Terminale générale - Thème 1. Fragilités des démocraties, totalitarismes et Seconde Guerre mondiale / Chapitre 3. La Seconde Guerre mondiale

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Sommaire

I. UN CONFLIT MONDIAL : PROTAGONISTES, PHASES DE LA GUERRE, THÉÂTRES D’OPÉRATION
A. LES VICTOIRES DE L’AXE (1939-1941)
1. Les victoires allemandes en Europe (1939-1940)
2. L’extension du conflit (1940-1941)
B. LES VICTOIRES DES ALLIÉS (1942-1945)
1. Les premiers revers de l’Axe (1942-1943)
2. La victoire des Alliés (1943-1945)
II. UNE GUERRE D’ANÉANTISSEMENT
A. VIOLENCES ET CRIMES DE GUERRE
1. Invasion et retraite
2. Occupation
3. Bombardements
B. GÉNOCIDES : CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ
III. LA FRANCE DANS LA GUERRE
A. LE GOUVERNEMENT DE VICHY ET LA RÉVOLUTION NATIONALE
1. Un nouveau régime
2. Une nouvelle doctrine : la « Révolution nationale »
B. L’OCCUPATION ET LA COLLABORATION
1. L’occupation
2. La répression et les persécutions raciales
3. La collaboration
C. LA LUTTE CONTRE L’OCCUPANT
1. La naissance de la Résistance
2. L'organisation de la Résistance (1941-1943)
3. La Résistance, ferment d'une France nouvelle 

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Manuel p.84-115

Introduction

Une vingtaine d'années après la « der des der », un nouveau conflit mobilise l'ensemble de la planète. Après une série de succès des forces de l'Axe, les Alliés parviennent à l'emporter. La Seconde Guerre mondiale pousse les logiques de la guerre totale à leur paroxysme : en raison de la dimension idéologique du conflit, il ne s'agit plus seulement de vaincre, mais d'anéantir l'adversaire. Des crimes de masse sont perpétrés et les juifs et Tsiganes sont victimes d'un génocide. En France, après la défaite de 1940, la majorité de la population demeure attentiste, tandis qu’une partie des Français choisit la collaboration avec les nazis, affrontant une autre partie qui s'engage dans la Résistance et dans la France libre.

Ce chapitre vise à montrer l’étendue et la violence du conflit mondial, à montrer le processus menant au génocide des Juifs d’Europe, et à comprendre, pour la France, toutes les conséquences de la défaite de 1940.

Comment la Seconde Guerre mondiale a-t-elle bouleversé le monde et la France ?

I. Un conflit mondial : protagonistes, phases de la guerre, théâtres d’opération

A.Les victoires de l’Axe (1939-1941)

Carte 1 p.88. L’expansion de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste en Europe (1939-1942)

1. Les victoires allemandes en Europe (1939-1940)

a. Blitzkrieg à l’Est et au Nord

Le second conflit mondial s'ouvre à l'aube du 1er septembre 1939 lorsque la Wehrmacht -Vocabulaire p.90 pénètre en Pologne, pour un campagne qui sera foudroyante. Laissant à l'Ouest des troupes juste suffisantes pour garnir la ligne Siegfried[1], Hitler engage à l'Est l'essentiel de ses forces, soit 63 divisions[2] (dont 6 cuirassées) appuyées par 2000 avions -Luftwaffe : vocabulaire p.90. La Panzerdivision (division cuirassée) composée de 300 chars, de troupes d'assaut motorisées et d'une artillerie tractée enfonce les lignes ennemies, précédée par les bombardements de l'aviation. Les troupes polonaises sont immédiatement taillées en pièces ou faites prisonnières. En sept jours de Blitzkrieg -Vocabulaire p.90, l'armée allemande parvient devant Varsovie, qui se rend le 27 septembre après trois semaines de siège et de bombardement.

Entre temps, le 18 septembre, appliquant clauses secrètes du pacte germano-soviétique, l’URSS attaque à son tour la Pologne et annexe des territoires peuplés de Biélorusses et d'Ukrainiens[3]. L’Allemagne annexe Danzig, la Posnanie, la Haute-Silésie et installe autour de Cracovie et de Varsovie un « Gouvernement général ». L'exploitation ou le massacre rationnel des populations jugées inférieures (Untermenschen) commence.

Français et Anglais déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre, mais demeurent attentistes. À partir du 16 octobre 1939 commence la « drôle de guerre » -Le sens des mots p.90, intermède de sept mois sans opération militaire d'envergure.

Pour empêcher la livraison à l'Allemagne de minerai de fer suédois par la Norvège, les alliés projettent un débarquement naval à Narvik ainsi que la pose de mines dans les eaux norvégiennes, mais ils sont mis en échec par une offensive foudroyante des Allemands au Danemark et en Norvège (9 avril 1940). Les voici maîtres de la Baltique. Le fiasco scandinave aboutit, en Angleterre, au remplacement de Chamberlain par Churchill, et en France à des tensions dans le cabinet Paul Reynaud.

b. La défaite française (juin 1940)

Le plan initial allemand rappelle le plan Schlieffen de 1914 : une offensive en Belgique, dans le Nord de la France et sur les côtes de la Manche où l'armée doit constituer un glacis offensif contre l'Angleterre. Mais finalement, le général Erich von Manstein conduit une offensive au point le plus faible de la défense française, les Ardennes. Obnubilé par les souvenirs de la Grande Guerre, le haut commandement français concentre l'essentiel de ses forces devant la plaine belge, et se laisse surprendre.

Aux 134 divisions hitlériennes, les Franco-Anglais peuvent en opposer 104, sans compter l'appoint hollandais et belge. Mais ils ne possèdent que 3 divisions blindées face aux 10 Panzerdivisionen allemandes, et l'inégalité dans les airs est encore plus criante. Tandis que la Hollande est écrasée en cinq jours, le bombardement de Rotterdam fait à lui seul 40 000 victimes, le gros des forces allemandes passe la Meuse et fonce vers Sedan à travers les Ardennes. Le 28 mai, les Belges capitulent, tandis que 200 000 soldats britanniques et 130 000 Français réembarquent à Dunkerque pour l'Angleterre sous le feu de l'aviation allemande. À partir du 5 juin, les Allemands lancent une nouvelle offensive vers l'Ouest et le Sud, chassant devant eux des hordes de réfugiés. Aussi le gouvernement français est-il contraint de se réfugier à Tours, puis à Bordeaux. Le 10 juin, Mussolini déclare la guerre à la France[4]. Le 22 juin, à Rethondes, la France signe l'armistice.

b.      La bataille d’Angleterre (juillet-octobre 1940)

Le 16 juillet 1940, Hitler met au point, avec ses conseillers, l'opération « Otarie » (Seelöwe) de débarquement outre-Manche. Elle est basée essentiellement sur l'action de la Luftwaffe, chargée d'ouvrir la voie à un débarquement sur les côtes, après une série de bombardements sur les défenses aériennes du Sud de l'Angleterre. À peu près dépourvue de défenses efficaces (notamment d'ouvrages côtiers), ne pouvant aligner que 900 avions face aux 1 200 bombardiers et aux 1 000 chasseurs allemands, l'Angleterre, désormais seule face à l'Allemagne, semble peu apte à résister.

Treize divisions d'élite allemandes sont massées dans les ports français de la Manche, quand s'engage, le 13 août 1940, la « Bataille aérienne d'Angleterre », la plus grande de l'histoire ; mais, à la surprise générale, l'Angleterre fait face. Aux bombardiers du Reich, lents et vulnérables, les Anglais opposent leurs chasseurs modernes, plus rapides et mieux armés[5]. Grâce au radar, innovation technique dont ils ont le monopole et qui permet de déceler l'arrivée des avions ennemis, ils peuvent plus aisément faire face aux attaques. En réponse, Goering, chef de l'aviation allemande, lance une « offensive de terreur ». À partir du 7 septembre et pendant plusieurs semaines, Londres est bombardée toutes les nuits : des centaines d'incendies éclatent, des quartiers entiers sont détruits. Mais au « Blitz », les Londoniens font face avec discipline et courage, se réfugiant dans les caves ou dans le métro[6]. Le 12 octobre 1940, Hitler abandonne son projet d'invasion et entreprend le blocus des îles britanniques par sa flotte sous-marine.

