Terminale spécialité - Thème 5 - L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire

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Sommaire

INTRODUCTION
A. DE NOUVEAUX ENJEUX SOCIAUX ET POLITIQUES
1. La rupture des années 1960-1970
2. À partir des années 1980, un enjeu politique planétaire
B. UN REGARD SUR L’HISTOIRE DE L’ENVIRONNEMENT
I. EXPLOITER, PRÉSERVER ET PROTÉGER (AXE 1)
A. EXPLOITER ET PROTÉGER UNE RESSOURCE « NATURELLE » : LA FORÊT FRANÇAISE DEPUIS COLBERT
Introduction
1. Sous Colbert, la forêt au service du roi
2. Aux XIXe et XXe siècles : entre exploitation et protection
3. Enjeux actuels
Conclusion
B. LE RÔLE DES INDIVIDUS ET DES SOCIÉTÉS DANS L’ÉVOLUTION DES MILIEUX : « RÉVOLUTION NÉOLITHIQUE » ET « RÉVOLUTION INDUSTRIELLE », DEUX RUPTURES ?
Introduction
1. La révolution néolithique première empreinte humaine géologique ?
2. La Révolution industrielle : le Grand basculement dans l’Anthropocène ?
Conclusion
II. LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : APPROCHES HISTORIQUE ET GÉOPOLITIQUE (AXE 2)
A. LES FLUCTUATIONS CLIMATIQUES ET LEURS EFFETS : L’ÉVOLUTION DU CLIMAT EN EUROPE DU MOYEN ÂGE AU XIXE SIÈCLE
Introduction
1. Xe-XIVe : l’optimum climatique médiéval
2. 1303-1860 : le petit âge glaciaire
Conclusion
B. LE CLIMAT, ENJEU DES RELATIONS INTERNATIONALES : LES ACCORDS INTERNATIONAUX (SOMMETS DE LA TERRE, COP…)
Introduction
1. Les enjeux géopolitiques du réchauffement climatique à l’échelle mondiale…
2. …appellent à une prise de conscience et à une véritable réponse
Conclusion
III. LES ÉTATS-UNIS ET LA QUESTION ENVIRONNEMENTALE : TENSIONS ET CONTRASTES (OBJET DE TRAVAIL CONCLUSIF)
INTRODUCTION
A. LES ÉTATSUNIENS ET L’ENVIRONNEMENT : UNE RELATION SINGULIÈRE, HÉRITÉE D’UNE LONGUE HISTOIRE
1. Exploitation des ressources et transformation des milieux : une nature à dominer et à exploiter
2. Une prise de conscience précoce : une nature à protéger
3. L’action de l’État fédéral et des États fédérés
B. LES ÉTATS-UNIS ET L’ENVIRONNEMENT À L’ÉCHELLE INTERNATIONALE (ÉTAT, FIRMES TRANSNATIONALES, ONG…)
1. Les autorités étatsuniennes : une forte réticence face aux contraintes extérieures
2. Les ONG environnementales étatsuniennes : puissantes et actives
3. Les FTN étatsuniennes : un rôle ambivalent

tspe 5
 

Manuel p.304-377

Si les hommes exercent une influence sur leur environnement depuis la Préhistoire, ils n'en ont pris conscience que récemment. L’opinion publique s'inquiète aujourd'hui de la surexploitation des ressources naturelles ou des conséquences négatives du réchauffement climatique. Sa mobilisation conduit la plupart des États à s'engager dans une coopération internationale dans l'intérêt des générations futures.

Comment les rapports entre sociétés et milieux ont-ils évolué depuis la préhistoire ? Quels changements environnementaux et quels enjeux géopolitiques ces évolutions induisent-elles ?

Introduction

Problématique p.304 + Repères p.310- Pour la géographe Yvette Veyret[1], l’environnement n’est pas au sens restreint du terme synonyme de géographie physique, pas davantage de faune et de flore (biodiversité), pas plus que de pollutions et de dégradations. C’est un terme polysémique qui désigne les relations d’interdépendance complexes existant entre l’homme, les sociétés et les composantes physiques, chimiques, [biologiques] d’une nature anthropisée -Anthropisation : vocabulaire p.325.

Découvrir p.306-309- Cette notion est le fruit d’une construction historique, sociale et politique progressive, débutée aux États-Unis au XIXe siècle -doc.1 p.306. Yellowstone, le premier parc national de l’histoire, et un objet d’étude en partage : à la croisée des disciplines, elle nécessite une approche pluridisciplinaire qui mobilise l’historien -doc.2 p.308. Les branches de l’histoire de l’environnement + doc.3 p.309. Les méthodes de l’historien de l’environnement, le géographe, le géopolitologue et le politiste[2] -doc.3 p.307. L’environnement, cause politique nationale + doc.1 p.308. Les origines américaines de l’histoire environnementale + doc.4 p.307. Les objectifs du développement durable.

A. De nouveaux enjeux sociaux et politiques

1.     La rupture des années 1960-1970

Les années 1960-1970 sont marquées par une prise de conscience mondiale de l’impact des activités humaines sur l’environnement. Au cours de cette période, les premiers ouvrages consacrés à l'histoire de l'écologie commencent à voir le jour, aux États-Unis puis en Europe.

La fin de cette période est marquée par la tenue en juin 1972 à Stockholm de la première conférence de l’ONU sur l'environnement, dont est issu le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Le premier principe de la déclaration de Stockholm affirme le droit de chacun de vivre dans un environnement sain, nécessaire à sa dignité et à son bien-être. Il devient patent, alors même qu’est rendu public le célèbre rapport Meadows, que le modèle de croissance qui s'est imposé après la Seconde Guerre mondiale ne tient pas toutes ses promesses en ce qui concerne la qualité de vie, la sécurité, la santé.

La prise de conscience planétaire des conséquences désastreuses de certaines activités humaines sur l'environnement est symptomatique de l'entrée de l'humanité dans ce que l'historien nord-américain Donald Worster nomme « l'âge écologique »[3]. Une nouvelle demande sociale se manifeste, notamment dans les domaines politique, associatif, éducatif. Les réponses à la nouvelle demande sociale en matière d'écologie, qui s'amplifie depuis les années 1960, sont multiples. En France par exemple, elle se traduit :

  • Sur le terrain politique par la création du premier Ministère de l'environnement par le gouvernement de Georges Pompidou (1971), par la première candidature écologiste à une élection présidentielle, celle de l'agronome René Dumont en 1974, et par l'organisation des premiers partis écologistes.
  • Dans le domaine associatif, la demande écologique est exprimée par de nombreuses associations qui forment une sorte de nébuleuse écologico-environnementaliste aux contours difficiles à saisir.
  • Sur le plan éducatif, dès les années 1970, des textes officiels destinés aux enseignants les engagent à développer chez leurs élèves des attitudes d'observation, de compréhension et de responsabilité vis-à-vis de l'environnement proche et lointain.

2.     À partir des années 1980, un enjeu politique planétaire

Progressivement, s’impose la nécessité de construire une gouvernance mondiale de l'environnement, structurée autour du concept de développement durable présenté à l’ONU en 1987 dans le rapport Brundtland, et placé au cœur des discussions du sommet de la Terre de Rio en 1992. 

L’aggravation de l’impact environnemental des activités humaines sur l’environnement (atteintes à la biodiversité, dérèglement climatique…) s’observe de manière inégale dans le monde, et suscite des mobilisations dans les sociétés civiles à une échelle désormais planétaire.

B.    La contribution de l’histoire de l’environnement

Parallèlement à ces nouvelles mobilisations émerge un nouveau champ de recherches. Les sciences sociales analysent le rapport des sociétés à leur environnement et essayent d'en comprendre les évolutions. L'histoire environnementale par exemple, reconstitue l'histoire de l'environnement et du climat, étudie l'histoire des politiques de conservation et interroge les changements culturels et sociaux.

L'histoire environnementale est née aux États-Unis dans les années 1960. Alors qu'au début des années 1960, outre-Atlantique, l'histoire politique et intellectuelle domine encore très largement la profession, l’histoire environnementale entend jouer le rôle qu’a pu avoir l’histoire économique et sociale dans d’autres pays, c’est-à-dire rompre avec l’étude des rois, des guerres et des grandes idées, et introduire une histoire plus matérielle. Mais, plus encore, il s’agit d’écrire une histoire « par en bas »[4], s’inspirant des études féministes et afro-américaines. Dans ce cadre, les éléments naturels sont considérés comme des oubliés de l’histoire officielle : assujettis par les hommes, ce sont des dominés dont il faut faire entendre la voix en leur donnant un rôle central et en les introduisant dans les livres d'histoire.

On situe généralement la naissance de l'histoire environnementale en août 1972, avec un numéro spécial de la Pacific Historical Review et un article fameux de Roderick F. Nash[5]. Depuis les années 1970, l’histoire environnementale s'est développée partout, notamment en France où elle constitue un champ de recherche fécond -Ressources bibliographiques p.317.

L'attention portée aux dégradations de la nature par l'action des hommes ouvre de nouveaux champs de recherche. Donald Worster est celui qui va le plus loin dans cette direction, en pointant la responsabilité du capitalisme et en inaugurant un

nouveau type de récit, celui de la chute, du déclin, en opposition à l'usage raisonné de la nature par les populations locales[6] ; ses travaux ouvrent la porte à un nouveau champ scientifique, celui (contesté, naturellement) de la collapsologie.

I. Exploiter, préserver et protéger (Axe 1)

A.    Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la forêt française depuis Colbert

Introduction

Jalon p.320-323

- D’un point de vue géographique[7], la forêt est un espace couvert d’arbres en formation relativement serrée, dominant un sous-bois arbustif ou herbacé. Le terme est réservé à des étendues conséquentes[8], contrairement aux bois, plus restreints.

Depuis les XVIIe-XVIIIe, la forêt française constitue une ressource stratégique pour l’État, qu’il s’agisse sous Louis XIV de fournir la matière première indispensable au déploiement d’une flotte commerciale et de guerre digne d’une puissance mondiale, ou aujourd’hui de concilier ses fonctions écologique, économique et récréative.

En quoi la gestion de la forêt française est-elle liée à la construction de l’État et à l’évolution de sa conception ?

1.     Sous Colbert, la forêt au service du roi

Doc.1 p.320. Louis XIV et la forêt française- Au XVIIe siècle, sous le règne absolu de Louis XIV (1663-1715), l’État prend des mesures pour exploiter la forêt. C’est Colbert, contrôleur général des finances (1665) puis secrétaire d’État à la marine (1669) qui dirige cette politique -Biographie p.320.

Plusieurs mesures sont prises pour améliorer la quantité et la qualité de la production de bois, afin notamment d’assurer l'approvisionnement de la Marine (flotte commerciale et de guerre -doc.2 p.320. L’arsenal de Toulon au temps de Colbert) car en raison de la dégradation constatée des forêts, on craint de manquer de bois de construction.

