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Sommaire
Introduction
I. La Révolution, 1789-1799
A. L’affirmation des grands principes de la modernité politique
1. La mise en mouvement : émeutes et prise de parole
2. Des États généraux à la Révolution française
B. Conflits et débats
1. L’échec de la monarchie constitutionnelle (juillet 1790-janvier 1793)
2. Les paroxysmes révolutionnaires (janvier 1793-décembre 1794)
3. L’impossible république conservatrice (1795-1799)
II. Le Consulat et l’Empire (1799-1814)
A. Un nouvel ordre politique
1. La France post-révolutionnaire
2. La réorganisation de la société
B. La Révolution, l’Empire et l’Europe
1. Le grand Empire
2. La chute
Conclusion
Manuel p.20-53
Introduction
Chronologie p.23- Ce chapitre vise à montrer l’ampleur de la rupture révolutionnaire avec « l’Ancien Régime » et les tentatives de reconstruction d’un ordre politique stable.
Quelles mutations politiques la France connaît-elle entre 1789 et 1814 ?
I. La Révolution, 1789-1799
Cours 1 p.24-25, 2 p.26-27
A. L’affirmation des grands principes de la modernité politique
1. La mise en mouvement : émeutes et prise de parole
En 1788-1789, des aléas climatiques entrainent une hausse des prix des subsistances[1]. Des émeutes frumentaires éclatent et créent une dynamique politique qui coïncide avec les assemblées préparatoires aux États généraux[2] -Exercice H1.1.1. La rédaction des cahiers de doléances. En effet, en grande difficulté financière catastrophique, Louis XVI -Biographie p.24 convoque les États généraux, qui n’avaient pas été réunis depuis 1614. Eux seuls peuvent décider la levée de nouveaux impôts. Leur ouverture à Versailles, le 5 mai 1789, marque le début de la Révolution française.
Jusque-là voués à la passivité politique, les Français sont appelés à rédiger leurs doléances. La préparation achevée, 1139 députés convergent sur Versailles. Parmi eux, la surreprésentation des avocats et hommes de loi (plus de la moitié des députés du Tiers), largement imprégnés des Lumières, suggère que le mouvement national -Vocabulaire p.25 est désormais engagé, et que les États généraux iront au-delà de leurs objectifs initiaux. D’ailleurs, lors de la séance inaugurale, le Tiers refuse de s'agenouiller à l'entrée du roi.
2. Des États généraux à la Révolution française
Le 6 mai, alors qu’il est prévu que chaque ordre se réunisse séparément, les députés du Tiers s’y opposent, et lancent un dernier appel aux autres ordres pour siéger en commun, comme Assemblée nationale, le 17 juin : le Tiers s'érige en représentant légitime de l'ensemble de la nation, face à l'autorité absolue (celle du roi), et deux pouvoirs se défient.
Le 20 juin, le roi fait fermer les portes de la grande salle. Les députés se réunissent au Jeu de Paume et jurent de « ne jamais se séparer [...] jusqu'à ce que la constitution soit établie » -Exercice H1.1.2. Le serment du jeu de paume. Le 9 juillet, l’Assemblée se proclame « Assemblée nationale constituante » -Vocabulaire p.25. Louis XVI concentre plusieurs régiments à Paris, face aux émeutes de la faim. La répression d’une manifestation aboutit à la prise de la Bastille le 14 juillet -Passé / présent p.34-35. Comment la Bastille est-elle devenue un lieu symbolique et populaire ? Le 17 juillet, Louis XVI se présente à l'Hôtel de Ville de Paris en arborant la cocarde -Info p.24. La foule scande : « Vive la Nation ! »
Tandis que l’agitation se déploie dans les villes françaises, la Grande Peur agite les campagnes à partir du 20 juillet : une rumeur prétendant que des bandes de brigands, payées par les aristocrates, pilleraient villages et récoltes, provoque des scènes de panique et des prises d'armes, qui se transforment parfois en expéditions contre les châteaux ou les abbayes. La Grande Peur manifeste une puissante poussée politique paysanne en vue d'imposer un changement de l'ordre social.