2.     L’extension du conflit (1940-1941)

a. L’expansion méditerranéenne (1940-1941)

Fin 1940, l'axe de la guerre se déplace vers les Balkans et la Méditerranée. En effet, l'entrée en guerre de l'Italie pose le problème de la coordination des stratégies entre les deux puissances de l’Axe. En juillet

1940, Hitler, qui prépare l'offensive contre l'URSS[7], fait part aux Italiens de sa crainte de voir s'ouvrir en Europe un nouveau front. Mais Mussolini décide de lancer sa propre guerre éclair contre la Grèce le 28 octobre 1940. Les Italiens remportent d’abord une série de victoires, mais sont refoulés en Albanie par les Grecs à partir de la mi-novembre, tandis que les Anglais débarquent pour prêter main-forte aux Grecs. Mussolini est contraint de faire appel à Hitler, qui lance une offensive de grande envergure contre la Grèce en démantelant la Yougoslavie. Le 27 avril, le drapeau à croix gammée flotte sur l'Acropole d'Athènes et les troupes britanniques doivent réembarquer en toute hâte.

En Méditerranée, l'objectif de l'Axe est de couper aux Anglais l'accès au pétroliers et à la route de Suez. Une première offensive italienne en Égypte à la mi-septembre 1940 fait reculer les Britanniques de 100 kilomètres. À partir du mois de décembre, ceux-ci reprennent l'avantage, et quand le front se stabilise en février 1941, les Anglais occupent la moitié du territoire libyen, après avoir fait 130 000 prisonniers. Pour secourir Mussolini, Hitler envoie en Libye le général Rommel à la tête de l'Africa Korps, qui refoule les Britanniques sur la frontière égyptienne.

b.       L'invasion de l'URSS (juin 1941)

La guerre des Balkans retarde d'un mois l'attaque prévue initialement pour mai 1941. La guerre contre l'URSS renvoie à la tradition allemande du Drang nach Osten (poussée vers l'Est), et plus particulièrement aux vieux fantasmes du Führer : espace vital, croisade contre le bolchevisme associé selon lui à « cette tumeur morbide juive ». La guerre contre l'URSS met en relief les aspects irrationnels de la politique hitlérienne, les actions des troupes allemandes étant assimilées à une sauvegarde de l'Occident[8].

Le 22 juin 1941 est engagée l'opération « Barbarossa » qui met en action 4 millions d'hommes, 3 300 chars et 5 000 avions contre la Russie soviétique. Surprise et mal préparée, l'armée russe semble d'abord subjuguée. L'aile nord du dispositif allemand fonce sur Leningrad, tandis que l'aile sud gagne l'Ukraine où Kiev tombe le 19 septembre. Mais l'arrivée de l'hiver, l'organisation de la résistance populaire et l'entrée en ligne de renforts en provenance de Sibérie, font échouer la grande offensive sur Moscou. Une terrible guerre d'usure commence.

c.      L’expansion japonaise et l’entrée en guerre des États-Unis

Exigu, peuplé de 73 millions d'habitants, l'archipel japonais doit se tourner vers l'extérieur pour acquérir de nouvelles ressources. Les conséquences néfastes de la crise économique mondiale et l'arrivée au pouvoir des militaires en 1931 conduisent à l'émergence de comportements impérialistes. En septembre 1931, le Japon envahit la Mandchourie, puis déclare la guerre à la Chine en 1937 et occupe les régions les plus riches du pays (Pékin, Nankin, Shanghai...). Les ambitions japonaises s'orientent alors vers l'Asie du Sud-Est et le Pacifique, face aux États-Unis.

Le 7 décembre 1941, un raid aérien japonais sur la base de Pearl Harbor détruit la plus grande partie de la flotte américaine. L'attaque a eu lieu avant même l'arrivée, à Washington, de la note japonaise considérée comme déclaration de guerre. Dirigés par l'amiral Yamamoto deux assauts de l’aviation japonaise, transportée par 6 porte-avions, détruisent entièrement la base américaine des îles Hawaii. En quelques heures, les Japonais obtiennent la suprématie dans le Pacifique.

Après cette attaque surprise, la flotte étatsunienne se réduit, dans le Pacifique, à 3 porte-avions et 15 destroyers, le reste étant réservé au front atlantique. La guerre du Pacifique, du fait des immenses distances à parcourir, va poser aux Américains d'importants problèmes de logistique : elle sera, par définition, une guerre aéronavale. C’est à une mobilisation économique et humaine totale que sont contraints les Américains.

Forts de leur supériorité initiale, les Japonais obtiennent des victoires rapides et totales. En quelques mois, ils s'emparent de Hong Kong, des Philippines, de l'Indonésie, de la Malaisie et de Singapour (février 1942). Après s'être introduits pacifiquement au Siam, ils occupent la Birmanie, aux portes de l'Inde. Un empire japonais dénommé « sphère de coprospérité » voit le jour dans le Pacifique et en Asie méridionale. Ce terme feutré renvoie à l’aide précieuse qu'ont fournie les mouvements nationalistes autochtones au « libérateur » japonais. Mais les Japonais en sont les maîtres, sur les plans économique, politique et culturel. Comme les Allemands en Europe, ils estiment remplir une mission historique dans la « Grande Asie japonaise ».

B.    Les victoires des Alliés (1942-1945)

Carte 2 p.88. Les victoires alliées en Europe (1942-1945)

1. Les premiers revers de l’Axe (1942-1943)

a. Les guerres navales

À la fin de 1942, un renversement de tendance s'amorce sur tous les fronts au profit des Alliés. Il se manifeste d'abord dans les guerres navales. Dans l'Atlantique, aux sous-marins allemands qui coulent les convois de ravitaillement, les navires d'escorte britanniques sont peu à peu dotés du radar « centimétrique » qui permet de mieux détecter les sous-marins[9]. L'année 1943 marque le temps des défaites navales pour l'Allemagne, et les convois américains acheminent en Angleterre un million d'hommes et du matériel. En mai, l'amiral Donitz abandonne l'Atlantique et rapatrie ses sous-marins dans l'Arctique.

La bataille de Midway (4-5 juin 1942) apparaît comme le tournant décisif dans la guerre du Pacifique. Les Japonais lancent sur l'îlot de Midway une armada de 200 navires et plus de 700 avions, mais leurs messages codés ont été déchiffrés par les États-Unis, qui leur infligent une lourde défaite : perte 4 porte-avions, 275 avions et près de 5000 hommes.

b. La guerre en Méditerranée

De son côté, la victoire anglaise d'El Alamein accélère, à l'automne 1942, le processus de reflux des puissances de l'Axe. Le général anglais Montgomery lance l'offensive : le 23 octobre, il rencontre Rommel devant El Alamein. Après douze jours de durs combats, Montgomery parvient à percer les « jardins du diable » de son puissant adversaire, ligne défensive semée de mines et de barbelés, tenue en permanence sous le feu de l'ennemi. Il a perdu 13 000 hommes, mais la déroute de l'Axe est totale.

Mais c'est le débarquement américain au Maroc et en Algérie qui assure le succès définitif aux Alliés[10]. Roosevelt et Churchill sont en désaccord à ce sujet. Le 8 novembre 1942, 100 000 hommes, essentiellement des Américains, sous le commandement du général Eisenhower, prennent pied en Algérie et au Maroc, malgré la résistance des troupes françaises de Vichy. Une fois les troupes germano-italiennes contraintes à la reddition à Tunis (13 mai 1943), l’Italie du Sud est désormais à portée des alliés.

c. Le grand tournant : Stalingrad (septembre 1942-février 1943)

C'est en Russie, où il a engagé le plus gros de ses forces, qu'Hitler subit son échec le plus grave, à court et à long terme. À tous égards, la bataille de Stalingrad (septembre 1942-février 1943) apparaît comme le tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale.

