  • Dans les zones d'intensification, les problèmes sont nombreux[38], aggravés parfois par l'essor de l'élevage des crevettes, aux dépens des mangroves ou des rizières.

Les risques divers, accentués par les fortes densités de peuplement y sont importants :

  • L’Asie du Sud et de l'Est sont régulièrement frappées par des catastrophes naturelles : inondations au Bangladesh, séismes en Indonésie[39], en Chine au japon et dans l’Himalaya -doc.1 p.289, Katmandou (Népal) après le séisme de 2015, tsunami sur les littoraux…
  • Les risques liés aux évolutions climatiques sont particulièrement importants et potentiellement dramatiques dans des pays surpeuplés et disposant de peu de moyens de prévention et de secours comme par exemple le Bangladesh[40].
  • Des risques technologiques pèsent sur les pays les plus développés, comme le Japon[41], et les pays émergents, comme l’Inde[42].

b.   De sérieuses tensions géopolitiques

Dans la région demeurent par ailleurs de nombreuses tensions : partage de la région du Cachemire entre l'Inde et le Pakistan, question du Tibet, convoitises de la Chine sur Taïwan, volonté de Pékin d'accroître son espace maritime en mer de Chine, guérillas aux Philippines...

Les organisations internationales régionales comme l’ASEAN (Association of South East Asian Nations) peinent à régler ces différends.

III. Japon-Chine : concurrences régionales, ambitions mondiales

Cartes p. 292-293, Chine et Japon…- L’étude de cette question comporte une approche comparative du rôle joué en Asie et dans le monde par les deux puissances majeures de la région : le Japon et la Chine.

A.  Des formes et des niveaux de développement différents

Cours 4 p.294, Japon et Chine, deux puissances comparables ? + Repère p.294

1.   Le Japon, au cœur de la « Triade »

Le Japon est le cœur du pôle asiatique de la Triade[43]. Malgré le fort ralentissement économique observé depuis les années 1990 et la remise en cause du modèle japonais[44] qu’il induit, le Japon reste le pays d’Asie orientale le plus riche, le plus développé, le plus avancé technologiquement[45]. Doc.4 p.295, PIB et PIB/hab. au Japon et en Chine + doc.2 p.295, Les 10 premiers pays selon le PIB-PPA en 2015- Son PIB a certes été dépassé par celui de la Chine en 2010, mais il reste le troisième du monde. Rapporté au nombre d'habitants (127 millions), il est largement supérieur à celui de la Chine. Son IDH de 0,912 est l'un des plus forts au monde, contre 0,699 pour la Chine (101e rang mondial).

Pays anciennement développé, à l’économie extravertie, le Japon dont le territoire insulaire est très largement soumis aux contraintes naturelles et dispose de peu de matières premières a misé sur une montée en gamme précoce (dès le premier choc pétrolier), qui lui a permis de s’imposer comme une puissance manufacturière majeure.

Après sa très forte croissance à partir des années 1950 (la « haute croissance »)[46], le Japon s’affirme au cours des années 1980 dans l'économie mondiale, dont il devient un des trois pôles dominants, avant de connaître un net ralentissement économique à partir des années 1990.

Le Japon reste une puissance industrielle fortement innovatrice et jouissant d’une réputation d’excellence, qui s’appuie sur des FTN puissantes, présentes sur tous les continents. C’est une grande puissance commerciale, économique et financière :

  • Commerciale (4ème exportateur mondial de marchandises en 2016[47]) ;
  • Économique (3ème PIB mondial en 2010 ; 51 FTN parmi le « top 500 » de l’année 2016[48]) ;
  • Financière : Cf. importance de la Bourse (Tokyo Stock Exchange), puissance de son secteur bancaire, ampleur des IDE sortants japonais (4e rang mondial en 2016).

2.   La Chine, puissance « émergée » ?

Depuis 1949, la Chine a su relever le défi de l’alimentation d’une population en très forte croissance (1,380 milliards d’habitants en 2017). L’arrivée au pouvoir en 1978 d’un groupe de dirigeants « pragmatiques » a permis l’ouverture économique du pays et son intégration rapide dans la mondialisation.