Les famines causées par le « petit âge glaciaire »[9] poussent les populations à étendre les cultures au détriment de la forêt. L’ordonnance de Colbert est oubliée, et en 1789 on estime la surface forestière entre 8 et 9 millions d'ha, sous une forme très dégradée : la plupart des forêts sont en taillis, mode d'exploitation à court-terme qui épuise les sols. La forêt est une ressource pour les populations (cueillette, charbon de bois), elle sert également de zone de pâture (système sylvopastoral). Elle est aussi une ressource pour les communes qui pratiquent des ventes de bois sur pied (affouage).

L'Ordonnance des eaux et forêts de 1669 crée un corps chargé d'assurer la gestion des forêts (royales ou pas). C’est donc une période de renforcement de l’autorité et du contrôle de l’État sur cette ressource essentielle, qui se traduit par le marquage des arbres et le traçage d’allées pour circuler. La forêt est ainsi mise au service des ambitions géopolitiques de Louis XIV : la création de plusieurs chantiers navals, nécessitant une grande quantité de bois, l’amélioration des voies navigables facilitant le transport du bois (développement du flottage sur l’Yonne notamment) en sont une des traductions.

2.     Aux XIXe et XXe siècles : entre exploitation et protection

C’est au début du XIXe siècle que la forêt française atteint sa surface la plus faible (7,5 millions d’hectares).

a.       Empêcher les inondations, exploiter la forêt

Le Code forestier de 1827 cherche à protéger et regénérer les forêts, mais son application se heurte aux pratiques des populations rurales qui acceptent mal de voir leur accès restreint à cette ressource. Si bien qu’en 1846, un projet de loi est déposé « relatif au reboisement des montagnes et à la conservation du sol forestier », notamment pour lutter contre l'érosion ; il est à son tour très mal accueilli par les populations concernées qui y voient une spoliation de leurs terrains de parcours.

À partir de 1848, Napoléon III montre un intérêt particulier aux questions agricoles et forestières. Il initie notamment une grande opération de boisement en pins des Landes de Gascogne, composées jusqu'alors de terrains marécageux et de landes -doc.5 p.321. Une forêt créée par l’homme. L’idée est de créer localement une ressource, la résine de pin étant alors très demandée pour le calfeutrage, et pour la chimie. Des mesures semblables sont entreprises en Sologne, puis en Champagne « pouilleuse » à partir de propriétés impériales. Cela entre dans une optique d’intensification, de rationalisation et de systématisation des usages agricoles du territoire. Dans le Morvan, le barrage des Settons est construit pour « chasser » les rondins de bois acheminés par flottage jusqu'à Paris. Il y a d’ailleurs une « standardisation de la production », les rondins étant calibrés à 114 cm de long (3 pieds, 6 pouces)… Dans le même temps, la pression sur la forêt se renforce : les besoins sont croissants pour les boisages des mines, les traverses des chemins de fer, les chantiers de construction (travaux d’Haussmann), production de charbon de bois dans le sud de la France…

Les inondations qui endeuillent la France en 1856 et 1859 sont imputées au surpâturage et au déboisement. En 1860, une loi pour le boisement et la création d'un service de reboisement, afin de lutter contre les risques naturels instaure des périmètres de reboisement déclaré d'utilité publique et obligatoire -doc.4 p.321. Les dangers de la déforestation au XIXe siècle.

Sous la IIIe République, la loi de 1882 sur « la restauration et la conservation des terrains de montagne » (RTM) s'accompagne d'une politique d'acquisition de terrains par l'État, et de subvention des travaux de reboisements assurés par les collectivités et les particuliers. Des surfaces importantes en montagne font l’objet de travaux d’équipements en ouvrages spécifiques de lutte contre l’érosion des sols, le ruissellement, le ravinement, les crues torrentielles, les glissements de terrain, les chutes de blocs et les avalanches.

b.       Au XXe siècle la forêt s’accroît

Au XXe siècle, la forêt regagne du terrain du fait de l'abandon de terres agricoles, de la baisse des densités rurales et de la généralisation du charbon et du pétrole comme sources d'énergie. La reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale se traduit aussi par la restauration de ses forêts, fortement endommagées[10]. En 1946 un Fonds forestier national est créé, destiné à valoriser économiquement la forêt française en satisfaisant les besoins en bois liés à la reconstruction.

Mais c’est au début de la Vème République que la France connaît une nouvelle époque-clé dans la gestion des forêts à l’échelle nationale :

  • En 1958, l'État crée l'Inventaire forestier national (IFN)[11], pour mieux estimer les ressources et potentialités des forêts françaises, et de terrains pouvant potentiellement être boisés ou reboisés.
  • En 1963 sont créés les premiers parcs nationaux (Port-Cros, les Écrins, la Vanoise) en compensation du Plan Neige, qui voit la construction de nouvelles stations de ski, ce qui implique des défrichements pour tracer les pistes, mais aussi de nouvelles plantations pour créer ou recréer un cadre paysager.
  •  En 1966 : la création de l'ONF (loi Jobert de 1964), en parallèle avec l'application du Plan Neige vise à réglementer les risques, alors que les pratiques récréatives se multiplient.

3.     Enjeux actuels

La forêt française métropolitaine couvrait 7,5 millions d’hectares[12] au début du XIXe siècle, et 17 millions aujourd’hui (31% du territoire). La forêt métropolitaine appartient pour l’essentiel (75%) à un peu plus de trois millions de propriétaires privés. Le quart restant est géré par l’Office National des Forêts pour le compte de l’État et des collectivités territoriales.

B. La forêt française, un enjeu contemporain : docs 6 à 10 p.322-323- Dotée de la quatrième surface forestière d’Europe (après la Suède, la Finlande, et l’Espagne), la France dispose avec sa forêt à la fois d’une ressource et d’un patrimoine. Ses fonctions (fonction économique[13], fonction récréative[14], fonction écologique[15]) sont parfois en concurrence, d’où un certain nombre de tensions, par exemple autour de la pression immobilière près des domaines skiables ou du littoral, autour la réintroduction du loup et de l'ours, etc.

L’avenir de la gestion de la forêt française et de l’ONF alimente le débat public : restrictions budgétaires et fermetures de postes[16], « industrialisation »[17] de la forêt au détriment de la biodiversité[18], etc. La forêt française est l'héritage de plusieurs siècles d'interventions humaines : défrichements, reboisements, dégradations, conservations, qui lui ont donné son aspect actuel. Elle n'est en rien « naturelle », car les forêts primaires ont disparu, et si elle continue à croitre, ce n’est pas de façon naturelle. En outre, le réchauffement climatique lui pose de sérieux problèmes d’adaptation[19].

B.    Le rôle des individus et des sociétés dans l’évolution des milieux : « révolution néolithique » et « révolution industrielle », deux ruptures ?

Introduction

Doc.6 p.326. La révolution industrielle selon Claude Lévi-Strauss- Selon l'anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009], il s'est produit deux ruptures majeures dans l'histoire de l'humanité : la révolution néolithique, à la fin de la Préhistoire, et la révolution industrielle, à partir de la fin du XVIIIe siècle. Chacune de ces révolutions s'est traduite par une évolution du rapport des sociétés humaines à leur environnement.

Comment penser l’interaction des hommes et de la Terre ? Est-ce que l’on peut distinguer des moments de rupture ? Sommes-nous entrés dans l’Anthropocène ?

1.     La révolution néolithique première empreinte humaine géologique ? [20]

a.       Définition

Doc.1 p.324. Qu’est-ce que la révolution néolithique ? On doit l’expression « révolution néolithique » -Néolithique : vocabulaire p.314 ; révolution néolithique : vocabulaire p.316 à l’archéologue anglais Gordon Childe dans l’entre-deux-guerres. Plus que d’une révolution, il s’agit d’un processus échelonné sur plusieurs siècles, différent selon les régions du monde, à partir de la fin de la dernière glaciation, il y a environ 12 000 ans -Carte 1 p.314. La révolution néolithique.

Le chien est le premier animal domestique chez divers groupes de chasseurs-cueilleurs[21] -Vocabulaire p.316. Mais progressivement, on passe du chien présent dans de nombreux groupes de chasseurs cueilleurs à une domestication visant l’élevage d’animaux pour leur viande : mouton, chèvre, porc et bœuf au Proche-Orient, poulet et porc en Chine ; cobaye, canard et dinde aux Amériques. Parallèlement, à partir de -10 000 ans dans certaines régions, grâce à un climat devenu plus favorable, des groupes de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent et entreprennent de domestiquer certaines espèces végétales[22] -doc.5 p.325. Un village au Néolithique + doc.2 p.324. L’outillage néolithique : le millet et le riz en Chine ainsi que le porc, le chien, le buffle et le poulet ; l’orge et le blé au Proche-Orient ainsi que le chien, le mouton, la chèvre, le porc et le bœuf ; la banane, le taro et le porc en Nouvelle-Guinée ; le piment, la pomme de terre et le maïs dans les Andes avec le lama et le cochon d’Inde ; la courge, l’avocat, le maïs et le haricot au Mexique ; et en Afrique, le sorgho, le mil et peut-être le bœuf.

b.      Trois conditions indispensables : environnementales, techniques, culturelles

  • Un environnement où la domestication des animaux et des plantes offre un véritable avantage par rapport au mode de vie antérieur.
  • Des techniques permettant de stocker les céréales : les grains ont la propriété d’émettre du gaz carbonique qui stoppe leur germination s’ils sont enfermés dans un lieu hermétiquement clos[23].
  • Des choix culturels (changement de mentalité) : d’une espèce immergée dans la nature, animale parmi d’autres (cf. peintures des grottes paléolithiques), pratiquant la chasse sans la considérer comme un dû[24], on passe avec la domestication à un nouveau rapport de domination -doc.3 p.324. Espèces animales consommées et révolution néolithique. Cependant dans les Amériques par exemple, la frontière entre les chasseurs-cueilleurs qui pratiquent une petite agriculture d’appoint et les agriculteurs qui continuent à chasser est particulièrement poreuse -doc.4 p.325. La révolution néolithique en Amérique.

c.       Les conséquences

  • Un boom démographique : grâce à la sécurisation alimentaire, la natalité augmente, les agricultrices ont en moyenne un enfant chaque année alors que leur ancêtre nomade en avait un tous les 3 ans (l’allaitement prolongé retarde le retour de fécondité). Agriculture et élevage apportent des ressources alimentaires plus stables et plus riches que la chasse et la cueillette (mais demande plus de travail).
  • Des risques nouveaux pour l’homme : la généralisation des céréales et des graminées (riz, orge, sorgho, blé, millet, maïs) et la domestication des animaux ont fait place à des aliments mous et sucrés, vecteurs de maladie. Les concentrations humaines ont été vecteur de maladies d’autant que l’homme est plus en contact avec les animaux : brucelloses, variole, rougeole, tuberculose, peste. Mais cette nouvelle mortalité n’a pas vraiment entamé la progression globale, ni les migrations humaines massives.
  • Une nature en danger : diminution continue de la biodiversité -Vocabulaire p.316. Celle-ci avait déjà commencé avec l’expansion d’Homo sapiens. Avec le bouleversement des écosystèmes (défrichements…) -Vocabulaire p.316, une partie de la grande faune disparaît : cheval, mammouth en Amérique du Nord, auroch en Europe[25], le lapin-rat de Corse…
  • Une révolution irréversible qui entraine la sédentarisation et de grandes migrations, la disparition de grands animaux et l’apparition de l’agriculture extensive.