À l'été 1942, tandis que le front Nord reste immobile, les armées allemandes avancent vers le Caucase. Pour garantir cette percée, tenter une attaque de revers sur Moscou et couper les Soviétiques du pétrole caucasien, les Allemands comptent se fixer sur la Volga. La ville de Stalingrad, centre industriel et nœud de communications[11], située sur le cours inférieur du fleuve, apparaît comme le verrou à conquérir, en plus de faire figure de symbole. La 6e armée allemande, sous les ordres du général von Paulus, atteint Stalingrad à la mi-septembre. Jusqu'au 18 novembre, une bataille terrible s'engage dans la ville. On se bat à la grenade, à la baïonnette, pour la prise d'une rue ou d'une maison. Le 19 novembre, les Soviétiques contre-attaquent au Nord et au Sud de la Volga. Le 22, les deux branches de la tenaille se ferment sur 330.000 hommes de l'Axe, tandis que l'armée italienne bat en retraite. Le 2 février 1943, von Paulus capitule, et la Stalingrad a coûté à l'Axe un demi-million d'hommes. En Allemagne, malgré la propagande triomphaliste de Goebbels, le prestige du Führer est atteint. Tandis que les rapports italo-allemands se détériorent, la Hongrie et la Roumanie tentent de négocier avec les Alliés.

2. La victoire des Alliés (1943-1945)

a. Débarquements alliés à l’Ouest, avancée soviétique à l’Est

Les Alliés débarquent en Sicile le 10 juillet 1943. Le 24 juillet, le Grand Conseil du fascisme vote une motion contre Mussolini. Le lendemain, le roi Victor Emmanuel III désigne le maréchal Badoglio comme chef du gouvernement et fait arrêter Mussolini. Dans les jours qui suivent, le parti fasciste, la milice et le Grand Conseil du fascisme sont dissous. C'est la fin du fascisme italien. Le 3 septembre, le gouvernement Badoglio signe l'armistice avec les Alliés et l'Italie obtient le statut de cobelligérant actif contre l'Allemagne qui réagit en envoyant un commando libérer Mussolini (12 septembre 1943)[12], en occupant le Nord et le Centre du pays, et en ralentissant la progression des Alliés[13]. Ceux-ci n'entrent dans la capitale que le 4 juin 1944, et ne brisent la « ligne gothique » au sud du Pô qu'en avril 1945, avec l’aide des partisans italiens. Le 27 avril 1945, Mussolini est arrêté par les partisans italiens et exécuté[14].

En novembre 1943, lors de la conférence de Téhéran, les Alliés s’étaient accordés pour attaquer simultanément l’Allemagne à partir de la France à l’Ouest et de l’Union soviétique à l’Est. PDP#7 p.92-93. Juin 1944 : le débarquement en Normandie et l’opération Bagration- Le plan « Overlord » prévoit un débarquement anglo-américain en Normandie, sous la direction du général Eisenhower. Le 6 juin 1944, en cinq points de la côte française, 6 divisions venues par mer et 3 divisions aéroportées prennent d’assaut le « mur de l’Atlantique »[15]. De leur côté, exploitant la victoire de Stalingrad, les Soviétiques repoussent l'ultime offensive allemande à Koursk, libèrent l’URSS et s'élancent vers l'Ouest sur sept fronts différents.

b. Les capitulations allemande et japonaise

Pris en tenaille, Hitler, dont les décisions sont de plus en plus irrationnelles, s’obstine. Mais ni le recrutement des adolescents dans la Wehrmacht, ni l'usage tardif d'armes nouvelles[16] ne parviennent à retourner la situation. La dernière offensive hitlérienne, fin 1944 dans les Ardennes, se solde par un échec. Le 7 mars 1945, le Rhin est franchi : les Alliés peuvent lancer leur attaque au cœur du Reich, et la jonction avec les Soviétiques se fait sur l'Elbe. Staline obtient que la responsabilité de prendre Berlin soit confiée à l’armée Rouge. Le 30 avril, dans la capitale du Reich écrasée sous les bombes, Hitler se suicide dans son bunker. Les 7 et 8 mai 1945, les Allemands signent la capitulation, à Reims devant les Américains, à Berlin devant les Soviétiques.

Dans la guerre du Pacifique, l'équilibre s'est rompu au profit des Américains à l'été 1943. De nouveaux porte-avions sont mis en service, tandis que les bombardiers B-29 peuvent emporter neuf tonnes de bombes à 5.000 kilomètres. Commandées par l'amiral Nimitz dans le Pacifique central et par le général MacArthur dans le Sud-Ouest, les forces aéronavales américaines entament une reconquête des possessions japonaises par bonds successifs, grâce à une tactique de débarquement fondée sur des actions de commandos (les Marines) appuyées par l'aviation. En janvier 1945, les troupes de MacArthur occupent les Philippines. Au printemps, les Américains débarquent à Okinawa, au Sud de l'archipel nippon. Les Japonais ont perdu l'essentiel de leur flotte. Il ne leur reste plus que l'ardeur de la résistance, qui s'exprime en particulier dans les assauts menés par les Kamikaze sur les navires ennemis.

Le président américain Truman, qui succède à Roosevelt mort le 12 avril, décide d'utiliser la bombe atomique, récemment expérimentée aux États-Unis. Le 6 août 1945, une première bombe tombe sur Hiroshima, suivie le 9 d'un nouveau tir sur Nagasaki. Les deux engins font des centaines de milliers de victimes civiles, au moment où les Russes pénètrent en Mandchourie. Le Japon est contraint à la capitulation le 2 septembre.

II. Une guerre d’anéantissement

Alors que la Première Guerre mondiale, étudiée en première, est un choc entre nationalismes, largement caractérisé par la guerre de positions sur son front ouest-européen, la Seconde est davantage un affrontement idéologique[17] se déroulant sur de plus vastes théâtres d’opérations, sous la forme dominante de guerre de mouvement.

La Seconde Guerre mondiale revêt en outre la forme la plus extrême de la guerre totale, la guerre d’anéantissement. En témoignent l’anéantissement physique et moral recherché sur le front germano-soviétique ou dans la conquête japonaise de la Chine, l’anéantissement militaire et politique visé par les alliés dans les défaites allemandes et japonaises, ainsi que l’entreprise d’anéantissement des Juifs et des Tziganes.

A. Violences et crimes de guerre

Dans ces conditions, la Seconde Guerre mondiale se caractérise également par une surmortalité des civils[18], particulièrement exposés du fait de la nature du conflit et de sa configuration : invasions, retraites, occupations, bombardements…

1. Invasion et retraite

Pour les civils, l'invasion constitue un moment de particulière vulnérabilité face aux violences exercées par les troupes d'invasion : exécutions, viols, prises d'otages s’accompagnent de pillages et de saccages, les atteintes aux personnes et aux objets s'inscrivant dans une étroite continuité, essentiellement (mais pas seulement) de la part des troupes nazies[19].

La dimension idéologique et raciale de l’invasion de la Pologne en septembre 1939 et de l’Union soviétique en juin 1941 induit un franchissement de seuil dans les violences d'invasion subies par les civils. Engagés dans un conflit conçu comme une guerre d'extermination devant assurer « l’espace vital » de la « race aryenne », les soldats allemands exercent une violence totale, jusqu'au génocide[20] -PDP#8 p.96-97. Le front de l’est et la guerre d’anéantissement[21].

