Terminale générale - Thème 1 / Fragilités des démocraties, totalitarismes et Seconde Guerre mondiale / Chapitre 2. Les régimes totalitaires

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Sommaire

I. GENÈSE ET AFFIRMATION DES RÉGIMES TOTALITAIRES
A. LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE ET LE CONCEPT DE « BRUTALISATION »
1. Une thèse défendue par George L. Mosse
2. …qui est encore discutée aujourd’hui
B. LES NAISSANCES VIOLENTES DES RÉGIMES TOTALITAIRES
1. Le coup de force fasciste en Italie
2. La confiscation du pouvoir par Staline (1924-1929)
3. En Allemagne, montée en puissance et prise de pouvoir du NSDAP

II. « TOTALITARISMES BRUNS » ET « TOTALITARISME ROUGE » : LES CARACTÉRISTIQUES DES RÉGIMES TOTALITAIRES
A. LE CULTE DU CHEF ET LE PARTI UNIQUE
B. LA VOLONTÉ DE « FORGER UN HOMME NOUVEAU »

III. L’EUROPE À L’ÉPREUVE DES TOTALITARISMES
A. UN DÉFI POLITIQUE
1. L’Union soviétique et l’Occident : la stratégie « classe contre classe » et son abandon
2. Les fascismes contre les démocraties et le communisme
B. UN DÉFI DIPLOMATIQUE
1. L’Allemagne nazie et la réalisation de l’espace vital
2. Le colonialisme italien
3. Le pacte germano-soviétique

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Manuel p.54-115

Introduction

Problématique p.54- Après la Première Guerre mondiale, alors que les démocraties libérales semblent triompher des vieilles monarchies autoritaires et que s’effondrent les empires, des régimes d’un nouveau type surgissent et cherchent à imposer d’autres formes de gouvernement et d’autres projets de société. Les totalitarismes fascistes et nazis n’ont pas le même fondement politique que le stalinisme, mais tous trois présentent des caractéristiques communes qui rendent légitime leur comparaison[1].

Ce chapitre vise à mettre en évidence les caractéristiques[2] des régimes totalitaires stalinien en Union soviétique, fasciste en Italie et nazi en Allemagne et leurs conséquences sur l’ordre européen.

I. Genèse et affirmation des régimes totalitaires

A. La première guerre mondiale et le concept de « brutalisation »

1. Une thèse défendue par George L. Mosse

Pour l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau, « La guerre brutalise les hommes, au double sens du terme : elle les atteint dans leur chair et dans leur âme, elle les rend brutaux aussi »[3]. La banalisation de la mort de masse[4] est au cœur de l’expérience combattante, et parfois de l’expérience des civils[5]. Il reprend à son compte l’idée de l’historien américain George L. Mosse[6], pour qui « la banalisation et l’intériorisation de la violence de guerre permettent d’accepter durablement tous ses aspects, même les plus paroxysmiques et de les réinvestir dans le champ politique de l’après-guerre ».

L’empreinte de la Première Guerre mondiale est bien présente :

  • Dans la guerre civile en Russie[7], durant laquelle s’enracine, face aux armées blanches et à leurs soutiens, une violence d’État bolchevique -Vocabulaire p.58 devenue indissociable du projet soviétique de créer une société socialiste, et qui préfigure la violence du système stalinien et l’élimination systématique de l’ennemi intérieur[8].
  • Dans la violence politique omniprésente en Allemagne et en Italie après-guerre. La brutalisation marque la génération exposée au conflit en façonnant un imaginaire mêlant héroïsme, camaraderie et haine de l’adversaire, et elle se transmet au champ politique, pour faire de la politique un monde scindé entre amis et ennemis mortels[9]. D’ailleurs, l’idée que la guerre n’est pas finie est un thème récurrent dans le discours de l’extrême-droite allemande[10] et italienne[11].

2.     …qui est encore discutée aujourd’hui

Les thèses mossiennes sont contestées[12] par ceux qui estiment que la violence politique de l’après-guerre s’explique davantage par l’humiliation nationale de 1919 ainsi que par certaines structures des sociétés allemande et italienne. En effet, par la dénonciation d’une « paix injuste » (« diktat »[13] -Vocabulaire p.58 en Allemagne et d’une « victoire mutilée » en Italie, le nazisme allemand et le fascisme italien ont séduit nombre d’anciens combattants déçus, qui se détournent de démocraties jugées trop faibles, voire responsables du marasme dans le cas de la République de Weimar -Vocabulaire p.58. Ainsi,

  • en Allemagne, se constituèrent les « corps francs », unités de soldats volontaires, très nationalistes, pour lutter contre la poussée révolutionnaire que connaît l’Allemagne au lendemain de la guerre[14] et un grand nombre de ces anciens combattants rejoignent le parti national-socialiste[15] -Vocabulaire p.58 fondé en 1920 et dirigé par Adolf Hitler à partir de 1921 ;
  • aux corps francs allemands faisaient écho les squadristi -Vocabulaire p.58 italiens, qui sont nombreux à rejoindre les faisceaux italiens de combat[16] créés en 1919 par Benito Mussolini. Les faisceaux recrutent essentiellement parmi une population sensible aux thèmes nationalistes et hostile aux tensions révolutionnaires de l’Italie d’après-guerre.