2.     La Révolution industrielle : le Grand basculement dans l’Anthropocène ?

a.       Une première étape, des débuts de la révolution industrielle à la Seconde Guerre mondiale

Un basculement s’opère avec la révolution industrielle -Vocabulaire p.314, qui fait monter la concentration de CO2 atmosphérique de 277-280 parties par millions (ppm[26]) au XVIIIe siècle à 311 ppm au milieu du XXe siècle[27] -doc.9 p.327. Industrialisation et ressources énergétiques : l’exemple du charbon. Le charbon supplante alors les énergies renouvelables, accélère le développement du rail et favorise la synthèse chimique d’engrais azotés qui augmentent les rendements agricoles. Ainsi, le charbon-énergie « facile » entraine une croissance économique, un accroissement démographique et une artificialisation anthropique des terres, ainsi qu’une dégradation des milieux naturels -doc.8 p.327. Industrialisation et dégradation des milieux naturels.

Durant la seconde moitié du XIXème siècle, deux phénomènes se développent : les infrastructures d’une globalisation économique se mettent en place (DIT : division internationale du travail), tandis que les écarts se creusent entre l’Europe et l’Amérique du Nord d’une part et l’Asie d’autre part -Frise chronologique + Cartes 2 p.315. La révolution industrielle.

 S’ouvre alors l’ère de l’économie-monde britannique et de la domination occidentale sur le système-monde, dans laquelle des dispositifs techniques fortement émetteurs de CO2 réorganisent les flux à l’échelle mondiale et permettent la mise en place d’un marché mondial. Dans ce contexte, les conséquences écologiques de la révolution industrielle dans les colonies et les « pays périphériques » sont également dramatiques : la ruée vers le caoutchouc en Amazonie entraine massacres et déforestation. Au début du XXe s, l’hévéa est transféré du Brésil en Malaisie, Sri Lanka, Sumatra et Liberia.

b.      Une seconde étape, après la Seconde Guerre mondiale : la Grande Accélération

Après 1945, se produit la Grande Accélération, illustrée par des indicateurs mesurant la concentration atmosphérique de carbone et de méthane avec la poussée exponentielle des impacts humains depuis 1950. Pendant cette période, les êtres humains ont altéré les écosystèmes plus rapidement et plus profondément que dans aucune autre période comparable de l’histoire humaine. Les courbes figurant les tendances historiques de l’activité humaine et les changements physiques qui ont affecté le système terrestre présentent une progression lente depuis 1750 et une croissance exponentielle après 1950. En 2005, les climatologues Will Steffen, le chimiste Paul Crutzen et l’historien John McNeill ont proposé le terme de « grande accélération » pour désigner ce phénomène, révélateur de bouleversements sociaux et environnementaux[28].

3.     L’Anthropocène, un nouveau paradigme

Et c’est au cœur de cette prise de conscience que se place un changement de paradigme majeur, analysé par certains spécialistes comme une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène, qui survient avec l’impact géologique des activités humaines sur l’environnement terrestre. Ce néologisme, construit à partir du grec ancien anthropos, « être humain » et kainos, « nouveau », apparaît au début des années 1990, pour signifier que l'influence des activités anthropiques est désormais prépondérante[29] et irréversible sur le système terrestre et dans l'histoire géologique et climatique de la planète. L’Anthropocène doit-il figurer sur l’échelle des temps géologiques ? Pour comprendre cette question, il faut d’abord avoir à l’esprit le découpage de l’échelle des temps géologiques. Les ères géologiques sont divisées en périodes, elles-mêmes subdivisées en époques, puis en étages. Les grandes coupures correspondent généralement à des événements majeurs de l’histoire de la Terre ou encore de la vie (apparition d’espèces). Nous nous situons actuellement dans l’ère géologique du Cénozoïque, la période du Quaternaire et notre époque est l’Holocène. À la suite des travaux du Prix Nobel de Chimie néerlandais Paul Crutzen[30], une proposition a été présentée en 2008 à la sous-commission de stratigraphie de la Société géologique de Londres pour faire de l'Anthropocène une unité formelle dans les divisions géologiques en époques géologique -plutôt que d’ère à proprement parler. Cette sous-commission a mandaté un groupe interdisciplinaire de 38 membres : le Groupe de Travail sur l’Anthropocène (AWG : Anthropocene Working Group), pour examiner la pertinence de ce concept et tenter de dater cette potentielle nouvelle époque. À l’issue du débat de l’AWG au Cap en Afrique du Sud qui a eu lieu en août 2016, le groupe de travail s’accorde à dire que nous sommes entrés dans une nouvelle époque géologique. Pour autant, l’Anthropocène n’est pas encore officiellement retenu[31] : pour intégrer une nouvelle époque dans l’échelle des temps géologiques, il faut présenter un clou d’or, ou point stratotypique mondial (événement caractérisant la transition entre deux temps géologiques), soutenu par une coupe géologique.

Pour l’archéologue et préhistorien Jean-Paul Demoule, la rupture fondamentale se produit à la révolution néolithique avec le déclenchement de la sixième extinction massive des espèces et l’exacerbation de la violence. Les humains passent de petits groupes de chasseurs-cueilleurs de quelques dizaines à des villages puis des villes sédentaires. L’impact environnemental de cette mutation est considérable -Par exemple, l’Europe était une forêt vierge avant l’apparition de l’agriculture… Doc.10 p.327. Industrialisation et réchauffement climatique- Paul J. Crutzen et Eugène F. Stoermmer[32] ont quant à eux posé l’invention de la machine à vapeur, comme le commencement de l’Anthropocène[33].

D’ores et déjà, des scientifiques du champ des sciences de l'environnement et au-delà sont de plus en plus nombreux à utiliser cette notion, s’organisent en groupes de travail et débattent vivement du choix d’une date de fin de l'Holocène et de début de l'Anthropocène. Catherine Jeandel, océanologue géochimiste française membre groupe de travail sur l’Anthropocène (AWG), explique que le groupe est actuellement en recherche de ce clou d’or, qui se situerait selon eux plutôt vers la moitié du XXème siècle[34].

La notion d’Anthropocène est l’objet de critiques de plusieurs types. Outre le rejet des climato- et écolo-sceptiques, une partie des géologues estime que cette période est de nature historique plus que géologique. Ainsi, le géologue Patrick De Wever estime que le « clou d’or » ne pourra pas être trouvé[35], sachant d’autant plus que les événements ne sont pas synchrones[36]. Néanmoins, son succès récent et rapide tend à en faire un concept discuté, correspondant à des « récits » concurrents. Christophe Bonneuil (2014) identifie quatre récits associés à la notion d'Anthropocène :

  • Un discours « éco-marxiste » pour lequel l'Anthropocène est la révélation des contradictions du capitalisme et de l'inégalité des échanges. Cf. l’historien de l’environnement J.-B. Fressoz, qui suggère de penser la période comme un Capitalocène[37], en tenant compte du développement progressif du capitalisme marchand depuis le Moyen-Âge et de son extension après les Grandes découvertes.
  • Un discours post-environnementaliste qui pose uniquement des solutions d'ordre technoscientifique.
  • Un discours naturalisant et dépolitisé qui considère les humains comme une catégorie indifférenciée.
  • Un discours de l'effondrement et de nécessité des changements de grande ampleur.

Ces débats et approches montrent l'implication philosophique de la notion qui renvoie à différentes grilles d'analyse. Ces débats sont essentiels, et posent tous avec une acuité nouvelle cette question : « que faire maintenant ? ».

Conclusion de l’Axe I

Révisions p.330-331

Sujets bac p.332-333

II. Le changement climatique : approches historique et géopolitique (Axe 2)

A.    Les fluctuations climatiques et leurs effets : l’évolution du climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle

Cours p.338-339. Histoire du changement climatique et d’une lente prise de conscience + Jalon p.342-343. Les fluctuations climatiques et leurs effets : l’évolution du climat en Europe du Moyen-Âge au XIXe siècle.

Introduction

La température moyenne au niveau de la surface terrestre varie depuis au moins deux millions d’années. La Terre connaît ainsi l’alternance régulière de périodes glaciaires et interglaciaires. L’astronome Milutin Milanković (1879-1958) identifie des cycles astronomiques qui expliquent ces variations. Au cours des 700 000 dernières années, on compte 4 périodes dites glaciaires, interrompues par des périodes interglaciaires plus courtes. L’idée que l’historien puisse s’occuper de l’histoire du climat plutôt qu’un « scientifique de la nature » peut paraître bizarre. Pourtant, l’historien cherche aussi à expliquer telle famine, telle fluctuation des prix

du blé, du vin, etc., et a besoin d’explications météorologiques. Il met alors en œuvre des méthodes conjointement employées par l’histoire, une science humaine, et par les sciences dures (météorologie, physique, glaciologie, botanique) pour retracer l’évolution passée du climat.

Ainsi, l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie fait figure de pionnier quand il écrit en 1967 son Histoire du climat depuis l’an mil, suivi de nombreux autres ouvrages depuis. Pour étudier ces fluctuations climatiques, en l’absence de données statistiques fiables avant les XVIIIe et XIXe siècles[38], l’historien utilise de multiples sources, « classiques » (chroniques, archives ecclésiastiques et municipales[39], et autres cadastres, gravures, documents iconographiques) ou moins classiques, comme :

  • la dendroclimatologie, qui étudie les anneaux de croissance des arbres[40]
  • les glaciers : les troncs d’arbres fichés dans les moraines[41] jalonnent avancées et reculs des glaciers, et la teneur en oxygène des « carottes » dans les régions glaciales renseigne sur les variations de températures.

Paléoclimatologues, historiens et géographes travaillent conjointement pour identifier les variations climatiques du passé -doc.2 p.342. Les outils de l’historien pour l’histoire du climat.

Pendant longtemps, depuis la fin des grands âges glaciaires (depuis une dizaine de milliers d’années), les périodes douces ont alterné avec les périodes fraîches, les optima climatiques ont succédé à des petits âges glaciaires (PAG) et vice versa -Graphique p.339 + doc.1 p.342. L’évolution des températures dans l’hémisphère Nord.