2. Occupation

L'occupation obéit à la logique de la guerre totale : l'occupant ne se contente plus seulement d'assurer la sécurité et le ravitaillement de ses troupes. La captation des ressources des territoires occupés prend un caractère systématique et affecte les conditions d'existence, voire la possibilité même de survie des occupés, lorsque la politique de famine est délibérément conçue comme un instrument de conquête -doc.2 p.96. Une guerre pas comme les autres[22].

Le travail forcé constitue un des aspects décisifs de l'exploitation des territoires occupés. En 1939, dès les premiers jours de l'occupation, les bureaux du travail installés en Pologne déportent des travailleurs vers l’Allemagne[23].

L'occupant exerce un contrôle étroit sur des domaines toujours plus nombreux de la vie collective et personnelle. La présence et le pouvoir de l'ennemi s'expriment d'abord par le contrôle de l'espace, une emprise exercée indifféremment sur les espaces public et privé[24].

Cette occupation suscite des fractures dans la conscience nationale entre ceux qui choisissent de collaborer avec les vainqueurs et ceux qui se dressent contre l'occupant. Aux actes de résistance, les nazis répliquent par les prises d'otages, la torture, les exécutions, des représailles[25] et la déportation -en vertu du décret de décembre 1941[26].

3. Bombardements

Plus que n’importe quel autre aspect des conflits modernes, le bombardement aérien est caractéristique de la guerre totale : il n’épargne rien, ni les implantations industrielles, ni les cibles civiles ; il efface les distances, projette les civils sur le front, ne tient compte d’aucune restriction matérielle ni morale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, à l'exception des États-Unis, les civils de toutes les grandes villes des pays belligérants subissent les bombardements. Ceux de Varsovie, en septembre 1939, et de Rotterdam, en juin 1940, marquent l’entrée dans le conflit sur le front oriental, puis occidental. Dans la capitale polonaise les quartiers les plus densément peuplés sont visés. Durant le Blitz qui frappe les villes anglaises à partir de septembre 1940, les 18000 tonnes de bombes déversées font 43 000 morts. À partir de 1942, la Royal Air Force[27] intensifie ses attaques contre les villes allemandes : les villes de la Ruhr[28] et Lübeck[29] sont bombardées en mars 1942 ; en juillet 1943, 2500 appareils participent au bombardement de Hambourg qui fait 40 000 morts et 800 000 sans-abri. En février 1945, l'US Air Force[30] et la RAF, bombardent conjointement Dresde (70 000 morts) les 13-14 février 1945. Contre le Japon, en mars 1945, 300 superforteresses B29 déversent des bombes incendiaires sur Tokyo, provoquant la mort de 100 000 personnes.

Les techniques de bombardement stratégique évoluent : le bombardement commence par le lancer de mines qui détruisent les plus grosses structures et provoquent des ondes de pression, celles-ci démultiplient l'effet des bombes incendiaires provoquant de véritables ouragans de feu qui atteignent des vitesses élevées et propagent l’incendie. Enfin les bombes à retardement ciblent les équipes de secours. Le recours à l'arme atomique contre le Japon (Bombardements atomiques d’Hiroshima, puis de Nagasaki les 6 et 9 août 1945)[31] constitue le point ultime de cette mutation des moyens de feu destinés à l'anéantissement des villes et de leurs habitants -PDP#9 p.100-101. 6 et 9 août 1945 : les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki

B.    Génocides : crimes contre l’humanité

Décidé à la fin de 1941, le génocide, dont la principale victime furent les Juifs d’Europe[32] constitue le point culminant de la barbarie au cours de la guerre.

Tandis que s’amorce en France un processus de persécution dès 1940[33] : le sort des Juifs s'aggrave avec les conquêtes nazies au centre et à l’Est de l’Europe[34], chaque acquisition territoriale s'accompagnant de mesures de confinement puis d'extermination.

Confinement, dans les « ghettos » au début de 1940 : des Conseils juifs sont contraints de se former, de recenser les populations concernées, qui sont parquées dans les anciens ghettos des villes polonaises et lituaniennes. Chaque ghetto forme un monde clos que les habitants ne sont autorisés à quitter que pour aller travailler. Ce travail forcé et les mauvais traitements, ainsi que la promiscuité et la malnutrition, aboutissent à une première forme d'extermination qui décime rapidement les grands ghettos de Lodz (200.000 personnes) et de Varsovie (435.000), avant qu’il ne soit décidé de les anéantir.

Extermination, quand l’invasion de l'Union soviétique à partir de l’été 1941 amène Hitler à envisager des solutions plus radicales. Les massacres sont inaugurés en Union soviétique où la SS de Himmler est chargée de protéger les arrières de l'armée allemande : c’est d’abord la « shoah par balles », puis à la fin juillet 1941, sur l'ordre de Goering, Heydrich dresse un plan détaillé d'extermination. Exposé et approuvé lors d'une réunion interministérielle tenue en janvier 1942 dans le faubourg berlinois de la Wannsee[35], il prend effet dans les premiers mois de 1942. Au printemps 1942 la déportation s’accélère : les Juifs, mais aussi de nombreux « inférieurs de race » (en particulier les Tsiganes) et prisonniers de guerre sont acheminés vers des camps situés pour la plupart au Centre et à l'Est du nouvel « empire » allemand. Aux camps de concentration construits avant la guerre et destinés à l'internement des opposants, s’ajoutent, à partir de 1941-1942, les camps d’extermination, véritables usines de mort : Belzec, Chelmno, Maïdenek, Sobibor ou Treblinka. Le plus tristement célèbre demeure Auschwitz-Birkenau, en Silésie. Utilisant le Cyclone B[36], Auschwitz acquiert une effroyable efficacité dans le meurtre à la chaîne[37]. Pour assurer le transfert des populations destinées au génocide, d'immenses rafles ont lieu en Europe, souvent avec des complicités locales[38]. Au cours de l'année 1943, tous les Juifs des territoires de l'Est sont enlevés des ghettos et transférés dans les camps. Aussi le bilan final est-il terrible : la politique nazie d’extermination frappe 30% des 600 000 Tsiganes, 60% des 8,3 millions de Juifs vivant en Europe avant la guerre (c’est la Shoah). Des proportions qui s'élèvent à 85% en Pologne, 82% en Tchécoslovaquie, presque 90% dans les pays baltes. Le secret dont sont entourées les mesures prises, la minutie morbide de l'encadrement concentrationnaire, l'incrédulité de nombreux Juifs, persuadés jusqu'au bout d'être les victimes d'un simple internement, expliquent l'étendue du génocide.

L'effroyable logique du système concentrationnaire nazi, qui est aussi le produit de la guerre totale, déshumanise[39] les détenus par les traitements avilissants, et aboutit à la mort d'environ 10 millions de personnes, dont 5 à 6 millions de Juifs.

À la fin de la guerre, soldats américains et soviétiques découvrent avec horreur d'immenses charniers dans les camps qu'ils libèrent. Ce traumatisme[40] va conduire les pays vainqueurs à définir une nouvelle notion de droit international, celle de « crime contre l'humanité ». C'est sur ce chef d'accusation et sur celui de « crime de guerre » que les responsables du régime nazi sont jugés en 1945-1946 à Nuremberg.

III. La France dans la guerre

PDP#10 p.104-105. Juin 1940 en France : continuer ou arrêter la guerre- L'effondrement militaire entraîne des conséquences politiques, à commencer par un débat sur les suites à tirer des revers militaires. Le gouvernement Reynaud, qui a quitté Paris pour Bordeaux, a le choix entre deux politiques :

  • Le président du Conseil et son entourage[41] préconisent une capitulation militaire en métropole, négociée par l'état-major, cependant que les pouvoirs publics se réfugieraient en Afrique du Nord pour y continuer le combat -doc.1 p.104. L’espoir américain.
  • À cette solution s'oppose avec vigueur le généralissime Weygand[42], qui exige que le gouvernement signe un armistice, en dépit des engagements pris par le gouvernement envers l'allié britannique. Cette position est soutenue par les deux vice-présidents du Conseil, le radical Camille Chautemps et le maréchal Pétain, qui apparaît comme le chef de file des partisans de l'armistice.