Exercice H1.1.3. Abolir- Pour l'Assemblée nationale constituante, il y a urgence. La loi doit triompher du désordre. Avec l’abolition des privilèges, la rupture avec l'Ancien Régime est consommée et la révolution comme « processus dynamique de transformation profonde et irréversible dans la société » s’accomplit. En même temps, accorder la fin des privilèges contre la confirmation de la propriété, c’est mettre fin aux désordres, en particulier dans les campagnes.
Mais abolir l’ordre ancien nécessite la fondation d’un ordre nouveau. Le 26 août 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen formule les grands principes de la modernité politique, autour desquels il s’agit d’unir la nation, désormais souveraine
-De la source à l’Histoire p.32-33. Pourquoi la DDHC marque-t-elle une rupture dans l’histoire de la Révolution ?
Exercice H1.1.4. Fonder- Cet « alphabet politique d'un monde nouveau » (Rabaut Saint-Étienne, député nîmois) se décline en 17 articles, et en quelques principes clairs : affirmation du principe d'égalité, de la souveraineté nationale -Vocabulaire p.25, de la place centrale de la loi et du droit dans la société et l'État, et de limites jugées nécessaires (inégalités sociales considérées comme utiles, propriété, etc.). Par ailleurs, en proclamant « les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme » la déclaration prétend à un statut universel que lui reconnaitront bien des peuples par la suite[3].
Néanmoins, les tensions persistent : à la suite des journées d’octobre -Documents p.30. Le peuple en révolution : les journées d’octobre, le roi est contraint de s’installer à Paris, ainsi que l’Assemblée : les voici tous deux à la portée du peuple de Paris…
B. Conflits et débats
Les constituants doivent désormais gérer la rupture et par conséquent établir l'équilibre des pouvoirs entre le roi (exécutif), et l’Assemblée (législatif). Ils attribuent le droit de véto suspensif au roi, décident de changement son titre (« roi des Français »), adoptent le suffrage censitaire, créent les départements… Louis XVI s’oppose en refusant de signer les textes adoptés.
1. L’échec de la monarchie constitutionnelle (juillet 1790-janvier 1793)
Dans la tradition capétienne, le sacre dans la cathédrale de Reims jouait un rôle central. La monarchie constitutionnelle se met en scène le 14 juillet 1790, à Paris, sur le Champ-de-Mars, lors de la fête de la Fédération. Louis XVI prête serment de fidélité « à la Nation, et à la Loi ». Les cloches sonnent dans toute la France, mais ce n'est qu'un moment de grâce précaire, car les divisions s’exacerbent :
- Les députés votent la Constitution civile du clergé -Vocabulaire p.25 le 12 juillet 1790[4]. Le pape, Pie VI, condamne la Constitution civile, et l’Église de France se divise entre jureurs et réfractaires -Documents p.38-39. L’Église catholique et la Révolution.
- À Paris (mais pas seulement), des Sociétés se multiplient et s’affrontent : le club des Jacobins, des Cordeliers[5], etc. -Club : vocabulaire p.25.
- Les aristocrates émigrés, installés à Coblence, préparent une reconquête du pouvoir.
Les modérés souhaitent contenir la Révolution[6], et se heurtent à une opposition qui se renforce, notamment autour de Robespierre -Biographie p.27. Mais c’est le roi qui va faire défaut aux modérés. Le 20 juin 1791, à la tombée de la nuit, la famille royale s’enfuit vers les Pays-Bas, où stationnent les troupes de nobles émigrés. Dans la nuit du 21 au 22, le roi est reconnu et son retour le 25 juin, entre des gardes nationaux, se fait dans un silence hostile.