Quels sont les grands changements climatiques et comment les sociétés en ont-elles pris conscience ?

1.     Xe-XIVe : l’optimum climatique médiéval

Optimum climatique médiéval, ou petit optimum médiéval (POM) : vocabulaire p.338 et 342 + doc.3 p.343. Le réchauffement climatique au Moyen-Âge (1er paragraphe)- Après une série de poussées glaciaires alpines au temps des Mérovingiens, voire au début des Carolingiens, on obtient le petit optimum médiéval, entre 900 et 1300 de notre ère, particulièrement marqué dans les régions de l’hémisphère Nord : un réchauffement de quelques dixièmes de degrés, avec des fluctuations (en effet, on observe encore des hivers très rigoureux qui provoquent des famines) ; des glaciers alpins devenus très courts, de belles forêts de conifères remontant à cette époque très haut dans les Alpes suisses sur les emplacements qui, plus tard, seront occupés par les glaciers, les gravats et les moraines. Ce réchauffement est sensible jusque sous les plus hautes latitudes : au Groënland, l’analyse des glaces[42] révèle que de 600 à 1120 de notre ère, le climat groenlandais est légèrement plus tiède, ce qui permet au Xe siècle aux Vikings d’Éric le Rouge de coloniser la côte Est et d’y installer des fermes jusqu’au début du XIIe siècle.

L’agriculture médiévale en a probablement bénéficié : hausse des rendements agricoles et défrichements forestiers accompagnent l’essor démographique, économique et urbain, ainsi que les débuts de la construction d’États modernes, en France et en Angleterre notamment.

2.     1303-1860 : le petit âge glaciaire

Le petit âge glaciaire (PAG) -Vocabulaire p.338 et 342 + doc.3 p.343. Le réchauffement climatique au Moyen-Âge (2ème paragraphe) commence aux alentours de 1300. Il se traduit par une série d’hivers rudes et très neigeux, et des étés souvent pourris. Les périodes d’hivers froids s’expliqueraient par une circulation atmosphérique de type frontal, c’est-à-dire par la présence prolongée de hautes pressions sur la bordure ouest de notre continent qui empêchent l’air atlantique de pénétrer d’ouest en est, mais laissent des coulées d’air arctique « descendre » du Nord au Sud[43].

En plein cœur d’une série d’années humides (anneaux des arbres très épais), la famine de 1315 est une famine de froid et de pluies excessives (Angleterre, Pays-Bas, Allemagne de l’Ouest, nord de la France), dommageables pour les blés[44]. 1315 est peut-être la pire famine du Moyen Age, sonnant le glas de l’expansion démographique fraîche et joyeuse du XIIIe siècle ; elle signale le renversement de conjoncture, le passage d’une phase multiséculaire d’expansion à la longue période de crise des XIVe et XVe siècles[45]. La population française, d’environ 20 millions d’habitants en 1340, n’en compte plus que 10 millions en 1450[46].

En 1481, l’hiver ayant été très froid, le printemps et l’été très mauvais, une famine intervient qui conduit pour la première fois le roi de France, Louis XI, à prendre des mesures anti-famine : tout au long du petit âge glaciaire sur la vie des hommes, les sociétés mettent en place des stratégies de résilience pour surmonter les crises[47].

Les premières décennies du XVIe siècle sont assez clémentes : des glaciers alpins en régression et beaucoup de beaux étés, qui donnent de superbes moissons[48]. Mais à partir de 1561-1562, les hivers deviennent plus froids et plus neigeux, les étés souvent pourris et cette situation aboutit à une poussée glaciaire assez marquée. Chez Brueghel l'Ancien, les moissonneurs cèdent la place aux chasseurs dans la neige[49] -doc.4 p.343. La peinture hollandaise et le petit âge glaciaire. Dans le Paysage d’hiver, du peintre néerlandais Hendrick Avercamp, on voit une foule déambuler sur un sol entièrement gelé ; l’ambiance a l’air festive, pourtant, si l’on s’intéresse aux détails, c’est la mort qui rôde. Au XVIe siècle, les dates de vendanges de Suisse et de Bourgogne affirment de très intéressantes corrélations avec le mouvement des glaciers alpins : vers 1570-1590, les glaciers d’Autriche[50], de Suisse, de Dauphiné, de Savoie comme la mer de Glace sont en pleine poussée, et connaissent un maximum historique[51].

Ce refroidissement a culminé pendant la décennie 1590, marquée par les mauvaises récoltes, l’augmentation du prix du blé, et par les famines[52].

Jusqu’aux années 1860, qui marquent la fin du PAG, la grande marée glaciaire vient battre les rivages des terroirs et des habitats. On connaît néanmoins des fluctuations météo tantôt vers le tiède, tantôt vers le frais. Les phases tièdes s’accompagnent de belles moissons ensoleillées, mais aussi de sécheresses destructrices des blés. Ainsi en 1788 et 1846, avec agitation sociale consécutive en France[53]. Les phases fraîches s’accompagnent de pluies et froidures tueuses des blés. La famine de 1693-1694 fait 1 300 000 morts en France ; celle de 1709, 600 000

En plus des aléas de la circulation des masses d’air, d’autres phénomènes peuvent affecter le climat, par exemple l’accumulation de poussières volcaniques dans la haute atmosphère à la suite des grandes éruptions volcaniques -doc.5 p.343. Les conséquences de deux éruptions au XIXe siècle. En 1815, l’éruption du volcan de Tambora en Indonésie jeta un voile de poussières très fines autour de la Terre[54]. Le rayonnement solaire diminua, et les récoltes furent en baisse en Europe et aux États-Unis. Après cette catastrophe, l’année 1816 fut sans été et les températures accusèrent une baisse de près d’un demi-degré en moyenne en Europe et en Amérique.

À partir de 1860, commence le processus de la fin du PAG. La Mer de glace recule brutalement d’environ un kilomètre de 1860 à 1880[55], mais le réchauffement proprement dit n’aura lieu qu’après 1910.

Conclusion

Avec l’industrialisation qui débute au XIXe siècle, les activités humaines s’avèrent être en particulier responsables d’une aggravation de l’effet de serre. Cette aggravation est liée à l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre (GES) naturellement présents dans l’atmosphère, parmi lesquels le dioxyde de carbone (CO2), premier responsable de cet effet de serre additionnel, et donc du réchauffement climatique. En 1958, le scientifique américain Charles Keeling observe que l’augmentation de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère est liée à l’activité humaine. À la fin des années 1970, les scientifiques évoquent les rejets de CO2 comme cause probable du réchauffement climatique. Les deux dernières décennies du XXe siècle et le début du XXIe constituent l’une des périodes les plus chaudes du dernier millénaire, selon les études des climatologues, et ces évolutions constituent une menace d’un niveau inédit pour l’humanité et la vie sur la Terre. En 2016, la température moyenne sur la Terre était supérieure d’environ 1 à 1,5 degrés aux températures moyennes de l’ère préindustrielle. Cette prise de conscience pousse la communauté internationale à réagir.

B.    Le climat, enjeu des relations internationales : les accords internationaux (Sommets de la Terre, COP…)

Cours p.340-341. Quelles politiques pour lutter contre le changement climatique ? + Jalon p.346-347

Introduction

« La catastrophe climatique frappe toujours à la porte », a averti le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. La conférence mondiale sur le climat (COP26) a débouché à sa clôture le 13 novembre sur « des pas en avant bienvenus, mais ce n’est pas assez », a estimé dans un communiqué le patron des Nations unies. Il a lui-même relevé les faiblesses de ce « pacte de Glasgow », déclarant que la « volonté politique » a manqué pour surmonter les « contradictions » entre pays.

Le dérèglement climatique est imputable aux concentrations dans l’atmosphère de gaz à effet de serre (GES) dues à l’activité humaine : en effet, ces 40 dernières années, à raison de 700 tonnes d’émissions de CO2 par seconde, les émissions de CO2 issues de la combustion d’énergies fossiles et de processus industriels ont contribué à hauteur de 78% au total de la hausse des émissions de GES. Les scientifiques observent un réchauffement climatique (+ 0,6°C au XXème siècle) et une accélération depuis les années 1970.

Les problèmes environnementaux ne connaissent pas de frontières, et dépassent donc largement le cadre étatique : c’est le cas du changement climatique, qui est donc devenu un sujet politique incontournable, touchant à la fois à l’équilibre des forces et des pouvoirs, aux modèles de développement, à nos modes de production et de consommation. Il est ainsi le terrain d’interactions complexes entre États. Le monde est confronté à des enjeux sans précédent à la fois pour les écosystèmes et pour les sociétés humaines. Peu à peu, une prise de conscience a vu le jour et qui se traduit par la recherche d’une indispensable gouvernance mondiale.

Comment et pourquoi le changement climatique est-il devenu un enjeu géopolitique ?

1.     Les enjeux géopolitiques du réchauffement climatique à l’échelle mondiale…

L’actuel dérèglement climatique à des conséquences importante sur la vie sur Terre en raison des dégradations des écosystèmes qui en découlent. La dégradation des écosystèmes, outre la perte de biodiversité, met en danger leur capacité de résilience et compromet les services qu’ils nous rendent. Par exemple :

  • Les mangroves, dont 340 000 hectares sont détruits chaque année, protègent naturellement les côtes face aux tempêtes et autres phénomènes climatiques extrêmes[56].
  • Les zones humides, comme les mares ou les tourbières, ont régressé de 50% en France entre 1960 et 1990. Protégées par la Convention de Ramsar (traité international de 1971), elles permettent d’atténuer les inondations en régulant le niveau de l’eau, de recharger les nappes souterraines et de fournir à l’homme de l’eau potable et de la nourriture (pêche, ostréiculture).
  • La fonte du pergélisol[57] est un nouveau phénomène qui inquiète car 40% de sa surface pourrait fondre avant la fin du siècle selon une étude britannique de Nature Climate Change de 2017. Fini le mythe du socle du « gel éternel » : La couche « dégelée, active » descend jusqu'à trois mètres l'été, et certains scientifiques s’inquiètent de ce que ce dégel pourrait libérer comme bactéries.
  • La fonte des glaciers et icebergs entraîne l’élévation du niveau de la mer que les scientifiques du GIEC évaluent à +26 à 98 cm d’ici 2100 voire plus.
  • La disparition de la moitié des espèces animales et végétales d’ici 2100 donnant lieu à ceux que certains considèrent déjà comme la « sixième extinction massive ». De nombreuses espèces animales[58] telles que pourraient perdre leur habitat, voire disparaître.