La Chine a fondé son développement industriel dans les années 80 sur l’ouverture aux implantations étrangères permettant l’exportation de produits bas de gamme fabriquée par une main-d’œuvre innombrable et longtemps très bon marché. Ces implantations étrangères ont permis des transferts de technologie, surtout à partir des zones économiques spéciales (ZES).

Devenue « l’atelier du monde », la Chine a accumulé les excédents commerciaux, qui lui ont permis :

  • de devenir le premier créancier mondial et le premier pays détenteur, après le Japon, de bons du trésor américain ;
  • de miser à son tour sur les hautes technologies en exigeant des transferts comme condition à l’ouverture de son marché intérieur, lui aussi en forte croissance.

La Chine est présente sur tous les continents dans la compétition pour les matières premières, ses entreprises disputent les grands marchés de construction d’infrastructures aux firmes des pays développés et ses industriels rentrent dans le capital ou rachètent des fleurons de l’automobile par exemple, comme Volvo très récemment.

De ce point de vue, les investisseurs chinois n’agissent pas de façon très différente de celle des Japonais dans les années 80. Cette forme de développement agressive et conquérante est source d’une rivalité régionale et mondiale entre les deux géants économiques.

B.  Interdépendances et rivalités, aux échelles régionale et mondiale

Cours 5 p.298, Japon et Chine : partenaires ou rivaux en Asie ? + Focus p.300, Comment s’explique et s’exprime la rivalité géopolitique entre la Chine et le Japon ? + Cours 6 p.302, Chine et Japon : quelles ambitions mondiales ?- La Chine et le Japon disposent tous les deux de façades maritimes et d’une industrie largement littoralisée -Focus p.296-297, Tokyo et Shanghai : deux métropoles concurrentes ? intégrées aux grands flux du commerce mondial de produits manufacturés :

  • la mégalopole japonaise (à la fois l'ensemble urbain le plus dense et le plus peuplé au monde[49], et une des façades maritimes les plus puissantes du système-monde) ;
  • les ports mondiaux chinois : en 2015, sept des dix plus grands ports mondiaux se trouvent en Chine.

1.   Interdépendances, concurrences

Les économies japonaises et chinoises sont aujourd'hui interdépendantes -Repère p.298. Fort de son avance technologique, le Japon exporte vers la Chine des biens intermédiaires (composants électroniques, etc.) et d'équipement (machines-outils, etc.) et importe des produits de moindre valeur ajoutée (textile, électronique grand public)[50].

La complémentarité semble évidente, mais :

  • la montée en gamme des productions chinoises laisse entrevoir une compétition technologique,
  • et les deux pays sont concurrents pour l'accès aux matières premières.

À l’échelle régionale, la Chine et le Japon se livrent à une compétition pour exercer leur influence économique sur les pays de l’association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), même si des accords de libre-échange existent entre ces pays et le groupe des trois, Japon, Corée du Sud et Chine.

Dans ce contexte, la récente croissance des investissements chinois au Japon suscite craintes et débats -doc.3 p.299, « C’est la faute de la Chine ! »…

2.   L’ambition de la Chine : poursuivre l’émergence

a.    À l’échelle mondiale, devenir la première puissance

La Chine est le premier exportateur mondial (ses exportations ont été multipliées par cinq en trente ans), et son PIB est depuis 2010 le deuxième au monde. L’émergence de la Chine créée une situation de déséquilibre face à un Japon qui est un géant économique mais qui reste « un nain politique ». Car en effet, l’influence mondiale de la Chine est plus polymorphe et plus complète que celle du Japon : en plus de sa puissance économique, commerciale et financière, elle peut aussi s’appuyer sur son poids démographique, son influence diplomatique, sa capacité militaire -Repère p.302 et sa représentation dans les grandes organisations internationales (membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1971, du G20 depuis sa création officielle en 1999, de l’OMC depuis 2001).

Sur le plan géopolitique, l’implication accrue de la Chine dans l'aide au développement et dans les opérations de maintien de la paix est croissante. Puissance nucléaire, son budget militaire ne cesse d’augmenter et son armée de se moderniser : à la différence du Japon, la Chine dispose d’un réel hard power, plus complet.