Les partisans de la monarchie constitutionnelle sont embarrassés : sans roi, leur construction politique s'effondre. Les Cordeliers demandent la proclamation de la République, et appellent à signer une pétition collective le 17 juillet 1791 au Champ-de-Mars. Ce jour-là, la garde nationale ouvre le feu sur la manifestation interdite (50 morts). Avec la Constitution adoptée le 3 septembre 1791, la nouvelle Assemblée, corps législatif élu au suffrage censitaire, détient seule l'initiative des lois, mais si le roi n'est plus que le dépositaire du pouvoir exécutif confié par la nation souveraine, il dispose d’importantes prérogatives (veto, conduite de la politique extérieure…).
La Révolution française suscite des espoirs à l’étranger, au grand dam des régimes conservateurs européens, qui accueillent les nobles émigrés et préparent la guerre contre la France. L’attitude du couple royal, qui voit dans cette guerre l’opportunité de reconquérir le pouvoir, alimente la défiance[7]. Le 25 mars 1792, un ultimatum exigeant la dispersion des émigrés séjournant en Rhénanie est repoussé. Le 20 avril, l'Assemblée nationale vote la proposition royale de déclarer la guerre « au roi de Bohême et de Hongrie », François II[8]. Le 11 juillet 1792, après les premières déconvenues militaires, on proclame « la patrie en danger », et un appel est lancé aux volontaires. Le 28 juillet les Parisiens prennent connaissance du manifeste signé par le commandant des troupes austro-prussiennes, Brunswick, qui promet à la capitale les pires supplices si les Parisiens ne se soumettent pas au roi. Ce texte étale au grand jour la connivence de Louis XVI et de son entourage avec l'étranger pour anéantir la Révolution. Documents p.31. Le peuple en révolution : l’insurrection du 10 août 1792- Le 10 août 1792, une foule furieuse envahit les Tuileries. L’Assemblée suspend le roi, qui est emprisonné au Temple ; elle instaure un conseil exécutif provisoire et décide l'élection d'une Convention au suffrage universel -Vocabulaire p.27. Les armées austro-prussiennes passent à l'offensive. Le 20 septembre, sur la route stratégique qui mène à Paris, l'armée des volontaires stoppe l'invasion en s’imposant à Valmy[9]. Les députés fraîchement élus officialisent l'abolition de la royauté. Le 22 septembre 1792 est le premier jour de l'an 1 de la République -Vocabulaire p.26.
Cette nouvelle Assemblée, la Convention, dispose à la fois du pouvoir exécutif et législatif. Elle est aussi une assemblée constituante qui a pour tâche prioritaire l'établissement d'une constitution.
Dans sa composition, la Convention reflète les clivages apparus progressivement au sein des Jacobins :
- un « parti » de droite, dit des Girondins -Vocabulaire p.26 (environ 20% des députés[10]) ;
- un centre appelé « Marais » ou « Plaine » ;
- un groupe de gauche, dit des Montagnards -Vocabulaire p.26 puisqu'ils siègent en haut des gradins (environ 35% des députés).
Deux questions urgentes se posent à la Convention :
- Quelle guerre mener ? De la guerre défensive, la France passe à la guerre d’expansion révolutionnaire[11] : occupation de Nice, de Mayence, de la Belgique …
- Exercice H1.1.5. Le procès de Louis XVI- Que faire du roi ? Le scénario se précise :
o 7 nov. : adoption d'un rapport habilitant la Convention à juger Louis XVI.
o 20 nov. : découverte de l'armoire de fer où le roi cachait sa correspondance secrète.
o 11 déc. - 15 janv. : procès de Louis XVI, déclaré coupable le 15 janvier 1793
o 16 janv. - 20 janv. : votes sur la peine infligée. Le vote et les débats sont mouvementés[12].
o Le 21 janv., vers 10 heures, le roi est guillotiné.