D’autres phénomènes liés au réchauffement affectent durement les sociétés humaines[59] :

  • L’élévation du niveau de la mer est un défi pour plus de 20% de la population mondiale, qui vit à moins de 30 km des côtes, sans parler des grands deltas asiatiques qui sont densément peuplés et occupés par des mégapoles comme Shanghai[60] ou Djakarta...
  • La sécheresse et la désertification s’étendent, tandis que la fréquence des cyclones augmente[61], avec de graves conséquences pour les populations, dont les activités vitales se trouvent amputées ou anéanties. Les habitants de régions de plus en plus nombreuses vivent sous la menace du stress hydrique.
  • Parallèlement, les risques sanitaires s’accentuent, comme l’illustre le retour en force de la dengue, en Amérique latine et en Asie orientale.

Ces problèmes environnementaux ont de plus en plus souvent des répercussions politiques. Les catastrophes climatiques s’avèrent à la fois un indicateur de dysfonctionnement politique fiable et une source de crises politiques et géopolitiques, par exemple quand les ravages du cyclone Bhola (12 novembre 1970), sur le Bengale (Inde et Pakistan oriental)[62] ont contribué à la crise qui aboutit à la sécession du Bangladesh[63]. Aujourd’hui, une étude de la Banque Mondiale dénombre 86 millions de « réfugiés climatiques »[64] potentiels en Afrique subsaharienne, 40 millions en Asie du Sud et 17 millions. Par ailleurs, avec le recul des glaces, des revendications politiques (re)surgissent dans les régions arctiques -même s’il convient d’en relativiser la gravité[65] : néanmoins, les ressources naturelles du Groenland devenant plus facilement accessibles, ses habitants pourraient envisager de réclamer leur indépendance[66]

En conséquence, l’analyse des effets des phénomènes climatiques sur les États occupe désormais une part croissante de la réflexion géopolitique contemporaine, dont elle constitue un domaine nouveau. Dans ce cadre, on s’accorde à considérer que les sociétés humaines et les États sont confrontés à des défis liés au changement climatique, dont les solutions ne peuvent être envisagées qu’à l’échelle internationale.

2.     …appellent une prise de conscience et des actions collectives

Notre possible entrée dans l’Anthropocène, cette nouvelle époque dans laquelle les humains seraient les principales forces de changements sur la planète, impose une prise de conscience et la mise en œuvre d’une nouvelle géopolitique.

En 1972, la Conférence des Nations Unies sur l'environnement a adopté une série de principes pour une gestion écologiquement rationnelle de l'environnement. Cette « Déclaration de Stockholm » a placé les questions écologiques au rang des préoccupations internationales et a marqué le début d'une réflexion sur le lien qui existe entre la croissance économique, la pollution de l'indivis mondial (l'air, l'eau, les océans) et le bien-être des peuples dans le monde entier -Cf. rapport Meadows.

En juin 1992, à Rio de Janeiro (Brésil), la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (Sommet « planète Terre ») a adopté une déclaration qui a fait progresser le concept des droits et des responsabilités des pays dans le domaine de l'environnement et s’appuie sur la notion de développement durable[67]. À l’issue de ce sommet, 27 principes sont adoptés. Non contraignants, ils n’en représentent pas moins une prise de conscience, d’autant plus que cette même conférence voit l’irruption de la question climatique dans les relations internationales avec la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUC, ou UNFCCC) -doc.1 p.346. La création de la CCNUC + Vocabulaire p.340.

Dans cette nouvelle approche, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) -Vocabulaire p.341 joue un rôle fondamental. Créé en 1988 par deux institutions des Nations unies : l’organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l’environnement, il évalue l’état des connaissances sur l’évolution du climat, ses causes, ses impacts, et étudie les moyens de limiter l’ampleur du réchauffement et de s’adapter aux changements attendus. Les rapports du GIEC fournissent un état des lieux régulier des connaissances les plus avancées. Cette production scientifique est à la fois au cœur des négociations internationales sur le climat (195 États-membres) et un acteur essentiel de la sensibilisation des sociétés civiles. Le GIEC a d’ailleurs reçu un prix Nobel de la Paix en 2007[68] pour ses travaux.

Dans le prolongement de la Conférence de Rio, les États se mettent à discuter et à se rencontrer autour du thème de la défense de l’environnement et du changement climatique lors de COP (« Conférence des parties », les « parties » désignant les pays ayant adopté la CCNUC en 1992). La COP est donc une conférence mondiale sur le climat, organisée chaque année sur un continent différent à partir de 1995 (COP 1, Berlin). Parmi ces COP, certaines ont joué un rôle plus important que les autres comme le protocole international visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre. Signé le 11 décembre 1997 lors de la conférence éponyme (COP 3), le Protocole de Kyoto est né de la volonté de limiter les émissions de GES d’origine humaine. Le cœur du protocole est ainsi constitué d’un mécanisme de « permis » d’émission de CO2, destinés à limiter ces dernières[69]. Rédigé dans un esprit d’équité entre les participants, sur la base des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce protocole a été signé par 37 pays développés s’engageant à réduire leurs émissions de 5% par rapport à 1990, sur une période allant de 2008 à 2012. Le protocole est entré en vigueur en 2005 et les objectifs ont été atteints par les pays signataires. La COP 18 de Doha (Qatar) a prolongé ce protocole jusqu’à 2020 et les pays signataires doivent désormais réduire leurs émissions de 18% en moyenne par rapport à 1990 -doc.2 p.346. Les ratifications du protocole de Kyoto (1998-2012) + Bilan du protocole de Kyoto p.340.

Réunie à Paris en fin d’année 2015, la COP 21 aboutit à un accord historique entre les 195 pays présents s’engageant à réduire suffisamment leurs émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2°C d’ici à 2100 -doc.4 p.347. L’accord de Paris sur le climat. Mais aussitôt signé[70], l’accord de Paris est confronté à des résistances au Nord comme au Sud, et à ses propres limites :

  • Principale limite, l’absence de sanctions et la lenteur de la mise en application (à partir de 2020).
  • Un mouvement climato-sceptique se dresse face au GIEC. Cette nébuleuse est principalement animée par divers groupes de pression, et par certains leaders politiques et chefs d’État qualifiés de « populistes »[71].

Principaux pays émetteurs de CO2 p.340- Les grands émergents comme l’Inde ou la Chine (qui se positionne depuis 2015 comme leader de la lutte contre le climat malgré ses contradictions internes), sont désormais d’importants émetteurs de GES, mais ils considèrent toute contrainte à la fois comme un handicap à leur développement que comme une injustice fondamentale. Leur rhétorique dans les négociations est récurrente : « nous n’avons pas à payer pour les dégâts que vous avez causés » -doc.3 p.347. COP21 et tensions Nord-Sud. Elle l’est d’autant plus que la promesse de 100 milliards de dollars annuels d’aide publique n’a pas été tenue[72].

Conclusion

Le climat est donc bien devenu, non sans difficulté, un enjeu majeur des relations internationales entre prise de conscience de périls imminents et actions attendues par les sociétés civiles -attentes jusqu’à présent déçues.

Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, les enjeux écologiques et écologiques sont sans doute appelés à prendre une part croissante dans le soft power des États. Mais plus largement, ces enjeux posent avec acuité la question de la nécessaire construction d’une gouvernance mondiale, associant les États aux nouveaux acteurs déjà très présents dans les COP (ONG, citoyens, entreprises ?).

Conclusion de l’Axe II

Révisions p.350-351

Sujets bac p.352-353

III. Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes (Objet de travail conclusif)

Introduction

Les États-Unis sont souvent perçus comme un pays irresponsable en matière d'environnement : développement effréné des OGM, gaspillage, mode de vie non durable, négationnisme climatique… Pourtant, les historiens s’accordent pour situer la naissance de l’écologie politique moderne aux États-Unis, et ils sont considérés comme pionniers en matière de recherche sur le climat[73]. En fait, cette contradiction n’est qu’apparente -Carte 1 p.356. Les États-Unis : exploitation des ressources naturelles, dégradation de l'environnement et protection de la nature.

Quels rapports les États-Unis entretiennent-ils avec la question environnementale ? Quels sont les enjeux nationaux et internationaux qui en découlent ?

A.    Les Étatsuniens et l’environnement : une relation singulière, héritée d’une longue histoire

1.     Exploitation des ressources et transformation des milieux : une nature à dominer et à exploiter

Les premiers colons européens débarqués aux XVIIe et XVIIIe siècles perçoivent la nature, peu transformée jusqu’alors par les Amérindiens, comme sauvage et menaçante (wilderness -Vocabulaire p.359). Pendant trois siècles, la Conquête de l’Ouest consiste en une entreprise de domination de cette nature[74] -doc.1 p.362. Les fondements historiques. Elle s’accompagne d’une mise en valeur intensive du territoire[75], stimulée par une conception religieuse puritaine qui voit en l'Amérique l'opportunité d'un nouveau paradis terrestre.

La nature est essentiellement perçue dans sa dimension productive. L’immensité et la richesse des sols et sous-sols du Nouveau Monde donnent une impression d’abondance illimitée des ressources naturelles -Vocabulaire p.359, dont l’exploitation sans retenue fait des États-Unis la première puissance économique mondiale dès le tournant du XXe siècle -du reste, le « siècle américain » est aussi appelé « siècle du pétrole ». L’exploitation des énergies fossiles, en particulier du pétrole, contribue fortement à la puissance des États-Unis : les hydrocarbures, dont l’exploitation commerciale a commencé en 1859 en Pennsylvanie, assurent une incroyable prospérité aux Américains, en leur procurant un avantage militaire et stratégique sur leurs concurrents européens et japonais dépourvus de gisements[76], et en leur permettant de développer de nouveaux secteurs manufacturiers (industries automobiles, pétrochimiques…). L’automobile, produite massivement à partir de 1908 (Ford T), occupe au cours du XXe siècle une place toujours plus importante dans la vie quotidienne, associée dans l’imaginaire américain à l’autonomie, à la liberté… et à la nature. De puissants intérêts pétroliers et automobiles font pression pour accélérer l’avènement de cette nouvelle ère[77].

2.     Une prise de conscience précoce : une nature à protéger

Dès le XIXe siècle, certains aventuriers, intellectuels et artistes sont séduits par la wilderness. Walt Whitman, Jack London[78] et bien d’autres célèbrent dans leurs œuvres la dimension romantique, esthétique et spirituelle de la nature :

  • Ralph W. Emerson et Henry D. Thoreau (1817-1862)[79] sont les chefs de file du transcendantalisme, mouvement littéraire et philosophique qui exalte la nature comme une œuvre divine.
  • Le naturaliste John Muir (1838-1914) -Biographie p.358 est le fondateur du Sierra Club, la plus ancienne des grandes organisations environnementales (1892), destinée à la défense de la Sierra Nevada californienne. Il inspire encore de nombreux mouvements écologistes aux États-Unis et dans le monde.
  • L'historien Frederick Turner (1861-1932) relie la wilderness aux valeurs fondatrices de la nation : à l'épreuve de cette nature, les pionniers se seraient forgé l’esprit d'indépendance, de liberté, de courage et de persévérance propres à l'esprit américain.