Elle relève à présent de nouveaux défis, pour conjurer le tassement de la croissance, sensible depuis la crise de 2008, et au-delà pour accéder au leadership mondial :

  • mise en valeur et maîtrise du territoire intérieur, en retard sur la façade littorale : drainage des investissements, « délocalisations internes », déploiement d’infrastructures de transport, d’équipements lourds (barrage des Trois-Gorges), exploitation des « terres rares » (minerais rares servant aux produits de haute technologie) -doc.1 p.295, L’usine de traitement de terres rares à Baotou + doc.3 p295, La Chine, premier producteur et exportateur de terres rares…
  • « montée en gamme » : production automobile, mais aussi course à l'espace -doc.1 p.303, Trois « taïkonautes à l’issue de la plus longue mission chinoise habitée dans l’espace, en 2013[51] et production de biens de haute technologie. En effet, si elle a fondé sa réussite sur une production à bas coût, la Chine doit désormais dépasser le stade de pays atelier[52] et construire une puissance industrielle dotée de firmes innovantes, capables d'investir et de rayonner à l'étranger (Cf. les « nouvelles routes de la soie »[53], ou encore la Chinafrique et le Consensus de Pékin -Vocabulaire p.302), ainsi que d’un marché intérieur solvable.
  • Focus p.304-305, Comment le soft power sert-il les ambitions mondiales du Japon et de la Chine ?- Soucieuses du développement d’un soft power, les autorités ont entrepris de promouvoir de la langue et de la culture chinoises, notamment à travers le développement des instituts Confucius. La Chine tente aussi de renforcer ses liens politiques, économiques et culturels avec la diaspora -Vocabulaire p.294 chinoise, qui n'est plus seulement perçue comme un simple investisseur utile à la modernisation économique du pays, mais aussi comme un relais de son influence

b.   À l’échelle régionale, imposer son leadership

La rivalité sino-japonaise est ancienne -doc.1 p.300, Japon et Chine, deux rivaux historiques. Des litiges sont hérités d’une histoire tumultueuse pendant laquelle, à partir de 1895[54], le Japon a participé au dépeçage de l’Empire du milieu. Le contentieux historique lié à l’annexion de la Mandchourie par l'armée japonaise en 1931, à l’invasion japonaise de 1937 à 1945[55], reste vif et dans les deux pays des tensions nationalistes s’expriment. Si le Japon a publiquement exprimé des excuses dès 1972 lors de la normalisation diplomatique entre les deux pays, le différend mémoriel demeure[56]. Aujourd’hui, des différends territoriaux concernant la délimitation des espaces maritimes et des ZEE opposent aujourd’hui la Chine et le Japon en mer de Chine orientale avec les revendications contradictoires sur les îles Senkaku/Diaoyu[57] -doc.3 p.300, La mer de Chine orientale…. Des manœuvres militaires récurrentes opposent les deux pays sur fond de surenchère nationaliste d’une partie de leurs opinions publiques respectives. D’une manière générale, c’est dans l’ensemble de la mer de Chine orientale que la RPC affirme ses ambitions géostratégiques, y compris par la confrontation avec d’autres États de la région : Cf. le cas des îles Spratleys -doc.1 p.299, L’aménagement d’îlots artificiels…

Plus largement, les autorités chinoises développent des coopérations régionales au sein de l’OCS[58] -Vocabulaire p.302 + doc.3 p.303, Principaux accords régionaux impliquant Chine et Japon et déploient un « collier de perles » -Vocabulaire p.302 jusque dans l’océan Indien.

La permanence de ces différends traduit :

  • l'opposition de deux nationalismes forts ;
  • l'existence d'une rivalité de puissance en Asie.

3.   L’ambition du Japon : consolider sa puissance

a.    À l’échelle mondiale

Fort de son assise économique et financière et de ses capacités d’innovation, le Japon est membre des principales organisations internationales regroupant les grands pays industriels, comme le G8, le G20 ou l'OCDE. Il revendique depuis 1993 un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU (n’est-il pas un des principaux financeurs de l’organisation ?), à l’instar de l'Allemagne, du Brésil et de l'Inde) -cette réforme du Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas encore abouti… notamment en raison des réticences chinoises.