2. Les paroxysmes révolutionnaires (janvier 1793-décembre 1794)
Pour tous les gouvernements européens, l'exécution de Louis XVI concrétise la menace subversive de l'exemple français, et la coalition contre la France s'élargit. En France, les résistances à la Révolution prennent une nouvelle dimension. Cf. les Vendéens, vaste soulèvement d’une partie des campagnes de l'Ouest, qui lève une « Armée catholique et royale » contre le pouvoir républicain en 1793.
À Paris, où les sans-culottes dénoncent les « affameurs » et les « ennemis de la Révolution », la vie politique se radicalise. Sous la pression, la Convention vote les premières mesures « de salut public » :
- instauration de cours de justice spéciales jugeant sans appel.
- mise en place de comités de surveillance élus et chargés du contrôle des suspects.
- Création du Comité de Salut public : composé de 9 membres élus pour un mois par les députés, il se substitue aux ministres.
Les Girondins sont peu à peu assimilés aux ennemis de la Révolution, et sont écartés du pouvoir le 2 juin 1793, où 29 d’entre eux sont arrêtés en pleine séance à la Convention.
La Constitution de 1793 (ou de l'an 1) est adoptée le 24 juin 1793. Elle a pour préambule la Déclaration des droits et se caractérise par une orientation démocratique[13], mais le texte ne sera jamais appliqué, car un gouvernement d'exception est mis en place. En effet plusieurs fronts sont ouverts, qui mettent en péril la République :
- L'offensive des coalisés, sur l’ensemble des frontières et même sur la côte méditerranéenne.
- Tandis que l'armée vendéenne tient le Sud de la Loire, d’autres foyers de révolte se déclarent.
Les Girondins éliminés, ce sont les Montagnards qui dominent l'Assemblée et occupent les postes du Comité de salut public.
La régénération de la nation est l’objectif d’innombrables initiatives, comme l’adoption du calendrier révolutionnaire[14], dans lequel 12 mois de 30 jours sont découpés en 3 décades. Leurs noms évoquent les rythmes saisonniers[15].
Le 5 septembre 1793, la Convention inscrit la Terreur à l'ordre du jour -Terreur : histoire de mots p.26 :
- Formation d'une armée révolutionnaire de l'intérieur pour mater les révoltes.
- Arrestation des suspects.
Tous les suspects relèvent du Tribunal révolutionnaire (loi des suspects). Les grands procès se succèdent, menant à l’exécution de Marie-Antoinette (16 octobre), 21 députés girondins (31 octobre), Manon Roland -Point de passage p.36-37. Manon Roland, une femme en révolution (novembre)… En même temps, une levée en masse permet porte l’armée à plus de 700 000 hommes.
À l’automne 1793, les Anglais et les austro-prussiens sont repoussés[16]. Les insurrections intérieures sont écrasées, et la Terreur s’amplifie :
- De novembre 1793 à janvier 1794 à Nantes, aux condamnations s’ajoutent les noyades collectives (entre 2 000 et 4 000 victimes sur les 10 000 prisonniers de la ville).
- De janvier à mai 1794, la Vendée subit l’action des « colonnes infernales » du général Turreau.
- À Paris, 1 400 personnes sont exécutées en six semaines (mai-juin 1794 : la « grande terreur »)[17].
Les Montagnards se divisent : certains dénoncent les excès de la Terreur, tandis que d’autres continuent de réclamer que la Révolution aille plus loin[18]. Robespierre -Biographie p.27 s’efforce de rester au-dessus de la mêlée, mais il n’échappe pas à la chute, le 9 thermidor an II (26 juillet 1794). Mis en accusation à la Convention, Robespierre est arrêté aux cris de « À bas le tyran », et guillotiné le lendemain avec ses partisans -Exercice H1.1.6. Robespierre. Dès lors, commence la Convention dite thermidorienne, et la répression s’abat sur les Jacobins[19].
3. L’impossible république conservatrice (1795-1799)
Le 5 messidor an III (23 juin 1795), Boissy d'Anglas, rapporteur du projet de nouvelle Constitution, définit le sens du régime voulu par les Thermidoriens : une « République des meilleurs » pour en finir avec la Révolution.