Sous l’influence de ces penseurs, les États-Unis prennent conscience, au moment où s’achève la conquête de l'Ouest, de la finitude des ressources naturelles et de la fragilité de la nature. Le premier parc national au monde est créé à Yellowstone par le Congrès américain en 1872[80] -Carte 6 p.364. Les principaux parcs nationaux des États-Unis. Par la suite, guerres et crise relèguent les questions environnementales au second plan[81]. Néanmoins, la préservation de la nature continue à mobiliser au sein d'associations[82], dont les adhérents se multiplient, tandis que la fréquentation des parcs nationaux s'intensifie à la fin des années 1950 avec l'avènement de la société de loisirs et de consommation. Il faut attendre les années 1960 pour que l’écologie se manifeste avec force, portée par des intellectuels comme la biologiste Rachel Carson (1907-1964) -Biographie p.360, qui devient la figure de proue de l’environnementalisme -Vocabulaire p.360 en dénonçant l’usage des pesticides et la destruction de la biodiversité[83] -doc.2 p.306. Les premiers temps de l’écologie. C’est une équipe du Massachussetts Institute of Technology (MIT) qui a écrit le rapport « The limits to growth », dont l’impact fut très important en Europe, démontrant que la croissance ne pourrait pas continuer indéfiniment[84].

3.     L’action de l’État fédéral et des États fédérés

La fin du XIXe siècle marque un premier tournant. Théodore Roosevelt[85] -Biographie p.358, président des États-Unis de 1901 à 1909, et Gifford Pinchot, précurseur du concept de développement durable -Vocabulaire p.318 + Biographie p.358, créent 150 forêts nationales, 5 parcs nationaux -Vocabulaire p.356 et 51 réserves ornithologiques -doc.5 p.363. La conservation en tant que devoir national. Si la pensée de John Muir les inspire, leur approche s’inscrit davantage dans une démarche de conservation que de préservation -Vocabulaire p.359 de la nature.

Les années 1960-1970 marquent une nouvelle étape, qui voit les États-Unis se porter à l’avant-garde du mouvement environnementaliste et adopter une législation solide en matière de protection de l’environnement :

  • 1964 : Le Wilderness Act renforce la création de parcs nationaux sur des terres inhabitées, répondant dans l’imaginaire collectif au besoin d’une nature vierge pour retrouver les vraies valeurs qui ont forgé l’Amérique.
  • 1970 : création de l’EPA -Vocabulaire p.361, l’Agence pour la Protection de l’Environnement, qui doit faire respecter le Clean Air Act (1970) et le Clean Water Act (1972), contraignants pour les industriels.

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont amené l’État fédéral, sous la présidence du démocrate Jimmy Carter (1977-1981), à produire de réels efforts : limitation de la vitesse sur les routes, multiplication des voies réservées au covoiturage ou redécouverte du vélo… politique aussitôt abandonnée par son successeur, le républicain Ronald Reagan (1981-1989).

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le pays dispose toujours de prodigieuses réserves de charbon, de gaz de schiste et de pétrole non conventionnel. Le charbon, exploité dans des mines à ciel ouvert, est peu cher à recouvrir et a joué un rôle clé dans l’histoire du pays, notamment entre 1880 et 1950 ; mais loin d’être une énergie du passé, il génère toujours aujourd’hui près de 40% de l’électricité américaine, sans réelle remise en cause d’un modèle hérité du passé comme l’étalement urbain

démesuré, et plus globalement l’attachement à un American way of life très énergivore -doc.4 p.363. L’American Way of life mis en cause… Ainsi en 2005, quand l’ouragan Katrina brise les digues qui protégeaient la Nouvelle Orléans, la catastrophe est révélatrice de bien des maux : lenteur des secours, ségrégation raciale et économique, négligences des autorités locales et fédérales... le bilan est tragique : 2000 morts[86].

Si les démocrates se montrent parfois volontaristes pour la protection environnementale[87], il n’en va pas de même chez les républicains, majoritairement climatosceptiques -Vocabulaire p.360, et viscéralement opposés à toute législation visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre[88]. Les républicains se méfient aussi des écologistes, assimilés à des utopistes irréalistes et à des communistes déguisés. Ainsi :

  • Le président démocrate Barack Obama (2009-2017) a tenté en vain de faire adopter une législation sur le changement climatique[89], mais a pu favoriser l’investissement dans les énergies propres, suspendre la construction d’oléoducs (Keystone XL du nord au sud du pays et Dakota Access entre le Canada et l’Illinois), et a adhéré à l’Accord de Paris -Vocabulaire p.356 sur le climat (2015).
  • En janvier 2017, dès sa prise de fonction, Donald Trump (2017-2021) réactive les projets d’oléoducs Keystone XL et Dakota Access et, plus largement, relance les énergies fossiles, particulièrement l’extraction du pétrole et du gaz de schiste, au nom de l’autonomie énergétique des États-Unis[90] - doc.4 p.367. Le président D. Trump et la question environnementale + Points de vue p.368-369. Pétrole et gaz de schiste aux États-Unis : miracle économique ou enfer écologique ?
  • La campagne électorale de 2021 a donc logiquement été caractérisée par une forte présence des thèmes environnementaux. Tandis que l’aile gauche du parti démocrate défendait l’idée d’un Green New Deal, un programme conjuguant transition écologique et progrès sociaux, Joe Biden, le candidat démocrate victorieux, a partiellement intégré ces propositions dans le « Plan Biden »… dont il n’a finalement pu lancer qu’une version édulcorée, face aux réserves émises par le Congrès jusque dans son propre camp.

Face au populisme anti-environnementaliste des présidents républicains George W. Bush (2001-2009) et Donald Trump (2017-2021), certaines autorités locales (États, villes…) se sont engagées[91] :

  • Certains États en compensant l’absence de législation fédérale par une réglementation locale plus contraignante : c’est notamment le cas de la Californie[92] -doc.8 p.365. L’action de l’État de New York + doc.9 p.365. Les énergies renouvelables en Californie.
  • De la même manière, certaines métropoles comme New York ou San Francisco adoptent à l’échelle locale des politiques écologiques actives (green politics) en matière de transport, de gestion des déchets ou de consommation d'énergie.

B.    Les États-Unis et l’environnement à l’échelle internationale (État, firmes transnationales, ONG…)

Doc.3 p.363. Gaspillage de ressources naturelles et pollution- Si tous les habitants de la planète avaient le mode de vie des États-uniens, il faudrait 5 planètes Terre pour supporter leur empreinte environnementale. Ce calcul popularisé par de multiples ONG, aussi critiquable soit-il, a eu un fort impact médiatique. À eux seuls, les États-Unis consomment 20% de l’énergie mondiale et émettent 15% des GES (pour 5% de la population mondiale), et leurs émissions de GES ont augmenté de 30% depuis 2000 -Principaux émetteurs de GES p.366. Leur action ou leur inaction a donc un rôle majeur dans les efforts internationaux concernant l’environnement -doc.1 p.366. Les États-Unis et le réchauffement climatique.

1.     Les autorités étatsuniennes : une forte réticence face aux contraintes extérieures

Cette attitude de refus des injonctions extérieures pouvant limiter leur souveraineté au sommet de l’État fédéral n’est pas nouvelle (ni limitée aux seules questions environnementales), surtout de la part des républicains :

  • Au Sommet de la Terre à Rio en 1992, George Bush père déclare déjà que « le mode de vie américain n’est pas négociable ».
  • Les États-Unis quittent en 2001 sous la présidence de George W. Bush (2001-2009) le protocole de Kyoto -Vocabulaire p.365 ratifié en 1997 sous la présidence de Bill Clinton (1993-2001) [93].
  • En 2017, l’actuel président, Donald Trump, annonce le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris signé en 2015 sous la présidence de Barack Obama[94] -Carte 2 p.357. Les États-Unis et l’Accord de Paris sur le climat en 2019 + doc.3 p.367. Le président D. Trump annonce le retrait de l’Accord de Paris sur le climat. NB. Sitôt élu, Joe Biden annonce le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris.

2.     Les ONG environnementales étatsuniennes : puissantes et actives

Parmi les plus influentes dans le monde, Greenpeace et le WWF sont généralement les plus connues, mais tout aussi puissantes sont les ONG étatsuniennes Conservation international, The Nature Conservancy[95], ou la Wildlife Conservation Society -doc.5 p.367. Deux ONG environnementales américaines. Elles forment un puissant « lobby vert » -Vocabulaire p.361 grâce à leurs experts (scientifiques, juristes...) et leurs actions de sensibilisation et de mobilisation des opinions publiques, redoutées de nombreux gouvernements…

Indépendantes et généralement populaires, elles peuvent néanmoins faire l’objet de polémiques[96] et leur légitimité peut parfois être interrogée[97], voire contestée[98].

3.     Les FTN étatsuniennes : un rôle ambivalent

Certaines multinationales américaines s'engagent aussi en faveur de l’environnement et pour réduire leur impact environnemental.

Soucieuses de leur image et de leur rentabilité, leur action s'apparente parfois à du greenwashing -Vocabulaire p.361 + doc.2 p.366. Manifestation devant Procter & Gamble. Pour défendre leurs intérêts, certaines n’hésitent pas à pratiquer de manière plus ou moins dissimulée un lobbying -Vocabulaire p.361 anti-environnemental agressif et efficace[99].

Conclusion de l’objet de travail conclusif

Révisions p.370-371

Sujets bac p. 372-373


[1] https://www.hypergeo.eu/spip.php?article468

[2] Mais aussi les biologistes, écologues, géologues, océanographes, climatologues -doc.4 p.309. L’archéologie glaciaire, source pour l’histoire du climat, biochimistes, philosophes, juristes, aménageurs, économistes, sociologues… et jusqu’aux « collapsologues » !

[3] D. Worster, Les pionniers de l'écologie, Une histoire des idées écologiques, 1992

[4] L’histoire « par en bas » (history from below) est un courant historiographique désireux de rompre avec l’histoire des groupes dominants et d’envisager les phénomènes historiques du point de vue des gens ordinaires, dans l’esprit de l’école des Annales.

[5] Les ouvrages qui lui vaudront une renommée mondiale sont publiés dans les années 1980 : Wilderness and the American Mind (1982) ; The Rights of Nature. A History of environnemental ethics.

[6] Locher, F. & Quenet, G. (2009). L'histoire environnementale : origines, enjeux et perspectives d'un nouveau chantier. Revue d’histoire moderne & contemporaine, 56-4(4), 7-38. https://doi.org/10.3917/rhmc.564.0007.

[7] P. Baud, S. Bourgeat, C. Bras Dictionnaire de géographie, p 541, Hatier, 2013

[8] Au moins 50 ares (1 are = 10 m x 10 m, soit 100 m².