Par un fort engagement international, le Japon tente de renforcer sa faible influence géostratégique : il en va ainsi de l’importante aide publique au développement japonaise[59], et du financement des grandes institutions et banques internationales, comme la Banque asiatique de développement (BAD).

Le Japon a développé un réel soft power -Focus p.304-305, Comment le soft power sert-il les ambitions mondiales du Japon et de la Chine ? basé sur son modèle culturel. Il passe par la diffusion de la culture japonaise traditionnelle ainsi que par une culture populaire adaptée au marché mondial[60] : Cf. le « Cool Japan » -Vocabulaire p.302, terme générique utilisé pour définir la culture de masse qui s'est largement répandue dans le reste de l'Asie, en Europe occidentale et en Amérique du Nord.

b.   À l’échelle régionale

Le Japon a été pendant la guerre froide largement bénéficiaire de l’opposition entre l’Est et l’Ouest. Son développement industriel doit beaucoup à sa position de « porte-avions insubmersible » face à l’ex-Union soviétique et à la Chine communiste[61]. Historiquement, il est à l’origine de la diffusion du développement économique de la région[62].

L'émergence d'une Chine entre les mains d'un pouvoir autoritaire et nationaliste suscite la crainte, au Japon, d'une « menace chinoise », d’où le resserrement de l’alliance nipponne avec les États-Unis -doc.6 p.301, Japon et Chine : une rivalité de portée internationale.

La montée en puissance de la Chine conduit actuellement à une recomposition de la géopolitique du Japon : Cf. débat sur l’article 9 de la constitution japonaise qui impose au pays une posture défensive et le non développement du nucléaire militaire a été ouvert. En attendant, des lois ont été adoptées pour autoriser les FAD à participer à des opérations de maintien de la paix de l'ONU ou à des opérations humanitaires[63]. La marine japonaise joue un rôle important à l'échelle régionale, jusqu'au golfe d'Aden, dans la surveillance des lignes maritimes internationales et dans la lutte contre la piraterie.

Allié des États-Unis le Japon dispose d’une force d’autodéfense particulièrement performante et même si la constitution lui interdit de dépasser 1% de son PIB pour la Défense nationale, sa puissance économique fait du pays la quatrième ou la cinquième force militaire mondiale.

Le redéploiement de la puissance militaire américaine vers l’Asie orientale, face à ce que les États-Unis peuvent considérer comme une menace chinoise peut permettre au Japon de s’affirmer face à son rival régional, surtout s’il parvient à convaincre les pays de l’association des nations du Sud-Est asiatique à s’unir à lui.

Conclusion

Dans la compétition qui oppose la Chine et le Japon ces deux États disposent d’atouts différents mais qui peuvent devenir complémentaires. Leur proximité pourrait finalement les conduire à coopérer dans la mesure où leurs économies restent étroitement liées.

Deux scénarii peuvent s’opposer, celui de l’harmonie « Pacifique » avec l’océan du même nom servant de lien entre les trois premières économies du monde, mais aussi celui de la confrontation qui pourrait ouvrir une nouvelle période « de guerre froide ».

Révision p.306-319


[1] Les Ghats occidentaux forment une chaîne de montagne d'environ 1 600 km de long qui se déroule le long de la mer d’Oman à l'ouest et du plateau du Deccan à l'est.

[2] Tata Motors a en outre racheté les marques britanniques Jaguar et Land Rover

[3] Plus de mille films produits par an en Inde dont plus du tiers à Mumbai.

[4] Cf. l’expression employée « Mumbai shanghaïsée »

[5] Excellent site portuaire, Mumbai est en revanche un « mauvais » site urbain, posant de multiples problèmes d’aménagement.

[6] Derrière Tokyo, Mexico, Séoul, New York.

[7] Le MMRDA –Cf. ci-après

[8] Caractéristique de l’Asie du Sud et de l’Est (Cf. Shanghaï)

[9] À Mumbai, le revenu moyen de la population est trois fois supérieur à la moyenne nationale indienne. Cf. ci-après.

[10] Cf. Navy Mumbai, qui compte aujourd’hui plus d’un million d’habitants –doc.1 p.288.

[11] Ce pont permet de relier les banlieues résidentielles de Bandra au centre nord au quartier d’affaire de Worli au sud.