Conclusion

À la question : « L’expérience de la Première Guerre mondiale, a-t-elle été la matrice des totalitarismes du XXème siècle ? », nous répondrons que les sociétés russe, italienne, allemande, britannique ou française, ont certes participé à la même guerre, mais qu’elles ont suivi des trajectoires d’après-guerre différentes[17] ; pour autant, on ne peut pas comprendre la montée des totalitarismes sans référence à la Grande Guerre ; l’expérience de guerre n’explique pas à elle seule l’avènement de ces régimes, mais elle en a été un catalyseur.

A.    Les naissances violentes des régimes totalitaires

1. Le coup de force fasciste en Italie

a. Une contre-révolution

À ses débuts, le mouvement de Benito Mussolini est très marginal[18]. Les événements de l'été 1920 vont donner sa chance au fascisme, quand les fasci se mettent au service des industriels et des grands propriétaires, qui les soutiennent financièrement comme instruments d'une « contre-révolution préventive »[19] :

  • Dans les riches régions agricoles du Nord et du centre, les fascistes constituent des squadre armées, motorisées et encadrées par d'anciens officiers, et semant la terreur parmi les militants paysans et les membres des municipalités de gauche.
  • Dans les centres urbains, les « expéditions punitives » des squadristi -Vocabulaire p.58 + Les organisations paramilitaires p.63 en chemise noire attaquent les sièges des syndicats, des partis et des journaux de gauche, et y maltraitent[20] voire assassinent froidement leurs adversaires politiques –Communistes et socialistes essentiellement.

Le fait que les violences fascistes restent impunies montre que l'État italien a confié tacitement aux fascistes le soin de rétablir l'ordre[21].

b. La conquête du pouvoir (1922) et l’installation de la dictature

Doté de moyens financiers importants, le fascisme enregistre dès 1921, date de création du Parti national fasciste, des progrès rapides[22]. Incapable néanmoins de s’imposer par les urnes, Mussolini a recours à l’intimidation pour s'emparer du pouvoir. Il réunit à Naples, fin octobre 1922, un congrès fasciste qui organise la « Marche sur Rome » : face aux 30 000 squadristi, le roi fait appel au chef fasciste pour former le nouveau gouvernement le 29 octobre 1922.

Devenu président du Conseil, Mussolini cherche dans un premier temps à rassurer la majorité des Italiens[23], mais en même temps il prépare la conquête totale du pouvoir. Aux élections de 1924, une nouvelle loi électorale, les subsides des industriels et la terreur squadrista permettent aux fascistes d'obtenir 44% des voix, et les deux tiers des sièges à la Chambre.

Dès la séance d'ouverture de la nouvelle Chambre, le député et secrétaire général du parti socialiste, Giacomo Matteotti, accuse Mussolini et les dirigeants fascistes de malversations et de violences. Le 10 juin 1924, il est enlevé et assassiné par des squadristes. Une partie des députés refuse de siéger, tandis que de nombreux fascistes quittent le parti. La crise du régime semble imminente lorsque, le 3 janvier 1925, Mussolini revendique la responsabilité des événements et annonce le début de la dictature.

Tandis que les violences squadristes redoublent dans toute la péninsule, les « lois de défense de l'État » (dites « fascistissimes ») sont votées par le Parlement entre 1925 et 1926. Le président du Conseil peut légiférer par décrets tandis que disparaît l'initiative parlementaire, les administrations sont épurées, les conseils municipaux supprimés, la presse et la radio soumises à censure, les syndicats et organisations politiques non fascistes interdits. La police politique, l'OVRA[24] -Vocabulaire p.62, traque les ennemis du régime.

2.     La confiscation du pouvoir par Staline (1924-1929)

a. Staline ou Trotsky ?

À la mort de Lénine en janvier 1924, qui va lui succéder, Trotski, brillant théoricien, excellent organisateur et chef prestigieux de l'Armée rouge, ou bien Staline, secrétaire général du parti aux qualités de leadership reconnues ? Les deux hommes se distinguent par des conceptions différentes de la révolution[25] et de l'organisation et du rôle du parti[26].

b. La victoire de Staline

À la mort de Lénine, Staline assume l'organisation des funérailles ; il développe un véritable culte de Lénine[27] dans tout le pays et parvient à monopoliser son « héritage » politique[28].

Dans sa lutte pour le pouvoir, Staline défait tous ses opposants, à commencer par Trotski, exclu du Parti en novembre 1927 avant d'être déporté à Alma-Ata, puis exilé en 1929. Il est assassiné au Mexique en 1940 par un agent de la Guépéou[29] ; en 1929, Staline apparaît comme l’unique maître d’un pouvoir totalitaire –d’où l’emploi du terme de « stalinisme » : « terme décrivant la pratique totalitaire de Staline, son usage de la terreur et le culte qui lui est voué ».