La République agrandit son territoire et inaugure la politique des États satellites. Mais en France, les tensions sociales restent fortes. À Paris, les sursauts révolutionnaires (20 mai 1795)[20] sont brisés par la répression.
La nouvelle Constitution (22 août 1795) rétablit le suffrage censitaire, et confie le pouvoir législatif à deux assemblées et l’exécutif à cinq directeurs (« Directoire »). Mais l’agitation persiste : en 1795 et 1796, la Convention réprime tour à tour une insurrection monarchiste et une agitation révolutionnaire, la Conjuration des Égaux[21]. Après les succès électoraux des monarchistes en 1797, pour empêcher le retour de la monarchie les Thermidoriens commettent, avec l’appui de l’armée, le coup d'État du 4 septembre 1797 : les élections sont partiellement annulées, et une cinquantaine de députés sont arrêtés et déportés en Guyane.
La guerre se poursuit. En Italie, un général de 26 ans, Napoléon Bonaparte, remporte des succès spectaculaires, qui mettent les Autrichiens provisoirement hors de combat[22]. Face à l’Angleterre, il conduit la Campagne d’Égypte (point névralgique de leurs liaisons avec les Indes). Une seconde coalition se forme contre la France : Angleterre, Russie, Empire ottoman, Autriche… Les troupes françaises accumulent les revers sur tous les fronts et reculent dangereusement.
Parmi les directeurs, Sieyès prépare un nouveau coup d'État, pour doter le régime d’un exécutif encore renforcé. Pour appuyer ce coup d’État, il se tourne vers le général Bonaparte, revenu triomphalement de l'expédition d'Égypte.
Le coup d’État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) renverse le Directoire et instaure le Consulat. Bonaparte s’impose Premier consul et fait adopter la Constitution de l’an VIII le 25 décembre 1799.
Au cours de la campagne du printemps 1800, Bonaparte et son armée repoussent les Autrichiens (bataille de Marengo, 14 juin 1800).
II. Le Consulat et l’Empire (1799-1814)
Cours 3 p.28-29. Du Consulat à l’Empire (1799-1814)
A. Un nouvel ordre politique
L'ordre autoritaire voulu par le Premier consul -Histoire de mots p.28 s'impose peu à peu et la dynamique révolutionnaire se fige.
1. La France post-révolutionnaire
La Constitution de l'an VIII assurait la primauté du Premier consul : les ministres sont de simples exécutants et il a la haute main sur les fonctionnaires qu'il nomme et révoque à sa guise. La révision constitutionnelle de l'an X accorde dans un premier temps le Consulat pour 10 ans, puis le Consulat à vie. Le pouvoir législatif est éclaté entre le Conseil d'État, le Tribunat, le Corps législatif et le Sénat. Le régime consulaire fonde son efficacité sur des experts, nommés par l'exécutif sans être pourvus du moindre mandat électif. L'efficacité, incontestable, est payée du prix d'un véritable détournement de la souveraineté nationale. Tous les citoyens de plus de 21 ans peuvent voter, mais dans les faits, la représentation nationale est considérablement filtrée et le pouvoir exécutif reste maître du jeu. L’instauration des préfets -Documents p.28. L’institution des préfets reflète bien l’esprit de la loi de l'an VIII. Nommés par le Premier consul, les préfets sont affectés à un département avec compétence dans tous les domaines de la puissance publique. Le gros œuvre de l’édifice étatique est déjà achevé au moment de la proclamation de l’Empire et du sacre en 1804.
Le Consulat réprime toute forme de critique publique du gouvernement. Toute contestation est jugée contraire à l’intérêt général. La presse n'est donc utile qu'en tant que moyen de propagande. Dès 1800, tous les journaux parisiens, sauf 13, ont été supprimés. En 1802, il n'en reste que 9[23].