[12] Par exemple : 1 WC pour 81 personnes, seulement 14% des WC publics ont un accès à l’eau. Dans les slums, 1 foyer sur 6 a accès à l’eau courante.

[13] Les plaines alluviales et les deltas (Gange en Asie du Sud, Mékong en Asie du Sud-Est) ont des densités de population rurale dépassant 1 000 hab./km² : des pays largement deltaïques (Bangladesh) atteignent ce seuil.

[14] Sauf au Japon et en Corée, où les taux d'urbanisation sont déjà supérieurs à 8o%.

[15] Tokyo, Séoul, Mumbai.

[16] Cf. règle de« l'enfant unique » à partir de 1979 jusqu’en 2015 –doc. 3 p.282, En 2015, l’abandon de la politique de l’enfant unique.

[17] 2,7 enfants par femme.

[18] En 2012, la Chine représente 15,5% du PIB mondial et l’Inde et le Japon 6% chacun.

[19] L'ère Meiji (1868-1912), initiée par la restauration de Meiji (L'empereur Mutsuhito a pour nom posthume « Meiji », qui signifie « gouvernement éclairé » (lumière/clarté : « mei » et gouvernement : « ji »), marque la fin de la politique d'isolement volontaire (« Sakoku ») et le début de politique de modernisation du Japon.

[20] Le ministère de l'Industrie et de la Technologie, créé en 1949, avait pour mission initiale de réindustrialiser le pays.

[21]Ensemble d'entreprises de domaines variés, entretenant entre elles des participations croisées. Mitsubishi est l'un des exemples les plus caractéristiques de keiretsu : première banque japonaise, mais aussi constructeur automobile, entreprise chimique (la première du pays), producteur de composants électroniques, d'appareils photographiques (Nikon), etc.

[22] Chacun de ces pays s'est attaché à conquérir une position dominante au niveau mondial dans des secteurs industriels : Singapour est devenu le leader mondial des disques durs pour ordinateurs personnels ; Hong Kong, le leader du jouet électronique ; la Corée du Sud, le leader pour les téléviseurs à écran plat et la téléphonie mobile –doc.1 p.301, Les usines Samsung à Tangjeong ; Taïwan, le leader pour les consoles d'ordinateurs.

[23] Dotés de fortes économies rurales, ont combiné les mises en place d'industries nationales (biens de consommation et biens intermédiaires pour le marché intérieur), tout en profitant d'opportunités du marché mondial pour développer des exportations

[24] Cf. les voitures low cost produites par le groupe indien Tata

[25] …qui a racheté Volvo.

[26] …qui a racheté Jaguar et Land Rover.

[27] Cf. l’externalisation de nombreux services aux entreprises ou aux particuliers.

[28] Plus d'un quart du marché mondial du logiciel, croissance de 30% par an, expansion spectaculaire de la Silicon valley indienne, Bangalore, émergence de géants comme Infosys.

[29] L’Inde est le premier producteur mondial de médicaments génériques.

[30] Cf. le rachat d’Arcelor-Mittal par Lakshmi Mittal.

[31] Le PIB/PPA par an et par habitant y est de 8 400 $ (2011)

[32] Le PIB/PPA par an et par habitant y est supérieur à 30 000 $ (2011)

[33] L’Asie méridionale abrite à elle seule 71% de la population mondiale sous-nourrie.

[34] Dans la seule Asie de l'Est, au cours des vingt prochaines années, les villes devraient voir arriver 2 millions de nouveaux urbains chaque mois.

[35] Entre 1981 et 2005, le taux d'extrême pauvreté en Asie de l'Est est passé de 79 à 18% (de 84 à 16% pour la Chine). Il reste toutefois 280 millions d’Asiatiques de l’Est (dont 175 millions de Chinois) et 570 millions d’Asiatiques du Sud vivant avec moins d’1,25 $ par jour.

[36] …dont 1,6 milliard pour les seules Chine et Inde

[37] NB : l’Indonésie, la Malaisie, le Viêt Nam, la Birmanie et Brunei sont exportateurs de pétrole.

[38] Par exemple, la salinisation des sols et de l'eau dans le delta du Mékong.