3.     En Allemagne, montée en puissance et prise de pouvoir du NSDAP

a. L'agonie de la République de Weimar

Au lendemain de la Grande Guerre, le Parti ouvrier allemand n'est qu'un groupuscule obscur à l'idéologie incertaine et aux effectifs squelettiques[30], dont l’audience ne dépasse guère la ville de Munich. Rebaptisé NSDAP[31] (d’où la contraction « nazi »), il est dirigé à partir de 1921 par Adolf Hitler. Celui-ci compte alors 3 000 membres, recrutés parmi les membres des corps-francs et l’importante masse de déclassés et de marginaux de l'après-guerre -doc.1 p.60. La doctrine nazie. Il dispose d'une milice armée, les SA[32] -Les organisations paramilitaires p.63. L’échec du « putsch de la brasserie » en novembre 1923 à Munich conduit Adolf Hitler en prison pour quelques mois. Il y rédige les premiers chapitres de son livre-programme, Mein Kampf[33]. À sa libération, il réorganise son parti et crée sa propre milice, les SS[34]-Les organisations paramilitaires p.63.

Le parti nazi devient avec la grande crise une force politique, recrutant ses nouveaux adhérents (200 000 en 1930) et ses électeurs dans les catégories les plus sensibles : paysannerie frappée par la chute des exportations agricoles, petite et moyenne bourgeoisie menacées de prolétarisation et très sensibles au danger révolutionnaire, chômeurs et mi-marginaux du Lumpenproletariat[35] -doc.2 p.60. Affiche nazie.

Les élections législatives de septembre 1930 donnent 6,5 millions de voix et 107 sièges aux nazis. Celles de juillet 1932, 14 millions de voix et 230 sièges sur 607. Après une nouvelle dissolution, les élections de novembre 1932 marquent pour le NSDAP un léger recul, tandis que les communistes obtiennent 6 millions de voix et 100 sièges. Or, en 1932, Hitler s'est rapproché du patronat[36], obtenant des fonds importants pour sa campagne électorale. En novembre, les principaux leaders de l'industrie demandent à Hindenburg de désigner Hitler chancelier du Reich. C’est chose faite le 30 janvier 1933.

b. L'établissement de la dictature (1933-1934)

Les nazis s'appliquent dans un premier temps à rassurer les forces traditionnelles et à donner à leurs alliés[37] l'illusion d'un proche retour à l'ancien régime. Mais en même temps, Hitler prépare l'élimination de ses adversaires et l'avènement de la dictature. Première étape, la liquidation de l'opposition communiste, mise hors-la-loi après l'incendie du Reichstag[38]-Vocabulaire p.58, qui sert de prétexte à Hitler pour édicter le décret « Pour la protection du peuple allemand » (28 février 1933) : les libertés publiques sont suspendues, 4 000 militants de gauche sont arrêtés et le parti communiste est interdit. Les élections législatives organisées en mars 1933 dans un climat de terreur donnent la majorité au NSDAP[39]. Le 23 mars, Hitler obtient les pleins pouvoirs pour 4 ans. Le 14 juillet 1933, le NSDAP est proclamé parti unique. La « police secrète d'État » (la Gestapo -Vocabulaire p.62) traque les opposants, qui sont envoyés dans des camps de concentration[40] -Vocabulaire p.62.

Après les partis d’opposition, vient le tour des opposants au sein du NSDAP : dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, Hitler se rend à Munich et lance ses SS contre l'état-major des SA. Ceux qui ne sont pas massacrés sont emprisonnés. En même temps à Berlin, plusieurs membres de l'opposition conservatrice[41] sont éliminés. Au total, plusieurs centaines d'opposants sont liquidés au cours de la « nuit des longs couteaux »[42], qui soulève l'Europe d'horreur. À la mort du vieux maréchal Hindenburg, le 2 août 1934, les fonctions de président du Reich et de chancelier sont fusionnées au profit d'Hitler. Ce coup d'État constitutionnel est ratifié, lors du plébiscite du 19 août 1934, par 90% des électeurs. Le Führer peut désormais fonder l'État totalitaire et racial devant assurer aux Allemands la domination sur les autres peuples.

II. « Totalitarismes bruns » et « totalitarisme rouge » : les caractéristiques des régimes totalitaires

« Le sens des mots » p.59 + Dossier p.60-61. Les idéologies totalitaires- Les régimes totalitaires affichent un même mépris du parlementarisme et du pluralisme, et donc un même rejet de la démocratie libérale. À la différence de la démocratie libérale, qui entend gérer la société de telle sorte que la liberté des individus puisse s'y épanouir sans entrave, l'État totalitaire veut organiser la société par la contrainte.

 Les trois régimes ont donc instauré des systèmes politiques où la dictature d'un homme s'appuie sur un parti unique, chargé d'encadrer la société et de la modeler sur l'idéologie du parti.

A. Le culte du chef et le parti unique

Dossier p.64-65. Le culte du chef- Dans la mise en œuvre du projet totalitaire, l'encadrement de la population par le parti unique, au nom d’un ensemble de croyances destinées à la mobiliser derrière un chef charismatique, est un facteur essentiel.

En Union soviétique, le parti communiste (PCUS) -Vocabulaire p.62, parti unique, est l’instrument du pouvoir personnel de Staline :

  • d'une part, du fait de la mainmise de Staline sur le parti[43], renforcée par des purges récurrentes garantissant sa domination sur le Politburo -Vocabulaire p.62;
  • d'autre part, du fait de la mainmise du parti sur l'État[44].