Le débat est tranché le 16 juin par la démission de Paul Reynaud et remplacement par le maréchal Pétain, qui sollicite dès le lendemain un armistice (signé le 22 juin) -doc.2 p.104. Cesser le combat. Ce choix de l'armistice destiné à faire retomber sur le régime républicain la responsabilité du désastre militaire traduit la volonté politique du maréchal Pétain et de son entourage d’en finir avec la IIIe République. Les deux Chambres sont convoquées à Vichy où le gouvernement s'est réfugié après la signature de l'armistice ; le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale (réunion des deux Chambres), accorde les pleins pouvoirs à Pétain[43] pour donner une nouvelle Constitution à la France : c’est la mort de la IIIe République.

A. Le gouvernement de Vichy et la Révolution nationale

1. Un nouveau régime

Le maréchal Pétain donne au nouveau régime le nom d'État Français (le terme de République a disparu). L'État Français a son siège à l'Hôtel du Parc à Vichy où résident Pétain et les principaux ministres et il repose avant tout sur l'extraordinaire popularité du maréchal, largement perçu dans l’opinion publique comme un sauveur et un protecteur. Juridiquement, le nouveau régime se présente comme une dictature personnelle de Pétain, qui cumule en tant que « Chef de l'État français » les pouvoirs exécutif et législatif, la disposition de la force armée, la négociation des traités et même une part de la justice[44]. La Chambre des députés et le Sénat, ce qui supprime toute forme de représentation., ce qui apparaît comme totalement étranger aux traditions politiques françaises[45]. Le régime est donc avant tout le fait d'un vieux maréchal de 84 ans, entouré de quelques conseillers privés, au premier rang desquels figure Pierre Laval[46].

2. Une nouvelle doctrine : la « Révolution nationale »

La Révolution nationale n'est pas une doctrine cohérente, mais un ensemble de tendances exprimées par Pétain dans une série de discours réunis sous le titre de « Message aux Français ». Pour comprendre la Révolution nationale, il faut prendre en compte l’ardent désir de régénération des Français après le choc de 1940, mais aussi l'idée que grâce à celui-ci le pouvoir doit imposer au pays un ensemble de mesures qui arrêteront la décadence et redresseront le pays. À la différence des fascismes, la Révolution nationale ne constitue pas un bloc idéologique monolithique, mais une synthèse des idées conservatrices et réactionnaires produites depuis la fin du XIXe siècle par les opposants à la IIIe République : volonté de fonder l'État sur les principes chrétiens, de remettre à l’honneur la famille, de valoriser le travail dans sa forme la plus pure, l'artisanat et l’agriculture[47] et de l’encadrer par le corporatisme[48]. Cette « synthèse » s’opère en fonction de l’influence de groupes divers : vieux conservateurs ou monarchistes, antisémites frénétiques, maurrassiens adeptes du « nationalisme intégral »...

La Révolution nationale se manifeste d'abord par une volonté d'effacer du pays l’empreinte républicaine et démocratique :

  • L'administration est épurée, et de nombreux préfets et fonctionnaires favorables à la République sont révoqués.
  • Les conseils municipaux des grandes villes sont dissous et remplacés par des Délégations spéciales nommées par le gouvernement.
  • Enfin, nombre d'hommes d'État de la IIIe République, jugés responsables de l'entrée en guerre de la France, sont placés en résidence surveillée ou jetés en prison[49].

Par ailleurs, la France avait une longue tradition de terre d'accueil pour les étrangers persécutés ; or, mettant en pratique le mot d'ordre de Maurras « La France aux Français », Vichy interne les étrangers dans des camps de concentration[50], retire la nationalité française à ceux qui ont été naturalisés depuis 1927 et, devançant les désirs des Allemands, promulgue en 1940 et 1941 deux statuts des Juifs[51] : ils sont d'abord exclus de toute fonction qui leur permettrait d'exercer autorité et influence[52], voient leur accès aux professions libérales limité par un numerus clausus, tandis que leurs entreprises sont confiées à des administrateurs-gérants. Enfin, ils doivent se faire recenser (ce qui facilitera plus tard leur arrestation et leur déportation).

Au milieu de 1941, le régime de Vichy apparaît comme un État autoritaire persécutant ses adversaires politiques, mais il n'est incontestablement pas un fascisme. C’est typiquement un régime réactionnaire, celui d'une extrême droite traditionaliste. Appuyé sur l'extrême popularité de Pétain, sur la disponibilité des Français traumatisés par la défaite et prêts à accepter toute solution de redressement, il bascule progressivement dans l’impopularité, au fur et à mesure de l’évolution du conflit et de la dégradation de la situation des Français.

B. L’occupation et la collaboration

1. L’occupation

a. La situation du territoire français

La réalité de l'occupation est d'abord territoriale. Hormis les régions occupées par les Italiens (en 1942, huit départements des Alpes, de la Côte provençale et la Corse), l'occupation allemande s'exerce sur trois domaines différents :

  • Les deux départements alsaciens et la Moselle annexés au Reich, que les Allemands s'efforcent de germaniser en y faisant disparaître toute influence française.
  • Les zones interdites délimitées pour des raisons militaires :
    • le Nord et le Pas-de-Calais rattachés jusqu'en 1943 au commandement militaire de Bruxelles ;
    • la zone interdite du Nord[53];
    • les zones à usage militaire qui s'étendent à 15 km vers l'intérieur le long des côtes françaises.
  • La zone occupée proprement dite qui s'étend au nord et à l'est de la ligne de démarcation et où l'autorité est détenue par le gouverneur militaire en France.

En théorie, les lois de Vichy s'appliquent à l'ensemble du territoire français. En réalité, cette souveraineté dépend du bon vouloir des Allemands : l’Alsace-Moselle annexée est soumise aux lois allemandes et il en ira de même jusqu'en 1941 du Nord-Pas-de-Calais. En zone occupée, l'autorité de Vichy ne peut s'exercer qu'autant que les autorités militaires allemandes l'acceptent. Enfin, celles-ci ne se privent pas d'intervenir en zone dite libre, qu’ils annexeront du reste le 11 novembre 1942, après le débarquement allié en Afrique du Nord.

b. La vie quotidienne

Sous prétexte de faire payer à la France les frais d'entretien des troupes d'occupation, l'Allemagne prélève une exorbitante indemnité de guerre : 400 millions par jour en 1940, réduite à 300 millions en 1941, mais portée à 500 millions d'après l'invasion par les Allemands de la zone sud en novembre 1942, puis à 700 millions à partir du débarquement des Alliés en Normandie, le 6 juin 1944. À cela s’ajoutent les prises de guerre, les réquisitions d'or, les achats non soldés en France, les prises de participation obligatoires dans certaines entreprises françaises. Par ailleurs :

  • 12 à 17% de la production agricole française sont envoyés en Allemagne (céréales, viande, produits laitiers...) ;
  • les Allemands prélèvent charbon et électricité, minerais et produits industriels : l'automobile, la chaux et le ciment travaillent à 75% pour l'Allemagne, le caoutchouc à 60%, le textile à 55%.

Il en résulte pour les Français une pénurie de produits de première nécessité qui exige l'institution d'un rationnement strict.

Enfin, l'Allemagne utilise une importante partie de la main-d'œuvre française. Prisonniers de guerre, déportés au titre du Service du travail obligatoire (STO) à partir de 1942, travailleurs volontaires, ouvriers réquisitionnés en France même[54], constituent un potentiel de main-d'œuvre au service de l'Allemagne compris entre 1,6 et 2,6 millions de travailleurs.