[9] Cf. II.A.1. 1303-1860, le petit âge glaciaire.

[10] …d’autant que les difficultés du ravitaillement en charbon poussent les Français à couper des arbres.

[11] NB : le 1er janvier 2012, l’INF fusionne avec l'Institut géographique national au sein de l’Institut national de l'information géographique et forestière.

[12] 1 hectare = 100 m x 100 m, soit 10 000 m².

[13] Sa fonction alimentaire liée à la cueillette et à la chasse est désormais résiduelle, mais elle reste largement exploitée pour sa fonction énergétique (bois de chauffage), ainsi que pour le bois industriel, la pâte à papier, les produits chimiques et pharmaceutiques dérivés.

[14] Les fonctions récréatives de la forêt française peuvent être en concurrence entre elles (conflits d’usage) : par exemple chasseurs contre écologistes ou cueilleurs locaux contre cueilleurs extérieurs -Cf. par exemple les communes interdisant ou limitant la cueillette de champignons (quantité maximale par personne)

[15] Dans l’optique de la défense de la planète, la préservation des forêts est un enjeu majeur : en France, elle constitue le premier puits de carbone, dont elle piège 80 millions de tonnes chaque année (à comparer toutefois avec les 465 millions de tonnes émises). Pendant la dernière conférence mondiale sur le climat, la COP26, plus d’une centaine de dirigeants se sont engagés par le biais d’une « Déclaration de Glasgow » à mettre un terme à la déforestation d’ici 2030. NB. Le Brésil de Jaïr Bolsonaro s’est engagé aussi ! Outre son rôle de « poumon » de la planète, la forêt limite l’érosion des sols et régule l’écoulement des eaux de surface.

[16] Les agents de l’ONF étaient 15 000 en 1985, ils ne sont plus que 8 400. Et le contrat d’objectif passé avec l’état prévoit un total de 475 nouvelles suppressions de postes d’ici 2025.

[17] Cf. « La coupe rase, une aberration écologique qui menace nos forêts », sur le site Reporterre.net.

[18] Cf. Martine Valo, « Dans le Morvan, la bataille contre la monoculture de pins Douglas s’organise », Le Monde, 2 juillet 2020.

[19] Cf. le Podcast « La forêt française à la croisée des chemins » sur le site de France-Inter.

[20] Cf. Interview de Jean-Paul Demoule dans Paroles d’histoire « Le Néolithique à l’origine du monde contemporain », Documentation Photographique, mai-juin 2017 n°8117

[21] Certains chasseurs du Paléolithique -Vocabulaire + Chronologie p.314 ont domestiqué le chien il y a environ 20 000 ans.

[22] NB. La domestication des plantes repose d’abord sur une espèce principale parfois accompagnée d’une seconde.

[23] Il faut aussi les mettre à l’abri des rongeurs : jarres ou fosses bouchées, mais aussi domestication du chat qui chasse les rongeurs.

[24] Cf. rituels de demande à des êtres surnaturels qu’on remercie ensuite.

[25] Les derniers spécimens disparaissent au XVIIe siècle dans une forêt polonaise.

[26] L’acronyme « ppm » signifie « partie par million ». Il s’agit d’une unité de mesure communément utilisée par les scientifiques, notamment pour calculer le taux de pollution dans l’air et plus globalement dans l’environnement. Comme son nom l’indique, le ppm permet de savoir combien de molécules de polluant on trouve sur un million de molécules d’air. Il permet donc de rendre compte de manière assez simple de la quantité de pollution dans une masse d’air donnée et de l'impact nocif de ces polluants sur l’atmosphère.

[27] 400 ppm aujourd’hui.

[28] Cf. https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/acceleration-terrestre

[29] En 1992, dans un livre consacré au « réchauffement global », Andrew C. Revkin écrit : « Peut-être que les scientifiques du futur nommeront cette nouvelle époque post-Holocène par son élément déclencheur : nous. Nous entrons dans un âge qu'on appellera peut-être un jour l'Anthrocène (sic). Après tout, c'est un âge géologique que nous avons forgé nous-mêmes ».

[30] Colauréat du Nobel de Chimie en 1995 pour ses travaux sur la tendance des oxydes d’azote à décomposer l’ozone.

[31] Cette annonce est vivement critiquée par le géologue Patrick De Wever. Cf. Patrick de Wever, Stanley Finney, « Anthropocène : sujet géologique ou sociétal ? » (tribune), Le Monde, 12 septembre 2016. Cf. également les pages « controverses » de l’École des Mines de Paris. Catherine Jeandel, océanographe au sein du groupe de travail sur l’Anthropocène, soutient au contraire que cette pluridisciplinarité est importante à partir du moment où l’on ne parle plus d’une météorite ou d’une grande glaciation, mais bien d’un forçage humain (Jeandel, 2017)

[32] Le repère couramment utilisé est l’amélioration par James Watt, autour de 1784, de la machine à vapeur de Newcomen, conçue en 1712.

[33] Paul J. Crutzen et Eugène F. Stoermmer, The « Anthopocène », Global Change Newsletter, vol 41,2000

[34] Cf. cette interview donnée par Catherine Jeandel à l’École urbaine de Lyon, ainsi que cette page du site officiel du groupe de travail sur l’Anthropocène (AWG)

[35] Cf. Patrick de Wever, Stanley Finney, « Anthropocène : sujet géologique ou sociétal ? » (tribune), Le Monde, 12 septembre 2016. Il explique en effet que la vie a toujours influencé la planète depuis qu’elle existe : « Quand les bactéries ont commencé à rejeter de l’oxygène dans l’eau, le fer ferreux soluble est devenu insoluble, a précipité, il y a donc commencé à avoir des dépôts de fer et l’eau est devenue plus transparente aux rayons du soleil, donc la vie photosynthétique a pu augmenter, ça a dû être un bouleversement ! Sans compter que le rejet d’oxygène, poison à l’époque, a dû tuer plein d’organismes ! » Cf. également les pages « controverses » de l’École des Mines de Paris.

[36] Par exemple, les débuts de l’agriculture étaient très inégaux à travers le globe, on ne peut donc pas parler d’un phénomène global ou synchrone. Les modifications sont progressives, voire décalées dans le temps : « La diminution de vertébrés est observée depuis 1500, celle des poissons depuis un siècle, le blanchiment des coraux commence en 1979 » (De Wever 2015)

[37] « Si c’est au XIXe s avec l’entrée dans l’ère industrielle que l’ensemble du système Terre est altéré et que l’humanité devient une force géologique et non plus seulement biologique, faire débuter l’Anthropocène autour de 1800 occulte le fait essentiel qui est que le capitalisme industriel a été intensément préparé par le « capitalisme marchand » depuis le XVIe siècle, y compris dans son rapport destructeur à la nature et à la vie humaine. Parler de Capitalocène signale que l’Anthropocène n’est pas sorti tout armé du cerveau de James Watt, de la machine à vapeur et du charbon, mais d’un long processus historique de mise en relation économique du monde, d’exploitation des hommes et du globe, remontant au XVIe siècle qui a rendu possible l’industrialisation. » (C. Bonneuil et J-B Fressoz, l’évènement Anthropocène, p 253-254 Point Histoire, 2016)

[38] À partir du XVIIIe siècle, des séries d’observations météorologiques anciennes sont disponibles. Bien entendu, ces mesures manquent de fiabilité, mais elles donnent des tendances.

[39] Par exemple, les registres indiquant les dates des vendanges : plus la date des vendanges a été précoce en telle année (fin août par exemple), plus, statistiquement, la période végétative a été probablement chaude ; et inversement, plus la date des vendanges a été tardive (octobre...), plus la période végétative a été fraîche.

[40] L’anneau annuel de croissance d’un arbre est mince ou épais, selon que les conditions climatiques de l’année au cours de laquelle il s’est formé ont été bonnes ou mauvaises, favorables ou défavorables... En Europe, les grandes séries dendroclimatologiques ont été produites par les chercheurs allemands à partir du chêne. Elles signalent, en partie, les périodes sèches et humides. Les années de fortes pluies, de grosses précipitations sont souvent marquées par des anneaux épais.

[41] Moraine : amas de blocs et de débris rocheux entraînés par le mouvement de glissement d'un glacier (moraines mouvantes), et apparaissant lors de son retrait ou s'accumulant sur les bords, le centre ou l'extrémité inférieure de celui-ci (moraines déposées).

[42] Une carotte verticale de glace de 1 390 m de long et de 12 cm de diamètre a été prélevée par des chercheurs danois.

[43] À l’inverse, les périodes plus douces se caractériseraient par une circulation de type zonal où l’air atlantique se répand facilement sur l’Europe, diffusant alors une douceur bretonne en plein janvier. Dans ce petit âge glaciaire, il y a aussi des fluctuations : début XVe siècle, les glaciers alpins ont même légèrement reculé.

[44] Le blé, venu jadis du Moyen-Orient, n’aime pas l’hiver glacial, ni l’été pourri et trop pluvieux (mais un été trop sec et trop brûlant peut aussi lui être fatal).

[45] Les médiévistes y voient volontiers la fin du beau Moyen Âge et le début des temps difficiles qui seront aggravés par la peste noire de 1348. Il est possible qu’en 1348 le passage de la peste bubonique à une forme plus dangereuse, la peste pulmonaire, ait été influencé par la fréquente, froide et lourde pluviosité estivale des années 1340.

[46] Au Groënland, le petit âge glaciaire est très lisible dans les glaces. Les vagues de froid de cette période nouvelle ont sûrement joué un rôle dans la disparition du peuplement scandinave au Groenland, totalement consommée au XVe siècle.

[47] Cf. le grenier de la ville utilisé comme "banque alimentaire" pour stocker les denrées alimentaires qui seront ensuite vendues.

[48] Cf. Pieter Brueghel l’Ancien, La moisson (1665) : La période de la moisson est clairement fixée et correspond au mois d'août dans tous les calendriers flamands. Du plan le plus rapproché à la portion la plus reculée, du paysage, Brueghel l'Ancien ponctue sa représentation du plein été de plusieurs scènes annexes : une cruche reposant au frais à l'ombre des blés, deux cailles s'envolant, effrayées par les faucheurs, trois servantes portant des gerbes de blés vers le chariot, un étang avec des baigneurs et à l'arrière, un verger flanqué sur sa droite d'un pacage de village où s'ébattent des joueurs (source : Wikipédia).