La même volonté totalitaire s’exprime en Italie sous l’autorité du Duce et du parti unique, le PNF, et le contrôle des esprits est confié à un ministère de la Presse et de la Propagande -Vocabulaire p.62, qui exerce une surveillance sur la presse, la création artistique et l'enseignement et organise le culte de la personnalité de Benito Mussolini -doc.5 p.65. Le Duce adoré par toute l’Italie. D’où le choix également de briser tous les groupes représentant des intérêts particuliers et détournant les Italiens de l'adhésion à l'État : les classes sociales, les partis et les associations[45].

Dans l’Allemagne nazie, le NSDAP est le parti unique chargé de la réalisation du projet totalitaire d’Adolf Hitler, imposant un nouveau droit fondé sur les principes nazis. Il dispose d'une police politique, la Gestapo, qui organise la terreur politique pour les adversaires du régime, d'une milice, la SS, qui gère le système concentrationnaire. Le nazisme encadre étroitement les esprits, par sa mainmise sur la culture et l'école, et par un système de propagande d'une redoutable efficacité développé par Goebbels[46] -doc.2 p.64. « Toute l’Allemagne écoute Hitler » + doc.4 p.65. L’obéissance absolue au Führer.

B.    La volonté de « forger un homme nouveau »

Les régimes totalitaires ont pour objectif de réaliser une société conforme à leur idéologie et de nier la valeur et la dignité de l’individu en prétendant le subordonner entièrement au projet totalitaire, d’où l’attention particulière portée à la jeunesse -Dossier p.66-67. L’embrigadement de la jeunesse / doc.1 p.66. Les organisations de jeunesse.

Doc.5 p.67. « La jeunesse au service du Führer »- En Allemagne nazie, l'obsession d’Hitler est la promotion d'une race pure destinée à dominer le monde, en vertu de sa supériorité naturelle. C’est avec un acharnement fanatique qu’il entreprendra parallèlement la réalisation de la conquête du monde et celle de la purification de la race. Celle-ci revêt deux aspects complémentaires :

  • Le premier est la mise au monde de spécimens « racialement purs » -doc.2 p.66. L’emploi du temps d’une écolière allemande (1935), favorisée par des initiatives comme la création des Lebensborn[47], projet eugénique complété par la stérilisation ou la suppression physique des malades mentaux ou des individus « asociaux »,
  • Le second, au cœur du projet, est la lutte contre les juifs, tenus pour le facteur de dégénérescence des races supérieures et de leurs sociétés -PDP#4 p.70-71. 9-10 novembre 1938 : la nuit de cristal.

En Italie, le Duce s'engage dans la promotion d’un « homme nouveau », viril, efficace, discipliné, image moderne des vertus romaines antiques et faisant de l'Italie du XXème siècle une nouvelle Rome conquérante et dominatrice -vertus inculquées dès la première jeunesse[48] -doc.3 p.66. Un nouveau « credo » pour les Balilas. Fasciné par la doctrine hitlérienne[49], Mussolini s'engage à son tour dans la voie d'un totalitarisme raciste : voyant dans le peuple italien, un « rameau du peuple aryen », il développe, à partir de 1938, une doctrine de défense de la race, jetant les bases d'une politique antisémite.

Doc.3 p.61. La doctrine stalinienne- Dans le cas soviétique, tout procède de la décision prise par Staline en 1929 de mettre en œuvre la transformation forcée de l'économie, en collectivisant l'agriculture et en procédant à l'industrialisation accélérée du pays, pour en faire une grande puissance industrielle et accéder à la société socialiste, ce qui suppose un travail de transformation en profondeur de la société soviétique -doc.4 p.67. Le rôle du Komsomol.

La résistance des paysans à la collectivisation est brisée par le « massacre des koulaks » -Vocabulaire p.62. Dans l’industrie, on assiste à une terrible exploitation des ouvriers, soumis à une discipline de fer, et des détenus, condamnés aux travaux forcés. Il est encore aggravé par des décisions de pure propagande politique, comme celle, prise fin 1929, de réaliser en quatre ans le plan quinquennal. Une logique de guerre s'instaure, les objectifs économiques du Plan (« Planification : direction des entreprises et de l'économie par l'État. En URSS, les plans quinquennaux (5 ans) sont introduits en 1928 et déclinés en plans annuels, dont la réalisation est obligatoire sous peine de sanctions » devenant de véritables batailles à livrer (Cf. stakhanovisme[50]), les échecs étant attribués à des saboteurs et à des traîtres, autres ennemis de l’intérieur qu’il convient de déporter (Goulag -Vocabulaire p.62) ou d’éliminer -PDP#5 p.70-71. 1937-1938 : la Grande Terreur en URSS.

Conclusion

Ces trois régimes totalitaires se sont épanouis sur le même terreau de la Première Guerre mondiale et des crises des années 1920 et 1930. La comparaison est légitime car elle permet de caractériser le fonctionnement de ces trois formes de pouvoir « total »,

  • par une pratique du pouvoir visant à soumettre par la force ou la manipulation les masses encadrées étroitement pour atteindre leurs buts ;
  • par l’exercice d’un contrôle de l’État et/ou du parti unique sur tous les domaines de la vie sociale ;
  • par une personnification extrême du pouvoir faisant du chef de l’État la seule source de l’autorité politique.