2. La réorganisation de la société
Le Code civil illustre la manière dont le consulat intègre les acquis révolutionnaires tout en installant la France dans une modernité conservatrice. L’unification du droit civil avait été amorcée sous l'Ancien Régime, continuée sous la Convention, puis sous le Directoire. Le Code sera finalement publié en 1804 -Point de passage p.44.
La propagande présente le Code civil comme exemple des « masses de granit » -Citation p.29, socles sur lesquels se bâtit une société stabilisée ; il régira les relations entre Français jusqu'au XXe siècle. Les grandes conquêtes révolutionnaires sont confirmées : les privilèges abolis, la société française est constituée d'individus égaux devant la loi, la liberté de conscience est réaffirmée, le droit à la propriété est confirmé. Mais le Code civil est en même temps caractéristique de la démarche bonapartiste, incarnation d'une conception autoritaire et hiérarchique des rapports humains[24].
Le projet de société du Consulat et de l’Empire vise à instaurer un ordre assurant la domination des notables, minorité de privilégiés se définissant ainsi :
- elle est pourvue d'un capital conséquent, essentiellement foncier ;
- elle diffère des privilégiés d'Ancien Régime dans la mesure où la naissance n'est plus discriminatoire en droit (ce qui n'exclut pas, loin de là, les héritiers de l'ancienne noblesse) ;
- elle cumule des pouvoirs économiques ou sociaux (prestige...) et des fonctions politiques.
La pacification religieuse est nécessaire à la réalisation de ce projet de société : pour Bonaparte, mettre un terme aux divisions religieuses contribue à la réconciliation nationale. Le Concordat -Vocabulaire p.29 est signé le 15 juillet 1801. Cet accord est un compromis entre sauvegarde et abandon des acquis révolutionnaires :
- Le catholicisme ne redevient pas religion d'État comme sous l'Ancien Régime.
- L'État abandonne la Constitution civile du clergé, mais l’Église renonce aux biens nationaux.
- Il n'est plus question d'élection des clercs : le Premier consul nomme les évêques auxquels le pape confère l'investiture. Les curés sont désignés par les évêques avec l'agrément de l’État.
- Le clergé est rétribué par l'État.
B. La Révolution, l’Empire et l’Europe
1. Le grand Empire
La guerre, présentée initialement par la République comme une lutte contre les rois, bâtit une France de 108 départements[25], entourée d'un glacis de « Républiques-sœurs ». Par la rupture avec les pouvoirs traditionnels et la modernisation de gouvernements caractérisés par la primauté de l'exécutif, l'empereur veut asseoir son autorité. De fait, certains acquis révolutionnaires sont exportés : doc.4 p.47. L’influence française en Pologne- Constitution, Code civil, liberté de culte, abolition plus ou moins aboutie de la féodalité[26]
Cependant, cette fraternité révolutionnaire est éphémère car les réquisitions et les pillages rendent la présence française très impopulaire dès le Directoire -doc.5 p.47. Le pillage de l’Europe. À partir du Consulat, alors que lorsque Bonaparte poursuit et amplifie cette politique, cette oppression entraine des résistances croissantes -doc.2 p.46. Espoirs et désillusions des peuples européens. La « Grande Nation » se déclare libératrice et protectrice[27], mais elle devient aussi dominatrice et suscite les premiers mouvements patriotes antifrançais en Italie et en Belgique, qui retournent contre la France le concept politique exporté par la guerre de nation souveraine et de sentiment national -Citation p.46.
L’expansion maximale de l’Empire se situe en 1811. L'agrégat d'États aux statuts différents s’articule en un système continental :
- Au cœur du dispositif, le Grand Empire regroupe 130 départements et 50 millions d'habitants.
- Autour de lui gravitent des États satellites qui sont soit dirigés par des membres de la famille Bonaparte ou par des proches, soit laissés à leurs souverains lorsqu'ils ont fait allégeance à l'empereur (Bavière, Wurtemberg par exemple).