[49] Cf. Pieter Brueghel l’Ancien, Chasseurs dans la neige : Ce tableau hivernal est l'un des plus célèbres paysages de neige de l'histoire de la peinture. Les flocons ne tombent pas, comme dans d'autres tableaux, mais de nombreuses nuances de blanc, où dominent les teintes vertes, suggèrent avec vraisemblance l'atmosphère d'une campagne enneigée depuis fort longtemps. Toits, branches d'arbres et murs permettent au peintre de conférer à la neige des qualités plastiques. Au premier rang, il dispose des ronces qui percent le manteau neigeux et en laissent deviner le poids. S'en revenant de la chasse avec leurs chiens, des hommes laissent dans la neige de profondes traces de pas. Leur descente vers la vallée accompagne le regard du spectateur qui y découvre une multitude de scènes hivernales : de divers jeux sur un étang gelé, à un feu de cheminée. À l'horizon, sur la droite, des rochers escarpés font contrepoint à la diagonale de la colline au premier plan et marquent de leurs formes minérales le caractère rebutant de l'hiver. (source : Wikipédia)

[50] Vers 1570, des mines d’or de Carinthie sont recouvertes par les glaciers locaux qui avancent.

[51] La Mer de glace avance d’un kilomètre entre 1570 et 1610. En 1600, le maximum historique est atteint : les hameaux chamoniards sont culbutés par la mer de Glace et par le glacier de l’Argentière.

[52] Famines de 1562, 1565, 1573, 1586, 1596-1597…

[53] Les crises révolutionnaires de 1788-1789 et de 1846-1848 ont une infinité de causes qui ne sont pas écologiques mais qui ont été accentuées par les mauvaises récoltes de 1788 et de 1846, à propos desquelles Emmanuel Le Roy Ladurie décrit les mécanismes d’adversité météorologique anti-céréalière dans le tome deux de son Histoire humaine et comparée du climat. L’agitation sociale qui secoua l’Europe en 1846-1848 a également, outre bien d’autres origines, une causalité climatique.

[54] Haut à l’origine de 4 300 mètres, le mont Tambora ne culminait plus qu’à 2 850 mètres après l’explosion. L’éruption fit environ 86 000 morts en Indonésie. Cf. https://www.unige.ch/campus/numeros/124/dossier4/

[55] Par la suite, ce recul cesse et ne reprendra qu’à partir de 1930 jusqu’à nos jours, avec la débâcle que l’on sait de ce superbe glacier et de ses congénères alpins.

[56] 115 à 220 millions d’euros sont économisés chaque année grâce aux récifs et aux mangroves de Nouvelle Calédonie

[57] Le permafrost est ou pergélisol en français, est un sous-sol gelé en permanence dont la température n’excède pas 0°C pendant au moins deux années consécutives

[58] L’orang-outang, la baleine, l’éléphant d’Afrique et la tortue de mer

[59] Cf. https://www.lemonde.fr/planete/video/2021/07/11/comment-le-changement-climatique-va-bouleverser-l-humanite_6087906_3244.html

[60] On observe déjà des répercussions sur le territoire des États : l’érosion de certaines côtes s’accélère, tandis que des ports (Alexandrie, Lagos, Mumbai, Calcutta, Dhaka, Rangoon, Bangkok, Ho Chi Minh-ville, Hai Phong, Guangzhou, Shanghai, Osaka-Kobe, la Nouvelle-Orléans, Miami, New York) et des territoires peu élevés ou insulaires risquent l’ennoiement, partiel (20 à 30% du Bangladesh, la Basse Égypte, les côtes du Vietnam ou du Golfe de Guinée, par exemple), ou total (îles Maldives, archipels de Kiribati, de Palau et de Tuvalu, en particulier).

[61] …ou celle des épisodes méditerranéens, de surcroît plus en plus violents, sous nos latitudes.

[62] C’est le plus meurtrier de l’histoire, avec 500 000 morts

[63] Patrice Gourdin, "Manuel de géopolitique", éd. Diploweb (extraits en ligne sur le site Diploweb)

[64] On considère qu’un réfugié climatique est un individu qui est contraint de quitter sa résidence en raison de l’environnement qui lui-même dysfonctionne ou bien est dégradé par le changement climatique.

[65] Cf. « La course à l’appropriation des plateaux continentaux arctiques, un mythe à déconstruire » sur le site Géoconfluences.

[66] Cf. également la proposition faite par l’ex-président américain Trump d’acheter le Groënland au Danemark…

[67] Rappel : Le concept de développement durable (Sustainable Development) a été introduit en 1987 par le rapport dit Brundtland (Our Common Future) qui en donne la définition suivante : « mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Il fut adopté lors du "Sommet de la Terre" (Conférence mondiale des Nations Unies sur l’environnement) de Rio en juin 1992, sur la base d'un double constat d'urgence à l'échelle mondiale : écologique (changement climatique, biodiversité, ressources fossiles, etc.) et sociale (inégalités, satisfaction des besoins de base, etc.). Il a pour objectif d'aboutir à un état d'équilibre entre trois piliers, le social, l'économique et l'environnemental. Source : Géoconfluences.

[68] Conjointement avec Al Gore, ancien vice-président des États-Unis (1992-2000), candidat malheureux à l’élection présidentielle (2000), se consacre depuis cette date à la lutte pour l’environnement ; son engagement a notamment pris la forme de deux films documentaires « chocs » : « Une vérité qui dérange » (2006), puis « Une suite qui dérange » (2017).

[69] Ils sont calculés selon le degré d’industrialisation des différents pays signataires du protocole afin que l’effort porte, en théorie, sur les pays les plus pollueurs et les plus industrialisés.

[70] « Les points clés de l’accord universel sur le climat », Le Monde, 12 décembre 2015

[71] Ainsi, la décision de Donald Trump de quitter les Accords de Paris met à mal l’idée d’une gouvernance mondiale sur les questions climatiques. Cf. III.B.2. NB : L’élection de Joe Biden devrait voir le retour des États-Unis dans la diplomatie liées au climat puisque le vainqueur a prévu de réintégrer les Accords de Paris.

[72] Cf. cet article paru dans Le Monde du 21 octobre 2021.

[73] Ce sont des scientifiques américains qui ont les premiers tiré la sonnette d’alarme : dès 1979, un rapport alertait l’opinion sur le danger climatique

[74] Violente avec la nature (en 1900, il ne reste que 81 millions d’hectares de forêt, contre 800 millions au XVIIe siècle), la Conquête de l’Ouest l’est aussi avec les populations indigènes.

[75] Déforestation, assèchement des zones humides, barrages, premiers forages pétroliers, ruée vers l’or californien, quasi-disparition des bisons…

[76] Les États-Unis furent, au cours des deux conflits mondiaux, les seuls, parmi les belligérants, à pouvoir produire sur leur territoire la quasi-totalité du pétrole nécessaire à leur effort de guerre.

[77] Ces lobbies provoquent par exemple le démantèlement des tramways à Los Angeles (1935)...

[78] Écoutez « Construire un feu », magistrale adaptation radio de la nouvelle de Jack London par France Culture.

[79] Henry D. Thoreau est aussi connu pour être l’auteur du concept de désobéissance civile, il exalte dans Walden ou la vie dans les bois (1854) le retour à la Nature.

[80] L'initiative a depuis été reprise partout dans le monde. Les États-Unis comptent aujourd'hui 61 parcs nationaux sur une superficie totale de 210 000 km². Depuis 1916, ils sont gérés à l'échelle fédérale par le National Park Service (NPS). La loi stipule que son rôle est de les préserver de toute exploitation utilitaire tout en permettant au public d'y avoir accès pour ses loisirs : ils accueillent aujourd'hui 400 millions de visiteurs par an.

[81] Par exemple, quand le Dust Bowl -Vocabulaire p.360 + photo 2 p.362 ravage les Grandes Plaines dans les années 1930 (Cf. la Bande annonce du film Dust Bowl de Ken Burns (2012), les États-Unis, en pleine Dépression, se soucient peu d’écologie.

[82] Cf. comme la Wilderness Society fondée par Aldo Leopold (1935)

[83] Pour approfondir, consultez cette série de podcasts diffusés sur France-Culture en 2020.

[84] Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jørgen Randers et William W. Behrens III, The Limits to Growth. A report for the Club of Rome’s project on the predicament of mankind, Pan Books, 1972.

[85] La personnalité de Théodore Roosevelt -Biographie p.358, 26e président des États-Unis de 1901 à 1909, est révélatrice de ce contraste entre amour de la Nature et idéologie prédatrice. Grand amateur de chasse, il collectionne cerfs, bisons et grizzlis. D’un safari en Afrique, il ramène plus de 3000 trophées d’animaux abattus...

[86] Cf. Romain Huret, « Katrina ou la honte de l’Amérique », Les collections de l’Histoire, janvier-février 2020.

[87] L’ancien vice-président démocrate de Bill Clinton, Al Gore, est devenu un activiste et un leader d’opinion très écouté sur le réchauffement climatique. Prix Noble de la Paix en 2007, il continue d’intervenir dans la vie publique américaine, par exemple en interpellant le président Trump en août 2020.

[88] NB : les rangs des climato-sceptiques sont puissants et variés : les Évangélistes (80 millions) ont ainsi rejoint les lobbies pétroliers, au nom de la méfiance envers les sciences et par fidélité à leurs principaux soutiens politiques.

[89] Un projet de loi, l’American Clean Energy and Security Act a été voté en 2009 par la Chambre des représentants mais n’a pas obtenu les votes nécessaires au Sénat.

[90] Cf. « Trump ampute de plus de moitié deux parcs naturels considérés comme monuments nationaux en Utah », https://www.sciencesetavenir.fr, 13 décembre 2017

[91] Cf. https://www.rtbf.be/info/monde/detail_etats-unis-22-etats-et-7-grandes-villes-attaquent-la-politique-environnementale-de-trump?id=10292101

[92] En 2006, la Californie décide de respecter le protocole de Kyoto et impose des sanctions financières aux industriels qui ne respectent pas cet engagement ; elle appartient au groupe d’une quinzaine d’États s'engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre conformément à l'Accord de Paris.

[93] NB : en outre, la fortune des Bush s’est construite dans l’industrie pétrolière texane…

[94] Retrait officiel à partir de novembre 2020 : à consulter sur le site de France Info ou du journal Le Monde.

[95] The Nature Conservancy est très active à Washington et dans les instances internationales. Cf. « Qui sommes-nous ? », vidéo de présentation à consulter sur leur site officiel (en anglais, mais sous-titres disponibles)

[96] Cf. L. Caramel, « Le WWF accusé de ‘violation des droits de l’homme’ au Cameroun », Le Monde, 6 janvier 2017

[97] Cf. à ce sujet, ces réflexions sur le site viepublique.fr, ou cet article universitaire

[98] … comme le fait l’historien de l’environnement Guillaume Blanc dans son récent ouvrage L’invention du colonialisme vert (Flammarion, 2020), dans lequel il dénonce l’action de certaines ONG, mais aussi de l’UNESCO et des États occidentaux. Visionnez son interview sur la chaîne TV5Monde.

[99] Cf. Savinien de Rivet, « Les compagnies pétrolières dépensent chaque année 200 millions de dollars en lobbying contre le climat », Libération, 28 mai 2019