Mais le concept de totalitarisme, en dépit de la grille de lecture commode qu’il offre de ces phénomènes complexes, présente de réelles limites, car il demeure impuissant à éclairer les différences fondamentales que ces trois régimes présentent :

  • dans leurs finalités : l’historien anglais Ian Kershaw souligne à juste titre que vouloir réaliser la société sans classes voulue par Karl Marx, ce n’est pas le même projet que d’entreprendre la conquête du monde par une « race » prétendue supérieure en exterminant les éléments prétendus corrupteurs ;
  • dans leur nature même : on notera que Staline se revendique du communisme, qui existait avant lui et qui existera après lui, y compris dans des versions « non totalitaires ». En revanche, en Italie et en Allemagne, Mussolini et Hitler construisent de toute pièce des idéologies et des régimes nouveaux, et qui ne survivront pas à leur disparition[51].

III. L’Europe à l’épreuve des totalitarismes

C’est un défi à la fois politique et diplomatique qui est lancé aux démocraties par les régimes totalitaires.

A. Un défi politique

Nous avons vu que les régimes totalitaires affichent un même rejet du parlementarisme et du pluralisme, et donc de la démocratie libérale.

1. L’Union soviétique et l’Occident : la stratégie « classe contre classe » et son abandon

Ainsi, les démocraties occidentales sont-elles dénoncées par l’Union soviétique comme des régimes organisant l’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie (capitalisme) et la domination des peuples colonisés par les puissances colonisatrices (impérialisme). C’est pour cela que, dans le droit fil de la pensée de Karl Marx[52], l’Union soviétique s’emploie à « exporter ses idées » à travers le Komintern, fondé en 1919 par Lénine, qui guide de manière très ferme l’action des partis communistes à travers le monde.

La stratégie dictée aux partis communistes membres de l’Internationale communiste[53] est contrainte de s’adapter au contexte européen : ainsi, après l’échec de la stratégie « classe contre classe »[54] du KPD en Allemagne[55], le Komintern donne son aval au PCF pour participer à la coalition de Front populaire en 1936 contre le péril fasciste en France (conclue en 1934, victorieuse en 1936)[56].

2. Les fascismes contre les démocraties et le communisme

Selon les fascistes et les nazis, la démocratie libérale, héritée des philosophes des Lumières et des droits naturels de l’homme, privilégie au nom de la dignité humaine l’individu aux dépens de l’État, et s’appuie sur un principe d’égalité qu’ils contestent catégoriquement[57]. C’est cette hostilité à toute forme d’égalitarisme qu’ils

Après la Première Guerre mondiale, les dictatures se multiplient dans toute l’Europe (Pologne, Hongrie…), affichant la même hostilité à la démocratie libérale et au communisme. Tous ces dirigeants autoritaires ne sont pas fascistes, mais dans les années 1930, tous recherchent plus ou moins le soutien d’Hitler et de Mussolini. C’est le cas lors de la guerre civile espagnole : les nationalistes, dirigés par le général Franco, sollicitent l’aide de Rome et Berlin, qui contribuent grandement à la victoire de Franco en avril 1939[58] -PDP#6 p.74-75. 1936-1939 : les interventions étrangères dans la guerre civile espagnole.

C.    Un défi diplomatique

Par ailleurs, hostiles à l’ordre diplomatique issu de la Première Guerre mondiale, les fascistes et les nazis souhaitent une revanche et adoptent une politique belliciste et expansionniste.

1. L’Allemagne nazie et la réalisation de l’espace vital

  • Une étape préalable : l’Allemagne quitte la SDN dès 1933, obtient par référendum le rattachement de la Sarre (conformément aux dispositions du traité de Versailles), rétablit le service militaire et remilitarise la Rhénanie (en violation du traité de Versailles).
  • Une étape pangermaniste (visant à rassembler dans un « grand Reich » l’ensemble des territoires où vivent des populations germanophones) :
    • En mars 1938, à la faveur d’un coup d’État du parti nazi autrichien, l’Allemagne occupe l’Autriche ; c’est l’Anschluss, qui est approuvé lors d’un plébiscite par 97 % des Allemands et des Autrichiens.
    • En septembre 1938, les Sudètes (Tchécoslovaquie) sont annexées à la suite des accords de Munich, à l’occasion desquels Français et Anglais abandonnent leur allié tchécoslovaque à Hitler.
  • Une étape clairement expansionniste : en mars 1939, toujours en Tchécoslovaquie et en violation des accords de Munich, annexion de la Bohême-Moravie et création/satellisation de la Slovaquie.

La France et le Royaume-Uni réagissent timidement, par manque de lucidité sûrement, mais aussi en raison de l’importance des idées pacifistes dans ces deux pays encore traumatisés par la Grande guerre. Le gouvernement de Londres (Lord Chamberlain) mène donc une politique d’appeasement, suivie par celui de Paris (Edouard Daladier), qui s’avère catastrophique à terme[59].

2. Le colonialisme italien

À partir de 1933, Français et Anglais semblent sur le point de réussir un rapprochement avec Mussolini dans le but d’isoler et de contenir Hitler. En 1935, il signe d’ailleurs avec la France et le Royaume-Uni l’accord de Stresa, qui condamne la remilitarisation de l’Allemagne.