[39] Cf. Séisme et tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan indien.

[40] Le Bangladesh (pays de 180 millions d’habitants sur un quart de la superficie de la France) présente une altitude moyenne de 5m au-dessus du niveau de la mer ; chaque année un tiers du pays de retrouve inondé pendant la mousson, ce qui fait de nombreuses victimes et déplace des millions de personnes. Il est en première ligne des pays menacés par le réchauffement climatique et la montée des eaux.

[41] Le séisme, et surtout le tsunami, du 11 mars 2011 au Japon ont été dévastateurs (15 000 morts et 9 000 disparus) et ont provoqué l’accident nucléaire de Fukushima lors duquel 600 km² ont été gravement contaminés.

[42] En 1984, la catastrophe de Bhopal, en Inde fit près de 4000 morts et des centaines de milliers de malades.

[43] Cf. notion de Triade, popularisée dans les années 1980 par l’économiste japonais Kenichi Ohmae.

[44] « L’emploi à vie » et le compromis social sur lequel il est fondé ont profondément remis en cause par le développement de la précarité et du chômage.

[45] Le Japon conserve malgré ses difficultés une base industrielle compétitive et fortement automatisée. Le maintien d'importants investissements publics et privés dans la recherche et développement (R&D) permet une montée en gamme constante des productions et une forte spécialisation du pays dans les technologies de pointe comme la robotique

[46] L'État japonais a soutenu cette croissance, grâce à l'action du METI (anciennement MITI), le ministère de l'Économie du Commerce et de l'Industrie.

[47] 4% des échanges mondiaux, derrière la Chine, les Etats-Unis et l’Allemagne.

[48] Classement par chiffre d’affaire. Derrière les Etats-Unis (132) et la Chine (109), mais devant la France et l’Allemagne (29 chacune).

[49] 105 millions d’habitants de Tokyo à Fukuoka.

[50] …souvent fabriqués par des entreprises et des capitaux japonais.

[51] Auparavant, le 15 octobre 2003, Yang Liwei était devenu le premier chinois à aller dans l'espace dans le cadre de la mission Shenzhou 5.

[52] La redéfinition du modèle de développement chinois passe par la stimulation de la demande intérieure et, comme au Japon, par une montée en gamme de la production, soutenue par des investissements plus importants dans la R&D. Elle doit également veiller à la réduction des inégalités socio-spatiales et prendre à bras le corps l'épineuse question du développement durable.

[53]…déjà étudiées en histoire, mais à évoquer ici également -Cf. Prezi : https://prezi.com/view/ocPfADm0blWN2C601SCg/

[54] Cf. Traité de Shimonoseki (1895).

[55] …marquée notamment par le massacre de populations civiles chinoises à Nankin.

[56] Cf. les crises récurrentes lors des visites du sanctuaire Yasukuni effectuées ces dernières années par des Premiers ministres japonais, ou à l’occasion de la publication de manuels scolaires jugés trop complaisants envers l'agression japonaise.

[57] Administré par le Japon, l’archipel est revendiqué par la Chine qui considère que le Japon l'a annexé en même temps que l'île de Taiwan en 1895 : Pékin estime que cet archipel aurait dû lui revenir après la Seconde Guerre mondiale.

[58] OCS : Organisation de coopération de Shanghai, fondée en 2001 associe la Chine à la Russie et à quatre États d'Asie centrale : Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan.

[59] D'abord concentrée en Asie du Sud-Est et en Chine, pour laquelle le Japon a constitué la première source d'aides jusqu'au milieu des années 2000, I'APD s'est géographiquement élargie, principalement à destination de l'Afrique.

[60] Mangas, dessins animés, arts martiaux (karaté, judo, aïkido), alimentation, musique (J-Pop), etc., sans compter l'univers des jeux vidéo ou les pratiques alimentaires (sushis).

[61] Le Japon a été le point d’appui des interventions américaines lors des guerres de Corée et du Vietnam.

[62] Cf. ci-dessus, développement en « vol d’oies sauvages », bénéficiant aux NPIA (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong), suivis par les « bébés tigres » (Philippines, l’Indonésie, Vietnam, etc.).

[63] Par exemple en soutien de l'armée américaine en Irak.