- Enfin les défaites militaires et les traités ont obligé l'Autriche, la Russie et d’autres à conclure des accords plus ou moins consentis et plus ou moins solides avec la France.
Les moyens de la domination de ce système sont multiples :
- La Grande Armée, galvanisée par une propagande active, constitue la pièce maîtresse. De 1804 à 1814, près de 2,5 millions Français sont appelés sous les drapeaux, auxquels s’ajoutent les soldats recrutés dans les territoires annexés ou les États satellites[28]. L’armée est divisée en corps spécialisés (dont la Garde impériale, « élite de l'élite ») extrêmement mobiles et dotés de la meilleure artillerie d’Europe.
- Napoléon dispose d’une connaissance encyclopédique de l’art de la guerre, aussi bien de la théorie militaire que de la pratique du combat, nourrie par son expérience personnelle.
- Le blocus continental -Vocabulaire p.29 : visant à asphyxier l'économie anglaise.
2. La chute
Quand Napoléon installe son frère Joseph sur le trône espagnol (6 mai 1808), il a complètement sous-estimé la force du patriotisme espagnol dans le rejet d'un envahisseur -assimilé aux Infidèles[29]. La guerre d'Espagne (1808-1814) a constitué le premier révélateur de la fragilité napoléonienne. La campagne de 1809 contre l'Autriche révèle l'ampleur de l'éveil national en Europe. Le Tyrol cédé arbitrairement à la Bavière se révolte ; par un singulier retournement de situation, l'archiduc Charles de Habsbourg, héritier d'un des adversaires les plus intransigeants de la France révolutionnaire, pouvait se présenter en défenseur de la liberté. En 1809, l'Autriche est battue et la révolte du Tyrol est écrasée, ce qui n'empêche pas la fièvre nationale de monter en Europe centrale.
Dans ces conditions, les affrontements militaires ne peuvent trouver de fin, et le prix économique et démographique de ces affrontements incessants ne cesse de s’accroître. Au mois de juin 1812, quand Napoléon lance contre la Russie une armée estimée entre 400 000 et 600 000 hommes (la plus grande armée jamais réunie en Europe), la campagne de Russie tourne au désastre.
Les adversaires de Napoléon élargissent leur coalition à quasiment toute l’Europe, et envahissent la France par le Nord et par l’Est. Malgré quelques succès, l’empereur est contraint à l’abdication le 4 avril 1814. Le 20, il quitte Fontainebleau après ses adieux à la Garde. La voie de la restauration monarchique est alors ouverte.
Conclusion
Révisions p.48-49
[1] Le prix du blé double en quelques mois dans la France du Sud ; il triple au nord.
[2] Sous l’Ancien Régime, les États généraux sont des assemblées extraordinaires qui réunissent des représentants de toutes les provinces appartenant aux trois ordres de la société : clergé, noblesse et tiers état.
[3] Elle sera reprise comme préambule des constitutions de 1793, 1795, 1848, et complétée par celle de 1946 (et de 1958). La DDHC finit par devenir l’emblème d'une certaine idée française de la démocratie, ainsi que la matrice de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948 par l’Assemblée générale de l’ONU.
[4] Désormais, le clergé est salarié par l’État, les curés et les évêques sont élus et contraints de prêter serment de fidélité « à la nation, à la loi et au roi ».
[5] Danton -Biographie p.347 en sera l’un des membres influents.
[6] Cf. Barnave, le 15 juillet 1791 : « La Révolution est finie. Il faut la fixer et la préserver en combattant les excès ».
[7] Une célèbre caricature représente Louis XVI en « Janus bifrons », monstre à deux têtes déclarant à un citoyen : « Je soutiendrai la Constitution », et promettant en même temps à un ecclésiastique : « Je détruirai la Constitution ».