Mais l’Italie agresse l’Éthiopie en octobre 1935 et l’annexe (mars 1936). Elle subit en retour une ferme condamnation de la part de la SDN, ainsi que des sanctions économiques[60]. Mussolini tourne alors le dos non seulement à la SDN[61], mais aussi à la France et au Royaume-Uni, pour se rapprocher de l’Allemagne nazie, avec laquelle il conclut l’« Axe Rome-Berlin » en 1936, un « pacte anti-Komintern » en 1937, et une alliance militaire, le « pacte d’Acier » en 1939.

3. Le pacte germano-soviétique

Après l’accession d’Hitler au pouvoir, face à la menace nazie, Staline et son ministre des affaires étrangères Maxime Litvinov tentent de se rapprocher des démocraties occidentales en s’inscrivant dans le jeu de la « sécurité collective » de la SDN, dont elle devient membre en septembre 1934 ; en 1935, elle signe un pacte d’assistance mutuelle avec la France, sans toutefois réussir à s’insérer dans un système d’alliance.

Alors que l’URSS est menacée par la signature d’un « pacte anti-Komintern » par le Japon et l’Allemagne (1936) puis l’Italie (1937) et la Mandchourie (1939), l’impuissance des démocraties et de la SDN face aux coups de force allemands, italiens et japonais convainc Staline de l’échec de la sécurité collective. Dans ces conditions, Staline renonce à cette incertaine sécurité avec la SDN et cette improbable alliance avec les démocraties : le 23 août 1939, il crée la surprise (et l’effroi) en signant un pacte de non-agression pour dix ans avec Hitler. En marge de cet engagement[62], le pacte Ribbentrop-Molotov[63] comporte des « protocoles secrets » par lesquels Hitler et Staline se partagent certains territoires[64].

Conclusion

Désormais à l’abri d’une guerre sur deux fronts, Hitler peut alors déclencher l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939, qui entraîne la Seconde Guerre mondiale.

Conclusion

Synthèse p.78-79

Révisions bac p.80-83

 


[1] …mais pas leur indifférenciation.

[2] Idéologie, formes et degrés d’adhésion, usage de la violence et de la terreur.

[3]AUDOIN-ROUZEAU, Stéphane, BECKER, Annette, Retrouver la guerre, 1914-1918, 2000, cité par Alexandra DE HOOP SCHEFFER, « La Grande Guerre a-t-elle brutalisé les sociétés européennes ? », Sens Public, revue Web : http://www.sens-public.org/spip.php?article169

[4] NB : la violence guerrière de masse ne concerne pas le seul adversaire militaire, mais frappe également des « ennemis intérieurs » -Cf. le déplacement de 600.000 juifs en Russie en 1915, ou encore le génocide arménien (1915).

[5] Dans les régions les plus touchées par les combats, les civils subissent eux aussi la violence de guerre lors des invasions (en Belgique et dans le Nord de la France par exemple).

[6] George L. MOSSE, La Brutalisation des sociétés européennes. De la Grande Guerre au totalitarisme, 2000

[7] La guerre civile russe déchire l'ancien Empire russe de la fin 1917 à 1923 (l’essentiel des combats étant terminé en 1921), après la révolution d'Octobre 1917. Elle n'oppose pas simplement les révolutionnaires bolcheviques aux « Blancs », monarchistes partisans du retour à l'ancien régime tsariste. Elle a vu en effet les autres formations révolutionnaires (mencheviks, SR, anarchistes, députés de l'ex-Constituante) se battre également contre les bolcheviks, parfois de façon autonome, parfois au prix d'une collusion avec les généraux blancs. Les tentatives d'émancipation de minorités nationales, l'action des « armées vertes » paysannes (hostiles à la fois aux bolcheviks et aux Blancs), l'intervention étrangère viennent encore aggraver les troubles.

[8] « Peut-on comprendre la violence de la guerre civile en Russie, de la part des ‘Rouges’, mais aussi des ‘Blancs’ et des ‘Verts’, les rébellions paysannes teintées d'anarchisme, sans tenir compte de l'expérience de guerre ? » (Nicolas WERTH, Histoire de l'Union soviétique. De l'Empire russe à la CEI, 1900-1991, rééd. 2008)

[9] George L. Mosse : « L'opposition de guerre entre la mort de l'ami et celle de l'ennemi se reportera, en temps de paix, dans le champ de la lutte politique »

[10] Cf. la formule très populaire chez les nazis : « L'idéal au-dessus de nous, le camarade à côté, l'ennemi devant ».

[11] Cf. le slogan fasciste : « Croire, obéir, combattre ».

[12] François ROUSSEAU, La guerre censurée, 2003

[13] Lorsqu’Adolf Hitler promet d'abolir le « honteux diktat de Versailles », il rallie autour de lui un grand nombre d'Allemands qui se sont sentis trahis par la République de Weimar et désigne à leur vindicte un ennemi intérieur responsable de la défaite et de l’humiliation : les pacifistes, les socialistes et communistes, et surtout les juifs.

[14] Cf. la tentative de révolution « spartakiste » de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg.

[15] Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP)

[16] I Fasci italiani di combattimento. Le mot fascio (faisceau), emprunté au vocabulaire de la gauche, est ambigu. Il évoque à la fois la tradition anarchisante des fasci paysans, dans la Sicile insurgée de 1893, et les faisceaux des licteurs de l'ancienne Rome, symboles d'unité et d'autorité.