2. La répression et les persécutions raciales

Mais l'aspect le plus insupportable de l'occupation allemande en France reste la répression exercée contre tous ceux qui sont considérés par les nazis ou leurs collaborateurs comme des adversaires. Les Juifs, les communistes, les résistants paient à cette répression le tribut le plus lourd. Au total, entre 200 000 et 250 000 arrestations et déportations en Allemagne ont été effectuées et nombre de ces déportés ne sont pas revenus. À ces arrestations, surtout nombreuses à partir de 1942, s'ajoutent, à partir de l'été 1941, les exécutions d'otages qui feront 30 000 victimes. Enfin, à mesure que se développe l'action de la Résistance, les Allemands répondent par des représailles collectives de plus en plus rudes contre la population civile[55].

Aspect particulier de cette répression, la répression raciale frappe avant tout les Juifs. Mise en œuvre par les Allemands en zone occupée, avec l'aide de l'administration de Vichy, elle est le fait d'initiatives propres du gouvernement du maréchal en zone sud. En mai 1941 a lieu la première grande rafle de Juifs en zone nord. Mais avec la mise en œuvre par les Allemands de la « solution finale du problème juif » commence la vague d'arrestations et de déportations. Les 16 et 17 juillet 1942 a lieu la « rafle du Vel' d'Hiv' » (les 13 000 personnes arrêtées sont parquées au Vélodrome d'Hiver à Paris avant d'être conduites au camp de Drancy et déportées), première d'une longue série qui conduira en déportation quelque 220 000 déportés « raciaux ».

3. La collaboration

Le gouvernement de Vichy et une partie de la population s'engagent dans la voie de la collaboration avec les Allemands.

La collaboration économique est mal connue et de signification ambiguë. Elle consiste pour des chefs d'entreprise à accepter de travailler pour l'effort de guerre allemand, prêtant ainsi une assistance à l'effort militaire du Reich. S'il est acquis que certains dirigeants ont recherché des marchés de ce type pour faire de fructueux profits[56], d'autres ont dû prêter leur concours, contraints et forcés, aux occupants.

Beaucoup plus clair est en revanche le problème de la collaboration idéologique avec l'Allemagne. Celle-ci est le fait de petits groupes minoritaires, qu'on appelle « collaborationnistes ». Admirateurs du fascisme et du nazisme, ils rêvent de créer en France un régime analogue à ceux d'Allemagne et d'Italie, appuyé sur un parti unique et développant des pratiques totalitaires. Ils dénoncent la timidité des « réactionnaires » de Vichy et se rassemblent à Paris, sous la protection des Allemands qui leur fournissent aide et subsides. Certains iront jusqu’à combattre aux côtés des nazis pour participer à la « croisade conte le bolchevisme » : c’est le cas de la Légion des volontaires français (LVF), ou encore de la division Charlemagne, qui comptèrent près de 14 000 hommes[57].

Très différente est la collaboration d'État, pratiquée par le gouvernement de Vichy. Elle s'appuie sur un postulat : la victoire allemande est inévitable. Dans cette perspective, il s’agit d'obtenir de l'Allemagne un traité de paix relativement favorable à la France en lui apportant en échange une aide dans la guerre qu'elle poursuit, sans aller toutefois jusqu'à la cobelligérance à ses côtés. C'est Pierre Laval qui, avec l'appui d'Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris, lance la collaboration d'État en octobre 1940. Il organise l’entrevue entre Hitler et Pétain à Montoire[58]. L'amiral Darlan, qui remplace Laval entre 1941 et 1942, obtient d’Hitler les Protocoles de Paris (mai 1941), qui placent la France aux côtés de l'Allemagne dans la guerre que celle-ci mène contre l'Angleterre sur tous les terrains[59]. À son retour (sur injonction des Allemands), Pierre Laval[60] les envois de denrées alimentaires en Allemagne augmentent, ainsi que le nombre de travailleurs français dans le cadre du travail volontaire -Relève. Vocabulaire p.102 puis du STO, et surtout que la livraison zélée aux nazis des Juifs étrangers réfugiés en France. Mais les illusions de Vichy sur le caractère volontaire de cette politique de collaboration seront de courte durée. Dès l'automne 1942, en effet, Vichy n'a plus les moyens de mener une politique de collaboration. Après le débarquement américain en Afrique du Nord, toutes les colonies africaines se rallient aux Alliés, et les Allemands envahissent la zone sud[61]. Vichy n'est plus dès lors que l'auxiliaire de l'Allemagne, et Laval et Pétain les chefs d'un État fantoche. Les Allemands les contraindront d'ailleurs, malgré eux, à les suivre dans leur retraite en août 1944.

Au total, la collaboration d'État a été un échec. Quelles qu'aient été les intentions des hommes de Vichy (Pétain tentera à la Libération d'accréditer la thèse de son « double jeu » et du rôle de « bouclier » qu'il aurait tenu pour les Français), la collaboration n'a épargné à la France ni l'exploitation économique (c'est le pays qui, proportionnellement à ses ressources et à sa population, a fourni à l'Allemagne le plus de denrées alimentaires, de matières premières et de main-d’œuvre industrielle), ni la répression politique, ni les souffrances de tous ordres. En revanche, la bonne volonté à leur égard dont ont fait preuve les dirigeants français a apporté aux nazis une aide considérable, compromettant aux côtés des Allemands le gouvernement de la France et provoquant dans le pays une véritable guerre civile qui oppose aux collaborateurs les résistants.

C. La lutte contre l’occupant

Même si le régime de Vichy n’est pas assimilable à un régime totalitaire, son idéologie réactionnaire et autoritaire comme sa politique (collaboration, persécution des Juifs, répression de la Résistance à l’occupant) en ont fait l’un des alliés du nazisme. À ce titre, si la Résistance incarne la volonté patriotique de chasser l’occupant, son combat contre Vichy est également idéologique, partie prenante du grand affrontement des démocraties et des fascismes.

1. La naissance de la Résistance

La Résistance naît du regroupement des Français qui rejettent l'armistice. Son caractère spontané explique qu'elle se développe en ordre dispersé et demeure longtemps embryonnaire et peu organisée.

PDP#11 p.106-107. De Gaulle et la France libre- Le premier acte de Résistance naît en Angleterre, autour du général de Gaulle[62], où, grâce à Churchill, il peut lancer le 18 juin, à la radio britannique, un appel à la résistance, puis constituer une armée qui prend le nom de Forces françaises libres (FFL -Vocabulaire p.102 + La composition des FFL en 1943 p.106).

À l'intérieur, des mouvements de Résistance se sont constitués dès l'automne 1940. Mais ils sont très différents en zone sud et en zone nord occupée. Jusqu'en 1941, l'action essentielle de la Résistance consiste à s'affirmer par des tracts, des journaux, de la propagande, à collecter des renseignements au profit des Alliés, à aider les évadés. Mais les résistants sont très peu nombreux, dispersés, dépourvus de moyens, décimés par les arrestations.

2. L'organisation de la Résistance (1941-1943)

L'entrée du parti communiste dans la Résistance en juin 1941 représente un tournant. Neutre depuis 1939, le parti communiste rejoint la Résistance après l'attaque de l'Allemagne contre l'URSS[63]. Rompu à la clandestinité, disposant de milliers de militants dévoués, habile à canaliser politiquement les mécontentements nés de la vie quotidienne, il va très vite y jouer un rôle essentiel, en la dotant d’une doctrine de combat, celle de la guerre de guérilla, marquée par des attentats, des sabotages et un appui sur la population, que la répression allemande éloigne de toute idée de collaboration avec l'occupant. Bientôt, à l'image des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) organisés par les communistes, les mouvements de résistance se dotent de formations paramilitaires clandestines qui constituent dans les maquis -Vocabulaire p.102 une véritable « armée de l'ombre ».