[8] Cinq jours après la déclaration de guerre, Rouget de Lisle, officier du génie, chante devant le maire de Strasbourg, Dietrich, un chant qu'il a composé pour l'armée du Rhin. Ce chant martial deviendra La Marseillaise. Le texte est inspiré d'une affiche diffusée par la société locale des amis de la Constitution, la mélodie doit sans doute beaucoup à un concerto de Mozart. Ces ingrédients en feront l'hymne qui entraînera des millions de Français dans la défense du drapeau tricolore. Les volontaires venus de Marseille -et d'ailleurs- reprendront ce chant dont les paroles sollicitent à la fois les attachements individuels (la terre, la famille) et les valeurs universelles (la lutte contre la tyrannie).
[9] Les adversaires eux-mêmes, déjà harcelés par des paysans hostiles aux envahisseurs, ont été impressionnés par l'énergie que le cri de « Vive la Nation », lancé par Kellerman, et le chant de La Marseillaise ont impulsée aux troupes.
[10] Cela ne peut être qu’une estimation : non seulement ces tendances politiques ne sont en rien des partis organisés, mais, surtout, les prises de position demeurent très fluctuantes selon les moments et les problèmes posés.
[11] Danton à la Convention : « La nation française a créé un grand courant d'insurrection des peuples contre les rois ».
[12] Du 16 à 20 heures jusqu'au 17 à 8 heures, chaque député passe à la tribune et explique son choix. 387 députés sont pour la peine de mort immédiate, 288 (dont les Girondins) pour l'emprisonnement, 46 pour la mort avec sursis, 28 sont absents ou s'abstiennent. Le résultat est contesté ; un nouveau vote confirme la peine de mort à 361 contre 360 voix.
[13] La souveraineté repose sur un corps législatif élu pour un an au suffrage universel masculin. L'exécutif émane de cette assemblée qui nomme un collège de 24 membres.
[14] Le 24 octobre 1793, un nouveau calendrier est officiellement adopté : le début de l'an 1 est fixé au 22 septembre 1792 (proclamation de la République et équinoxe d'automne).
[15] Vendémiaire, brumaire, frimaire pour les trois premiers mois par exemple.
[16] Toulon est reprise et rebaptisée Port-la-Montagne.
[17] Au total, on estime à 40 000 le nombre des victimes de la Terreur.
[18] Cf. « indulgents » contre « exagérés »
[19] Par des groupes violents criant vengeance (Cf. les « Muscadins ») et par la Convention (fermeture du club des Jacobins)
[20] Le 20 mai, des manifestants envahissent la Convention. Un député est tué, et les émeutiers brandissent sa tête au bout d'une pique devant Boissy d'Anglas, président de séance.
[21] Les survivants, transmettront jusqu'au début du XIXe s. le souvenir d'un projet qui marquera le mouvement socialiste.
[22] Cf. Traité de Campoformio, 17 octobre 1797.
[23] Ainsi fait-on taire les « tocsins de la Révolution », selon Fouché, ministre de la Police.
[24] Les articles régissant la famille sont significatifs. Le divorce est maintenu, mais rendu plus difficile. Les enfants naturels perdent la qualité d'héritiers à part entière. Le père, surtout, dispose d'une tutelle absolue qui relègue la femme dans une complète subordination (incapacité à gérer les biens, culpabilité plus grande en cas d'adultère, etc.).
[25] 88 dans le cadre des frontières actuelles, plus 9 départements belges, 4 rhénans, 1 genevois et 6 piémontais.
[26] Les privilèges seigneuriaux sont toutefois maintenus dans la confédération du Rhin ou encore dans le royaume de Naples. Au total, seul le servage fut aboli à peu près complètement, résultat limité mais non négligeable d'une Révolution exportée.
[27] Elle anéantit en effet les contraintes féodales dans les territoires contrôlés.
[28] Sur l'ensemble de la période, l'Italie fournit 200 000 hommes ; en 1811-1812, les Polonais fournissent 92 000 soldats.
[29] Les horreurs de la guerre dont Goya rendra compte dans ses œuvres picturales, achèvent d'ancrer les Espagnols dans une résistance acharnée, sous la forme d’une guérilla.