[17] La France et le Royaume-Uni, États dotés d’une démocratie libérale déjà ancienne et enracinée, ont adopté une « culture de guerre » et ont connu la « brutalisation », mais ne se sont par autant dotées de régimes totalitaires.

[18] 17 000 membres seulement, aucun élu aux élections législatives de novembre 1919.

[19] Il est vrai qu’une certaine agitation révolutionnaire s’était manifestée au lendemain de la Première Guerre mondiale, mais la tension était nettement retombée dès 1919.

[20] Cf. les bastonnades au manganello ou le supplice de l'huile de ricin.

[21] Les fascistes agissent avec la complicité d'une partie de la classe dirigeante (et notamment du roi Victor-Emmanuel III, qui tremble pour sa couronne) qui pense pouvoir utiliser temporairement le fascisme pour conjurer la menace révolutionnaire. L'armée fournit souvent les armes et les camions, la police et les magistrats laissent faire.

[22] Ses effectifs dépassent 700 000 membres au printemps 1922.

[23] Il n'y a que quatre ministres fascistes dans son gouvernement, à côté d'hommes politiques de toutes tendances, socialistes et communistes exceptés, les « chemises noires » quittent la capitale, la Chambre des députés est maintenue, ainsi qu’une presse d'opposition.

[24] L'Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell'Antifascismo (Organisation de vigilance et de répression de l'antifascisme, OVRA) était la police secrète du régime fasciste italien. Créée en 1926, elle traquait les opposants au régime qui étaient ensuite déférés devant des « tribunaux spéciaux », qui n'appliquaient que trois peines : la condamnation à mort, la prison et le bagne.

[25] Trotski pense qu'il faut étendre la révolution dans le monde, alors que Staline estime qu'on doit d’abord bâtir « le socialisme dans un seul pays »

[26] Pour Trotski, l'élaboration des décisions appartient non au seul Bureau politique, mais au parti tout entier, « base » comprise ; Staline, au contraire, défend le centralisme bureaucratique et le monolithisme du parti.

[27] Cf. la création d'une « Commission de l'Immortalisation de la mémoire de V. I. Oulianov », chargée de la ritualisation de la mort du Grand Homme, dont le corps, dûment embaumé, devait reposer dans un mausolée sur la place Rouge.

[28] Cf. l’édition d’une série de conférences dans un ouvrage intitulé Les bases du léninisme (1924). Du léninisme, Staline retenait en priorité la nécessité de la discipline et de l'unité du Parti.

[29] La Tchéka (1917-1922), la GPU –ou Guépéou- (1922-1934), puis le NKVD -Vocabulaire p.62 sont les noms donnés à la police politique soviétique.

[30] Une soixantaine de membres en 1919.

[31] Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterparte)

[32] Sturmabteilungen : sections d'assaut.

[33] « Mon combat ». Voir ici pour approfondir la réflexion sur la polémique récente sur la publication à venir de cet ouvrage.

[34] Schutzstaffeln : brigades de protection

[35] À lire : Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin

[36] Le 27 janvier, il a rencontré à Düsseldorf les magnats de l'industrie, Thyssen, Kirdorf, Krupp, etc. et il leur a promis un gouvernement fort et stable, capable d'écarter le danger communiste, d'amorcer la relance par une politique de réarmement, enfin d'ouvrir à l'économie allemande les marchés extérieurs.

[37] Droite conservatrice, extrême droite classique, armée, milieux d'affaires, entourage présidentiel…

[38] Le 27 février 1933, utilisant le délire pyromane d'un jeune chômeur d'origine hollandaise, Van der Lubbe, qui se dit communiste, les hommes de Goering l'ont laissé allumer un petit incendie dans le Palais du Reichstag, tandis qu'eux-mêmes inondaient les sous-sols d'essence.

[39] Le NSDAP, fort de l’appui financier des milieux d'affaires, fait élire, avec 44% des voix, 288 députés, ce qui ne suffit pas à lui assurer la majorité absolue -chose acquise toutefois grâce à la déchéance des 81 députés communistes.

[40] Ouverture de Dachau en mars 1933.

[41] Cf. Von Kahr qui avait, en 1923, fait échouer le « putsch de la brasserie »

[42] Cf. article Wikipédia.

[43] L'autorité de Staline sur le parti est assurée par les procédés de recrutement et d'exclusion. De 1928 à 1939, Staline ouvre largement les portes du parti à de nouveaux adhérents issus du milieu ouvrier et dépourvus de toute formation politique antérieure. En même temps, le parti est le lieu de purges quasi permanentes (notamment à partir de 1934). Cette rotation des effectifs ne laisse en place que les fidèles du secrétaire général, d'autant que la crainte de nouvelles épurations les maintient en état d'alerte permanent.

[44] Son rôle est triple : 1/ encadrer et surveiller la population puisqu'il est implanté dans chaque entreprise, dans chaque commune, dans chaque quartier ; 2/ fournir les cadres de l'État : les plus efficaces ou les mieux protégés obtiennent de fructueuses promotions ; 3/ contrôler l'idéologie en exerçant une étroite surveillance sur la presse, l'art, la création littéraire. Cf. 1932, création de l'Union des écrivains, et la présentation par Staline de la doctrine du réalisme socialiste.