Le général de Gaulle s'efforce alors d'entrer en contact avec ces mouvements de résistance, de les organiser et de leur faire admettre son autorité. Il envoie en France l'ancien préfet Jean Moulin, qui convainc les dirigeants des mouvements de résistance (y compris les communistes), de faire allégeance au général de Gaulle, et qui entreprend d'unifier et d'organiser la Résistance. La « France combattante » est le nouveau nom du mouvement gaulliste après le ralliement de la résistance intérieure -doc.2 p.106. Unir la France libre et la Résistance.

3. La Résistance, ferment d'une France nouvelle

Considérant qu'elle n'a pas été désignée démocratiquement, les Alliés refusent de voir dans la France combattante un pouvoir politique légal. Il en résulte d'innombrables conflits entre le général de Gaulle, qui exige d'être reconnu comme le seul dépositaire de la légitimité française, et les Anglo-Américains. Lorsqu'ils débarquent en Afrique du Nord, en novembre 1942, les Américains écartent le général de Gaulle et préfèrent installer au pouvoir l'amiral Darlan, ancien chef du gouvernement de Vichy[64]. Ces difficultés avec les Alliés poussent de Gaulle à affirmer son caractère représentatif en mai 1943, avec la création par Jean Moulin, du Conseil national de la Résistance (CNR -Vocabulaire p.102) qui comprend les dirigeants des principaux mouvements, des délégués des deux grands syndicats ouvriers, la CGT et la CFTC, ainsi que des partis politiques d’avant-guerre, y compris ceux qui n'ont eu aucune action résistante (comme les radicaux ou les partis modérés). Le CNR porte Jean Moulin à sa présidence[65] et reconnaît de Gaulle comme chef politique de la Résistance.

Dès le printemps 1944, le pouvoir de la Résistance est donc prêt à se substituer à celui de Vichy. Il comprend un gouvernement, qui prend en juin 1944 le nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) -CFLN et GPRF. Vocabulaire p.102, appuyé sur deux organes représentatifs, le CNR en France, l'Assemblée consultative à Alger[66]. Il dispose de forces armées, les Forces françaises libres (FFL) qui combattent aux côtés des Alliés, et les Forces françaises de l'intérieur (FFI -Vocabulaire p.102) rassemblant l'Armée secrète et les FTP. La mise en place de ce contre-pouvoir pose le problème de la manière dont s'effectuera la succession éventuelle de Vichy lors de la Libération.

Le Président Roosevelt se méfie du général de Gaulle et rejette ses prétentions à gouverner la France alors qu'il n'a pas été désigné par une élection démocratique (il le soupçonne de visées dictatoriales). Pour lui, il n'y a qu'un gouvernement légal en France, celui de Vichy, et il s'est montré solidaire des Allemands. Aussi envisage-t-il de placer la France sous l'autorité d'une AMGOT (Administration militaire de gouvernement pour les territoires occupés), dirigée par un général américain qui laisserait en place les fonctionnaires de Vichy, mais contrôlerait leur action. Le général de Gaulle déjoue ces projets : aussitôt

après le débarquement, il se rend dans la première ville française libérée, Bayeux, révoque le sous-préfet de Vichy et nomme à sa place un fonctionnaire désigné par lui. Le même processus se répétera dans toutes les villes libérées. Constatant que la population se rallie aux nouveaux pouvoirs issus de la Résistance, les Américains finissent par s'incliner. En septembre 1944, ils reconnaissent le GPRF. En même temps qu'il prend les mesures d'urgence nécessitées par la situation économique et financière, le général de Gaulle passe la fin de l'année 1944 à rétablir l'autorité de l'État, notamment en mettant un terme à l’épuration « sauvage ». Non seulement la France ne sera pas sous tutelle américaine, mais en plus elle parviendra à figurer aux côtés des vainqueurs du conflit.

Conclusion

Révisions p.110-111

Sujets bac p.112-115


[1] Ligne de fortifications construite par les Allemands entre 1936 et 1940 sur la frontière occidentale du Reich de Clèves à Bâle.

[2] Une division allemande = 15 000 hommes.

[3] Ainsi que la Finlande, qui capitule en mars 1940.

[4] Quand les troupes italiennes interviennent, à partir du 21 juin, la résistance française, tant militaire que politique, a cessé.

[5] Cf. le fameux Spitfire.

[6] Churchill devant le Parlement : « Je n'ai à offrir que des larmes, du sang et de la douleur. Mais je ne capitulerai jamais. »

[7] Dans cette perspective, le Führer a renforcé sa puissance dans les Balkans en obligeant la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie à rallier les rangs de l'Axe.

[8] « Le bolchevisme était une œuvre de Satan, et les Anglais représentaient, en raison de leur attitude, les ennemis de la civilisation européenne... » (Andréas Hillgruber, Les Entretiens secrets de Hitler, 1969)

[9] En octobre 1942, les Allemands en perdent 13, qu'ils ne peuvent remplacer, au moment où les Américains parviennent à construire un destroyer par jour.

[10] Depuis juillet 1941, Staline demande l’ouverture d'un front à l'Ouest pour soulager la résistance soviétique.

[11] Notamment pour l’approvisionnement en pétrole de l’URSS…

[12] Il fonde alors à Salò, sur le lac de Garde, l'éphémère « République sociale italienne ».

[13] Cf. la célèbre bataille de Monte Cassino.

[14] Ramenés à Milan, son corps et celui de sa maîtresse Clara Petacci sont livrés à la fureur populaire.

[15] Pendant que les Américains, les Anglais et les Canadiens repoussent les Allemands vers l’Est, un autre débarquement a lieu en Provence le 15 août.

[16] …notamment les fusées V1 et V2.

[17] On notera par exemple que le racisme tient une place essentielle dans les actions de l'Allemagne nazie : fidèle au dessein exposé dans Mein Kampf, Hitler cherche à conquérir un « espace vital » sur les territoires occupés par les « inférieurs » slaves pour permettre l'épanouissement de la « race des seigneurs ».

[18]La distinction entre combattants et non-combattants s’efface : combats à outrance, bombardements des villes, massacres de prisonniers ou de populations civiles…

[19] En 1945, les civils allemands sont à leur tour exposés aux violences de l’Armée rouge (Cf. M. Hillers, Une femme à Berlin)… Par ailleurs, les libérateurs américains n’ont pas non plus été tous exemplaires (Cf. ML Roberts, Des GI’s et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération).

[20] L’anéantissement de 30 millions de Slaves est considéré par Hitler comme la condition préalable à la réalisation de « l’espace vital ». Cf. notamment les missions d'extermination des Einsatzgruppen.

[21] Dans la seule ville de Kiev, près de 34000 juifs sont abattus en deux jours. À Babi Yar (ou « Ravin de la bonne femme ») près de Kiev (Ukraine), ce sont au total près de 100 000 personnes (prisonniers de guerre soviétiques, communistes, juifs, tziganes et otages civils) qui furent assassinées par les nazis et des collaborateurs locaux. Sur la mémoire de ce massacre, Cf. la notice Wikipédia de la Symphonie n°13 de Chostakovitch, que l’on peut écouter ici.

[22] Cf. siège de Leningrad.

[23] En juillet 1944, lorsque la production d'armement allemand atteint son maximum, le Reich emploie 5,7 millions de travailleurs étrangers, 1,9 million de prisonniers de guerre et 400 000 détenus des camps, ce qui représente un quart des actifs du pays.

[24] Alors que l'occupant quadrille les villes et les villages et investit les bâtiments administratifs et les lieux symboliques du pouvoir, les particuliers doivent loger soldats et officiers ennemis et sont soumis à des réquisitions : la barrière de l'intimité est ainsi constamment violée.

[25] Le village tchèque de Lidice est anéanti, en juin 1942, après l'assassinat de Heydrich ; la population d'Oradour est massacrée et le village incendié (juin 1944) après des attentats contre la division Das Reich

[26] Le décret « Nacht und Nebel » signé par le Maréchal Keitel prévoit la déportation pour tous les opposants ou ennemis du Reich.