[45] À la place des luttes sociales, la collaboration de classes au sein des structures corporatistes ; à la place de la lutte des partis, un idéal moral d'esprit de sacrifice en faveur de la communauté nationale.

[46] Cf. la « jeunesse hitlérienne », ou les écoles de cadres destinées à former les futurs dirigeants du parti et de l'État.

[47] Fondé par Heinrich Himmler (1935), le Lebensborn était un réseau de cliniques spécialisées patronnées par l'État et gérées par la SS, dont le but était d'augmenter le taux de naissance d'enfants « aryens » en permettant à des filles-mères d'accoucher anonymement et de remettre leur nouveau-né à la SS qui en assurerait la charge. La SS transforma rapidement ces centres en lieux de rencontre, où des femmes allemandes considérées comme « aryennes » pouvaient concevoir des enfants avec des SS. Le terme « Lebensborn » est un néologisme formé à partir de « Leben » (« vie ») et « Born » (« fontaine », en allemand ancien).

[48] Organisations de jeunesse où l'adhésion est obligatoire à partir de 1936, qui regroupent 5 millions de jeunes autour du mot d'ordre commun : « Croire, obéir, combattre » : Fils de la Louve, Balilla, Petites Italiennes, Jeunes Italiennes, Jeunesses fascistes..., groupes universitaires fascistes pour les jeunes intellectuels, associations professionnelles et syndicales auxquelles il faut appartenir pour pouvoir travailler, Œuvre nationale des Loisirs qui finance maisons de la culture, piscines, manifestations culturelles, séjours de vacances, voyages, Comité olympique national italien, sous l'égide duquel sont regroupées toutes les organisations sportives.

[49] Cf. l'instauration du pas de l'oie dans l'armée italienne, les épreuves sportives imposées aux hiérarques du fascisme devenus bedonnants, la suppression de la formule de politesse de la troisième personne du singulier au profit du tutoiement supposé plus viril, etc.

[50] C'est dans ce contexte qu'apparut, à la fin de l'été 1935, le mouvement stakhanoviste. Le 31 août, A. Stakhanov abattit 102 t. de charbon, soit 14 fois la norme. Le 8 septembre, il atteignait 175 t. L'écho fut aussitôt répercuté avec les performances de Smetanine dans une usine de chaussures, de Boussyguine dans l'automobile, des sœurs Vynogradovy dans le textile. À ses débuts, le mouvement correspondit à une initiative ouvrière, venant d'une petite minorité d'ouvriers qualifiés, soucieux d’augmenter leurs revenus. Rapidement, le mouvement stakhanoviste fut récupéré par le pouvoir, qui vit là l'occasion de promouvoir une vaste campagne productiviste. On organisa des journées, des semaines et même une année (1936) « stakhanovistes ». Le stakhanovisme conduit à de nombreux abus : en effet, une des façons les plus efficaces de « pulvériser les records » consistait à prolonger la durée de la journée de travail ; par ailleurs, l'équipement étant détérioré, les accidents de travail se multipliaient, et les tensions se multipliaient sur les lieux de travail.

[51] B. Mussolini fut exécuté par des partisans italiens le 28 avril 1945 ; A. Hitler se suicida à Berlin le 30 avril 1945 alors que l’Armée rouge s’emparait de la ville…

[52] « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes, vous avez un monde à gagner ! » : cette phrase, tirée de la conclusion du Manifeste du Parti communiste (Karl Marx et Friedrich Engels), qui appelle à la Révolution internationale, figure aussi sur l’épitaphe inscrite sur la tombe de Karl Marx.

[53] C’est l’autre nom du Komintern. On peut également l’appeler « troisième Internationale ».

[54] Imposée par Staline à l’occasion du sixième Congrès du Komintern en 1928.

[55] Cette stratégie consiste dans le refus d’une alliance avec les socio-démocrates du SPD contre les nazis, et plus largement à considérer comme ennemis l’ensemble des partis « bourgeois » au même titre que le NSDAP.

[56] Décision prise lors du septième Congrès du Komintern en 1935.

[57] Cf. II. B. La volonté de forger un « homme nouveau ».

[58] En tout, 73 000 Italiens, 19 000 Allemands et 10 000 Portugais combattent aux côtés des franquistes. L’appui des forces fascistes, plus nombreuses et mieux équipées (le conflit offre notamment aux Allemands l’occasion de « tester » leur force de frappe aérienne) que les 35 000 volontaires des Brigades internationales organisées par le Komintern.

[59] Cf. Churchill à l’issue des accords de Munich : « vous avez préféré le déshonneur à la guerre ; vous aurez le déshonneur et la guerre ».

[60] L’Éthiopie, alors seul pays indépendant d’Afrique avec le Liberia, est membre de la SDN. Mais les sanctions économiques adoptées contre l’Italie ont peu d’effet et sont levées dès 1936.

[61] L’Italie quitte la SDN en 1937.

[62] …qui sera violé par Hitler en juin 1941.

[63] Chargé des négociations avec l’Allemagne, Viatcheslav Molotov a remplacé Maxime Litvinov aux Affaires étrangères.

[64] À l’Allemagne, l’ouest de la Pologne et la Lituanie ; à l’URSS, l’est de la Pologne, la Lettonie, l’Estonie et la Finlande.