[27] R.A.F. : aviation britannique.

[28] Région industrielle stratégique.

[29] Aucun objectif militaire ou stratégique.

[30] Cf. bombardiers B17 et B24.

[31] Sur le traumatisme japonais relatif à ces deux bombardements, deux films majeurs peuvent être vus : Pluie Noire, de S. Imamura, 1989 (Notice Wikipédia, Bande-annonce) ; Le Tombeau des Lucioles, de I. Takahata, 1988 (Notice Wikipédia, Bande-annonce)

[32] L’extermination frappera aussi les Tsiganes, les Slaves, les francs-maçons, l’opposition politique de gauche et tous les démocrates et les résistants, en général.

[33] Cf. Statut des Juifs adopté par le gouvernement de Vichy le 3 octobre 1940. Par la suite, sous l'impulsion de Xavier Vallat, commissaire aux questions juives dans le gouvernement de Vichy, est constitué un fichier des Juifs français, qui facilitera grandement la tâche des autorités allemandes. Enfin, Allemands et Vichyssois tiennent le même discours : « Les Juifs responsables de la guerre », qui trouve son illustration la plus spectaculaire dans le procès de Riom, où est jugé Léon Blum.

[34] Par exemple, la victoire nazie sur la Pologne met 2 à 3 millions de Juifs sous la tutelle du Reich.

[35] Le 20 janvier 1942, quinze hauts responsables du Troisième Reich sont réunis sur l'organisation de l'extermination des Juifs d'Europe. Cette réunion a été mise en œuvre, sur instruction d’Adolf Hitler, par Hermann Göring, Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Adolf Eichmann.

[36] Fin 1941, dans le camp de Chelmno, les victimes, entassées dans des camions, sont asphyxiées par les gaz d'échappement introduits dans l'habitacle. Mais cette méthode est trop lente et peu rentable aux yeux des SS. Sollicités, les chimistes allemands vont mettre au point un nouveau gaz, le Cyclone B.

[37] À son maximum de rendement, il accueille une population de 100 000 détenus, et 12 000 victimes y périssent quotidiennement.

[38] En France, les Juifs sont entassés dans des camps d'internement : au vélodrome d'hiver, après la grande rafle de juillet 1942 à Paris, à Beaune-la-Rolande, à Pithiviers... Cf. la rafle du Vel' d'Hiv' (16 juillet 1942).

[39] Cf. Primo Levi, Si c’est un homme, 1947 (première traduction française : 1987). Le poème liminaire interroge le lecteur (« dites-moi si c’est un homme », « dites-moi si c’est une femme ») et s’achève par une injonction à la préservation de la mémoire de l’horreur concentrationnaire. Un extrait de cette œuvre est souvent cité pour illustrer l’irrationnalité de l’entreprise concentrationnaire, le moment où le narrateur, essaie de soulager sa soif en léchant un glaçon : « [...] je n'ai pas plus tôt détaché le glaçon, qu'un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l'arrache brutalement. « Warum ? », dis-je dans mon allemand hésitant. « Hier ist kein warum » [Ici, il n'y a pas de pourquoi] »

[40] Il s’agit indiscutablement d’un traumatisme, même si les Alliés avaient depuis 1942 clairement connaissance des faits. Cf. « Les Alliés savaient-ils ? », Le Monde, 18 juillet 2005.

[41] Dont le tout récent sous-secrétaire d'État à la guerre, nommé le 5 juin, le général de Gaulle.

[42] Il est nommé fin mai en remplacement du général Gamelin à la tête de l’armée française.

[43] Sur 666 votants, 569 se prononcent pour cette mort légale de la IIIe République. Seuls 80 parlementaires osent voter contre la fin du régime, tandis que 17 se réfugient dans l'abstention.

[44] Une Cour suprême de justice lui donne en particulier le droit à la répression politique.

[45] Pour pallier cette entorse aux habitudes des Français, Pétain décide, en 1941, de créer une Assemblée consultative formée de notables, d'artistes, de savants, d'ecclésiastiques, de dirigeants de coopératives agricoles..., le Conseil national, mais celui-ci ne se réunira qu'en commission, sans qu'ait jamais lieu la moindre séance plénière.

[46] Homme politique, maire d'Aubervilliers et parlementaire, il est plusieurs fois ministre et président du Conseil sous la Troisième République. Après avoir commencé sa carrière politique à gauche (avec laquelle il rompt en 1926), il devient durant la Seconde Guerre mondiale, avec le maréchal Pétain, la personnalité la plus importante du régime de Vichy et le principal maître d'œuvre de la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie. Il est fusillé à la Libération à l’âge de 62 ans. Source : Wikipédia.

[47] Cf. le célèbre « la terre ne ment jamais »…

[48] Organisation des rapports sociaux à l’intérieur des secteurs économiques dans un cadre supposé défendre les intérêts de tous, du sommet de la hiérarchie de l’entreprise jusqu’à sa base, en gommant délibérément les rapports de forces : il s’agit de nier toute notion de « lutte des classes ». Le même procédé a été employé dans l’Italie fasciste.

[49] Les anciens présidents du Conseil : Léon Blum, Édouard Daladier, Paul Reynaud ; les anciens ministres : Georges Mandel, Jean Zay, Pierre Mendès France...

[50] NB : en ce qui concerne les républicains espagnols, principales cibles de ces internements, l’internement avait même commencé avant la guerre…

[51] Sans cesse aggravés par l’adoption de règlements comme le port obligatoire de l’étoile jaune (1942).

[52] Fonctions électives, fonction publique, cinéma, théâtre, radio, enseignement...

[53] Définie par une ligne Somme, Aisne, Vouziers, Saint-Dizier, Chaumont, Dole,  les Allemands y empêchent le retour de 650 000 réfugiés partis durant l'exode tout en y installant jusqu'en 1941 des colons allemands.

[54] Par exemple pour construire les fortifications côtières.

[55] Massacre d’Ascq (Nord) en avril 1944, de Tulle (Corrèze) et d’Oradour-sur-Glane (Vienne) en juin 1944…

[56] Cf. le  constructeur automobile Renault, dont les usines seront nationalisées à la Libération à titre de sanction.

[57] Dans le film documentaire de Marcel Ophüls, Le chagrin et la pitié, un survivant de la division Charlemagne apporte son témoignage : édifiant, et assez glaçant…

[58] Pétain : « J'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration... »

[59] Notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où la France offre l’utilisation de ses bases en Syrie et en Tunisie -avant que les alliés et les FFL ne les reprennent.

[60] …qui déclare en juin 1942 : « Je souhaite la victoire allemande, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installerait partout ».

[61] C’est à ce moment que la flotte française, ancrée à Toulon, se saborde pour éviter de tomber entre leurs mains.

[62] Sous-secrétaire d'État à la guerre, il envoyé en mission auprès du Premier ministre Churchill par Paul Reynaud. Le général de Gaulle rentre en France le 16 juin 1940 pour apprendre la démission du gouvernement auquel il appartenait, l'arrivée au pouvoir du maréchal Pétain et la demande d'armistice. Il repart aussitôt pour Londres

[63] Cette neutralité découlait du pacte de non-agression. Si certains de ses membres avaient déjà rejoint la Résistance sans mot d’ordre officiel,

[64] …puis, après son assassinat en décembre 1942, le général Giraud qui laisse en place les lois de Vichy et gouverne avec des fidèles du maréchal Pétain

[65] Peu après, Jean Moulin est arrêté par la Gestapo et meurt des suites des tortures subies. Le CNR le remplace par un résistant de l'intérieur, le démocrate-chrétien Georges Bidault.

[66] Il comprend aussi des pouvoirs locaux destinés à remplacer les hommes de Vichy : commissaires de la République et préfets, nommés par le GPRF, Comités départementaux et locaux de la libération (CDL et CLL) désignés par la Résistance pour remplacer les autorités départementales et municipales mises en place par Vichy.